mercredi 28 avril 2010

René Pajot, acteur majeur de la Résistance haut-marnaise




Service de la France libre dédié à l’organisation de parachutages, le Bureau des opérations aériennes (BOA) a joué un rôle très important dans la structuration de la Résistance dans le département de la Haute-Marne. Un homme a incarné cette activité fondatrice : René Pajot.

Etudiant en pharmacie, il naît en 1918 à Saint-Venerand, dans la Haute-Loire. Selon Michel Pichard, futur coordinateur national du BOA - et futur Délégué militaire départemental pour la Haute-Marne en août 1944 (« L’Espoir des ténèbres »), Pajot fait d’abord un stage dans la Nièvre avant d’être affecté au département de la Haute-Marne comme responsable de ce service. Pichard situe cette arrivée en août 1943.

Dans le département, Pajot, alias « René », va s’attacher à repérer des terrains pour des parachutages. Il peut compter sur la coopération d’ardents patriotes : Jean Vinot, ancien instituteur reconverti en agent d’assurances à Chaumont, Simone Dauvé, jeune femme de Courcelles-sur-Aujon, Pierre Clavel, originaire de Langres, qui réside à Bar-sur-Aube et qui exerçait alors la responsabilité du BOA pour le secteur baralbin et la Haute-Marne...

Il prend contact avec l’avocat langrois Marius Véchambre, avec l’ingénieur du service vicinal Philippe Hantzberg, de Châteauvillain... Pichard, alias « Pic », alors en charge du bloc Est (Alsace, Lorraine, Champagne) du BOA, vient également en Haute-Marne où il rencontre Georges Debernardi, directeur de la Société des usines à gaz du Nord-Est à Chaumont, membre de l’Organisation civile et militaire (OCM).

A Chaumont, Pajot loge au premier étage d’une maison de la rue Alphonse-Daudet, chez Lucien Febvay, chef de service dans l’usine dirigée par Debernardi. C’est à ce domicile que se présente, venu en train, celui qui sera l’opérateur-radio de Pajot : André Guilbert, alias « Le Rouquin », né à Bourges (Cher) en 1921, venu de la Nièvre qu’il a dû fuir en raison des arrestations frappant cette région.

Quelles sont les activités de Pajot ? Nous savons qu’il accompagne en train, de Chaumont à Langres, un saboteur du BOA, René Cailleaud (futur Compagnon de la Libération), pour transporter les explosifs qui serviront à faire sauter la poudrière des Franchises, dans la nuit du 11 au 12 septembre 1943.

C’est grâce à Guilbert que les patriotes haut-marnais reçoivent leur premier parachutage : celui du terrain « Corneille », proposé par Simone Dauvé à la ferme de La Rente-sur-Villiers, près de Giey-sur-Aujon (canton d’Arc-en-Barrois), opération aérienne primitivement destinée au terrain « Bourdaloue », à la ferme Fragneix, près de Treix (au-dessus de Chaumont).

En octobre 1943, Pajot et Guilbert enjoignent encore à un résistant chaumontais, le journaliste Charles Martin, de quitter la Haute-Marne, prétextant sa recherche par les Allemands, en réalité parce que les résistants locaux lui reprochent son manque de discrétion. Plus grave : Martin a reçu la visite d’hommes se prétendant du service National maquis envoyés de Paris et dont l’un, Roger C…, a noté les noms de patriotes locaux… sur un paquet de cigarettes !

Charles Martin quitte Chaumont à temps. Le 25 octobre 1943, la Gestapo le croit au café de Brottes. Elle y fait irruption, n’y trouve pas le journaliste, mais plusieurs hommes qui sont attablés, dont Roger C… Les Allemands, dès lors, n’ont plus qu’à relever les noms notés sur le fameux paquet de cigarettes et à procéder aux arrestations. Elles interviendront surtout du 26 au 28 octobre, tant dans la région de Chaumont que dans celle de Langres. Une soixantaine, au total, dont Véchambre, le journaliste Fernand Wiszner, des cheminots de Chalindrey, le radio Guilbert (qui aurait été pris au domicile de Charles Martin), sans doute aussi le commissaire de police Charrier. Une partie de ces patriotes arrêtés seront déportés, dont au moins sept ne reviendront pas. Ainsi Guilbert, mort le 18 mai 1944, et Roger C….

Pour une raison que nous ignorons, René Pajot a échappé à cette rafle, qui a pour effet de décapiter d’une partie de ses cadres la Résistance dans la moitié Sud de la Haute-Marne.

Pajot, toujours actif, vient en aide aux deux rescapés d’un avion anglais tombé le 7 octobre 1943 à Rachecourt-Suzémont, près de Wassy. Avec Lucien Febvay et l’ingénieur des Ponts et chaussées André Jacquinod, Pajot les ramène de la ferme d’Emile Bertrand (à Sommermont, près de Joinville) à Chaumont, le 21 décembre 1943, et participe à l’organisation de leur acheminement vers la Suisse.

Mi-janvier 1944, le patriote auvergnat est toujours à Chaumont, lorsqu’intervient une vague d’arrestations frappant le groupe Debernardi – qui a réceptionné un nouveau parachutage à Treix – et le groupe « Corse » des FTPF - qui a saboté fin décembre 1943 la grue du dépôt SNCF de Chaumont. Debernardi, Jacquinod, Febvay font partie des patriotes arrêtés.

A nouveau, Pajot échappe à ce deuxième coup dur pour la Résistance haut-marnaise. Il quitte Chaumont le 19 janvier 1944 – et sera remplacé par Lucien Romarie. Une nouvelle responsabilité l’attend : celle du BOA pour la Haute-Saône. Mais il est arrêté dans un restaurant de Dijon, avec « Luc » (Jacques Fontaine), autre figure du BOA, le 19 février 1944.

Interné à Compiègne, René Pajot est déporté le 4 juin 1944 pour le camp de Neuengamme. C’est de ce convoi qu’une quarantaine de patriotes s’évaderont entre Châlons-sur-Marne et Vitry-le-François (Marne), parmi lesquels le lieutenant Raymond Krugell, futur chef des maquis Mauguet et Garnier en Haute-Marne. Pajot, lui, arrivera à destination et survivra pour être libéré au printemps 1945.

Selon Jean-Marie Chirol (« Héros du ciel et de la terre », 1979), René Pajot, moniteur à l’Aéro-club de Chaumont, serait mort en 1949 dans un accident d’avion, à l’âge de 31 ans.

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