vendredi 29 mai 2026

La répression en Haute-Marne : arrestations, exécutions, déportations (1943)

 

Roger Demoulin, d'Annéville-la-Prairie. (AD Marne, Fonds Cosor/Husson).

    En 1943, l'occupant allemand passe un cap supplémentaire dans la répression dans le département de la Haute-Marne. Le nombre de personnes arrêtées en 1942 dépassait les 110 ; l'année suivante, ce chiffre est porté à 215 minimum. Cet état concerne en particulier les victimes du coup de filet de fin octobre - début novembre 1943 réalisé dans le cadre de l'affaire du "café de Brottes". Même tendance à l'augmentation pour le nombre de départs en déportation, soit vers un camp d'extermination ou de concentration, soit vers une prison du Reich : de 75 en 1942 à 103 en 1943. Parmi ces déportés (auxquels s'ajoutent cinq ou six hommes arrêtés dans le département sans y avoir vu le jour ou y résider), au moins 50 ont été arrêtés en Haute-Marne. 1943 est l'année des premiers grands transports vers les camps, comme celui du 24 janvier 1943 en direction de Sachsenhausen qui concerne douze Haut-Marnais et celui du 16 avril 1943 qui dirige seize Haut-Marnais sur Mauthausen. A noter un taux de mortalité particulièrement important parmi les déportés de 1943 : 45 %.

Déportés nés en Haute-Marne : 72 dont au moins 29 arrêtés en Haute-Marne et 32 décédés (44 %)

BURGNIES (Maurice) (Rachecourt-sur-Marne 22 février 1920). Célibataire, domicilié à Rachecourt-sur-Marne. Arrêté le 28 novembre 1942 à Strasbourg « pour refus de travailler en Allemagne ». Déporté le 8 janvier 1943 vers une prison du Reich, puis à Dachau (matricule 43 190) le 30 janvier 1943 en provenance de la Stapo de Münich. Libéré le 29 avril 1945. Décédé en Saône-et-Loire en 1978.
LEFRANC (Lucien) (Rachecourt-sur-Marne 22 avril 1916). Dit Joseph selon les archives de Dachau. Célibataire, domicilié à Chevillon. Arrêté le 28 novembre 1942 à Strasbourg. Déporté le 8 janvier 1943 vers une prison du Reich, puis à Dachau (matricule 43 181) le 30 janvier 1943 en provenance de la Stapo de Münich. Décédé à Roches-sur-Marne en 1976.
FOURRIER Roger (Doulaincourt 5 mars 1911). Marié, père de famille. Bûcheron, domicilié à Dolaincourt. Arrêté le 22 juin 1941 à Doulaincourt par les feldgendarmes. Emprisonné à Chaumont. Interné à Compiègne. Déporté le 24 janvier 1943 à Sachsenhausen (matricule 59 268). Au block 37. Déclaré décédé à Oranienburg le 30 juin 1944 (le 26 février 1945 à Bergen-Belsen selon la FMD).
BENOIT (Pierre) (Wassy 24 mars 1903 – Hirson, Aisne, 19 mars 1964). Fils de Louis Benoit et Marie-Alphonsine Roussinet. Marié en 1929 à Denain (Nord) avec Flore Descarpentries. Teinturier. Habite à Hirson (Aisne). Déporté le 24 janvier 1943 à Sachsenhausen. Transféré à Buchenwald (matricule 67 017) le 22 juillet 1944.
GUYOT (Auguste, dit Roger) (Thonnance-lès-Joinville 28 août 1910). Ouvrier. Marié. Domicilié à Joinville, rue des Royaux. Arrêté le 23 juin 1941. Emprisonné à Chaumont, interné à Compiègne. Déporté le 24 janvier 1943 à Sachsenhausen. Matricule 28 714 à Buchenwald. A Sachsenhausen le 6 février 1945. Rentré à Joinville en mai 1945.
KAHN Adolphe (Saint-Dizier 9 janvier 1896). Interné à Compiègne. Déporté le 24 janvier 1943 à Sachsenhausen. Considéré comme décédé après février 1945 à Oranienburg.
MAUPIN Henri (Mandres-la-Côte 1er octobre 1879 – Oranienburg 29 juin 1943). Ouvrier polisseur à Nogent. Marié et père de famille. Arrêté le 22 juin 1941. Emprisonné à Chaumont, interné à Compiègne. Déporté le 24 janvier 1943 à Sachsenhausen. Décédé d’une bronchite au poumon gauche.
MURER Roger (Brousseval 2 décembre 1913). Ouvrier, militant communiste domicilié à Argenteuil. Arrêté le 17 décembre 1942 par la police française. Déporté le 24 janvier 1943 à Sachsenhausen. Décédé à Argenteuil en 1991. Source complémentaire : Maitron.
RICHARD Louis (Wassy 18 décembre 1912). Coiffeur. Domicilié à Chavanges. Résistant (sous lieutenant au titre du CDL). Arrêté le 17 septembre 1942 à Chavanges par la Sipo-SD. Emprisonné à Troyes puis à Châlons fin octobre-début novembre 1942. Interné à Compiègne. Déporté le 24 janvier 1943 à Sachsenhausen. Affecté au kommando d’Heinkel. Rentré. AD51, 163 W 3167.
ROBERT Pierre (Roôcourt-la-Côte 29 août 1907). Employé SNCF, domicilié à Bologne. Marié et père de famille. Arrêté le 22 juin 1941. Emprisonné à Chaumont, interné à Compiègne. Déporté le 24 janvier 1943 à Sachsenhausen. Affecté au kommando DAV sculpture. Rentré en France le 20 mai 1945.
SCHEHR Louis (Rimaucourt 9 septembre 1900). Déporté le 24 janvier 1943 à Sachsenhausen, puis à Bergen-Belsen.
TRIFFAUT Charles (Curel 14 décembre 1903). Domicilié à Curel. Employé de l’usine de Bussy. Arrêté le 23 juin 1941. Emprisonné à Chaumont, interné à Compiègne. Déporté le 24 janvier 1943 à Sachsenhausen. Affecté au kommando de Klinkert. Rentré.
GAMARD (André) (Wassy 13 octobre 1918 – Wassy 13 janvier 1978). Domicilié à Zuydcoote (Nord). Boulanger. Déporté le 29 janvier 1943 à Natzweiler (acheminé par la Sipo de Metz), puis à Dachau (matricule 45 143) le 5 mars 1943.
JEANSON (René) (Saint-Dizier 13 mai 1923). Fils de Gaston Jean et d’Elisabeth Aubert, domiciliés à Saint-Dizier, rue Ernest-Renan. Domicilié à Paris, 30, avenue Secretan. Monteur. Déporté le 29 janvier 1943 à Natzweiler, en provenance de la Sipo de Metz, puis à Dachau (matricule 45 145) le 5 mars 1943. Rentré.
CHARBONNELLE Pierre (Droyes 25 octobre 1901). Grandit à Nully. Arrêté en Meurthe-et Moselle (à Toul, vraisemblablement). Déporté le 5 février 1943 à Hinzert. Rentré en juin 1945. Homologué sous-lieutenant FFC, chevalier de la Légion d’honneur, médaillé militaire. Domicilié à Toul. Décédé à Toul en 1976. 
ANTOINE Abel (Blécourt 31 août 1914). Charbonnier à Joinville. Surpris en train de chasser le 17 décembre 1942 en forêt d’Arc, commune de Montribourg. Emprisonné à Paris. Déporté le 25 février 1943 à Hinzert. Evadé le 8 mai 1943. Caché à la coupe de La Borde près de Châteauvillain. Décédé à Chaumont en 1991.
BROUILLARD René (Louze 20 juillet 1901). Boucher à Louze, marié et père de famille. A la prison de Trêves le 26 mars 1942. Arrêté le 13 décembre 1942 sur dénonciation pour « hébergement de terroristes ». Emprisonné à Chaumont. Déporté le 25 février 1943 à Hinzert (matricule 6 327), puis à Wolfenbuttel. Jugé à Breslau puis transféré à Gleiwitz (Haute-Silésie). Libéré par les troupes soviétiques le 8 mai 1945 à Hirschberg. Décédé à Saint-Dizier en 1992.
GAUTHIER Raoul (Daillancourt 11 avril 1911 – Breslau 14 septembre 1944). Célibataire, agriculteur à Daillancourt. Arrêté le 25 novembre 1942 à Daillancourt pour détention d’un fusil de chasse. Emprisonné à Chaumont. Transféré le 20 décembre 1942 à la prison du Cherche-Midi à Paris. Déporté le 25 février 1943 à Breslau. Exécuté.
ORIOT Georges (Lanty-sur-Aube 27 juillet 1902 – Hinzert 7 avril 1943). Marié, sans enfant. Mobilisé en 1939 au 607e régiment de pionniers. Libéré en juillet 1940. Domicilié à Chaumont puis en forêt de Châteauvillain. Arrêté le 1er novembre 1942 par les autorités allemandes après avoir été surpris par un officier en train de chasser. Emprisonné à Chaumont. Déporté de Paris à Hinzert le 25 février 1943. Décédé à l’hôpital.
CACHEUR Alphonse (Wassy 10 mars 1915). Marié, père de famille. Mouleur aux Etablissements Durenne. Arrêté début 1943 sur le territoire du IIIe Reich. Déporté à Buchenwald le 12 mars 1943. Transféré à Sachsenhausen. Rentré. Décédé à Saint-Dizier en 1984.
LEVY Pauline (Bourbonne 17 juin 1889 – Maïdanek 28 mars 1943). Fille de Gustave Lévy, négociant, et de Louise Lévy. Née Grande rue. Domiciliée à Marseille. Internée à Drancy à partir du 9 mars 1943. Déportée le 23 mars 1943 (convoi 52) à Sobibor. Sources complémentaires : Mémorial de la Shoah ; état civil de Bourbonne.
BEAUMET Germain (Chamouilley 10 mars 1921). Boucher à Chamouilley, arrêté le 10 mars 1943 (comme réfractaire au STO, évadé et repris). Déporté le 24 avril 1943 à Natzweiler (matricule 3 341), transféré à Buchenwald puis à Dachau. Libéré le 23 mai 1945.
HENRIOT Henri (Maizières-sur-Amance 1er décembre 1922 – Sachsenhausen 21 mai 1944). Domicilié à Nancy. Arrivé le 29 avril 1943 à Natzweiler. Transféré à Bergen-Belsen puis à Sachsenhausen (76 003). Né à Mézières-sur-Meuse selon Arolsen mais l’état civil de cette commune ne le mentionne pas.
AUBERTIN René (Saint-Dizier 27 juillet 1912). Mouleur à Sommevoire où il est domicilié. Marié, père de famille. Arrêté dans la nuit du 8 au 9 février 1943 à son domicile par les feldgendarmes. Emprisonné à Chaumont, interné à Compiègne le 5 mars 1943. Déporté le 16 avril 1943 à Mauthausen (matricule 26 809) et affecté au kommando de Gusen I. Libéré le 5 mai 1945 à Gusen. Rentré à Sommevoire. Décédé en 1974.
AUER Pierre (Colmier-le-Bas 14 février 1914). Employé au café des Rotondes à Dijon. Arrêté. Interné à Compiègne. Déporté le 16 avril 1943 à Mauthausen (matricule 26 673). Libéré le 5 mai 1945 à Mauthausen. Décédé à Dijon en 1982.
BERNARDIN Albert (Eurville 27 juillet 1904 – Mauthausen 24 février 1944). Marié, père de famille. Domicilié à Vecqueville, il est arrêté à l’usine de Bussy le 25 février 1943 pour « refus d’aller travailler en Allemagne ». Emprisonné à Chaumont, interné à Compiègne le 5 mars 1943, il est déporté le 16 avril 1943 à Mauthausen (matricule 26 757).
BRIOT Marcel (Montreuil-sur-Blaise 5 mars 1901 – Gusen 26 janvier 1944). Ebarbeur à Vaux-sur Blaise. Célibataire, domicilié à Rachecourt-sur-Blaise. Arrêté avec son frère Emile (rapidement libéré) le 22 février 1943 pour « propagande anti-nazie, distribution de tracts » (ou écoute de radio). Conduit à la feldgendarmerie de Saint-Dizier. Emprisonné à Chaumont, interné à Compiègne. Déporté le 16 avril 1943 à Mauthausen (matricule 26 492 ou 47 526) et affecté au kommando de Gusen. Eliminé pour incapacité physique et asphyxié.
GEORGES Lucien (Sommevoire 25 mars 1902 – Gusen 1er février 1944). Mouleur à l’usine Durenne, domicilié à Sommevoire. Marié et père de quatre enfants. Arrêté dans la nuit du 8 au 9 février 1943 à son domicile par des feldgendarmes. Emprisonné à Chaumont. Transféré le 5 mars 1943 à Compiègne. Déporté le 16 avril 1943 à Mauthausen (matricule 26 808 ou 44 916). Transféré à Gusen (kommando Styer) le 24 janvier 1944. Admis à l’infirmerie du camp. Décédé le 1er février 1944 à 8 h 45 (Arolsen).
GIUDICE Jules (Annéville-la-Prairie 28 novembre 1925 – Gusen 12 janvier 1944). Célibataire, domicilié à Annéville. Travailleur en Allemagne dans le cadre de la relève. De retour à Annéville pour une permission. Arrêté par les Allemands le 13 janvier 1943 chez ses parents (il est accusé de vols en Allemagne). Emprisonné à Chaumont. Interné à Compiègne. Déporté le 16 avril 1943 à Mauthausen (matricule 26 802). Décédé du typhus.
KUNTZ François (Joinville 12 août 1908). Marié, père de deux enfants. Ouvrier à l’usine de Bussy. Domicilié à Joinville. Arrêté le 22 juin 1941. Interné à Compiègne. Rentré à Joinville mi-août 1941. Arrêté le 25 février 1943 par les autorités allemandes. Emprisonné à Chaumont. Transféré le 4 mars 1943 à Compiègne (matricule 11 250). Déporté le 16 avril 1943 à Mauthausen. Affecté à Gusen le 10 mai 1943. Libéré à Mauthausen le 5 mai 1945. Décédé en 1978.
MOUILLET Pierre (Augeville 17 octobre 1903 – Malchov 30 avril 1945). Domicilié à Vecqueville. Charretier à Bussy. Marié, père de deux enfants. Arrêté le 25 février 1943 à Vecqueville pour « refus d’aller travailler en Allemagne ». Emprisonné à Chaumont. Transféré le 3 mars 1943 à Compiègne (matricule 11 255). Déporté le 16 avril 1943 à Mauthausen. Matricule 31 719 à Buchenwald le 20 novembre 1943. Matricule 31 719 à Mittelbau le 28 octobre 1944 après être passé par Weimar, Sangershausen. Mort en déportation. Ses trois frères ont péri durant la Première Guerre mondiale.
PAILLOT James (Sommevoire 11 avril 1911). Mouleur à l’usine Durenne. Marié et père de famille. Arrêté le 13 février 1943 pour « diffusion de tracts ». Emprisonné à Chaumont. Interné à Compiègne. Déporté le 16 avril 1943 à Mauthausen (48 253). Transféré à Gusen. Libéré. Décédé à Saint-Dizier en 1984.
TISSERAND Georges (Le Pailly 23 avril 1905 – Ebensee 18 mai 1945). Domicilié 2, rue des Bragards à Saint-Dizier. Marié. Dénoncé pour détention d’arme, arrêté le 22 février 1943 par la feldgendarmerie. Déporté le 16 avril 1943 à Mauthausen (matricule 124 401). 
NOEL (Georges) (Roches-sur-Marne 28 juillet 1906). Arrêté le 26 février 1943 à Roches-sur-Marne pour « détention d’armes ». Interné à Compiègne. Déporté le 16 avril 1943 à Mauthausen (matricule 117 119). Libéré. Décédé à Saint-Dizier en 1998.
FAVRET Arthur (Gilley 27 mai 1891). Domicilié à Trieux (Meurthe-et-Moselle). Arrêté le 5 mars 1943 en Meurthe-et-Moselle. Interné à Compiègne. Déporté le 20 avril 1943 à Mauthausen. Rentré.
BEAUMET Germain (Chamouilley 10 mars 1921). Boucher à Chamouilley. Arrêté le 10 mars 1943 comme réfractaire au STO, évadé et repris. Déporté le 24 avril 1943 à Natzweiler (matricule 3 341). Transféré à Buchenwald (matricule 13 857) le 18 juin 1943 puis à Dachau. Libéré le 23 mai 1945.
MORY Germaine (Frettes 1er octobre 1895). Epouse de Pierre Frilley. Gérante du café-restaurant des Rotondes à Dijon-Perrigny. Membre d’un réseau de passeurs. Arrêtée le 22 décembre 1942 à Dijon. Internée à Compiègne. Déportée le 28 avril 1943 à Ravensbrück. Libérée le 23 avril 1945. Son époux, déporté le 16 avril 1943 à Mauthausen, décède le 31 juillet 1944 à Hartheim.
BOCQUENET Marius (Vesaignes-sur-Marne 25 juillet 1895 – Sachsenhausen 15 juin 1943). Gendarme à la retraite. Gardien-chef de la maison d’arrêt de Wassy. Marié. Arrêté le 27 janvier 1943 à Wassy, par des feldgendarmes, pour écoute de la BBC. Emprisonné à Chaumont. Interné à Compiègne le 13 février 1943. Déporté le 28 avril 1943 à Sachsenhausen (matricule 64 591).
TETOT Henri (Brousseval 27 mars 1914). Salarié aux Emailleries de Saint-Dizier. Mobilisé en septembre 1939. Réformé temporaire à la suite d’un accident. Embauché comme fraiseur à l’usine Citroën en janvier 1940. Arrêté à Saint-Ouen, condamné par le 3e tribunal militaire permanent de Paris à trois ans d’emprisonnement pour « infraction au décret portant dissolution des organisations communistes ». Emprisonné à La Santé, Fresnes, Poissy, Fontevrault. Livré aux autorités allemandes. Interné à Compiègne. Déporté le 28 avril 1943 à Sachsenhausen. Affecté au kommando Heinkel. Rentré en France en mai 1945. Décédé à Saint-Dizier en 1980.
LEVEAU Emile (Langres 13 mai 1922 – Oranienburg 12 février 1944). Arrêté à Langres le 1er mars 1943. Emprisonné à Chaumont puis à Châlons-sur-Marne. Interné à Compiègne. Déporté le 8 mai 1943 à Sachsenhausen.
GILLET Roger (Mirbel 20 mars 1920 – Sachsenhausen 9 janvier 1945). Célibataire. Employé de marchand de bestiaux à Brethenay. Arrêté le 4 ou le 16 mars 1943 à Brethenay. Déporté. La FMD et les archives Arolsen ne le mentionnent pas dans leur base.
ADAM Roger (Joinville 4 mars 1922 – Bergen-Belsen 25 février 1945). Célibataire. Domicilié à Joinville. Arrêté le 9 avril 1943 pour « opposition aux directives allemandes de camouflage ». Interné à Compiègne. Déporté le 8 mai 1943 à Sachsenhausen (matricule 66 559).
COLLARD Georges (Sainte-Livière 3 septembre 1922). Interné à Compiègne. Déporté le 8 mai 1943 à Sachsenhausen. Décédé à Lusigny-sur-Barse (Aube) en 1972.
COLLIN Paul (Marbéville 12 juin 1903). Marié, père de quatre enfants. Domicilié à Reims. Arrêté en mars 1943 à Reims. Interné à Compiègne. Déporté le 8 mai 1943 à Sachsenhausen (matricule 66 335). Transféré à Buchenwald (86 836). Puis à Sachsenhausen le 8 février 1945. Porté disparu. AD 51, Fonds Cosor.
FLOQUET René (Suzannecourt 14 février 1924). Monteur en charpentes métalliques à Bourbonne-les-Bains. Arrêté le 22 mars 1943 au Boulou en essayant de passer en Espagne. Aurait été déporté en mai 1943 à Oranienburg (la FMD ne le recense pas). Un témoin l'a vu en février 1945 à Dachau. Porté disparu. Médaillé de la Résistance. 

CURTINOT Georges André (Joinville 19 janvier 1897 – Nordhausen 26 février 1945). Agriculteur à la ferme de Bellevue (Joinville). Marié et père de famille. Arrêté sur dénonciation le 7 mai 1943. Emprisonné à Witlich du 23 juillet au 27 septembre 1943. La suite de son parcours est retracée dans le Livre des 9 000 déportés de France à Dora.
VOIRIN Armand (Sarcey 10 février 1908). Marié, père de deux enfants. Surveillant à la maison centrale de Clairvaux. Arrêté début 1943 sur dénonciation (il est accusé par un détenu d’avoir écouté la radio anglaise). Condamné le 12 mars 1943 à deux ans de prison. Emprisonné à Troyes. Déporté le 14 mai 1943 à la prison de Fribourg. Puis emprisonné près de Munich. Rentré fin mai 1945 après s’être évadé durant une marche.
HUTINET Pierre Elie (Rachecourt-sur-Marne 11 juin 1890). Domicilié à Rachecourt. Arrêté en août 1941 pour braconnage. Condamné à trois mois de prison par la justice allemande. Détenu à Clairvaux. Déporté le 17 mai 1943 à Fribourg. Rentré. Etabli à Saint-Dizier.
CORROY Alphonse (Liffol-le-Petit 8 janvier 1884). Marié, père de quatre enfants. Domicilié à Villenoy (Seine-et-Marne). Interné à Compiègne. Déporté le 25 juin 1943 à Buchenwald (matricule 14 796). Libéré le 11 avril 1945.
VERJUX Raymond (Hûmes 5 août 1925 – Dora 1944). Domicilié à Sexfontaines. Employé comptable à la société des pétroles de Sexfontaines. Arrêté le 21 avril 1943 à Perpignan en essayant de franchir la frontière espagnole. Interné à Compiègne. Déporté le 25 juin 1943 à Buchenwald. Mort fin août et en septembre 1944. Cf Livre des 9 000 déportés de France à Dora.
EMERIQUE Alice (Saint-Dizier 1889 – Auschwitz 5 août 1943). Epouse Salmon. Morte à Auschwitz.
PIGNEROL Maurice (Langres 30 octobre 1878). Fils de médecin. Marié à Paris. Polytechnicien, licencié en droit. Inspecteur général des Finances. Commandeur de la Légion d’honneur. Interné à Compiègne. Déporté le 13 août 1943 à Buchenwald comme personnalité otage. Libéré. Décédé à Paris en 1955. Source complémentaire : site Cimetière du Père Lachaise.
LABORDE Henri (Langres 1er octobre 1894). Vétéran de 14-18. Veuf, sans enfant. Employé de commerce à Langres. Mobilisé en 1939. Prisonnier en 1940 dans l'Yonne. Libéré le 11 juillet 1940. Installé à Chaumont, rue Jules-Tréfousse. Employé de la caserne Damrémont. Arrêté le 26 mai 1943 par la feldgendarmerie pour avoir hébergé un voleur d'arme au préjudice des Allemands. Condamné le 26 juillet 1943 par le tribunal de la Feldkommandantur 769. Déporté le 15 août 1943 à Sarrebrück. Transféré à Bayreuth. Rentré en mai 1945. Non recensé par la FMD.
WEINTRAUB Madeleine (Wassy 13 septembre 1925 – Auschwitz 7 septembre 1943). Domiciliée à Montauban (Tarn-et-Garonne) avec ses parents. Déportée raciale le 2 septembre 1943 à Auschwitz (convoi 59). Morte à Auschwitz.
MORISOT Victor (Chatoillenot 12 juillet 1898). Cultivateur à Vaillant, incorporé en 1915 dans le 152e RI, grièvement blessé en 1917. Chevalier de la Légion d'honneur en 1938, médaillé militaire. Dessinateur SNCF à Chambéry. Membre du mouvement Libération en 1942. Sous-chef régional des Mouvements unités de la Résistance en 1943. Arrêté le 21 ou 22 juin 1943 à Chambéry par les Allemands. Déporté du 2 au 6 septembre 1943, puis interné en Italie. Libéré le 5 juillet 1944. Commandeur de la Légion d'honneur en 1959. Décédé en 1984. Source : "La Haute-Marne et les Haut-Marnais durant la Seconde Guerre mondiale", club Mémoires 52, 2023.
GIRVAL (de) Félix (Langres 25 mars 1920 – Dora 26 décembre 1943). Domicilié au château de Boussenois (Côte-d’Or). Arrêté le 26 juin 1943 à Dax (Landes). Déporté le 3 septembre 1943 à Buchenwald (matricule 20 738).
MASSON Henri (Droyes 27 juillet 1909). Domicilié à Troyes. Arrêté avec son épouse le 17 septembre 1942. Déporté le 23 janvier 1943. Evadé. De nouveau arrêté. Déporté le 3 septembre 1943 à Buchenwald. Evadé. Décédé à Toulon en 1996.
FALALA Georges (Bricon 14 mai 1918). Domicilié à Reims. Marié. Arrêté le 11 juin 1943 par la Sipo-SD. Déporté le 3 septembre 1943 à Buchenwald. Rentré. Son père sera député, son frère maire de Reims.
BONNET Raymond (Pouilly-en-Bassigny 4 février 1910 – Dora 2 mars 1944). Domicilié à Buxières-lès-Froncles. Employé aux Forges de Froncles. Arrêté par les gendarmes le 6 janvier 1942 pour distribution de tracts. Emprisonné à Chaumont puis à Dijon. Condamné le 24 janvier 1942 par la section spéciale de la cour d’appel de Dijon à 18 mois de détention à Clairvaux. Interné à Compiègne. Déporté le 17 septembre 1943 à Buchenwald (matricule 21 018). Transféré à Dora.
DEMOULIN Roger (Annéville-la-Prairie 10 décembre 1917). Domicilié à Reims. Arrêté en juillet 1943 dans la Marne. Interné à Compiègne. Déporté le 17 septembre 1943 à Buchenwald (matricule 21 177). Libéré le 30 avril 1945. Décédé en 1983.
PRINCET Max (Nogent 23 janvier 1914 – Nordhausen 20 décembre 1943). Domicilié à Paris. Maréchal des logis-chef d’artillerie, blessé en 1940 (il est cité à l’ordre de la brigade le 20 septembre 1943). Arrêté à Paris le 12 août 1943 par la Sipo. Emprisonné à Fresnes. Déporté le 17 septembre 1943 à Buchenwald. Matricule 21 193 à Mittelbau. Médaillé de la Résistance.
PUTIOT Georges (Brouthières 4 mai 1916). Instituteur en Meurthe-et-Moselle. Militant du Syndicat national des instituteurs, membre du Parti socialiste ouvrier et paysan. Interné en septembre 1939. Déporté le 17 septembre 1943 à Buchenwald (matricule 21 920). Décédé à Paris en 1946. Source complémentaire : Maitron.
THIEBAUT Charles (Chaumont 6 février 1910). Marié à Paris. Interné à Compiègne. Déporté le 17 septembre 1943 à Buchenwald (matricule 21 747). Libéré à Neuengamme. Décédé à Clamart en 1969.
COSSON Gabriel (Saint-Dizier 25 mars 1897 – Mauthausen 5 avril 1945). Ancien combattant 14-18. Elu communiste à Bagneux (Seine). Interné administrativement le 20 janvier 1940. Déporté le 18 octobre 1943 à Sarrebrück (camp de Neue Bremm).
REGNAULT Marcel (Joinville 23 juillet 1896). Marié, père de deux enfants. Domicilié à Sainte Savine (Aube). Interné à Compiègne. Déporté le 28 octobre 1943 à Buchenwald (matricule 30 606). Disparu (il serait décédé le 10 juin 1944 à Buchenwald).
SIMON Jacques (Chaumont 7 novembre 1907 - Auschwitz). Marchand de biens. Réfugié à Chambéry. Arrêté le 10 octobre 1943. Interné à Drancy. Déporté le 20 novembre 1943 à Auschwitz (convoi 62).
SIMON René (Chaumont 1er juin 1875). Marchand de biens. Réfugié à Chambéry. Arrêté le 10 octobre 1943. Interné à Drancy. Déporté le 20 novembre 1943 à Auschwitz.
PINEAU Christian (Chaumont 14 octobre 1904). Fils d’un officier du 109e RI. Fonctionnaire, militant CGT. Co-fondateur du mouvement Libération-Nord en 1940. Arrêté à Lyon le 3 mai 1943. Déporté le 14 décembre 1943 à Buchenwald (matricule 38 418). Compagnon de la Libération. Ministre. Décédé à Paris en 1995. Une avenue de Chaumont porte son nom.
CHANSON André (Saint-Broingt-le-Bois 29 août 1918 – Rastatt 24 novembre 1944). Boulanger à Langres. Puis électricien. Opérateur radio du colonel Edouard Kauffmann, membre du réseau Alliance. Arrêté le 22 septembre 1943. Déporté le 16 décembre 1943. Exécuté. Médaillé de la Résistance.
PRADELLE Emile (Coublanc 5 septembre 1901 – Fribourg 28 novembre 1944). Militaire de l’armée de l’air. Agent du réseau Alliance. Arrêté le 22 septembre 1943. Fusillé. Médaillé de la Résistance.
COLIN Fernand (Châteauvillain 20 mars 1925). « Malgré nous ». Déporté le 3 novembre 1943 à Schirmeck. Libéré le 24 décembre 1943. Source : FMD. 
DESCHAMPS Albert (Saint-Dizier 6 septembre 1918 - Buchenwald). Soldat au 171e RIF. Fait prisonnier. Aurait été déporté en 1943 à Sachsenhausen. Présumé décédé le 31 mai 1944 à Buchenwald.


Domiciliés en Haute-Marne : 31 dont 21 arrêtés en Haute-Marne et 15 décédés 

CHAUVOT Louis (Fontaine-Française, Côte-d'Or, 17 août 1921 - Buchenwald 20 mai 1943). Domicilié à Dommarien où ses parents tiennent une écluse. Ouvrier agricole. Travailleur en Allemagne. Conduit à Buchenwald le 23 janvier 1943 par la Stapo de Düsseldorf. Matricule 15 506. Décédé au camp.
LAPOIRE Joseph (Hayange, Moselle, 14 novembre 1893). Marié et père de quatre enfants. Domicilié à Thonnance-lès-Joinville. Ouvrier à l’usine de Bussy. Arrêté le 22 ou 23 juin 1941. Interné à Compiègne. Déporté le 24 janvier 1943 à Sachsenhausen. Rentré.
SAVARY Georges (Hem-Manacu, Somme, 4 août 1914). Militant communiste, employé SNCF. Domicilié à Saint-Dizier où il s’est marié en 1932. Père de famille. Arrêté le 12 août 1941 à Saint-Dizier. Déporté le 24 janvier 1943 à Sachsenhausen. Rentré (il pèse 33 kg à son retour), élu municipal. Décédé à Saint-Dizier en 2002.
HAGUENAUER Nicole (Bar-le-Duc 4 novembre 1925 - Auschwitz). Fille d’un chirurgien dentiste. Domiciliée à Neufchâteau puis Chaumont (1937). Elève au lycée. Quitte Chaumont le 5 juillet 1942 pour rejoindre la zone libre. Arrêtée le 6 juillet 1942 dans la région de Chalon-sur-Saône. Emprisonnée à Chalon, à Dijon. Internée à Drancy. Déportée le 13 février 1943 à Auschwitz (convoi 48).
HAGUENAUER Yvonne (Strasbourg, Bas-Rhin, 29 novembre 1919). Soeur de la précédente. Institutrice en Côte-d’Or en septembre 1939. Quitte Chaumont le 5 juillet 1942 pour rejoindre la zone libre. Arrêtée le 6 juillet 1942 dans la région de Chalon-sur-Saône. Emprisonnée à Chalon, à Dijon. Internée à Drancy. Déportée le 13 février 1943 à Auschwitz (convoi 48).
ANTOINE Georges (Soussey, Côte-d’Or, 1908). Frère d’Abel Antoine. Charbonnier à Blessonville. Arrêté le 17 décembre 1942 en forêt à Montribourg. Déporté le 25 février 1943 à Hinzert. Evadé et caché avec son frère.
SIMON Julien (en Roumanie 16 mai 1880 – Sobibor). Célibataire. Electricien, domicilié à Saint-Dizier. Arrêté le 19 janvier 1943 pour infraction au port de l’étoile jaune. Emprisonné à Châlons. Interné à Drancy. Déporté le 25 mars 1943 à Sobibor (convoi 53).
GROSSE Alfred (Marange, Moselle, 8 mars 1913). Marié. Domicilié à Chaumont où il est boulanger. Arrêté fin janvier 1943. Interné à Compiègne. Déporté le 16 avril 1943 à Mauthausen. Transféré à Dora. Décédé à Algrange en 1987.
GUILLOT Paul (Norroy-sur-Vair, Vosges, 8 octobre 1908). Mécanicien, domicilié à Saint-Dizier, rue de l’Aune. Marié, père de cinq enfants. Arrêté à Saint-Dizier en décembre 1942 pour vol. Déporté le 16 avril 1943 à Buchenwald (matricule 31 679). A Mauthausen le 20 novembre 1943. Transféré à Bergen-Belsen le 8 avril 1944. Disparu. Sources complémentaires : Livre des 9 000 déportés de France à Dora ; Arolsen.
KREMER Léon (Nancy, Meurthe-et-Moselle, 7 novembre 1907 – Mauthausen 13 mars 1945). Marié, père de famille. Domicilié à Thonnance-lès-Joinville. Mouleur à l’usine de Bussy. Arrêté le 25 février 1943 pour « refus d’aller travailler en Allemagne ». Interné à Compiègne. Déporté le 16 avril 1943 à Mauthausen. Décédé.
PRZEZDZICH Martin (Ginza, Pologne, 24 avril 1895 – Schlier 13 décembre 1943). Naturalisé français en 1928. Marié, père de cinq enfants. Manoeuvre, domicilié à Villiers-en-Lieu. Arrêté le 25 février 1943 à Villiers-en-Lieu. Détenu au commissariat de Saint-Dizier. Interné à Compiègne. Déporté le 16 avril 1943 à Mauthausen (matricule 26 901).
RASPADO Marcel (Dieue, Meuse, 26 novembre 1906). Marié, père de famille. Domicilié à Thonnance-lès-Joinville. Salarié de l’usine de Bussy. Arrêté le 25 février 1943 pour « refus d’aller travailler en Allemagne ». Emprisonné à Chaumont. Interné à Compiègne. Déporté le 16 avril 1943 à Mauthausen (matricule 26 839). Rentré.
THIRION Emile (Nancy, Meurthe-et-Moselle, 30 avril 1896). Marié, père de quatre enfants. Cafetier à Bourbonne. Arrêté le 12 janvier 1943 à Bourbonne par des feldgendarmes. Emprisonné à Chaumont. Interné à Compiègne. Déporté le 16 avril 1943 à Mauthausen (matricule 26 707). Affecté au kommando de Gusen. Rentré.
HILSENKOPF Camille (Tronville-en-Barrois, Meuse, 11 mai 1903). Domicilié à Saint-Dizier. Arrêté le 22 mars 1943 à la frontière franco-espagnole. Interné à Compiègne. Déporté le 28 avril 1943 à Sachsenhausen-Oranienburg. Rentré.
LENFANT Robert (Paris 24 mai 1918). Originaire de Saint-Dizier ou d’Ancerville-Güe. Interné à Compiègne. Déporté le 28 avril 1943 à Sachsenhausen. Rentré. Décédé à Tronville-en-Barrois en 1974.
BENAY Charles (Piperskirch, Moselle, 9 août 1898). Du recrutement de Chaumont. Célibataire. Electricien à l’entreprise Tardieu à Saint-Dizier. Déclare avoir réalisé un sabotage de câble téléphonique du canal de Wassy vers le 9 août 1942. Convoqué le 22 (ou 23) février 1943 à la feldgendarmerie de Saint-Dizier et arrêté à la suite de l’affaire Tisserand. Incarcéré dans les locaux de la gendarmerie française de Saint-Dizier. Transféré le 26 février 1943 à la maison d’arrêt du Val-Barizien, puis le 17 mars à Châlons-sur-Marne, enfin le 29 avril à Compiègne. Déporté le 8 mai 1943 à Oranienburg. Domicilié à Perthes.
VARNIER Marcel (Paris 7 mars 1904). Marié, père de famille. Employé à la Ville de Saint-Dizier où il réside au 5, rue des Bragards. Arrêté le 23 février 1943 pour « communisme et détention d’armes ». Déporté le 8 mai 1943 à Oranienburg (matricule 67 187). Transféré le 10 juillet 1944 à Buchenwald (matricule 61 260). Rentré.
BOULOMMIER Alexis (Saint-Marc-sur-Seine, Côte-d’Or, 2 octobre 1910). Employé SNCF. Domicilié à Langres. Arrêté le 2 avril 1942 pour « propos anti-allemands ». Condamné à trois ans de prison. Dirigé le 17 mai 1943 sur plusieurs prisons allemandes, notamment Fribourg et Landsberg. Rentré.
SCHLESINGER Nicolas (en Hongrie 27 juin 1907). Domicilié à Saint-Dizier. Arrêté le 27 février 1943 pour marché noir. Déporté le 23 juin 1943 à Auschwitz (convoi 55). Décédé en déportation.
FLIECX Michel (Metz, Moselle, 25 mars 1924). Fils d’un lieutenant-colonel du 21e RI en poste à Chaumont en 1937-1939. Etudiant. Domicilié à Chaumont (sa famille réside ensuite à Evreux) lorsqu’il part le 17 octobre 1940 pour rejoindre la France libre. Parvenu en Afrique du nord, puis revenu en France en mai 1941. Membre du réseau Vengeance. Arrêté le 22 avril 1943 près de la frontière espagnole par des douaniers allemands. Emprisonné au Fort du Hâ à Bordeaux. Interné à Compiègne. Déporté le 25 juin 1943 à Buchenwald (matricule 14 234). Transféré à Dora, à Bergen Belsen. Libéré. Auteur d’un témoignage paru après la guerre. Décédé en 2007.
HERMANN Gaston (Epinal, Vosges, 30 juin 1885 – Auschwitz 5 août 1943). Ancien combattant 14-18. Etabli en 1918 à Chaumont comme marchand de chaussures. Arrêté à son magasin le 30 juillet 1942 pour infraction à la réglementation sur le port de l’étoile jaune. Emprisonné au Val Barizien. Transféré le 23 septembre 1942 à Drancy. Déporté le 31 juillet 1943 à Auschwitz (convoi 58).
TOURON Georgette (Rochefort, Charente-Maritime, 19 octobre 1903). Epouse Varnier. Arrêtée par les feldgendarmes à Saint-Dizier le 19 mars 1943. Emprisonnée à Chaumont, puis à Laon, puis au fort de Romainville. Déportée le 23 août 1943 à Ravensbrück (matricule 22 466). Reconnue en 2001 morte en déportation.
BAVEREL Claude Robert (Orchamps-Vennes, Doubs, 9 février 1922). Domicilié à Ageville. Réfractaire au STO. Arrêté dans les Hautes-Pyrénées le 16 juin 1943 en voulant passer en Espagne. Emprisonné à Tarbes puis à Toulouse. Transféré à Compiègne le 30 juin 1943. Déporté le 3 septembre 1943 à Mauthausen. Grièvement blessé à la jambe en voulant s’évader du train près de Châlons-sur-Marne. Hospitalisé à Saint-Memmie où il est amputé. Emprisonné à Châlons jusqu’à la libération de la ville. Etabli à Chaumont. Membre de la Légion d’honneur. Décédé en 2014.
GAUDRY Albert (Saint-Antonin-sur-Bayon, Bouches-du-Rhône, 8 juin 1903). Marié et père de deux enfants. Masseur médical à Chaumont où il est domicilié au 8, rue Jean-Jaurès. Dirigeant sportif. Arrêté le 14 mai 1943 par la Sipo-SD de Chaumont sur dénonciation (il écoutait régulièrement la radio anglaise). Emprisonné au Val-Barizien puis à Châlons. Interné à Compiègne. Déporté le 3 septembre 1943 à Buchenwald. Evadé à Peltre (Moselle) au cours du transport. Rejoindra la Résistance de Saône-et-Loire.
TALBOT Jacques (Paris 5 décembre 1926 – Lublin 1944). Orphelin, domicilié à Chaumont. Manoeuvre à la Feldpost de Chaumont. Arrêté le 6 février 1943 par la feldgendarmerie. Emprisonné au Val-Barizien puis à Châlons. Interné à Compiègne. Déporté le 3 septembre 1943 à Buchenwald. Transféré à Dora puis à Lublin où il disparaît (il est porté décédé le 31 mars 1944).
ROSSIGNOT Auguste (Paris 4 octobre 1902). Commerçant à Saint-Dizier. Membre d’un réseau de renseignement. Arrêté dans son magasin avec son épouse le 20 mars 1943 par la Sipo-SD. Emprisonné à Châlons. Transféré à Paris. Emprisonné à Fresnes. Déporté le 13 septembre 1943 vers Sarrebrück (Neue-Bremm). Transféré à Buchenwald, à Dora, à Bergen-Belsen. Rentré.
BERNAND Marcel (Dijon 3 mars 1916). Célibataire. Ouvrier à l’usine de Froncles. Domicilié à Froncles. Arrêté le 6 janvier 1942 par les gendarmes de Vignory pour diffusion de tracts anti allemands. Emprisonné à Chaumont  puis à Dijon. Condamné le 24 janvier 1942 par la cour d’appel de Dijon à six mois de prison. Interné à Clairvaux. Transféré à Compiègne. Déporté le 17 septembre 1943 à Buchenwald (matricule 21 017) sous le nom de Marcel Toulouse. Affecté au kommando de Weimar puis au camp central. Rentré. Décédé à Chaumont en 2011.
LEVY Maurice (Homécourt, Meurthe-et-Moselle, 16 janvier 1913 – Auschwitz 25 novembre 1943). Fils de négociants de Chaumont. Lieutenant au 21e RI de Chaumont en 1940. Arrêté par les Allemands à Vichy le 16 novembre 1943. Interné à Drancy. Déporté le 20 novembre 1943 à Auschwitz (convoi 62). Son frère Roger fut Compagnon de la Libération.
STERNBERG Camille (Paris 10 novembre 1882 – Auschwitz). Epouse de René Simon. Domiciliée à Chaumont. Réfugiée en Savoie. Arrêtée à Chambéry le 10 octobre 1943. Internée à Drancy. Déportée le 20 novembre 1943 à Auschwitz (convoi 62).
LEVY Laure (Strasbourg 20 juin 1884 – Auschwitz). Epouse Goldenberg. Domiciliée à Vraincourt, en 1942. Arrêtée. Déportée le 7 décembre 1943 à Auschwitz (convoi 64).
BEAU André (Marans, Charente-Maritime, 8 janvier 1921 – Bergen-Belsen 11 février 1945). Domicilié 21, rue de la Malterie, à Saint-Dizier. Père d’une fille (en 1938). Arrêté, emprisonné à Chaumont, il est condamné à deux ans de prison par le tribunal militaire allemand en octobre 1940. Interné à Clairvaux. Libéré, travaille à La Guerche (Cher) à partir de novembre 1942. FTP dans ce secteur. Arrêté le 1er février 1943 pour distribution de tracts. Ecroué à Bourges. Interné à Compiègne. Déporté le 15 octobre 1943 à Hinzert, Breslau, Bergen-Belsen. Source complémentaire : AD51, 1623 W 15. 

Arrêtés en Haute-Marne : 5 ou 6
EYMARD Paul (Aiguille 1917). Arrêté dans le train à Joinville le 14 février 1943 comme réfractaire. Emprisonné au Val-Barizien. Interné à Compiègne. Déporté le 16 avril 1943 à Mauthausen, puis à Gusen, puis à Auschwitz. Rentré.
SOUCHE Jean (Chasse-sur-Rhône 1917). Arrêté dans le train à Joinville le 14 février 1943. Déporté le 16 avril 1943 à Mauthausen. Mort à Gusen le 20 avril 1945.
LAVEAU Edouard (Lyon 1909). Travailleur en Allemagne. Arrêté dans le train à Joinville le 14 février 1943. Déporté à Mauthausen (matricule 26 642).
IWANSKI Adam (Pologne 1903). Marié. Domicilié à Saint-Dié. Mécanicien automobile. Arrêté le 5 mars 1943 (à Saint-Dié, selon les Archives Arolsen). Déporté le 20 avril 1943 à Mauthausen (matricule 116 846). Transféré à Buchenwald, Gusen. Serait décédé le 5 avril 1945 à Mauthausen selon le SHD. Une parente, Berthe Yvanski, habite à Hortes en 1944.
GAGA Edmond (Rosières-aux-Salines, Meurthe-et-Moselle, 18 octobre 1896). Arrêté le 10 septembre 1942 à Longeau - où il venait d’arriver - sur demande de la police judiciaire de Nancy. Emprisonné à Nancy. Interné à Compiègne. Déporté le 28 avril 1943 à Sachsenhausen puis à Dachau. Rentré.
THEVENIN Pierre (Paris 1922). Sa famille réside dans la Nièvre. Monteur. Domicilié au hameau de Jagey. Arrêté à Ceffonds le 23 juillet 1943 pour abandon de l’organisation Todt. Emprisonné à Chaumont, à Châlons. Interné à Compiègne. Déporté le 17 septembre 1943 à Buchenwald (matricule 21 350). Rentré

Arrestations en 1943

Janvier 1943 : Louis Brulin (Annonville), Sylvio et Almerino Bassora (Chancenay), Marcel Desfètes (Bettancourt), Emile Thirion et Joseph Cauler (Bourbonne), Jules Giudice (Annéville), commissaire Armand Charrier (Chaumont), Roger Perrin (Dampierre), Julien Simon (Saint-Dizier), Gabriel Lallement (Courcelles-sur-Blaise), Marius Bocquenet (Wassy). 

Février 1943 : Marcel Le Mouel (à Saint-Dizier), Joseph Siegler (à Culmont), Jacques Talbot (Chaumont), Roger Kittler (Torcenay) ; Lucien Georges, René Aubertin et Edmond Martin (Sommevoire) ; Albert Deruffe et Victor Henn (Saint-Dizier) ; Pierre Mougeot, Maurice Martin et Robert Toussenel (Chaumont), James Paillot (Sommevoire) ; Jean Souche, Edmond Laveau et Paul Aymard (à Joinville) ; Nicolas Schlesinger (Saint-Dizier), Emile et Marcel Briot (Rachecourt) ; Georges et Lucienne Tisserand, Charles Benay et Marcel Varnier (Saint-Dizier) ; Ida Rizaucourt (Chaumont) ; Albert Bernardin, Léon Kremer, François Kuntz, Pierre Mouillet et Marcel Raspado (Bussy) ; Martin Przezdzich (Saint-Dizier), Marcel Desnouveaux (Lachapelle-en-Blaisy), Georges Noël (Roches-sur-Marne). 

Mars 1943 : André Leveau (Langres), Roger Gillet (Brethenay), Adam Iwanski (Hortes), Henri Petit (Chatoillenot), Jean Mouriot (Chaumont) ; Maurice Henri et Paul Baillache (Villiers-le-Sec) ; Germain Beaumet (Chamouilley) ; Alfred Monne, Jean-Louis Hausmann, Raymond Drosne, Gaston Frédéric et Edouard Rollin (Saint-Dizier) ; Marthe Bertrand (Chaumont), Paul Vaillon (Langres), Raymond Cherrey (Jorquenay), Antoine Banak et Bernard Voirin (Champigny-lès-Langres), Henri Hutinet (Bannes) ; René Maire, Gaston Party et Désiré Richard (Peigney) ; Auguste Rossignot et son épouse (Saint-Dizier), Camille Hilsenkopf (Saint-Dizier), Clotilde et Louis Bourniquez (Pressigny) ; Roger Collard, Gustave Sauvage, Roger Lamarche, Jean Semer et Marcel Mangin (Chaumont) ; Louis Hennequiere (Villiers-le-Sec). 

Avril 1943 : Jean Daville (Saint-Dizier), Roger Adam (Joinville), Paul Aubert (Maranville), Benoît Vuillot (Brethenay), Georges Deblaise et Jeanne Cornetet (Chaumont), Germaine Aubert (Saint Dizier).

Mai 1943 : Georges Curtinot (Joinville), Fernand Thomas (Langres), Toussaint Dezanniaud (à Langres), Louis et Roger Clément (Echenay), Albert Gaudry (Saint-Dizier), Gustave Breteinstein (Saint-Dizier), Albert Reczo (Chaumont), Jean Nowack (Perrusse), Aubin Mauperin (Saint-Dizier) ; Raymond Chalavon et Henri Noël (à Chaumont) ; Henri Laborde (Chaumont) ; Paul Goguey ; Joseph et Lina Cousin (Chaumont), Auguste Marlin et André Laage (Langres). 

Juin 1943 : Paul Baillache (Villiers-le-Sec), Adrien Guidicelli (Langres), Louis Régnier (Chaumont), Grepinet (Langres), Fernand Millot (Chaumont), Marie-Louise Régnier (Chaumont). 

Juillet 1943 : Jules Arnoult (Bourbonne), Emile Thivet (Lafauche), Pierre Thévenin (à Ceffonds), Messin Senegou (Saint-Dizier). 

Août 1943 : Robert Pillon (Illoud), Charly Piquerez (Joinville), Suzanne Vauthrin (Chaumont), Paul Percheron (Montier-en-Der), Simone Alleaume (Vesaignes-sur-Marne). 

Septembre 1943 : Robert et Marcel Lepoix (Wassy), Santino Sossi (Echenay), Charles Hourriez (Chaumont), Gaston Huet (Chaumont), Albert Plastrier (Chaumont), Ferdinand Cazy (Saint-Dizier), Maurice Thierry, Roger Rocipon (à Saint-Dizier), Georges Stocker (Thonnance-lès-Joinville), Bernard et Charles Wittwer (Parnot), Charles Métivier, Aloise Beltzung (Clinchamp), Gabriel Piot (Pouilly), Jean Breger (Genrupt), René Laudet (Coiffy-le-Haut), André Cornevin, Gabriel Chevallier (Villars-Saint-Marcellin), Ernest et Louis Chapeaux (Velles), Clément Labache (Vaux-la Douce), Auguste Pierre (Damrémont). 

Octobre 1943 : Paul Colin (Graffigny-Chemin) ; abbé Paul Masson, René Parizot, Léopold Perrier, François Peigne et Robert Bailly (Vaux-sur-Blaise) ; Roger et Jean Vigneron (Brottes) ; Marcel Meuret (Brottes) ; Louis Noël (Brottes) ; Roger Carle (à Brottes) ; Marius Véchambre et Fernand Moreau (Langres) ; Pierre Gauthier (Goncourt) ; Marcel Morain et Martin Schneider (Hortes) ; André Bournot (Marcilly) ; abbé Emile Darbot (Plesnoy) ; René Dassonville, Maurice Pillon, Jean Deschamps, Pierre Doncarli, Marius Martin, Fernand Wiszner, Henri Weil et André Ballée (Chaumont) ; Henri Braibant (Nogent) ; Charles Duffait et Raymond Descharmes (Bourmont) ; Jean-Marie Bourlier (Torcenay) ; Charles Maitret (Langres) ; Roger Duigou (Graffigny-Chemin) ; Emile Mantelet ; René Maydier. 

Novembre 1943 : Georges Chemin, Guy Rémy, Jacques et James Alemany (Chaumont) ; Maurice Lévy et Marcel Symonski (Laville-au-Bois) ; Robert Gobinot (Brottes) ; Christian Collinet et Roger Vidal (Rennepont) ; Jean et Jacques Huvig, Pierre Chaussin (Varennes) ; René Mille, Gustave et Maurice Girault, Yvan Zadcek et René Jourdenet (Orbigny-au-Val) ; Marius Lefranc (Thonnance lès-Joinville) ; Maurice Annequin (Joinville) ; Charles Roblin (Hortes) ; Louis Berthet (Saint Dizier) ; Marcel Guillemy et Victor Lesieux (Chaumont) ; Georges Lasalle (Marnaval) ; Jacques Hubert (Humbécourt). 

Décembre 1943 : Marcel Allart (Bourbonne) ; Albert Henry (Saint-Dizier) ; Marcel Bourgeois (à Saint-Dizier) ; René Champion et Yves Valton (Nogent) ; Jean Martin (Neuilly-l’Evêque) ; Léon Lepoix (Montier-en-Der) ; Charles et Gustave Collard, Joseph Grieu (Latrecey) ; Jean Pozzi (Nogent) ; Pierre Seurot (Neuilly-l’Evêque) ; Marcel Rémy (Ozières) ; Pierre Piquée et Germain Maitrot (Serqueux) ; Yvonne Grauel (Chaumont) ; Lucien Feninger (Semoutiers) ; Albert Gordreau (Saint-Dizier) ; Gaston Demandre et Jean Chefdeville (Wassy) ; Michel Renaud (ou Renard), Yvon Petit, Gilbert et Raymond Monvoisin, Albert Ménétrier, Jean Grapinet et Tupillio Villani (Saint Dizier) ; James Vega (Thonnance-lès-Joinville) ; Jules Simonnin (Bailly-aux-Forges) ; François Frey (Arc-en-Barrois) ; François Hunet (à Arc-en-Barrois) ; Fernand Fontaine et Eugène Ritzenthaler (Saint-Dizier) ; Guy Le Devedec et René Léotier (Chaumont) ; Georges Lagrange et Gaston Michel (Chalindrey) ; André Bourgeois (Torcenay) ; André Grandmanche (Culmont) ; Raymond Rougeaux (Chaumont). 

Fusillé : 1 (Raymond Chalavon, condamné à mort, exécuté le 5 août 1943 à La Vendue).

jeudi 28 mai 2026

Une histoire du maquis Garnier (Mathons)

La stèle en forêt près de Mathons. (Photo L. Fontaine)


 La trilogie "La Résistance en Haute-Marne"* a consacré un chapitre au maquis de Mathons. Cette formation du mouvement Front national (FN), proche du Parti communiste, est restée dans l'histoire de l'occupation de la Haute-Marne pour avoir déploré la mort de quatre maquisards le 10 août 1944. Le chapitre en question s'appuyait sur le rapport d'activité du secteur FN de Wassy rédigé par Gilbert Thiéblemont. Mais cette relation était incomplète puisque l'intéressé, inspecteur de police, se trouvait en poste hors de la Haute-Marne durant une grande partie de l'histoire du groupe. Voici donc une évocation documentée de ce maquis, basée sur l'exploitation d'archives conservées à Dijon, Reims et Chaumont.

    Le maquis Garnier voit le jour effectivement dans la première quinzaine de juin 1944 à Sauvage-Magny, dans l'ancien canton de Montier-en-Der. Son nom de baptême vient vraisemblablement des frères Luce et Roland Garnier, jeunes FTP chaumontais membres du groupe Corse fusillés le 18 mars 1944. Selon Gilbert Thiéblemont, animateur d'un groupe FN dans le secteur de Wassy, ce maquis est créé avant le 6 juin 1944. Pour Gabriel Gérardin, référent FN de la commune de Sauvage-Magny, il s'agit plutôt de la date du 12 juin 1944.

    Agé de 29 ans, Georges Debert, de Bailly-aux-Forges, prend le commandement de ce groupe. Il se compose au total de dix hommes : Roger Debert, son frère, François Pierre, Julien Chevelle (Vaux-sur-Blaise), Etienne Lambert (Vaux-sur-Blaise), Gabriel Sanrey (garde forestier à Robert-Magny), Raoul Picart, ainsi que "le filleul du général Koenig" et deux volontaires de Vaux-sur-Blaise dont Georges Debert ne se rappelle plus des noms.

    Le maquis Garnier est, avec le maquis Mauguet, l'un des deux groupes FN formant une section (le 1er détachement) commandée par le lieutenant Raymond Krugell, dit Jean, officier de réserve évadé d'un train de déportation. Selon Gabriel Géradin, Garnier était destiné à être renforcé par 30 hommes de la police de Saint-Dizier - ce ne sera pas le cas. Quant à Mauguet, il s'implante à la mi-juin 1944 à Longeville-sur-la-Laines, à 7 km de Sauvage-Magny. C'est le lieutenant Krugell qui transmet les ordres, à savoir notamment venir en aide aux aviateurs alliés réfugiés dans la région. De son côté, Gilbert Thiéblemont a quitté la région, ayant été muté à Epernay (Marne).

Des réquisitions, des exécutions, quelques sabotages   

    Jusqu'à la mi-juillet 1944, on sait peu de choses sur le quotidien d'un groupe dont les résistants Raoul Laurent, Emmanuel de Grouchy, Louis Georges désapprouveront plus tard la nature des actions et les imprudences. Au 30 juin 1944, il comptait onze hommes, selon le lieutenant Krugell. Le 14 juillet 1944, des éléments des deux groupes Mauguet et Garnier mènent une opération contre un homme soupçonné de collaboration à Soulaines-Dhuys (Aube). Au cours de l'échange de tirs, Georges Debert est blessé à la main gauche. Il se rend chez Gabriel Gérardin où il est soigné par le Dr Bernard Bercovici, de Montier-en-Der, puis il gagne la ferme de Maurupt où le Dr Frédéric Benoît, de Wassy, lui prodigue des soins. Debert reste cinq jours dans la ferme avant de rejoindre ses hommes. Entre-temps, le 16 juillet 1944, le détachement FN a arrêté à Sommevoire un apôtre de la collaboration franco-allemande, le journaliste Gilbert Cordier, condamné à mort et exécuté.

    Fin juillet 1944, le maquis Garnier s'étoffe avec deux nouvelles recrues : les Aubois Roland Truchy et Marcel Patout, transfuges des Commandos M qui venaient d'attaquer un convoi allemand. A ce moment, le groupe quitte Sauvage-Magny pour les bois entre Sommevoire et Bailly-aux-Forges. Ce mouvement est peut-être à relier avec le décrochage du maquis Mauguet qui venait d'être encerclé en forêt du Der le 27 juillet 1944.

    Depuis plusieurs jours, le groupe se livre en particulier à des réquisitions de véhicules et de ravitaillement : une Peugeot 202 le 23 juillet 1944, une Traction à Laneuville-à-Rémy le 24 juillet, une Citroën et du tabac à Wassy le 29 juillet. Il procède également à des arrestations de suspects (par exemple à Mertrud le 31 juillet).

    C'est vraisemblablement le 30 ou le 31 juillet 1944 que le groupe, qui a dû déménager, s'implante dans le canton de Joinville : en forêt près de Mathons, au lieu-dit Chalet des Gaudes. Selon Georges Debert, c'est le lieutenant de gendarmerie Maitrier, commandant la section de Saint-Dizier, qui aurait demandé à un habitant de Bailly-aux-Forges, Simonnin, de prévenir le groupe de quitter ce secteur, où ses sorties nocturnes ne passent pas inaperçues**.  D'où le déplacement à Mathons - pour une raison précise que nous ignorons (pendant ce temps, le maquis Mauguet s'est réfugié à la ferme du Pré Godot près de Longeville-sur-la-Laines, avant de se porter le 4 août 1944 en forêt de Morley, dans la Meuse). A Mathons, le ravitaillement des maquisards est assuré par la ferme des Bonshommes, séparée de la forêt par une route. 

    De retour d'Epernay pour convalescence, l'inspecteur Thiéblemont apprend ce mouvement le 1er août 1944. Ayant eu vent d'imprudences, il rencontre Georges Debert avec son frère Marius le 2 août 1944 pour lui donner l'ordre de quitter Mathons dans les 48 heures.

    Mais le groupe ne bouge pas et, sur ordre du même Thiéblemont (selon Debert), il entreprend, dans la nuit du 5 au 6 août 1944, un sabotage sur la voie ferrée près de Joinville, tandis qu'un autre était réalisé par le groupe OCM de Magneux - ces sabotages ont été effectués sur les territoires de Sommancourt et de Rachecourt-sur-Marne. Le 6 août 1944, des arrestations sont opérées par les feldgendarmes à Magneux, ce qui amène Roger Varinot et Roger Borde, membres du groupe local, à rejoindre le lendemain le maquis Garnier. Ce même 7 août 1944, Debert et Truchy se rendent à Margerie-Hancourt (Marne) chez le vicomte François de La Hamayde qui leur remet des explosifs, des cartouches de revolver, et qui leur confie des aviateurs alliés ainsi que deux prisonniers russes. Puis dans la nuit du 7 au 8, le groupe participe au parachutage sur le terrain BOA Toboggan près de Voilllecomte.

La fin d'un maquis 

   Vraisemblablement le 9 août 1944, deux agents de la Sipo-SD de Chaumont, l'Alsacien Charles Sigrist et le sous-officier Gunther, s'arrêtent à Joinville. Ils ont reçu l'ordre de leur chef Aloïs Koch d'aller rencontrer la patronne de l'Hôtel du Nord, Anna Fourrier, qui avait des renseignements à leur communiquer. Selon Sigrist, la commerçante les a informés que des maquisards se trouvaient en forêt de Mathons. Ils ont été vus par des clients qui cherchaient des framboises. Elle précise aussi que le propriétaire de la ferme des Bonshommes, Georges Douillot, a été vu passer devant l'hôtel avec un jeune homme ayant le bras bandé - Lucien Fourmault***- qu'il conduisait chez le médecin. Elle a encore apporté à Charles Sigrist des indications lui permettant de localiser le camp. Charles Sigrist assure toutefois qu'il a porté de fausses indications sur ce plan. Le soir du 9 août 1944, de retour sur Chaumont, les deux agents croisent un convoi de troupes montant sur Joinville.

    Dans la nuit du 9 au 10 août 1944, des éléments du maquis Garnier procèdent à la prise de 10 000 litres d'essence en gare de Chavanges (Aube). A ce moment, les Allemands investissent la région. Georges Debert avance des effectifs de 2 000 soldats venus de Chaumont et Saint-Dizier. Beaucoup plus mesuré, le lieutenant de gendarmerie Maitrier indique, dans son rapport du 12 août 1944, l'engagement d'une centaine de militaires. Un réfugié de Joinville, René Rousselot, précise avoir été réveillé à 5 h du matin par l'arrivée des Allemands.

 Pour échapper à la nasse, Debert forme trois groupes : un de onze hommes commandé par Gabriel Sanrey (ils ne sont pas armés, et parmi eux figurent les sept aviateurs alliés), deux autres d'une dizaine d'hommes sous les ordres de François Pierre et Roger Borde. Soit une trentaine de maquisards présents ce jour-là au camp. Tous doivent se retrouver à Dommartin-le-Franc.

    Debert, qui est notamment accompagné d'Henri Job (de Mertrud), parvient à rejoindre les bois de Bailly-aux-Forges, mais faute de liaisons (Gilbert Thiéblemont est absent, le lieutenant Krugell a rejoint un maquis canadien dans l'Aube, Gérardin a cessé toute activité), il part s'installer à Outines (Marne). Roger Borde, Roger Varinot, André Hacquin parviennent également à échapper à l'encerclement. Tous trois iront servir au sein du 1er groupe du groupement de Wassy, tandis que leurs huit camarades gagnent également l'Aube. Quant au groupe Sanrey, il est arrêté au cours de son repli : les aviateurs sont conduits à Chaumont, quatre maquisards (Gabriel Sanrey, René Jakubas, de Montier-en-Der, Serge Kervaire, de Montreuil-sur-Blaise, et Maurice Launois, de Mertrud) sont exécutés. Leurs corps seront retrouvés à proximité du chemin reliant Mathons à Charmes-en-l'Angle.

    Outre ces quatre exécutions, l'ennemi commet un autre forfait, dans l'après-midi : l'incendie de la ferme des Bonshommes. Georges Douillot mettra en cause la Feldgendarmerie de Saint-Dizier dans cet acte. René Rousselot se souvient notamment du feldwebel François (ou Aloïs) Haas qui a giflé un maquisard capturé. Arrêtés, Georges Douillot et son épouse Renée sont conduits à Chaumont. Ils apprendront, à leur retour le 23 août 1944, que leur jeune fils Bernard, 10 ans, a été tué près de la ferme le 11 août 1944 par des soldats ennemis revenus sur les lieux de leur crime.

L'heure du châtiment

    Dans le secteur d'Outines où il s'est d'abord porté, Georges Debert fait arrêter deux hommes désignés comme "terroristes", Gaston Schlick et Lenfant, qui sont exécutés et dont les corps sont retrouvés les 18 et 19 août 1944. Ayant pris contact à Nogent-sur-Aube avec le capitaine Maurice Dupont (Yvan) et le lieutenant Lopez (Beaublond), Georges Debert s'intègre aux Commandos M. Il se porte sur Donnement (Aube) et fusille un marchand de bestiaux de Saint-Rémy-en-Bouzemont (Marne) accusé d'avoir dénoncé des aviateurs. Il se rend ensuite à Avant-lès-Ramerupt puis Nogent-sur-Aube. Nommé lieutenant, il assure avec 150 hommes la défense de Coclois. Après ces opérations, il est incorporé dans le Bataillon Mermoz (futur III/106e RI), mais, victime d'une tentative de meurtre en novembre 1944, il est blessé et hospitalisé. La justice s'intéresse à lui, notamment parce qu'il a appartenu à l'association des Amis de LVF - rejointe sur ordre de Gilbert Thiéblemont, assure-t-il. Il bénéficiera finalement d'un non-lieu en 1946. 

    Quant aux dénonciateurs du maquis, ils sont traduits en février et mars 1946 devant la cour de justice de la Haute-Marne siégeant à Dijon. Anna Fourrier est condamnée à mort mais ne sera pas exécutée. Trois autres personnes familières de son établissement (fille, employée, cliente) sont condamnées à des peines de travaux forcés.

Sources principales : Archives départementales de la Côte-d'Or, dossiers de la cour de justice de la Haute-Marne, 29 U 111 et 29 U 48 - Archives départementales de la Marne, archives du service régional de recherche sur les crimes de guerre, 163 W 3171 - archives de la famille Leblanc. 

* Tome 2 paru en 1983 aux éditions Dominique-Guéniot.

** Une autre tentative d'appel à la prudence est effectuée par Paul Percheron. Cf à ce sujet : FONTAINE Lionel, GROSSETETE André, SIMONNET Marie-Claude, Résistance, répression, libération de la Haute-Marne, éditions Dominique-Guéniot, 2007.

*** Mort ultérieurement au combat dans l'Aube.

Membres du maquis Garnier

Roger Bordes, Julien Chevelle (Vaux-sur-Blaise), Georges Debert (Bailly-aux-Forges), Roger Debert (Bailly-aux-Forges), Lucien Fourmault (Brousseval), André Hacquin (Magneux), Louis Henri, René Jakubas (Montier-en-Der), Henri Job (Mertrud), Serge Kervaire (Montreuil-sur-Blaise), Etienne Lambert (Vaux-sur-Blaise), Maurice Launois (Mertrud), Marcel Patout, Raoul Picart, François Pierre, Christian Remy (Wassy), Henri Robert (Pont-Varin), Gabriel Sanrey (Robert-Magny), Roland Truchy (Ceffonds), Roger Varinot (Magneux).

Membres probables du maquis : Besançon (Hampigny), Lalouette (Vaux-sur-Blaise), Bernard Mille (Joinville), Edouard Wietcoviak, Paul Entzminger (Sommancourt), Roger Esminger (Sommancourt), Georges Godard (Sommancourt).

mardi 5 mai 2026

L'été 1944 dans la région de Saint-Dizier d'après les archives



7 juin 1944 : plusieurs bombes tombent sur l'aérodrome de Robinson ; à cette date, 30 détenus de Clairvaux employés dans les carrières de Savonnières-en-Perthois se sont évadés lors du transport entre Ancerville et Saint-Dizier. Ils faisaient partie des 400 prisonniers arrivés le 24 mars 1944 à Saint-Dizier et logés à l'école Michelet.

8 juin 1944 : 5 gardiens de la paix de Saint-Dizier abandonnent leur poste ; trois habitants d'Andernay (Meuse) sont arrêtés par des feldgendarmes de Saint-Dizier. Ils envisageaient de se rendre dans un maquis de l'Aube (l'un d'eux, Maurice Aubry, 18 ans, meurt à Neuengamme).

12 juin 1944 : arrestation par les Allemands d'Henri Ragot, secrétaire de général de la mairie, et de Lucien Remy, directeur des Etablissements Remy-Mallet.

13 juin 1944 : départ des détenus de Clairvaux. A la date du 29 juin 1944, 178 de leurs camarades se sont évadés.

15 juin 1944 : distribution de tracts du FN en ville ; arrestation de René Rollin, maire de Saint-Dizier. Avec Henri Ragot et Lucien Remy, il est interné à Compiègne puis déporté le 15 juillet 1944 comme "personnalité otage".

23 juin 1944 : transfert à Drancy depuis la prison militaire allemande de Châlons du juif allemand Kurt Hecht, 20 ans, domicilié à Saint-Dizier.

Nuit du 9 au 10 juillet 1944 : évasion de deux détenus qui étaient gardés, sur ordre des autorités allemandes, dans les locaux du commissariat, "après avoir démonté les barres de fer des cellules".

11 juillet 1944 : annonce de la mort, par des résistants, d'Albert Merle, président du Cosi, et de son fils. Tués près d'Eclaron, tous deux sont membres du RNP.

Nuit du 12 au 13 juillet 1944 : les glaces du Centre de renseignements et d'information (CRI), rue Gambetta, sont brisés à l'aide de pavés.

13 juillet 1944 : chute de bombes à Bettancourt-la-Ferrée ; vol d'un véhicule militaire allemand dans le centre-ville de Saint-Dizier, pendant que le chauffeur consommait à une terrasse de café (le véhicule aurait servi à des opérations dans les régions de Champaubert et d'Eclaron). Les FTP Pierre Thiel, Georges Masselot et Maurice Loppin ont participé à ce vol.

14 juillet 1944 : des oriflammes sont disposés sur le monument aux morts et sur une maison particulière, une cocarde tricolore est visible sur les poitrines de "nombreux Français".

15 juillet 1944 : chute de bombes à Chancenay ; un avion anglais s'écrase à Ancerville ; une "grenade" anti-aérienne allemande tombe dans le quartier des Ajots et blesse un jeune homme se trouvant dans une cave-abri.

16 juillet 1944 : nouveau sabotage au local du CRI. "Les auteurs du méfait furent poursuivis par des militaires armés de mitraillettes." Des balles perdues s'écrasent contre la vitrine du centre et sur des commerces environnants ; deux bombes tombent sur la route de Wassy à la sortie de Saint-Dizier.

17 juillet 1944 : bombardement du terrain de Robinson. Une centaine de bombes "atteignent toutes le terrain et ses approches". L'opération a été réalisée par les 2nd et 3th Bomber Divisions de l'USAAF.

Nuit du 19-20 juillet 1944 : deux gardes civils de la Société métallurgique de Champagne à Marnaval sont attaqués, frappés et délestés d'un revolver. Des Marnavalais seraient les auteurs de l'agression.

20 juillet 1944 : l'annonce de l'attentat - manqué - contre Hitler est "commentée favorablement" à Saint-Dizier.

25 juillet 1944 : la police signale la chute d'un appareil allemand.

2 août 1944 : à 18 h 30, bombardement de Robinson par douze avions alliés (ils appartiennent à la 2nd Bomber Division de l'USAAF).

5 août 1944 : au stade municipal, Raymond Debierre est blessé légèrement par l'explosion d'un détonateur qui proviendrait d'un avion allié. 

8 août 1944 : le lieutenant pilote américain Charles M. Lee, en mission dans la région, trouve la mort à Etrepy (Marne). 

10 août 1944 : la police situe à tort la mort de Marcel Labaye, 23 ans, et la blessure (et la capture) de Roland Bourdaraud, 22 ans, lors de l'attaque du maquis de Mathons. En réalité, ces hommes avaient été admis à l'hôpital civil de Wassy - l'un dans le coma, l'autre blessé au col du fémur - à la suite d'un accident de leur camionnette. Ils appartiennent à un groupe ayant commis des cambriolages à Attancourt, Champ-Gerbault, Voillecomte (un de ses membres est arrêté le 14 août 1944 à Chevillon par les gendarmes). 

11 ou 12 août 1944 : bombardement de Saint-Eulien (Marne).

14 août 1944 : mitraillage de jour du terrain de Robinson.

15 août 1944 : passage, ce jour-là et les jours avoisinants, de milliers de camions allemands se repliant sur Nancy ; un Bragard, Alex Gairaut, sauve Raymonde Lombard, 27 ans, d'une noyade dans la Marne (lui-même, engagé dans la 2e DB, se noiera en Allemagne en 1945).

17 août 1944 : les gendarmes de Saint-Dizier sont arrêtés - "par erreur, semble-t-il", précisent les policiers - puis relâchés ; sabotage partiel de la voie ferrée à Villiers-en-Lieu, la circulation est rétablie deux jours plus tard.

18 août 1944 : à 14 h 49, bombardement de Robinson par sept vagues d'avions qui "labourèrent l'aérodrome, y causant de gros dégâts ; une seule piste serait encore utilisable". Un sapeur-pompier français est tué sur le terrain, deux autres sont blessés. A Eclaron, il y a trois tués et un blessé parmi les civils. Le lieutenant pilote Donald L. Melrose est tué sur le territoire d'Hallignicourt ; le passage d'Edouard Herriot est signalé à Ancerville ; le jeune André Grépin, 16 ans, qui circulait à bicyclette, est heurté par un camion allemand (il souffre d'une fracture du crâne).

19 août 1944 : M. Fournier, épicier à Saint-Dizier, est grièvement blessé aux mains à coups de mitraillette par un militaire allemand qui voulait réquisitionner sa voiture.

20 août 1944 : deux Bragards, employés SNCF, sont également victimes d'accidents avec des camions allemands.

25 août 1944 : sabotage à 6 h 40 de la voie ferrée entre Chancenay et Sommelonne, un fourgon déraille ; départ du I/NJG 5 du terrain Robinson de Saint-Dizier.

27 août 1944 : sabotage, vers 14 h 40, vers le tunnel de la Belle-Epine, près de Baudonvilliers. Le train de troupes, qui se dirige en direction de Saint-Dizier, parvient à passer.

Nuit du 27 au 28 août 1944 : sabotage, à 2 h, de la voie ferrée Saint-Dizier - Revigny, au lieu-dit Saissé, commune de Sommelonne. Le chauffeur allemand est légèrement blessé. A 9 h, selon les gendarmes d'Ancerville, deux avions américains mitraillent le convoi (32 wagons sont incendiés, des soldats allemands blessés sont transportés à Saint-Dizier). L'opération a été réalisée par une équipe de la Compagnie du Val.

30 août 1944 : libération de Saint-Dizier.

Sources : Archives départementales de la Marne, 161 W 87, rapports du commissaire de police ; 162 W 136, correspondance sur les transferts de prisonniers - Archives départementales de la Meuse, 1251 W 1279, sabotages ; La Haute-Marne et les Haut-Marnais durant la Seconde Guerre mondiale, club Mémoires 52, 2023.


mercredi 21 janvier 2026

Les Haut-Marnais de la Guerre de Sécession (1861-1865)


La bataille de Gettysburg (1863) vue par un illustrateur français. 


    Essayer d'identifier les Haut-Marnais ayant pris part à la Guerre de Sécession (1861-1865) n'est pas une mince affaire. Nous nous y sommes essayé, avec Didier Desnouvaux, dans l'ouvrage "Keskidees", publié par le club Mémoires 52 en 2011 et consacré aux Haut-Marnais et Haut-Saônois établis à Frenchville, en Pennsylvanie. En complétant ces recherches grâce aux archives américaines (Nara), nous sommes parvenus à établir une liste de treize Haut-Marnais - auxquels s'ajoutent quatre enfants de Haut-Marnais - ayant servi essentiellement dans le camp nordiste (un seul cas de sudiste recensé). A noter, parmi eux, quatre habitants de Bonnecourt et trois de Guyonvelle. A notre connaissance, un seul est décédé - de maladie - durant le conflit. Cette liste n'est pas définitive, car d'autres cas sont encore à vérifier. 

NORDISTES 

BARMOY (Jean-Baptiste, dit John) (Broncourt 4 septembre 1819 - vers 1870). Fils de Jean-Baptiste Barmoy et Marguerite Larget. Emigre aux Etats-Unis en 1834. Domicilié à Frenchville, Pennsylvania. Soldat dans la Company F du 148th Pennsylvania. Blessé le 2 juillet 1863 à Gettysburg.
DECHANET (Pierre-Alfred), dit Dechanette (Marcilly-en-Bassigny 1er mars 1839 - Wabasha, Minnesota, 1916). Fils de Sébastien-Constantin Dechanet et Marie-Jeanne Tenail. Emigré en 1855. Laboureur à Findlay (Ohio). Incorporé le 29 avril 1861 au 1st Minnesota Volunteer Regiment. Soldat dans la Company I, blessé accidentellement à la main et hospitalisé le 20 avril 1863 près de Potomac Creek. Cesse de servir le 5 mai 1864. Marié en 1865 à Wabasha.
DECHANET (Sébastien-Constantin), dit Sébastien Dechanette (Bonnecourt 16 mai 1813 - ?). Père du précédent. Domicilié à Bonnecourt, en 1851. Menuisier, émigre en 1855. Laboureur. Enrôlé le 9 septembre 1864 à St Louis au 41st Missouri, company E. 
FRANCOIS (Jean-Claude dit François) (Betoncourt-sur-Mance, Haute-Saône, 21 septembre 1842 - 1er juin 1883). Fils de Claude François et Reine Poinsot. Domicilié à Guyonvelle. Emigre en 1853. Soldat dans la 6th Wisconsin LA Battry
FRANCOIS (Jules-Jean-Baptiste) (Betoncourt-sur-Mance, Haute-Saône, 15 mars 1838 - 17 novembre 1916). Frère du précédent. Domicilié à Guyonvelle. Débarqué aux Etats-Unis en 1853. Etabli dans l'Illinois puis dans le Wisconsin. Soldat dans la 6th Wisconsin LA Battry. Installé à Willow, marié en 1867 comme fermier.

MULSON (Augustin, dit Augustus) (Charmoy 26 juillet 1838 - ). Fils d'Augustin Mulson et Anne Maloire. Emigré en 1853, à l'âge de 15 ans. Soldat dans la Company C du 16th Pennsylvania Cavalry, le 7 mars 1865.
NOIROT (Jean-Pierre, dit John Peter ou John) (Bonnecourt 20 septembre 1839 - Kirby 5 octobre 1914). Fils de François Noirot et Françoise Raclot. Suit sa famille à Findlay (Ohio) en 1853. Enrôlé pour un an dans la company C du 55th Ohio Infantry le 28 septembre 1864. Réside à Defiance Town, Ohio. Marié en 1872.
NOIROT (Nicolas) (Bonnecourt 1er mars 1826 - Ohio 24 janvier 1905). Frère du précédent. Coutelier avant son départ pour l'Amérique. Marié en 1850 à Bonnecourt avec Magdeleine Hurtig. Domicilié à Defiance, Ohio. Vétéran de la Guerre civile (sans plus de précision). 
RHODES (Nicolas) (Fayl-Billot 25 août 1843). Fils de Nicolas Rhodes. Part pour l'Amérique en octobre 1852 (sa famille se fixe à Cape Vincent puis à Oswego, New York). Grièvement blessé à la tête le 4 juillet 1864 devant Petersburg dans les rangs du 10th New York Volunteer Artillery Regiment. Exploite une ferme à Parish. 
ROLLET (Pierre-Joseph) (Guyonvelle 19 mars 1809 - 1er février 1883). Fils de Françoise Rollet. Tisserand à Guyonvelle, marié en 1833 à Barbe Ruston. Arrêté en décembre 1851 pour opposition au coup d'Etat de Louis-Napoléon Bonaparte. Qualifié de "communiste", condamné en mars 1852 à la "transportation" en Algérie. Gracié en février 1853. Demande un passeport le 26 avril 1856 pour s'établir à Sextonville (Wisconsin). Débarque en Amérique le 11 juin 1856. Domicilié à Willow. Enrôlé dans la company I du 36th Wisconsin Regiment, à l'âge de 55 ans. Domicilié à Lloyd. Inhumé à Ithaca, Wisconsin. 
TRESSE (Nicolas-Alexandre, dit Alexander) (Bonnecourt 7 novembre 1822 - St Louis 13 juillet 1865). Fils de Nicolas Tresse et Anne-Françoise Motot. Cultivateur, marié en 1850 à Bonnecourt avec Anne Tresse. Emigre en octobre 1855. Laboureur, engagé pour un an à St Louis (Missouri) le 3 septembre 1864 au 41st Missouri Infantry (le même régiment que son compatriote S. C. Dechanet). Sert dans la company F, sous les ordres du capitaine Charles Moeller. En garnison à St Louis avec son régiment commandé par le colonel Joseph Weydemeyer. Hospitalisé le 8 juillet 1865 pour dysenterie. Décédé à l'hôpital à Benton Baracks de St Louis le 13 juillet 1865.
VOINCHET (Jean-Baptiste, dit John B.) (Tornay 17 septembre 1808 - Jefferson County 15 août 1870). Fils d'Antoine Voinchet et Marguerite Jeannot. Emigre en 1834 avec son oncle Etienne Voinchet. Marié à Joséphine Schnell. Habite à Jefferson County, Pennsylvania. Enrôlé à 53 ans le 19 décembre 1861 au 67th Pennsyvlania Infantry, company F. Soldat.

SUDISTES

VANNEY (Charles) (Serqueux 24 février 1841 - New Orleans 25 août 1895). Fils de Nicolas-Etienne Vanney et Anne-Catherine Voilquier. Emigre le 7 novembre 1853 sur le bateau Sea Queen. Etabli en Louisiane (Pointe Coupee puis La Rivière Rouge). Domicilié à St Louis. Engagé à La Vidalia le 17 mars 1862 au 25th Louisiana Infantry, company J et company D. Sert sous les ordres du capitaine W. T. Milers. Blessé le 20 septembre 1863 à Chickamauga. Capturé le 4 décembre 1863 à La Parisa (Concordia). Libéré le 2 mai 1865. Ndlr : contrairement à ce que nous avons écrit dans "Keskidees", Charles Vanney ne servait donc pas dans les rangs nordistes au sein du 101st Illinois, mais dans l'armée confédérée.  

Fils de Haut-Marnais 

Richard Franchot (1816-1875), fils de Charles Franchot (de Chamouilley), colonel du 121st New York Volunteer Regiment, général de brigade nordiste.
Serdon (caporal), Nicholas et August Rolley (Rollée), fils de Pierre Rolley et Marie Verbecq (tous deux nés à Hortes). Ces trois frères domiciliés à Frenchville servent dans la company G du 51st Pennsylvania, dont le capitaine, Pierre-Augustin Gaulin, est né à Molay (aux confins de la Haute-Saône et de la Haute-Marne). Fait prisonnier, August Rolley décède le 29 mai 1864 à la prison d'Andersonville. 

lundi 22 décembre 2025

Nouvelle publication : "Les clandestins du Dijonnais" (Liralest, décembre 2025)



"Les clandestins du Dijonnais. Parcours de résistants dans l'interrégion FTP Champagne-Bourgogne. 1941-1944" vient de paraître le 17 décembre 2025 aux éditions Liralest (Chaumont).

S'appuyant, comme les deux précédentes études, sur les archives de la police judiciaire et de la justice conservées à Reims, Troyes, Dijon et Nancy, ainsi que sur les dossiers du bureau Résistance du Service historique de la Défense, "Les clandestins du Dijonnais" constitue le troisième volet d’une trilogie consacrée aux Francs-tireurs et partisans français (FTP) dans le quart nord-est de la France.

Préfacé par Laurent Thiery, historien à la Fondation de la Résistance, cet ouvrage de 247 pages, richement illustré, s’intéresse à l’âpre lutte menée par les brigades régionales de police de Reims et de Dijon ainsi que la police allemande aux cadres et combattants de l’interrégion FTP Champagne-Bourgogne (Aube, Côte-d’Or, Marne, nord de la Saône-et-Loire et Yonne), depuis les premières actions entreprises par Lucien Dupont à Dijon (durant l’hiver 1941-1942) jusqu’au démantèlement du comité régional FTP de Côte-d’Or (au cœur de l’été 1944).

 

A travers une succession de parcours, « Les clandestins du Dijonnais » rend surtout hommage à ces femmes et à ces hommes qui ont payé de leur vie leur combat pour la Liberté.


Sont retracés en particulier, dans cet ouvrage, les parcours de :

. Lucien Dupont, Armand Tosin, Roger Bourdy, François Grillot, Claudine Cadoux, René Jorant, Alix Lhote, originaires de la Côte-d'Or. 

. Armande Gandon, Henri Morel, Marcel Mejecaze, Robert Baudry, Camille Soudant, André Ducroix, Jean Boisson, Maximilien Thomas, originaires de la Marne.

. Charles Terrenoire, Jean Berthier, Jean Martin, Elsof Leroy, Pierre Grille, Yvette Gaudillot, Gaston Monteille, originaires de la Saône-et-Loire.

. Alice Cuvillers, René Géhin, Gaston Gagnière, Marcel Marchan, originaires de l'Aube.

. Michel Sicre, Marcel Asmus, Jules Brugot, actifs dans l'Yonne.

 

Lionel FONTAINE, Les clandestins du Dijonnais. Parcours de résistants dans l’interrégion FTP Champagne-Bourgogne. 1941-1944, 247 pages, décembre 2025, Liralest.



mardi 11 novembre 2025

Les grandes étapes de la libération de la Haute-Marne par la 2e DB, 9-15 septembre 1944



La division Leclerc de passage à Froncles. 


Grande unité française commandée par le général Philippe de Hautecloque, dit Leclerc, la 2e division blindée française appartient à la 3e armée américaine. Elle se compose de trois groupements tactiques (D, L et V) composés chacun d’un régiment de chars, d’un bataillon d’infanterie porté, d’un groupe d’artillerie. Le 1er régiment de marche de spahis marocains (RMSM) occupe la mission de régiment de reconnaissance de la division, le Régiment blindé de fusiliers marins (RBFM) est l'unité de tanks destroyers. 

Le général Leclerc fait halte au carrefour de la RN 67 et de la RD 40, à Vignory.


9 septembre 1944

Après la libération de Paris, la 2e DB se porte le 9 septembre 1944 sur le département de l’Aube (dans la région de Clairvaux, notamment) et de la Haute-Marne (Villars-en Azois, Silvarouvres) en vue des futures opérations. 

10 septembre 1944

Le lendemain, elle reçoit pour mission d’attaquer avec le XV Corps américain en direction de la Moselle, qui est l’objectif pour le 11 septembre 1944 au soir. Face à elle, les Allemands tiennent une ligne passant par Châtillon-sur-Seine – Châteauvillain – Chaumont – Andelot – Prez-sous-Lafauche.

Le peloton du lieutenant Henri Serizier (4e escadron, capitaine Horace Savelli, du 1er RMSM) pousse jusqu'à Bologne où il rend compte de la destruction du pont sur la Marne, tandis que la section du sous-lieutenant Cholley du 13e bataillon du génie, rejointe par la section de surveillance (lieutenant Maurer) du Ier RMT qui est à Villars-en-Azois, se porte sur Châteauvillain. 

11 septembre 1944

Le 11 septembre 1944, pendant qu'une compagnie du Ier RMT, un peloton du 12e Cuirs et un obusier partent de Villars-en-Azois opérer contre la garnison de Châtillon-sur-Seine, la 2e DB se met en mouvement vers l'Est. 

Le détachement du lieutenant colonel Nicolas Roumiantzoff (escadron hors rang, 1er, 4e et 6e escadrons du 1er RMSM) est en flanc-garde sud, ayant pour axe de marche l'itinéraire Lignol – Colombey-les-Deux-EglisesVignory – Andelot – Contrexéville (Vosges). 

Sur la RN 67, à hauteur de Vignory. 


Le GT L (colonel Paul de Langlade) est en tête. Il est découplé en deux sous-groupements. Le chef d’escadrons Pierre Minjonnet, chef de corps du 12e régiment de chasseurs d’Afrique (RCA), commande le premier sous-groupement, qui progresse au nord. Il est composé des 1er et 4e escadrons de son régiment, de la 6e compagnie du 2e bataillon du Régiment de marche du Tchad (IIe RMT), d’une batterie du 40e régiment d’artillerie nord-africaine (RANA) et de deux pelotons du Régiment blindé de fusiliers marins (RBFM) et du 1er RMSM. Au sud, le sous-groupement du commandant Jacques Massu, chef du IIe RMT (moins la 6e compagnie), dispose du 2/12e RCA. Quant au 3/12e RCA, il reste en réserve.

Partant de Bayel (Aube) à partir de 7 h, le sous-groupement Minjonnet passe par Colombey, Marbéville et Vignory. 

Des hommes de la 2e DB font halte à Marbéville...

... et à Vignory.


Ayant fait mouvement une heure plus tôt, le sous groupement Massu emprunte l’itinéraire Rennepont – Montheries – Lachapelle-en Blaisy – Bologne, évitant ainsi Chaumont et Juzennecourt. Un temps d’arrêt est marqué à Vignory à cause de la destruction des ponts sur la Marne et le canal, notamment à Villiers-sur-Marne. Comme le pont de Vouécourt, réparé par les habitants, ne peut laisser passer que des chars moyens, le franchissement de la Marne se fait par le pont de l’usine de Froncles que l’ennemi semble avoir oublié et qui est intact. Les cours d’eau sont franchis à 11 h 45. 

Le pont de Vouécourt, réparé à l'aide de peupliers.


Minjonnet continue sa progression sur la rive droite de la Marne par Doulaincourt, Busson, Leurville et se présente devant Prez-sous-Lafauche annoncé comme tenu, tandis que Massu avance par Andelot, Rimaucourt et Saint-Blin

La prise de Prez-sous-Lafauche

Le sous-groupement Minjonnet, arrivant de la direction de Lafauche, est chargé de nettoyer la résistance de Prez-sous-Lafauche, village sur l'axe Chaumont - Neufchâteau qui est signalé occupé à 13 h 30. Sont engagés le peloton d’éclaireurs (lieutenant Hubert Chevalier) et le peloton de mortiers du 12e RCA, le 4e escadron (lieutenant Jean Baillou) de ce régiment et la 6e compagnie du IIe RMT. Le journal de marche du 4/12e RCA précise : « L’unité s’arrête à l’orée du bois qui domine le village à environ 1 500 m. Des tirs sont exécutés sur une barricade et dans quelques maisons signalées comme étant occupées […], par le sous-lieutenant Servant (peloton d’éclaireurs), le peloton Dufour à l’ouest, le peloton Vautrin et les mortiers doivent traverser le village jusqu’à la sortie Est, le peloton Catala vers la sortie Ouest. Le peloton Chevalier attaque le village venant du nord (près du cimetière). » Le sous-lieutenant Jean Baillou de Masclary, 27 ans, du peloton d’éclaireurs du 12e RCA, « accompagnant le sous-lieutenant Vaultrin, est tué d’une rafale de mitraillette » - à 14 h 30 selon l’historique du régiment. 

La résistance tombe rapidement. Les archives du 12e RCA revendiquent entre une centaine et 200 prisonniers, un GMC récupéré, un autre détruit par un tir du char Armagnac II (sous-lieutenant Dufour). Le même document rend compte de la mort de 30 Allemands, tandis que l’enquête de 1948 évoque seize tués, exécutés par les soldats français en représailles de la mort du soldat Armand Button (selon les confidences d’un officier français à l’historien Olivier de Boissoudy). Parmi les blessés allemands, le médecin-capitaine du 12e RCA, Jean Netik, se souvient avoir soigné le lieutenant allemand Bürr. Côté français, il y a deux tués : Masclary et le soldat Button, du RMT, tué d’une balle dans la tête. Il y a également quatre blessés : le sergent-chef Emile Trebald, du RMT, par une balle au bras droit, le brigadier-chef Pierre Rougetet (peloton de mortiers), d’une balle de mitraillette, Marc Gianni, d’une balle à la cuisse droite, Mohamed Tenia, d’une balle au poignet droit, ces trois derniers appartenant au 12e RCA. Puis, après la prise de Prez-sous-Lafauche, à laquelle ont assisté brièvement le général Leclerc - qui, un peu plus tôt, avait fait halte avec sa jeep au carrefour de la RN 67 et de la RD 40, à Vignory - et le colonel de Langlade, le 4e escadron du 12e RCA poursuit sa route en direction des Vosges, précédé de l’escadron du Hays et d’un peloton de TD. Le camp Z1SA des FFI locaux a participé également au nettoyage de la région, revendiquant deux tués ennemis. 

A 15 h, le sous groupement Minjonnet repart, atteint Goncourt puis Sommerécourt puis entre dans le département des Vosges. Tandis que Massu s’empare de Contrexéville, le 3/12e RCA, en réserve, garde les ponts de Goncourt et Saint-Thiébault

De son côté, le détachement Roumiantzoff s'est porté sur Vignes-la-Côte (1er escadron) et Andelot (4e escadron et peloton Chavannes du RBFM). Le peloton Serizier s'est heurté à Andelot à une résistance allemande, perdant un tué (le brigadier Robert Derocle), plusieurs blessés dont un mortellement (Robert Chaplain). L'obusier Edith a été détruit par un coup de panzerfaust. 

12 septembre 1944

Le 12 septembre 1944, c’est le GT V (général Pierre Billotte), parti de la veille de l'Yonne et arrivé dans la région de Saint-Blin - Vignes-la-Côte, par Vignory et Doulaincourt, qui a pour mission de réduire le centre de résistance d’Andelot. Tandis que le sous-groupement Putz reste à Bettaincourt-sur-Rognon, ce sont les sous-groupements La Horie, par Rimaucourt, et Cantarel, par Signéville, qui attaquent la localité.

L'enseigne de vaisseau Philippe de Gaulle (RBFM) à Bologne.


La bataille d'Andelot

Le matin, un ultimatum est lancé à la garnison - le kampfgruppe de l'oberstleutnant Ludwig Wienkoop - par l'intermédiaire des capitaines Branet et Dronne, afin qu'elle se rende avant 10 h. Ce que les Allemands refusent. Après une courte mais violente préparation d'artillerie exécutée par le XI/64e régiment d'artillerie de la division blindée (RADB) et une batterie américaine du 273rd Armored Field Artillery Battalion (à 13 h 45), les sous-groupements Cantarel et de La Horie qui débouchent des directions de Vignes-la-Côte et de Saint-Blin passent à l'assaut. Il s'agit essentiellement des 9e (Raymond Dronne) et 10e (Maurice Sarazac) compagnies du IIIe RMT, de la 3e compagnie (Buis) du 501e RCC, d'éléments du 13e bataillon du génie arrivés la veille à Saint-Blin. 

Le combat est relativement bref mais violent, la résistance réduite, les otages civils retenus en mairie libérés vers 15 h. Côté français, sept soldats ont été tués (adjudant Roger Deschamps, sergent Henri Pertuiset et Marc Logez, du 501e RCC, sergent-chef Manuel Morillas et caporal Gilbert Biscay, du IIIe RMT, sergent Gabriel Vaugien et Francis Ricardi, du 13e BG), et douze ont été blessés. Le GTV revendiquera plus de 300 morts et 750 prisonniers, dont le lieutenant-colonel Wienkoop, capturé sous le pont du Rognon et conduit au PC du général Billotte à Reynel. Si le bilan revendiqué par les Français est élevé, les fosses communes ne contiendront toutefois que les corps de 66 soldats allemands. Cette différence de bilans humains, certes courante dans une période de guerre, est à l'origine d'une polémique sur un probable massacre de prisonniers allemands. Plusieurs témoignages, et même des documents photos, montrent en effet que des prisonniers ont été froidement abattus, notamment par un officier de la division Leclerc. 

Les prisonniers allemands réunis dans une prairie d'Andelot.


Tandis que le GTL libère Andelot, le 4/1er RMSM et le peloton Chavannes du RBFM s'installent à Bourmont, font six prisonniers et détruisent un canon lors de patrouilles sur Levécourt, Maisoncelles et Breuvannes. Pour sa part, le sous-groupement du lieutenant-colonel Jacques de Guillebon, qui comprend la 1ère compagnie (capitaine Boussion) du Ier RMT, un escadron du 12e cuirs et une batterie du 3e régiment d'artillerie coloniale, se porte sur Andelot depuis Villars-en-Azois, via Laferté-sur-Aube, Longchamp-sur-Aujon, Lavilleneuve-au-RoiBlaisy, Juzennecourt,  Bologne. 

La 2e DB de passage à Laferté-sur-Aube.


13 septembre 1944

Le 13 septembre 1944, un peloton du 5e escadron du RMSM et une section de la 2e compagnie du 13e BG, c'est-à-dire des éléments du GT Dio également composé du 12e cuirs et du 3e escadron du RBFM, reçoivent à 14 h l'ordre de reconnaître Chaumont. Venus par Villiers-le-Sec, ils parviennent, malgré les obstacles (des abattis, les gravats du viaduc partiellement détruit, un fossé anti-chars) à entrer dans la ville à 16 h. D'autres éléments arrivant de Brethenay pénètrent dans la cité dans la soirée. 

Un half-track de la 2e DB dans le centre-ville de Chaumont.

Le journal de marche de la prévôté de la 2e DB témoigne de l'entrée en éclaireurs de deux hommes
de cette unité dans Chaumont. (Source : Mémoire des hommes).


14 septembre 1944

Le 14 septembre 1944, rejoint la veille par les éléments détachés à Châtillon-sur-Seine et Essoyes, le Ier RMT laisse l'escadron Bonhomme à Villars-en-Azois et se dirige (3e compagnie du capitaine Joubert) sur Vrécourt (Vosges) au sein du groupement Rouvillois, avec un escadron du 12e cuirs, le peloton de 105 et une batterie du 3e RAC. Ce groupement passe par Andelot, Saint-Blin, Chalvraines et Bourmont. La compagnie du RMT du sous-groupement de Guillebon est à Brainville-sur-Meuse. Au détachement Roumiantzoff, le peloton Serizier du 4/1er RMSM et un peloton du RBFM détruisent à Damblain (Vosges) un canon de 88 et douze véhicules dont deux blindés. 

La jonction entre la 2e DB et la 1ère DB venue de Provence se fait ce jour-là en Haute-Marne à Chamarandes par le 1er RMSM et le 2e RSAR, et à Clefmont le lendemain par les mêmes unités. 

15 septembre 1944

Le 15 septembre 1944 (selon le JMO du Ier RMT), le sous-groupement Rouvillois pousse sur Rimaucourt via l'itinéraire précédent, à partir de 9 h 20. « Le passage du canal de la Marne à la Saône à Bologne sur un pont de fortune retarde la marche de la colonne qui parvient à destination à 12 h 30 » (JMO). Au soir, le Ier RMT - dont le commandant Robert Quilichini a pris le commandement le 12 septembre 1944 à Villars-en-Azois en lieu et place du commandant Henry Farret - est à Rimaucourt (où est le PC du GTD), Bourmont, Andelot et Orquevaux. Se déplaçant sur Chaumont, le sous-lieutenant Debos, de l'escadron Bonhomme (FFI parisiens), fait deux prisonniers dans la ferme de Huguenotte. 

Un obusier, de passage sur un pont de fortune. 


Le 16 septembre 1944, le Ier RMT quitte Rimaucourt pour Bulgnéville via Bourmont, rejoint le lendemain par l'escadron Bonhomme. Les opérations de la 2e DB en Haute-Marne sont terminées.

A l’occasion de son passage dans le département, plusieurs FFI s’enrôlent dans les rangs de la division, issus principalement de la Compagnie du Val. 

Source principale : journaux des marches et des opérations du 1er RMSM, du 12e RCA, du RMT, Service historique de la Défense ; Jérémy GERARD, Andelot dans la tourmente, 1940-1944 ; La Haute-Marne et les Haut-Marnais durant la Seconde Guerre mondiale, club Mémoires 52, 2023 ; archives de Daniel Guérain et Olivier de Boissoudy ; photos issues de la collection du club Mémoires 52.