mercredi 7 septembre 2016

La Compagnie Aujon, de Rouvres-sur-Aube

La Compagnie Aujon, parfois appelée maquis de Rouvres ou groupe Pierre, a eu une existence particulièrement brève et une activité opérationnelle quasiment nulle. Il n'empêche que le colonel de Grouchy ("Michel"), chef départemental FFI de la Haute-Marne, la considère à juste titre comme composante à part entière de son organisation. Voici ce que le journal de marche du colonel «Michel» rapporte au sujet de cette compagnie, implantée originellement à Rouvres-sur-Aube, non loin d'Auberive : «Armée tout à fait au dernier moment, cette compagnie dut se contenter d'assurer les opérations de nettoyage de son secteur après la libération. Au cours de ses patrouilles, capture de sept prisonniers, dont cinq sous-officiers et gradés. Appelée ensuite à Langres, elle assure le service en ville et la garde, dans des conditions difficiles, des quelque 850 prisonniers allemands, faits par les FFI des secteurs Sud-Ouest et Sud-Est et Nord-Est». Dans d'autres documents, Grouchy signale que le groupe, dépendant du secteur Sud-Ouest de Langres, est commandé par le capitaine de réserve «Aujon», de son vrai nom Guenin, ensuite engagé dans la 1ère armée française. En activité officiellement du 1er au 4 septembre 1944, il regroupait 60 ou 68 hommes. Parmi les cadres de l'unité, figurent les sous-lieutenants Jean Pauthier (adjudant-chef) – peut-être le résistant né en 1901 à Baume-les-Daumes - et Paul Ringenbach (sous-officier de réserve), ainsi que le sergent Jean Gougler. Un FFI, que nous avions rencontré en 2004, se souvenait qu'ils étaient coiffés d'un casque de pompier et qu'ils ont gardé les prisonniers allemands à la citadelle de Langres.

samedi 6 août 2016

Mort d'un aviateur américain, le 18 août 1944, à Hallignicourt

Le 18 août 1944, 116 avions B-17 américains exécutent une nouvelle mission de bombardement du terrain d'aviation de Robinson, près de Saint-Dizier, qui accueille la chasse de nuit allemande. Leur escorte est assurée par des P-51 Mustang. Cette mission, réalisée en milieu d'après-midi, cause plusieurs victimes civiles dans la région bragarde. Un pompier âgé de 38 ans, Robert Joly, domicilié à Rachecourt-sur-Marne, est tué. Dans le village d'Eclaron, le bombardement cause la mort des épouses de Lucien Pierre et Eugène Menissier, d'Eugène Michaut et de Pauline Gallois. Deux P-51 appartenant tous deux au Fighter group (groupe de chasse) 359 de l'USAAF sont abattus par la Flak (défense anti-aérienne allemande). Le lieutenant Rene L. Burtner, 22 ans, semble tomber vers Sompuis (Marne). Survivant à la chute de l'appareil, l'officier – qui, selon l'historique de son unité, a auparavant détruit trois Messerschmitt BF 109 et un Junker 88, endommageant également un Junker 52 - sera recueilli par des villageois et récupéré par la 3e armée américaine lorsqu'elle libérera le secteur (Burtner décèdera en 2014). Le Mustang baptisé «Loretta», auparavant piloté par le lieutenant Eugene R Orwig, est abattu sur le territoire de la commune de Hallignicourt. Originaire du Missouri, son nouveau pilote, le lieutenant Don S. Melrose (Figher squadron 369), trouve la mort dans ce crash, après un deuxième passage sur Saint-Dizier.

samedi 30 juillet 2016

Une équipe chirurgicale parisienne au maquis de Bussières

Après la libération de Paris (fin août 1944), un éminent professeur, le médecin-lieutenant-colonel Robert Merle d'Aubigné a organisé l'envoi d'équipes chirurgicales mobiles vers les zones de maquis des territoires qui restent à libérer. Parmi les 25 équipes qu'il a dirigées avec le capitaine Denisart, deux ont fait mouvement vers la Haute-Marne. La première nous est connue : c'est celle du médecin-capitaine Henri Le Brigand. Composé également du médecin-sous-lieutenant Marc Dalloz (interne dijonnais), des infirmiers Jean Lafontaine et Eliane Simonard, le groupe chirurgical mobile 3 s'est fixé à l'abbaye d'Auberive (lire notre étude sur le capitaine parachutiste Géminel, opéré par ce chirurgien parisien). La seconde l'est un peu moins. Grâce à l'ouvrage «Le service de santé de la Résistance», signé Pierre Canlorbe (1945), nous sommes en mesure d'apporter quelques précisions à son sujet. Elle a été confiée au Dr Pierre Delinotte, 38 ans, qui a déjà dirigé une ambulance de la Croix-Rouge pour porter secours aux victimes de Normandie et qui sera un urologue reconnu (il décèdera en 1964). Parti de Paris le 2 septembre 1944, constitué notamment d'une ambulance chargée de matériel chirurgical et d'une voiture de tourisme où ont pris place deux officiers FFI (non identifiés), le convoi fait d'abord étape à Troyes, puis arrive le 4 à Bar-sur-Aube. Rapidement, la mission se rend compte qu'il lui sera difficile de gagner sa destination (la région de Fayl-Billot). Les convois ennemis retraitant depuis le Sud et le Centre de la France ne cessent en effet de sillonner les axes routiers que l'équipe devra franchir : la route Châtillon-sur-Seine-Chaumont, la liaison Dijon-Langres, notamment. Elle se porte toutefois sur Juzennecourt, où se sont positionnés des éléments de reconnaissance américains et où, le même jour, se constitue une troisième compagnie d'un bataillon FFI haut-marnais, le maquis Duguesclin. Signalons que Juzennecourt, où un poste de secours est installé, est à 15 km de Chaumont, toujours occupé. Le groupe se rend utile en opérant un blessé et en soignant quelques malades, puis revient finalement le 5 septembre à Bar-sur-Aube. Enfin, le 7, le capitaine FFI parisien qui accompagnait l'équipe estime qu'il est possible de faire mouvement. Dans un village qui paraît correspondre à Autreville-sur-la-Renne (où effectivement des éléments du maquis Duguesclin, lequel agit sur l'axe Châteauvillain-Chaumont se sont installés), un poste de secours est aménagé «sous la direction d'un étudiant en médecine». Via Arc-en-Barrois, l'ambulance arrive à Auberive où elle est accueillie par le colonel de Grouchy, chef départemental FFI, et le Dr Le Brigand, déjà sur place. Finalement, Delinotte et son équipe se porte sur Saulles, près de Fayl-Billot, secteur dans lequel opère le maquis Henry, le 8 septembre. En chemin, la chasse américaine mitraille par méprise le convoi. Si l'ambulance n'est pas touchée, trois occupés d'une voiture de tourisme sont blessés. Il s'agit sans doute d'Assaron Pisaneski, Charles Michel et Camille Pechinet, du maquis Max (Auberive), qu'un document inédit signale blessés à cette date à Leuchey. Le 10 septembre, le groupe arrive enfin à destination : «Nous nous installons en plein bois, à 800 m de la ferme de Grange-Neuve, où se trouve un fort détachement FFI». La salle d'opération est aménagée dans une salle à manger. Curieusement, les relations consacrées à l'histoire de cet important maquis sont très peu disertes sur la présence de cette équipe. Pas un mot, ainsi, dans le journal de marche du capitaine de gendarmerie Stanguennec («Pierre»), qui le commande. Ce n'est qu'à la date du 12 septembre que Jean Spiro («Clovis»), un des chefs du corps-franc du maquis, révèle la présence d'un «médecin-capitaine (…) venu exprès de Paris (…) accompagné d'un adjoint. Nous le recevons durement». Le compte-rendu de mission le rapportera plus tard, mais le Dr Delinotte devait s'installer dans le château de Saulles. Or le 11 septembre 1944, c'est en se rendant assurer la protection de ce futur hôpital de campagne qu'un détachement du 2e bataillon (commandant Samuel Meyer) du 1er régiment de France s'est heurté à l'ennemi à Belmont. Un rude combat, marqué par l'intervention de l'aviation alliée, s'est alors produit, combat au cours duquel six soldats du seul régiment de l'armée française toléré par l'ennemi ont été tués (aspirant Michel Pasquet, 19 ans, Pierre Bernard, Armand Dalloz, Raymond Jamet, Jean Perrotet, Waclaw Wlazyk), sept – pour certains blessés – prisonniers (caporaux Pascal Leone et Paul Thomassin, soldats Jean Garchery, Marcel Davoult, Louis Roux, André Begel et Jean Ferré). Mais il y eut également au moins sept blessés parmi les FFI, notamment André Courtier, que prendra en charge l'équipe parisienne. Au total, entre le 11 et le 15 septembre, la mission – composée notamment de F... et de C... - Cavalier ? - examinera une quarantaine de blessés et malades et pratiquera 23 interventions chirurgicales (sur des Allemands, sans doute). Durant sa présence en Haute-Marne (la région de Fayl-Billot sera libérée par les chars de l'armée De Lattre les 14 et 15 septembre), l'équipe médicale parisienne aura également à constater d'effroyables crimes de guerre commis par l'armée allemande (notamment un bataillon composé de soldats russes). En se rendant au château de Saulles, «complètement dévasté», Delinotte apprendra «que deux blessés FFI y ont été achevés par les Allemands». Surtout, il n'oubliera pas la découverte de trois corps «enfouis sous un tas de fumier ». Il s'agit de ceux de Micheline Morey (fille d'un général), Marie-Louise Bailly et Geneviève Cornubert, trois jeunes filles de Bussières-lès-Belmont qui s'étaient portées volontaires pour servir d'infirmières au château. Elles ont «été rouées de coups, avec des queues de billards, pendant 24 heures, puis achevées d'une balle dans la nuque». Exécutées dans la nuit du 11 au 12 septembre par les Russes, elles font vraisemblablement partie des quatre constats de viol dressés par l'équipe. Laquelle, assurant l'acheminement des blessés FFI vers l'hôpital de Langres (libéré le 13 septembre), n'omettra de rapporter, dans son compte-rendu, que «les Allemands ont fusillé tous les prisonniers et tous les blessés FFI. Huit (Note : en fait six) prisonniers du 1er régiment de France ont ainsi été fusillés, bien qu'en uniformes». La Haute-Marne étant définitivement libérée au 16 septembre 1944, la mission s'achève le surlendemain, l'ordre ayant été donné de regagner Paris.

vendredi 1 avril 2016

2 avril 1945 : les Haut-Marnais franchissent le Rhin

Collection Club Mémoires 52 Le 2 avril 1945, le 1er bataillon du 21e régiment d'infanterie coloniale, rejoint par 600 volontaires haut-marnais en octobre 1944, passe le Rhin de vive force à Leimersheim. Durant ces opérations, il déplore la mort de Lucien Klupa (Chaumont), d'Yves Recouvreur (Mandres-la-Côte), d'André Moulin (Marnay-sur-Marne), du caporal André Etienne (Marnaval), d'André Grenèche (Veuxhaulles-sur-Aube) et de Jean Vitrey (Villiers-sur-Suize). Ont également été blessés le sergent Guy Seigle (Fronville), le sergent Louis Thiriet (Rupt), mort par la suite, Michelin (Nogent), Pierre Baron (Chaumont), le sergent Daniel Bertrand (Wassy).

jeudi 11 février 2016

François Andriot n'est plus

Sa famille a informé, mercredi 10 février 2016 au soir, Le Journal de la Haute-Marne du décès de François Andriot, l'un des derniers vétérans du fameux Commando Kieffer qui a débarqué en Normandie le 6 juin 1944. Né à Chaumont en 1921, François Andriot, fils d'imprimeur, avait quitté le chef-lieu haut-marnais en 1942 pour rejoindre la France libre, avec son camarade Charles Husson. Ayant été internés en Espagne, ils se sont engagés, pour l'un dans les fusiliers-marins de la France libre, pour le second dans les parachutistes du Spécial air service (Charles Husson devait mourir pour la France en Bretagne). François Andriot a donc fait partie, comme Jacques Senée (qui résidait alors à Troyes et dont la belle-famille était haut-marnaise) et Paul Lardenois (qui vivra en Haute-Marne après la guerre), des 177 Français ayant pris pied, sous le feu ennemi, sur la plage de Ouistreham. Après le conflit, François Andriot s'est établi en Grande-Bretagne, d'où était originaire son épouse. Il gardait des liens étroits avec son département de naissance, notamment comme membre bienfaiteur du club Mémoires 52. Son témoignage sur le débarquement de Normandie a d'ailleurs été reproduit à plusieurs reprises dans les publications de l'association. Nous avions eu le privilège de le rencontrer à Ouistreham, en 2004, à l'occasion de la remise de sa Légion d'honneur. Affaibli depuis plusieurs années, François Andriot est décédé cette semaine en Angleterre dans sa 95e année. A la famille de ce vétéran, aussi modeste qu'héroïque, le club Mémoires 52 adresse ses plus sincères condoléances.

samedi 6 février 2016

"La Marseillaise" et la Haute-Marne

Fameux tableau signé Pils, où figure le Haut-Marnais Gloutier. Le Président de la République, François Hollande, a souhaité faire de 2016 l'année de La Marseillaise. L'occasion de rappeler les liens très étroits existant entre l'hymne national et la Haute-Marne. Le 25 avril 1792, un capitaine franc-comtois, Rouget de Lisle, entonne, pour la première fois, ce qui s'appelle alors le «Chant de guerre de l'armée du Rhin». La scène se passe dans le salon du maire de Strasbourg, Philippe-Frédéric de Dietrich. Une famille qui, à plusieurs reprises, croisera le chemin de la Haute-Marne et des Haut-Marnais. Notons d'abord que l'édile avait deux fils (dont Fritz) dont le précepteur, depuis 1787, était un Haut-Marnais, Alexis Gloutier, né à Ninville en 1758. Il semble, selon plusieurs sources, que le Bassignot ait figuré parmi la dizaine de personnes ayant assisté à la naissance de «La Marseillaise». Si l'on en croit l'historien chaumontais Emile Jolibois, Gloutier mettra ensuite au vert les deux fils De Dietrich (dont le père a été guillotiné fin 1793) dans sa terre de Ninville. Tous trois y sont arrêtés, emprisonnés dans la maison de réclusion à Chaumont, avant d'être remis en liberté. Les enfants De Dietrich se réfugieront alors, faubourg de Buxereuilles, à Chaumont, au domicile de la famille Lancret, dont un membre est l'auteur de l'hôtel de ville de la cité. Quant à Gloutier, il participera, comme scientifique, à l'expédition d'Egypte, où il décédera en 1800, membre de l'Institut. A noter également qu'une descendante du maire strasbourgeois s'établira à Brousseval. C'est en 1879 que le chant croisera une ultime – mais décisive – fois le chemin de notre département. C'est en effet un Wasseyen, le général Henri-François-Xavier Gresley, né en 1819, alors ministre de la Guerre sous Gambetta, qui a annoncé qu'il appliquerait le décret de 1795 souhaitant que «La Marseillaise» devienne l'hymne à jouer lors de chaque cérémonie officielle. Le député haut-marnais Roux avait plaidé, alors, pour ce choix...

lundi 2 novembre 2015

Le commandant Varroquier (1872-1915), un héros né à Bettancourt

C'est dans le domaine de son aïeul maternel, la ferme La Vacquerie à Bettancourt-la-Ferrée, que Charles-Louis Varroquier voit le jour le 11 juin 1872. Ses parents se sont mariés dans le village quatre ans plus tôt. Le père, Charles Varroquier, né à Charleville (Ardennes), domicilié à Bar-le-Duc, était alors capitaine. Sa mère, Laure-Honorine Martin, est Haut-Marnaise. Varroquier père sera chef d'escadron au 1er régiment de dragons, puis colonel de cavalerie, commandant de la Légion d'honneur. Varroquier fils embrasse à son tour la carrière des armes. Lorsque la guerre éclate en 1914, il est capitaine. Il sert au 3e bureau du 33e corps, aux côtés du capitaine Bernard Serrigny, aux attaches haut-marnaises. Tous deux sont sous les ordres du général Pétain. Chevalier de la Légion d'honneur le 3 janvier 1915, promu chef d'escadron de cavalerie à 43 ans, le natif de Bettancourt, qui s'est marié à Paris en 1906 avec la fille du futur colonel de Gérus, s'était distingué dans la nuit du 2 septembre 1914, avec le capitaine Wemaere, du côté de Château-Thierry (Aisne). Officier d'état-major, portant un ordre à un général de cavalerie, il a en effet organisé la défense de la gare de la cité, ce qui lui a valu une citation à l'ordre de l'armée, le 25 septembre 1914. Selon «L'Express du Midi» du 15 juin 1915, Varroquier est grièvement blessé, en mai 1915, dans une tranchée de première ligne, lors d'une reconnaissance, durant les combats «si ardents et si glorieux de Carency et de La Targelle». Il décède, quelques jours après, à l'ambulance de Villers-Châtel, dans le Pas-de-Calais, le 19 mai 1915. Selon un général, Varroquier faisait preuve «d'admirables qualités de conscience, d'énergie et de courage réféléchi et calme». Cité deux fois à l'ordre de l'armée, il était, selon le journal Le Temps de juillet 1915, qui a reproduit sa citation, un «officier ayant un sang-froid, un courage et un sentiment du devoir rares».