vendredi 28 décembre 2012

1818 : la mission secrète d'un Chaumontais en Argentine

Nous avons déjà évoqué, sur le blog « La Haute-Marne sous l'Aigle », la carrière du colonel de chasseurs à cheval Lemoyne. Carrière qui s'est essentiellement déroulée sous la Révolution et l'Empire, au crépuscule duquel, si l'on en croit le mémorialiste d'Espinchal, Hilaire Lemoyne (1771-1852) a été victime d'une grave maladie. Voici, pour ce qui est de la suite de son existence après la chute de Napoléon, ce que dit la notice consacrée à ce Chaumontais dans les « Fastes de la Légion d'honneur » : « Maintenu en activité sous la première Restauration, et nommé chevalier de Saint-Louis, le 1er novembre 1814, il servit peu dans les Cent-Jours et obtint le commandement de la 2e légion de gendarmerie royale à Versailles. Parti en congé pour affaire d'intérêt au mois de décembre 1816, et considéré comme démissionnaire de droit (n'étant pas rentré à son poste à l'exporation de son congé), il fut remplacé en 1817. De retour en France au mois de février 1821, il obtint le 23 mai suivant son rétablissement sur les contrôles de l'armée, avec jouissance d'un traitement de réforme, et admis à la retraite le 1er octobre 1822, il devint maire de Gland (Aisne) », commune où il décède en 1852. La mention « De retour en France... » interpelle. Dans quel pays Hilaire Lemoyne, chevalier d'Empire, s'est-il donc rendu ? La réponse est surprenante : en Argentine ! Ainsi que l'évoqueront des historiens français et argentins, le colonel Lemoyne s'est d'abord retrouvé, pour affaires personnelles, en Grande-Bretagne. Là, il s'est vu confier une « mission » par le marquis d'Osmond, ambassadeur du roi Louis XVIII auprès du Royaume-Uni. Celle de se rendre à Buenos-Aires et d'y rencontrer Juan Martin de Puyrredon, le « directeur suprême » des Provinces unies du Rio de la Plata – c'est-à-dire, pour résumer, le chef de l'exécutif pour l'Argentine, l'Uruguay et une partie de la Bolivie ! Ce que Lemoyne, débarqué à Buenos-Aires le 2 septembre 1818, devait proposer secrètement, au nom du gouvernement français, à cet ancien officier, d'ailleurs fils d'un commerçant français, c'est de favoriser, sur ces anciennes possessions espagnoles (l'Argentine est indépendante depuis 1816), la création d'un royaume dont la couronne reviendrait à un Orléans. Les historiens argentins y ont vu également la volonté des Bourbons de prendre pied dans une Amérique du Sud sous l'influence d'officiers bonapartistes, soucieux de faire du continent une base de départ pour délivrer Napoléon de l'île de Sainte-Hélène... Deux projets qui, l'un comme l'autre, ne verront jamais le jour. Coïncidence ? Bien plus tard, un des enfants du colonel, le chevalier Armand-Auguste-Hilaire Le Moyne (1800-1891), chargé d'affaires à Bogota (Colombie), puis consul général et chargé d'affaires à Lima (Pérou), puis agent et consul général de France en Egypte, sera ministre plénipotentiaire auprès de la Confédération argentine... à Buenos Aires, de 1852 à 1856.

lundi 19 novembre 2012

Robert Desautels, rescapé de l'avion tombé à Robert-Magny

Le mois de juillet 1944 est marqué par plusieurs bombardements de sites sensibles allemands du département de la Haute-Marne. Dans la nuit du mercredi 12 au jeudi 13, c'est ainsi le dépôt SNCF de Chalindrey qui est ciblé par les Lancaster de la Royal Air Force. Six victimes civiles sont à déplorer. Le 14 et le 17, c'est au tour du terrain d'aviation de la Luftwaffe du Robinson, à Saint-Dizier, d'être mitraillé, puis bombardé par des B-24 de l'USA Air Force. Neuf appareils alliés s'écrasent sur le sol haut-marnais durant ce mois : à Prez-sur-Marne, à Chevillon (deux Lancaster), à Vignory, à Giey-sur-Aujon, à Cour-l'Evêque, à Auberive, à Graffigny-Chemin et à Robert-Magny. Bilan : 55 victimes (dont plusieurs parachutistes du 2nd Special Air Service Regiment) et 17 survivants. La photo qui illustre cet hommage concerne l'équipage du Lancaster du Squadron 50, abattu dans la nuit du 18 au 19 juillet 1944 près de Robert-Magny. Un Canadien francophone, Robert Victor Desautels, en est l'unique survivant. Coïncidence : il habite, à Montréal, dans le district... Jeanne-Mance (du nom d'une Langroise ayant fondé la métropole canadienne). Parmi les victimes du crash, figurent trois Canadiens : William J. Long, Thomas H. Lunnin et Francis G. Maltais. Le lieutenant Desautels est d'abord recueilli par M. et Mme Marcel Varin, fermiers au hameau de Billory, et prend la décision de gagner la Suisse. Des membres d'un groupe relevant du Front national pour la Libération de la France (mouvement proche de l'ex-Parti communiste français) le prennent en charge. L'officier arrive le 23 juillet 1944 dans le bois de Lévigny (Aube), où un maquis est animé par des compatriotes parachutés relevant du Special Operations Executive. Là, cinq jours plus tard, il assiste à l'exécution, sur ordre des officiers alliés, d'un cadre bragard du FN, accusé, entre autres, de « menaces de mort » envers un représentant de la France libre. Desautels n'est pas le seul aviateur alors présent à Lévigny. Y ont également été recueillis, notamment, Stephen Broad et Buzz, rescapés du Lancaster du Squadron 166 tombé à Chevillon. Le 12 août 1944, le bois de Lévigny est attaqué par les Allemands, et cinq aviateurs sont capturés, dont Desautels. Un de leurs camarades, le sergent Merrill (de l'appareil du squadron 102 tombé à Wassy le 30 juin 1944), en réchappe. Brutalisé à Troyes par des miliciens, Desautels fait toutefois l'objet de toutes les attentions de l'un d'entre eux, le lieutenant François-Emmanuel Vibert, qui facilitera son évasion avant son transfert vers l'Allemagne. Hébergé dans un couvent de Franciscaines, Desautels est, grâce à ces interventions, libéré par l'arrivée des troupes américaines. Rentré au Canada, où il prépare un baccalauréat en commerce à l'Université McGill, Desautels cherchera à sauver Vibert (coïncidence, selon la presse canadienne : une tante du milicien qui avait étudié à Montréal y avait connu celle de Desautels, religieuse), dont il a appris l'arrestation et le jugement par la Justice, en faisant une déposition à sa faveur.

mercredi 31 octobre 2012

Une rue Jean-Marie-Chirol à Brousseval

Dans sa réunion du 26 octobre, le conseil municipal de Brousseval a acté le principe du baptême d'une rue de ce village dédiée à Jean-Marie Chirol. Juste hommage, enfin, au président-fondateur, il y a 21 ans, du club Mémoires 52, enfant de cette commune du canton de Wassy, à laquelle il a consacré une étude, "Miettes broussevaliennes". Né à Brousseval en 1929, Jean-Marie Chirol est décédé il y a dix ans. L'équipe du club Mémoires 52 exprime toute sa gratitude au maire Urbain Guerrero et aux élus de son conseil pour ce geste qui va droit au coeur des membres de la famille et des amis de Jean-Marie Chirol.

lundi 29 octobre 2012

Il y a 68 ans, Philippe de Gaulle de passage à Bologne

Ce cliché a été pris le 12 septembre 1944 à Bologne (canton de Vignory) par M. Salmon. Il représente l'enseigne de vaisseau Philippe de Gaulle, officier au sein du Régiment blindé de fusiliers-marins (3e escadron) de la division Leclerc. Dans plusieurs semaines, l'unique fils du Général fêtera ses 91 ans. Il nous a semblé légitime de rendre hommage à ce futur amiral, dont le dossier d'ancien combattant a été instruit par la préfecture de la Haute-Marne, puisqu'après-guerre, Philippe de Gaulle était un citoyen haut-marnais... comme un autre. Le club Mémoires 52 se rappelle, avec fierté, qu'en 1994, Philippe de Gaulle a écrit quelques lignes très flatteuses quant à son travail de mémoire, sur le livre d'or de notre association, à l'occasion de l'inauguration d'une exposition sur la libération de la Haute-Marne qui s'est faite, à Colombey, en présence de son beau-frère, le général de Boissieu, mais également de notre ami Claude Voillery, ancien Cadet de la France libre, et d'André Daouze, rescapé haut-marnais des camps de la mort.

samedi 22 septembre 2012

Alfred Pioche, ce Bragard célébré par San Francisco

Son nom a été donné à une rue de San Francisco, à une ville et à un district du Nevada. Totalement inconnu dans sa ville natale, François-Louis-Alfred Pioche est considéré, en Californie, comme un artisan du développement de cette mégalopole (aujourd'hui la cinquième ville américaine en terme de population) dans la deuxième moitié du XIXe siècle. D'ailleurs, le consulat de France à San Francisco ne s'y est pas trompé en rendant hommage, par une plaque inaugurée en 1950, à l'oeuvre de ce Bragard.
Car F.-L.-A. Pioche – les Américains retiendront son troisième prénom Alfred - a vu le jour dans le populaire faubourg de La Noue à Saint-Dizier – et non à Paris comme l'écriront des biographes américains, et ainsi que le club Mémoires 52 l'a révélé en 2011 ! Son premier cri a été poussé le 30 juin 1817, au domicile d'Auguste-Henri-François-Léger Pioche, receveur à cheval des contributions indirectes, originaire de La Fère (Aisne), et d'Agathe-Stéphanie Martin. Par sa mère, le nouveau-né descend d'une illustre famille bragarde. Son arrière-grand-père, François Martin, était avocat en parlement à Saint-Dizier sous l'Ancien Régime. Son grand-père, Auguste-Joseph-François, y était négociant. Et un de ses parents, Jean-Baptiste-Isidore, était baron d'Empire, colonel de cuirassiers mutilé à Waterloo, futur maire de la cité bragarde. Marchant sur les pas de son père, Alfred Pioche travaille d'abord pour le ministère des Finances, avant d'être employé au consulat français au Chili. Là, il rencontre un Béarnais originaire d'Oloron-Sainte-Marie, Jules-Barthélémy Bayerque. Il lui parle de la Californie, ce nouvel Eldorado, où de l'or a été trouvé l'année précédente. Découverte qui a amené des milliers de Français à se ruer vers « Frisco », avant tout pour faire fortune, mais avec l'espoir de rentrer, riches, dans leur pays. C'est le cas de plusieurs Haut-Marnais, parmi lesquels le Langrois de Massey, à qui de nombreuses pages ont été consacrées dans notre ouvrage « Keskidees » co-écrit avec Didier Desnouvaux. Pioche a quelque « fortune » : il aurait, selon ses biographes américains, hérité du pécule laissé par un oncle décédé... Le 20 février 1849, il débarque, avec Bayerque, dans la rade de San Francisco. Le Bragard a 32 ans, l'avenir lui appartient. D'abord, Pioche est commerçant. Il ouvre un magasin à Clay Street, entre Kearny Street et Montgomery Street, qui propose des produits français. Si l'on en croit l'un des premiers historiens de la présence française en Californie, Daniel Lévy – né en Moselle en 1826, mort en 1910, il s'agit de l'ancien président de la Ligue nationale française à San Francisco, qui précisera que la population française en Californie est passée, de 1849 à 1851, d'une douzaine de personnes à presque 20 000 ! -, ce commerce est situé dans le côté Sud de cette rue qui a été victime d'un incendie en juin 1850. Ce qui ne semble pas empêcher Pioche de faire fortune grâce à cette activité. Le Bragard décide alors de se lancer dans l'activité bancaire. En 1851 ou 1852, il se rend en France, pour encourager ses compatriotes à investir dans l'état américain (au total, toujours selon Lévy, plus de 100 millions de francs seront consacrés par des Français à la Californie, entre 1850 et 1870). Fondateur, avec son ami béarnais, d'une société, la Pioche, Bayerque & Co (dont le fameux général nordiste Sherman fera état dans ses mémoires), a priori en 1855, il commande à l’artiste français Charles Meryon une série de gravures, réalisées à partir de daguerréotypes, afin de montrer San Francisco, où un consulat français s'installe dès 1850, comme une métropole d’avenir. Dans son édition de 1863, « La Gazette des Beaux-Arts » louera d'ailleurs la qualité d'une œuvre de Meryon, une vue panoramique de la cité californienne, où le portrait d'Alfred Pioche et celui de Bayerque figurent en médaillons. Lancé dans l'immobilier, Pioche achète des terres dans le quartier dit de « La Mission ». Autre secteur géographique dans lequel il investit : la Hayes Valley. En 1949, dans son étude « Notre Californie. Le guide franco-californien du centenaire », Jéhane Biétry-Salinger rapportera qu'en 1859, la maison Pioche et Bayerque ouvrit un grand chantier pour le déboisement et le percement des rues de ce quartier, aujourd'hui l'un des plus typiques de San Francisco. Puis Pioche s’illustre dans une autre entreprise, ainsi que le raconte, dès 1867, Ernest Frignet, dans « La Californie : histoire des progrès de l’un des Etats-Unis d’Amérique » : « C’est à l’intelligence (sic) initiative d’un capitaliste français qu’on doit l’introduction en Californie de l’industrie des chemins de fer. M. Pioche (de la maison Pioche et Bayerque) dont le concours n’avait pas fait défaut lors de la fondation de la Société du gaz de San Francisco et de la Compagnie des eaux de la ville (Spring Valley Water Works) obtint, en 1857, pour lui et ses partners (sic), la concession d’un chemin de fer… » Cette ligne urbaine, dite « Market Street Railroad », sera inaugurée en 1860. On le voit : dès 1867, alors que le Haut-Marnais n'a que 50 ans, Pioche est cité en exemple parmi les Français de « Frisco ». Moins de deux décennies plus tard, Daniel Lévy brossera un portrait plus nuancé du Bragard, dans son ouvrage très documenté « Les Français et la Californie », paru en 1884 : « M. Pioche arriva du Chili à San Francisco en 1849. Il ouvrit d'abord une maison de banque et de consignation. Puis, dans une mission qu'il fit en France, il recueillit des fonds considérables avec lesquels il revint établir une grande maison d'affaires. C'était un homme qui joignait le goût des grandes entreprises à l'amour des beaux-arts et aux plus généreux sentiments du cœur. Artiste lui-même, très instruit, Français jusqu'au bout des ongles, il avait malheureusement le caractère faible, et se laissait facilement influencer par une foule de parasites qui l'exploitaient. Il manquait aussi de ce jugement droit et solide, qui fait le véritable homme d'affaires. Maniant à pleines mains l'or qui lui était confié, il se lança à perte de vue dans des entreprises colossales. C'est à lui qu'on doit les deux premiers chemins de fer de ce pays : celui de Sacramento à Folsom, et celui de la rue Market, à San Francisco. Il fit exécuter, dans le comté de Nevada, des réseaux de canaux pour l'exploitation des mines, et de grands travaux à l'hydraulique sans pareils alors. Il attacha son nom au chef-lieu d'un comté qu'il contribua plus que tout autre à peupler et enrichir. Il fit construire des wharfs (sic) (ndr : des quais) et les premiers entrepôts de San Francisco. L'agriculture et l'élevage reçurent aussi de lui de précieux encouragements. En un mot, partout où il s'agissait d'imprimer une forte impulsion à des œuvres grandes et utiles au pays, se montrait la main de Pioche, répandant à flot l'argent français. (…) Une crise prolongée amena une dépréciation énorme des valeurs mobilières et immobilières dans lesquelles il avait tout engagé. Poussé par les demandes de remboursement des milliers de compatriotes à qui, de bonne fois, il avait fait les plus brillantes promesses, il se laissa aller au découragement et succomba à ses remords. Un matin – le 2 mai 1872 – on le trouva sans vie, tenant encore dans sa main crispée le pistolet avec lequel il venait de metttre fin à sa carrière ». Revenons sur quelques points évoqués par Daniel Lévy. Le Nevada ? Lorsque de l’argent fut découvert dans cet état, en 1859, il se produisit une fièvre comparable à celle qui secoua la Californie avec l’or. Pioche ne rata pas l’occasion : il y envoya des collaborateurs, qui découvrirent ce précieux métal, vers 1869, dans le district qui portera rapidement son nom – dès 1874, des revues françaises parlent du site de Pioche, aujourd’hui encore considéré comme l’une des villes les plus pittoresques du Nevada. Le transport  ferroviaire ? Pioche était en effet le président de la Sacramento Valley Railroad Company, qui relia en 1866 Folsom à Sacramento, soit 22 miles (35 km). La générosité ? L'University of California reçut de nombreux ouvrages en français offerts par le Haut-Marnais. On écrira encore que Pioche, qui s'est lancé également dans l’exploitation d’une eau minérale dont la source a été découverte près de San Jose, était par ailleurs un amateur d’art, un épicurien qui fit venir des chefs français à San Francisco, et un citoyen soucieux du bien-être des habitants de cette ville. Telle est l'image que laissera ce banquier et financier né à Saint-Dizier qui, mort tragiquement il y a 140 ans, fait partie intégrante de l'histoire de San Francisco, et à qui, depuis plusieurs années, des ouvrages, tant français qu'américains, rendent justice... (A lire également l'article, en anglais, avec portrait, que Charles A. Fracchia a consacré à F.-L.-A. Pioche, considéré comme né en France en 1818 (sic), dans the Encyclopedia of San Francisco). L'image qui illustre cet article provient de la Bibliothèque nationale de France. Il s'agit d'une vue de San Francisco signée de l'artiste Meryon.

vendredi 14 septembre 2012

Maquisards haut-marnais dans l'armée américaine

Ce week-end, le club Mémoires 52 s'associera, comme depuis plusieurs années, à l'association des Arts d'Ecot, dans l'organisation des Journées du patrimoine à Ecot-la-Combe, l'un des plus charmants villages haut-marnais. Là, entre le château et l'étang, au cœur de la forêt, où vivent une quarantaine d'habitants, les animations proposées (dédicaces de l'ouvrage « Keskidees », lequel évoque l'émigration haut-marnaise et haut-saônoise vers les Etats-Unis, expositions, concerts) permettront de célébrer les liens unissant la France et l'Amérique. Un choix qui n'est pas dû au hasard : un petit Américain repose dans le cimetière communal, et sous l'Occupation, vivait, dans le château d'Ecot, l'épouse américaine d'un officier français. Il s'agit du capitaine Jean Châtel, vétéran du 260e RI en 1940, qui nous intéresse ici. Fils de Charles-Frédéric (maire d'Ecot, issu d'une famille d'industriels de Belfort), placé à la tête d'une compagnie FFI regroupant des réfractaires au STO réfugiés dans le chantier forestier d'Ecot-la-Combe, de patriotes du canton d'Andelot et d'évadés du Train fantôme, Jean Châtel, dont le frère Bertrand, né à Ecot, est alors enseigne de vaisseau de fusiliers-marins de la France libre, décide, après la libération d'Andelot (12 septembre 1944), de se mettre à la disposition d'une unité de l'armée américaine. En l'occurrence la troop A du 121st cavalry reconnaissance squadron. Son commandant, le capitaine Faris J. Hess, louera « le beau travail et l'aide importante » fournie à ses hommes par la compagnie Châtel. Cette troop avait poussé une reconnaissance le 1er septembre 1944 jusqu'à Rimaucourt, ce qui avait provoqué le coup de main – un échec – des FFI contre la garnison d'Andelot. Puis elle s'est fixée vers Leurville pendant huit jours. Un de ses postes a été attaqué, à Busson (selon le colonel de Grouchy), par une forte patrouille ennemie, et les FFI du capitaine Châtel ont « contribué à (le) dégager ». Le soldat Henri André, du Puits-des-Mèzes (mort pour la France en Franche-Comté), a pris part à cette action. Châtel, donc, se met à la disposition de l'escadron avec plusieurs de ses hommes. Combien ? Trois, apparemment, dont deux nous sont connus. Ils serviront « sans solde, sans identité officielle, sans état régulier, sous un nom d'emprunt et devant se déclarer Canadien en cas de capture », écrira-t-on en 1952 dans la Feuille libre. Le capitaine sera, à en croire l'auteur de l'article, le seul survivant de son équipe. Il aurait même pris la place de son chef de peloton tué au combat. Ses malheureux compagnons, tombés dans le secteur de la forêt de Parroy (près de Lunéville), sont Louis Lallemand de Driesen, né en 1920 à Saint-Raphaël (Var), tué le 2 octobre 1944 à Henaménil (son nom figure sur le monument aux morts de Froncles), et André Monsel, né en 1924 à Saint-Blin, mort le 7 octobre dans la même commune. A noter qu'un autre soldat français servant avec le 121st cavalry a trouvé la mort dans ce même secteur : Jacques Chifolleau, né en 1924 au Mans, tué le 2 octobre à Hénaménil. Repéré par le général Leclerc, commandant la 2e DB, le capitaine Châtel sera affecté, le 26 octobre, à la liaison entre le 15e corps américain et la division française.

mardi 11 septembre 2012

Brethenay : un mystère résolu

André Legros (1925-1944), FFI joinvillois tombé à Brethenay. Samedi 2 septembre 1944, aux environs de 14 h, une Traction-avant est prise soudainement sous le feu allemand au creux de la N 67, entre Brethenay et Condes, à hauteur du pont sur le canal. Dans cet accrochage, un passager trouve la mort : André Legros, né en 1925 à Joinville, où il est domicilié et où il est FFI. Le chauffeur, Roger Blandin, de Thonnance-lès-Joinville, est blessé et capturé. Quant au troisième occupant de la voiture, il parvient à s'échapper. Alors adolescent, Claude Ambrazé, fils de l'ingénieur des Ponts et chaussées de Bologne, reçoit dans l'après-midi la visite d'un ami, Henri Thiébault. Ce dernier n'est pas seul. Il est accompagné « d'un jeune sous-lieutenant français, en uniforme de l'armée britannique. Il porte l'insigne des parachutistes sur la poche droite et le patch France à l'épaule. Quelques rubans de décoration ornent son blouson. Il est nu tête et est armé d'un colt, d'une dague para et d'une carabine M1 avec le chargeur engagé. Une trousse de pansements est accrochée à sa ceinture... » L'officier n'est autre que le passager de la Traction-avant. Selon les explications qu'il a donné, « après avoir sauté dans le ravin par-dessus la route, (il a) réussi à (s')échapper en rampant vers les buissons et à revenir en suivant le canal jusqu'à Riaucourt ». C'est là qu'il a rencontré, à la ferme Jourd'heuil, Henri Thiébault, qui l'a convoyé jusqu'à Bologne sur le porte-bagages de son vélo. L'ingénieur Pierre Ambrazé a confié alors à l'officier sa moto pour lui permettre de regagner Joinville. Véhicule qui lui sera rendu le soir-même par le sous-lieutenant, revenu à Bologne avec des FFI joinvillois et des soldats américains. Lorsqu'il a apporté son témoignage, en 1993, Claude Ambrazé ignorait tout de l'identité et du destin de l'officier. En consultant une vieille coupure de presse, il a pu apprendre que le sous-lieutenant portait le pseudonyme de « Lenormand », qu'il s'appelait en réalité Debray ou De Bray, et qu'il a été parachuté à la ferme de Baudray, près d'Osne-le-Val la veille (donc le 1er septembre). Selon le journal Le Haut-Marnais républicain, c'est le général de brigade Edmund Sebrée, adjoint au commandant de la 35e division d'infanterie américaine, dont le groupement allait s'installer dans la région de Joinville à compter du 1er septembre, qui l'avait envoyé en mission. Le parachutiste « devait se rendre à Chaumont et à Courcelles-sur-Aujon pour se mettre en contact avec la Résistance du département », précisera Oscar Becker, lieutenant au bataillon FFI de Joinville, lors de l'inauguration du monument dédié au FFI Legros. Sur la foi de ces renseignements, il n'a pas été possible au club Mémoires 52 de retrouver la trace du sous-lieutenant Debray ou « Lenormand », notamment auprès d'amicales d'anciens de la France libre – pour l'anecdote, cette quête aura toutefois permis, au milieu des années 90, d'entrer en contact avec un autre officier français et la famille d'un second, tous deux parachutés en Haute-Marne, et dont le souvenir n'était jamais parvenu jusqu'aux historiens... Finalement, le hasard, la persévérance auront permis, de fil en aiguille, grâce à la collaboration de plusieurs amateurs d'histoire et de généalogie (MM. Charbonnier, Larcher, Barbier de La Serre,) d'être mis sur la piste du plan Proust et, finalement, du fameux officier. Le plan Proust correspondait, en 1944, à un ensemble de missions initiées par les services spéciaux américains, l'Office Strategic Service (OSS). Elles consistaient à infiltrer ou à parachuter des agents de renseignements français derrière les lignes allemandes, dès le lancement du débarquement de Normandie. Or, quatre agents français ont été parachutés à Osne-le-Val, dans le cadre de ce plan. Parmi eux, un observateur répondant effectivement au pseudonyme de « Lenormand ». D'autres informations aimablement communiquées par Serge Larcher ont ensuite permis d'identifier précisément ces quatre agents. Surprise : le sous-lieutenant « Lenormand » ne s'appelait pas Debray mais Sabouret Garat de Nedde, 25 ans, et dont il s'avérera que la mère s'appelait... Lenormand. Un contact avec la famille de cet officier, hélas décédé en 1989, a permis d'identifier enfin, de façon formelle, en 2004, le passager de la Traction-avant. Quelques mots sur Bernard Sabouret Garat de Nedde : né en 1919, il avait été blessé et capturé le 18 juin 1940 au sein du 19e dragons, s'est évadé à deux reprises, a rejoint la zone libre, retrouvé l'arme de la cavalerie, puis est passé en Algérie en 1941. Officier, il s'est battu en Tunisie, porté volontaire pour les missions spéciales, a été breveté parachutiste à Ringway. Selon sa famille, le sous-lieutenant Sabouret Garat de Nedde, détaché auprès de la 82e division aéroportée américaine, a été parachuté le 6 juin 1944 à Sainte-Mère-Eglise, puis dans la région de Cherbourg. Blessé, évacué en Angleterre pour être hospitalisé, il a rejoint l'état-major du 12e corps de la 3e armée américaine, et c'est à ce titre qu'il a été parachuté à Osne-le-Val, le 30 ou le 31 août 1944 selon les sources. Observateur de la mission «Bébé », « Lenormand » faisait équipe avec Georges Brana. Une autre mission (« Chat ») a été parachutée le même jour et au même endroit : elle était formée du sous-lieutenant Raymond Marmande (observateur) et de Michel Faivre (radio). Nous ignorons le destin de ces trois hommes. C'est après avoir traversé sans incident – précision étonnante, car le village de Brethenay, à 5 km de Chaumont, sera défendu par les Allemands jusqu'au 12 septembre – que le véhicule transportant « Lenormand », Legros et Blandin est tombé dans l'embuscade devant le pont-canal, bordé d'un petit bois. Soucieux de ne pas tomber aux mains de l'ennemi, le sous-lieutenant s'est échappé. « Nous sommes fichus, protégeons sa retraite », aurait dit André Legros avant d'être tué. Grièvement blessé, Roger Blandin « dut son salut à un officier allemand qui, passant, l'emmena à Chaumont pour l'interroger et où il le fit soigner » (lieutenant Becker). C'est à la maternité de Chaumont que ce chauffeur a été hospitalisé, et c'est le 12 septembre qu'il a pu quitter la ville pour rejoindre, à moto, son village. Quant à Bernard Sabouret Garat de Nedde, ultime précision le concernant pour le moins étonnante : c'est fortuitement que nous avons appris que, par sa belle-famille, il avait des attaches avec la Haute-Marne, du côté de Juzennecourt...

vendredi 24 août 2012

Jean-Baptiste Barmoy, un Haut-Marnais blessé à Gettysburg

Cet été, le 150e anniversaire de Gettysburg, la plus fameuse bataille de la Guerre de sécession, a été célébré aux Etats-Unis. Pourquoi en parlons nous ici ? Parce qu'il semble que plusieurs Haut-Marnais y ont pris part. Au moins un, avec certitude. Il s'appelle Jean-Baptiste Barmoy. Il naît le 4 septembre 1819 à Broncourt, dans le canton de Fayl-Billot, où son père Jean-Baptiste exerce la profession de tisserand. Deuxième d'une famille de six enfants, dont deux décédés en bas âge, Jean-Baptiste suit sa famille (son père, sa mère Marguerite Larget, ses frères et sœur Didier, Claude et Anne) lorsqu'elle décide d'émigrer vers les Etats-Unis. La demande de passeport auprès de la préfecture de Haute-Marne est faite le 12 mars 1834, et c'est sans doute dès cette année que les Barmoy s'installent à Frenchville, en Pennsylvanie, parmi de nombreux compatriotes haut-marnais et des Haut-Saônois. Jean-Baptiste « junior », devenu John, toujours domicilié à Frenchville, a déjà 43 ans lorsqu'il s'enrôle comme soldat dans le 148th Pennsylvania volunteer regiment, company F. Il est blessé moins d'un an plus tard, le 2 juillet 1863, à Gettysburg, où le régiment déplore 27 tués, 93 blessés et cinq prisonniers ou disparus. Barmoy rejoint ensuite le corps des vétérans le 2 janvier 1865 et semble décèder en 1870. A noter qu'un de ses compatriotes, Pierre-Alfred Déchanet, né en 1839 à Marcilly-en-Bassigny, incorporé au 1st Minnesota volunteer regiment, s'est blessé accidentellement quelques semaines avant Gettysburg où le régiment a éprouvé de lourdes pertes. Sources principales : « Keskidees », Didier Desnouvaux et Lionel Fontaine, club Mémoires 52, 2011 ; « A history of the 148th Pennsylvania volunteers », 1904.

mardi 31 juillet 2012

Le colonel de Grouchy, chef des FFI haut-marnais

Emmanuel, Edmond, Marie de Grouchy naît le 20 septembre 1882 au château de La Ferrière-Duval (Calvados), fils de Georges de Grouchy, marquis, propriétaire, ancien capitaine d'état-major, et de Marie-Jeanne-Eugénie Lambrecht. Le nouveau-né est le petit-fils du général de division Alphonse de Grouchy, colonel de chasseurs à cheval à 24 ans, durant le Premier Empire, et donc l'arrière-petit-fils d'Emmanuel de Grouchy, maréchal d'Empire. Il embrasse la carrière militaire en s'enrôlant en 1901 au 67e régiment d'infanterie. Promu sergent deux ans plus tard, il intègre, comme élève officier, l'école militaire d'infanterie, en 1908. Sous-lieutenant le 1er octobre 1909, affecté au 28e bataillon de chasseurs à pied, lieutenant le 1er octobre 1911, Emmanuel de Grouchy est promu capitaine le 2 juillet 1915, et prend le commandement d'un bataillon du 129e régiment d'infanterie (un régiment normand) le 15 juin 1918. Il n'a que 35 ans. Chef de bataillon à titre temporaire le 2 septembre de la même année, il rejoint le 153e RI après l'armistice. Lui qui s'est battu en Alsace, sur l'Harmannvillerskopf, à Craonne a été blessé le 3 novembre 1914 par éclat à la jambe gauche. Chevalier de la Légion d'honneur depuis le 20 février 1915, officier le 2 octobre 1920, il sera élevé au grade de commandeur, le 31 décembre 1939, en qualité de colonel du 239e régiment d'infanterie, puis à la dignité de grand officier en 1949. Emmanuel de Grouchy se retire dès 1940 au château de Saint-Michel, dans le canton de Longeau. Selon le baron de l'Horme, il a hérité de cette propriété de Thérèse Thomas de Canouville, morte en 1939, veuve de son oncle Lambrecht. Contacté par les patriotes pour prendre la responsabilité de la Résistance dans le Sud de la Haute-Marne, ce membre de l'ORA (Organisation de Résistance de l'armée) sera, sous le pseudonyme de colonel « Michel », le commandant départemental des Forces françaises de l'intérieur. Il décède à Saint-Michel, village dont il était maire, le 2 juin 1950. Il était l'époux de Jeanne-Elisabeth-Marie de Montaudouin, dont il eut deux enfants, parmi lesquels Hervé, capitaine. Source principale : dossier de membre de la Légion d'honneur d'Emmanuel de Grouchy.

vendredi 6 juillet 2012

Un "hommage" qui nous va droit au coeur

Un nouvel ouvrage vient enrichir, cet été, l'historiographie haut-marnaise. Le club Mémoires 52 ne peut que s'en réjouir : il est consacré à la Résistance dans le département, sujet cher entre tous pour trois de nos membres qui ont rédigé, voici cinq ans, « Résistance, répression, libération en Haute-Marne », paru aux éditions Dominique Guéniot. Cette œuvre avait rapidement connu son succès puisqu'elle a été épuisée un an et demi après sa parution. Preuve que le thème intéresse nos contemporains. Rien d'incongru, donc, à ce que soit proposée, en 2012, une troisième édition du « Livre d'or de la Résistance haut-marnaise », écrit en 1946 par Louis Hutinet. Le titre a beau avoir été légèrement modifié (on ne parle plus de Résistance haut-marnaise mais de Résistance dans la Haute-Marne, nuance), la couverture changée (elle n'est plus or, mais à dominante bleue) : le texte est le même. A une différence près : il est agrémenté d'une évocation méritée de l'action de René Pajot. Voilà qui a attisé notre curiosité. Tiens, tiens... Même retravaillé, l'article en question ressemble furieusement – doux euphémisme ! – à celui, inédit, que le club Mémoires 52 a consacré à cet acteur majeur de la Résistance haut-marnaise et qui a été mis en ligne sur son blog... Légèreté impardonnable : l'association n'a pas songé, un seul instant, à assortir cet article d'un copyright et d'une mention « droits de reproduction interdits sauf autorisation des auteurs » qui eussent été de bon aloi... Mais voyons la chose du bon côté : par l'« oubli » de nous créditer de la paternité des informations contenues dans cet article, « oubli » non intentionnel n'en doutons pas, la maison d'édition en question, qui propose à 32 euros (210 F) une troisième version d'une brochure ancienne de 66 ans, rend hommage, involontairement, au sérieux du travail de recherches mené par le club Mémoires 52 depuis 20 ans. Car par pudeur, sans doute, ce genre de coups de chapeau est délivré, ici, en Haute-Marne, avec parcimonie... Le président, Lionel Fontaine

lundi 25 juin 2012

1944 : les Haut-Marnais libèrent Bondeval

Deux jours après le meurtrier baptême du feu du plateau de Grattery, le 1er bataillon du 21e régiment d'infanterie coloniale, composé de volontaires haut-marnais, poursuit sa progression. Nouvel obstacle sur sa route : le village de Bondeval, à la frontière franco-suisse... 17 novembre 1944 Au petit matin, le I/21e RIC, relevé par les 4e et 6e bataillons du Lomont, est regroupé à Ecurcey. Y compris la section de mitrailleuses Ance et les mortiers de 81 de la CA, qui avaient été détachés auprès du groupement Lacheroy. Pour sa part, la section de mitrailleuses de la CA 3 retrouve son bataillon. Ecurcey a été conquis deux jours plus tôt par le I/9e Zouaves, au prix de très lourdes pertes : 39 tués (dont deux officiers) et 68 blessés. « Nous voyons de nombreux trous creusés par des obus au phosphore. Nous prenons position à proximité du cimetière. Dans les champs, des cadavres jonchent le sol. Ca sent mauvais. Heureusement qu'il fait froid et que la neige recouvre en partie le sol » (caporal Seigle, 2e compagnie). « Dans un jardin sont alignés une quinzaine de cadavres portant notre uniforme. Je les regarde sans m'approcher. Certains sont restés dans une attitude ou un état tout à fait effroyables. Ils sont recouverts par une mince couche de givre. C'est triste » (caporal Maire, 1ère compagnie). Si le I/21e RIC est rassemblé dans ce village, c'est pour mieux reprendre la progression en direction de Seloncourt. Objectifs : conquérir ce que le journal du bataillon nomme la croupe mamelonnée de Bondeval, puis ce village, enfin Beaulieu. Le mouvement est exécuté aux environs de 14 h. Dans l'ordre : la 1ère compagnie, la 2e, la CA, enfin la 3e. « Nous reprenons la route, le sac au dos, en colonne par un », témoigne le caporal Maire, dont la compagnie progresse sur la droite de la route départementale 35. « Après quelques kilomètres, nous atteignons un bois. » Il s'agit du bois Planchet. « Il semble que des chars soient déjà passés. On voit des traces de chenilles. Un ordre circule : « Disposition de combat » (l'arme sous le bras). Tout est calme. Nous avançons. Nous rattrapons nos chars qui sont arrêtés un peu avant la sortie du bois. Nous nous arrêtons aussi. Une patrouille est partie en reconnaissance dans le terrain vague qui fait suite au bois. Rien à signaler, semble-t-il, et nous pouvons avancer en quittant la protection de la forêt. » De son côté, la 2e compagnie est axée sur la gauche et progresse dans la lande boisée Nord du bois Planchet, situé « à 1 km de la crête d'où nous voyons les premières maisons de Bondeval », témoigne le caporal Seigle. « Nous nous déployons sur un terrain découvert, parsemé de quelques buissons, poursuit Jean Maire. La progression s'effectue normalement, sans problème. Soudain, le silence est rompu par une intense mitraille... » Ce sont des rafales de mitrailleuses de 20 mm qui s'abattent sur les marsouins, « à 16 h » selon André Herdalot, de la 2e compagnie. « En un clin d'oeil, raconte Jean Maire, tout le monde est à plat ventre. Il est pratiquement impossible de se camoufler, et chacun cherche le moindre sillon qui peut l'abriter assez illusoirement des balles. Mon groupe est parmi les plus avancés, et heureusement pour nous, il semble que le tir est plutôt dirigé sur notre arrière. Mais voici que les impacts de balles se rapprochent. Ce sont des explosives de gros calibre... Nous sommes cloués sur place... » « Les trajectoires épousent exactement l'arrondi du mamelon, interdisant tout mouvement », indique le JMO. « Je regarde un peu en arrière, j'aperçois des brancardiers qui viennent en rampant chercher des blessés et repartent aussitôt vers le bois », rapporte le caporal Maire. Dans la compagnie, il y a des pertes. Le capitaine Vial lui-même est blessé, légèrement (une balle et un éclat à la jambe gauche), de même que l'adjudant François Essner, le chef de la section de commandement natif de Bourbach (issu du 4e RTS), plus grièvement - il sera opéré de la cheville. Dans la section Caminade, le soldat Charles Pierrot, né à Nancy en 1925, est tué, le soldat Edouard Pericchi, né en 1915 à Toulon, mortellement touché (il décède le 20), Rino Otto blessé. La 2e compagnie n'est pas épargnée par ce feu nourri. Et particulièrement la 3e section du sous-lieutenant Théveneau, qui débouchait du bois pour s'engager sur le pré. « J'ai mis mon FM en batterie, j'ai été blessé au moment de mon intervention d'une balle à l'avant-bras gauche et au pied droit par éclats de mortier », écrit le soldat Jean Bondroit, de Montier-en-Der, issu de la compagnie du Der. « Comme les Allemands relevaient leur tir, nous avaient été cloués au sol sans espoir de se replier, car celui qui levait la tête était mort, ajoute le soldat Robert Tulpin, de Gudmont (groupe Vernet). J'étais en batterie avec mon FM, derrière un arbre, et j'ai été touché d'une balle dans l'omoplate, plaie en séton, et ensuite une quantité indéfinissable d'éclats dans tout le corps. C'était l'enfer, on entendait les blessés gémir... » La plupart des 21 marsouins de la 2e compagnie touchés en quelques minutes appartiennent à la section Théveneau, la plus éprouvée. Sont blessés le sergent Emile Vernet, de Brousseval, chef du 9e groupe (touché au talon), Jules Schneider, de Buxières-lès-Froncles (né à Doulaincourt en 1919, ce chargeur du FM de Robert Tulpin, qui s'était engagé en 1939, est blessé au bras droit par un éclat de mortier), le grenadier Paul Buat, de Montier-en-Der (une balle ayant ricoché qu'il a reçue en pleine poitrine), André Blanvalet, de Marnaval, Michel Dosières, de Chaumont, Lucien Martin, de Fontaines-sur-Marne (touché par un éclat d'arbre), René Tripotin, de Froncles, René Dechanet, de Poulangy... Il y a surtout un tué, le lieutenant Charles Dyèvre, chef de la 1ère section, qui « inspectait avec ses jumelles et a été tué d'une balle explosive de 50 en plein cœur » (Robert Tulpin). De son côté, la section Delattre a la chance de ne pas être clouée au sol, car le bois Planchet forme « une corne qui nous permet d'atteindre plus vite notre but, c'est à dire les premières maisons, témoigne le caporal Seigle... Ayant localisé les mitrailleuses, je demande à Prévot (Henri Prévot, de Rimaucourt) d'ouvrir le feu sur des Allemands embusqués derrière un tas de bois. Malheureusement, nos balles traçantes nous ont fait repérer, mon tireur au FM et les autres hommes du demi-groupe ont eu le temps de se mettre à l'abri derrière un petit talus en bordure du bois. Il faisait certainement office de limite de propriété. Quant à moi, je suis à côté du FM derrière un gros arbre. Nous sommes copieusement arrosés. Par bonheur, le tir mal ajusté passe au-dessus de nous, mais des écailles de bois tombent autour de nous. Deux obus de mortier éclatent à ma gauche et tout de suite, je sens une brûlure au pied droit. J'aperçois un trou de 1 cm dans le talon de ma chaussure, mais pas de trace de sang et mon pied bouge normalement... » Dans sa section, il y a un homme blessé plus sérieusement, c'est Jean Doira, un Meusien de Jametz qui s'était réfugié à Veuxhaulles-sur-Aube (Côte-d'Or). Il ne survivra pas à ses blessures1... « Les minutes sont interminables, et le jour commence à décliner, raconte Jean Maire. Nous ne voyons absolument pas d'où vient le tir et ne pouvons donc pas réagir. Le terrain où nous nous trouvons est entouré de forêts et l'ennemi pourrait nous encercler. Il va bientôt faire nuit. Pour la première fois, je sens la peur m'envahir. Comment allons-nous sortir de ce piège ? » Bientôt, rapporte Guy Seigle, « nous recevons l'ordre de nous replier sur la crête pour permettre un tir d'artillerie ». Un tir qui est exécuté par la CCI, sur les indications du lieutenant Auvigne (de la 1ère compagnie), en direction de l'emplacement supposé des mitrailleuses de 20. Il semble efficace puisque le feu allemand cesse. « Alors on peut distinguer - dans le calme revenu - le ronronnement des chars », rapporte le caporal Maire. Des tank-destroyers, en effet, accompagnaient le bataillon dans sa progression. En raison de la nuit, celle-ci est stoppée. Les hommes creusent des trous. « Au milieu de la nuit, note le JMO, une patrouille de six hommes du 4e bataillon du Lomont, originaires de Bondeval, se rend dans le village et rend compte à son tour qu'il n'y a plus d'ennemis. Ils ont décroché vers 20 h ». Mais pour le 1er bataillon, qui déplore deux tués et 31 blessés (dont deux décèderont), l'entrée dans Bondeval ne pourra se faire que le lendemain. « Nous nous sommes repliés tant bien que mal pour se faire soigner, la section était très éprouvée, raconte le soldat Tulpin. Nous avons été soignés sur place puis évacués par ambulances à Dôle où nous sommes restés quelques jours, puis évacués sanitaire par train sur Montpellier où, après un mois et demi d'hôpital, nous avons bénéficié d'une convalescence... » Un soldat de la 2e compagnie Chabot a été plus grièvement blessé : le soldat Antoine Simons, de Blessonville, ordonnance du lieutenant Chabot. Cet ancien du maquis Duguesclin perdra l'usage de son bras gauche... 18 novembre 1944 Après une nuit « sans incident (...), très froide à minuit » selon le JMO (« Nous n'avons, pour nous couvrir, que nos imperméables qui sont raides comme une tôle ! », confirme l'aspirant Thiabaud, de la 3e compagnie), le I/21e RIC se dirige à partir de 8 h sur Bondeval. « La population paraît un peu abrutie mais nous accueille avec joie », note le JMO. « Les habitants sont sortis pour nous accueillir (...) Les uns nous offrent des pommes, les autres de la gnôle. Les jeunes filles nous embrassent, malgré nos barbes de quatre jours... » (Jean Maire). L'eau de vie « nous fait du bien car depuis la veille, nous n'avons pas mangé bien qu'ayant nos rations avec nous, il est déconseillé de s'alimenter avant et pendant un combat à cause d'éventuelles blessures au ventre » (Guy Seigle). A Bondeval (leur premier village libéré), les marsouins l'apprendront, le tir d'artillerie de la veille a détruit deux des trois mitrailleuses de 20 mm - le JMO parle de 25 Allemands tués.

vendredi 25 mai 2012

Un Chaumontais héros du peuple polonais

Léon Junck, dit Junck de Blankenheim (1837-1863). Portrait paru dans “Le monde illustré". Chaumontais de naissance, fils d'un militaire d'origine prussienne, officier français, colonel et héros du peuple polonais à 25 ans. Ainsi peut se résumer, en quelques lignes, l'étonnante et courte destinée de Léon Junck, connu en Pologne sous le nom de Junck de Blankenheim. C'est le 13 décembre 1837 que le jeune homme voit le jour dans le chef-lieu haut-marnais. Son père, Charles-Mathieu Junck, y occupe alors la fonction d'adjoint de première classe à l'intendance militaire. Il était né à Trêves, en 1791. Ce Prussien était devenu lieutenant en 1813, servait au 3e bataillon de la Légion de la Côte-d'Or lorsqu'il a été naturalisé Français en 1818. Cinq ans plus tard, il était fait chevalier de l'ordre de Saint-Ferdinand d'Espagne (après avoir pris part comme lieutenant d'état-major à l'expédition de 1823),, avant d'effectuer une carrière dans l'intendance. Epoux de Camille-Léocadie Audry, il sera en poste à Chaumont au moins jusqu'en 1844. On peut donc penser que Léon Junck, dont la déclaration de naissance s'est faite notamment en présence du chef de bataillon du génie Jean-Elie Hérault, a passé plusieurs années de son enfance en Haute-Marne. Officier de la Légion d'honneur en 1849, chevalier de Saint-Louis, domicilié à Auxerre en 1872, son père décèdera en 1877. En 1850 (il a 13 ans), le jeune Chaumontais obtient une demi-bourse nationale du département des Bouches-de-Rhône pour poursuivre ses études. Selon le journal L'Illustration – fondé par un Haut-Marnais, Paulin, rappelons-le – Léon Junck intègre l'école spéciale militaire de Saint-Cyr le 12 janvier 1855 et en sort le 1er octobre 1856 comme sous-lieutenant au 88e de ligne. Avec ce corps, il sert en Italie en 1859, même s'il ne se bat ni à Magenta, ni à Solferino. Il passe ensuite au 92e de ligne caserné à Valenciennes. Le 3 avril 1863, Junck démissionne de ce corps. Remplacé par l'adjudant Corta, il décide, depuis Bordeaux, très rapidement, d'aller rejoindre les rangs de l'insurrection polonaise. Mis à la tête de partisans dans le palatinat de Kaliab, il entre en Pologne le 24 avril, obtient le commandement de près de 1 000 hommes. Le 27 avril, il se lance à l'assaut des Russes, leur enlevant deux villages. Promu colonel par le comité polonais, placé, selon certaines sources, à la tête de 3 000 Polonais, il prend part à la bataille d'Osowio – dite aussi de Brdow -, le 29 avril (veille de la bataille de Camerone au Mexique). Elle lui sera fatale : atteint de sept coups de feu, de 20 coups de baïonnette, les mains hachées à coups de sabre (selon L'Illustration, il a été mutilé par les Russes après sa capture), il meurt en héros. Un service funéraire sera célébré, le 9 mai 1863 à Bordeaux, en mémoire du colonel Junck de Blankenheim (nous ignorons le motif qui justifie cette appellation nobiliaire). Henri Leriche consacrera rapidement au Chaumontais un hommage imprimé qu'il a dédié au prince Napoléon. Aujourd'hui, à la veille du 150e anniversaire de la bataille de Brdow, un historien polonais, Dariusz Matysiak, s'intéresse à ce Haut-Marnais qui, comme ses compatriotes Demange, devenu général portugais, du Breuil de Saint-Germain, combattant aux côtés des Boers, ou Vanney, sergent dans l'armée nordiste, ont choisi de servir dans des armées étrangères.

lundi 30 avril 2012

13 juillet 1944 : deux Lancaster s'écrasent dans le Sud-Ouest haut-marnais

Dans la nuit du 12 au 13 juillet 1944, la RAF bombardait le dépôt SNCF de Culmont-Chalindrey. La mission concernait 378 appareils qui se sont également attaqués au dépôt de Tours et à la gare de Revigny-sur-Ornain (Meuse). Jean-Marie Chirol, dans « Dossier 52 » n°1, écrira : « L'emplacement du dépôt, complètement bouleversé, était devenu méconnaissable. Tout y était anéanti : rails, aiguillages, voies de garage, bâtiment... Les bâtiments avaient creusé d'énormes entonnoirs, de 25 m de profondeur parfois... Quarante-deux machines étaient devenues plus ou moins inutilisables. Le viaduc de Torcenay était fortement endommagé... On crut tout d'abord qu'aucune vic
time n'était à déplorer, à l'exception d'un blessé grave qui devait décéder à son arrivée à l'hôpital de Langres. Or, lorsque les travaux de déblaiement, contrariés par les explosions des bombes à retardement, furent entrepris, on découvrit cinq cadavres sous les décombres, ceux de deux cheminots, d'une femme avec son enfant et d'une personne âgée qui ne put être identifiée. Quinze cents bombes avaient été jetées sur le dépôt, et on évalua approximativement à 800 le nombre de sinistrés... »
Deux Lancaster s'écrasent en Haute-Marne, lors de cette mission. Le LM 638, du Squadron 44, tombe dans la forêt de Montavoir, territoire d'Auberive. Les sept membres de l'équpage parviennent à sauter : . le pilote, le lieutenant R. S. Arnold, le bombardier, le sergent L. H. Brooks, le mitrailleur, le sergent A. W. Lamb, et le navigateur, le sergent L. Wharton, auraient rejoint le maquis de Recey-sur-Ource (Côte-d'Or). . le mitrailleur, le sergent J. Bray, est recueilli par Jean Rouot, de Châteauvillain, puis dirigé sur l'Aube. . le radio, le sergent Kenneth William Green, est caché pendant une dizaine de jours à la ferme d'Erelles, chez Robert Gautherot, puis conduit ensuite à Orbigny-au-Mont, où il est pris en charge par René Henry. En compagnie d'un rescapé du Lancaster abattu à Giey-sur-Aujon, Keeler Peter Hammerton, le sergent Green tente de passer en Suisse. Ils sont tous deux arrêtés par une patrouille allemande, emprisonnés à Besançon et transférés en Allemagne. . Nous ignorons le destin du mécanicien, le sergent R. G. Royle. Le LM 221, du Squadron 9, s'écrase vers 2 h dans la forêt d'Arc-en-Barrois, au lieu-dit « La petite forêt », territoire de Cour-l'Evêque. Les sept membres de l'équpage sont tués : F. E. Shaw, J. P. Armstrong, A. F. Grieve, A. D. Tagget, W.A.M. Hallett, M. H. Payne et D.G.W. Brown. Le document qui illustre ce message correspond à l'équipage tombé à Cour-l'Evêque.

mercredi 11 avril 2012

Des Haut-Marnais prennent part à la libération de Rambervillers

Page d'histoire méconnue que la participation de FFI haut-marnais à la libération de Rambervillers, dans les Vosges, à 80 km de Bourmont, fin septembre 1944.

Une page qui s'ouvre dans la nuit du 1er au 2 septembre 1944, par la réception d'un parachutage d'armes, au lieu-dit Fréhaut, à proximité de l'ancienne place forte lorraine de La Mothe. L'opération permet d'armer l'équivalent d'une compagnie de FFI en formation. C'est à elle qu'appartient le groupe de Soulaucourt-sur-Mouzon (village du canton de Bourmont), que commande Hubert Morlot, alias « Bébert ». Ce groupe relève du secteur D de la zone I, c'est à dire de l'organisation FFI des Vosges (Jean Catera est chef de secteur, le capitaine « Jean-Pierre », vraisemblablement André Rigot, commandant de compagnie).

Le groupe de Soulaucourt n'est pas le seul élément haut-marnais à dépendre de cette zone :
. le groupe de Goncourt appartient à la section dite de Bourmont (adjudant Gautier). Le 10 septembre, il quittera l'organisation lorraine pour rejoindre la compagnie du capitaine Henri Thomas, des FFI haut-marnais.
. le groupe Siroco (commandé par Auguste Rouot), dit camp « Zisa » ou « Z1SA » - sans doute pour secteur A de la zone I.
A noter que la compagnie dispose d'une section de mortiers servis par des prisonniers italiens évadés de Vittel (ils étaient neuf, dont un général !).

Le groupe de Soulaucourt – comme celui de Goncourt - participe, le 2 septembre 1944, à la première libération de Neufchâteau, puis doit se replier sur le château de Bourlemont en raison de l'arrivée d'une colonne allemande. Le 12, la compagnie revient occuper, définitivement, la cité néocastrienne, puis patrouille dans les bois de Liffol, Bazoilles-sur-Meuse, Harréville-les-Chanteurs.

Le 20 septembre, les FFI haut-marnais du groupe de Soulaucourt gagnent Vittel. Là, ils sont intégrés dans la 1ère compagnie du 1er bataillon des Vosges, qui se forme, durant ce mois, avec des FFI du Groupement 1 de ce département (secteurs de Neufchâteau, Liffol-le-Grand, Châtenois). Selon un historique du 26e RI, le bataillon a été constitué à partir du 5 septembre au camp de la Délivrance (près de Lamarche), a repris les traditions du 5e BCP le 22 septembre, avant d'aller cantonner dans la cité thermale.

Chef du groupement I, le commandant Grandjean (« René »), du mouvement CDLR, en prend la tête. Selon Jean Laurain (« Libération des Vosges. L'épopée du 6e corps américain »), ce bataillon était crédité de 600 hommes, répartis entre quatre compagnies encadrées par des officiers de réserve. La 1ère compagnie est aux ordres du capitaine « Jean-Pierre » et du lieutenant Thouvenin, instituteur à Sartres (ce futur général décédera à Doulaincourt).

Le 1er bataillon des Vosges se porte d'abord sur Xertigny. Il doit participer à la libération d'Epinal, en vertu d'un accord passé entre un colonel américain et le commandant Perrin (« Etienne »), adjoint au commandant des FFI vosgiens, mais cette coopération ne peut avoir lieu. L'unité va alors accompagner la 45e division d'infanterie américaine du général Eagles lors des opérations de la libération de Rambervillers.

Voici ce qu'en dit le « rapport sur l'activité du groupe de résistance et des FFI de Soulaucourt-sur-Mouzon ».
Le 29 septembre 1944, « accrochage avec l'ennemi à l'orée du bois au nord-ouest de la ville de Rambervillers, à 11 h : quatre Allemands tués. Reconnaissance vers 15 h pr une patrouille de quatre hommes en pointe avancée jusqu'aux faubourgs de la ville. Tirs d'artillerie ennemis pendant la nuit. Riposte des mortiers ». Le 30, « destruction des nids de mitrailleuses allemandes dès l'aube, principalement auprès du pont de la Mortagne ; attaque de Rambervillers à 10 h : Robert Gilbert a placé une passerelle sur la rivière et pénètre le premier dans la ville, suivi immédiatement de Walter Blumenstein et de tout le groupe ; nettoyage de la ville où la résistance ennemie est ferme... ; attaque de la caserne de Rambervillers occupée par 60 Allemands. Après quinze minutes de combat, l'ennemi se rend au groupe de quinze hommes commandés par le lieutenant Thouvenin qui a l'avantage. A 13 h 30, la ville est libérée entièrement par les FFI. Résultat : 186 ennemis prisonniers et 60 tués. Représailles ennemies : bombardement intense de la ville. A 15 h, le sergent R. Gilbert est blessé mortellement par un obus de 77 ». Il est ramené à Epinal.
Précisons que ce rapport passe totalement sous silence le rôle des troupes américaines dans la libération de Rambervillers.

Le 2 octobre, la 1ère compagnie est de retour à Epinal, et le groupe de Soulaucourt est démobilisé. Ce qui n'empêche pas la poursuite des opérations par le 1er bataillon des Vosges : du 4 au 11 octobre, il opère ainsi au bois de Sainte-Hélène. Le 5, le sergent Robert Hof, de la 2e compagnie, est mortellement blessé – des éléments du bataillon (section Bedel) opéraient alors avec les Américains du côté de Frémifontaine. Né à Epinal en 1923, le sous-officier décède le 10.

Le 10 décembre, le bataillon devient bataillon 21/20, cantonne à Remiremont puis à Epinal, avant de devenir, le 1er février 1945, 3e bataillon du 26e RI, sous les ordres du commandant Damance. Le capitaine Sarron commande la CB, le capitaine Thouvenin la 11e compagnie, le capitaine Mueth la 12e, le lieutenant Gayaud la 13e, le capitaine Groskopf (ex-chef du secteur de Mirecourt) la 14e, et le capitaine Scheider la 15e.

dimanche 25 mars 2012

Le 242e RI dans les combats de juin 1940

Le premier numéro de « Mémoires de Haute-Marne », paru en 2010, a été en partie consacré aux combats livrés par le 242e régiment d'infanterie en 1940. Commandé par le colonel Victor Bouchon, ce corps avait été mis sur pied à Langres à la mobilisation, en particulier avec des réservistes de la Haute-Marne et de la Haute-Saône. Au moins huit de ses officiers étaient d'ailleurs domiciliés dans notre département.

En juin 1940, le 242e RI défendait le Rhin dans le secteur de Marckolsheim et s'est retrouvé en première ligne lors du passage du fleuve, de vive force, par les Allemands, le 15 juin 1940. Les combats se sont ensuite déroulés dans les Vosges, et nous avons publié, à ce sujet, le témoignage inédit d'un prêtre chaumontais, le sergent Heydet, qui s'est battu à Xonrupt, près de Gerardmer. Le 21 juin, le lieutenant Massotte trouvait la mort lors des ultimes combats dans la cité geromoise. Capturé en grande partie, le 242 cessait d'exister.

Parmi les hommes du régiment tombés lors de ces opérations, citons une douzaine de Haut-Marnais :

Bourdeaux Pierre, né en 1912 à Perrancey, 7e compagnie, le 22 juin dans le Haut-Rhin.
Bourlier Fernand, né en 1910 à Corgirnon, le 23 juin à Sélestat des suites de blessures.
Chevalier Henri, né en 1910 à Bourbonne, le 19 juin à Sainte-Marie-aux-Mines.
Grandjean René, né en 1906 à Biesles, le 22 juin à Gerardmer.
Knerr Emile, né en 1908 à Bannes, tué le 18 juin à Liepvre.
Massotte Adrien, lieutenant, né en 1893 à Torcenay, tué le 21 juin à Xonrupt-Longemer.
Massotte Roland, né en 1915 à Chalindrey, tué le 16 juin à Richtolsheim.
Molard Roger, né en 1908 à Vandrecourt (sic), le 17 juillet à Kientzheim.
Rolland James, né en 1906 à Biernes, le 27 juin à Marrkich.
Sirault Jean, lieutenant, né à Brienne-le-Château en 1909, de Saint-Dizier, le 21 juin à Saulcy-sur-Meurthe.
Thominot André, né en 1909 à Frécourt, le 17 juin 1940 à Artzenheim des suites de blessures.
Vincent Emile, sergent, né en Moselle, prêtre à Saint-Dizier, tué à Xonrupt-Longemer.

Ont été faits prisonniers :
. le 21 juin, Charles Anzenberger (II/242), de Saint-Dizier, qui sera déporté à Dachau ; Marcel Guyot, chef de groupe dans la CA du III/242, capturé à Longemer ; Jean Hutinet (10e compagnie), de Maizières-sur-Amance ; l'adjudant Marcel Carlin (11e compagnie), de Saint-Dizier, à Xonrupt ; le sergent Max Dupuy (9e compagnie), de Saint-Dizier, à Xonrupt ;
. le 22 juin, Paul Bauduret, gendarme à Langres, capturé à Xonrupt, déporté à Dachau ;
. le 23 juin, André Collin, de Ceffonds, pris à Gerardmer...
. le caporal Louis Fricot (III/242), de Montier-en-Der, capturé dans « la perle des Vosges », etc.

Par ailleurs, nombre de Haut-Marnais du 242e RI, tombés aux mains des Allemands, décéderont dans des circonstances diverses en captivité :

Collin Pierre, né en 1906 à Montreuil-sur-Thonnance, en 1945 en Allemagne.
Didier Justin, né en 1903 à Sarrey, en 1941 en Allemagne.
Flagez Auguste, né en 1904 à Colombey-lès-Choiseul, en 1945 à Paris.
Fouilleret Pierre, né en 1910 à Chaumont, en 1944 en Allemagne.
Logerot Maurice, né en 1912 à Thivet, en 1941 en Allemagne.
Luzardy Marcel, né en 1904 à Saint-Dizier, en 1942 à Toul.
Maugras Charles, né en 1910 à Essey-les-Ponts, en 1941 à Lyon.
Moisson René, né en 1906 à Is-en-Bassigny, en 1942 en Allemagne.
Poinsenot Marius, né en 1910 à Fayl-Billot, en 1944 en Allemagne.
Salzard Adrien, né en 1906 à Laneuville-aux-Bois, en 1942 en Côte-d'Or.
Theveny Pierre, né en 1911 à Celles-en-Bassigny, en 1942 en Allemagne.
Tissier Pierre, né en 1908 à Chaumont, en 1943 en Allemagne.
Viard René, en Allemagne.

Les combats du 242e RI ont été évoqués à plusieurs reprises par l'historien troyen Roger Brugge, marié avec une Bragarde, journaliste à Chaumont et récemment décédé. Sa magistrale "Histoire de la Ligne Maginot" fait autorité.

mercredi 22 février 2012

Parachutistes britanniques dans le canton de Chevillon




La nuit du samedi 12 au dimanche 13 août 1944 a été marquée par plusieurs parachutages au profit de la Résistance haut-marnaise : une opération a ainsi lieu entre Tronchoy et Rolampont, la réception et le transport des armes étant assurés par l'équipe d'André Guignard (« lieutenant Dédé »).

La même nuit, ce sont des parachutistes britanniques qui sautent en lisière du département, dans le cadre de l'opération « Rupert », exécutée par le G Squadron (major Rooney) du 2nd Special air service regiment. Il semble que le parachutage ait eu lieu vers la ferme de Berzillière, non loin de Giffaumont (Marne).
Les sticks des lieutenants Cameron (Peter ?) et Marsh sont réceptionnés par un officier opérant en Champagne depuis quelques jours, le lieutenant D.V. Laws, parachuté lui à Bailly-le-Franc. Si Laws part ensuite se fixer en forêt de Trois-Fontaines-l'Abbaye (Marne), Cameron va, de son côté, se porter du côté de Chevillon et de Morley, aux confins de la Haute-Marne et de la Meuse.
Là-bas, il pourra compter sur la coopération de Maxime Douard, d'Eurville, et de deux sergents établis à Sommeville, Maurice Jeanjean et Maurice Gautron, ce dernier possédant la particularité d'être né dans l'île de Jersey, et donc de parler parfaitement la langue de Shakespeare.
Le stick Cameron sera notamment engagé le 31 août 1944, lors de la libération du Nord-Haute-Marne par la 4th Armoured division, en affrontant un détachement ennemi à Fontaines-sur-Marne.

Cette photo (collection Club Mémoires 52), sur laquelle figure peut-être le lieutenant Cameron (à gauche), a été prise au moment de la libération d'Eurville. A noter que le stick aurait compté en son sein un Corse, Jean-Marc Canonici, originaire de Bonifacio.

jeudi 19 janvier 2012

15 septembre 1944 : deux Algériens meurent à Pressigny



Des zouaves de la 1ère DB à Fayl-Billot (collection CM 52).

Le 15 septembre 1944, alors que le département de la Haute-Marne est quasiment libéré, le capitaine Peix, de l'escadron hors rang du 5e régiment de chasseurs d'Afrique (RCA), rédige un rapport sur ce qu'il convient d'appeler « l'affaire de Pressigny ».

Pour situer ce combat dans son contexte, signalons qu'à partir du 12 septembre 1944, l'armée française du général de Lattre, débarquée en Provence, a fait son entrée dans le Sud du département. Si Langres a été libérée le lendemain , en grande partie par la 1ère division blindée, dont fait partie le 5e RCA, cette grande unité s'est employée, les 14 et 15, à nettoyer une poche de résistance allemande située à l'extrémité Sud-Est de la Haute-Marne, dans la région de Fayl-Billot. A Belmont, notamment, plus de 200 soldats allemands sont capturés. Ces deux jours de combat auront coûté à ce régiment de chars un tué (le maréchal des logis-chef Guy Dallé, né en 1919 à Tourcoing, tué le 14 septembre à Belmont d'une balle au cou) et trois blessés. Ne sont pas comptées dans ce bilan les victimes du combat de Pressigny, dont voici la teneur, selon le rapport du capitaine Peix.

Désireux de capturer deux soldats allemands signalés dans un bois par un habitant, le long de la route de Pressigny à Poinson-lès-Fayl (canton de Fayl-Billot), le capitaine Peix dirige sur les lieux deux patrouilles à pied. Mais le bois est en fait infesté de très nombreux soldats ennemis appuyés par des mitrailleuses. Le combat qui s'engage alors tourne au désavantage des chasseurs d'Afrique : la patrouille de l'adjudant-chef Constans est capturée, celle du lieutenant Tahar Soukehal subit de lourdes pertes.
De son côté, Peix parvient à capturer trois Allemands, qui informent l'état-major français de la présence de quelque 400 de leurs compatriotes dans le bois. Le nettoyage de celui-ci est alors décidé et confié à des tank-destroyers et à des FFI appartenant, peut-être, au 1er bataillon du Charolais, mis sur pied en Saône-et-Loire.

Pour les deux patrouilles, le bilan est lourd, puisque deux chasseurs ont été tués : le lieutenant Soukehal et le soldat Ziane (enterrés le 16 septembre à Pressigny), quatre prisonniers (dont l'adjudant-chef Constans) et deux blessés. A noter que quatre chasseurs capturés ont pu rapidement fausser compagnie à leurs geôliers.
Trois jours plus tard, le 5e RCA quittait la Haute-Marne pour opérer en Haute-Saône puis dans les Vosges.

Note : cet article est paru dans le numéro 35 de « Dossier 52 » (août-décembre 2003). En guise de complément, signalons que les deux militaires du 5e RCA tombés à Pressigny correspondent au lieutenant Tahar ben Ahmed Soukehal, né en 1910 à Penthièvre, et au chasseur Araibia Ziana, né en 1918 à Oular ouled Antare Boghari, tous deux morts le 15 septembre. Par ailleurs, selon le site "Mémoire des hommes“, le régiment déplore également la mort de Naod Negbil, né en 1915 à Ouled el Chouin, décédé ce même jour à Pressigny des suites de blessures. Le site indique encore que Said Laatit, de la 82e compagnie de transmission, est mort le 15 septembre 1944 à Fayl-Billot des suites de blessures, et que le chasseur Robert Dandieu, né en 1920 à Bordeaux, toujours du 5e RCA, a trouvé la mort le 18 septembre à Frettes... Hommage à ces libérateurs venus d'Afrique du Nord.