dimanche 23 juillet 2017

14-18 : officiers supérieurs à moins de 35 ans

On a pu lire que durant la Première Guerre mondiale, le plus jeune chef de bataillon de l'armée française était le futur colonel François de La Rocque. En l'occurrence, il était chef d'escadron, et effectivement, il a été promu – à titre temporaire (TT), comme nombre d'officiers - en 1918 à l'aube de ses 33 ans. En réalité, il y eut plus jeune. Nous en avons identifié au moins deux. D'abord le Breton Henri Avril, prenant comme capitaine le commandement du 6e bataillon du 226e régiment d'infanterie, avant d'être promu – lui aussi à titre temporaire – chef de bataillon le 28 mai 1918, à seulement 29 ans. Le deuxième est un Haut-Marnais, dont la carrière a déjà été évoquée sur ce blog : Maurice Guillaume, chef de bataillon (TT) le 24 mai 1917, à 31 ans, et affecté à un régiment de zouaves. Ouvrons ici une parenthèse : sans nul doute, le plus jeune officier français à avoir conduit au feu un bataillon était le capitaine Pierre Lahille, né à Toulouse en 1895, tué à Verdun en 1916, alors qu'il venait tout juste de fêter ses 21 ans. Hormis dans la Résistance, en 1944, jamais depuis un Français ne commandera aussi jeune un bataillon... Revenons aux officiers supérieurs. Au moment de la déclaration de guerre, l'Aubois Détrié passait pour être le plus jeune colonel d'active. Il avait 47 ans lorsqu'il tomba en 1914. Du côté des chefs de bataillon, quelques uns étaient tout juste âgés d'une quarantaine d'années. C'était le cas du commandant Vachette, 41 ans, tué lui aussi en 1914, ou du Haut-Marnais André-Gaston Pettelat (dit Prételat), commandant du 2e bataillon du 69e RI à la veille de ses 40 ans – et promu lieutenant-colonel à 41. Au fur et à mesure du conflit (et des pertes), la moyenne d'âge des promotions va donc baisser. C'est ainsi qu'au moins dix Haut-Marnais passeront officiers supérieurs à moins de 40 ans. Dont quatre Chaumontais. Intéressons-nous à l'un d'entre eux : le comte Henri de Bizemont. Ce Saint-Cyrien (promotion 1900-1902) a vu le jour à Chaumont le 5 novembre 1880. Il est lieutenant au 159e régiment d'infanterie – le fameux 15-9 de l'infanterie alpine – lorsque la guerre éclate. Puis rapidement capitaine, le 6 septembre 1914. A peine un mois plus tard, Bizemont est touché par un coup de feu dans le Pas-de-Calais. Revenu à la tête de sa compagnie, cet officier «remarquablement allant et énergique» prend, à 34 ans et demi, le commandement de son bataillon après la mort de son chef le 10 mai 1915. Pour l'avoir «maintenu sur la position atteinte sous un bombardement intense d'artillerie lourde», le Chaumontais sera mis à l'honneur dans le Journal officiel du 27 septembre 1915. Son comportement lui vaudra d'être fait chevalier de la Légion d'honneur pour prendre rang du 20 mai 1915. Et, surtout, d'être promu chef de bataillon à titre temporaire le 15 juillet 1915, au lendemain d'une attaque pour laquelle il méritera une nouvelle citation – à l'ordre du corps d'armée. A 34 ans et demi, Henri de Bizemont fait partie des jeunes chefs de bataillon de la division Barbot, à l'instar d'Eugène Dunoyer, commandant (TT) au 97e RI le 30 juillet 1915 à 32 ans et demi. Dans un ouvrage consacré à la division Barbot (77e division d'infanterie), dont le chef est tombé au combat en mai 1915, on évoque Bizemont comme un officier «très chic, très jeune ; petit béret, monocle à l'oeil ; rire franc et sonore, beaux yeux directs, physionomie resplendissante, moustache coupée...» Les honneurs, qui sanctionnent autant d'actes de bravoure, continuent à pleuvoir sur celui dont le frère est tombé en 1914 : le 25 octobre 1915, il est cité à l'ordre de l'armée pour avoir fait «preuve d'un sens tactique développé et d'une bravoure remarquables» ; le 17 avril 1916, à l'ordre du régiment, comme commandant de sous-secteur devant Verdun... Puis, en janvier 1917, Bizemont passe au 155e régiment d'infanterie de la division Caron, dont il commandera le 1er bataillon. L'occasion de nouveaux faits d'armes. En avril 1917, est mis à l'honneur celui qui a déjà été «trois fois cité». Puis, surtout, en août 1917. Lisons sa citation publiée le 24 décembre par le Journal officiel : «Magnifique soldat, d'un entrain et d'un courage absolument hors de pair. Le 25 août 1917, est parti avec un élan magnifique avec son premier bataillon, auquel il avait su communiquer sa flamme ardente et généreuse. A conquis le village de Beaumont, a dépassé ses objectifs et lutté désesperément contre une série de contre-attaques allemandes jusqu'au moment où, submergé, il a été écrasé sous le nombre.» Ce jour-là, dans le secteur de Verdun, le Chaumontais est fait prisonnier. La guerre s'achève pour ce futur colonel, qui s'illustrera ensuite au Maroc.

mercredi 28 juin 2017

Les Jacquin, trois frères Flûteaux chez les Bigors

Il y eut, sous l'Empire, les frères Jobert, de Pressigny, tous trois officiers dans le même régiment d'infanterie. Et il y eut, durant la Grande Guerre, les Jacquin, de Wassy. Leur particularité : ils ont servi tous trois comme chefs d'escadron dans l'artillerie coloniale, les fameux Bigors. L'un d'eux est même passé à la postérité en capturant le chef africain Samory, en 1898... De prime abord, il paraissait difficile de faire la distinction entre les différents chefs d'escadron servant dans l'artillerie coloniale (aujourd'hui artillerie de marine) durant la Grande Guerre et portant le patronyme Jacquin. Il s'avère qu'il s'agit, précision extraordinaire, de trois frères. Tous trois sont les fils de Jules-Hubert Jacquin, clerc d'avoué puis huissier dans la cité, et de Caroline-Léonie Lefèvre. Premier à obtenir un grade d'officier supérieur, Paul-Emile Jacquin, né en 1861, est promu chef d'escadron au 1er régiment d'artillerie coloniale le 24 décembre 1907. Il a 46 ans. Retraité en 1910, cet officier qui s'est distingué au Dahomey, en 1892, demande, selon une citation à l'ordre de l'armée (parue au JO du 20 mars 1917), «à reprendre du service actif pendant la durée de la campagne. Commande depuis six mois un groupe de 75. A donné pendant la période du 23 août au 17 septembre au personnel sous ses ordres le plus bel exemple de bravoure, d'énergie et d'ardeur.» En effet, après avoir dirigé le dépôt du parc d'artillerie du 5e corps d'artillerie (17 avril 1915), Jacquin a pris le commandement d'un groupe du 3e RAC le 10 mars 1916, avant d'être rayé des cadres le 22 janvier 1917. Officier de la Légion d'honneur en 1916 (il était chevalier en 1902 comme capitaine au 1er RAC), blessé en service commandé le 18 mars 1915, le Wasseyen s'était marié en 1899 à Brest et décède le 1er septembre 1918 à Lorient. Fait extraordinaire : dans ce même régiment, un autre groupe est commandé par un Jacquin, son cadet Léon-Alphonse, né à Wassy en 1865, capitaine en premier d'artillerie depuis 1901. Chef d'escadron, il commande le 2e groupe du 3e RAC, dès 1915 (notamment pendant la bataille de Champagne), est officier de la Légion d'honneur le 12 juillet 1917. Entretemps, Léon Jacquin a été promu lieutenant-colonel, toujours au sein du régiment, pour prendre rang du 4 avril 1917, en remplacement d'Hippolyte Sales, passé colonel. Commandant l'artillerie divisionnaire 122 à l'armée d'Orient, le Flûteau est nommé colonel par décision du 7 janvier 1919, pour compter du 10 novembre 1918. Puis il sera colonel du 111e RALC, à Lorient (lui aussi), en 1924. Il a été qualifié de «très bon officier supérieur d'envergure, ayant du commandement». Enfin, il y a le benjamin Gaston-Jules Jacquin, qui n'est pas répertorié par la base Léonore des membres de la Légion d'honneur, mais qui se sera rendu le plus fameux. Né à Wassy le 20 février 1871, élève au collège de sa ville natale, il est maréchal des logis lorsqu'il est admis, en 1895, à l'école militaire de l'artillerie et du génie. Sous-lieutenant dans une compagnie auxiliaire d'ouvriers, au Soudan, Jacquin est promu lieutenant d'artillerie de marine à compter du 1er avril 1898. Selon l'historique du 2e régiment de tirailleurs sénégalais, il se distingue d'abord le 23 juillet 1898 contre Saranké-Mory. Puis il appartient à la colonne de 220 hommes du capitaine Gouraud chargée de mettre fin à la rébellion du chef Samory Touré. Le 29 septembre 1898, les militaires le surprennent. Samory, selon cet historique, «se sauve en courant sans prendre le temps de s'armer. Reconnu à sa haute taille et à sa chechia rouge ornée d'un turban bleu, il est poursuivi à outrance par les tirailleurs du sergent Bratières et bientôt, épuisé, s'assied en disant : «Tuez-moi». Le sergent Bratières le saisit et le remet au lieutenant Jacquin accouru avec sa section». Cette capture est considérée comme l'un des faits d'armes les plus importants de la conquête du Soudan (notre photo, collection BNF) Dès le 17 octobre 1898, le journal Le Figaro, en évoquant ce fait d'armes, rappelle les exploits des trois frères Jacquin, indiquant que Paul est au Tonkin et Léon à Brest. Par décret du 24 octobre 1898, Gaston Jacquin est fait, à seulement 27 ans, chevalier de la Légion d'honneur (comme le seront ses deux frères). On précisera à sn sujet : «Sept ans de services, cinq campagnes dont trois de guerre. Faits de guerre au Soudan. S'est emparé lui-même de Samory à la course.» Le 26 février 1899, le capitaine Vieillescaze, président de la 314e section de vétérans de Wassy, remet un sabre d'honneur, aux armes de la cité, au lieutenant Gaston Jacquin, «vainqueur de Samory». Marié à Lorient en 1905, le benjamin des Jacquin est capitaine, commandant la 2e batterie du 1er groupe du 1er RAC au début de la guerre. Il a ainsi l'occasion de se battre non loin de Wassy, lors de la bataille de la Marne, entre Vitry-le-François et Saint-Dizier. A titre temporaire, Jacquin est promu chef d'escadron pour compter du 21 mars 1915 (il a 44 ans), prenant la tête du 2e groupe du 1er RAC, commandement qu'il conservera jusqu'en 1918. Officier de la Légion d'honneur le 20 novembre 1915 après s'être distingué en septembre («brillant soldat, d'un courage à toute épreuve»), titularisé le 26 décembre 1915 en remplacement du chef d'escadron Roux, le Wasseyen est blessé le 20 septembre 1917 au Chemin des Dames. Puis il se distingue lors de l'attaque du fort de la Pompelle près de Reims (1918), ce qui vaudra à son groupe d'être proposé pour une citation à l'ordre de l'armée (le 1er RAC l'obtiendra). Par ordre du 19 août 1918, Jacquin, commandant le II/1er RAC, est cité à l'ordre de l'armée comme un «commandant de groupe d'un entrain et d'une énergie exceptionnels. A obtenu des résultats particulièrement brillants, les 1er et 18 juin, les 16, 23 et 25 juillet». Après guerre, le Haut-Marnais, qui sert en Indochine, notamment en 1921, passe lieutenant-colonel d'active le 24 septembre 1924, reste au 111e régiment d'artillerie coloniale, lorsqu'il est proposé pour le grande de colonel en 1928. Mis à la retraite, il est maintenu comme colonel de réserve au centre de mobilisation d'artillerie coloniale n°31, en 1930. Trois fois cité à l'ordre de l'armée durant la Grande Guerre, Gaston Jacquin décède à Lorient en 1961, comme son frère quelques décennies plus tôt.

vendredi 31 mars 2017

François Lemut, un chevalier du ciel

Un duel aérien entre un appareil français et un avion allemand (illustration du Miroir). On les surnommait les «chevaliers du ciel». Sur tous les théâtres d'opérations de la Première Guerre mondiale, les pilotes de chasse n'ont cessé de s'affronter dans des tournois aériens, des duels qui s'achevaient bien souvent par la mort de l'un, parfois des deux combattants. C'est ainsi que le 18 février 1917, François Lemut, fils du châtelain de Bienville, et Bodo Freiherr von Lyncker, l'enfant d'un général issu de la noblesse prussienne, ont été réunis à jamais dans la mort, quelque part dans ce territoire serbe devenu aujourd'hui macédonien. Le maréchal des logis Albert-François (dit François) Lemut était né à Lyon (Rhône) le 7 août 1892. Il était le fils d'un Bragard (qui sera maire de Bienville), le futur lieutenant-colonel Jules Lemut (1858-1925). Originaires de Metz (Moselle), les Lemut se sont installés après la guerre de 1870 à Saint-Dizier. Fils de Firmin, ingénieur de métier, futur maître forges haut-marnais, Jules a ainsi adopté la nationalité française dans la cité bragarde en 1872. Il a quitté Saint-Dizier, où il a été élève au collège, pour intégrer l'école spéciale militaire de Saint-Cyr en 1879 (promotion Zoulous). Au cours de sa carrière, cet officier de cavalerie sera en garnison à Epernay (Marne), et c'est sans doute la raison pour laquelle son fils François, fruit de l'union de Jules avec Marguerite Barrier, a été élève au collège Saint-Joseph de Reims de 1905 à 1908. Membre de la classe 1912, recrutement de Saint-Omer (Pas-de-Calais), François Lemut était étudiant lorsqu'il a été mobilisé en 1914. Servant au 5e régiment d'artillerie de campagne, maréchal des logis, le petit-fils du maire de Bienville est blessé le 9 avril 1916 à Verdun en dirigeant sa pièce. Ce qui lui vaut une première citation. Puis il décide de rejoindre l'aviation. Il obtient, le 20 novembre 1916, le brevet 4 891 de l'Aéro-club de France, sur un appareil Blériot, et s'en va rejoindre l'escadrille 385 (3e groupe d'aviation), affectée sur le front d'Orient. Lisons ce qu'écrit à son sujet Le Gaulois dans son édition du 24 mars 1917 : «Ayant, huit jours après son arrivée en Grèce, à escorter un aéroplane de réglage, il se porta, seul, à l'attaque de trois avions allemands, en mit deux en fuite, revint sur le troisième qu'il abattit ; malheureusement, ce dernier le heurta dans sa chute, relatent les rapports faits sur le combat, et tous deux s'écrasèrent dans les lignes ennemies». C'est au-dessus de Guevgueli qu'il périt. Son adversaire malheureux : le lieutenant Bodo von Lyncker, 23 ans, fils de général, formé au métier de pilote de chasse aux côtés de l'illustre Manfred von Richtoffen (le Baron rouge). La mort du maréchal des logis Lemut, qui pilotait un appareil Nieuport, fut apprise par son père alors qu'il était domicilié à Tours. Crédité d'une victoire posthume sur un Fokker – celui de von Lyncker -, François Lemut était titulaire de la croix de guerre avec une palme et une étoile. Son nom sera donné à l'un des ravins affluents du Vardar, près de Guevgueli, et son décès sera transcrit le 28 mars 1918 à Tours. Son ultime citation – à l'ordre de l'armée - dira qu'il fut un pilote de «très grande bravoure». Il repose dans le cimetière de Bienville. Petit-fils d'un colonel du génie, son père Jules, mort à Paris en 1925, domicilié à Bienville (où il repose également), était officier de la Légion d'honneur. Il a commandé le 6e régiment de cuirassiers jusqu'à sa retraite le 25 juillet 1916, avant d'être «renvoyé» à Tours. Son frère, Robert, sera également officier supérieur, père de François, FFI de la Haute-Marne devenu sergent du 21e RIC puis officier de cavalerie tombé en Indochine. Sa sœur Geneviève sera l'épouse du capitaine d'infanterie Thiérion de Monclin, tué dans la Somme en 1914. Son grand-père Firmin est décédé en 1918.

mardi 14 mars 2017

Henri Lefort (1894-1966), manouvrier devenu général, déporté

(Collection familiale/club Mémoires 52) Fils de Félix Lefort et de Marie-Eugène Converti, Henri-Joseph Lefort voit le jour le 22 juillet 1894 à Rosoy-sur-Amance, entre Hortes et Chalindrey, dans le sud-est de la Haute-Marne. En 1906, la famille (le père, âgé de 51 ans, garde particulier de M. Lamarche, de Paris, la mère, Eugénie, et trois enfants) réside au «château inhabité» au lieu-dit Bois de Rosoy, dans la commune. Henri exerce la profession de manouvrier lorsqu'à l'âge de 20 ans, il est mobilisé, le 1er septembre 1914, au 59e régiment d'artillerie de campagne (RAC). Le début d'une carrière insoupçonnée dans l'armée.... qui le conduira jusqu'aux étoiles. D'abord canonnier conducteur, Lefort passe rapidement brigadier le 20 novembre 1914, puis maréchal des logis le 2 juin 1916. Qualifié, selon l'une de ses citations, de sous-officier «modèle de bravoure», le Haut-Marnais est blessé le 30 mars 1917 puis promu, à titre temporaire, sous-lieutenant, le 1er décembre 1917. Il a 23 ans. Passé aussitôt au 1er RAC, puis au 246e RAC en janvier 1918, enfin au 178e RAC en avril, Lefort devient sous-lieutenant à titre définitif le 12 mai 1918, et rejoint en juillet le 37e RAC. C'est en cette qualité qu'il fait son entrée dans l'ordre de la Légion d'honneur, pour prendre rang du 16 juin 1920. La nouvelle arme aérienne l'attire, et en 1927, le lieutenant Lefort suit les cours de l'école pratique d'Avord. Puis il acquiert une première renommée, dans la presse, en remportant, comme observateur de l'équipage d'un avion Farman-Salmson, l'épreuve Military Zénith de bombardement en 1928. Capitaine le 21 juin de la même année, chef de bataillon le 15 septembre 1934, Lefort, membre depuis l'année précédente de l'état-major de l'armée de l'air, est en charge, en 1936, de l'instruction du 3e bureau, lorsqu'il est fait officier de la Légion d'honneur. Entre-temps, le Haut-Marnais a participé, du 16 mai au 15 juin 1935, à un stage au centre d'instruction du parachute de Touchino, près de Moscou (URSS), avec quatre autres officiers français. Dans son édition du 25 septembre 1935, le journal L'Humanité, qui loue «les exploits inouïs des parachutistes soviétiques», rapporte que «les capitaines Geille et Durieux, et le commandant Lefort ont fait un stage au centre de parachutisme soviétique. Les capitaines Geille et Durieux ont effectué chacun dix sauts, dont neuf en utilisant la commande d'extraction à main». A la suite de ce stage, naîtront, en 1937, les 601e et 602e groupes d'infanterie de l'air, qui sont les premières unités parachutistes de l'armée française. C'est à ce titre que le commandant Lefort est considéré comme l'un des pères du parachutisme militaire français. Promu lieutenant-colonel le 25 septembre 1937, Lefort, qui a commandé, à titre provisoire, la 38e escadre aérienne (1936), devient chef de cabinet du général Vuillemin, en 1939, puis est promu colonel par décret du 8 avril 1940. Il a 46 ans, et il prend le commandement du groupement de bombardement 6 (12e escadre), équipé d'appareils LEO 45. Sous l'Occupation, le colonel Lefort reste au service de l'Etat français mais s'implique dans la Résistance contre l'occupant. Promu général de brigade aérienne le 1er août 1943, il est considéré, au sein du Secrétariat général de la défense aérienne (SGDA), comme le bras droit du général Carayon, lorsqu'il est arrêté le 12 avril 1944, à Vichy, par la Milice. Interné, comme deux autres généraux (Carayon et Gastin), trois colonels et une quinzaine d'officiers au château des Brosses, à Bellerive-sur-Allier (Allier), interrogé par la Milice, il est remis le 4 mai à la Gestapo. Interné à Compiègne (6-19 mai 1944), le général Lefort est déporté le 19 mai, de Compiègne, comme personnalité-otage, à destination de Bad Godesberg, Kommando de Buchenwald. Puis il est transféré, le 8 mars 1945, au château d'Eisenberg, d'où il est libéré par les Russes. Entre-temps, par arrêté du 25 août 1944, le général Lefort s'est vu concéder, à compter du 15 août 1944, la distinction de commandeur de la Légion d'honneur. Epoux de Claire-Madeleine Ledieu (avec laquelle il s'est marié à Paris en 1921), domicilié dans la capitale, en 1949, le général Lefort décède le 1er mai 1966 à Meaux (Seine-et-Marne). Il repose dans le cimetière de son village natal de Rosoy. Son fils sera membre bienfaiteur du club Mémoires 52. SOURCES : Déportés et internés de Haute-Marne, club Mémoires 52 – Archives départementales de la Haute-Marne (état civil, matricules militaires) – Base Léonore (Légion d'honneur) – Site AFMD Allier.

jeudi 26 janvier 2017

François a rejoint André

L'un était un enfant d'une belle et ancienne noblesse bretonne. L'autre était fils de fromager haut-marnais, serviteur de l'instruction publique. Mais outre leur affection pour le département de la Haute-Marne, ce qui les unissait, c'était une passion commune pour les peuples d'Outre-Mer, pour le premier celui de Madagascar, pour le second les Algériens. A nouveau, le club Mémoires 52 est en deuil. Après avoir dit au-revoir à André Grossetête (à droite sur la photo), en 2014, notre association pleure aujourd'hui l'un de ses amis, François Chassin du Guerny (à gauche). S'il n'était pas membre actif du club, François appréciait participer à ses activités. Décédé le 21 janvier 2017 à Clermont-Ferrand, dans sa 90e année, François, Breton de naissance, Bourguignon d'adoption, s'émerveillait des richesses historiques et patrimoniales du département de la Haute-Marne où il s'était installé avec son épouse, originaire de Madagascar. Domicilié à Dancevoir puis, après le décès de son épouse, à Chaumont, en 2007, François séduisait les personnes qu'il rencontrait par son érudition et son ouverture à l'autre. A sa famille, à ses amis, le club Mémoires 52 présente ses sincères condoléances.

mercredi 14 décembre 2016

Un parent de Napoléon tué près de Marault (1870)

Le 7 novembre 1870, lors d'un combat – un massacre plutôt -, 38 soldats français, majoritairement Haut-Marnais et Meusiens, mouraient dans un bois du secteur de Brethenay/Marault (Haute-Marne). Parmi eux, un parent éloigné de Napoléon Bonaparte : le capitaine André-Napoléon Levie-Ramolino, né à Ajaccio (Corse) en 1834. L'officier est le fils de M. Levie (filleul d'André Ramolino), autorisé, en 1837, à ajouter le patronyme Ramolino à son nom. André Ramolino était le cousin germain de Letizia Ramolino, épouse Bonaparte, la mère de l'empereur. Promu lieutenant en août 1868, Levie-Ramolino servait au 55e régiment d'infanterie de ligne lorsque la guerre de 1870 a éclaté. Il est devenu, à 36 ans, capitaine dans les Volontaires de la Haute-Marne, lorsqu'il a trouvé la mort au combat, avec un autre officier, le capitaine Ch.-H. Dubos – ou Dubosque (décédé le 8 novembre). Un monument «offert par les membres de la Société amicale et patriotique des combattants haut-marnais» perpétue le souvenir des victimes malheureuses du massacre. Cet article est le premier d'une série que nous consacrerons à la guerre de 1870-1871 en Haute-Marne. Prochaine contribution : le coup de main de Châteauvillain.

mardi 4 octobre 2016

Un Nogentais 'exemple magnifique"

(Photo DR) Dans les années 2000, Jean-Marie Bressand adressait, à la rédaction du Journal de la Haute-Marne, un dossier de presse relatif à une œuvre qui lui tenait à cœur : la Fondation mondiale des Villes jumelées. Celui que l'ancien ministre Bernard Stasi, député-maire d'Epernay, proposa pour le Prix Nobel de la Paix précisait, dans son courrier, qu'il était originaire de Nogent. Une information de nature à interpeller ceux qui s'intéressent à l'histoire de la Résistance. Car le nom de Jean-Marie Bressand est loin d'être un inconnu. Sauf qu'on le présente généralement comme un résistant bisontin. Sa fiche Wikipédia précise d'ailleurs qu'il est né le 31 janvier 1919 dans le Doubs. Or nous sommes formels : s'il est effectivement né à cette date, c'est bien dans la cité coutelière haut-marnaise. Qui était le capitaine Jean, Marie, Eloi, Denis Bressand ? Sa citation à l'ordre de l'armée décernée par le général de Gaulle en novembre 1944 indique : «Exemple magnifique de ce que doit être un combattant français». On ne saurait recevoir meilleur hommage. Dès 1940, le Nogentais (de naissance), mais Bisontin d'adoption, se met au service des services de renseignements français. Sa fonction de directeur du «Casino» - un de ses pseudonymes – allemand de la cité est particulièrement utile. Arrêté le 12 juin 1943 à Besançon, il est transféré vers le camp de Compiègne d'où il s'évade le 27 août. C'est ensuite le passage des Pyrénées durant l'hiver 1943-1944, son arrestation, son internement au camp de Roccallavera, puis son embarquement à bord du sous-marin Casabianca pour Alger. Il a 25 ans lorsque capitaine, il est parachuté le 30 août 1944 dans sa chère Franche-Comté, avec la mission Caracolles. Dans son ouvrage sur la Résistance en Franche-Comté, le journaliste et historien André Moissé le qualifiera de «pionnier du renseignement moderne». Chantre de l'amitié entre les peuples, le fondateur du Monde bilingue, en 1951, membre de la Légion d'honneur, décédera en 2011 à Besançon. L'annonce de sa disparition sera relayée par tous les grands médias nationaux.
(Blog de Jean-Marie Bressand)