lundi 6 juillet 2026

Une semaine de terreur en Haute-Marne (3) : 24 août 1944



Une liste de victimes du massacre dressée par la préfecture. (ADHM).


24 août 1944 

Chaumont, dans la matinée 

    L'école normale ne sert pas seulement de caserne. Elle est également utilisée comme centre de regroupement des Haut-Marnais compromis, à divers titres, dans la collaboration, au point d'être contraints au départ. Avant eux, déjà, plusieurs Françaises ont quitté la Haute-Marne. C'est le cas de Mireille Claudé, employée de la Feldpost et fille d'un ancien officier de la LVF. Ou de Charlotte Weyl, interprète et comptable au Heeresunter Kunesverwaltung (HUV) n°3, qui dira être partie de Chaumont le 18 août 1944. 

    Marie-Céline F. est également obligée de s’éloigner du département. Cette Chaumontaise de 22 ans a en effet été employée comme secrétaire dactylo par la LVF, avant de travailler à partir du 15 mai 1943 à la Feldpost, où elle avait pour collègue Mireille Claudé. Marie-Céline F. a également pour « amant » un soldat allemand, Carl Fachinger, qui travaille dans un parc automobile. 

    C’est un Chaumontais, Ernest Gaument, qui a enjoint la jeune femme ainsi que sa mère à l’accompagner en Allemagne. « J’ai pu me rendre compte par la suite que Gaument avait eu cette conduite pour ne pas partir seul, et qu’il était directement menacé dans sa personne par le maquis », explique Marie-Céline F.. La jeune femme passe la nuit du 23 au 24 août 1944 au centre, avec sa mère et les Morel, une famille réfugiée à Maranville. Au matin du 24, « nous sommes partis en autocar en direction de Vesoul. Seul le jeune Bernard Morelle [sic] accompagnait sa famille, les deux autres sont restés à Chaumont », précise l'employée. Gaston Vitoux, le directeur du CFP, confirme que ce jour est, « de très bonne heure », celui du départ des collaborateurs de la région chaumontaise, « en direction de Belfort, emportant le fruit de leur pillage auquel il faut ajouter une première réserve des cantines scolaires »

    Les collaborateurs chaumontais ne sont pas les seuls à quitter la Haute-Marne. C'est le cas de quelques familles langroises. Ainsi les Bongibault : « A la date du 24 août 1944, nous avons, ma femme, ma fille et moi, été évacués sur ordre de la Kommandantur de Langres, pour être dirigés successivement sur Chaumont, Vittel, Nancy, Strasbourg, et enfin Offenburg […] », témoigne Henri Bongibault. « Nous avons été dirigés sur l'Allemagne sans notre consentement », déplore son épouse Germaine. 

    Officier retraité, le capitaine Bongibault est secrétaire au bureau d'engagement de la LVF de Langres depuis le 1er mai 1943, et il occupe parallèlement une fonction similaire à Saint-Dizier. Sa fille, dont le bébé serait né de sa liaison avec « un prisonnier belge évadé », travaille comme assistante à la station dentaire allemande de Langres, puis comme interprète à la Kreiskommandantur. 

    Toutefois, selon d’autres sources, c’est peut-être plutôt le 25, voire le 27 août 1944 que les Bongibault, une femme et son fils, ainsi que M. Hirsch, directeur de l'Institut allemand, quittent Langres en car à destination de Chaumont. Tous n'ont pas cette "chance". Edouard François, ancien directeur du bureau de la LVF langrois, est fusillé par des résistants près de Bannes, peut-être ce même 24 août 1944*. 

Giey-sur-Aujon, vers 9 h. 

    Louis Jossinet, maire : « Un détachement comprenant 300 Allemands et cosaques [est arrivé] dans la localité et l’ont encerclée. Ils étaient à cheval et avaient avec eux, je crois, trois pièces d’artillerie. [...] Quelques obus sont tirés sur la localité et à proximité, sans y faire des dégâts. Les habitants apeurés se sont enfuis dans les bois. Vers 13 h, ayant eu connaissance que les cosaques étaient repartis, les habitants ont regagné leurs demeures. Ces troupes ont effectué un pillage en règle, dans presque toutes les maisons. […] Ils ont même tué sept bovins au pâturage dans un pré derrière la ferme Noirot. […] La veille […], une rencontre s’était produite dans la localité entre deux patrouilles allemande et canadienne [des SAS], au cours de laquelle un cosaque a été tué. » Charles Noirot précise en réalité que neuf bovins ont été blessés « par des éclats d’obus ». L'accrochage de la veille a impliqué des parachutistes britanniques du captain Grant Hibbert, du 2nd Special Air Service, qui sont basés près d'Arbot.

Chaumont, dans l'après-midi. 

    Un nouveau détachement ennemi – estimé à 150 soldats allemands par Gaston Vitoux, directeur du Centre de formation Pasteur – arrive dans l’après-midi à Chaumont. Il s’agit du reliquat du KdS (Sipo-SD) de Rennes ainsi que du Bezen Perrot qui étaient installés à Troyes. Deux jours auparavant, ces hommes ont exécuté 49 résistants de la prison de Troyes avant de se diriger sur Bar-sur-Aube. Le Bezen Perrot est une formation d’autonomistes bretons dont un des chefs se nomme Ange Péresse. « Les autonomistes bretons venaient s’installer à l’école primaire supérieure de Chaumont où nous étions cantonnés, se souvient le PPF Pierre Brossard. Ces hommes portaient l’uniforme des SS allemands et ils appartenaient [au] SD. » 

    C’est peut-être ce jour qu’est arrêté Guy Lamontre, de Semoutiers, enfermé une nuit dans les locaux du boulevard Gambetta. 

Chaumont, 18 h. 

    Un habitant de Châteauvillain, Pierre Dechanet, cite le témoignage d’un Chaumontais, Georges Charpentier, domicilié avenue du Viaduc, qui affirme « avoir vu, place de la Gare à Chaumont […], un camion de feldgendarmes se dirigeant vers Châteauvillain. Les occupants de ce camion paraissaient très surexcités. » 

Châteauvillain. 

    L’atmosphère est très tendue, à Châteauvillain, où l’ennemi est notamment installé dans le parc aux daims depuis quelques jours. « Toute la journée du 24 août 1944, témoigne Louise Tallet, qui tient l’Hôtel du Commerce, mon établissement a été occupé par des Allemands qui n’ont cessé de nous menacer en se faisant servir à manger. […] Je sais [que ces soldats] étaient revêtus de la tenue d’aviateur. » 

    19 h 15. Trois militaires de la brigade de gendarmerie de Châteauvillain, le maréchal des logis-chef André Kempf, les gendarmes Georges Guillaume et Marc Seiler, ainsi que le fils de ce dernier, se rendent à l’Hôtel de la Providence, rue de Penthièvre, « pour boire un verre de bière ». Seiler y reste jusqu’à 19 h 30, soit une demi-heure avant le couvre-feu. 

    A peu près au même instant, au carrefour des routes Châteauvillain-Chaumont et Châteauvillain-Marmesse, arrive le véhicule des feldgendarmes chaumontais vu par Georges Charpentier. Plusieurs témoins assistent alors à une scène des plus surprenantes. Marcel Cousin, 24 ans, voit sortir de cette camionnette grise cinq ou six soldats en culotte. Ces derniers tirent en direction du parc, provoquant la riposte de leurs camarades qui y cantonnent. Eugénie Guillemin confirme que les soldats allemands qui se reposaient dans le parc « en sont ressortis et se sont mis à tirer dans le village ». La commerçante Aline Ley est également formelle : les feldgendarmes ont « tiré des coups de feu sur les murs du cimetière jusqu’au moment où ceux du parc [ont] répondu ». C’était donc un coup monté. Alors la vie des Castelvillanois bascule dans l’horreur. 

    Vers 19 h 30/19 h 45. Michel Devilliers, jeune facteur intérimaire à Châteauvillain originaire de Lannes, est encore à La Providence, quelques instants avant l’entrée en vigueur du couvre-feu (20 h). Il y a là, parmi les convives, les gendarmes Kempf et Guillaume, le boucher Léon Desbrées, l’exploitant forestier Gabriel Rose, le commis de bois Maurice Chanet, l’ingénieur Jean Piot, le garde-chef du Domaine, Charles Hector, le garde forestier Marcel Denis, le chef des travaux Edouard Kurtz, ainsi que le bijoutier chaumontais Pierre Drouin. « Un soldat allemand pénétra dans la salle, témoigne l’employé des PTT. Parlant un peu le français, il nous dit : « Venez au parc. Nous ne voulons pas de mal, mais il faut que l’officier vérifie vos papiers ». Nous sommes sortis de l’établissement. Une douzaine de soldats, puissamment armés, nous ont encadrés et après nous avoir fait lever les bras en l’air nous ont déclaré : « Direction, le Parc. Vous êtes des terroristes. » « Vous êtes tous des terroristes », décréta un officier allemand en cravachant par deux fois le chef de brigade Kempf qui lui montrait sa carte d’identité. M. Drouin essaya d’intervenir. Il fut frappé à coups de poings et de cravache. Dix minutes après l’officier ordonna à ses hommes : « Allez, allez ». Nous avions compris. Une vingtaine de soldats firent le demi-cercle et tirèrent sur nous ». Seul Michel Devillers, blessé à la jambe gauche, a survécu. Ses dix compagnons ont péri sous le feu de cosaques. « J’étais tombé sur le corps de M. Chanet et j’avais le corps de M. Rose sur moi, précise le facteur. Je suis resté dans ce tas de cadavres jusqu’à 1 h environ. » ce sont les premières victimes du massacre. 

    Parallèlement, les Allemands – portant l’uniforme d’aviateur, selon tous les témoignages – surgissent dans les rues du village, à la recherche des hommes, pour les conduire également jusqu’au parc. « Une fusillade nourrie et des détonations de grenades sont entendues dans les rues de Châteauvillain, raconte le gendarme Seiler. En regardant dehors avec précaution, je me suis rendu compte que c’était des soldats ennemis qui tiraient dans toutes les ouvertures des maisons et sur les habitants. […]. » Deux Allemands reviennent ainsi à l’Hôtel de la Providence et repartent avec l’époux de Thérèse Desvaux, Pierre. Renée Preschey se trouvait dans sa cave lorsque les soldats sont venus chercher son mari André qui était dans la cuisine. « Avant leur départ […], ils ont tiré un coup de feu dans notre logement, perçant notre plafond », témoigne-t-elle. Tandis que l’époux de Zélie Millière est conduit par un unique soldat qui l'accusait (« Vous terroristes ! »), Suzanne Gogien assiste à l’intrusion de trois Allemands qui s’annoncent par un coup de feu. « Ils sont ensuite venus dans ma chambre et nous ont mis en joue, puis ils ont dit à mon mari de les suivre, dit-elle. Je leur ai fait comprendre que j’étais malade. L’un de ces Allemands a alors répondu « que c’était pour contrôler son identité. » [...] » 

    Maurice Chauvet, épicier, assiste, sidéré, à l’irruption chez lui de cinq Allemands ayant enfoncé la porte de son magasin. « Une fois rentrés dans mon domicile, ces cinq Allemands ont fait feu en tirant sur ma famille, témoigne-t-il. Mon beau-père a été tué. Il est âgé de 79 ans. Ensuite quatre Allemands m’ont emmené ainsi que ma famille au parc de Châteauvillain. Un Allemand est resté près de mon beau-père. […] Ces soldats étaient habillés de l’uniforme d’aviateur allemand. » Albert-Alphonse Collot est né le 10 février 1885 à Mertrud. Journalier, il est veuf et père de dix enfants. Un autre habitant est tué : Henri-Fernand Morin, né le 10 février 1886 à Pantin (Seine). Marié, père de quatre enfants, il est huissier dans la commune. « Mon mari a été tué devant notre domicile, mais je ne sais comment, car je me trouvais dans ma cave, explique Emilia Morin. Mon mari est resté toute la nuit dans la rue, car vu la fusillade et les incendies, ils nous était impossible de sortir. Nous l’avons donc retrouvé le lendemain matin. » 

    Le jeune bûcheron Roger Cheppe a vu, lui aussi, dans une rue, le corps d’un homme « qui avait été abattu d’un coup de feu ». Cheppe était logé au 40, rue des Récollets. Après avoir pris le repas avec ses camarades, il s’était réfugié dans la cave de la famille Pradat : « A notre arrivée dans la cave, les trois fillettes Pradat, âgées d’environ 10 à 12 ans, se mirent à pleurer. Des Allemands qui se trouvaient dans la ruelle entendirent ces pleurs et voulurent ouvrir la porte ; comme elle résistait, ils arrosèrent le seuil d’essence et y mirent le feu. Nous remontâmes précipitamment et sortîmes de la maison qui flambait. » Les employés de la Société des bois de Châteauvillain se réfugient alors chez Maurice Fiez-Vandal, puis à la boulangerie où ils retrouvent le jeune Henri Morin, Paul Drut, Zanzoni. C’est là qu’ils sont appréhendés par deux soldats allemands et conduits au parc. 

    20 h 30. Selon Pierre Dechanet, conduit sur les lieux avec sa femme et sa fille, et André Paquot, peintre, c’est à cette heure-là – ou plutôt dans la tranche horaire 20 h – 20 h 30 - que les habitants ont été rassemblés dans le parc. « En arrivant [...], témoigne Roger Cheppe, je vis une douzaine de cadavres entassés les uns sur les autres, parmi lesquels je reconnus Gabriel Rose, exploitant forestier. […] Les Allemands qui nous conduisaient (revêtus de capotes de camouflage |…]) nous firent mettre à genoux et nous restâmes dans cette position environ une heure ou une heure et demi. » Pour Henri Morin, le temps a paru plus long : « Nous sommes restés trois heures à genoux les bras en l’air, prêts à être fusillés. Nous étions en tout une trentaine. » 

    A son tour appréhendé et conduit les mains en l’air vers le parc, après avoir été « frappé à coups de crosse », Marc Seiler enregistre dans sa mémoire les scènes auxquelles il a assisté au cours du trajet : « rue du Parc, j’ai vu M. Millière étendu sur la route, frappé de plusieurs balles » ; dans le parc, «  j’ai vu environ 300 soldats ennemis, l’air furieux les armes à la main » ; sur la droite, « un tas de cadavres ». Le gendarme poursuit son récit : « Sur l’ordre d’un officier une quinzaine de soldats s’alignaient devant moi. J’ai été sommé par cet officier de nommer tous les patriotes de Châteauvillain, frappé à coups de crosse et à coups de poing pour me faire parler. […] J’ai déclaré à l’officier allemand ne rien savoir malgré les coups. Voyant cela l’officier commanda le peloton d’exécution, mais au moment où les soldats allaient tirer, ils furent dispersés par une rafale de balles, très probablement tirée par des soldats dans les rues […]. » 

    22 h 30/23 h. Dans le parc, les otages voient arriver une voiture. Il est environ 22 h 30, selon André Paquot. Le jeune Henri Morin suppose qu’il s’agit de feldgendarmes de Chaumont. C’est une arrivée qu’un officier, qui les a accusés d’être « tous terroristes, cochons de Français », lui avait annoncée. Pour Pierre Waeber, le chef de ces feldgendarmes était un feldwebel du nom de « Vetzner ou Fetzner » - sans doute Karl Bechtler. C’est alors qu’a été « fait le tri parmi nous en prenant les plus jeunes », précise André Paquot. « Après vérification de nos papiers d’identité, témoigne Roger Cheppe, nous étions mis soit d’un côté et d’un autre, et nous montâmes dans deux camions. » Rapidement, un contre-ordre : trois des otages doivent descendre. Tous les témoignages s’accordent à dire qu’il s’agit de Pierre Desvaux, de l’Hôtel de la Providence, René Tallet et Emile Gogien**. Cheppe se souvient qu’à Desvaux, « un officier SS en tenue brune » reprochait « de ne pas avoir donné de boisson à ses troupes […]. Une rafale de mitraillette les abattit aussitôt qu’ils furent à terre. [Tallet] qui n’était pas mort fut achevé [...] ». Le gendarme Seiler situe cette exécution vers 23 h. 

    23 h 30. Dans son camion, Henri Morin retrouve les L., une famille lorraine habitant le bourg, Jacques Hantzberg, fils du déporté-résistant Philippe Hantzberg, et le commis agricole Georges Chapitre. Sont également transportés Pierre Waeber, Roger Cheppe, Germain Prévost, Gabriel Belan, Paul Drut, André Paquot. Au total, neuf otages sont emmenés sur Chaumont, plus la famille L. Selon Waeber, le départ a lieu vers 23 h 30. Au cours du trajet, Jacques Hantzberg affirme avoir entendu le fils L. dire « Il y avait une bande de salauds à Châteauvillain et c’est bien fait pour leurs grandes gueules »

    Vers 1 h. Henri Morin : « Nous sommes arrivés à Chaumont […], puis des Allemands m’ont conduit au Val-Barizien »

    Pendant ce temps, à Châteauvillain, vers 1 h 30. Gendarme Seiler : « L’on me conduisit vers un lieutenant allemand qui me dit que l’on n’avait rien trouvé contre moi, que j’avais la vie sauve […]. Vers 3 h, les soldats partaient du parc et un jeune homme venait rejoindre notre groupe. C’était un jeune facteur de Châteauvillain qui s’était retiré du tas de cadavres après le départ des Allemands… » 

    Quand les Allemands quittent Châteauvillain, ils laissent derrière eux un spectacle d’horreur : 17 habitants exécutés ou abattus. Le maire, Henri Maroilley, qui a pu quitter la localité, évoque 22 maisons incendiées. Le gendarme Seiler parle de trois blessés : Michel Devillers, Mme Chaperon et le jeune René Plont. Marie-Claude Lavocat*** évoque également un quatrième blessé, Marcel Burte. 

    La délégation régionale du Service de recherche des crimes de guerre ennemis (SRCGE) n'a pas formellement identifié les unités auxquelles appartenaient les 2 à 300 soldats allemands. Il s'agit très vraisemblablement du Kosaken-Ausbildungs-Regiment (Freiwilligen-Kosaken-Stamm-Regiment 5) de Chaumont et Langres, et peut-être du Luftnachrichten-Ausbildungs-Regiment 302 de Chaumont.

    Les victimes : Léon Millière, né à Châteauvillain en 1887 ; Gabriel Rose, né à Châteauvillain en 1896 ; André Preschey, né à Châteauvillain en 1910 ; Léon Debrées, né à Eurville en 1890 ; Maurice Chanet, né à Saint-Victor (Eure) en 1899 ; André Kempf, né à Nancy en 1909 ; Georges Guillaume, né à Champcourt en 1907 ; Edouard Kurtz, né à Sainte-Croix-aux-Mines en 1892 ; Charles Hector, né à Keskastel en 1910 ; Pierre Drouin, né à Chaumont en 1908 ; Jean Piot, né à Joinville-le-Pont en 1921 ; Henri Morin, né à Pantin en 1886 ; Albert Collot, né à Mertrud en 1865 ; Emile Gogien, né à Auberive en 1907 ; Marcel-René Tallet, né à Paris en 1921 ; Marcel Denis, né à Wassy en 1921 ; Pierre Desvaux, né à Ligny-le-Châtel (Yonne) en 1907.


Longeau. 21 h. 

Autre secteur du département : le Sud. Des soldats allemands ouvrent le feu sur une voiture venant de la direction de Cohons et ayant forcé un barrage au carrefour de la RD 146 et de la RN 74. Une habitante, Mme Gilles, est tuée par un projectile à son domicile. 


Sources principales : ADHM, 342 W 284 - ADCO, 30 U 9 - ADM, 163 W 3159 

* Il n'y a pas de mention marginale sur son acte de naissance (il est né à Chaumont en 1885).

** Les témoins interrogés par la gendarmerie ne l'indiquent pas, mais André Preschey a été vraisemblablement abattu dans le parc à ce moment.

*** Dans le livre "Châteauvillain. Massacre du 24 août 1944" (Liralest, 2024), qui réunit d'autres témoignages de témoins et d'enfants de victimes.

jeudi 2 juillet 2026

Une semaine de terreur en Haute-Marne (2) : 23 août 1944

Un portrait de Robert Ingret (1920-1944), né à Montmédy (Meuse), fils d'un habitant de Saint-Thiébault.
Source : Le Journal de la Haute-Marne (2014).



23 août 1944 Auberive, 10 h 30 

Tous les documents officiels, tous les documents fournis à l’administration par les proches et camarades d’André Guignard – entre autres : procès-verbal de gendarmerie, rapport du colonel de Grouchy, courriers de Germaine Guignard – donnent la date du 24 août 1944 comme étant celle de la mort de Robert Ingret et de l’arrestation d’André Guignard et Marc Bongrain. Mais l’état civil d’Auberive est formel : c’est à 10 h 30, le 23 août 1944, qu’Ingret a été tué. 

Informés que « dans le courant de la matinée, un engagement a eu lieu entre les troupes d’occupation et des jeunes gens, au carrefour des routes n°20 et 129, Praslay-Vivey », les gendarmes se rendent, dans la soirée, sur les lieux, à 5 km au sud-est d’Auberive. Près du corps d’un homme qu’ils disent ne pas connaître, les militaires français retrouvent des lettres et documents au nom de Robert Ingret, inspecteur de police judiciaire à Nancy. L’identification de la victime est confirmée par téléphone par les policiers lorrains. Notons que la mort d’Ingret, tué à coups de crosse (et non par balle), est survenue au moment où étaient réalisées les constatations après la découverte des corps de Suzanne Lamy et Geneviève Aubertin. Mais dans leur rapport, les gendarmes n’ont pas fait mention d'une agitation particulière dans le même secteur au moment où ils y étaient présents. Ils ne mentionnent pas non plus la disparition des deux hommes qui accompagnaient l’inspecteur : André Guignard et Marc Bongrain. 

Guignard, alias lieutenant « Dédé », était le chef des FFI du secteur Est de Chaumont (Nogent, Andelot, Clefmont, Bourmont). Selon Maurice Noirot, dernier résistant du secteur à lui avoir serré la main - et qui, lui aussi, donne la date du 24 août 1944 -, André Guignard est parti d’un bar de la cité coutelière à 7 h. Il se rendait, avec Ingret et le chauffeur Marc Bongrain, d’Illoud, à une réunion régionale FFI en Côte-d’Or. 

Marc Bongrain (1923-1944 ou 1945), né à Illoud, porté disparu.
(Photo parue dans l'ouvrage Résistance, répression, libération en Haute-Marne,
Dominique-Guéniot éditions, 2007).


Si le colonel Emmanuel de Grouchy, chef départemental FFI de la Haute-Marne, évoque une réunion en un lieu qui paraît correspondre à Chatoillenot, entre Prauthoy et Auberive, l'historien Pierre Ruault, auteur d’une relation très fouillée sur le maquis de Pincourt, est affirmatif : Guignard s’est rendu à Aignay-le-Duc en Côte-d’Or – départ à 7 h 30 - pour représenter de Grouchy à une réunion précédant l’ordre de guérilla générale dans la Région D (déclenchée le 24 août 1944). Il devait ensuite aller faire son compte-rendu au colonel qui avait établi ses quartiers à la ferme de La Salle. C’est très plausible, car cette ferme se situe dans la direction du lieu de la mort d’Ingret. Si l’horaire donné par Maurice Noirot est exact, cela signifierait que l’équipe a pu, en trois heures 30, avec une Ford gazogène, réaliser le trajet de 80 km entre Nogent et Aignay-le-Duc, assister à la réunion, et parcourir 40 nouveaux kilomètres jusqu’à Auberive. 

C’est après ce village, en direction de Praslay, que le trio tombe sur un barrage de cosaques. Ingret est tué, Guignard et Bongrain sont faits prisonniers. Ils sont conduits à l’abbaye d’Auberive d’où, le 24 août 1944, ils auraient été conduits à la prison de Langres. Un détenu, Albin Jacot, affirme les y avoir croisés.

Chaumont, vers 18 h 30

Trois militants du groupe PPF de Saint-Malo se présentent chez Léon Viardot, cafetier au 35, avenue des Etats-Unis. Ils ont soif. Parce qu'il a déclaré posséder un pistolet en tant que garde civil, le commerçant est frappé, conduit dans les locaux du boulevard Gambetta : « A partir de ce moment, je n'ai cessé d'être frappé à coups de poing, de pied et de crosse de revolver. » 

De son côté, Gaston Vitoux, le directeur du centre de formation, a fort à faire pour que ses locaux soient respectés par les familles des PPF : « Je constate une nouvelle effraction à l'intérieur, 25 hommes et femmes se trouvent là. Certaines femmes nues jusqu'à la ceinture essayent des corsages, retournant des malles, emportant du linge, des couverts d'élèves ; j'essaie d'intervenir, mais je suis mis à la porte. » 

Ce 23 août 1944 est aussi le jour de l’arrivée, à 5 h à Chaumont, de services administratifs de la Feldkommandantur de Troyes, comme le Rüstungkommando ou "commandement de l'armement" (capitaines Iven, Esser, Müller). Mais ces hommes se portent immédiatement sur Neufchâteau via Saint-Blin. 

    Dans le département, l’ordre de guérilla générale est immédiatement suivi d’effets puisque ce jour-là, se constituent des maquis en forêt à Bussières-lès-Belmont, Courcelles-sur-Aujon, Giey-sur-Aujon, Orbigny-au-Mont. Ce même 23 août, des Allemands tirent sur des jeunes gens de Chalancey, dont un est blessé (Georges Pinel). Enfin, dans la nuit du 23 au 24, un habitant de Vauxbons est abattu par la Résistance.

Sources : Archives départementales de la Marne, série 163 W - Nara - état civil d'Auberive - Pierre Ruault, Un maquis en Haute-Marne. Pincourt-le-Haut, 2014 - Maurice Noirot et Jean Maire, Nos vertes années, s. d.

mercredi 1 juillet 2026

La SS-Panzergrenadier-Brigade 51 en Haute-Marne (28-29 août 1944)

Des éléments de la SS-Pz.Gren.Brig. 51. Détail d'une photo de la collection des BundesArchiv.



Acheminée par voie ferrée jusque dans le département de l'Aube où elle est arrivée dans la nuit du 20 au 21 août 1944, la SS-Panzergrenadier-Brigade 51 du sturmbannfürher (major) Walter Jöckel tente de s'opposer à la prise de Troyes par la 4th Armored Division. Son 1er bataillon, sous les ordres du hauptsturmführer (capitaine) Karl Reinel, quitte le chef-lieu aubois le 26 août 1944 et se porte sur la région de Piney. Les archives de cette unité forte d'environ 3 720 hommes, répartis en deux bataillons et un groupe d'artillerie, permettent de suivre son itinéraire de repli qui passe par la Haute-Marne. 

A la date du 27 août 1944, des éléments de la 2. Kompanie (obersturmführer Kittel) sont localisés à Giffaumont (Marne), aux confins de la Haute-Marne. Ils y sont depuis la veille, conformément à un ordre donné à 18 h 50. Ils se portent ensuite sur Lassicourt (Aube), tandis que d'autres éléments de cette compagnie sont à Brienne-la-Vieille. Ce même jour, le I./SS-Pz.Gren.Brig. 51 réalise la liaison avec le II/Pz.Gren.Brig. 51 (hauptsturmführer Fritz Hillig) qui est à Bar-sur-Aube.

Le 28 août 1944, en fin de matinée, la brigade signale que les Américains sont au nord de Lassicourt. Ordre est alors donné au 1er bataillon de se rendre à Giffaumont. Le mouvement démarre à 11 h 40. Il concerne les 3e (obersturmführer Günther Guse) et 4e (hauptscharführer puis hauptsturmführer Hermann Römer) compagnies, ainsi qu'une section de la 2e. Cette dernière est rejointe depuis Brienne par une autre section de la compagnie. "Le bataillon se retira dans Giffaumont à 17 h 15 et assura sa propre sécurité tout autour", rend compte le Hstuf Reinel dans un rapport daté du 31 août 1944.

Ce rapport ne signale pas l'évènement, mais il ne fait aucun doute que c'est un élément du I./Pz.Gren.Brig. 51, venu de la direction de Lentilles (Aube) et se dirigeant sur Droyes (Haute-Marne), qui abat en début d'après-midi un ouvrier de la scierie de Puellemontier, Eugène Cartier. C'est le seul exemple avéré d'un crime de guerre commis en Haute-Marne par cette brigade, qui a massacré 66 personnes - dont plusieurs bébés - dans le village de Buchères, près de Troyes, le 24 août 1944.

Le 29 août 1944, le I./Pz.Gren.Brig. 51 (Reinel) quitte Giffaumont entre 3 h et 5 h 50 - dans l'ordre, les 4e, 3e et 2e compagnies - et se dirige sur Saint-Dizier. "A 7 h 30, rend compte Karl Reinel, le bataillon se retira dans les bois juste à l'est de Saint-Dizier. Le bataillon se sépara au même moment de la formation du Kampfgruppe Gelling et fut subordonné au chef des éléments restants de la SS-Pz.Gren.Brig. 51 - le SS-Sturmbannführer Beisel". Il est vraisemblable que le bataillon stationne alors aux abords de la RN 4, dans le secteur d'Ancerville et d'Aulnois-en-Perthois. C'est ce qui permet de supposer que c'est cette unité qui a accroché des FTP du maquis Mauguet (six morts).

Le même jour, à 17 h 30, le I./Pz.Gren.Brig. 51 reçoit l'ordre de gagner, par Ligny-en-Barrois et Commercy, la région de Vadonville (Meuse). Il y arrive le 30 août 1944 vers 0 h 30. Ce qui explique que ce bataillon, rejoint bientôt par la 1. Kompanie (Röhmer), n'a pas pu se battre à Saint-Dizier ce jour-là.

Concernant le II./Pz.Gren.Brig. 51, il a quitté Bar-sur-Aube le 28 août 1944 pour Saint-Dizier, mais nous ignorons précisément quelle fut son activité. Pour sa part, le Hstuf Kaiser, adjoint au Stubaf Jöckel, signale dans un rapport daté du 2 septembre 1944 qu'il a pu rencontrer le 26 août 1944 des éléments de la 3. Pz.Gren.Div. à Saint-Dizier, ville vers laquelle les rescapés du groupe d'artillerie de la brigade ont pu converger. Quelques jours plus tard, la brigade, intégrée dans la 17. Pz.Gren.Div. Göetz von Berlichingen, était de retour sur la terre allemande. 

Sources : archives des SS-Panzer-Grenadier-Brigade 49 et 51, BundesArchiv, RS 3-17/35 et N 756/98 b ; Roger BRUGE, Le temps des massacres, Albin Michel, 1994.

lundi 22 juin 2026

Une semaine de terreur en Haute-Marne (1) : 22 août 1944

Auberive, septembre 1944. L'état-major départemental FFI et des hommes du maquis Max.
(Photo Jean Maire).


15 août 1944. Les armées allemandes battent en retraite. Les éléments de la police allemande (Sipo-SD) qui s’installent ce jour-là à Chaumont sous les ordres de Fritz Barnekow viennent de Bretagne. Ils y seront rejoints dès le 19 août 1944 par un groupe d’action du Parti populaire français (GA PPF) mis sur pied à Saint-Malo. Tous s’installent dans différents immeubles du boulevard Gambetta, où ils voisinent avec une poignée de miliciens. Depuis Chaumont, l’oberst Werner Kleffel, feldkommandant depuis quelques mois (il a quitté Nevers le 12 juin 1944), entend également faire régner l’ordre dans le département. Il dispose notamment, pour cela, du Kosaken-Ausbildungs-Regiment (Freiwilligen-Stamm-Regiment 5), caserné à Chaumont et Langres. Ses escadrons permettent de sécuriser les travaux d’aménagement d’une ligne de défense sur la Marne, mission confiée le 9 août 1944 au general Kurt Feldt dont l’état-major est à Vittel (Vosges). Feldt est assisté de plusieurs officiers supérieurs qui vont commander des kampfgruppen disposant d’unités de pionniers de forteresse. Parmi ces officiers, citons l’oberst Hans-Joachim Kutzel, feldkommandant de Laval, l’oberstleutnant von Gebsattel, feldkommandant de Rennes, l’oberst Gollé, l’oberst Grunert, l’oberst Radeke à Joinville, l’oberst Lipken à Chaumont, l’oberst Brandt à Wassy... 

C’est dans ce contexte que les Allemands et leurs auxiliaires français vont faire régner la terreur en Haute-Marne à partir du 22 août 1944, c’est-à-dire à la veille de l’ordre de guérilla générale donné aux maquisards, et à huit jours de l’arrivée des Américains. La prise d’otages de 22 habitants de Colombey-les-Deux-Eglises (19-22 août 1944), les premières arrestations opérées à Chaumont et à Orges par des miliciens et des militants du GAPPF (21 août 1944), l’installation de cosaques et d’aviateurs – possiblement du Luftnachrichten-Ausbildungs-Regiment 302 – à Châteauvillain (20-21 août 1944) sont les prémices de cette semaine de douleurs. 

Clairvaux (Ville-sous-La-Ferté, Aube), 11 h. 

Un convoi composé de camions et d’un autocar s’arrête devant l’Hôtel Saint-Bernard, établissement exploité par Martial et Madeleine Champied, à Clairvaux, commune de Ville-sous-La-Ferté, première localité auboise après la Haute-Marne. Madeleine Champied évalue l’importance de la troupe à environ 60 soldats allemands « et une trentaine de policiers de la Gestapo ». Secrétaire de mairie, Léonce Seuret note la présence de Miliciens. En réalité, il s’agit de militants du Parti populaire français (PPF) venus de Saint-Malo et qui accompagnent des agents du Kommando Sipo SD de Rennes. L’enquête de la justice française mentionne notamment la présence, ce jour-là à Clairvaux, de Pierre Brossard, Gérald Gallais, Armand Lussiez, Georges Tilly, Daniel Travert, tous membres du Groupe d’action PPF commandé par Lucien Imbert et arrivé à Chaumont le 19 août 1944. A l’hôtel, ces éléments germano-français commencent à consommer puis se livrent au pillage de l’établissement. Ils arrêtent Martial Champied puis, avant leur départ, disposent des explosifs dans la demeure. « Les portes, les fenêtres, plafonds et planchers ont cédé sous la violence des explosions et ont été déchiquetés, témoigne Léonce Seuret. M. Champied Martial a été martyrisé à coups de poing et avec un jet d’eau fonctionnant au robinet de la concession » Madeleine Champied précise que la troupe est repartie avec 71 000 F d’argent liquide, du tabac, 200 bouteilles de vin, des pommes de terre, de la farine, du lard salé, du jambon, du linge, etc. L’expédition se porte ensuite jusqu’au domicile du maire de Ville-sous-La-Ferté, Jean Millerat, qui est arrêté, tout comme Léonce Seuret, secrétaire de mairie, André Courtalon, garde forestier, Paul Vittoni, bûcheron, et Guireau, commis de bois à Bar-sur-Aube . […] « [Le] camion stationnait non loin de l’entrée de la maison centrale de Clairvaux. […] Nous avons été relâchés environ trois heures après notre arrestation. » (Léonce Seuret). Puis l’expédition gagne Chaumont, où Champied et Millerat sont incarcérés au Val-Barizien. D’après un témoin, le garde forestier André Courtalon, « qui n’avait sur lui aucune pièce d’identité », a également été emmené à Chaumont mais aurait été rapidement libéré. Le nom de Pierre Pillemont n’apparaît pas dans ces témoignages. Pourtant, ce jeune Havrais de 15 ans a été ce jour-là capturé à Clairvaux et conduit lui aussi à Chaumont. 

Dancevoir, vers 11 h 45. 

Le maréchal ferrant Marcel Briot, 52 ans, constate l’arrivée devant le village de trois autos mitrailleuses allemandes et d’un camion de troupes. Une des blindées s’arrête devant le domicile de Charles Gelin. Ce dernier dénombre une quinzaine d’Allemands. Une fusillade est alors entendue. Père de Marcel Briot, François Briot, 79 ans, est abattu à l’entrée nord de Dancevoir. Le neveu de Charles Gelin, Raymond Didon, 13 ans, est blessé par une balle dans le dos. Le détachement ennemi quitte Dancevoir vers 15 h 15, emmenant avec lui Hubert Briot, 19 ans, petit-fils de la victime, et Paul Royer. Tous sont deux dirigés sur la caserne de la route de Langres à Chaumont où ils sont libérés le lendemain. Selon Hubert Briot, le détachement s’est d’abord rendu vers un petit bois, en face de la caserne Damrémont. Il pense qu’il s’agit du lieu-dit Chaumont-le-Bois, où il y avait « beaucoup d’autos mitrailleuses ». D’après l’interprète Aloïs Kesler, la troupe cantonnée à Chaumont-le-Bois était SS, venait « de l’Ouest de la France » et assurait le ravitaillement des troupes en repli. Elle aurait ensuite séjourné au Val des Echoliers. Une résidente de Chaumont-le-Bois, Marie Vindiminan, parle d’un détachement du bataillon (sic) Adolf-Hitler, composé de 64 hommes commandé par un feldwebel. Elle indique qu’ils viennent de Caen. C’est effectivement là que s’est battue la SS division Adolf-Hitler. 

Trémilly, vers 19 h 30. 

Thérèse Peguet, une habitante de Trémilly, rentre de Soulaines à pied. Elle est alors doublée par deux cyclistes, Louis Michel, de Nully, et un autre « jeune homme », qu’elle ne connaît pas. Les deux hommes croisent des soldats allemands près d’un camion, à environ 600 m de Soulaines. Ils s’arrêtent, sortent leur papier. « J’ai entendu un coup de feu, puis j’ai vu Michel se replier sur lui même et se tenir le ventre » (Thérèse Peguet). L’identité de l’unité qui a tué Louis Michel n’est pas connue. 

Auberive, vers 20 h 30 – 21 h. 

Un enfant de 11 ans, Pierre Goette (Gotte), fils des fermiers d’Allofroy, entend un coup de feu provenant de la direction de la chapelle Saint-Rémy, à 350 m de la départementale 20 Praslay-Auberive. Dans ce village, depuis plusieurs jours, environ 300 soldats russo-allemands sont présents, et ils tiennent notamment un barrage à ce carrefour. Un quart d’heure après avoir entendu le coup de feu, « j’ai vu un cosaque armé d’un fusil et à bicyclette qui descendait le coteau pour regagner le chemin qui traverse notre ferme », déclare l’enfant. Le lendemain, vers midi, Pierre Goette informe son père Joseph qu’il a découvert « une femme mannequin, en bordure du bosquet de la chapelle ». En début d’après-midi, le cultivateur accompagne le gendarme Dubois jusqu’au bosquet. Là, ils découvrent deux corps de femmes. L’une porte « une blessure au sein droit […], la robe maculée de sang est à demi-relevée, les sous-vêtements à demi-défaits ». La seconde présente la même blessure. Aucun papier d’identité n’est retrouvé. En revanche, le gendarme découvre un médaillon qui permet d’identifier Geneviève Aubertin, d’Aprey. La famille, contactée, déclare que la jeune femme est partie de la gare d’Aprey le 21 août 1944 pour se rendre à celle de Vivey, chez Suzanne Lamy. Selon un témoin, Suzanne Lamy, « cheffe de gare » de Vivey depuis février 1943, devait se rendre à la ferme de La Salle avec Geneviève Aubertin, agent de liaison comme elle. Suzanne Bret est née à Dijon le 19 octobre 1918. Elle a épousé en 1938 Lucien Lamy, lieutenant au maquis de Vivey puis au maquis Max. Geneviève Aubertin a vu le jour le 3 janvier 1921 à Rambucourt (Meuse). Son père est chef de gare à Aprey-Flagey. Elle est employée auxiliaire de la SNCF. Son frère Louis sert au sein du maquis.

Sources principales : Archives départementales de la Marne, série 163 W - Archives nationales américaines - La Haute-Marne et les Haut-Marnais durant la Seconde Guerre mondiale, club Mémoires 52, 2022.

dimanche 14 juin 2026

11 septembre 1944 : la mort de six soldats du 1er Régiment de France à Belmont (Haute-Marne)

La plaque en hommage aux morts du II/1er RF, à Belmont. (Photo L. Fontaine).


11 septembre 1944. 4 h du matin. La section du lieutenant Bertrand d'Arras, de la 1ère compagnie du 1er régiment de France, quitte la maison forestière où elle est cantonnée, en forêt de Bussières-lès-Belmont, pour rejoindre le château de Saulles. Sa mission : assurer la garde du poste de secours qui s'y met en place et qui doit accueillir un groupe chirurgical mobile parti de Paris, sous les ordres du docteur Pierre Delinotte. 

Ces hommes sont des soldats français. Ils appartiennent au seul corps de l'armée de terre encore en activité après la dissolution de l'armée d'armistice. Sous les ordres du commandant Samuel Meyer, adjoint au chef du 2e bataillon, ils ont gagné, entre le 20 et le 28 mai 1944, le nord-est de la France, pour protéger la ligne électrique Paris-Kembs, dans l'Aube, en Haute-Saône, dans le Territoire-de-Belfort et en Haute-Marne (où ils sont cantonnés à Champigny-lès-Langres). A partir du 15 août 1944, Meyer a porté son PC à Hûmes, puis à Bussières-lès-Belmont, où ses trois compagnies ont été rassemblées à la date du 24 août 1944 (la 1ère compagnie a marché depuis la région de Troyes via Clairvaux et Blessonville). 

Bien que Londres ait refusé le passage du 1er RF, fidèle au maréchal Pétain, à la Résistance, le détachement Meyer (sous-groupement 10) a rejoint, avec ses 248 hommes, les FFI de la Haute-Marne, le 2 septembre 1944. En liaison avec le maquis Henry (maquis de Bussières), il devient groupement Oscar et commence donc ses missions d'embuscades sur les axes du sud-est haut marnais... 

Des soldats du 1er RF à Champigny-lès-Langres. (Photo Gallion/CM 52).


11 septembre 1944. Vers 5 h, 5 h 30. La section d'Arras vient de la direction de Bussières. Elle descend sur Belmont. Soudain, une Peugeot 202 débouche, à environ 100 m du cimetière. Elle est interceptée. A l'intérieur : le major Teudesmann, qui est capturé. Il est à la tête d'une colonne qui se dirige vers la RN 19 (Langres – Fayl-Billot – Vesoul) et qui sera mitraillée par l'aviation alliée. 

7 h 30. Les soldats français entrent dans Belmont. Après avoir franchi le pont, ils se postent près du monument aux morts. Puis ils reprennent leur marche sur Saulles. Soudain, des obus tombent sur le village. Les Allemands sont là. La lutte va être âpre, aussi le lieutenant d'Arras envoie-t-il un de ses sous-officiers, avec la Peugeot, alerter le commandant Meyer pour obtenir des renforts. En attendant, il va faire face... 

7 h 45. La 1ère section (d'Arras) s'est repliée jusqu'à hauteur du cimetière de Belmont. De cet endroit, elle stoppe un camion puis une voiture. 

Une vue du village de Belmont, depuis le cimetière. (Photo L. Fontaine).


8 h 10. Informé du combat, le commandant Meyer donne ses ordres. Tandis que l'adjudant-chef Schoch, chef de la 2e section de la 1ère compagnie, a pris l'initiative de se porter au secours de son camarade, le chef du groupement Oscar ordonne notamment à l'aspirant Michel Pasquet, chef de section de la 2e compagnie, avec douze hommes, de se porter jusqu'à Belmont. Puis Meyer quitte la ferme Belvoir, où il a son PC, pour rejoindre un autre cimetière, celui de Bussières-lès-Belmont. 

Vers 9 h. Venant de Belmont, une ambulance de la Croix-Rouge se présente devant la section d'Arras. En dépit des consignes, les soldats du 1er RF ouvrent le feu. Il s'avère que le véhicule, dont le conducteur et le passager avant sont touchés, transportait une mitrailleuse MG... N'ayant presque plus de munitions, le lieutenant d'Arras se replie à environ 300 mètres du cimetière. Il est bientôt rejoint par l'adjudant-chef Schoch. Tous deux vont se battre sur la route départementale 7 (Bussières - Belmont)... 

Vers 10 h. L'aspirant Pasquet, venu avec deux fusils mitrailleurs, arrive à son tour près de la départementale 7. Il s'approche du cimetière lorsqu'il est pris sous le feu des Allemands qui y sont retranchés. « Maintenant c'est fini de reculer ! On se fait tuer sur place! », lance-t-il. On évaluera à deux compagnies l'effectif qui assaille le groupe Pasquet, lequel ne parviendra donc pas à rejoindre les sections Bertrand d'Arras et Albert Schoch. 

C'est l'enfer pour le petit groupe. Jean Garchery est blessé, puis Marcel Davoult. Au milieu du bosquet où ses hommes se sont fixés, Pasquet est debout, donne ses ordres, encourage ses hommes. Un éclat d'obus le blesse une première fois. Jean Perrotet est tué alors qu'il se déplaçait en rampant, Armand Dalloz meurt en appelant sa mère, Raymond Jamet est victime d'une rafale, Jean Ferré blessé par une balle explosive. Le caporal-chef Pierre Bernard est également tué. A nouveau, Pasquet est touché par une rafale. Le corps de Waclaw Wlazyk sera retrouvé plus loin. 

Vers 11 h 30. C'est fini. Le jeune chef de section – il n'a que 19 ans - a rendu son dernier soupir. Les survivants de son groupe sont faits prisonniers. Ils sont sept. Ces hommes ne sont pas nommés par B. Famin, mais il s'agit de Marcel Davoult, Jean Ferré et Jean Garchery, qui sont blessés, des caporaux Pascal Leone et Paul Thomassin, d'André Begel et Louis Roux. Ils sont conduits à Belmont. 

Vers 14 h. Les prisonniers sont envoyés, par le major allemand qui les a interrogés, chercher le corps de leur chef. 

Vers 16 h. La pression allemande cesse devant les sections d'Arras et Schoch qui peuvent enfin se replier. Peu après, sur demande de la mission jedburgh Stanley, quatre ou cinq avions de chasse P-47 – de l'armée de l'air américaine, semble-t-il – apparaissent et mitraillent la colonne allemande. Elle déplorera des dizaines de tués. 

Vers 18 h. Protégés d'une exécution par leur qualité de soldats "réguliers", les prisonniers du 1er RF sont emmenés à pied en direction de l'Est, via Genevrières, Combeaufontaine, Jussey, pour prendre ensuite la direction de Vittel puis de l'Allemagne. Seul Davoult sera libéré, en cours de route, par les Américains. 

A noter qu'au cours de cette journée mémorable, deux civils de Belmont ont été tués, que les FFI du maquis de Bussières ont été engagés, perdant huit blessés, ainsi que d'autres éléments du 1er RF. Enfin, dans la nuit, interviendra le massacre de trois infirmières et deux FFI au château de Saulles, que le lieutenant d'Arras partait protéger lorsqu'il s'est heurté au convoi allemand à Belmont. L'aspirant Michel Pasquet recevra la médaille militaire à titre posthume, décernée par le général de Gaulle. Son nom et celui de ses cinq hommes figurent notamment sur le monument aux morts de Belmont. 

Sources principales : Bernard Famin, «Premier régiment de France, 1943-1944. Itinéraire du 2e bataillon (détachement Meyer) d'avril à octobre 1944», 1995 ; dossier du groupement Oscar, Service historique de la Défense, à Vincennes

lundi 8 juin 2026

Le rapport du lieutenant "Bob" Cormier, saboteur américain en Haute-Marne

Robert A. J. A. Cormier (1922-1966).
Source : NARA. 


Cinq officiers américains (OSS) ont servi dans les circuits SOE ayant opéré en Haute-Marne en 1944. Nous avons déjà évoqué ici l'activité du lieutenant Louis-Frederic Gérard-Varet Hyde. Voici le rapport - conservé par les Archives nationales, tant américaines que françaises - du lieutenant Robert A. Cormier, dit Bob, saboteur du circuit Pedlar qui devait initialement agir dans la Marne.

Robert Adrien Joseph Arthur Cormier est né dans l'Etat de Rhode Island (Etats-Unis) le 25 février 1922. Il réside avec sa famille à Woonsocket en 1942. Après deux années d'études au collège de Rhode Island, il s'engage en septembre 1942 au 506th Parachute Infantry, où il est nommé sergent. Le 1er décembre 1943, il est affecté à l'OSS. Affecté à l'état-major de ce service à Washington DC, Cormier est appointé deuxième lieutenant le 1er avril 1944 et reçoit l'ordre de gagner Londres.

Robert A. Cormier est parachuté dans la nuit du 7 au 8 juillet 1944, à 1 h 30 du matin, sur le territoire de la commune de Longsols, dans l'Aube. Il saute avec deux opérateurs radio britanniques, Herbert Maurice Roe (Maurice) et Alfred Claude Brenton Sowden (Claude), neuf containers et quinze paquets. L'élément précurseur du circuit Pedlar est réceptionné par une vingtaine d'hommes dépendant du circuit Diplomat (Commandos M). Les trois envoyés du ciel se camouflent d'abord dans des bois voisins, puis gagnent un repaire à Troyes. Pendant deux jours, ils attendent leur chef, le major Nicolas Redner Bodington, et lorsque celui-ci arrive à son tour dans l'Aube, dans la nuit du 10 au 11 juillet 1944, Cormier gagne un autre refuge à Luyères.

Pendant que Bodington se porte dans la région d'Epernay dans la Marne, le lieutenant Bob et un radio restent pendant deux semaines dans l'Aube. Durant cette période, ils ne restent pas inactifs. Cormier revendique trois ou quatre déraillements de trains, la destruction d'un train transportant du pétrole, celle de 25 pylônes, entre le 12 et le 24 juillet 1944. Puis Bodington revient pour leur annoncer qu'ils doivent se porter dans la Haute-Marne.

Destination Robert-Magny

C'est à bord d'un camion fourni par le capitaine Yvan (Maurice Dupont), des Commandos M, que l'officier américain et le sergent Roe se dirigent sur le hameau de Billory, commune de Robert-Magny. Nous sommes début août 1944. "Dans la maison sûre où l'on nous avait dit de rencontrer notre contact, un homme du nom de Rodrigo nous dit qu'un terrain de réception avait été validé par Londres et que des avions l'avaient survolé la nuit précédente*, mais qu'ils n'avaient rien pu faire car ils n'avaient pas les hommes nécessaires", rend compte Cormier. Le terrain est dénommé Gargouille, et le nommé Rodrigo correspond à Rodrigo Pais de Souza, patriote d'origine portugaise. "Des messages furent échangés la même nuit, poursuit Robert A. Cormier. Nous rassemblâmes environ 20 hommes, reçûmes deux avions de matériels que nous cachâmes dans les bois environnants." Cette opération aérienne réussie semble plutôt avoir eu lieu dans la nuit du 9 août 1944, sur le terrain Toboggan de Voillecomte.

Avec le maquis de Cirey-sur-Blaise

Pendant leur séjour en Haute-Marne, Cormier et Roe entrent en contact avec des groupes FFI du nord du département. Ainsi, le maquis de Cirey-sur-Blaise. "[Nous] trouvâmes un petit groupe de maquisards à Cirey que nous contactâmes par l'intermédiaire de Rodrigo, rapporte Cormier. Ils étaient très mal armés et n'avaient aucun moyen de soutien." Ce groupe, créé en juillet 1944, est commandé par l'adjudant Benjamin Chrétien, d'Harréville-les-Chanteurs, près de Bourmont. Selon Cormier, il réunit "50 hommes, tous armés". Concernant leurs activités, le saboteur allié écrit : "Jusqu'à l'approche des Américains, ils coupèrent des arbres sur les routes, posèrent des crève pneus, tendirent des embuscades aux voitures isolées allemandes. A l'approche des Alliés, ils attaquèrent constamment les petits convois allemands. Nombre d'Allemands tués : environ 25, dix prisonniers. Cinq maquisards blessés." Les informations dont nous disposions sur ce maquis proviennent essentiellement du dossier de Combattant volontaire de la Résistance de l'adjudant Chrétien. Ce dernier ne parle à aucun moment de victimes dans son unité, et d'ailleurs évoque un effectif de 30 (et non 50) hommes. "Vers le 20 août [1944], avec le groupe de Cirey, j'attaquai trois camions, en détruisant deux, raconte Cormier. Nous tuâmes quinze à 20 Allemands. Nous attaquâmes avec 50 hommes. La durée de l'attaque fut de 30 secondes. Aucune perte de notre côté." La seule action notable revendiquée par Benjamin Chrétien a lieu le 29 août 1944, au lieu-dit Quatre chemins, entre Cirey et Charmes-la-Grande. Elle a entraîné l'arrestation de quatre élus de la région emprisonnés à Joinville. Après la libération de Montier-en-Der, le maquis de Cirey est intégré dans la Compagnie du Der dont Chrétien prend le commandement de la 2e section.

Dans la maison d'un colonel allemand

Parmi les résistants de la région, Cormier cite encore un certain M. Dupuis - sans doute Maxime Dupuy, membre de Libé-Nord, futur sous-préfet de Saint-Dizier -, François de La Hamayde, Percheron, créateur de la Compagnie du Der, et M. de Chanlaire, de Wassy. A propos de ce dernier, Cormier écrit : "Notre quartier général était à Wassy, chez M. Chandlair [sic]. Sa maison était également le quartier général d'un colonel allemand [sans doute l'oberst Brandt]. [...] [Il] dirigeait une distillerie et possédait deux camions et une voiture en parfait état avec tous les papiers nécessaires. [...]" Grâce aux relations de ce Wasseyen avec le colonel ennemi, "lors de nos déplacements, nous avions habituellement deux ou trois Allemands dans le camion avec nous, ce qui nous évitait d'être arrêtés ou interrogés par les patrouilles allemandes."

Instructeur

Auprès des FFI du Nord Haute-Marne (Compagnie du Val, Compagnie du Der, maquis de Cirey), Robert A. Cormier joue son rôle d'instructeur : "Je commençai à donner des cours d'instruction sur les armes et les explosifs à tous ces groupes, tout en réclamant continuellement davantage d'équipements à Londres. L'instruction des groupes se faisait principalement dans les bois ; chaque homme recevait une arme qu'on lui apprenait à démonter, charger et tirer. Avant qu'un membre du groupe passe à l'action, il connaissait parfaitement son arme. Chaque membre avait tiré au moins dix coups avec son arme. Nous tenions chaque groupe responsable d'au moins quatre actes de sabotage par semaine. [...]" Un de ces sabotages correspond à celui du tunnel de Belle-Epine, entre Baudonvilliers et Robert-Espagne, le 27 août 1944.

Fin août 1944, de retour d'un séjour de quelques jours à Bouzy (Marne) auprès du major Bodington, le lieutenant Cormier opère plus particulièrement avec la Compagnie du Der. "Le soir du 27 août, nous entendîmes des coups de feu à Montier-en-Der. Environ une heure plus tard, l'une de nos sentinelles avancées amena un homme qui me cherchait. Il me dit qu'il venait de la part de Peter et que le capitaine Ha[r]ratt était un peu plus loin dans les bois et voulait me parler." Percy John Harratt était le cinquième membre du circuit Pedlar. Souffrant de la jambe, ce Britannique n'avait pas été parachuté en Champagne mais était arrivé dans la zone depuis le Sud de la France. Il avait pour surnom Peter.

Durant sa présence dans la région dervoise, Cormier garde également le souvenir d'un accrochage notable. Il raconte : on "nous informa vers le 1er septembre [plutôt 29 août] que les Alliés étaient à environ 25 km. Nous rassemblâmes tous les renseignements militaires sur la zone, le maquis et les défenses de Saint-Dizier - emplacements de toutes les pièces d'artillerie, chars et tous les dépôts et installations militaires. Pour transmettre ces renseignements aux lignes avancées des troupes alliées, nous prîmes une voiture avec une mitrailleuse à l'avant et à l'arrière et nous prîmes la route. Nous rencontrâmes un convoi allemand qui nous vit clairement mais ne fit absolument rien. C'est à environ 10 km au nord de Montier-en-Der. Nous essayâmes de transmettre ces renseignements à une colonne [américaine] venant en direction du sud de Vitry-le-François. Nous continuâmes après le passage du convoi et dans une petite localité, Bailly-aux-Forges**, rencontrâmes un autre convoi face à face. Il n'y avait aucun moyen d'éviter le combat. Les deux camions de tête étaient remplis d'hommes [...] L'engagement dura environ dix minutes dans les rues. Nous gagnâmes les bois. Résultats : environ 27 Allemands tués [sic], un camion-citerne incendié et complètement détruit. Pertes de notre côté : aucune".

En opération près de Chaumont

Le 30 août 1944, "avec cinq hommes [...], nous attaquâmes un char avec des gammons [grenades], grenades, mitrailleuses et mines antichar. Nous fîmes sauter une chenille. Les Allemands firent alors sauter le char eux-mêmes car ils étaient en retraite et n'avaient pas le temps de le réparer. Ensuite, les Allemands allèrent dans le village le plus proche et fusillèrent trois hommes qui n'étaient pas responsables de l'action." Il s'agit du village de Braucourt, où un père et son fils furent fusillés, un troisième homme grièvement blessé.

Après la libération de Montier-en-Der, Cormier et Harratt se portent ensuite avec Bodington dans la région de Chaumont pour tenir la ligne Juzennecourt-Bologne à la tête des FFI du Nord Haute-Marne. C'est dans ce cadre qu'a lieu le combat de Darmannes du 12 septembre 1944 déjà évoqué ici. Puis, le 21 septembre 1944, il reprend le chemin du retour. Le 24 septembre 1944, il est à Londres.

Robert A. Cormier se retire du service actif en 1963 avec le grade de major. Titulaire de la DSC, il est décédé le 13 août 1966, à l'âge de 44 ans. Il repose en Virginie.

Sources : rapport du lieutenant Cormier, Nara ; rapport de mission du circuit Pedlar, archives du club Mémoires 52.

* Dans la nuit du 7 au 8 août 1944 (information communiquée par Chris Nelson).

** Le journal de marche de la Compagnie du Der parle plutôt de Bailly-le-Franc (Aube), ce qui est plus logique. 


mercredi 3 juin 2026

Une note qui apporte un nouvel éclairage sur le massacre de Châteauvillain

Le monument dédié aux victimes du massacre de Châteauvillain.
(Photo L. Fontaine). 


Le 24 août 1944, un détachement russo-allemand présent depuis plusieurs jours à Châteauvillain  massacre 17 habitants de la localité au prétexte que des coups de feu ont été tirés sur ses hommes. Il ne s’agit pas ici de revenir en détail sur le déroulement d’un des massacres les plus importants commis sous l’Occupation en Haute-Marne (1), mais d’essayer d’en savoir davantage sur leurs auteurs supposés. 

Le premier rapport sur la tragédie, rédigé par le gendarme Marc Seiler.
(ADHM, 342 W 284).


Le contexte 

Châteauvillain est un chef-lieu de canton de l’arrondissement de Chaumont, sur la route de Châtillon-sur-Seine (Côte-d’Or). La Résistance y a pris naissance très tôt, dès 1942. Son animateur, Philippe Hantzberg, a été arrêté en janvier 1944, et il est mort en déportation. Depuis juin 1944, la bourgade est l’une des plus agitées dans l’arrondissement. Des résistants ont saboté un pont, réquisitionné à plusieurs reprises du carburant dans l’usine des Dérivés du bois ainsi que du tabac, et ils ont même désarmé, soit à Châteauvillain, soit dans le village voisin de Latrecey, deux soldats allemands qu’ils ont dévêtu de leur uniforme. La dernière incursion date du 11 août 1944. 

A cette époque, il n’y a encore pas de maquis haut-marnais à proximité. Le maquis le plus proche, Duguesclin, n’est créé que le 23 août 1944. Il y a bien, à une trentaine de kilomètres de là, un camp à Auberive, mais il ne semble pas avoir encore agi dans ce secteur. En réalité, c’est le maquis de Montigny-sur-Aube (Côte-d’Or) qui s’est livré à toutes ces opérations. Il agissait en particulier entre Boudreville et Châteauvillain sur la RN 65, ou à proximité de Dinteville. Ce maquis était commandé par un Haut-Marnais de naissance, Raymond Gogien, dont le frère résidait précisément à Châteauvillain et qui figure parmi les fusillés du 24 août. 

L’ordre de représailles 

Selon le secrétaire général de la préfecture de la Haute-Marne, Jean Maccioni, c’est le Feldkommandant de la Haute-Marne, l’oberst (colonel) Werner Kleffel, qui l’a informé le 14 août 1944 devant témoins qu’en cas d’actions de la Résistance, il enverrait des éléments « russes » spécialisés dans les représailles. 

Des enquêtes difficiles 

Les auditions de témoins du massacre ont été nombreuses après la Libération. C’est la délégation régionale du Service de recherche des crimes de guerre (SRCGE) qui, en s’appuyant sur la coopération des gendarmes, a initié plusieurs enquêtes relatives au massacre de Châteauvillain. Le premier rapport sur ce crime date du 25 août 1944, et il a d’ailleurs été signé par un gendarme survivant, Marc Seiler. Mais dès l’automne 1944, les investigations prennent une dimension supplémentaire, car il s’agit tout à la fois d’identifier les auteurs du massacre pour les traduire devant la justice mais aussi de juger des collaborateurs qui auraient pu être impliqués. Au cours de leurs auditions, les témoins, souvent parents des 17 victimes, évoquent tout d’abord trois unités distinctes présentes en ce jour tragique. 

Le premier, c’est un détachement estimé à 200 hommes « portant l’uniforme de l’armée de l’air » qui, d’après Aline Ley, s’installe le 20 août 1944 dans le parc aux daims. Survivant du massacre, Michel Devillers note aussi que « beaucoup [de soldats] portaient l’uniforme de l’aviation avec insigne », tandis que Mme Lazarus déclare : « Tous ces soldats allemands portaient l’insigne de l’aviation allemande. Je n’ai pas remarqué de numéro d’unité. Ils portaient l’uniforme gris bleu des aviateurs. » 

Le deuxième détachement arrive dans la commune peu après ces aviateurs (peut-être le 21). Un témoin parle de 80 cosaques du Don et du Tarban. Michel Devillers confirme cette présence : « Les Russes étaient habillés de la tenue allemande, d’aucuns étaient coiffés du bonnet à poil ». D’après Aline Ley, « ce dernier détachement était commandé par deux officiers russes qui avaient le grade de lieutenant ». Les témoignages évoquent des officiers tatoués sur les bas. Pour l’un, une ancre de marine et une tête de marin à béret ; pour le deuxième (c’est Thérèse Desvaux, veuve d'une victime, qui le précise), une tête de femme et une étoile rouge. L’enquête évoque l’hypothèse d’un nommé Ackermann comme étant le chef des deux détachements. Serait-ce cet officier portant lunettes, de « grande taille et très maigre » évoqué par Michel Devillers ? 

Enfin, la présence de feldgendarmes de Chaumont, et notamment du feldwebel (adjudant ou adjudant-chef) Karl Betchler, est attestée. Le gendarme français Seiler la confirme également. Nous y reviendrons.

Les cosaques 

L’enquête pour identifier les unités impliquées dans le massacre s’avère difficile. D’autant que Mme Lazarus l’assure : « Les écussons avaient été décousus. Cependant certains portaient l’insigne des aviateurs et d’autres portaient l’inscription BA sur le bras droit en lettres rouges ». Quant à Roger Cheppe qui sera déporté, s’il se souvient d’ « un officier SS en tenue brune » (hypothèse peu probable), « les Allemands qui nous conduisaient [étaient] revêtus de capotes de camouflage, il était donc impossible de déceler à quelle arme ils appartenaient »

Pourtant, tout simple indiquer que le détachement russe appartenait au Freiwilligen-Stamm Regiment 5. C’est ce que pense d’ailleurs le SRCGE qui met plus particulièrement en cause le I. Abteilung (groupe d’escadrons) effectivement présent à Chaumont. Ce régiment correspond à l’ancien Kosaken-Ausbildungs-und-Esartz-Regiment mis sur pied à Cracovie (Pologne) sous les ordres de l’oberst (colonel) Bjely et arrivé à Chaumont avant la mi-février 1944. Au 22 août 1944, ainsi que le précise une note "secrète" datée de ce jour, des escadrons de ce régiment étaient toujours présents en Haute-Marne, et ce pour réaliser plusieurs missions. La première est d’assurer la sécurité des travaux d’aménagement de positions dans le Sud Haute-Marne. Elle est revenue à six escadrons installés à Villiers-sur-Suize, Faverolles, Saint-Ciergues, Noidant-le-Rocheux, Flagey et Longeau (soit 900 à 1 200 hommes). Notons qu'il s’agit précisément de l’axe aujourd’hui occupé par l’autoroute A 5/A 31 et qui est parallèle à la RN 74 (axe Chaumont-Langres). Ces escadrons font face à l’Ouest, direction d’où sont censés arriver les Alliés (nous sommes deux jours avant l’entrée dans Paris, et les troupes américano-françaises débarquées le 15 août 1944 en Provence sont encore au combat à Toulon et Marseille). Par ailleurs, 700 autres cosaques sont destinés à participer à ces travaux de construction aux approches de Langres. Enfin, et c’est un point de ce document qui nous intéresse, une réserve de 400 cosaques est destinée à surveiller une ligne Saint Dizier – Montsaugeon dans un secteur à « 20 – 25 km » à l’ouest du dispositif de garnisons de sécurité. C’est vraisemblablement à cette réserve, à la disposition du Feldkommandant, qu’appartiennent les éléments implantés à Auberive, à Blaise ou à Arc-en-Barrois, et, surtout, ceux qui ont agi à Châteauvillain. 

Nous noterons que le I./Freiwilligen-Stamm-Regiment 5, confié au rittmeister (capitaine de cavalerie) Felix Küper, a une expérience dans le domaine des représailles, puisqu’il a sévi à Laferté-sur-Aube et Voisines en juin 1944 (17 maquisards tués ou exécutés), puis dans l’Ain et le Jura en juillet 1944. Le 1er septembre 1944, ce régiment quitte Chaumont pour la Haute-Saône, se livrant au passage à d’autres crimes (à Nogent, à Montigny-le-Roi, en particulier). 

Les "aviateurs"

Mais là où la note secrète évoquée apparaît comme la plus éclairante, c’est à l’évocation de Jagdkommando (commandos de chasse). D’abord un mot sur l’auteur de cette note, et le contexte dans lequel elle a été rédigée. Ce document « secret » - mais tous ceux de ce corpus sont qualifiés ainsi - figure dans les archives du Korps du général Kurt Feldt, conservées par les archives nationales américaines (Nara). C’est le 9 août 1944 que Feldt, général de cavalerie né en 1887 (2), commandant du district militaire du Sud-Ouest de la France, a reçu l’ordre de porter son état-major d’Amboise (Indre-et-Loire) à Vittel (Vosges) pour organiser une ligne de défense sur la Marne. La précision est importante, car elle montre que la volonté allemande de stopper les Alliés sur cette rivière est bien plus précoce que ce qui était jusqu’à présent admis – on se bat toujours en Normandie à ce moment. C’est dans le cadre de sa mission (3), au titre de chef de la section III (Abschnitt III), que Feldt est amené à prendre en compte les unités présentes en Haute-Marne depuis plusieurs mois voire davantage, tel le Kosaken-Ausb.-Rgt (ou Freiw.-Stamm-Rgt. 5). Dans son journal de marche, à la date du 22 août 1944, le général Feldt écrit : « Engagement du [Kosaken-Ausb.-Rgt.] comme garnison de sécurité et pour la construction de positions dans le secteur de Langres, ainsi que sur les routes vers l’Ouest pour la sécurisation contre les chars de reconnaissance. » C’est le dispositif évoqué plus haut. 

Mais dans la note du même jour signée par ce général de cavalerie, un point attire l’attention : les 1ère et 3e compagnies du I. Abteilung du Luftnachrichten-Ausbildungs-Regiment 305 (régiment dont l’état-major est à Nancy), la 1ère compagnie (4) du I./Luftnachrichten-Ausbildungs-Regiment 302 et le Reserve-Beobachtungs-Abteilung 44 (5) ont reçu l’ordre de détacher chacun 30 hommes afin accompagner l’officier – dont l’identité n’est pas mentionnée – qui a été chargé de mener des opérations « de chasse ». Par ailleurs, la même compagnie du I./Ln-Ausb-Rgt 302 fournit 40 hommes pour les Jagdkommando à la disposition de la Feldkdommandantur. Notons qu’à la date du 20 août 1944, ce même bataillon était implanté à Chaumont (deux compagnies) mais aussi à Crenay (une compagnie), donc à 20 km à l’est de Châteauvillain. 

(Source : Nara, 316380541)


Et si c’était des éléments de cette unité – et peut-être aussi des hommes du Ln-Ausb-Rgt 305, régiment qui, il est vrai, est davantage présent dans le Nord Haute-Marne – qui avaient pris part aux représailles dans le bourg ? C’est une hypothèse très vraisemblable pour trois raisons. D’abord, la nature des missions dévolues aux Jagdkommando : la lutte contre les « terroristes » - et l’on sait que c’est pour ce motif que l’expédition de Châteauvillain a été décidée. Ensuite, nous n’avons pas trouvé trace d’une autre unité de la Luftwaffe présente, à cette époque, en Haute-Marne. Les sources allemandes évoquent ainsi le Flieger-Regiment 90 localisé en septembre 1944 à Langres, mais aucun document n’atteste de sa présence dans le département dans les semaines précédentes. Enfin, le Ln-Ausb-Rgt 302 a été impliqué ultérieurement dans d’autres crimes de guerre dans le département. 

Mais d’abord, qu’est-ce qu’un Luftnachtrichten-Ausbildungs-Regiment ? Littéralement, un régiment de transmissions de l’armée de l’air. C’est donc loin d’être, initialement, une unité combattante. Le Ln-Ausb-Rgt 302 a été mis sur pied en octobre 1942, et son 1er bataillon (Abteilung) installé à Chaumont peut-être dès cette époque. Le régiment est toujours commandé, et ce depuis 1942, par l’oberst Georg Freytag. En attendant l’arrivée de troupes allemandes se repliant depuis l’Ouest ou le Sud-Ouest et le centre de la France, il est une des rares unités disponibles en Haute-Marne à cette époque, avec le Kosaken-Ausb.-Reg et le Sicherungs-Regiment 399. 

Durant la première quinzaine de septembre 1944, des éléments de ce bataillon, qui sera ultérieurement sous les ordres du hauptmann Hans Weinauer, sont en position défensive au nord de Chaumont. Le 11 septembre 1944, la 2e compagnie du I/Ln-Ausb-Rgt 302, commandée par le leutnant Holler, est à Condes. L'oberleutnant Karl Zille - qui sera porté disparu le 26 septembre 1944 à Bult dans les Vosges - est également évoqué par le maire du village. Un de ses sous-officiers, le feldwebel Kuchler, conduit une patrouille qui abat un père et son fils, à Brethenay : Louis et Albert Jolibois. On en connaît les circonstances grâce à l’audition d’un déserteur alsacien, Paul Tugler. Deux jours plus tard, la garnison allemande évacue Chaumont pour prendre la direction de Montigny-le-Roi. En cours de route, une avant-garde tombe dans une embuscade dressée par les FFI du maquis de Pincourt. Des soldats allemands sont tués, dont vraisemblablement le chef du I./Ln-Ausb-Rgt 302. En représailles, des incendies sont allumés dans le village voisin d’Essey-les-Eaux (il y aura quatre victimes civiles). Ici encore, c’est un déserteur alsacien servant dans le Ln-Ausb-Rgt 302 (6), René Wintz, qui met en cause un officier, l'oberleutnant Koch, commandant la 3e compagnie. Interrogés à la Libération sur ces deux crimes, aucun de ces deux « Malgré-Nous » n’évoque toutefois le massacre de Châteauvillain. 

Conclusion 

A notre connaissance, un seul militaire allemand a été condamné à la Libération pour son implication dans la tragédie de Châteauvillain. Il s’agit du feldwebel (adjudant ou adjudant-chef) Carl Bechtler, de la Feldgendarmerie de Chaumont. Ce service de gendarmerie est soupçonné d’avoir simulé une attaque de la Résistance pour justifier les représailles. Par ailleurs, Bechtler a été mis en cause dans les incendies dans le bourg. Echappant à la peine de mort, il est condamné en 1949 à 20 ans de travaux forcés par le tribunal militaire permanent siégeant à Metz. 

Carl Bechtler. (Source : AD 51).


Aucun des officiers présents à Châteauvillain ce jour-là ne semble avoir été arrêté. Quant à l’oberst Kleffel, "premier responsable" – selon Jean Maccioni – d’avoir ordonné une expédition à Châteauvillain, il a trouvé la mort dans une embuscade dans les Vosges en septembre 1944.

S’il n’évoque pas précisément le massacre de Châteauvillain – il s’agit d’une note prescrivant des ordres, pas d’un compte-rendu d’opérations -, le document signé du général Kurt Feldt révèle quoi qu’il en soit qu’au moins 130 soldats appartenant à des Ln.Ausb.Rgt, donc à la Luftwaffe, ont été affectés à des opérations « de chasse », et notamment 70 du Ln.Ausb.Rgt 302 dont nous avons vu qu’il était implanté à Chaumont et Crenay à la date du 20 août 1944, c’est-à-dire vraisemblablement le jour où un détachement « d’aviateurs » est arrivé à Châteauvillain. 

Non formellement établie, la participation de ce régiment apparaît donc très probable (7). Notons toutefois que ce sont bien les cosaques russes qui ont marqué les esprits par leur férocité ce soir-là. Outre 17 victimes, tuées dans les rues du bourg ou exécutées dans le parc aux daims, le massacre a conduit à la mort, en déportation, de quatre otages arrêtés durant l'expédition. D’après le gendarme Seiler, le détachement russo-allemand a quitté la commune dans la nuit du 24 au 25 août 1944. 

Sources principales : Nara (Archives nationales américaines), 316380541 – Arch. dép. de la Marne, série 163 W – Arch. dép. de la Haute-Marne, 342 W 284 - BundesArchiv, archives du Ln.-Ausb.-Rgt. 302.

1 On peut se référer à : DESNOUVAUX Didier, FONTAINE Lionel, SIMONNET Marie-Claude, La Haute-Marne dans la guerre 1939-1945, De Borée éditions, 2015 ; Club Mémoires 52, La Haute-Marne et les Haut-Marnais durant la Seconde Guerre mondiale, 2022 : LAVOCAT Marie-Claude, Châteauvillain : massacre du 24 août 1944, Liralest, 2024. 

2 L’officier bénéficie d’une fiche Wikipedia. On y apprend qu’il a terminé la guerre 14-18 avec le grade de capitaine, qu’il commandait une division de cavalerie en 1940, et qu’il a fait rendre les honneurs aux Cadets de Saumur.

3 Feldt ne pourra s’opposer à l’avancée alliée, malgré l’ordre de destruction des ponts sur la Marne (destruction réalisée le 27 août 1944). Saint-Dizier tombe le 30 août 1944, Joinville le lendemain. Le 4 septembre 1944, Feldt se porte avec une partie de ses troupes en Allemagne. Il laisse par exemple le Reserve-Beobachtungs-Abteilung 44 à Andelot, pris en compte par le Gruppe Ottenbacher à compter du 8 septembre 1944. 

4 Le leutnant Wiehe servait dans la 1ère compagnie du I./Ln.-Ausb.-Rgt 302. La commandait-il ? 

5 C’est l’unité qui sera décimée à Andelot le 12 septembre 1944. Le 26 août 1944, sa 3e batterie a déjà perdu deux hommes à Donjeux. 

6 Outre l’oberleutnant Koch, qui sera hospitalisé en février 1945 à Strasbourg, les archives américaines évoquent également le lieutenant Mail, de la même compagnie, impliqué dans un crime de guerre à Nogent. Il s’agit du massacre d’Essey-les-Eaux. 

7  Par ailleurs, les agents de la Sipo-SD de Bretagne, pourtant cantonnés à Chaumont, semblent étrangers à cette opération. La seule certitude, c'est que des militants bretons du Parti populaire français (PPF) également repliés en Haute-Marne se sont retrouvés sur les lieux du massacre, mais les jours suivants.