jeudi 27 août 2026

La libération de la Haute-Marne d'après les sources militaires (III) : la double offensive finale, 11-15 septembre 1944

L'entrée des spahis dans Montigny-le-Roi s'est faite "au milieu d'un enthousiasme indescriptible", souligne l'historique du 2e RSAR. (Photo P. Jacquemin/Collection CM 52).


La date du 11 septembre 1944 est marquée tout à la fois par l'offensive du 15e corps (provisoirement franco-américain), à l'ouest, et l'arrivée en Haute-Marne de l'armée B (française), au sud. Ainsi donc, la Haute-Marne a été l'un des territoires où a été réalisée la jonction entre les troupes alliées débarquées en Normandie et celles ayant pris pied en Provence. Sont ici surtout détaillées les opérations conduites par les troupes du général Jean de Lattre de Tassigny, celles - résumées - de la division Leclerc ayant été détaillées par ailleurs. 

11 septembre 1944

. A peine arrivé en Haute-Marne, le 15e corps du général Wade H. Haislip se porte en avant en direction des Vosges. Dépêchée de Belgique via Reims, la 79e DI progresse très facilement. Le 314th Infantry Regiment, arrivé le 8 septembre 1944 à Ferrière-et-la-Folie, passe par Chatonrupt et parvient en camions jusqu'à Charmes ; le 315th Inf Rgt, qui est à Poissons depuis trois jours, se porte à 2,5 miles à l'ouest de Neufchâteau (son 2e bataillon, qui est à Saint-Urbain, atteint Pargny-sous-Mureau) ; le 313rd Inf Rgt, qui a parcouru 300 miles pour arriver à Pansey, atteint Frenelle-la-Petite ; le 773rd TD Bn, qui est à Thonnance-lès-Joinville, parvient également à Pargny-sous-Mureau, etc.

. Le groupement tactique du colonel Paul de Langlade (2e DB) se met en mouvement depuis Bayel (Aube), entrant en Haute-Marne par Colombey-les-Deux-Eglises et Rennepont. Le franchissement de la Marne se fait par le pont de l'usine de Froncles et le pont de Vouécourt. Dans l'après-midi, le sous-groupement Minjonnet fait tomber la résistance de Prez-sous-Lafauche (le 12e RCA revendique 30 tués, 100 à 200 prisonniers ; les Français ont perdu deux tués dont un officier et quatre blessés) et entre dans les Vosges après Sommerécourt, tandis que le sous-groupement Massu coiffe Contrexéville. De son côté, le détachement Roumiantzoff, qui assure la flanc-garde Sud, se heurte durant son trajet à la garnison d'Andelot, perdant le char obusier Edith (deux spahis tués).

L'équipage du char "Pas-de-Calais" (2e DB) fait une halte à Marbéville. (Photo Mme H. Bedet/CM 52).


. Un rapport de l'OB West rend compte : "le II./Sich.Rgt. 95, depuis Chaumont, après avoir brisé une résistance à Treix à 18 h, [est] en progression sur Andelot"Cet évènement n'a laissé aucune trace ici dans les mémoires. Le document semble dire que c'est ce jour-là que ce bataillon est venu renforcer le kampfgruppe du lieutenant-colonel Wienkoop. 

. Depuis la veille, le général Fritz von Brodowski a établi son PC à Chassigny (il le portera le soir à Grenant). Cet officier qui servait dans le Massif central, à la tête de l'état-major principal de liaison n°588, est à la tête d'un gruppe qui s'est replié par la Côte-d'Or. Parmi les unités qu'il ramène vers l'Est ou qui se sont jointes à lui, figurent le IV./Sich.Rgt. 200 qui était localisé à Lyon en juin 1944 et qui est sur une ligne Ouest de Balesmes-sur-Marne - Piépape ; le Russen-Btl. 615 qui est établi entre Dommarien et Percey ; la batterie Gollek, etc. Le sud-est du département est constamment emprunté par des troupes en retraite. Opérant avec le maquis Henry (Bussières-lès-Belmont), un détachement du 2e bataillon (capitaine Samuel Meyer) du 1er régiment de France, qui se rendait au château de Saulles, se heurte en début de matinée à un important convoi allemand stationné à l'entrée de Belmont. Le major Teudesmann, chef du Sicherungs-Bataillon 671, est capturé. Au cours du combat, six soldats français sont tués. Ce convoi est mitraillé, à 16 h 05, par quatre ou cinq P-47, pendant 45 minutes. Les témoins parlent de 80 véhicules détruits, peut-être de 25 tués côté allemand. 

Des hommes du maquis Henry autour d'un canon abandonné, entre Grenant et Frettes.
(Photo A. Guillemin/CM 52).


. Le 11 septembre 1944 est le jour de la libération de Dijon par l'armée B (future 1ère armée française) débarquée en Provence le 15 août 1944. Le journal de marche du 2e régiment de spahis algériens de reconnaissance (RSAR, lieutenant-colonel Roger Lecoq), régiment qui éclaire la progression de la 1ère division blindée (général Jean Touzet du Vigier) en direction de Langres, signale que Prauthoy est atteint, ainsi que Longeau dans la nuit du 11 au 12. 

. Bloqué à Maisey (Côte-d'Or), le kampfgruppe Krappmann de Châtillon-sur-Seine (III./Sich.Rgt. 199, environ 450 hommes) ne peut rejoindre Langres. N'ayant pu être secouru par le II./Sich.Rgt. 95*, il se rend ce jour aux forces françaises composées de FFI et d'éléments de la 2e DB. 

* Intention à rapprocher du mouvement du même bataillon entre Chaumont et Andelot. Cette tentative de secours n'est-elle pas plutôt intervenue la veille (10 septembre 1944) ? 


 12 septembre 1944

. Auparavant établi à Normée (Marne), le 103rd Evacuation Hospital s'installe à Germay. Il y enregistre plusieurs décès de militaires de la 2e DB française.

. Dans le secteur du 15e corps, le groupement tactique V (général Pierre Billotte) de la 2e DB française, parvenu dans la région de Vignes-la-Côte et de Saint-Blin, a reçu la mission de réduire la résistance d'Andelot. La bataille a déjà été évoquée ici. Rappelons les principaux faits marquants : le matin, lancement au lieutenant-colonel Wienkoop d'un ultimatum de reddition avant 10 h ; à 13 h 45, préparation d'artillerie par l'artillerie du GT V et une batterie américaine ; à 14 h, assaut d'éléments du 3e RMT, de la 3e compagnie du 501e RCC, du 13e bataillon du génie, de la Compagnie Châtel (FFI) ; vers 15 h, libération des otages français en mairie. Bilan : le GT V revendique plus de 300 morts (le lieutenant Yves de Daruvar va jusqu'à écrire : 600) et 750 prisonniers (mais seuls les corps de 66 soldats allemands, tués du 1er au 12 septembre 1944, seront exhumés). Côté 2e DB, sept tués, 12 blessés. Par ailleurs, deux FFI appartenant à la force du major Bodington tombent lors de l'attaque d'une ferme près de Darmannes, non loin de la route Chaumont - Andelot. Dans la journée, d'autres unités de la division (1er RMSM, RBFM) sont à Bourmont.

Des soldats allemands capturés par des hommes du 3e RMT à Andelot. (Photo R. Dronne/CM 52).


. Vers 21 h, deux gendarmes chaumontais se rendent à Luzy-sur-Marne et invitent le curé, Louis Gradeler, à aller rencontrer le capitaine Guy de Schompré, de la 2e DB, près de Crenay. Ce dernier lui demande de se rendre le 13 au matin à Chaumont pour inviter le colonel allemand - ou un major nommé Schaber - à venir discuter de la reddition de la garnison, dans l'après-midi à Luzy. 

. Depuis la nuit du 11 au 12, les Allemands sont installés à Coublanc, Grenant, Saulles (où cinq FFI dont trois infirmières sont massacrés), Belmont... C'est le gruppe Brodowski. Le IV./Sich.Rgt. 200 est au Pailly, le Rus.Btl. 615 - qui enregistre ce jour quelques désertions - a son PC à Saulles et tient toujours la tête de pont de Dommarien. A 20 h, le général von Brodowski passe au PC de ce bataillon à Saulles, où se sont repliés les hommes du lieutenant Gissel qui étaient à Chassigny.

. Le 2e RSAR continue sa mission d'éclairage et de recherche de la liaison avec la 3e armée américaine côté Ouest et avec la 3e DIUS côté Haute-Saône. Vers 12 h, le pont de Dardenay est reconnu libre par les spahis, le canal de la Marne à la Saône est franchi, mais une patrouille constate que Dommarien, au nord de Dardenay, est tenu par les Allemands. Derrière les spahis algériens, le combat command 1 (CC 1, général Aimé Sudre) de la 1ère DB quitte la région d'Is-sur-Tille (Côte-d'Or) à 16 h 30. En début de soirée, le 2e escadron (capitaine Jean Fougère) du 2e régiment de cuirassiers manoeuvre avec la compagnie (capitaine Guinard) du 3e bataillon de zouaves portés et occupe Dommarien qui est évacué. Fougère signale que les ponts sur le canal sont détruits. Le lieutenant Gissel, du Rus-Btl. 615, confirme la progression française dans l'après-midi : "La sécurisation du pont à 4 km à l'est de Prauthoy, près de Dommarien, a dû être abandonnée aujourd'hui à 13 h sous la pression de deux chars ennemis. [...] Selon les indications d'un prisonnier, il y aurait 20 chars à Prauthoy. A Chassigny, nouvelle percée par deux chars. Conformément aux ordres, un repli s'est effectué vers Grenant."
    
Tandis que les cuirassiers s'assurent de Dommarien, le 4/2e RSAR pousse jusqu'à Saints-Geosmes où il se heurte à des armes automatiques* (19 h). Noidant-Chatenoy et Noidant-le-Rocheux sont reconnus libres.
    Plus à l'est, sur l'axe Champlitte - Bourbonne, le 3/2e RSAR (autos-mitrailleuses) du capitaine Etienne Ogier de Baulny atteint à 19 h 45 Genevrières (2e peloton du lieutenant Julien de Buzonnière) et signale que Grenant est défendu. La liaison est réalisée avec le 3e RCA. A 20 h, le 2/2e RSAR (capitaine André Ronot) est à Recey-sur-Ource (Côte-d'Or) et Auberive, le 4/2e RSAR (capitaine Robert Baudoin) à Noidant-le-Rocheux et Bourg, le 1/2e RSAR (capitaine Jacques Oster) à Cohons, le 3/2e RSAR (capitaine de Baulny) à Champlitte et Genevrières. Le PC du régiment est à Longeau, où s'est aussi arrêté le 2e cuirs.

. A 22 h, le général Touzet du Vigier, commandant la 1ère DB, vient à Longeau au PC du lieutenant-colonel Durosoy, chef de corps du 2e régiment de cuirassiers. Le plan d'attaque de Langres est décidé, en présence du général Sudre, commandant le CC1, du colonel de Grouchy, chef départemental FFI. En revanche, le commandant Pichard, délégué militaire départemental, n'a pas été prévenu et n'assiste pas à la réunion. Le 13 septembre, tandis que le 2e RSAR et le groupement Durosoy se dirigeront sur la citadelle par la RN 74, le groupement du commandant Michel Létang (chef du 3e bataillon de zouaves portés) débordera la ville par l'est.

* Où un officier FFI bourguignon, le lieutenant André Didier (Slim), est tué.


13 septembre 1944

    Cette journée est celle de la libération de Chaumont, de Langres et des premiers combats contre le gruppe Brodowski aux confins de la Haute-Marne et de la Haute-Saône. Ces différentes opérations sont donc présentées séparément.

Opérations de la libération de Chaumont

4 h : "la route de la Maladière et celle de Reclancourt virent s'écouler une horde feldgrau, tant en voitures qu'en vélos et même à pied" (témoignage : Roger Prouhet). C'est le début du départ de la garnison de Chaumont en direction de Nogent/Montigny-le-Roi, seule route vers l'Est encore ouverte après la chute d'Andelot la veille.
5 h 30 : une centaine d'Allemands harcèlent la 2e compagnie du maquis Duguesclin qui, la veille, s'est installée à Euffigneix lors de son mouvement sur Chaumont.
6 h 30 : les mêmes soldats attaquent les positions de la 3e compagnie du maquis à Villiers-le-Sec. Un FFI est tué. Les Allemands, qui auraient perdu trois tués et deux blessés, se replient à 7 h. Les actions d'Euffigneix et Villiers-le-Sec avaient sans doute pour but de couvrir le départ de la garnison chaumontaise.
Vers 7 h 10 - 7 h 30* : embuscade dans la côte de l'Abondance, entre Nogent et Montigny-le-Roi, contre des premiers véhicules partis de Chaumont (bilan : 10 tués, dont sans aucun doute le colonel Hans Grunert**, cinq blessés, 21 prisonniers).
Vers 8 h 45 : destruction des ponts de la Marne et du canal à La Maladière, après le départ de la garnison allemande (avec ses prisonniers américains). En revanche, les ponts de Chamarandes et de la Suize à Buxereuilles n'ont pas sauté.
Vers 10 h/10 h 30 : l'artillerie de la 2e DB, positionnée dans la région de Briaucourt, Chantraines, incendie le restaurant de la Chaumière, entre Brethenay et Chaumont, près de Condes.
Vers 10 h 30* : des soldats allemands venus de Montigny entrent dans Essey-les-Eaux, incendient 17 maisons (quatre habitants trouvent la mort). Nous savons aujourd'hui qu'il s'agit, non pas de SS comme il avait été rapporté, mais d'éléments du I./Luftnachrichten-Ausbildungs-Regiment 302 (Luftwaffe).
Midi : une section du maquis Duguesclin arrivée à Jonchery apprend que Chaumont a été évacuée. Aussitôt, les FFI se mettent en marchent. Ils passent sous le viaduc, remontent l'avenue Foch, transitent par la place Goguenheim, la rue Toupot et arrivent place de la Concorde, devant l'hôtel de ville.
Début d'après-midi : "A 14 h, le capitaine Dubois, commandant la prévôté [de la 2e DB], et le gendarme Salamana, montés sur la jeep de la prévôté opérant en liaison avec deux officiers de la sécurité militaire et le curé de Luzy, entrent à Chaumont que l'ennemi venait d'évacuer et avant l'arrivée des autres troupes de la division. A la demande du préfet, ils se rendent à Villars-en-Azois rendre compte au colonel commandant le GT D [Dio]" (journal de marche de la prévôté de la 2e DB). En effet, l'abbé Gradeler, qui n'a pu rencontrer d'officiers allemands (et pour cause, ils ont quitté Chaumont), est allé prévenir le capitaine de Schompré de ce départ. Il l'accompagne jusqu'à la préfecture. C'est un peloton du 5/1er RMSM et une section de la 2e compagnie du 13e bataillon du génie qui, venus de la direction de Châteauvillain, ont pu, malgré les obstacles (les débris du viaduc et un fossé antichars), entrer dans la ville à 16 h (horaire approximatif également donné par une Chaumontaise).
D'autres éléments de la division Leclerc viennent de la direction de Brethenay. Un témoin se souvient qu'un officier anglais - peut-être le capitaine Percy J. Harratt, dit Peter, du SOE - accompagne des FFI de Saint-Dizier. La 1ère compagnie (du Val), capitaine Victor Thérin, du Bataillon FFI de Saint-Dizier, qui vient d'occuper Briaucourt et Brethenay, précise qu'elle a atteint à Chaumont à 17 h 30 (deux sections) et à 21 h (deux sections).
La libération de Chaumont s'est faite sans un coup de fusil***.

* Horaires donnés par Pierre Ruault (Un maquis en Haute-Marne. Pincourt-le-Haut, 2004).
** Selon le maire d'Essey-les-Eaux, Joseph Champion. De son côté, Pierre Ruault écrit que le colonel touché était dans la première voiture, laquelle a pu arriver à Montigny-le-Roi où l'officier est décédé. Olivier Odelain, chroniqueur du village d'Essey, rapporte que le colonel a été tué par le lieutenant Robert Josselin, chef du maquis de Pincourt, lui-même tombé après l'embuscade.
*** Mais le lendemain, le capitaine René Schreiber, chef du maquis Duguesclin, trouve la mort lors du nettoyage de la ville.

L'abbé Gradeler dans la jeep du capitaine Dubois, en préfecture. (Collection La Haute-Marne libérée).



Opérations de la libération de Langres

6 h 45 : les pelotons du 4/2e RSAR se portent sur Saints-Geosmes où ils se heurtent de nouveau à une résistance. Le 1/2e cuirs (chars légers) du capitaine André du Boispéan suit derrière.
8 h : deux batteries d'artillerie du groupement du lieutenant-colonel Maurice Durosoy (CC1) se mettent en position et tirent sur cette résistance.
9 h 31 : les spahis abordent la résistance de Saints-Geosmes. Parallèlement, le 2/2e cuirs (capitaine Jean Fougère), la compagnie du capitaine Guinard (2e du 3e bataillon de zouaves portés), le peloton de TD Feller du 9e RCA (groupement Durosoy) entament le débordement de Langres par l'ouest, et le 1/2e cuirs (capitaine du Boispéan) le mouvement par l'est (Corlée, Peigney).
10 h : le lieutenant Bley (1ère section, 2/3e BZP) débouche de Noidant-le-Rocheux, traverse Vieux-Moulins et atteint Perrancey. L'horaire est donné par l'historique du 2e cuirs qui situe plutôt la fin de la résistance de Saints-Geosmes à 9 h.
10 h 30 : Saints-Geosmes est nettoyé par le détachement spécial du Groupe de commandos de France. Bilan : 25 à 30 prisonniers, un canon de 105 pris notamment. Parallèlement, le peloton de Mérode poursuit sa progression sur Langres. "Parvenu aux abords immédiats de la citadelle, il est pris violemment à partie par l'ennemi ; notamment un canon de 105, tirant à vue directe, qui prend la route d'enfilade. La voiture de tête commandée par le maréchal des logis Dillies muselle la pièce instantanément. Poursuivant sa progression, elle se heurte bientôt à la porte de la citadelle fermée, murée, et défendue encore à l'extérieur par des chevaux de frise" (source : "Burnous rouges tombeaux blancs").
11 h : le 1/2e cuirs (Boispéan) est arrivé au carrefour de la route de Vesoul et du canal.
12 h : les cuirassiers du capitaine Fougère, guidés par un civil (nommé Beaussant par l'historique du 2e cuirs), atteignent le carrefour des routes de Dijon, Neufchâteau/Vesoul et Chaumont, au nord de Langres. Une batterie est signalée au fort de La Pointe et une autre (avec des fantassins) à Hûmes.
13 h : réduction de la résistance de Hûmes par le capitaine Guinard (section Bley, deux pelotons), ainsi que par la compagnie FFI (capitaine Arnould Antoine) du maquis Max. L'historique du 2e cuirs parle de "nombreux tués", une vingtaine de prisonniers, la batterie de DCA hors d'usage. Du haut de la colline des Fourches indiquée par M. Lieger et dominée par la chapelle Notre-Dame de la Délivrance, les Sherman du capitaine Fougère tirent sur les convois ennemis en retraite. Le char Jourdan aura reçu 68 impacts à la fin de la journée. Parallèlement, le 1/2e cuirs atteint le pont de Peigney qui est intact (le lieutenant Henriot fait une quinzaine de prisonniers). Les 1 et 2/2e cuirs réalisent ensuite la liaison à la gare de Langres. Enfin, le 4/2e cuirs (capitaine Ardisson) est à Corlée. 
Le JMO du 3e BZP n'évoque pas l'opération de Hûmes. En revanche, il présente ainsi ses mouvements : "Le groupement Letang couvert par l'escadron André doit atteindre Langres couvert par une patrouille d'AM. Itinéraire : Saint-Michel, Heuilley-Cotton, Le Pailly, Noidant-Chatenoy, Balesmes, Corlée. Les AM rencontrent des résistances [au] Pailly, le village est occupé vers 11 h, quelques prisonniers sont capturés. La progression continue vers Langres. Corlée est atteint à 13 h 05".

13 h 30 : l'OG Christopher et des FFI du maquis Max se placent sous les ordres du colonel Lecoq. Des agents du SOE ainsi que des SAS du lieutenant Robert Walker-Brown (opération Robey, 2nd SAS regiment) participent également aux opérations.
14 h 15 - 14 h 30 : préparation d'artillerie (mortiers du 2e cuirs, canons de 105 du I/68e RAA) pour permettre la destruction de la porte murée par le génie (et les OG et FFI), couvert par les tirs des chars. Le capitaine de Rouville, officier de liaison d'artillerie, "est grièvement blessé par un coup ami" (JMO du 2e RSAR).
14 h 30 : déclenchement de l'opération. Le capitaine Baudoin, commandant le 4e escadron, est accompagné de quatre spahis, quatre sapeurs, et d'une ou deux AM. Cinq minutes plus tard, les Allemands ouvrent le feu. Les OG et FFI sont bloqués dans les fossés (parmi eux, sont blessés, durant l'après-midi, le sergent Borge Langeland, de l'OG Christopher, le lieutenant Curtenius Gillette, du SOE, les FFI François Grandpierre et Jean Bourcey - lire ci-dessous). Le spahi d'Aboville est également blessé.

Vers 14 h 40 (JMO du 2e RSAR) : "Profitant d'une accalmie, le capitaine Baudoin se lance en avant. L'ennemi n'attend pas ce moment. Toutes les armes crachent à la fois. Le capitaine fait encore quelques pas et s'écroule sur la route. Un homme du Génie se précipite jusqu'à lui et le relève, aussitôt assisté de Guillot et du lieutenant de Mérode [...]. Instantanément, le capitaine est transporté jusqu'à l'auto-mitrailleuse de Dillies qui le ramène dans nos lignes, tandis qu'un char du peloton Magdelain, Tartarin, commandé par le chef Labiste, passe la poterne afin de tenter de forcer le passage. Il est touché par un projectile anti-char et commence à flamber. [...] Grièvement blessé, le conducteur Demange parvient cependant [...] à ramener le char dans nos lignes. Quant au capitaine Baudoin, l'affreuse plaie qu'il porte à l'abdomen ne laisse aucun espoir au Dr Bouzonnie" ("Burnous rouges tombeaux blancs"). Le sacrifice de l'officier est vain : "Le Génie ne peut placer les explosifs" (JMO du 2e RSAR).
15 h : le capitaine Ardisson, qui est à Corlée, décide de pousser avec des jeeps jusqu'à Langres. Sur la RN 19, le peloton Gérard est arrêté par un fossé. Les jeeps contournent l'obstacle, atteignent la première porte (vraisemblablement les Auges) où les rejoignent les zouaves.
15 h 15 : devant la citadelle, ordre du lieutenant-colonel Durosoy de revenir sur ses positions. Le décrochage est terminé à 16 h.
Vers 15 h 30 : le capitaine Ardisson a pu passer la deuxième porte (Moulins). Les zouaves nettoient la ville. Le capitaine Robert Henry, chef du groupement FFI de Langres, indique à Ardisson que l'état-major ennemi est dans la Tour Navarre, près de la place Bel'Air. Après une intervention du char Saint-Raphaël, un drapeau blanc apparaît. Selon l'historique du 2e cuirs, deux commandants, deux capitaines et un lieutenant se rendent (un résistant parle également de 30 hommes). L'un de ces capitaines est convaincu d'aller négocier la reddition de la citadelle.
16 h : après avoir franchi la porte des Terreaux avec les compagnies FFI du lieutenant Lucien Lamy et du capitaine Antoine, puis établi la liaison avec le 4/2e cuirs, l'escadron Fougère dirige quatre Sherman (Dupleix, Davout, Desaix, Dunois), montés par la 3e section (aspirant Lhopitault) de la 2/3e BZP, jusqu'au pont d'accès de la porte Nord de la citadelle. Le Dupleix est touché à la chenille droite par un coup de 105. Le capitaine allemand entreprend alors de parlementer avec la garnison. "Le feu s'arrête à la vue de l'officier porteur du drapeau blanc" (historique du 2e cuirassiers). Un capitaine d'artillerie de la citadelle obtient que la garnison sorte en rangs et en armes.
18 h : sortie de la citadelle. Le récit "Burnous rouges tombeaux blancs" évoque dix officiers, 300 gradés et hommes. On est loin des 3 000 hommes annoncés le 9 septembre. En réalité, selon le commandant Pichard, le gros de la garnison a fui par la RN 19 puis la route Langres - Gray. De source allemande, le IV./Sich.Rgt. 194 est considéré comme "détruit" à Langres.
Bilan : le 3e BZP déplore six blessés (dont le sergent-chef Lorfranc, le sergent Salah ben Armor et le caporal Albert Arty, qui meurt de ses blessures). Le bataillon revendique neuf officiers et 188 hommes capturés. Le 2e RSAR déplore un tué (capitaine Baudoin) et cinq blessés dans la journée (dont le lieutenant Bonnafont).

Les Américains blessés devant la citadelle

Les rapports de mission alliés permettent d'apporter des précisions sur les blessures de deux militaires américains opérant avec les FFI. C'est le cas du technical sergeant Borge Langeland, un des soldats d'origine norvégienne composant l'Operational Group Christopher. Avec son camarade Aanonsen, Langeland progressait derrière un char français avec le capitaine Melvin J. Hjeltness, les lieutenants Hirtz, Fletcher et Forster lorsqu'il a été touché. Il "a reçu une balle dans la jambe, alors le capitaine Hjeltness l'a ramené à l'officier médical du groupe [...] De l'autre côté de la route se trouvait le capitaine responsable du peloton avec l'officier Jebdurgh qui était blessé. Le capitaine Hjeltness a également obtenu un traitement médical pour lui." Ce n'est pas un Jedburgh qui a été touché, mais un agent américain de l'OSS, le lieutenant Curtenius Gillette (Giuseppe), comme le raconte le rapport du circuit SOE/OSS Steady (ex-Glover) : "L'un des chars [...] revint avec le capitaine français étendu à l'arrière [le capitaine Baudoin]. Il avait été touché par une balle explosive, du sang coulait partout sur lui, et le capitaine Kitch [Darwin J. Kitch, chef du circuit, parachuté avec Gillette dans la nuit du 11 au 12 septembre] était d'avis qu'il était mort lorsque le char est passé. La personne suivante qui est revenue était Gillette, qui avait du sang coulant sur son visage, et il tenait un bandage sur son oeil. Interrogé sur l'endroit où il avait été blessé, il répondit près de la porte de la citadelle. [...] Après la mort du capitaine français, toute l'équipe a reçu l'ordre de se retirer."

Rue Diderot, des soldats allemands capturés à Langres sont escortés par des FFI.


Opérations contre le gruppe Brodowski

Selon Jean Spiro (Clovis), du corps franc du maquis Henry, une force allemande estimée à 1 000 hommes est retranchée dans le triangle formé par les RN 19 (Langres - Vesoul), la route Champlitte-Langres et la route La Folie - Frettes. Le Russen-Btl 615 défend Grenant.
11 h : l'escadron de Baulny (2e RSAR) a reconnu Fayl-Billot, le carrefour de La Folie, Pierrefaites, et Ouge (Haute-Saône). Le JMO du 2e RSAR signale que l'ennemi s'est replié sur Laferté-sur-Amance. Le corps franc du maquis Henry accompagne comme infanterie portée un peloton de cavaliers français et ramène onze prisonniers. Au vu de l'itinéraire emprunté (Savigny - Farincourt - Molay - Morey - Pisseloup - Fouvent-le-Bas), il s'agirait du peloton de Marancourt du 1/3e RCA, plutôt que du peloton Buzonnière du 3/2e RSAR tel qu'indiqué par Jean Spiro.
17 h 30. JMO du 2e RSAR : "Un scout-car du sous-lieutenant Lamy [escadron de Baulny] se heurte dans Fayl-Billot à une colonne venant de Langres. Il est incendié : l'équipage disparaît. Peu de temps après, trois camions allemands arrivent chargés de troupes au carrefour de La Folie. L'ennemi réussit à prendre position. Après deux heures de combat, Fayl-Billot est repris ; l'équipage du scout-car rentre dans nos lignes ; les camions boches sont en flammes ; l'ennemi est abattu ou pris (un officier et quatorze hommes). A 19 h, l'escadron en liaison avec le 3e RCA tient Pierrefaites, La Folie et Fayl-Billot où il fait de nouveaux prisonniers." 
    L'ouvrage "Burnous rouges tombeaux blancs" apporte d'autres précisions sur cet engagement : "Venant de Fayl-Billot, une colonne allemande arrive au carrefour [de La Folie]. [...] Renforcé des éléments disponibles [du peloton Alland], le PC de l'escadron ouvre le feu. Mais l'ennemi dispose de moyens puissants : trois mitrailleuses de 20 et un canon aussitôt en batterie balayent le carrefour. Le lieutenant Bonnabont est blessé. Peu de temps après, l'adjudant Faveral est mortellement atteint par une balle de 20. Pendant ce temps, l'infanterie ennemie, descendue de camion, manoeuvre le carrefour. Devant la gravité de la situation, le capitaine donne l'ordre au lieutenant de Buzonnière de renvoyer son obusier aux abords du carrefour et de se porter rapidement avec le reste de son peloton sur Bize et Fayl-Billot de façon à pouvoir atteindre l'ennemi sur ses arrières [...] Cette manoeuvre judicieuse permet l'anéantissement de l'ennemi. Lorsque l'équipage du scout-car rentre dans nos lignes avec le spahi Bitbol blessé, tous les camions allemands sont en flammes, de nombreux cadavres gisent sur la route et dans les champs. Quatorze hommes et un officier se rendent. Les autres prisonniers, au nombre de 40, seront capturés par le 5e RCA, du côté de Grenant, le lendemain."
    Le 3/2e RSAR a effectivement été engagé avec le 3e peloton (sous-lieutenant Gentien) du 1/3e RCA (lieutenant des Moutis), qui évoque huit prisonniers faits à Fayl-Billot. Grâce à l'excellent blog consacré au 3e régiment de chasseurs d'Afrique, nous savons que la journée du 3e RCA (lieutenant-colonel Fouchet) a également été bien employée : parti d'Is-sur-Tille, passant par Prauthoy et Villegusien-le-Lac, le 5e escadron (autos-mitrailleuses) du capitaine André (pelotons Brémon, Maurice, de Bellefon) a mis hors de combat le détachement allemand qui venait de quitter le château du Pailly (30 prisonniers, des tués et blessés) et fait six prisonniers à Bannes (mais le chasseur Raymond Bonnilla a été grièvement blessé). Quant au 1/3e RCA, avant d'aller renforcer la défense du carrefour de La Folie, il a reconnu Bussières-lès-Belmont et Belmont comme libres, mais repéré un canon de 155 mm et d'autres pièces de gros calibre à Saulles.
18 h : parti également de Côte-d'Or, le groupement A (commandant Rouvillois) d'un autre combat command de la 1ère DB, le CC 2, annonce qu'il a atteint la ligne Frettes - Argillières (Haute-Saône). Ce groupement comprend le 5e RCA, une batterie du III/68e RAA, la compagnie Puigt du 1er BZP, une section du génie.
19 h 30 : le groupement Rouvillois est désormais sur la ligne Genevrières - Farincourt - RN 19. Il confirme que Bussières est libre mais, contrairement au 3e RCA, estime que Belmont est tenu. La nuit est passée sur place à Frettes, Genevrières et la ferme de la Voisine, avant une action offensive le lendemain.
21 h : une reconnaissance de la 2e compagnie du 1er BZP trouve le village de Maatz libre. La 3e compagnie du capitaine Vianne reçoit l'ordre d'occuper la localité. Parti le même jour de Dijon, ce bataillon, sous les ordres du commandant André Barbier, appartient au CC 2 de la 1ère DB. Sa 2e compagnie (capitaine Le Huede) venait de nettoyer Coublanc. C'est alors qu'une reconnaissance de cette unité sur Grenant "se heurte à courte distance à un panzerfaust" (JMO du 2e BZP). Le sergent-chef Cohen est grièvement blessé, son chef de section, l'aspirant Raymond Chabrolle, 25 ans, est porté disparu - son corps affreusement mutilé est retrouvé le lendemain. Rappel : c'est le Rus.Btl. 615 qui défendait Grenant.

Chalindrey a également été libérée le 13 septembre 1944. (Photo H. Schneider/CM 52).


14 septembre 1944

Opérations contre le gruppe Brodowski


Selon Jean Spiro, l'ennemi tient deux poches : Maatz, Coublanc, Grenant et Seuchey (major Schrade), Saulles et Belmont (général von Brodowski). Le CC 2 du colonel André Kientz est chargé de les réduire. Le groupement Rouvillois a pour objectif Belmont.
8 h : les canons français tirent sur le village de Belmont. Jean Spiro, qui accompagne le groupement, voit des maisons brûler. Le nettoyage est réalisé par le peloton léger Bernard Destremau, le peloton moyen Dory, le personnel du peloton de 57 (Yves Hervouët) et les FFI du corps franc du maquis Henry. Le JMO du 5e RCA note que les convois "sont massacrés. Nombreux tués, plus de 200 prisonniers, quatre pièces d'artillerie, dont deux canons de 88". Trois FFI sont blessés.
Vers 8 h : parallèlement, le 3/5e RCA (capitaine Dumesnil) et la 1ère compagnie (lieutenant Puigt) du 1er BZP, partie de Frettes, relèvent le 2e peloton du 1/3e RCA et un peloton du 2e RSAR à Fayl-Billot. En effet, des fantassins allemands, appuyés par l'artillerie, ont mené une action offensive et occupé les lisières Sud du bourg. Comme la veille, chars et zouaves des sections Rieffel et Feltin vont intervenir. "L'ennemi se dérobe, il est serré de près (neuf prisonniers aux lisières Sud du bourg) et rabattu vers le carrefour de La Folie où la section Vand et l'escadron Dumesnil capturent près de 150 prisonniers dont deux officiers, en fuite devant notre attaque" (JMO de la 1ère compagnie du 1er BZP). Selon le récit du 3e RCA, une batterie allemande est également prise après ce combat.
9 h 30 : Grenant est également nettoyé, mais l'explosion d'un véhicule allemand blesse grièvement le lieutenant Roger Aubel (qui devait reconnaître Saulles), le sergent Dumont et deux zouaves. Aubel sera amputé de la jambe gauche. Dans la matinée, les zouaves du 1er BZP occupent Saulles, Rougeux, Grandchamp, Rivière-le-Bois.
10 h : le détachement Rouvillois rejoint le carrefour de La Folie après avoir nettoyé les bois au sud de la RN 19 (il a fait 70 prisonniers). Le récit du 3e RCA fait-il référence à cet évènement lorsqu'il indique que le peloton de Marancourt a de nouveau été opposé à une colonne allemande à ce même carrefour (croisement de la RN 19 Langres - Fayl-Billot - Vesoul et de la route Champlitte - Bourbonne) ? Bilan : 74 prisonniers, et des tués. A partir de ce jour, où le 5/3e RCA entre dans Varennes-sur-Amance, le régiment cesse d'opérer en Haute-Marne pour se battre en Haute-Saône : ce même 14 septembre, il entre dans Combeaufontaine, dans Jussey, et il réalise enfin la liaison avec des cavaliers américains.
En fin de journée, le 5e RCA est à Pressigny, Broncourt, Cintrey et Vitrey-sur-Saône. En deux jours, il a perdu un tué (maréchal des logis Guy Dallé), trois blessés (dont le sous-lieutenant Hervouët), et un char a été endommagé. Il revendique 600 Allemands tués, blessés ou prisonniers, sept canons pris.

La jonction entre Overlord et Dragoon - 14 septembre 1944

    Pour le 2e RSAR, la journée du 14 septembre 1944 est d'abord celle des obsèques, en l'église de Saints-Geosmes, du capitaine Baudoin, dont le 4e escadron passe sous les ordres du lieutenant Jean Viénot de Vaublanc. Puis les pelotons reprennent leurs missions, que nous résumons ici. Une résistance est réduite à Frécourt, où le radio Lemoine est blessé ; près de Bonnecourt qui est tenu, le peloton de Gastines se heurte à un détachement de cyclistes (le spahi Guelloula est mortellement blessé, les spahis Bustamente et Piot sont blessés, tandis que le 2e RSAR revendique quinze tués et quatre prisonniers), puis à quatre camions qui sont détruits par une auto-mitrailleuse, un obusier de 75 et un canon de 57. Puis sont occupés Bonnecourt, Montigny-le-Roi qui était évacué, Neuilly-l'Evêque... De son côté, l'escadron Ronot progresse sur la RN 19 et réalise la jonction avec d'autres spahis (ceux du 1er RMSM de la division Leclerc) à 2 km au sud de Chaumont, à Chamarandes.

Un half-track à Chamarandes, où a eu lieu la jonction entre le 2e RSAR et le 1er RMSM.
(Collection G. Veillerette/Club Mémoires 52).


15 septembre 1944

. Une opération de nettoyage dans un bois près de Pressigny par le 5e RCA - et le 1er bataillon du Charollais - se solde par de lourdes pertes : le lieutenant Tahar ben Ahmed Soukehal et le chasseur Araibia Ziane sont tués, deux hommes sont blessés (dont sans doute Naod Negbil, décédé le même jour), cinq sont capturés. Mais quatre chasseurs qui avaient été pris parviennent s'échapper.
. Les FFI du groupe de Larivière-sur-Apance, du maquis Charles (Varennes) et du maquis de Fresnoy entrent dans Bourbonne-les-Bains, où s'installe le lendemain le 2e RSAR qui a réalisé une nouvelle liaison avec le 1er RMSM à Clefmont. Les spahis quittent la cité thermale le 16. Si des soldats allemands continuent à être capturés, la Haute-Marne est définitivement libérée.

Sources principales : SHD, série GR 34 N, JMO des unités des 1ère et 2e divisions blindées - Archives nationales américaines (Nara) - Archives nationales - Burnous rouges tombeaux blancs, 1953 ((historique du 2e RSAR) - Alexandre KAMINSKI, Les batailles de la libération et de la revanche avec le 2e cuirassiers, 1948 - JMO du 2e RSAR et du 5e RCA, site Internet chars-français - blog du 3e RCA - Journal de marche du 588e état-major principal de liaison, janvier - septembre 1944 - club Mémoires 52, La Haute-Marne et les Haut-Marnais durant la Seconde Guerre mondiale, 2022.

Toutes les illustrations de cet article sont parues dans "1944 en Haute-Marne : l'album de la Libération", club Mémoires 52, 2004.








mardi 25 août 2026

La libération de la Haute-Marne d'après les sources militaires (II) : dans l'attente du 15e corps, 1er - 10 septembre 1944

Une jeep du 25th Cavalry Reconnaissance Squadron à Doulaincourt, le 1er septembre 1944. 
(Cliché paru en 1994 dans Le Journal de la Haute-Marne).


    La 4th Armored Division poursuivant sa progression en Lorraine après avoir libéré Saint-Dizier, Wassy et Joinville (30-31 août 1944), il est nécessaire d'assurer la sécurité du flanc droit de la 3e armée du général Patton. Car les Alliés doivent tenir compte d'un autre flux de retraite menaçant leurs communications : celui des armées allemandes qui, après le débarquement de Provence (15 août 1944), abandonnent la moitié Sud de la France pour rejoindre le Nord-Est. Voici une chronologie des principaux évènements militaires (mouvements de retraite ennemis, mouvements défensifs et offensifs des unités américaines, etc.) qui vont marquer la période s'étendant entre le 1er et le 10 septembre 1944, c'est-à-dire jusqu'à l'action offensive du 15e corps américain*.

1er septembre 1944

. La Marne étant franchie, le général Kurt Feldt, commandant l'Abschnitt III, reçoit l'ordre de quitter Vittel pour déplacer son PC au-delà de la Moselle. Puis il rejoint très rapidement l'Allemagne.

. Le 182nd Field Artillery Group (12e corps américain) s'installe à Vecqueville et Joinville (le 216th FA A Bn prend ses quartiers à Joinville à partir du 3 septembre 1944). Le "Piper cub" L-4 43-30439, occupé par deux officiers du 752nd FA A Bn implanté à Guindrecourt-aux-Ormes, s'écrase entre Condes et Chaumont : le pilote, Rollin F. Wade, et l'observateur, James H. Munford (blessé), sont faits prisonniers.

. De sources allemande et américaine, une reconnaissance blindée US (du 121st Cav Rec Sqn du lieutenant-colonel J. F. Homefield), passée par Colombey-les-Deux-Eglises, pousse jusqu'à Jonchery, aux portes de Chaumont, avant de faire demi-tour**. La ville ne sera pas investie. La veille, sur ordre du Feldkommandant Werner Kleffel, le viaduc de Chaumont avait été partiellement détruit alors que les Américains étaient annoncés à 25 km de la cité (à Donjeux). 

. Dans l'après-midi, une troop du 25th Cav Rec Sqn, qui était le 31 août à Donjeux, accroche à Rimaucourt des éléments du Reserve-Beobachtung-Abteilung 44. Trois Allemands sont tués, dont le colonel Kutzen, chef du kampfgruppe Joinville. Cette arrivée des Alliés fouette les énergies des hommes du capitaine Jean Châtel, d'Ecôt-la-Combe, qui attaquent la garnison allemande d'Andelot. C'est un échec, qui coûte un tué aux Français (un gendarme). Accourt alors, de Chaumont, le 3e bataillon du SS-Polizei-Regiment 19 qui vient d'Auvergne. Il s'agit d'une des premières unités arrivées en Haute-Marne du gruppe du général Otto-Ernst Ottenbacher se repliant du Centre de la France. Ce n'est pas la seule : un rapport du groupe d'armées G signale que l'Aufklärungs-Abteilung 1000 (détachement de reconnaissance) est, à cette même date, dans le secteur de Montigny-le-Roi.

. Le même rapport du groupe d'armées G indique que le II./Sicherungs-Regiment 199, qui était à Troyes un mois plus tôt, marche sur Chaumont, tandis que le III./Sich.Rgt. 199, venu de Joigny (Yonne), est à Châtillon-sur-Seine (Côte-d'Or).

2 septembre 1944

. Ayant reçu pour mission de couvrir le flanc droit de son armée, le général Edmund B. Sebree, adjoint au commandant de la 35e division d'infanterie américaine, a pris le commandement d'une Task Force "S" - comme Sebree - chargée de tenir la ligne Blaise - Joinville. Relevant le CCB de la 4e DB, elle réunit des unités qui resteront en Haute-Marne jusqu'au 9 septembre 1944. On peut citer parmi elles : le 737th Tank Bn, qui se fixe le 2 septembre 1944 à 5 km au nord de Joinville ; le 320th Infantry Regiment, qui commence le 3 septembre 1944 à s'installer à Vecqueville et Joinville (le lendemain, d'autres unités du régiment s'établissent à Sommermont) ; le 654th Tank Destroyer Battalion du major John H. Minton, qui arrive le même jour à Nomécourt et La Folie, etc. 

. Le QG du 66. Korps et celui du gruppe Ottenbacher, qui tient la ligne Châtillon-sur-Seine - Andelot pour couvrir la retraite allemande, est à Langres. Le II./SS-Polizei-Regiment 19 qui était arrivé à Langres se porte, avec l'Aufklärungs-Abteilung 1000, sur Neufchâteau (Vosges) menacé par les Américains. A la date du 3 septembre 1944, le gruppe Ottenbacher, présent en Haute-Marne, en Côte-d'Or et en Saône-et-Loire, est composé des unités suivantes : II. et III./SS.Pol.Rgt. 19, Sich.Rgt. 1000 (deux bataillons), Aufkl.Abt. 1000, III./Sich.Rgt. 192, III. et IV./Sich.Rgt. 194, I. et II./Sich.Rgt. 95, SS Pz.Gren.Ausb.Btl. 18, Sich.Btl. 835, Ldsschtz.Btl. 907, IV./Sich.Rgt. 198.

. Départ le soir du convoi de véhicules stationnés au square du Boulingrin et à l'école normale à Chaumont : selon le journaliste Roger Prouhet, le Feldkommandant Kleffel est dans ce convoi (il sera tué le 7 septembre 1944 dans les Vosges). Ce témoin écrit : "La place est commandée par un Ortskommandant du grade de colonel, logé 2, rue Gambetta pour les bureaux et au bas de la vieille route de la Maladière pour son appartement". Il s'agit sans aucun doute du colonel Hans Grunert, chef du kampfgruppe Chaumont.

4 septembre 1944

. L'intention du commandement allemand est de continuer à renforcer la ligne Chaumont - Château-villain - Châtillon-sur-Seine par d'autres éléments du gruppe Ottenbacher arrivant dans la région. La tête de la 16. ID (division d'infanterie) a atteint la région de Langres. Les éléments motorisés du Sicherungs-Regiment 194 parviennent également en Haute-Marne.

5 septembre 1944

. Le gendarme Marc Seiler signale l'arrivée d'un détachement d'environ 400 fantassins allemands à Châteauvillain.

. Le maquis Charles (Varennes) harcèle des convois importants circulant sur les routes Langres - Bourbonne et Langres - Montigny-le-Roi.

6 septembre 1944

. Le colonel Emmanuel de Grouchy, chef départemental FFI, se rend dans la Marne pour rencontrer l'état-major de la 3e armée américaine. Il reçoit pour mission de couvrir son flanc droit (en vue du départ de la TF "S"). Pour ce faire, le major britannique Nicholas Redner Bodington, qui établit son PC à Sexfontaines, rassemble une "petite armée" de FFI haut-marnais, marnais et aubois pour tenir la ligne Juzennecourt - Bologne - Joinville.

7 septembre 1944

. L'historique du 693rd FA Bn évoque sa présence sur la Marne devant Chaumont pour des missions de patrouilles. Au cours d'un échange de tirs, un château d'eau fut endommagé, et un soldat du génie fut blessé.
. Le maquis Henry (Bussières) signale le passage d'environ 42 véhicules sur la route Champlitte -Bourbonne, à proximité de Frettes.

8 septembre 1944

. A cette date, le lieutenant-colonel Ludwig Wienkoop, qui fut en poste à Périgueux puis à Guéret, a pris le commandement du kampfgruppe Andelot. La garnison allemande se compose toujours du Reserve-Beobachtung-Abteilung 44, désormais commandé par le lieutenant Ring (le major Portmann était hospitalisé à Langres), d'éléments du Sich.Rgt. 95, de l'Artillerie-Regiment 1 708, etc.

. Le camp ZISA - unité du secteur de Saint-Blin rattachée aux FFI des Vosges - signale l'occupation de Prez-sous-Lafauche par les Allemands. Le III./Sich.Rgt. 192 est à Liffol-le-Grand.

. Le 749th TD Bn quitte la région de Reims pour la forêt de Mathons.

9 septembre 1944

. Une mission de l'état-major national FFI venue de Paris estime la garnison allemande d'Andelot à 1 000 hommes, tandis que 100 à 400 Allemands sont à Prez-sous-Lafauche (entre Andelot et Neufchâteau). Elle croit savoir qu'il y a de 2 700 à 3 000 Russes et Allemands à Chaumont. Pour le commandant Michel Pichard, délégué militaire départemental français, la garnison chaumontaise représenterait plutôt de 1 000 à 1 500 ennemis après le renforcement d'Andelot. Toujours selon Pichard, à la même date, il y aurait environ 3 000 Allemands dans la citadelle de Langres.

. La Task force "S" quitte la Haute-Marne (elle participera à la libération de Nancy). La ligne Blaise - Joinville reste tenue par les FFI du major Bodington et des cavaliers américains. La 2e DB française (15e corps américain) qui a pris Paris commence à s'installer en Haute-Marne (à Villars-en-Azois et Silvarouvres, notamment).

. Le détachement allemand du lieutenant Kaufmann, chef de compagnie de l'Alarm-Bataillon Brendel, reçoit l'ordre de quitter Montbard pour Longeau afin d'y établir un point d'appui. L'Ost-Bataillon (dit Russen-Bataillon) 615 du major Friedrich Schrade, qui s'était également joint au gruppe Brodowski en Côte-d'Or, est chargé de défendre les passages du canal entre Dommarien et Champlitte (son PC doit se porter sur Leuchey).

. La garnison de Châtillon-sur-Seine (Côte-d'Or) quitte cette ville pour Langres. Il s'agit essentiellement du III/./Sich.Rgt. 199. Le colonel Krappmann commande cette colonne qui se heurte aux FFI - et aux parachutistes américano-norvégiens de l'OG Christopher - au pont de Maisey-sur-Seine. 

. Dans la nuit du 9 au 10 septembre, des patrouilles allemandes, sorties notamment d'Andelot (Reserve-Beobachtung-Abteilung 44), mènent des coups de main contre les postes FFI ou postes mixtes FFI/cavaliers américains à Doulaincourt (un FFI tué), Bologne (trois FFI blessés) et Busson. Elles sont repoussées.

10 septembre 1944

. Une section du 106th Cav Rec Sqn (lieutenant-colonel Kelton S. Davis, remplaçant le lieutenant colonel Francis M. Olivier tué le 9 août 1944), venue de Côte-d'Or, accroche un détachement allemand au carrefour de la RN 65 et de la route de Coupray, près de Latrecey. Un autre élément de l'escadron entre dans Châteauvillain, évacué par sa garnison. Des éléments du 13e bataillon du génie et du 1er bataillon du Régiment de marche du Tchad (2e DB) font également leur entrée dans ce bourg endeuillé par le massacre du 24 août 1944. Une libération définitive qui signifie qu'un nouveau jalon de la ligne Châtillon-sur-Seine - Chaumont - Neufchâteau vient de "sauter".

. Le IV./Sicherungs-Regiment 200 (capitaine Gudermann), qui appartient au gruppe Brodowski, est à Maatz. Dans l'après-midi, selon le journal de marche du 588e état-major de liaison (Von Brodowski), une attaque aérienne près de Longeau blesse seize hommes d'un bataillon allemand, dont son chef et un commandant de compagnie.


* A de rares exceptions, les opérations des maquis et des agents et parachutistes alliés (OSS, SOE, SAS, OG), déjà évoquées sur ce blog, ne sont pas rappelées ici.

** Pour le journaliste Roger Prouhet, cet évènement intervient plutôt le 30 août 1944, et selon le journal de marche du maquis Duguesclin, le 2 septembre 1944.



dimanche 23 août 2026

La libération de la Haute-Marne d'après les sources militaires (I) : 30 août - 1er septembre 1944

Des éléments du CCB de la 4th Armd Div à Courcelles-sur-Blaise,
31 août 1944. (Collection club Mémoires 52).

    Depuis 1984 et la venue en Haute-Marne du colonel James Leach, libérateur de Chancenay, on connaît, dans les grandes lignes, les circonstances de la libération de Saint-Dizier. A cette occasion, Jean-Marie Chirol avait recueilli le précieux témoignage de cet officier. Quarante-deux années se sont passées, et l'ouverture à la consultation des sources militaires américaines, allemandes et françaises permet d'améliorer la connaissance de ces évènements. Cette série d'articles dont voici le premier volet se propose d'apporter de nouveaux éléments d'information sur la retraite allemande et la libération du département.

1. Prologue (10 - 29 août 1944)

    Rennes le 4 août 1944, Laval le 6, Le Mans le 8... Si la bataille de Normandie prend effectivement fin le 21 août 1944 avec la réduction de la poche de Falaise, les Alliés ont pu sortir victorieusement de cette région dès le début du mois d'août 1944, et entamer la libération de la Bretagne et du Maine. Rapidement, le commandement militaire allemand envisage d'aménager une ligne de défense passant notamment par la Somme et la Marne. Voilà pourquoi, le 9 août 1944, le general der kavallerie (général de corps d'armée) Kurt Feldt, alors à la tête de l'état-major du commandement militaire du Sud-Ouest, reçoit l'ordre de quitter Amboise (Indre-et-Loire) pour le département des Vosges, d'où il assumera sa nouvelle mission. Son état-major se porte le 10 sur Neufchâteau, puis sur Vittel. Feldt est un cavalier de 57 ans. Vétéran de 14-18, il commandait en 1940 la 1. Kavallerie-Division, et à ce titre il a été vainqueur sur la Loire à Saumur. Quatre ans plus tard, le voici commandant de la "section" (Abschnitt) III qui correspond à la défense sur le cours de la Marne.

Un dispositif solidement encadré
    Pour réaliser sa mission, Kurt Feldt est entouré d'officiers expérimentés. Le kommandeur des pionniers de forteresse IV, qui est à Joinville à la date du 17 août 1944, est le colonel* Radeke (ou Radecke), qui fut en poste à Bordeaux. Radeke est assisté, à Wassy, du colonel Brandt, et à Chaumont du colonel Lipken, lequel commandait - également dans le Sud-Ouest - l'état-major des pionniers de forteresse 28. Pour effectuer les travaux ordonnés, les majors Nowak (Langres), Könige (Chaumont), Holke (Joinville), ce dernier auparavant affecté à Royan, et le lieutenant-colonel Hülk (Bienville) disposent des 13e et 28e bataillons de pionniers de forteresse dont les compagnies sont implantées sur le cours de la rivière. Parallèlement, des groupes de combat (kampfgruppe) chargés d'assurer la défense de ces positions sont mis sur pied et confiés à d'autres officiers supérieurs. A la date du 28 août 1944, Kurt Feldt a divisé sa "section III" en sept "secteurs de travail". Si l'on se réfère aux unités de pionniers placées sous leurs ordres respectifs, on peut penser que le lieutenant-colonel von Gebsattel, ancien Feldkommandant de Rennes (FK 748), défend la région entre Saint-Dizier et Joinville (secteurs 1 et 2), le colonel Kutzen, Feldkommandant de Laval, est dans la région de Joinville (secteurs 3 et 4), le colonel Grunert est aux abords de Chaumont (secteurs 5 et 6), enfin le colonel Gollé défend les environs de Langres (secteur 7).
    Josef Gollé a 49 ans. Colonel depuis juin 1943, il a précédemment servi dans un régiment de chasseurs de montagne (Geb.Jg.Rgt. 100). Hans Friedrich Wilhelm Grunert a le même âge. Il commandait le Grenadier-Regiment 988 (276. Infanterie-Division) le 10 décembre 1943, après avoir été à la tête du GR 915. Grunert laisse son régiment au major Wömpener le 20 juillet 1944 après avoir été nommé auprès du général Feldt comme chef d'un état-major de reconnaissance. Von Gebsattel semble correspondre au baron Frantz von Gebsattel. Quant à Hans Joachim Kutzen, c'est un ancien combattant de 14-18 né à Metz en 1886. Dans la Mayenne, il a ordonné des arrestations qui ont eu pour conséquences des déportations**.

Travaux dans l'urgence
    Le temps presse. Dès le 19 août 1944, jour du déclenchement de l'insurrection parisienne, le général Feldt apporte des préconisations sur la réalisation des travaux. Dans le cas de Saint-Dizier, il écrit qu'"une position d'avant-postes au-delà de la Marne est à établir en intégrant les installations existantes à l'aérodrome". D'une façon générale, le général ordonne d'édifier des "barrages antichars sur toutes les grandes voies de circulation", de creuser des fossés antichars "partout où les obstacles naturels font défaut" (de tels aménagements sont ainsi réalisés entre Chaumont et Semoutiers). Dans sa note secrète, Feldt insiste sur le fait que "tous les travaux de construction doivent être camouflés dès le début contre l'observation aérienne", travaux revenant à l'Organisation Todt mais aussi "en faisant appel sans ménagement à la population civile française". Pour le général, "il importe que dans les plus brefs délais - au plus tard d'ici la fin du mois - la position soit dans les grandes lignes achevée"
    Afin de disposer de davantage de main d'oeuvre, le commandant de la "section III" peut aussi compter sur l'aide de soldats du Freiwilligen (Kosaken)-Stamm-Regiment 5 (volontaires cosaques). Ainsi, tandis que six escadrons tiennent la ligne Villiers-sur-Suize - Longeau, c'est-à-dire un axe parallèle à la RN 19 - RN 74, pour protéger les travaux, environ 700 cosaques ont été chargés de construire des positions défensives entre Chaumont et Langres. Une série de photos, non localisées mais représentant vraisemblablement le secteur langrois, montre en effet des travailleurs de l'Est creusant des tranchées.
    A la date du 22 août 1944, le territoire de la Haute-Marne administré par le colonel Werner Kleffel (Feldkommandantur 769) dispose, pour sa défense, du 5e régiment de volontaires (cosaques) du lieutenant-colonel Erich Stabenow, du 44e groupe d'observation de réserve (Reserve-Beobachtung-Abteilung) du major Dr Portmann, des 1er et 3e bataillons du 305e régiment d'instruction des transmissions aériennes (Luftnachrichten-Ausbildungs-Regiment ou Ln.Ausb.Rgt.) et du 1er bataillon du 302e régiment d'instruction des transmissions aériennes, bataillon peut-être déjà commandé par le capitaine Heinz Weinauer. Parallèlement, la retraite amène d'autres formations sur le sol haut-marnais.

La retraite venue de l'Ouest
    Une partie des troupes qui se replient transite par Troyes et Bar-sur-Aube pour se diriger sur Chaumont. C'est ainsi que le 19 août 1944, un détachement d'aviateurs (appartenant sans doute à un Ln.Ausb.Rgt.) fait halte à Colombey-les-Deux-Eglises en empruntant la RN 19. Du 20 au 22 août 1944, les membres du commandement de l'armement (Rüstungskommando, ou Rü-Kdo) d'Angers et de Troyes, ainsi que les services administratifs de la Feldkommandantur 533 (Troyes), rejoignent également Chaumont en passant par Bar-sur-Aube. Ceux d'Angers passent la nuit à la caserne Von Seekt (sans doute le quartier Foch), avant que tous ne gagnent Neufchâteau via Saint-Blin. Aux alentours du 23 août 1944, c'est le II./Ln.Ausb.Rgt. 402, positionné à Troyes, qui rejoint le 1er bataillon à Chaumont.
    D'autres éléments de l'armée allemande, toujours en provenance de l'Aube, entrent en Haute-Marne fin août 1944, mais en empruntant d'autres axes. C'est pour faciliter leur passage que le général Feldt a ordonné de ne pas détruire les principaux ponts sur la Marne (Saint-Dizier et Joinville, en particulier), tandis que tous les autres ouvrages situés entre Chaumont et la cité bragarde sautent le 27 août 1944. La Haute-Marne voit ainsi passer, le 29 août 1944, le 1er bataillon de la 51e brigade SS de grenadiers de chars venu de Giffaumont et continuant directement son trajet sur Ligny-en-Barrois (Meuse) par Saint-Dizier, ainsi que des éléments de la 15e division de grenadiers de chars (appartenant sans doute au 115e régiment de grenadiers de chars) qui abattent un prisonnier FFI à Anglus. Tôt le 30 août 1944 encore, une colonne de cette même division se scinde en deux à Montier-en-Der, une partie partant sur Saint-Dizier, une autre (composée, selon Jean-Marie Chirol, de 18 chars, deux groupes d'artillerie portée de 150, une trentaine de camions et véhicules divers) gagnant Wassy, Joinville puis vraisemblablement la Lorraine. Un passage in extremis car le 30 août 1944 est le jour de la prise de Saint-Dizier par la 3e armée américaine du général Patton.

2. La libération de Saint-Dizier
    D'après le journal de marche du 37e bataillon de chars (37th Tank Battalion ou Tk Bn), commandé par le lieutenant-colonel Creighton W. Abrams, c'est à 20 h 30, le 29 août 1944, que l'ordre est donné de prendre Saint-Dizier. C'est un autre point de passage de la Marne, comme Vitry-le-François et Châlons-sur-Marne qui viennent d'être libérés par la 4e division blindée (4th Armored Division) du général John S. Wood. La libération de la cité bragarde revient au combat command A (CC A) du colonel Bruce C. Clarke, plus précisément à la colonne commandée par le lieutenant-colonel George L. Jaques, chef de corps du 53e bataillon d'infanterie blindée (Armored Infantry Battalion ou Armd Inf Bn).
    Selon les "rapports du matin" (morning reports) quotidiens de l'armée américaine, c'est entre 6 h 45 et 8 h 30, le 30 août 1944, que s'ébranlent les unités chargées de prendre Saint-Dizier. Elles partent, pour les premières, de Vitry-le-François et Couvrot, pour les suivantes de Marson et L'Epine, dans la région de Châlons. Dans l'ordre, font mouvement la compagnie B du 37th Tk Bn (lieutenant James H. Leach), la D/37th Tk Bn (capitaine John McMahon), la B/53rd Armd Inf Bn (capitaine Alfred J. Owen), la C/35th Tk Bn (capitaine Crosby P. Miller - c'est la seule unité unité de ce bataillon à prendre part aux opérations), la C/53rd Armd Inf Bn (capitaine Roy C. Breaux), la A et la C/37th Tk Bn, etc.

Le flou sur les défenseurs allemands 
    Nous connaissons bien les unités américaines. Quid des formations ennemies défendant la ville ? Les archives militaires allemandes évoquent, sans plus de précision, la présence de deux Alarm-Bataillon, c'est-à-dire deux unités mises sur pied pour la circonstance. Un document de même origine fait également état d'un bataillon du 157e groupe mixte de défense anti-aérienne (Gemischte-Flak-Abteilung) présent à cette date dans la région de Saint-Dizier, sans qu'il soit établi qu'il a effectivement participé à la défense de la ville. Les seules certitudes concernent des localités aux abords de la cité : le 7e régiment de transmissions aériennes (Luftgau-Nachrichten-Regiment) perd sept tués à Villiers-en-Lieu, et le 104e régiment de grenadiers de chars (15e division) se bat à Chancenay. Toutefois, on peut vraisemblablement avancer que des éléments de la 3e division de grenadiers de chars sont présents dans la cité au moment de l'arrivée des Américains. En effet, dans un chapitre portant sur la période 25-31 août 1944, l'historique de cette division qui vient d'être rappelée d'Italie indique que la tête de pont sur la Marne à Saint-Dizier est défendue par le 3e bataillon motorisé du génie, des éléments des 8e (lieutenant von Rech) et 29e (lieutenant Richter) régiments de grenadiers de chars, ainsi que la section du génie (lieutenant von Wendorff) du 103e détachement de chars. Leur objectif est de recueillir la 15. Pz.Gren.Div qui retraite depuis l'Aube***. La 3. Pz.Gren.Div. est précisément installée dans le Triangle Bar-le-Duc - Saint-Dizier - Vitry-le-François. A la date du 29 août 1944, par exemple, le Pz.Gren.Rgt. 29 (major Dr Kurt Schaefer) est cantonné à Beurey-sur-Saulx, Couvonges, Mognéville et Robert-Espagne (3e bataillon), à Sermaize-les-Bains (1er bataillon), Troisfontaines-l'Abbaye, Cheminon, etc. Il s'agir du régiment qui a commis, ce jour-là, les massacres de la vallée de la Saulx.

Une attaque par l'ouest 
    Voyons maintenant de plus près les opérations côté américain. L'état-major du 53rd Armd Inf Bn situe son arrivée sur la zone à 9 h 15. Pour le rapport quotidien de la C/35th Tk Bn, c'est à 12 h 30 que l'attaque de Saint-Dizier est lancée. L'ouvrage Patton's Vanguard précise que les chars légers de la D/37 et trois Sherman 105 mm de ce bataillon sont en tête de la progression sur la ville. Ils affrontent deux pièces de 88. Puis le lieutenant-colonel Jaques ordonne à la D/37 (McMahon) de prendre le terrain d'aviation - elle est soutenue par les fantassins de la B/53 - tandis que la B/37 (Leach) doit contourner la ville par le nord, couper la route Saint-Dizier - Bar-le-Duc à Chancenay et la voie ferrée. La prise de la cité bragarde revient au 53rd Armd Inf Bn, à la C/35 (Miller) et au 94th Field Artillery Armored Battalion (bataillon d'artillerie de campagne blindée, ou FA A Bn).
    Les rapports quotidiens des unités de la division (par exemple : l'état-major et la compagnie C du 53rd, la D/37) mentionnent des accrochages avant l'entrée dans Saint-Dizier. Qu'en est-il réellement ? Le "rapport après action" du 53rd Armd Inf Bn confirme être parti d'une position à 2 miles au nord de Vitry-le-François à 7 h. "Près de l'entrée Ouest de Saint-Dizier", donc en direction de Vitry, "l'avant-garde a subi le feu d'antichars, d'artillerie et d'armes légères et à 9 h 15 les chars et l'artillerie se sont mis en position. Des canons anti-aériens de gros calibres ont été localisés dans un grand aérodrome [le terrain de la Luftwaffe que semble avoir quitté le 25 août 1944 le I./Nachtjagdgeschwader 5 - escadre de chasse de nuit] juste à l'ouest de la ville et furent prises sous le feu de notre artillerie divisionnaire. L'avion de liaison de l'artillerie rendit compte qu'un bataillon ennemi se trouvait dans le secteur de Villiers-en-Lieu et l'artillerie fut engagée dans cette région".
    La présence de ce "bataillon" ennemi est confirmée par l'historique du 94th FA A Bn, qui précise que le tir américain est exécuté par la batterie C sur les indications du second lieutenant Harley S. Merrick, observateur emmené par un Piper-cub. Le colonel Ernest A. Bixby, commandant l'artillerie divisionnaire, viendra féliciter ces hommes. L'historique du bataillon note qu'un camion rempli de bouteilles de cognac a été touché. 
    En situant cette force adverse à Villiers-en-Lieu, les sources américaines infirment donc notre première supposition que le lieu concerné soit l'entrée de ville direction Wassy, et que le "bataillon" ennemi repéré aurait pu correspondre à un mélange de soldats allemands et de FFI de la Compagnie du Val alors engagés route de Joinville (lire plus loin).

Les libérateurs de Saint-Dizier appartiennent à la 4e division blindée. (Collection L. Fontaine).



Accrochages à Villiers-en-Lieu...
    Le nettoyage de Villiers est exécuté par la C/37 et la C/53 (vers 13 h 30, d'après les rapports quotidiens). "Beaucoup de véhicules et de canons ont été détruits avec beaucoup d'ennemi tués et un grand nombre de prisonniers, le reste fuyant vers l'est", précise le rapport du 53rd Armd Inf Bn qui ne donne pas d'heure précise. De source française, le Luftgau-Nachrichten-Regiment 7 a perdu sept tués à Villiers-en-Lieu, dont les radios Horst Margier et Manfred Spiecker. La commune déplore trois victimes civiles : Serge Grelet, 17 ans, abattu par des soldats allemands, Léa Linguenheld et le jeune Hébert Party, 14 ans, tués par méprise par la 4th Armored Division. De son côté, le journal de marche du 37th Tk Bn précise que la D/37 a rejoint, à 12 h 40 à Saint-Eulien (Marne), la colonne de son bataillon (passée par Vauclerc et sans doute Thiéblemont) et qu'avec une section de la compagnie C du 10th Armored Infantry Battalion (seule unité de ce bataillon engagée ce jour-là en Haute-Marne), les chars ont pris "un camp de l'Organisation Todt" au sud de Saint-Eulien - un camp militaire servant effectivement de casernement de travailleurs et d'entrepôt de matériels.
    L'autre principal évènement du jour à l'entrée Ouest de Saint-Dizier, c'est la prise du terrain de Robinson utilisé par la Luftwaffe. Pour le 37th Tk Bn, ce sont un Dornier 17 et deux Messerschmitt 110 qui sont détruits au sol par la D/37 qui, lors de sa progression, a également détruit trois canons de 75 mm.
    Pour sa part, l'historique du 191st Field Artillery Battalion indique que l'unité arrive à 11 h 25 à quelques miles à l'ouest de la ville. Puis, "durant l'après-midi, une tour d'usine contenant un poste d'observation ennemi a été détruite, et deux batteries ennemies ont été neutralisées, une d'entre elles était examinée plus tard et trouvée avec tous ses canons hors d'état d'agir". On peut penser qu'il s'agit des pièces de 88 mentionnées plus haut.

... et à Chancenay
    A peu près au même moment où Villiers-en-Lieu était nettoyé, le maquis Mauguet qui descendait sur Saint-Dizier est accroché à Chancenay par un élément du Pz.Gren.Rgt. 104. Rappelons que ce village est l'objectif de la compagnie du lieutenant James Leach. Ce détachement ennemi - fort d'au moins 170 soldats - s'était installé à Chancenay dans la matinée. Il appartient sans doute à cette colonne de la 15. Pz.Gren.Div qui s'était scindée en deux à Montier-en-Der et qui a donc pu transiter par la région bragarde avant l'entrée des Alliés.
    Dans son mouvement de contournement de Saint-Dizier par le nord, la B/37 (trois pelotons, soit seize chars lourds) du lieutenant Leach passe par Villiers-en-Lieu et la forêt de la Haie-Renault avant d'arriver à Chancenay par le chemin de Trois-Fontaines. Au cours du nettoyage de la résistance, le char Boucaneer est touché, le sergent Leonard Blume et le soldat Arthur Connelly sont tués, le caporal Joseph S. Williams et le soldat Charles A. Green sont blessés. A 15 h, le combat est terminé. Le maquis Mauguet déplore neuf tués ou blessés mortels. Un jeune habitant du village a trouvé la mort. Côté allemand, le lieutenant Otto Probst, de la 15. Kompanie du Pz.Gren.Rgt. 104, Siegried Schäfer et trois grenadiers sont tués, peut-être quinze autres sont blessés, et 151 capturés.
    Pendant ce temps, Américains, entrés notamment par l'avenue de la République, et FFI nettoient la ville, notamment le quartier de Gigny. Le rapport de la C/53rd Armd Inf Bn indique que l'unité est entrée à Saint-Dizier à 16 h 45 et qu'elle a traversé la cité sans rencontrer l'ennemi. La A/37th Tk Bn situe son arrivée dans la ville à 17 h.
    Durant cette journée, quelle fut, pour sa part, l'action de la Compagnie du Val du capitaine Victor Thérin, qui s'est rapprochée en fin de nuit du quartier des Ajots ? Les quelques sources françaises - souvenirs du résistant Raoul Laurent, récit du capitaine Thérin, relation de l'amicale des maquis du Val et Mauguet, journal de marche du colonel de Grouchy, compte-rendu du lieutenant Lelong - permettent de proposer la chronologie suivante : vers 9 h, accrochage près de la ferme Saint-Pantaléon, non loin de la route de Joinville (quatre FFI blessés) ; entre 10 h et 11 h 30, occupation par les FFI de la mairie et de la sous-préfecture après avoir franchi le pont Godard-Jeanson intact**** ; à 11 h 30 : départ de l'ennemi de la route de Valcourt qui permet à la section Lelong d'entrer dans Saint-Dizier deux heures plus tard ; dans l'après-midi : nettoyage de la ville, alors que les Allemands fuient par la route de Nancy (RN 4). La compagnie formée en forêt du Val, en périphérie sud-ouest de Saint-Dizier, aura déploré un tué (Lucien Groffe) durant la journée. 

Les pertes
    Nous sommes dans l'ignorance des pertes ennemies dans la cité bragarde. Quelques photos montrent au moins deux cadavres de soldats allemands : l'un avenue de la Paix (aujourd'hui avenue d'Alsace-Lorraine), l'autre aux Cités de l'Est. Pour les deux journées du 29 et du 30 août 1944, le 37th Tk Bn revendique 112 tués et seulement 17 prisonniers, alors que l'historique du 12e corps américain évoque bien 151 prisonniers au crédit de la 4th Armored Division (c'est le combat de Chancenay).
    Longtemps, l'historiographie haut-marnaise n'a résumé les pertes américaines qu'à celles subies à Chancenay (deux tués, deux blessés). En réalité, il y eut quatre tués ce jour-là côté américain, et au moins huit blessés. Les nouvelles victimes révélées par la consultation des Archives nationales américaines sont le soldat Robert H. Haslbeck (A/53rd Armd Inf Bn) et le sergent Arthur Henderson (Hq Co/37th Tk Bn) pour les tués, le sergent Hebert P. Kleeman, le capitaine John R. Finnegan et le soldat Maurice B. Swarthout (tous de la A/53rd Inf Bn), le second lieutenant Fred H. Ihlo Jr et le sergent Joseph E. Lynch (Hq Co/37th Tk Bn), enfin le soldat Clyde Schaffer (94th FA A Bn) pour les blessés.
    C'est surtout la population civile qui a payé le prix le plus cher à la libération, ainsi que l'a révélé le club Mémoires 52 : 23 victimes.
    Ce 30 août 1944 est également le jour de la libération de Montier-en-Der par les FFI de la Compagnie du Der, qui ont vu arriver dans la soirée une avant-garde du 25th Cavalry Reconnaissance Squadron, unité de reconnaissance de la 4th Armored Division. Le lendemain matin, le CC A de cette division poursuit sa progression en direction du Rhin en se portant sur Ligny-en-Barrois où ils affronteront des éléments de la 3. Pz.Gren.Div.

3. Le Nord Haute-Marne recouvre la liberté, 31 août 1944

    C'est au tour du combat command B de la 4th Armored Division de passer à l'action dans le Nord Haute-Marne. Il quitte le secteur de Brienne-le-Château (Aube) entre 7 h 15 et 8 h 30 pour prendre la direction de l'Est. Deux colonnes peuvent être identifiées. 

    La compagnie C du 51st Armored Infantry Battalion, commandé par le jeune lieutenant-colonel Alfred A. Maybach, 29 ans, entre en Haute-Marne après Epothémont (Aube). Son itinéraire : Louze, Sauvage-Magny, Thilleux, Rozières, Sommevoire, Mertrud, Courcelles-sur-Blaise, Dommartin-le-Franc, Morancourt, Guindrecourt-aux-Ormes, Fays, Maizières-lès-Joinville, à quelques kilomètres de la Marne dont les ponts ont été détruits le 27 août 1944. 

    Une deuxième colonne passe plus au sud, par Trémilly (9 h 30), Nully, Blumeray, Villiers-aux-Chênes, Doulevant-le-Château, Charmes-en-l'Angle, Brachay, Mathons et Nomécourt (14 h 22). Un temps d'arrêt est marqué devant la rivière Marne. En effet, explique le rapport du 8th Tank Battalion (lieutenant-colonel Edgar T. Conley Jr), "l'ennemi a fait exploser deux ponts et [il y a] un cratère sur la route au nord-est de Chevillon". Voilà pourquoi le 51st Ard Inf Bn fait halte à Nomécourt jusqu'à 17 h 45, avant de se porter aux abords de Chatonrupt où la Co A assure la protection des sapeurs réparant un pont sur la rivière. 

"Rude" accrochage devant Chevillon

    Durant cette journée, la progression du CCB s'est faite sans grande difficulté, sous la pluie. Le 8th Tk Bn, dont la Co C est à l'avant-garde, signale un "rude" combat avec une arrière-garde allemande avant de prendre Chevillon. Le first lieutenant William J. Marshall, du 8th Tk Btn, se distingue lors de ces combats, de même que le first lieutenant John V. Keenan du 25th Cavalry Squadron. Un Haut-Marnais servant avec un stick du 2nd SAS regiment (lieutenant James Edmund Cameron, opération Rupert) signale la présence de deux compagnies allemandes à Sommeville, et un combat mené avec l'appui de l'artillerie américaine au lieu-dit Croix du Châtelet. Au cours de cette journée, 20 prisonniers ont été faits en cours de route par la Co B du 51st Armd Inf Bn qui est en pointe. Parmi eux, des soldats russes capturés à Doulevant-le-Château, où un civil, M. Péroni, a été tué par méprise par les Américains. Aucune perte côté allié.

Une jeep à Doulevant-le-Château, 31 août 1944. (CM 52).


    En fin de journée, les éléments du CCB sont positionnés à Magneux, Maizières-lès-Joinville, au nord-est de Sommancourt. Le 253rd Armored Field Artillery Battalion est à Maizières, Sommermont et Sommancourt. 

    Pour mémoire, ce sont les hommes du 25th Cavalry Squadron, progressant entre les deux colonnes, qui sont entrés dans Joinville. A Wassy, la libération est l'oeuvre de leurs camarades du 42th Cavalry Squadron, si l'on se réfère aux photos prises ce jour-là. Car les rapports quotidiens de l'unité du 31 août 1944 situent ses différentes troops dans la Meuse - à l'exception, en effet, de la troop A qui, partie de Saint-Vrain (Marne), s'est portée à Chevillon via Valcourt.

Des témoignages 

    Il existe de rares témoignages écrits de Haut-Marnais ayant vécu cette journée mémorable. En voici quelques-uns. Avocat à Paris, Robert Burgeat est à Doulevant-le-Château, où des "cosaques du Don" - du Freiw.(Kos.).Stamm.Rgt. 5 - sont installés depuis quatre jours. Ce témoin raconte : "9 h... Le téléphone nous apprend à l'instant que les Américains sont en train de passer à Nully !"." Les voilà déjà à Doulevant. Un bref combat les oppose aux Russes. Un habitant de Bouzancourt, Maurice Jacquin, se souvient qu'un Italien d'origine résidant dans le bourg "se précipite en criant "les voilà !". Par une fatale méprise, il est abattu par une rafale". Les Américains, M. Jacquin les voit également passer dans son village, situé entre Doulevant et Blaise : "Vers 15 h, une autre colonne américaine sans chars venant de Bar-sur-Aube - Beurville arrive à Bouzancourt et quittant la grande route bifurque pour prendre Ambonville, Leschères en direction de Joinville". Quelques instants plus tard, l'adjudant FFI René Formentin, des Commandos M, est tué à Daillancourt. A Wassy où le pont sur le canal a sauté la veille, les Allemands patrouillent encore rue Gresley, à midi. Le juge Jean Lallement, en poste dans la ville, signale qu'à 14 h, les Américains sont signalés à la porte de la Madeleine. Il dénombre deux jeeps, deux autos-mitrailleuses et un char.

    C'est dans l'après-midi que les ouvrages de Joinville sont détruits par les Allemands. Germaine Chainel témoigne : "Un claquement sec, le pont métallique [sur le canal] se soulève d'une seule pièce dans un bruit de ferraille et retombe disloqué dans le lit à sec du canal. Au tour du pont de la Marne. [...] Un bruit formidable [...] Une grêle de pierres, de débris de toutes sortes s'abat sur la ville. [...] Nous attendons le tour du pont de Cent-Mètres. Heureusement il n'est pas venu. Pourquoi ? [...] Le pont de la Marne est coupé par le milieu sur une longueur de plus de 10 m."

    En début d'après-midi, les Américains qui ont libéré sans combat Joinville entrent également dans Fronville, sur la RN 67 en direction de Chaumont. Un jeune homme, Guy Seigle, leur indique la présence d'un dépôt de munitions ennemi à Saint-Urbain et leur signale la possibilité de trouver un gué sur la Marne vers le passage à niveau : "Avec Charles Durand, nous accompagnons trois soldats US à bord d'une jeep afin de les guider vers ce passage. Au moment où nous y arrivons, une Traction avant Citroën, avec à son bord des officiers allemands, cherche à forcer la route en direction de Joinville. [...] Un GI, sur la jeep, ouvre le feu. Les Allemands font demi-tour sur place et repartent vers Chaumont. Un gradé US saute dans la jeep et poursuit la Traction en tirant des rafales de mitrailleuse [...]" Vers 18 h, "un GI est tué, entre Les Maisonnettes (Mussey) et la gare de Donjeux" : il s'agit du caporal Edward Rogers, du 25th Cavalry Reconnaisance Squadron, seule victime du jour à la division. A Donjeux, cette unité affronte en effet des éléments de la 3e batterie (lieutenant Schmitt) du Reserve-Beobachtung-Abteilung 44. Le canonnier Walter Botek, 18 ans, est porté disparu depuis qu'il a été vu  pour la dernière fois, face à un blindé américain, au nord du pont sur la Marne. Trois autres soldats de cette batterie, dont le sergent August Lubich, sont blessés. Ces hommes auront de nouveau affaire au 25th Cav Rec Sqn le lendemain, à Rimaucourt...

1er septembre 1944

    Un pont sur la Marne ayant été aménagé, le CCB prend la direction de Vaucouleurs (Meuse). Le 51st Armd Inf Bn quitte son bivouac à 4 h 15, passe la Marne à Chatonrupt à 8 h 16, progresse sur la rive droite par Autigny-le-Grand, Autigny-le-Petit, Curel, Osne-le-Val, Effincourt, Pansey, Echenay, Gillaumé, Cirfontaines-en-Ormois (12 h). Il quitte alors la Haute-Marne, entre à Gondrecourt-le-Château (12 h 46) puis passe la Meuse à 15 h 35. La Hq Co (compagnie de commandement) signale huit prisonniers au cours du trajet.

    De son côté, le 8th Tk Bn, venu de Chevillon, entre dans Montiers-sur-Saulx (Meuse). Pour la division Wood, les combats auront lieu désormais en Lorraine. (A suivre).

Un GI sur un pont détruit à Eurville-Bienville.

Sources principales : Archives nationales américaines (Nara), notamment les dossiers "Roll 566", "Number 24" et les rapports de l'OB West - Don M. FOX, Patton's Vanguard. The United States Army fourth armored division, McFarland & Company, Jefferson, North Carolina, and London, 2003 - 37th Battalion diary from Jimmie Leach 1990 - Club Mémoires 52, 1944 en Haute-Marne, 1994 - Club Mémoires 52, 1944 en Haute-Marne : l'album de la Libération, 2004 - Club Mémoires 2, Comme en 14-18, numéro spécial de Dossier 52, 2000 - AD 52, 106 J 29, fonds Olivier de Boissoudy - archives personnelles de l'auteur. 


* Pour faciliter la lecture de cet article, les grades et les appellations des unités sont désignés en français.

** Informations communiquées par Thierry Houdeline, secrétaire de l'association des anciens combattants de La Gravelle (Mayenne).

*** Des documents allemands laissent supposer que ces deux divisions devaient être engagées dans une contre-attaque sur Reims. La progression rapide de la 3e armée américaine ne leur en a pas laissé le temps.

**** Détruit en juin 1940, le pont sur la Marne de la rue de Vergy n'avait pas été reconstruit, ainsi que l'as signalé à la Résistance le déserteur (polonais) de la Luftwaffe, Jean Fojt.