dimanche 23 août 2026

La libération de la Haute-Marne d'après les sources militaires (I) : 30 août - 1er septembre 1944

Des éléments du CCB de la 4th Armd Div à Courcelles-sur-Blaise,
31 août 1944. (Collection club Mémoires 52).

    Depuis 1984 et la venue en Haute-Marne du colonel James Leach, libérateur de Chancenay, on connaît, dans les grandes lignes, les circonstances de la libération de Saint-Dizier. A cette occasion, Jean-Marie Chirol avait recueilli le précieux témoignage de cet officier. Quarante-deux années se sont passées, et l'ouverture à la consultation des sources militaires américaines, allemandes et françaises permet d'améliorer la connaissance de ces évènements. Cette série d'articles dont voici le premier volet se propose d'apporter de nouveaux éléments d'information sur la retraite allemande et la libération du département.

1. Prologue (10 - 29 août 1944)

    Rennes le 4 août 1944, Laval le 6, Le Mans le 8... Si la bataille de Normandie prend effectivement fin le 21 août 1944 avec la réduction de la poche de Falaise, les Alliés ont pu sortir victorieusement de cette région dès le début du mois d'août 1944, et entamer la libération de la Bretagne et du Maine. Rapidement, le commandement militaire allemand envisage d'aménager une ligne de défense passant notamment par la Somme et la Marne. Voilà pourquoi, le 9 août 1944, le general der kavallerie (général de corps d'armée) Kurt Feldt, alors à la tête de l'état-major du commandement militaire du Sud-Ouest, reçoit l'ordre de quitter Amboise (Indre-et-Loire) pour le département des Vosges, d'où il assumera sa nouvelle mission. Son état-major se porte le 10 sur Neufchâteau, puis sur Vittel. Feldt est un cavalier de 57 ans. Vétéran de 14-18, il commandait en 1940 la 1. Kavallerie-Division, et à ce titre il a été vainqueur sur la Loire à Saumur. Quatre ans plus tard, le voici commandant de la "section" (Abschnitt) III qui correspond à la défense sur le cours de la Marne.

Un dispositif solidement encadré
    Pour réaliser sa mission, Kurt Feldt est entouré d'officiers expérimentés. Le kommandeur des pionniers de forteresse IV, qui est à Joinville à la date du 17 août 1944, est le colonel* Radeke (ou Radecke), qui fut en poste à Bordeaux. Radeke est assisté, à Wassy, du colonel Brandt, et à Chaumont du colonel Lipken, lequel commandait - également dans le Sud-Ouest - l'état-major des pionniers de forteresse 28. Pour effectuer les travaux ordonnés, les majors Nowak (Langres), Könige (Chaumont), Holke (Joinville), ce dernier auparavant affecté à Royan, et le lieutenant-colonel Hülk (Bienville) disposent des 13e et 28e bataillons de pionniers de forteresse dont les compagnies sont implantées sur le cours de la rivière. Parallèlement, des groupes de combat (kampfgruppe) chargés d'assurer la défense de ces positions sont mis sur pied et confiés à d'autres officiers supérieurs. A la date du 28 août 1944, Kurt Feldt a divisé sa "section III" en sept "secteurs de travail". Si l'on se réfère aux unités de pionniers placées sous leurs ordres respectifs, on peut penser que le lieutenant-colonel von Gebsattel, ancien Feldkommandant de Rennes (FK 748), défend la région entre Saint-Dizier et Joinville (secteurs 1 et 2), le colonel Kutzen, Feldkommandant de Laval, est dans la région de Joinville (secteurs 3 et 4), le colonel Grunert est aux abords de Chaumont (secteurs 5 et 6), enfin le colonel Gollé défend les environs de Langres (secteur 7).
    Josef Gollé a 49 ans. Colonel depuis juin 1943, il a précédemment servi dans un régiment de chasseurs de montagne (Geb.Jg.Rgt. 100). Hans Friedrich Wilhelm Grunert a le même âge. Il commandait le Grenadier-Regiment 988 (276. Infanterie-Division) le 10 décembre 1943, après avoir été à la tête du GR 915. Grunert laisse son régiment au major Wömpener le 20 juillet 1944 après avoir été nommé auprès du général Feldt comme chef d'un état-major de reconnaissance. Von Gebsattel semble correspondre au baron Frantz von Gebsattel. Quant à Hans Joachim Kutzen, c'est un ancien combattant de 14-18 né à Metz en 1886. Dans la Mayenne, il a ordonné des arrestations qui ont eu pour conséquences des déportations**.

Travaux dans l'urgence
    Le temps presse. Dès le 19 août 1944, jour du déclenchement de l'insurrection parisienne, le général Feldt apporte des préconisations sur la réalisation des travaux. Dans le cas de Saint-Dizier, il écrit qu'"une position d'avant-postes au-delà de la Marne est à établir en intégrant les installations existantes à l'aérodrome". D'une façon générale, le général ordonne d'édifier des "barrages antichars sur toutes les grandes voies de circulation", de creuser des fossés antichars "partout où les obstacles naturels font défaut" (de tels aménagements sont ainsi réalisés entre Chaumont et Semoutiers). Dans sa note secrète, Feldt insiste sur le fait que "tous les travaux de construction doivent être camouflés dès le début contre l'observation aérienne", travaux revenant à l'Organisation Todt mais aussi "en faisant appel sans ménagement à la population civile française". Pour le général, "il importe que dans les plus brefs délais - au plus tard d'ici la fin du mois - la position soit dans les grandes lignes achevée"
    Afin de disposer de davantage de main d'oeuvre, le commandant de la "section III" peut aussi compter sur l'aide de soldats du Freiwilligen (Kosaken)-Stamm-Regiment 5 (volontaires cosaques). Ainsi, tandis que six escadrons tiennent la ligne Villiers-sur-Suize - Longeau, c'est-à-dire un axe parallèle à la RN 19 - RN 74, pour protéger les travaux, environ 700 cosaques ont été chargés de construire des positions défensives entre Chaumont et Langres. Une série de photos, non localisées mais représentant vraisemblablement le secteur langrois, montre en effet des travailleurs de l'Est creusant des tranchées.
    A la date du 22 août 1944, le territoire de la Haute-Marne administré par le colonel Werner Kleffel (Feldkommandantur 769) dispose, pour sa défense, du 5e régiment de volontaires (cosaques) du lieutenant-colonel Erich Stabenow, du 44e groupe d'observation de réserve (Reserve-Beobachtung-Abteilung) du major Dr Portmann, des 1er et 3e bataillons du 305e régiment d'instruction des transmissions aériennes (Luftnachrichten-Ausbildungs-Regiment ou Ln.Ausb.Rgt.) et du 1er bataillon du 302e régiment d'instruction des transmissions aériennes, bataillon peut-être déjà commandé par le capitaine Heinz Weinauer. Parallèlement, la retraite amène d'autres formations sur le sol haut-marnais.

La retraite venue de l'Ouest
    Une partie des troupes qui se replient transite par Troyes et Bar-sur-Aube pour se diriger sur Chaumont. C'est ainsi que le 19 août 1944, un détachement d'aviateurs (appartenant sans doute à un Ln.Ausb.Rgt.) fait halte à Colombey-les-Deux-Eglises en empruntant la RN 19. Du 20 au 22 août 1944, les membres du commandement de l'armement (Rüstungskommando, ou Rü-Kdo) d'Angers et de Troyes, ainsi que les services administratifs de la Feldkommandantur 533 (Troyes), rejoignent également Chaumont en passant par Bar-sur-Aube. Ceux d'Angers passent la nuit à la caserne Von Seekt (sans doute le quartier Foch), avant que tous ne gagnent Neufchâteau via Saint-Blin. Aux alentours du 23 août 1944, c'est le II./Ln.Ausb.Rgt. 402, positionné à Troyes, qui rejoint le 1er bataillon à Chaumont.
    D'autres éléments de l'armée allemande, toujours en provenance de l'Aube, entrent en Haute-Marne fin août 1944, mais en empruntant d'autres axes. C'est pour faciliter leur passage que le général Feldt a ordonné de ne pas détruire les principaux ponts sur la Marne (Saint-Dizier et Joinville, en particulier), tandis que tous les autres ouvrages situés entre Chaumont et la cité bragarde sautent le 27 août 1944. La Haute-Marne voit ainsi passer, le 29 août 1944, le 1er bataillon de la 51e brigade SS de grenadiers de chars venu de Giffaumont et continuant directement son trajet sur Ligny-en-Barrois (Meuse) par Saint-Dizier, ainsi que des éléments de la 15e division de grenadiers de chars (appartenant sans doute au 115e régiment de grenadiers de chars) qui abattent un prisonnier FFI à Anglus. Tôt le 30 août 1944 encore, une colonne de cette même division se scinde en deux à Montier-en-Der, une partie partant sur Saint-Dizier, une autre (composée, selon Jean-Marie Chirol, de 18 chars, deux groupes d'artillerie portée de 150, une trentaine de camions et véhicules divers) gagnant Wassy, Joinville puis vraisemblablement la Lorraine. Un passage in extremis car le 30 août 1944 est le jour de la prise de Saint-Dizier par la 3e armée américaine du général Patton.

2. La libération de Saint-Dizier
    D'après le journal de marche du 37e bataillon de chars (37th Tank Battalion ou Tk Bn), commandé par le lieutenant-colonel Creighton W. Abrams, c'est à 20 h 30, le 29 août 1944, que l'ordre est donné de prendre Saint-Dizier. C'est un autre point de passage de la Marne, comme Vitry-le-François et Châlons-sur-Marne qui viennent d'être libérés par la 4e division blindée (4th Armored Division) du général John S. Wood. La libération de la cité bragarde revient au combat command A (CC A) du colonel Bruce C. Clarke, plus précisément à la colonne commandée par le lieutenant-colonel George L. Jaques, chef de corps du 53e bataillon d'infanterie blindée (Armored Infantry Battalion ou Armd Inf Bn).
    Selon les "rapports du matin" (morning reports) quotidiens de l'armée américaine, c'est entre 6 h 45 et 8 h 30, le 30 août 1944, que s'ébranlent les unités chargées de prendre Saint-Dizier. Elles partent, pour les premières, de Vitry-le-François et Couvrot, pour les suivantes de Marson et L'Epine, dans la région de Châlons. Dans l'ordre, font mouvement la compagnie B du 37th Tk Bn (lieutenant James H. Leach), la D/37th Tk Bn (capitaine John McMahon), la B/53rd Armd Inf Bn (capitaine Alfred J. Owen), la C/35th Tk Bn (capitaine Crosby P. Miller - c'est la seule unité unité de ce bataillon à prendre part aux opérations), la C/53rd Armd Inf Bn (capitaine Roy C. Breaux), la A et la C/37th Tk Bn, etc.

Le flou sur les défenseurs allemands 
    Nous connaissons bien les unités américaines. Quid des formations ennemies défendant la ville ? Les archives militaires allemandes évoquent, sans plus de précision, la présence de deux Alarm-Bataillon, c'est-à-dire deux unités mises sur pied pour la circonstance. Un document de même origine fait également état d'un bataillon du 157e groupe mixte de défense anti-aérienne (Gemischte-Flak-Abteilung) présent à cette date dans la région de Saint-Dizier, sans qu'il soit établi qu'il a effectivement participé à la défense de la ville. Les seules certitudes concernent des localités aux abords de la cité : le 7e régiment de transmissions aériennes (Luftgau-Nachrichten-Regiment) perd sept tués à Villiers-en-Lieu, et le 104e régiment de grenadiers de chars (15e division) se bat à Chancenay. Toutefois, on peut vraisemblablement avancer que des éléments de la 3e division de grenadiers de chars sont présents dans la cité au moment de l'arrivée des Américains. En effet, dans un chapitre portant sur la période 25-31 août 1944, l'historique de cette division qui vient d'être rappelée d'Italie indique que la tête de pont sur la Marne à Saint-Dizier est défendue par le 3e bataillon motorisé du génie, des éléments des 8e (lieutenant von Rech) et 29e (lieutenant Richter) régiments de grenadiers de chars, ainsi que la section du génie (lieutenant von Wendorff) du 103e détachement de chars. Leur objectif est de recueillir la 15. Pz.Gren.Div qui retraite depuis l'Aube***. La 3. Pz.Gren.Div. est précisément installée dans le Triangle Bar-le-Duc - Saint-Dizier - Vitry-le-François. A la date du 29 août 1944, par exemple, le Pz.Gren.Rgt. 29 (major Dr Kurt Schaefer) est cantonné à Beurey-sur-Saulx, Couvonges, Mognéville et Robert-Espagne (3e bataillon), à Sermaize-les-Bains (1er bataillon), Troisfontaines-l'Abbaye, Cheminon, etc. Il s'agir du régiment qui a commis, ce jour-là, les massacres de la vallée de la Saulx.

Une attaque par l'ouest 
    Voyons maintenant de plus près les opérations côté américain. L'état-major du 53rd Armd Inf Bn situe son arrivée sur la zone à 9 h 15. Pour le rapport quotidien de la C/35th Tk Bn, c'est à 12 h 30 que l'attaque de Saint-Dizier est lancée. L'ouvrage Patton's Vanguard précise que les chars légers de la D/37 et trois Sherman 105 mm de ce bataillon sont en tête de la progression sur la ville. Ils affrontent deux pièces de 88. Puis le lieutenant-colonel Jaques ordonne à la D/37 (McMahon) de prendre le terrain d'aviation - elle est soutenue par les fantassins de la B/53 - tandis que la B/37 (Leach) doit contourner la ville par le nord, couper la route Saint-Dizier - Bar-le-Duc à Chancenay et la voie ferrée. La prise de la cité bragarde revient au 53rd Armd Inf Bn, à la C/35 (Miller) et au 94th Field Artillery Armored Battalion (bataillon d'artillerie de campagne blindée, ou FA A Bn).
    Les rapports quotidiens des unités de la division (par exemple : l'état-major et la compagnie C du 53rd, la D/37) mentionnent des accrochages avant l'entrée dans Saint-Dizier. Qu'en est-il réellement ? Le "rapport après action" du 53rd Armd Inf Bn confirme être parti d'une position à 2 miles au nord de Vitry-le-François à 7 h. "Près de l'entrée Ouest de Saint-Dizier", donc en direction de Vitry, "l'avant-garde a subi le feu d'antichars, d'artillerie et d'armes légères et à 9 h 15 les chars et l'artillerie se sont mis en position. Des canons anti-aériens de gros calibres ont été localisés dans un grand aérodrome [le terrain de la Luftwaffe que semble avoir quitté le 25 août 1944 le I./Nachtjagdgeschwader 5 - escadre de chasse de nuit] juste à l'ouest de la ville et furent prises sous le feu de notre artillerie divisionnaire. L'avion de liaison de l'artillerie rendit compte qu'un bataillon ennemi se trouvait dans le secteur de Villiers-en-Lieu et l'artillerie fut engagée dans cette région".
    La présence de ce "bataillon" ennemi est confirmée par l'historique du 94th FA A Bn, qui précise que le tir américain est exécuté par la batterie C sur les indications du second lieutenant Harley S. Merrick, observateur emmené par un Piper-cub. Le colonel Ernest A. Bixby, commandant l'artillerie divisionnaire, viendra féliciter ces hommes. L'historique du bataillon note qu'un camion rempli de bouteilles de cognac a été touché. 
    En situant cette force adverse à Villiers-en-Lieu, les sources américaines infirment donc notre première supposition que le lieu concerné soit l'entrée de ville direction Wassy, et que le "bataillon" ennemi repéré aurait pu correspondre à un mélange de soldats allemands et de FFI de la Compagnie du Val alors engagés route de Joinville (lire plus loin).

Les libérateurs de Saint-Dizier appartiennent à la 4e division blindée. (Collection L. Fontaine).



Accrochages à Villiers-en-Lieu...
    Le nettoyage de Villiers est exécuté par la C/37 et la C/53 (vers 13 h 30, d'après les rapports quotidiens). "Beaucoup de véhicules et de canons ont été détruits avec beaucoup d'ennemi tués et un grand nombre de prisonniers, le reste fuyant vers l'est", précise le rapport du 53rd Armd Inf Bn qui ne donne pas d'heure précise. De source française, le Luftgau-Nachrichten-Regiment 7 a perdu sept tués à Villiers-en-Lieu, dont les radios Horst Margier et Manfred Spiecker. La commune déplore trois victimes civiles : Serge Grelet, 17 ans, abattu par des soldats allemands, Léa Linguenheld et le jeune Hébert Party, 14 ans, tués par méprise par la 4th Armored Division. De son côté, le journal de marche du 37th Tk Bn précise que la D/37 a rejoint, à 12 h 40 à Saint-Eulien (Marne), la colonne de son bataillon (passée par Vauclerc et sans doute Thiéblemont) et qu'avec une section de la compagnie C du 10th Armored Infantry Battalion (seule unité de ce bataillon engagée ce jour-là en Haute-Marne), les chars ont pris "un camp de l'Organisation Todt" au sud de Saint-Eulien - un camp militaire servant effectivement de casernement de travailleurs et d'entrepôt de matériels.
    L'autre principal évènement du jour à l'entrée Ouest de Saint-Dizier, c'est la prise du terrain de Robinson utilisé par la Luftwaffe. Pour le 37th Tk Bn, ce sont un Dornier 17 et deux Messerschmitt 110 qui sont détruits au sol par la D/37 qui, lors de sa progression, a également détruit trois canons de 75 mm.
    Pour sa part, l'historique du 191st Field Artillery Battalion indique que l'unité arrive à 11 h 25 à quelques miles à l'ouest de la ville. Puis, "durant l'après-midi, une tour d'usine contenant un poste d'observation ennemi a été détruite, et deux batteries ennemies ont été neutralisées, une d'entre elles était examinée plus tard et trouvée avec tous ses canons hors d'état d'agir". On peut penser qu'il s'agit des pièces de 88 mentionnées plus haut.

... et à Chancenay
    A peu près au même moment où Villiers-en-Lieu était nettoyé, le maquis Mauguet qui descendait sur Saint-Dizier est accroché à Chancenay par un élément du Pz.Gren.Rgt. 104. Rappelons que ce village est l'objectif de la compagnie du lieutenant James Leach. Ce détachement ennemi - fort d'au moins 170 soldats - s'était installé à Chancenay dans la matinée. Il appartient sans doute à cette colonne de la 15. Pz.Gren.Div qui s'était scindée en deux à Montier-en-Der et qui a donc pu transiter par la région bragarde avant l'entrée des Alliés.
    Dans son mouvement de contournement de Saint-Dizier par le nord, la B/37 (trois pelotons, soit seize chars lourds) du lieutenant Leach passe par Villiers-en-Lieu et la forêt de la Haie-Renault avant d'arriver à Chancenay par le chemin de Trois-Fontaines. Au cours du nettoyage de la résistance, le char Boucaneer est touché, le sergent Leonard Blume et le soldat Arthur Connelly sont tués, le caporal Joseph S. Williams et le soldat Charles A. Green sont blessés. A 15 h, le combat est terminé. Le maquis Mauguet déplore neuf tués ou blessés mortels. Un jeune habitant du village a trouvé la mort. Côté allemand, le lieutenant Otto Probst, de la 15. Kompanie du Pz.Gren.Rgt. 104, Siegried Schäfer et trois grenadiers sont tués, peut-être quinze autres sont blessés, et 151 capturés.
    Pendant ce temps, Américains, entrés notamment par l'avenue de la République, et FFI nettoient la ville, notamment le quartier de Gigny. Le rapport de la C/53rd Armd Inf Bn indique que l'unité est entrée à Saint-Dizier à 16 h 45 et qu'elle a traversé la cité sans rencontrer l'ennemi. La A/37th Tk Bn situe son arrivée dans la ville à 17 h.
    Durant cette journée, quelle fut, pour sa part, l'action de la Compagnie du Val du capitaine Victor Thérin, qui s'est rapprochée en fin de nuit du quartier des Ajots ? Les quelques sources françaises - souvenirs du résistant Raoul Laurent, récit du capitaine Thérin, relation de l'amicale des maquis du Val et Mauguet, journal de marche du colonel de Grouchy, compte-rendu du lieutenant Lelong - permettent de proposer la chronologie suivante : vers 9 h, accrochage près de la ferme Saint-Pantaléon, non loin de la route de Joinville (quatre FFI blessés) ; entre 10 h et 11 h 30, occupation par les FFI de la mairie et de la sous-préfecture après avoir franchi le pont Godard-Jeanson intact**** ; à 11 h 30 : départ de l'ennemi de la route de Valcourt qui permet à la section Lelong d'entrer dans Saint-Dizier deux heures plus tard ; dans l'après-midi : nettoyage de la ville, alors que les Allemands fuient par la route de Nancy (RN 4). La compagnie formée en forêt du Val, en périphérie sud-ouest de Saint-Dizier, aura déploré un tué (Lucien Groffe) durant la journée. 

Les pertes
    Nous sommes dans l'ignorance des pertes ennemies dans la cité bragarde. Quelques photos montrent au moins deux cadavres de soldats allemands : l'un avenue de la Paix (aujourd'hui avenue d'Alsace-Lorraine), l'autre aux Cités de l'Est. Pour les deux journées du 29 et du 30 août 1944, le 37th Tk Bn revendique 112 tués et seulement 17 prisonniers, alors que l'historique du 12e corps américain évoque bien 151 prisonniers au crédit de la 4th Armored Division (c'est le combat de Chancenay).
    Longtemps, l'historiographie haut-marnaise n'a résumé les pertes américaines qu'à celles subies à Chancenay (deux tués, deux blessés). En réalité, il y eut quatre tués ce jour-là côté américain, et au moins huit blessés. Les nouvelles victimes révélées par la consultation des Archives nationales américaines sont le soldat Robert H. Haslbeck (A/53rd Armd Inf Bn) et le sergent Arthur Henderson (Hq Co/37th Tk Bn) pour les tués, le sergent Hebert P. Kleeman, le capitaine John R. Finnegan et le soldat Maurice B. Swarthout (tous de la A/53rd Inf Bn), le second lieutenant Fred H. Ihlo Jr et le sergent Joseph E. Lynch (Hq Co/37th Tk Bn), enfin le soldat Clyde Schaffer (94th FA A Bn) pour les blessés.
    C'est surtout la population civile qui a payé le prix le plus cher à la libération, ainsi que l'a révélé le club Mémoires 52 : 23 victimes.
    Ce 30 août 1944 est également le jour de la libération de Montier-en-Der par les FFI de la Compagnie du Der, qui ont vu arriver dans la soirée une avant-garde du 25th Cavalry Reconnaissance Squadron, unité de reconnaissance de la 4th Armored Division. Le lendemain matin, le CC A de cette division poursuit sa progression en direction du Rhin en se portant sur Ligny-en-Barrois où ils affronteront des éléments de la 3. Pz.Gren.Div.

3. Le Nord Haute-Marne recouvre la liberté, 31 août 1944

    C'est au tour du combat command B de la 4th Armored Division de passer à l'action dans le Nord Haute-Marne. Il quitte le secteur de Brienne-le-Château (Aube) entre 7 h 15 et 8 h 30 pour prendre la direction de l'Est. Deux colonnes peuvent être identifiées. 

    La compagnie C du 51st Armored Infantry Battalion, commandé par le jeune lieutenant-colonel Alfred A. Maybach, 29 ans, entre en Haute-Marne après Epothémont (Aube). Son itinéraire : Louze, Sauvage-Magny, Thilleux, Rozières, Sommevoire, Mertrud, Courcelles-sur-Blaise, Dommartin-le-Franc, Morancourt, Guindrecourt-aux-Ormes, Fays, Maizières-lès-Joinville, à quelques kilomètres de la Marne dont les ponts ont été détruits le 27 août 1944. 

    Une deuxième colonne passe plus au sud, par Trémilly (9 h 30), Nully, Blumeray, Villiers-aux-Chênes, Doulevant-le-Château, Charmes-en-l'Angle, Brachay, Mathons et Nomécourt (14 h 22). Un temps d'arrêt est marqué devant la rivière Marne. En effet, explique le rapport du 8th Tank Battalion (lieutenant-colonel Edgar T. Conley Jr), "l'ennemi a fait exploser deux ponts et [il y a] un cratère sur la route au nord-est de Chevillon". Voilà pourquoi le 51st Ard Inf Bn fait halte à Nomécourt jusqu'à 17 h 45, avant de se porter aux abords de Chatonrupt où la Co A assure la protection des sapeurs réparant un pont sur la rivière. 

"Rude" accrochage devant Chevillon

    Durant cette journée, la progression du CCB s'est faite sans grande difficulté, sous la pluie. Le 8th Tk Bn, dont la Co C est à l'avant-garde, signale un "rude" combat avec une arrière-garde allemande avant de prendre Chevillon. Le first lieutenant William J. Marshall, du 8th Tk Btn, se distingue lors de ces combats, de même que le first lieutenant John V. Keenan du 25th Cavalry Squadron. Un Haut-Marnais servant avec un stick du 2nd SAS regiment (lieutenant James Edmund Cameron, opération Rupert) signale la présence de deux compagnies allemandes à Sommeville, et un combat mené avec l'appui de l'artillerie américaine au lieu-dit Croix du Châtelet. Au cours de cette journée, 20 prisonniers ont été faits en cours de route par la Co B du 51st Armd Inf Bn qui est en pointe. Parmi eux, des soldats russes capturés à Doulevant-le-Château, où un civil, M. Péroni, a été tué par méprise par les Américains. Aucune perte côté allié.

Une jeep à Doulevant-le-Château, 31 août 1944. (CM 52).


    En fin de journée, les éléments du CCB sont positionnés à Magneux, Maizières-lès-Joinville, au nord-est de Sommancourt. Le 253rd Armored Field Artillery Battalion est à Maizières, Sommermont et Sommancourt. 

    Pour mémoire, ce sont les hommes du 25th Cavalry Squadron, progressant entre les deux colonnes, qui sont entrés dans Joinville. A Wassy, la libération est l'oeuvre de leurs camarades du 42th Cavalry Squadron, si l'on se réfère aux photos prises ce jour-là. Car les rapports quotidiens de l'unité du 31 août 1944 situent ses différentes troops dans la Meuse - à l'exception, en effet, de la troop A qui, partie de Saint-Vrain (Marne), s'est portée à Chevillon via Valcourt.

Des témoignages 

    Il existe de rares témoignages écrits de Haut-Marnais ayant vécu cette journée mémorable. En voici quelques-uns. Avocat à Paris, Robert Burgeat est à Doulevant-le-Château, où des "cosaques du Don" - du Freiw.(Kos.).Stamm.Rgt. 5 - sont installés depuis quatre jours. Ce témoin raconte : "9 h... Le téléphone nous apprend à l'instant que les Américains sont en train de passer à Nully !"." Les voilà déjà à Doulevant. Un bref combat les oppose aux Russes. Un habitant de Bouzancourt, Maurice Jacquin, se souvient qu'un Italien d'origine résidant dans le bourg "se précipite en criant "les voilà !". Par une fatale méprise, il est abattu par une rafale". Les Américains, M. Jacquin les voit également passer dans son village, situé entre Doulevant et Blaise : "Vers 15 h, une autre colonne américaine sans chars venant de Bar-sur-Aube - Beurville arrive à Bouzancourt et quittant la grande route bifurque pour prendre Ambonville, Leschères en direction de Joinville". Quelques instants plus tard, l'adjudant FFI René Formentin, des Commandos M, est tué à Daillancourt. A Wassy où le pont sur le canal a sauté la veille, les Allemands patrouillent encore rue Gresley, à midi. Le juge Jean Lallement, en poste dans la ville, signale qu'à 14 h, les Américains sont signalés à la porte de la Madeleine. Il dénombre deux jeeps, deux autos-mitrailleuses et un char.

    C'est dans l'après-midi que les ouvrages de Joinville sont détruits par les Allemands. Germaine Chainel témoigne : "Un claquement sec, le pont métallique [sur le canal] se soulève d'une seule pièce dans un bruit de ferraille et retombe disloqué dans le lit à sec du canal. Au tour du pont de la Marne. [...] Un bruit formidable [...] Une grêle de pierres, de débris de toutes sortes s'abat sur la ville. [...] Nous attendons le tour du pont de Cent-Mètres. Heureusement il n'est pas venu. Pourquoi ? [...] Le pont de la Marne est coupé par le milieu sur une longueur de plus de 10 m."

    En début d'après-midi, les Américains qui ont libéré sans combat Joinville entrent également dans Fronville, sur la RN 67 en direction de Chaumont. Un jeune homme, Guy Seigle, leur indique la présence d'un dépôt de munitions ennemi à Saint-Urbain et leur signale la possibilité de trouver un gué sur la Marne vers le passage à niveau : "Avec Charles Durand, nous accompagnons trois soldats US à bord d'une jeep afin de les guider vers ce passage. Au moment où nous y arrivons, une Traction avant Citroën, avec à son bord des officiers allemands, cherche à forcer la route en direction de Joinville. [...] Un GI, sur la jeep, ouvre le feu. Les Allemands font demi-tour sur place et repartent vers Chaumont. Un gradé US saute dans la jeep et poursuit la Traction en tirant des rafales de mitrailleuse [...]" Vers 18 h, "un GI est tué, entre Les Maisonnettes (Mussey) et la gare de Donjeux" : il s'agit du caporal Edward Rogers, du 25th Cavalry Reconnaisance Squadron, seule victime du jour à la division. A Donjeux, cette unité affronte en effet des éléments de la 3e batterie (lieutenant Schmitt) du Reserve-Beobachtung-Abteilung 44. Le canonnier Walter Botek, 18 ans, est porté disparu depuis qu'il a été vu  pour la dernière fois, face à un blindé américain, au nord du pont sur la Marne. Trois autres soldats de cette batterie, dont le sergent August Lubich, sont blessés. Ces hommes auront de nouveau affaire au 25th Cav Rec Sqn le lendemain, à Rimaucourt...

1er septembre 1944

    Un pont sur la Marne ayant été aménagé, le CCB prend la direction de Vaucouleurs (Meuse). Le 51st Armd Inf Bn quitte son bivouac à 4 h 15, passe la Marne à Chatonrupt à 8 h 16, progresse sur la rive droite par Autigny-le-Grand, Autigny-le-Petit, Curel, Osne-le-Val, Effincourt, Pansey, Echenay, Gillaumé, Cirfontaines-en-Ormois (12 h). Il quitte alors la Haute-Marne, entre à Gondrecourt-le-Château (12 h 46) puis passe la Meuse à 15 h 35. La Hq Co (compagnie de commandement) signale huit prisonniers au cours du trajet.

    De son côté, le 8th Tk Bn, venu de Chevillon, entre dans Montiers-sur-Saulx (Meuse). Pour la division Wood, les combats auront lieu désormais en Lorraine. (A suivre).

Un GI sur un pont détruit à Eurville-Bienville.

Sources principales : Archives nationales américaines (Nara), notamment les dossiers "Roll 566", "Number 24" et les rapports de l'OB West - Don M. FOX, Patton's Vanguard. The United States Army fourth armored division, McFarland & Company, Jefferson, North Carolina, and London, 2003 - 37th Battalion diary from Jimmie Leach 1990 - Club Mémoires 52, 1944 en Haute-Marne, 1994 - Club Mémoires 52, 1944 en Haute-Marne : l'album de la Libération, 2004 - Club Mémoires 2, Comme en 14-18, numéro spécial de Dossier 52, 2000 - AD 52, 106 J 29, fonds Olivier de Boissoudy - archives personnelles de l'auteur. 


* Pour faciliter la lecture de cet article, les grades et les appellations des unités sont désignés en français.

** Informations communiquées par Thierry Houdeline, secrétaire de l'association des anciens combattants de La Gravelle (Mayenne).

*** Des documents allemands laissent supposer que ces deux divisions devaient être engagées dans une contre-attaque sur Reims. La progression rapide de la 3e armée américaine ne leur en a pas laissé le temps.

**** Détruit en juin 1940, le pont sur la Marne de la rue de Vergy n'avait pas été reconstruit, ainsi que l'as signalé à la Résistance le déserteur (polonais) de la Luftwaffe, Jean Fojt.



vendredi 21 août 2026

Les crimes de guerre allemands à la fin de l'Occupation (III) : septembre 1944

 

Les trois infirmières FFI de Bussières-lès-Belmont assassinées dans le château de Saulles.
Photo recueillie par Jean Petit. 

1er septembre 1944, Montigny-le-Roi : Marius Blot, Serge Charles, Pierre Iemolini, Pierre Moussu et Paul Tisserand.

Les victimes : Marius Blot, né le 7 juillet 1906 à Is-en-Bassigny où il est domicilié, ciselier, père d’un enfant de 12 ans ; Serge Charles, né le 16 août 1928 à Longuyon (Meurthe-et-Moselle), domicilié à Montigny, employé au garage Henry à Montigny ; Pierre Iemolini, né le 18 mai 1929 à Montjustin (Haute-Saône), domicilié à Montigny ; Pierre Moussu, né le 27 juin 1925 à Montigny ; Paul Tisserand, né le 17 janvier 1914 à Merruay (Haute-Saône), marié, père de cinq enfants.

Les auteurs : une unité du Freiwilligen (Kosaken)-Stamm-Regiment 5 logée au quartier Damrémont à Chaumont, commandée par un capitaine d’environ 1,80 m, « de forte corpulence, blond de cheveux » qui a donné l’ordre d’emmener les cinq hommes (selon Gaston Heiderich). Il s’agit sans aucun doute du rittmeister Felix Küper.

Les faits : un effectif évalué à un escadron du Freiw.(Kos.).Stamm.Rgt. 5 quitte Chaumont et prend la direction de Jussey (Haute-Saône) par la RN 417. En chemin, vers 14 h, les cosaques rencontrent deux FTP de Nogent en mission, accompagnés d’un ami (Maurice Boé, 18 ans, et Lucien Mongin, 19 ans, sont tués, Jean Raclot est grièvement blessé). Vers 17 h, toujours sur le même axe, Marius Blot et deux hommes, Pierre Iemolini et Pierre Moussu, qui allaient récupérer des pièces de l’avion américain tombé le matin à Is-en-Bassigny, sont arrêtés sur place par des Allemands circulant sur RN 417. Trois cosaques les conduisent à Montigny. A la même heure, des camions allemands s’arrêtent au garage Henry à Montigny pour réparation. Il s’agit de véhicules du détachement passé quelques heures plus tôt à proximité de Nogent. Le mécanicien Gaston Heiderich voit Paul Tisserand, de Provenchères-sur-Meuse, dérober un fusil dans un camion et demander l’aide de Serge Charles, employé du garage. Tous deux sont vus par un soldat ennemi. Tisserand cherche à fuir mais est pris. Tisserand, Charles, Blot, Iemolini et Moussu sont exécutés à la sortie du bourg vers 19 h 20.

Les témoins. Hubert Collot, élu de Montigny : « A 18 h 30, j’ai été avisé par Mme Iemolini que son fils Pierre, âgé de 15 ans, venait d’être arrêté par les Allemands qui menaçaient de l’emmener en Allemagne, avec quatre autres personnes […]. Je me suis rendu [à la route neuve, c’est à dire la route menant vers Bourbonne-les-Bains]. [...] En cours de route, j’ai perçu une salve de mitraillettes provenant de la direction de la route neuve, j’ai croisé quatre Russes qui manoeuvraient la culasse de leurs mitraillettes. […] J’ai remarqué à un endroit que des soldats russes prenaient des mottes de terre d’un côté de la route et les jetaient dans un fossé assez creux, en riant. […] Le lendemain vers 6 h, je suis retourné sur les lieux et ai découvert […] quatre corps sur les cinq personnes disparues. Il s’agissait de Iemolini Pierre, Moussu Pierre, Charles Serge et Tisserand Paul. Ce dernier avait la tête fracassée. Tous avaient la poitrine déchiquetée par les balles de mitraillettes et chacun d’eux avait une balle à la nuque... » Augustin Charles, père de Serge : « Ce dernier portait des blessures à la poitrine, le poignet gauche était fracassé, il avait une blessure au bas-ventre, et des blessures dans les deux bras. » Marcel Iemolini, père de Pierre : « Mon enfant avait plusieurs balles au coeur, une plaie au côté droit à hauteur de la ceinture et une autre à la nuque ». Raymond Mercier, maire d’Is-en-Bassigny : « Blot a pris la fuite en rampant dans un verger mais les Allemands ont tiré dessus en le poursuivant. Ce n’est que six jours plus tard que le corps de Blot a été retrouvé à 800 m de la route. […] Il avait une jambe fracturée, une balle à la poitrine et une autre à la tête. »

Source principale : AD 51, 163 W 3180.


2 septembre 1944, Lavilleneuve : Joseph Baptiste.

La victime : Joseph Baptiste, né le 20 janvier 1914 à Niort (Deux-Sèvres), manœuvre, célibataire, membre de la communauté des gens du voyage.

Les faits : dans la nuit du 25 au 26 août 1944, des dizaines (peut-être une soixantaine) d’internés du Fort du Hâ (Bordeaux) s’évadent du convoi les menant à Dachau, entre Merrey et Neufchâteau. Sept se réfugient dans la ferme Damphal, près de Montigny-le-Roi. L’un d’entre eux, Joseph Baptiste, est tué alors qu’il a été surpris avec un camarade, Fernand Labarthe, par une patrouille.

Le témoin. Fernand Labarthe, de Carcen-Ponson (Landes) : « Je me suis retrouvé avec six camarades, évadés dans les mêmes conditions, et nous nous sommes réfugiés à Lavilleneuve, à la ferme [Damphal], qui nous a ravitaillés et où nous sommes restés jusqu’au 2 septembre, date à laquelle j’ai été blessé, à côté de mon camarade, Joseph Baptiste Schmitt [sic], de Bordeaux, qui a été tué. [...] Je crois que ces hommes appartenaient à une formation motorisée, stationnée à Montigny-le-Roi. Les Allemands ne nous ont fait aucune sommation avant l’ouverture du feu. Entendant siffler les balles de très près, je me suis couché et c‘est alors que l’un d’eux est venu, a constaté que mon camarade était mort, s’est tourné de mon côté et sans mot dire m’a tiré une balle de mousqueton dans la tête. N’étant que blessé, ils m’ont interrogé. [...] Ils m’ont à nouveau logé une balle de pistolet dans la tête. Les habitants locaux m’ont ramassé. [...] ». Source : AD 51, série 163 W.


2 septembre 1944, Andelot : Roland Thion.

La victime : Roland Thion, né le 9 avril 1926 à Liffol-le-Grand (Vosges), domicilié à Andelot, FFI.

Les faits : membre du secteur Est de Chaumont, il est tué lors d’une reconnaissance sur Andelot après le combat survenu la veille dans le bourg. Selon son avis de décès conservé par l’Onac 52, il a été « blessé et achevé par les Allemands ». Les unités présentes alors à Andelot étaient le Reserve-Beobachtung-Abteilung 44 et un bataillon du SS-Polizei-Regiment 19.

Roland Thion (1926-1944).



3 septembre 1944, Chaumont : Emilienne Kolinski.

La victime : Emilienne Kolinski, née à Orbigny-au-Mont le 9 juillet 1909.

Les faits : la victime est mortellement blessée d’une balle dans le ventre, reçue dans la rue des Tanneries, vers 15 h 30. Elle décède à l’hôpital. Selon l’enquête de justice, la balle aurait été tirée d’un bois au-dessus de la Croix-Coquillon, où les Allemands avaient aménagé des tranchées. Source : AD 51, 163 W 3159.


4 septembre 1944, Chalindrey : Robert Camburet et René Noël.

Les victimes : Robert Jules Camburet, né le 26 avril 1930 à Gray (Haute-Saône), et René Lucien Noël, né le 20 mars 1911 à Changey.

Les faits : dans l’après-midi, des habitants sont pris sous le feu, à hauteur du pont sur le canal, par des soldats allemands d’un convoi. Le jeune Robert Camburet, 14 ans, est tué, Marguerite Gauthier est blessée. Un autre habitant, René Noël, est abattu le même jour dans la cité.

Des soldats d’une unité de pionniers (feldpostnummer 18 031) et de l’Artillerie-Regiment 1708 sont présents ce jour-là à Chalindrey, qu’ils quittent vers 20 h.

Robert Camburet (1930-1944).


6 septembre 1944, Pouilly-en-Bassigny : Jean-Claude Develle.

La victime : Jean-Claude Develle, né le 26 janvier 1921 à Bourbonne-les-Bains.

Les faits : « un jeune homme de 23 ans sourd-muet a été tué d’une balle de revolver le 6 septembre 1944 par un Allemand qui l’interpellait » (AD 52, 15 J 81 – 15 J 85). Pour le SRCGE et le capitaine de gendarmerie Breda, la date de décès se situe plutôt le 5 septembre 1944.

10 septembre 1944, Broncourt : Daniel Prévot. 

La victime : Daniel Prévot, né le 29 octobre 1931 à La Folie (Broncourt). 

Les faits : fils d’Armand Prévot (alors déporté), Daniel Prévot, 12 ans et demi, est tué de cinq balles par un soldat allemand présent dans un convoi en retraite venu de la direction de Dijon. 

Le témoin. Charlotte Prévot, la maman : « L’officier qui a tué mon fils Daniel faisait partie d’un groupe d’Allemands qui furent faits prisonniers à Preigney ou Ceintrey (Haute-Saône) ». Source : AD 51, série 163 W. 11 septembre 1944, 

Belmont : Louis Bourrier et Louis Raillard. 

Les victimes : Eugène Louis Bourrier, né le 1er février 1875 à Belmont, et Louis Onésime Raillard, né le 15 août 1883 à Belmont. 

Les faits : tôt le matin, des éléments du 2e bataillon du 1er régiment de France (unité de l’État français ralliée aux FFI) se heurtent à une colonne allemande à l’entrée de Belmont. Ils capturent le major Teudesmann, chef du Sicherungs-Bataillon 671. Au cours du combat qui coûte six tués et sept prisonniers (dont trois blessés) au II/1er RF, ainsi que sept blessés au maquis Henry (Bussières), deux civils sont abattus par des tireurs allemands. 

11 septembre 1944, Brethenay : Albert et Louis Jolibois. 

Les victimes : Louis Jolibois, né à Brethenay le 29 mars 1874, cultivateur, ancien combattant 14-18, ancien maire de Brethenay, et son fils Albert, né le 19 juin 1905 à Brethenay. 

Les faits : une patrouille de la 2e compagnie (lieutenant Holer), 1er bataillon du Luftnachrichten Ausbildungs-Regiment 302, cantonnée à Condes, pénètre dans le village de Brethenay et fait feu sur un habitant. Le père de ce dernier qui se porte à son secours est abattu. 

Les témoins. Paul Tugler, Malgré-nous : « Une patrouille fit halte dans le village voisin de Brethenay. Elle était commandée par le feldwebel Kuchler et composée d’une dizaine d’hommes. Au retour de cette patrouille, j’appris que deux Français avaient été tués. Les soldats allemands racontaient qu’ils étaient tombés sur des « partisans » qui auraient tiré des coups de feu sur eux. Ils les avaient capturés et fusillés… […] Le feldwebel Kuchler était fin septembre 1944 interné au camp de prisonniers de guerre à Sissonnes (sic). Ce sous-officier était une brute et traitait ses hommes avec une extrême violence. Il haïssait les Alsaciens et les Français. » Selon le jardinier Lucien Piquet, de Condes, le soldat accompagnant Kuchler était âgé de 18 ans. 

Nuit du 11 au 12 septembre 1944, Saulles : Marie-Louise Bailly, Geneviève Cornubert, Micheline Morey, Roger Simonet, Charles Lemmer. 

Les victimes : Marie-Louise Bailly, née le 2 décembre 1922 à Bussières-lès-Belmont ; Geneviève Cornubert, née le 26 mai 1921 à Bussières-lès-Belmont ; Micheline Morey, née le 17 août 1922 à Equeurdreville (Manche), fille d’un général né en Haute-Marne ; Charles Lemmer, né le 1er mai 1921 à Metz ; Roger Simonet, né le 16 août 1923 à Montreuil-sous-Bois (Seine-et-Oise), domicilié à Langres.
Les faits : le 11 septembre 1944, trois infirmières et trois FFI du maquis Henry sont présents au château de Saulles aménagé en poste médical. Vers 22 h, des soldats allemands arrivent sur les lieux qui ne sont pas protégés. Roger Simonet et Charles Lemmer sont abattus. Capturées, les trois infirmières sont violées dans la nuit puis martyrisées jusqu’après 13 h le 12 septembre 1944. Dans l’après-midi, elles sont achevées d’une balle dans la tête. Un sous-officier allemand prisonnier mettra en cause le lieutenant Dietrich Hick (SD) et le major Friedrich Schrade, chef du Ost-Bataillon 615, qui sont fusillés les 18 et 20 septembre 1944. Source principale : Clovis (Jean Spiro), Le prix de la liberté, Dominique-Guéniot, 1984. 

12/14 septembre 1944, Belmont : Gabriel Badiguez. 

La victime : Gabriel Badiguez, né à Saint-Dizier en 1925, domicilié à Frettes. 

Les faits : Gabriel Badiguez (parfois appelé Badiquez) est volontaire au groupe FFI de Frettes. Il est envoyé en mission le 12 septembre 1944 auprès du chef de groupe de Bussières-lès-Belmont. Son corps est découvert le 21 septembre 1944 près de la rivière Saôlon sur le territoire de Belmont par son chef Claude Brocard. Il présentait une balle dans la tête. Le site Mémoire des Hommes le dit décédé le 14 septembre 1944. Source principale : AD 51, 163 W 3157. 

13 septembre 1944, Essey-les-Eaux : Alphonse Cappellina, Aurélie Gautherot née Cornu, Marie Horiot née Voirin, Just Rallet. 

Les victimes : Aurélie Gautherot, née le 23 mai 1870 à Essey-les-Eaux (décédée le 10 octobre 1944 selon Mémoire des hommes) ; Marie Horiot, née le 28 avril 1857 à Essey-les-Eaux ; Marie Henri Just Rallet, né le 16 juillet 1902 à Changey (décédé le 3 décembre 1944 à Chaumont selon Mémoire des hommes) ; Alphonse Cappellina, âgé de 16 ans. 

Les faits : en fin de nuit du 12 au 13 septembre 1944, la garnison de Chaumont évacue la ville, fait sauter les ponts sur la Marne et le canal à La Maladière, et prend la direction de Bourbonne. L’avant-garde se heurte à une embuscade du maquis de Pincourt à la côte de l’Abondance, entre Nogent et Is-en-Bassigny, près d’Essey-les-Eaux. Au moins un officier est tué. En représailles, les Allemands incendient le village. Vingt-cinq maisons sont détruites, quatre habitants trouvent la mort, 20 otages sont pris brièvement. 

Les auteurs : notamment des hommes du I./Luftnachrichten-Ausbildungs-Regiment 302.

Les témoins. Joseph champion, maire : « Vers 6 h 30, un convoi automobile allemand est passé sur la RN 417 au lieu dit L’Abondance, territoire de la commune d’Essey. Ce convoi a été attaqué par les Forces françaises de l’intérieur. Neuf soldats et un colonel allemand ont été tués, cinq autres ont été blessés. Ces derniers, dont un major et deux capitaines, ont été amenés et soignés chez moi. Vingt-deux Allemands fait prisonniers ont été dirigés sur le camp de Pincourt. Six voitures allemandes ont été détruites. […] Vers 10 h, un détachement de 350 hommes environ, précédé d’une patrouille de reconnaissance, est arrivé aux abords du village […]. Etant très inférieurs en nombre, les FFI se sont retirés d’Essey. ». Selon l’élu, les Allemands qui ont abattu des habitants, jeté des grenades incendiaires, allumé des feux « étaient des Waffen SS », du « 65e d’infanterie ». Albin Foissey : « Cappellina, sujet italien, a été tué sans combattre. Mme Vve Horiot a été brûlée vive dans sa maison, les Allemands ayant interdit à la famille de la sauver. Mme Vve Gautherot et son gendre Rallet, Juste, ont été grièvement blessés, alors qu’ils s’écartaient du village pour se mettre à l’abri. » 

Jean-Jacques Honnaire (3e compagnie, I./Ln.Ausb.Rgt. 302), Malgré-nous : « Le commandant de l’unité […] était parti avant en voiture avec plusieurs autres officiers. Arrivés près du village d’Essey-les-Eaux, ils furent attaqués par des FFI et notre commandant aurait été tué d’après ce qui m’a été rapporté par un de mes camarades. Toujours par entendre dire, le capitaine [oberleutnant] Koch, commandant la 3e compagnie, aurait pris le commandement de l’unité. Je ne puis dire si c’est lui qui a donné l’ordre d’incendier le village, car je me trouvais loin à l’arrière. [...] » René Wintz (3e compagnie, I./Ln.Ausb.Rgt 302), Malgré-nous : « Avant d’entrer dans ce village [Essey], notre convoi a été stoppé aussitôt par le tir des FFI, qui ont tué plusieurs de nos officiers. Néanmoins vers 17 h, nous sommes parvenus à entrer dans ce village […]. Lorsque notre commandant a été tué, c’est le capitaine Koch […] qui a pris le commandement de notre unité. Il est reconnaissable parce qu’il porte une cicatrice à la figure. Pour venger la mort du commandant, il a aussitôt donné des ordres pour brûler le village, ajoutant même qu’à cet effet il allait faire amener du carburant. J’ai vu les maisons brûler […]. Le soir même, en compagnie de deux camarades [Albert Weber et Jean Honnaire], j’ai déserté l’unité et nous nous sommes rendus, en automobile, à Monthureux-sur-Saône. » 

Il est vraisemblable que le « colonel allemand » évoqué par Joseph Champion soit l’oberst Hans Grunert, 49 ans, commandant du kampfgruppe Chaumont et effectivement décédé le 13 septembre 1944. Quant à l’officier du I./Ln.Ausb.Rgt évoqué par les Malgré-nous comme ayant été « tué », s’agit-il du hauptmann Hollenberg, considéré comme disparu le lendemain à Bonnecourt ? 

Source principale : AD 51, 163 W 3163. 


13 septembre 1944, Essey-les-Eaux : Robert Josselin et Antoine Baets.

Les victimes : Robert Josselin, né à Paris le 14 janvier 1915, lieutenant d’artillerie, marié et père d’une fille, directeur de la colonie de vacances de l’usine à gaz de Nancy à Donnemarie, chef du maquis de Pincourt, et Antoine Baets, né en Belgique le 5 mars 1905, bûcheron installé à Ninville, attaché au maquis de Pincourt.

Les faits : après l’embuscade de la côte de l’Abondance, le lieutenant Josselin sort du bois pour s’assurer que tous les groupes FFI se sont repliés et se dirige vers la route. Il est abattu par un tir de mitrailleuse. Un témoin affirme qu’il a eu ensuite la gorge tranchée. Parti à la recherche du corps de son chef, Baets est tué d’une rafale de mitraillette. Source principale : Pierre Ruault, Un maquis en Haute-Marne. Pincourt-le-Haut, 2015.

Les faits : après l’embuscade de la côte de l’Abondance, le lieutenant Josselin sort du bois pour s’assurer que tous les groupes FFI se sont repliés et se dirige vers la route. Il est alors abattu par un tir de mitrailleuse. Un témoin affirme qu’il a eu ensuite la gorge tranchée. Parti à la recherche du corps de son chef, Baets est tué d’une rafale de mitraillette. Source principale : Pierre Ruault, Un maquis en Haute-Marne. Pincourt-le-Haut, 2015.


Antoine Baets (1905-1944).

Le lieutenant Robert Josselin (1915-1944).


13 septembre 1944, Clefmont : Aimé Roquis.

La victime : Aimé Roquis, né le 1er décembre 1914 à Chaumont-la-Ville, marié, domicilié à la ferme du Févry.

Les faits : membre de la Compagnie Châtel, il est arrêté le 12 septembre 1944 à Buxières-lès-Clefmont et conduit à Clefmont. Trouvé porteur d’un ceinturon d’officier allemand avec deux pistolets, il est exécuté.

* * * 

A ces 29 résistants ou civils identifiés comme ayant été victimes de crimes de guerre ennemis en septembre 1944, s'ajoutent ces listes de FFI tués au combat (mais dont plusieurs ont peut-être été blessés puis achevés) ou disparus, ou de civils victimes de la Libération.

FFI tués au combat (34) : adjudant Léon Heymonet, André Bournot, sergent Georges Breton, Raymond Labache, André Fressinet, Guy Cheminot, Ernest Véry et Henri Labache, à Andilly-en-Bassigny (1er septembre 1944) ; André Legros, à Brethenay (2 septembre 1944) ; Maurice Arburger, entre Fresnoy-en-Bassigny et Lamarche (2 septembre 1944) ; brigadier-chef Pierre Dupuy, Henri Perny et Marcel Rocher, à Millières (3 septembre 1944) ; René Vignetey, à Bussières-lès-Belmont (4 septembre 1944) ; Eugène Clément, à Genevrières (5 septembre 1944) ; Marcel Mongin, à Auberive (5 septembre 1944) ; Jean-Marie Garnier et Gilbert Antoine, à Prez-sous-Lafauche (8 septembre 1944) ; René Dardaillon, Lucien Jancel et Jean Poissenot, à Coupray (9 septembre 1944) ; Jean-Claude Mougeot, à Doulaincourt (nuit du 9 au 10 septembre 1944) ; aspirant Michel Pasquet, caporal-chef Pierre Bernard, Armand Dalloz, Raymond Jamet et Waclaw Wlazyk, à Belmont (10 septembre 1944) ; sergent Adolphe Joannes et caporal Abdelkader Boudjema, à Darmannes (12 septembre 1944) ; Mohamed Aznie (ou Azanei), à Romain-sur-Meuse (13 septembre 1944) ; Jean Hoffmann, à Colombey-lès-Choiseul (13 septembre 1944) ; caporal René Caillaux, à Villiers-le-Sec (13 septembre 1944) ; capitaine René Schreiber, tué accidentellement à Chaumont (14 septembre 1944) ; Lucien Mainier, né à Paris le 9 avril 1926, à Bussières-lès-Belmont (15 septembre 1944).

FFI disparus (2) : Michel Chément, à Andilly (1er septembre 1944) ; sergent Raymond Chevallier, à Prez-sous-Lafauche (8 septembre 1944).

Victimes civiles également mentionnées par le site Mémoire des hommes : Ernest Michaut, à Eclaron (1er septembre 1944) ; Julia Parisot, à Luzy (6 septembre 1944) ; Pierre Collomb, d’Osne-le-Val (11 septembre 1944) ; Félix Poircuitte, à Montesson (14 septembre 1944), sans doute l’habitant du village tué par méprise par une mitrailleuse française. A noter qu'un habitant d'Epizon, Raymond Humblot, requis par les Allemands comme charretier, a trouvé la mort le 1er septembre 1944 lors d'une escarmouche avec l'armée américaine à Greux (Vosges), et son fils a été grièvement blessé.

Source des illustrations : club Mémoires 52, 1944 en Haute-Marne : l'album de la Libération, 2004.


lundi 10 août 2026

Deux colonels allemands tombés en Haute-Marne, 1er et 13 septembre 1944

La sépulture du colonel Grunert dans le cimetière d'Andilly. Source : Geneanet.


    Hans-Joachim Kutzen avait 58 ans. Hans Friedrich Wilhelm Grunert est mort la veille de son 49e anniversaire. Tous deux étaient des colonels de l'armée allemande venus de l'Ouest de la France pour défendre le cours de la Marne. Révélations sur les parcours de deux officiers supérieurs tués, pour l'un à Rimaucourt, pour le second probablement à Essey-les-Eaux.

    Il convient généralement d'accueillir avec prudence toute mention, par un témoin, de la mort d'"un colonel allemand" à l'occasion d'une action de la Résistance. Ainsi, nous n'avons pu établir qu'un "général" a bien été tué le 27 août 1944 près de Revigny-sur-Ornain (Meuse) dans une embuscade dressée par le maquis de Trois-Fontaines. En revanche, de telles informations ont pu être confirmées dans deux cas ayant pour cadre le département de la Haute-Marne.

    Hans-Joachim Kutzen est né à Metz (Moselle) en 1886. Il est le fils d'un officier en garnison en Lorraine annexée. Ancien combattant de la Première Guerre mondiale, Kutzen, lui-même officier, est nommé major en 1934. Il est longtemps en poste à Berlin avant d'être affecté en 1944, comme colonel (oberst), à la Feldkommandantur de Laval, en Mayenne. Là, Kutzen fait procéder, fin juillet 1944, à l'arrestation de 18 personnes dans la commune de La Gravelle. Cette rafle sera suivie de déportations. Ces informations nous ont été communiquées par Thierry Houdeline, secrétaire de l'association des anciens combattants de la commune. Il nous a précisé que le colonel Kutzen, devenu commandant du "Kampfgruppe (groupe de combat) Joinville", avait été tué le 1er septembre 1944 dans la vallée de la Marne. Un seul épisode de la Libération paraissait correspondre à cet évènement : la mort d'un colonel allemand, devant le café Simonnot de Rimaucourt, à l'occasion d'un accrochage avec une reconnaissance du 25th Cavalry Reconnaissance Squadron. Ce décès avait été évoqué par André Simonnot et André Meyer, et confirmé par l'historien Olivier de Boissoudy. Or Kutzen repose dans le cimetière d'Andilly (Meurthe-et-Moselle) au même emplacement que deux soldats du Reserve-Beobachtungs-Abteilung 44 (groupe d'observation de réserve) tués le 1er septembre 1944 à Rimaucourt, Alfred Zauner et Philip Görl. L'hypothèse que Kutzen corresponde au "colonel allemand" tombé dans ce village - et non pas dans la vallée de la Marne - ne fait donc pas le moindre doute.

Tombé à la veille de ses 49 ans

    Un autre commandant de kampfgruppe - celui de Chaumont - est mort le 13 septembre 1944 au moment du départ de la garnison de cette ville : le colonel Hans Friedrich Wilhelm Grunert. Lui aussi vient de l'Ouest de la France, et tout comme le colonel Kutzen, il est venu, à compter du 9 août 1944, servir sous les ordres du general der kavallerie (corps d'armée) Kurt Feldt, commandant militaire du dispositif allemand sur la Marne. 

    Grunert est né le 14 septembre 1895 à Halle (Saxe). Passé par le grenadier regiment 38, il est nommé colonel le 1er août 1943. Grunert reçoit d'abord le commandement du grenadier regiment 915 (352 ID) le 15 novembre 1943, puis celui du GR 988 (276 ID) le 10 décembre 1943. Avec ce corps, cet officier marié et père de famille se bat en Normandie, avant de laisser son régiment le 18 juillet 1944 pour rejoindre le général Feldt. Il commande le kampfgruppe Chaumont et meurt, la veille de ses 49 ans, le jour de la libération de cette ville. 

    Ce 13 septembre 1944, à 4 h, la garnison allemande commence à évacuer la cité en direction de Montigny-le-Roi, seule voie de retraite encore libre. Trois heures plus tard, les FFI du maquis de Pincourt, commandé par le lieutenant Robert Josselin, prennent sous leur feu des voitures et camions ennemis venant de la direction de Chaumont, dans la Côte de l'Abondance, près d'Essey-les-Eaux*. Selon le maire du village, Joseph Champion, "neuf soldats et un colonel allemand ont été tués, cinq autres ont été blessés". Jusqu'ici, il n'avait jamais été possible de confirmer l'information de la mort d'un officier supérieur allemand dans cette embuscade, et de connaître son identité. La révélation, par les archives militaires allemandes, de la mort du colonel Grunert, "kampf-kommandant Chaumont", ce 13 septembre 1944, en Haute-Marne, accrédite donc ce qui fut longtemps une hypothèse**.

Le document allemand mentionnant la mort du colonel Grunert. (Source : Nara). 


* Nous reviendrons, prochainement, sur le massacre d'Essey-les-Eaux, consécutif à cette embuscade.

** A la différence du major Karl Maner, déjà évoqué sur ce blog, ni Kutzen ni Grunert, qui reposent aujourd'hui à Andilly (54), n'apparaissent dans le recensement des militaires allemands qui ont été inhumés en Haute-Marne et qui est conservé par les Archives départementales.

Sources : Archives nationales américaines (documents militaires d'origine allemande) - Archives départementales de la Marne, série 163 W - Archives départementales de la Haute-Marne, fonds Olivier de Boissoudy - informations communiquées par M. Thierry Houdeline - Geneanet.

dimanche 2 août 2026

Les crimes de guerre allemands à la fin de l'Occupation (II) : août 1944

Bernard Douillot (1934-1944), abattu à Mathons. (Collection J.-M. Chirol).



 Le mois d'août 1944 a été marqué en Haute-Marne par l'exécution de 69 civils et résistants, dont 33 lors des massacres de Prauthoy et de Châteauvillain. Le Freiwilligen-Kosaken-Stamm-Regiment 5, qui tient garnison en Haute-Marne de février à septembre 1944, est impliqué dans la mort d'au moins 25 personnes, et la 15. Panzer-Grenadier-Division, qui retraite les 29 et 30 août 1944 entre la vallée de la Barse et Saint-Dizier, dans celle de quatre civils au minimum. Tous ces crimes de guerre n'ont pas forcément l'objet d'enquêtes de la part du SRCGE.

1er août 1944, Bussières-lès-Belmont : Eugène Lambert

La victime : Eugène Lambert est né le 28 octobre 1922 à Gray (Haute-Saône), il est domicilié au hameau de Caqueray, commune de Palaiseul.

Les faits : Eugène Lambert circulait à vélo entre Chalindrey et Bussières-lès-Belmont. Il croise une patrouille allemande qui lui ordonne de s’arrêter. « Pris de peur, [il] s’est enfui et la patrouille ayant tiré sur lui, il a été tué » (AD 52, 15 J 88, rapport de gendarmerie). L’enquête du SRCGE pense qu’Eugène Lambert a été tué par des cosaques du Freiw.(Kos.)Stamm.Rgt. 5.


9 août 1944, Chaumont : Odette Ferrière

La victime : Odette Lindecker est née à Chaumont le 28 février 1902, elle est mariée à Robert Ferrière, domiciliée 31, rue Carrière-Roulot à Chaumont.

Les faits : cette Chaumontaise est tuée vers 21 h 30 par un soldat allemand sur le passage piéton du viaduc. Selon son époux, elle a été abattue par un fusilier marin (AD 51, 163 W 3159).


9 août 1944, Prauthoy : Joseph Berthold, Lucien Bonnard, Alfred Brouillard, Charles Collin, René Cornu, Pierre Dalanzi, René Fourot, Aimé Grandclaude, Robert Gy, Gilbert Laurent, Antonio Manoël, Robert Midoux, François Philippe, Roland Pretet, Adrien Valroff, Roland Viard

Les faits : le 9 août 1944, vers 21 h, un train venant de Dijon et se dirigeant sur Langres passe à proximité de la ferme de Suxy lorsque deux explosions retentissent (il s’agit d’un sabotage exécuté par des résistants de Côte-d’Or dont l’historien bourguignon Gilles Hennequin a révélé la réalité en 1997). Les soldats allemands du convoi se dirigent alors sur la ferme, commettent un massacre des personnes qui s'y trouvent et incendient les lieux. Ils exécutent également trois habitants de Saône-et-Loire qui avaient été arrêtés quelques jours plus tôt et qu’ils convoyaient dans le train.

L’unité mise en cause : l’enquête du SRCGE (AD 51, 163 W 3174) ne permet pas d’identifier l’unité allemande. L’abbé Louis-Emmanuel Marcel parle de 150 "parachutistes SS" venant de Grenoble et ayant combattu dans le Vercors. Sur la base de ces éléments, il est vraisemblable que la formation impliquée dans ce massacre soit le gruppe Schäfer, des parachutistes rattachés au Kampfgeschwader 200 de la Luftwaffe et qui, après le Vercors, sont revenus en train jusqu’à Essey-lès-Nancy.

Sur ce crime de guerre, lire également Jean-Pierre MAUCOLIN, Prauthoy (de 1930 à 2000), Pierres et terroir, 2022.


10 août 1944, Mathons : René Jakubas, Serge Kervaire, Maurice Launois, Gabriel Sanrey

Les faits : une opération est menée par les troupes d’occupation contre le maquis Garnier (FN) qui vient de se fixer en forêt de Mathons. Pour le localiser, la Sipo-SD de Chaumont avait recueilli des renseignements fournis volontairement par une habitante de Joinville (condamnée à mort à la Libération mais non exécutée). Si le chef du maquis avance jusqu’à une force de 2 000 Allemands, tandis que l’abbé Jacques Vicherat parle de « 1 200 à 1 500 hommes », le lieutenant de gendarmerie Maitrier fait état d’une centaine d’Allemands en action à l’aube. Les maquisards ont pu décrocher, mais un groupe composé de quatre résistants et sept aviateurs alliés est intercepté. Les aviateurs seront internés Outre-Rhin, les quatre Français sont abattus. Trois corps sont retrouvés le 13 ou le 14 août 1944 dans un fourré, au bord du chemin Mathons - Charmes-en-l’Angle. Le quatrième est découvert le 15 août 1944 à 70 m de là. La ferme des Bonshommes a été incendiée, ses exploitants Georges et Renée Douillot emprisonnés à Chaumont.

Les mis en cause : un mandat d’arrêt est délivré le 6 août 1945 contre le feldwebel François Haas. Plusieurs témoins l’ont reconnu sur une photo présentée par les enquêteurs (« il se disait chef de la brigade et commandant de l’expédition faite à Mathons », dit l’un).

Les témoins. Eugène Serre : « Il est établi que ces troupes d’occupation venaient en partie de Chaumont et de Saint-Dizier, et étaient dirigées par la Feldgendarmerie de cette ville. » Source : AD 51, 163 W 3171.

Une des quatre victimes du 10 août 1944 à Mathons : Gabriel Sanrey.



11 août 1944, Mathons : Bernard Douillot

La victime : Bernard Douillot, né à Mathons le 4 mars 1934, fils des agriculteurs de la ferme des Bonshommes.

Les faits : des Allemands venus avec deux camions ouvrent le feu vers 17 h sur un groupe de personnes se trouvant aux abords de la ferme des Bonshommes, incendiée la veille. Juliette Proença, de Guindrecourt-aux-Ormes, est blessée à la main droite. L'enfant Bernard Douillot, qui était réfugié à Nomécourt, est touché par une balle à la tête. Hospitalisé à Joinville, il décède dans la nuit, à 2 h 30. Bernard Douillot avait accompagné Emile Defave, de Nomécourt, pour soigner quatre veaux dans un parc. Il a été retrouvé dans un bois de sapins, à 200 m environ de la ferme familiale.


12 août 1944, Bourbonne-les-Bains : Gilbert Vallon

La victime : Gilbert Vallon est né le 19 juin 1925 à Thonnance-lès-Joinville où il est domicilié. Ce garçon boulanger à Melay est « décédé tragiquement rue Amiral-Pierre à Bourbonne » selon le journal Le Petit Champenois.

Les faits, les mise en cause et les témoins : à cette époque, le capitaine Holmann commande un élément russo-allemand à Bourbonne (du Freiw.Stamm.Rgt. 5). L’enquête de gendarmerie du 12 août 1944 précise que c’est le lieutenant commandant le détachement russe qui l’a informé que Gilbert Vallon avait été tué le matin « par un soldat d’un poste installé sur la route nationale n°480 à l’entrée sud-est de Bourbonne ». La victime venait à bicyclette de la direction de Genrupt. Il était accompagné de sa patronne, Suzanne Gremaux, qui déclare : « Vers 5 h, j’ai quitté Melay à bicyclette pour me rendre à Joinville en compagnie de mon commis boulanger […]. En arrivant à Bourbonne, nous nous sommes trouvés en présence d’un poste allemand. Au commandement « halte » nous nous sommes arrêtés immédiatement à 3 m environ des soldats du poste. Vallon a levé les bras, mais il a été aussitôt abattu par un coup de feu tiré par un soldat. » La boulangère dit qu’elle ignorait que le couvre-feu avait été prolongé jusqu’à 6 h. Source : AD 51, 163 w 3157.


22 août 1944, Dancevoir : François Briot (auteurs du crime : peut-être un détachement de la division SS-Adolf-Hitler).

22 août 1944, Auberive : Geneviève Aubertin et Suzanne Lamy (auteurs : Freiw.(Kos.).Stamm.Rgt. 5)

22 août 1944, Trémilly : Louis Michel

23 août 1944, Auberive : Robert Ingret (auteurs : Freiw.(Kos.).Stamm.Rgt. 5). Deux autres résistants sont capturés et portés disparus (André Guignard et Marc Bongrain).

24 août 1944, Châteauvillain : 17 victimes (auteurs : Freiw.(Kos.).Stamm.Rgt. 5, Feldgendarmerie de Chaumont, et peut-être le I./LnAusbRgt. 302). Quatre otages meurent en déportation.

25 août 1944, Coupray : Joseph Papa et X (Maurice Blanchard, du maquis Blonde, capturé vers le 22 août 1944 à proximité à Boudreville ?).

26 août 1944, Chaumont : Martial Champied et X (auteurs : le Sipo-SD de Rennes est mis en cause pour l'exécution de Champied).

27 août 1944, Villiers-sur-Suize : Marie-Cécile Michelot et Robert Guillaume (lors d'un échange de tirs entre des FFI et le Freiw.(Kos.)Stamm.Rgt. 5).

27 août 1944, Faverolles : Justin Cheminade (auteurs : Freiw.(Kos.).Stamm.Rgt. 5)

27 août 1944, Chaumont : Robert Mutin et Auguste Souffez (auteurs : peut-être des soldats d’artillerie de marine cantonnés à Jonchery).

Ces crimes de guerre ont été évoqués plus en détail dans notre série d’articles « Une semaine de terreur en Haute-Marne ».


28 août 1944, Puellemontier : Victor Cartier

La victime : Victor Eugène Cartier, né à Puellemontier le 25 mars 1908, ouvrier de scierie, marié, père de cinq enfants en bas âge (de 7 mois à 9 ans).

Les faits : vers 12 h 45, une colonne allemande en provenance de Lentilles (Aube) et se dirigeant sur Droyes traverse le village. Ouvrier de la scierie Gouthière et Réaux, Victor Cartier se cache, à leur vue, dans un champ de pommes de terre. Les Allemands « habillés en vert » et portant casquette lancent alors une grenade. Un collègue, Roger Martinet, voit Cartier se lever, la figure ensanglantée, déclarer aux Allemands qu’il est « ouvrier de l’usine », lorsqu’un militaire l’abat avec son revolver. Son corps est retrouvé, sur le dos, criblé de balles, près d’une haie vive. Pour le Dr Bernard Bercovici, ses blessures à la poitrine et au visage proviennent plutôt de rafales de pistolet-mitrailleur.

Les mis en cause : l’enquête du SRCGE n’a pas permis d’identifier l’auteur du crime. Toutefois, l’itinéraire correspond au passage du 1er bataillon de la SS-Panzerbrigade 51 qui, venu de l’Aube, se portait à Giffaumont.


29 août 1944, Anglus : Georges Tardy de Montravel

La victime : Georges Tardy de Montravel, né à Pont du Gard le 18 janvier 1923, séminariste à Sens (Yonne).

Les faits : lieutenant du groupe Bayard, il est capturé à Tonnerre le 26 août 1944 par la 15. Panzer-Grenadier-Division. Au cours du repli, il est abattu à la sortie d’Anglus, dans un bois.


Vers le 29 août 1944, Créancey : Louis Reiter

La victime : Louis (dit Lucien) Reiter est né en 1905 à Aprey. Vannier, il réside à Châteauvillain.

Les faits : son corps est découvert le 1er septembre 1944 au lieu-dit Charmoy. Il présente une balle dans le front. Selon l’enquête, ivre, il se serait querellé avec un gendarme et aurait été tué le 29 août 1944 par les Allemands. Marie-Claude Lavocat situe son décès au 26 août 1944. Source principale : AD 51, 163 W 3160.


30 août 1944, Braucourt : Charles et Gilbert Jeanson

Les faits : le 30 août 1944, l’explosion d’une mine posée par les FFI de la Compagnie du Der coûte la vie à l’artilleur Edwin Hoffmann, de la 15. Pz.Gren.Div. En représailles, trois habitants de Braucourt sont fusillés, dont deux – un père et son fils – sont tués.

Gilbert Jeanson a été abattu aux côtés de son père.



30 août 1944, Eclaron : Fernand Hubert

La victime : né à Eclaron en 1902, résistant, membre du FN.

Les faits : au passage d’une colonne allemande, Fernand Hubert prend la fuite. Il est mortellement blessé en sautant dans le canal et décède à Wassy.


30 août 1944, Saint-Dizier (Marnaval), Lucette Soin

La victime : Lucette Soin, née à Saint-Dizier le 3 mars 1927 (elle n’est pas décédée le 3 août 1940 à Saint-Dizier, contrairement à ce qu’indique le site Mémoire des hommes). Lucette Soin est l’une des 23 victimes civiles de la libération de Saint-Dizier, la seule exécutée.

Les faits : Lucette Soin, 17 ans, domiciliée 31, quartier de la Plaine, est mortellement blessée à 17 h 15 par des soldats allemands en retraite. Elle décède à 21 h 30 à l’hôpital de Saint-Dizier.

Les témoins : Renée Valluet, mère de la victime : « Ayant appris que les Américains se trouvaient à proximité de Marnaval, nous nous sommes décidées, ma fille et moi, à monter au premier étage. A ce moment, ma fille, regardant par la fenêtre, me fit voir un groupe d’Allemands dissimulés dans un bosquet situé à 150 m de notre habitation. J’ai ouvert la fenêtre, et un coup de feu a été tiré de la direction de ce groupe, atteignant ma fille d’une balle au côté gauche. Elle est tombée sans connaissance. […] Ma fille n’était pas revêtue d’un costume tricolore. Elle portait une blouse blanche. »

Les mis en cause : les soldats étaient en « tenue verte », selon Paul Mallerat. Des habitants ont parlé aux enquêteurs, sans certitude, d’un insigne correspondant à la division Adolf-Hitler.

Lucette Soin (1927-1944), lorsqu'elle était enfant.



30 août 1944, Saint-Dizier (Marnaval) : Lucien Groffe

La victime : Lucien Groffe, né le 8 novembre 1913 à Doulaincourt, ouvrier à la société Ferro, domicilié à Marnaval, marié, père de de famille.

Les faits : membre de la 2e section de la Compagnie du Val, Lucien Groffe s’aventure imprudemment dans Marnaval. Capturé, il est mis à mort près de l’église du quartier.

Lucien Groffe (1913-1944), exécuté à Marnaval.



30 août 1944, Villiers-en-Lieu : Serge Grelet

La victime : Serge Grelet, né le 16 juillet 1927 à Villiers-en-Lieu.

Les faits : dans la matinée, des Allemands en retraite tuent Serge Grelet. Le village pleure également la mort de Léa Linguenheld et Pierre Party, tués par méprise par un obus américain.


31 août 1944, Torcenay : Paul Noirot

La victime : Paul Noirot, né à Torcenay le 3 décembre 1887, retraité, père de Jules Noirot (sous-officier du maquis d’Auberive).

Les faits : le 31 août 1944, un détachement de cavalerie russo-allemand, venu de Rolampont ou de Saint-Ciergues et se dirigeant sur Langres, commandé par un oberleutnant, stationne dans le village de 10 h à 17 h. Au cours de la journée, Paul Noirot qui sciait du bois discute avec un cosaque et lui affirme que Hitler serait « kaput » bientôt. Le Russe revient avec un gradé, qui le frappe avec un morceau de bois, l’arrête après une tentative de fuite et le conduit au café Bourlot où il est de nouveau maltraité. Puis il est abattu à l'écart du village. Un témoin constate que deux balles ont traversé la nuque et le cou.

Les témoins : Paulette Noirot, belle-fille : « Vers 14 h, je me trouvais dans la cour de mon habitation sise à 150 m de la demeure de mon beau-père […], lorsque j’ai vu celui-ci poussé par des soldats allemands qui le brutalisaient en le frappant à coups de crosse de fusil et bâton. Un de ces soldats […] lui a brisé son fusil sur le dos. Ils l’ont fait entrer dans le salle de débit du café Bourlot où se trouvait l’officier du détachement de passage à Torcenay. |…] J’ai appris par les voisins que mon beau-père avait été fusillé dans un parc, à proximité du village. [...] » Source principale : AD 51, 163 W 3178.


31 août 1944, Chamouilley : Eugène Petit

La victime : Léon Eugène Petit est né le 4 août 1900 à Saint-Dizier.

Les faits : Eugène Petit est réquisitionné le 31 août 1944 par les Allemands pour transporter leurs blessés. Son corps est retrouvé le long de la voie ferrée au lieu-dit La Rochotte, commune de Chamouilley, « la tête traversée par plusieurs balles » (selon un témoin). Source principale : AD 51, 163 W 3172.


31 août 1944, Chatonrupt : Jean Lefebvre

La victime : Jean Lefebvre, né à Louvemont le 22 octobre 1920, marié, domicilié 2, rue des Porcelets à Joinville, quartier-maître de la Marine, garde de voies de communications, membre du maquis Mauguet.

Les faits : depuis le 24 août 1944, le maquisard Jean Lefebvre était revenu chez lui en raison d’une jaunisse. Le 31 août 1944 (jour de la libération de Joinville), il repart seul en direction de Saint-Dizier pour rejoindre son groupe. « Il n’avait pas d’armes sur lui […]. Il portait un brassard de garde de communication et un brassard de la Résistance », précise Jean Rinder, son beau-père. On ne reverra plus vivant Jean Lefebvre. Son corps est retrouvé le 3 septembre 1944 par des soldats américains au lieu-dit Le Jardinaux, à Chatonrupt. Il a reçu un projectile « dans la région occipitale ».


31 août 1944, Daillancourt : René Formentin

La victime : René Formentin (et non Fromentin), né à Chauny (Aisne) le 23 mai 1907, chef d’équipe à la Ville de Paris, employé dans la région d’Eclaron, adjudant FFI dans les Commandos M sous le nom de « Marceau ».

Les faits : le 31 août 1944 dans l'après-midi, alors qu’un combat s’engage entre des Russes et des FFI du maquis de Cirey-sur-Blaise, l’adjudant Formentin, agent de liaison du lieutenant Raymond Krugell (« Pierre) », est blessé en se rendant à Daillancourt. Il est « achevé lâchement par l’ennemi et dépouillé de sa montre et de son alliance » (témoignage de Maurice Jacquin).


31 août 1944, Saint-Urbain : Lucien François

Les faits : dans la nuit du 31 août au 1er septembre 1944, Lucien François, 41 ans, qui assure la garde du village, rencontre trois soldats allemands et trouve la mort.


Civils, résistants, déportés : 29 autres victimes 

    Nous avons vu plus haut que des civils sont morts à Saint-Dizier et Villiers-en-Lieu, le jour de la libération, soit exécutés, soit pour la plupart victimes des combats entre Américains et Allemands. Durant ce mois d'août 1944, neuf autres civils ont trouvé la mort (à Froncles et à Bologne par l'aviation alliée, à Chancenay et à Doulevant-le-Château par des méprises des Américains, à Longeau lors d'un échange de tirs entre FFI et Allemands). Par ailleurs, deux condamnés à mort par le tribunal de la Feldkommandantur 769 ont été fusillés à Langres (André Collot et Jacques Vernier), et un déporté polonais évadé près de Merrey est décédé sur la table d'opération à Neufchâteau.

    Enfin, quatre FFI du maquis Max (Auberive) ont trouvé la mort au combat, neuf FTP du maquis Mauguet ont été tués ou mortellement blessés sur le sol haut-marnais (l'unité a déploré également six morts dans la Meuse), un FFI de la Compagnie du Der est tombé près de Montier-en-Der, et trois hommes du maquis Charles (Varennes) sont morts - il s'agit ici encore d'une méprise - pendant un parachutage. 

    Il semble que parmi les victimes du maquis Mauguet, certaines ont été exécutées. Blessé à Chancenay, Mario Fruet témoigne ainsi qu'un lieutenant allemand (de la 15. Pz.Gren.Div.) a découvert André Saucourt "qui se recroquevillait et a tiré une rafale sur lui". Fruet apostrophera ainsi l'officier, une fois prisonnier : " "Tu as achevé mes copains blessés, tu le paieras !". Le même jour, ils l'ont fusillé à la Belle-Epine." 

Sources principales : AD 51, série 163 W ; "La Haute-Marne et les Haut-Marnais durant la Seconde Guerre mondiale", club Mémoires 52, 2022.

Prochain volet : septembre 1944.