mercredi 3 juin 2026

Une note qui apporte un nouvel éclairage sur le massacre de Châteauvillain

Le monument dédié aux victimes du massacre de Châteauvillain.
(Photo L. Fontaine). 


Le 24 août 1944, un détachement russo-allemand présent depuis plusieurs jours à Châteauvillain  massacre 17 habitants de la localité au prétexte que des coups de feu ont été tirés sur ses hommes. Il ne s’agit pas ici de revenir en détail sur le déroulement d’un des massacres les plus importants commis sous l’Occupation en Haute-Marne (1), mais d’essayer d’en savoir davantage sur leurs auteurs supposés. 

Le premier rapport sur la tragédie, rédigé par le gendarme Marc Seiler.
(ADHM, 342 W 284).


Le contexte 

Châteauvillain est un chef-lieu de canton de l’arrondissement de Chaumont, sur la route de Châtillon-sur-Seine (Côte-d’Or). La Résistance y a pris naissance très tôt, dès 1942. Son animateur, Philippe Hantzberg, a été arrêté en janvier 1944, et il est mort en déportation. Depuis juin 1944, la bourgade est l’une des plus agitées dans l’arrondissement. Des résistants ont saboté un pont, réquisitionné à plusieurs reprises du carburant dans l’usine des Dérivés du bois ainsi que du tabac, et ils ont même désarmé, soit à Châteauvillain, soit dans le village voisin de Latrecey, deux soldats allemands qu’ils ont dévêtu de leur uniforme. La dernière incursion date du 11 août 1944. 

A cette époque, il n’y a encore pas de maquis haut-marnais à proximité. Le maquis le plus proche, Duguesclin, n’est créé que le 23 août 1944. Il y a bien, à une trentaine de kilomètres de là, un camp à Auberive, mais il ne semble pas avoir encore agi dans ce secteur. En réalité, c’est le maquis de Montigny-sur-Aube (Côte-d’Or) qui s’est livré à toutes ces opérations. Il agissait en particulier entre Boudreville et Châteauvillain sur la RN 65, ou à proximité de Dinteville. Ce maquis était commandé par un Haut-Marnais de naissance, Raymond Gogien, dont le frère résidait précisément à Châteauvillain et qui figure parmi les fusillés du 24 août. 

L’ordre de représailles 

Selon le secrétaire général de la préfecture de la Haute-Marne, Jean Maccioni, c’est le Feldkommandant de la Haute-Marne, l’oberst (colonel) Werner Kleffel, qui l’a informé le 14 août 1944 devant témoins qu’en cas d’actions de la Résistance, il enverrait des éléments « russes » spécialisés dans les représailles. 

Des enquêtes difficiles 

Les auditions de témoins du massacre ont été nombreuses après la Libération. C’est la délégation régionale du Service de recherche des crimes de guerre (SRCGE) qui, en s’appuyant sur la coopération des gendarmes, a initié plusieurs enquêtes relatives au massacre de Châteauvillain. Le premier rapport sur ce crime date du 25 août 1944, et il a d’ailleurs été signé par un gendarme survivant, Marc Seiler. Mais dès l’automne 1944, les investigations prennent une dimension supplémentaire, car il s’agit tout à la fois d’identifier les auteurs du massacre pour les traduire devant la justice mais aussi de juger des collaborateurs qui auraient pu être impliqués. Au cours de leurs auditions, les témoins, souvent parents des 17 victimes, évoquent tout d’abord trois unités distinctes présentes en ce jour tragique. 

Le premier, c’est un détachement estimé à 200 hommes « portant l’uniforme de l’armée de l’air » qui, d’après Aline Ley, s’installe le 20 août 1944 dans le parc aux daims. Survivant du massacre, Michel Devillers note aussi que « beaucoup [de soldats] portaient l’uniforme de l’aviation avec insigne », tandis que Mme Lazarus déclare : « Tous ces soldats allemands portaient l’insigne de l’aviation allemande. Je n’ai pas remarqué de numéro d’unité. Ils portaient l’uniforme gris bleu des aviateurs. » 

Le deuxième détachement arrive dans la commune peu après ces aviateurs (peut-être le 21). Un témoin parle de 80 cosaques du Don et du Tarban. Michel Devillers confirme cette présence : « Les Russes étaient habillés de la tenue allemande, d’aucuns étaient coiffés du bonnet à poil ». D’après Aline Ley, « ce dernier détachement était commandé par deux officiers russes qui avaient le grade de lieutenant ». Les témoignages évoquent des officiers tatoués sur les bas. Pour l’un, une ancre de marine et une tête de marin à béret ; pour le deuxième (c’est Thérèse Desvaux, veuve d'une victime, qui le précise), une tête de femme et une étoile rouge. L’enquête évoque l’hypothèse d’un nommé Ackermann comme étant le chef des deux détachements. Serait-ce cet officier portant lunettes, de « grande taille et très maigre » évoqué par Michel Devillers ? 

Enfin, la présence de feldgendarmes de Chaumont, et notamment du feldwebel (adjudant ou adjudant-chef) Karl Betchler, est attestée. Le gendarme français Seiler la confirme également. Nous y reviendrons.

Les cosaques 

L’enquête pour identifier les unités impliquées dans le massacre s’avère difficile. D’autant que Mme Lazarus l’assure : « Les écussons avaient été décousus. Cependant certains portaient l’insigne des aviateurs et d’autres portaient l’inscription BA sur le bras droit en lettres rouges ». Quant à Roger Cheppe qui sera déporté, s’il se souvient d’ « un officier SS en tenue brune » (hypothèse peu probable), « les Allemands qui nous conduisaient [étaient] revêtus de capotes de camouflage, il était donc impossible de déceler à quelle arme ils appartenaient »

Pourtant, tout simple indiquer que le détachement russe appartenait au Freiwilligen-Stamm Regiment 5. C’est ce que pense d’ailleurs le SRCGE qui met plus particulièrement en cause le I. Abteilung (groupe d’escadrons) effectivement présent à Chaumont. Ce régiment correspond à l’ancien Kosaken-Ausbildungs-und-Esartz-Regiment mis sur pied à Cracovie (Pologne) sous les ordres de l’oberst (colonel) Bjely et arrivé à Chaumont avant la mi-février 1944. Au 22 août 1944, ainsi que le précise une note "secrète" datée de ce jour, des escadrons de ce régiment étaient toujours présents en Haute-Marne, et ce pour réaliser plusieurs missions. La première est d’assurer la sécurité des travaux d’aménagement de positions dans le Sud Haute-Marne. Elle est revenue à six escadrons installés à Villiers-sur-Suize, Faverolles, Saint-Ciergues, Noidant-le-Rocheux, Flagey et Longeau (soit 900 à 1 200 hommes). Notons qu'il s’agit précisément de l’axe aujourd’hui occupé par l’autoroute A 5/A 31 et qui est parallèle à la RN 74 (axe Chaumont-Langres). Ces escadrons font face à l’Ouest, direction d’où sont censés arriver les Alliés (nous sommes deux jours avant l’entrée dans Paris, et les troupes américano-françaises débarquées le 15 août 1944 en Provence sont encore au combat à Toulon et Marseille). Par ailleurs, 700 autres cosaques sont destinés à participer à ces travaux de construction aux approches de Langres. Enfin, et c’est un point de ce document qui nous intéresse, une réserve de 400 cosaques est destinée à surveiller une ligne Saint Dizier – Montsaugeon dans un secteur à « 20 – 25 km » à l’ouest du dispositif de garnisons de sécurité. C’est vraisemblablement à cette réserve, à la disposition du Feldkommandant, qu’appartiennent les éléments implantés à Auberive, à Blaise ou à Arc-en-Barrois, et, surtout, ceux qui ont agi à Châteauvillain. 

Nous noterons que le I./Freiwilligen-Stamm-Regiment 5, confié au rittmeister (capitaine de cavalerie) Felix Kupper, a une expérience dans le domaine des représailles, puisqu’il a sévi à Laferté-sur-Aube et Voisines en juin 1944 (17 maquisards tués ou exécutés), puis dans l’Ain et le Jura en juillet 1944. Le 1er septembre 1944, ce régiment quitte Chaumont pour la Haute-Saône, se livrant au passage à d’autres crimes (à Nogent, à Montigny-le-Roi, en particulier). 

Les "aviateurs"

Mais là où la note secrète évoquée apparaît comme la plus éclairante, c’est à l’évocation de Jagdkommando (commandos de chasse). D’abord un mot sur l’auteur de cette note, et le contexte dans lequel elle a été rédigée. Ce document « secret » - mais tous ceux de ce corpus sont qualifiés ainsi - figure dans les archives du Korps du général Kurt Feldt, conservées par les archives nationales américaines (Nara). C’est le 9 août 1944 que Feldt, général de cavalerie né en 1887 (2), commandant du district militaire du Sud-Ouest de la France, a reçu l’ordre de porter son état-major d’Amboise (Indre-et-Loire) à Vittel (Vosges) pour organiser une ligne de défense sur la Marne. La précision est importante, car elle montre que la volonté allemande de stopper les Alliés sur cette rivière est bien plus précoce que ce qui était jusqu’à présent admis – on se bat toujours en Normandie à ce moment. C’est dans le cadre de sa mission (3), au titre de chef de la section III (Abschnitt III), que Feldt est amené à prendre en compte les unités présentes en Haute-Marne depuis plusieurs mois voire davantage, tel le Kosaken-Ausb. Reg (ou Freiw.-Stamm-Reg. 5). Dans son journal de marche, à la date du 22 août 1944, le général Feldt écrit : « Engagement du [Kosaken-Ausb.-Reg.] comme garnison de sécurité et pour la construction de positions dans le secteur de Langres, ainsi que sur les routes vers l’Ouest pour la sécurisation contre les chars de reconnaissance. » C’est le dispositif évoqué plus haut. 

Mais dans la note du même jour signée par ce général de cavalerie, un point attire l’attention : les 1ère et 3e compagnies du I. Abteilung du Luftnachrichten-Ausbildungs-Regiment 305 (régiment dont l’état-major est à Nancy), la 1ère compagnie du I./Luftnachrichten-Ausbildungs-Regiment 302 (régiment commandé depuis 1942 par l’oberst Georg Freytag) et le Reserve-Beobachtungs-Abteilung 44 (4) ont reçu l’ordre de détacher chacun 30 hommes afin accompagner l’officier – dont l’identité n’est pas mentionnée – qui a été chargé de mener des opérations « de chasse ». Par ailleurs, la même compagnie du I./Ln-Ausb-Reg 302 fournit 40 hommes pour les Jagdkommando à la disposition de la Feldkdommandantur. Notons qu’à la date du 20 août 1944, ce même bataillon était implanté à Chaumont (deux compagnies) mais aussi à Crenay (une compagnie), donc à 20 km à l’est de Châteauvillain. 

(Source : Nara, 316380541)


Et si c’était des éléments de cette unité – et peut-être aussi des hommes du Ln-Ausb-Reg 305, mais il est vrai davantage présent dans le Nord Haute-Marne – qui avaient pris part aux représailles dans le bourg ? C’est une hypothèse très vraisemblable pour trois raisons. D’abord, la nature des missions dévolues aux Jagdkommando : la lutte contre les « terroristes » - et l’on sait que c’est pour ce motif que l’expédition de Châteauvillain a été décidée. Ensuite, nous n’avons pas trouvé trace d’une autre unité de la Luftwaffe présente, à cette époque, en Haute-Marne. Les sources allemandes évoquent ainsi le Flieger-Regiment 90 localisé en septembre 1944 à Langres, mais aucun document n’atteste de sa présence dans le département dans les semaines précédentes. Enfin, le Ln-Ausb-Reg 302 a été impliqué ultérieurement dans d’autres crimes de guerre dans le département. 

Mais d’abord, qu’est-ce qu’un Luftnachtrichten-Ausbildungs-Regiment ? Littéralement, un régiment de transmissions de l’armée de l’air. C’est donc loin d’être, initialement, une unité combattante. Le Ln-Ausb-Reg 302 a été mis sur pied en octobre 1942, et son 1er bataillon (Abteilung) installé à Chaumont peut-être dès cette époque. En attendant l’arrivée de troupes allemandes se repliant depuis l’Ouest ou le Sud-Ouest et le centre de la France, il est une des rares unités disponibles en Haute-Marne à cette époque, avec le Kosaken-Ausb.-Reg et le Sicherungs-Regiment 399. 

Durant la première quinzaine de septembre 1944, des éléments de ce bataillon, sous les ordres du hauptmann Wienauer, sont en position défensive au nord de Chaumont. Le 11 septembre 1944, la 2e compagnie du I/Ln-Ausb-Reg 302, commandée par le leutnant Holer, est à Condes. L'oberleutnant Karl Zille - qui sera porté disparu le 26 septembre 1944 - est également évoqué par le maire du village. Un de ses sous-officiers, le feldwebel Kuchler, conduit une patrouille qui abat un père et son fils, à Brethenay : Louis et Albert Jolibois. On en connaît les circonstances grâce à l’audition d’un déserteur alsacien, Paul Tugler. Deux jours plus tard, la garnison allemande évacue Chaumont pour prendre la direction de Montigny-le-Roi. En cours de route, une avant-garde tombe dans une embuscade dressée par les FFI du maquis de Pincourt. Des soldats allemands sont tués. En représailles, des incendies sont allumés dans le village voisin d’Essey-les-Eaux (il y aura quatre victimes civiles). Ici encore, c’est un déserteur alsacien servant dans le Ln-Ausb-Reg 302 (5), René Wintz, qui met en cause un officier, l'oberleutnant Koch, commandant la 3e compagnie. Interrogés à la Libération sur ces deux crimes, aucun de ces deux « Malgré-Nous » n’évoque toutefois le massacre de Châteauvillain. 

Conclusion 

A notre connaissance, un seul militaire allemand a été condamné à la Libération pour son implication dans la tragédie de Châteauvillain. Il s’agit du feldwebel (adjudant ou adjudant-chef) Carl Betchler, de la Feldgendarmerie de Chaumont. Ce service de gendarmerie est soupçonné d’avoir simulé une attaque de la Résistance pour justifier les représailles. Par ailleurs, Betchler a été mis en cause dans les incendies dans le bourg. Echappant à la peine de mort, il est condamné en 1949 à 20 ans de travaux forcés par le tribunal militaire permanent siégeant à Metz. 

Carl Betchler. (Source : AD 51).


Aucun des officiers présents à Châteauvillain ce jour-là ne semble avoir été arrêté. Quant à l’oberst Kleffel, "premier responsable" – selon Jean Maccioni – d’avoir ordonné une expédition à Châteauvillain, il a trouvé la mort dans une embuscade dans les Vosges en septembre 1944.

S’il n’évoque pas précisément le massacre de Châteauvillain – il s’agit d’une note prescrivant des ordres, pas d’un compte-rendu d’opérations -, le document signé du général Kurt Feldt révèle quoi qu’il en soit qu’au moins 130 soldats appartenant à des Ln.Ausb.Reg, donc à la Luftwaffe, ont été affectés à des opérations « de chasse », et notamment 70 du Ln.Ausb.Reg 302 dont nous avons vu qu’il était implanté à Chaumont et Crenay à la date du 20 août 1944, c’est-à-dire vraisemblablement le jour où un détachement « d’aviateurs » est arrivé à Châteauvillain. 

Non formellement établie, la participation de ce régiment apparaît donc très probable (6). Notons toutefois que ce sont bien les cosaques russes qui ont marqué les esprits par leur férocité ce soir-là. Outre 17 victimes, tuées dans les rues du bourg ou exécutées dans le parc aux daims, le massacre a conduit à la mort, en déportation, de quatre otages arrêtés durant l'expédition. D’après le gendarme Seiler, le détachement russo-allemand a quitté la commune dans la nuit du 24 au 25 août 1944. 

Sources principales : Nara (Archives nationales américaines), 316380541 – Arch. dép. de la Marne, série 163 W – Arch. dép. de la Haute-Marne, 342 W 284 - BundesArchiv, archives du Ln.Ausb.Reg. 302.

1 On peut se référer à : DESNOUVAUX Didier, FONTAINE Lionel, SIMONNET Marie-Claude, La Haute-Marne dans la guerre 1939-1945, De Borée éditions, 2015 ; Club Mémoires 52, La Haute-Marne et les Haut-Marnais durant la Seconde Guerre mondiale, 2022 : LAVOCAT Marie-Claude, Châteauvillain : massacre du 24 août 1944, Liralest, 2024. 

2 L’officier bénéficie d’une fiche Wikipedia. On y apprend qu’il a terminé la guerre 14-18 avec le grade de capitaine, qu’il commandait une division de cavalerie en 1940, et qu’il a fait rendre les honneurs aux Cadets de Saumur.

3 Feldt ne pourra s’opposer à l’avancée alliée, malgré l’ordre de destruction des ponts sur la Marne (destruction réalisée le 27 août 1944). Saint-Dizier tombe le 30 août 1944, Joinville le lendemain. Le 4 septembre 1944, Feldt se porte avec une partie de ses troupes en Allemagne. Il laisse par exemple le Reserve-Beobachtungs-Abteilung 44 à Andelot, pris en compte par le Gruppe Ottenbacher à compter du 8 septembre 1944. 

4 C’est l’unité qui sera décimée à Andelot le 12 septembre 1944. Le 26 août 1944, sa 3e batterie a déjà perdu deux hommes à Donjeux. 

5 Outre l’oberleutnant Koch, les archives américaines évoquent également un lieutenant Mail, de la même compagnie, impliqué dans un crime de guerre à Nogent. Il s’agit du massacre d’Essey-les-Eaux. 

6  Par ailleurs, les agents de la Sipo-SD de Bretagne, pourtant cantonnés à Chaumont, semblent étrangers à cette opération. La seule certitude, c'est que des militants bretons du Parti populaire français (PPF) également repliés en Haute-Marne se sont retrouvés sur les lieux du massacre, mais les jours suivants. 

vendredi 29 mai 2026

La répression en Haute-Marne : arrestations, exécutions, déportations (1943)

 

Roger Demoulin, d'Annéville-la-Prairie. (AD Marne, Fonds Cosor/Husson).

    En 1943, l'occupant allemand passe un cap supplémentaire dans la répression dans le département de la Haute-Marne. Le nombre de personnes arrêtées en 1942 dépassait les 110 ; l'année suivante, ce chiffre est porté à 215 minimum. Cet état concerne en particulier les victimes du coup de filet de fin octobre - début novembre 1943 réalisé dans le cadre de l'affaire du "café de Brottes". Même tendance à l'augmentation pour le nombre de départs en déportation, soit vers un camp d'extermination ou de concentration, soit vers une prison du Reich : de 75 en 1942 à 103 en 1943. Parmi ces déportés (auxquels s'ajoutent cinq ou six hommes arrêtés dans le département sans y avoir vu le jour ou y résider), au moins 50 ont été arrêtés en Haute-Marne. 1943 est l'année des premiers grands transports vers les camps, comme celui du 24 janvier 1943 en direction de Sachsenhausen qui concerne douze Haut-Marnais et celui du 16 avril 1943 qui dirige seize Haut-Marnais sur Mauthausen. A noter un taux de mortalité particulièrement important parmi les déportés de 1943 : 45 %.

Déportés nés en Haute-Marne : 72 dont au moins 29 arrêtés en Haute-Marne et 32 décédés (44 %)

BURGNIES (Maurice) (Rachecourt-sur-Marne 22 février 1920). Célibataire, domicilié à Rachecourt-sur-Marne. Arrêté le 28 novembre 1942 à Strasbourg « pour refus de travailler en Allemagne ». Déporté le 8 janvier 1943 vers une prison du Reich, puis à Dachau (matricule 43 190) le 30 janvier 1943 en provenance de la Stapo de Münich. Libéré le 29 avril 1945. Décédé en Saône-et-Loire en 1978.
LEFRANC (Lucien) (Rachecourt-sur-Marne 22 avril 1916). Dit Joseph selon les archives de Dachau. Célibataire, domicilié à Chevillon. Arrêté le 28 novembre 1942 à Strasbourg. Déporté le 8 janvier 1943 vers une prison du Reich, puis à Dachau (matricule 43 181) le 30 janvier 1943 en provenance de la Stapo de Münich. Décédé à Roches-sur-Marne en 1976.
FOURRIER Roger (Doulaincourt 5 mars 1911). Marié, père de famille. Bûcheron, domicilié à Dolaincourt. Arrêté le 22 juin 1941 à Doulaincourt par les feldgendarmes. Emprisonné à Chaumont. Interné à Compiègne. Déporté le 24 janvier 1943 à Sachsenhausen (matricule 59 268). Au block 37. Déclaré décédé à Oranienburg le 30 juin 1944 (le 26 février 1945 à Bergen-Belsen selon la FMD).
BENOIT (Pierre) (Wassy 24 mars 1903 – Hirson, Aisne, 19 mars 1964). Fils de Louis Benoit et Marie-Alphonsine Roussinet. Marié en 1929 à Denain (Nord) avec Flore Descarpentries. Teinturier. Habite à Hirson (Aisne). Déporté le 24 janvier 1943 à Sachsenhausen. Transféré à Buchenwald (matricule 67 017) le 22 juillet 1944.
GUYOT (Auguste, dit Roger) (Thonnance-lès-Joinville 28 août 1910). Ouvrier. Marié. Domicilié à Joinville, rue des Royaux. Arrêté le 23 juin 1941. Emprisonné à Chaumont, interné à Compiègne. Déporté le 24 janvier 1943 à Sachsenhausen. Matricule 28 714 à Buchenwald. A Sachsenhausen le 6 février 1945. Rentré à Joinville en mai 1945.
KAHN Adolphe (Saint-Dizier 9 janvier 1896). Interné à Compiègne. Déporté le 24 janvier 1943 à Sachsenhausen. Considéré comme décédé après février 1945 à Oranienburg.
MAUPIN Henri (Mandres-la-Côte 1er octobre 1879 – Oranienburg 29 juin 1943). Ouvrier polisseur à Nogent. Marié et père de famille. Arrêté le 22 juin 1941. Emprisonné à Chaumont, interné à Compiègne. Déporté le 24 janvier 1943 à Sachsenhausen. Décédé d’une bronchite au poumon gauche.
MURER Roger (Brousseval 2 décembre 1913). Ouvrier, militant communiste domicilié à Argenteuil. Arrêté le 17 décembre 1942 par la police française. Déporté le 24 janvier 1943 à Sachsenhausen. Décédé à Argenteuil en 1991. Source complémentaire : Maitron.
RICHARD Louis (Wassy 18 décembre 1912). Coiffeur. Domicilié à Chavanges. Résistant (sous lieutenant au titre du CDL). Arrêté le 17 septembre 1942 à Chavanges par la Sipo-SD. Emprisonné à Troyes puis à Châlons fin octobre-début novembre 1942. Interné à Compiègne. Déporté le 24 janvier 1943 à Sachsenhausen. Affecté au kommando d’Heinkel. Rentré. AD51, 163 W 3167.
ROBERT Pierre (Roôcourt-la-Côte 29 août 1907). Employé SNCF, domicilié à Bologne. Marié et père de famille. Arrêté le 22 juin 1941. Emprisonné à Chaumont, interné à Compiègne. Déporté le 24 janvier 1943 à Sachsenhausen. Affecté au kommando DAV sculpture. Rentré en France le 20 mai 1945.
SCHEHR Louis (Rimaucourt 9 septembre 1900). Déporté le 24 janvier 1943 à Sachsenhausen, puis à Bergen-Belsen.
TRIFFAUT Charles (Curel 14 décembre 1903). Domicilié à Curel. Employé de l’usine de Bussy. Arrêté le 23 juin 1941. Emprisonné à Chaumont, interné à Compiègne. Déporté le 24 janvier 1943 à Sachsenhausen. Affecté au kommando de Klinkert. Rentré.
GAMARD (André) (Wassy 13 octobre 1918 – Wassy 13 janvier 1978). Domicilié à Zuydcoote (Nord). Boulanger. Déporté le 29 janvier 1943 à Natzweiler (acheminé par la Sipo de Metz), puis à Dachau (matricule 45 143) le 5 mars 1943.
JEANSON (René) (Saint-Dizier 13 mai 1923). Fils de Gaston Jean et d’Elisabeth Aubert, domiciliés à Saint-Dizier, rue Ernest-Renan. Domicilié à Paris, 30, avenue Secretan. Monteur. Déporté le 29 janvier 1943 à Natzweiler, en provenance de la Sipo de Metz, puis à Dachau (matricule 45 145) le 5 mars 1943. Rentré.
CHARBONNELLE Pierre (Droyes 25 octobre 1901). Grandit à Nully. Arrêté en Meurthe-et Moselle (à Toul, vraisemblablement). Déporté le 5 février 1943 à Hinzert. Rentré en juin 1945. Homologué sous-lieutenant FFC, chevalier de la Légion d’honneur, médaillé militaire. Domicilié à Toul. Décédé à Toul en 1976. 
ANTOINE Abel (Blécourt 31 août 1914). Charbonnier à Joinville. Surpris en train de chasser le 17 décembre 1942 en forêt d’Arc, commune de Montribourg. Emprisonné à Paris. Déporté le 25 février 1943 à Hinzert. Evadé le 8 mai 1943. Caché à la coupe de La Borde près de Châteauvillain. Décédé à Chaumont en 1991.
BROUILLARD René (Louze 20 juillet 1901). Boucher à Louze, marié et père de famille. A la prison de Trêves le 26 mars 1942. Arrêté le 13 décembre 1942 sur dénonciation pour « hébergement de terroristes ». Emprisonné à Chaumont. Déporté le 25 février 1943 à Hinzert (matricule 6 327), puis à Wolfenbuttel. Jugé à Breslau puis transféré à Gleiwitz (Haute-Silésie). Libéré par les troupes soviétiques le 8 mai 1945 à Hirschberg. Décédé à Saint-Dizier en 1992.
GAUTHIER Raoul (Daillancourt 11 avril 1911 – Breslau 14 septembre 1944). Célibataire, agriculteur à Daillancourt. Arrêté le 25 novembre 1942 à Daillancourt pour détention d’un fusil de chasse. Emprisonné à Chaumont. Transféré le 20 décembre 1942 à la prison du Cherche-Midi à Paris. Déporté le 25 février 1943 à Breslau. Exécuté.
ORIOT Georges (Lanty-sur-Aube 27 juillet 1902 – Hinzert 7 avril 1943). Marié, sans enfant. Mobilisé en 1939 au 607e régiment de pionniers. Libéré en juillet 1940. Domicilié à Chaumont puis en forêt de Châteauvillain. Arrêté le 1er novembre 1942 par les autorités allemandes après avoir été surpris par un officier en train de chasser. Emprisonné à Chaumont. Déporté de Paris à Hinzert le 25 février 1943. Décédé à l’hôpital.
CACHEUR Alphonse (Wassy 10 mars 1915). Marié, père de famille. Mouleur aux Etablissements Durenne. Arrêté début 1943 sur le territoire du IIIe Reich. Déporté à Buchenwald le 12 mars 1943. Transféré à Sachsenhausen. Rentré. Décédé à Saint-Dizier en 1984.
LEVY Pauline (Bourbonne 17 juin 1889 – Maïdanek 28 mars 1943). Fille de Gustave Lévy, négociant, et de Louise Lévy. Née Grande rue. Domiciliée à Marseille. Internée à Drancy à partir du 9 mars 1943. Déportée le 23 mars 1943 (convoi 52) à Sobibor. Sources complémentaires : Mémorial de la Shoah ; état civil de Bourbonne.
BEAUMET Germain (Chamouilley 10 mars 1921). Boucher à Chamouilley, arrêté le 10 mars 1943 (comme réfractaire au STO, évadé et repris). Déporté le 24 avril 1943 à Natzweiler (matricule 3 341), transféré à Buchenwald puis à Dachau. Libéré le 23 mai 1945.
HENRIOT Henri (Maizières-sur-Amance 1er décembre 1922 – Sachsenhausen 21 mai 1944). Domicilié à Nancy. Arrivé le 29 avril 1943 à Natzweiler. Transféré à Bergen-Belsen puis à Sachsenhausen (76 003). Né à Mézières-sur-Meuse selon Arolsen mais l’état civil de cette commune ne le mentionne pas.
AUBERTIN René (Saint-Dizier 27 juillet 1912). Mouleur à Sommevoire où il est domicilié. Marié, père de famille. Arrêté dans la nuit du 8 au 9 février 1943 à son domicile par les feldgendarmes. Emprisonné à Chaumont, interné à Compiègne le 5 mars 1943. Déporté le 16 avril 1943 à Mauthausen (matricule 26 809) et affecté au kommando de Gusen I. Libéré le 5 mai 1945 à Gusen. Rentré à Sommevoire. Décédé en 1974.
AUER Pierre (Colmier-le-Bas 14 février 1914). Employé au café des Rotondes à Dijon. Arrêté. Interné à Compiègne. Déporté le 16 avril 1943 à Mauthausen (matricule 26 673). Libéré le 5 mai 1945 à Mauthausen. Décédé à Dijon en 1982.
BERNARDIN Albert (Eurville 27 juillet 1904 – Mauthausen 24 février 1944). Marié, père de famille. Domicilié à Vecqueville, il est arrêté à l’usine de Bussy le 25 février 1943 pour « refus d’aller travailler en Allemagne ». Emprisonné à Chaumont, interné à Compiègne le 5 mars 1943, il est déporté le 16 avril 1943 à Mauthausen (matricule 26 757).
BRIOT Marcel (Montreuil-sur-Blaise 5 mars 1901 – Gusen 26 janvier 1944). Ebarbeur à Vaux-sur Blaise. Célibataire, domicilié à Rachecourt-sur-Blaise. Arrêté avec son frère Emile (rapidement libéré) le 22 février 1943 pour « propagande anti-nazie, distribution de tracts » (ou écoute de radio). Conduit à la feldgendarmerie de Saint-Dizier. Emprisonné à Chaumont, interné à Compiègne. Déporté le 16 avril 1943 à Mauthausen (matricule 26 492 ou 47 526) et affecté au kommando de Gusen. Eliminé pour incapacité physique et asphyxié.
GEORGES Lucien (Sommevoire 25 mars 1902 – Gusen 1er février 1944). Mouleur à l’usine Durenne, domicilié à Sommevoire. Marié et père de quatre enfants. Arrêté dans la nuit du 8 au 9 février 1943 à son domicile par des feldgendarmes. Emprisonné à Chaumont. Transféré le 5 mars 1943 à Compiègne. Déporté le 16 avril 1943 à Mauthausen (matricule 26 808 ou 44 916). Transféré à Gusen (kommando Styer) le 24 janvier 1944. Admis à l’infirmerie du camp. Décédé le 1er février 1944 à 8 h 45 (Arolsen).
GIUDICE Jules (Annéville-la-Prairie 28 novembre 1925 – Gusen 12 janvier 1944). Célibataire, domicilié à Annéville. Travailleur en Allemagne dans le cadre de la relève. De retour à Annéville pour une permission. Arrêté par les Allemands le 13 janvier 1943 chez ses parents (il est accusé de vols en Allemagne). Emprisonné à Chaumont. Interné à Compiègne. Déporté le 16 avril 1943 à Mauthausen (matricule 26 802). Décédé du typhus.
KUNTZ François (Joinville 12 août 1908). Marié, père de deux enfants. Ouvrier à l’usine de Bussy. Domicilié à Joinville. Arrêté le 22 juin 1941. Interné à Compiègne. Rentré à Joinville mi-août 1941. Arrêté le 25 février 1943 par les autorités allemandes. Emprisonné à Chaumont. Transféré le 4 mars 1943 à Compiègne (matricule 11 250). Déporté le 16 avril 1943 à Mauthausen. Affecté à Gusen le 10 mai 1943. Libéré à Mauthausen le 5 mai 1945. Décédé en 1978.
MOUILLET Pierre (Augeville 17 octobre 1903 – Malchov 30 avril 1945). Domicilié à Vecqueville. Charretier à Bussy. Marié, père de deux enfants. Arrêté le 25 février 1943 à Vecqueville pour « refus d’aller travailler en Allemagne ». Emprisonné à Chaumont. Transféré le 3 mars 1943 à Compiègne (matricule 11 255). Déporté le 16 avril 1943 à Mauthausen. Matricule 31 719 à Buchenwald le 20 novembre 1943. Matricule 31 719 à Mittelbau le 28 octobre 1944 après être passé par Weimar, Sangershausen. Mort en déportation. Ses trois frères ont péri durant la Première Guerre mondiale.
PAILLOT James (Sommevoire 11 avril 1911). Mouleur à l’usine Durenne. Marié et père de famille. Arrêté le 13 février 1943 pour « diffusion de tracts ». Emprisonné à Chaumont. Interné à Compiègne. Déporté le 16 avril 1943 à Mauthausen (48 253). Transféré à Gusen. Libéré. Décédé à Saint-Dizier en 1984.
TISSERAND Georges (Le Pailly 23 avril 1905 – Ebensee 18 mai 1945). Domicilié 2, rue des Bragards à Saint-Dizier. Marié. Dénoncé pour détention d’arme, arrêté le 22 février 1943 par la feldgendarmerie. Déporté le 16 avril 1943 à Mauthausen (matricule 124 401). 
NOEL (Georges) (Roches-sur-Marne 28 juillet 1906). Arrêté le 26 février 1943 à Roches-sur-Marne pour « détention d’armes ». Interné à Compiègne. Déporté le 16 avril 1943 à Mauthausen (matricule 117 119). Libéré. Décédé à Saint-Dizier en 1998.
FAVRET Arthur (Gilley 27 mai 1891). Domicilié à Trieux (Meurthe-et-Moselle). Arrêté le 5 mars 1943 en Meurthe-et-Moselle. Interné à Compiègne. Déporté le 20 avril 1943 à Mauthausen. Rentré.
BEAUMET Germain (Chamouilley 10 mars 1921). Boucher à Chamouilley. Arrêté le 10 mars 1943 comme réfractaire au STO, évadé et repris. Déporté le 24 avril 1943 à Natzweiler (matricule 3 341). Transféré à Buchenwald (matricule 13 857) le 18 juin 1943 puis à Dachau. Libéré le 23 mai 1945.
MORY Germaine (Frettes 1er octobre 1895). Epouse de Pierre Frilley. Gérante du café-restaurant des Rotondes à Dijon-Perrigny. Membre d’un réseau de passeurs. Arrêtée le 22 décembre 1942 à Dijon. Internée à Compiègne. Déportée le 28 avril 1943 à Ravensbrück. Libérée le 23 avril 1945. Son époux, déporté le 16 avril 1943 à Mauthausen, décède le 31 juillet 1944 à Hartheim.
BOCQUENET Marius (Vesaignes-sur-Marne 25 juillet 1895 – Sachsenhausen 15 juin 1943). Gendarme à la retraite. Gardien-chef de la maison d’arrêt de Wassy. Marié. Arrêté le 27 janvier 1943 à Wassy, par des feldgendarmes, pour écoute de la BBC. Emprisonné à Chaumont. Interné à Compiègne le 13 février 1943. Déporté le 28 avril 1943 à Sachsenhausen (matricule 64 591).
TETOT Henri (Brousseval 27 mars 1914). Salarié aux Emailleries de Saint-Dizier. Mobilisé en septembre 1939. Réformé temporaire à la suite d’un accident. Embauché comme fraiseur à l’usine Citroën en janvier 1940. Arrêté à Saint-Ouen, condamné par le 3e tribunal militaire permanent de Paris à trois ans d’emprisonnement pour « infraction au décret portant dissolution des organisations communistes ». Emprisonné à La Santé, Fresnes, Poissy, Fontevrault. Livré aux autorités allemandes. Interné à Compiègne. Déporté le 28 avril 1943 à Sachsenhausen. Affecté au kommando Heinkel. Rentré en France en mai 1945. Décédé à Saint-Dizier en 1980.
LEVEAU Emile (Langres 13 mai 1922 – Oranienburg 12 février 1944). Arrêté à Langres le 1er mars 1943. Emprisonné à Chaumont puis à Châlons-sur-Marne. Interné à Compiègne. Déporté le 8 mai 1943 à Sachsenhausen.
GILLET Roger (Mirbel 20 mars 1920 – Sachsenhausen 9 janvier 1945). Célibataire. Employé de marchand de bestiaux à Brethenay. Arrêté le 4 ou le 16 mars 1943 à Brethenay. Déporté. La FMD et les archives Arolsen ne le mentionnent pas dans leur base.
ADAM Roger (Joinville 4 mars 1922 – Bergen-Belsen 25 février 1945). Célibataire. Domicilié à Joinville. Arrêté le 9 avril 1943 pour « opposition aux directives allemandes de camouflage ». Interné à Compiègne. Déporté le 8 mai 1943 à Sachsenhausen (matricule 66 559).
COLLARD Georges (Sainte-Livière 3 septembre 1922). Interné à Compiègne. Déporté le 8 mai 1943 à Sachsenhausen. Décédé à Lusigny-sur-Barse (Aube) en 1972.
COLLIN Paul (Marbéville 12 juin 1903). Marié, père de quatre enfants. Domicilié à Reims. Arrêté en mars 1943 à Reims. Interné à Compiègne. Déporté le 8 mai 1943 à Sachsenhausen (matricule 66 335). Transféré à Buchenwald (86 836). Puis à Sachsenhausen le 8 février 1945. Porté disparu. AD 51, Fonds Cosor.
FLOQUET René (Suzannecourt 14 février 1924). Monteur en charpentes métalliques à Bourbonne-les-Bains. Arrêté le 22 mars 1943 au Boulou en essayant de passer en Espagne. Aurait été déporté en mai 1943 à Oranienburg (la FMD ne le recense pas). Un témoin l'a vu en février 1945 à Dachau. Porté disparu. Médaillé de la Résistance. 

CURTINOT Georges André (Joinville 19 janvier 1897 – Nordhausen 26 février 1945). Agriculteur à la ferme de Bellevue (Joinville). Marié et père de famille. Arrêté sur dénonciation le 7 mai 1943. Emprisonné à Witlich du 23 juillet au 27 septembre 1943. La suite de son parcours est retracée dans le Livre des 9 000 déportés de France à Dora.
VOIRIN Armand (Sarcey 10 février 1908). Marié, père de deux enfants. Surveillant à la maison centrale de Clairvaux. Arrêté début 1943 sur dénonciation (il est accusé par un détenu d’avoir écouté la radio anglaise). Condamné le 12 mars 1943 à deux ans de prison. Emprisonné à Troyes. Déporté le 14 mai 1943 à la prison de Fribourg. Puis emprisonné près de Munich. Rentré fin mai 1945 après s’être évadé durant une marche.
HUTINET Pierre Elie (Rachecourt-sur-Marne 11 juin 1890). Domicilié à Rachecourt. Arrêté en août 1941 pour braconnage. Condamné à trois mois de prison par la justice allemande. Détenu à Clairvaux. Déporté le 17 mai 1943 à Fribourg. Rentré. Etabli à Saint-Dizier.
CORROY Alphonse (Liffol-le-Petit 8 janvier 1884). Marié, père de quatre enfants. Domicilié à Villenoy (Seine-et-Marne). Interné à Compiègne. Déporté le 25 juin 1943 à Buchenwald (matricule 14 796). Libéré le 11 avril 1945.
VERJUX Raymond (Hûmes 5 août 1925 – Dora 1944). Domicilié à Sexfontaines. Employé comptable à la société des pétroles de Sexfontaines. Arrêté le 21 avril 1943 à Perpignan en essayant de franchir la frontière espagnole. Interné à Compiègne. Déporté le 25 juin 1943 à Buchenwald. Mort fin août et en septembre 1944. Cf Livre des 9 000 déportés de France à Dora.
EMERIQUE Alice (Saint-Dizier 1889 – Auschwitz 5 août 1943). Epouse Salmon. Morte à Auschwitz.
PIGNEROL Maurice (Langres 30 octobre 1878). Fils de médecin. Marié à Paris. Polytechnicien, licencié en droit. Inspecteur général des Finances. Commandeur de la Légion d’honneur. Interné à Compiègne. Déporté le 13 août 1943 à Buchenwald comme personnalité otage. Libéré. Décédé à Paris en 1955. Source complémentaire : site Cimetière du Père Lachaise.
LABORDE Henri (Langres 1er octobre 1894). Vétéran de 14-18. Veuf, sans enfant. Employé de commerce à Langres. Mobilisé en 1939. Prisonnier en 1940 dans l'Yonne. Libéré le 11 juillet 1940. Installé à Chaumont, rue Jules-Tréfousse. Employé de la caserne Damrémont. Arrêté le 26 mai 1943 par la feldgendarmerie pour avoir hébergé un voleur d'arme au préjudice des Allemands. Condamné le 26 juillet 1943 par le tribunal de la Feldkommandantur 769. Déporté le 15 août 1943 à Sarrebrück. Transféré à Bayreuth. Rentré en mai 1945. Non recensé par la FMD.
WEINTRAUB Madeleine (Wassy 13 septembre 1925 – Auschwitz 7 septembre 1943). Domiciliée à Montauban (Tarn-et-Garonne) avec ses parents. Déportée raciale le 2 septembre 1943 à Auschwitz (convoi 59). Morte à Auschwitz.
MORISOT Victor (Chatoillenot 12 juillet 1898). Cultivateur à Vaillant, incorporé en 1915 dans le 152e RI, grièvement blessé en 1917. Chevalier de la Légion d'honneur en 1938, médaillé militaire. Dessinateur SNCF à Chambéry. Membre du mouvement Libération en 1942. Sous-chef régional des Mouvements unités de la Résistance en 1943. Arrêté le 21 ou 22 juin 1943 à Chambéry par les Allemands. Déporté du 2 au 6 septembre 1943, puis interné en Italie. Libéré le 5 juillet 1944. Commandeur de la Légion d'honneur en 1959. Décédé en 1984. Source : "La Haute-Marne et les Haut-Marnais durant la Seconde Guerre mondiale", club Mémoires 52, 2023.
GIRVAL (de) Félix (Langres 25 mars 1920 – Dora 26 décembre 1943). Domicilié au château de Boussenois (Côte-d’Or). Arrêté le 26 juin 1943 à Dax (Landes). Déporté le 3 septembre 1943 à Buchenwald (matricule 20 738).
MASSON Henri (Droyes 27 juillet 1909). Domicilié à Troyes. Arrêté avec son épouse le 17 septembre 1942. Déporté le 23 janvier 1943. Evadé. De nouveau arrêté. Déporté le 3 septembre 1943 à Buchenwald. Evadé. Décédé à Toulon en 1996.
FALALA Georges (Bricon 14 mai 1918). Domicilié à Reims. Marié. Arrêté le 11 juin 1943 par la Sipo-SD. Déporté le 3 septembre 1943 à Buchenwald. Rentré. Son père sera député, son frère maire de Reims.
BONNET Raymond (Pouilly-en-Bassigny 4 février 1910 – Dora 2 mars 1944). Domicilié à Buxières-lès-Froncles. Employé aux Forges de Froncles. Arrêté par les gendarmes le 6 janvier 1942 pour distribution de tracts. Emprisonné à Chaumont puis à Dijon. Condamné le 24 janvier 1942 par la section spéciale de la cour d’appel de Dijon à 18 mois de détention à Clairvaux. Interné à Compiègne. Déporté le 17 septembre 1943 à Buchenwald (matricule 21 018). Transféré à Dora.
DEMOULIN Roger (Annéville-la-Prairie 10 décembre 1917). Domicilié à Reims. Arrêté en juillet 1943 dans la Marne. Interné à Compiègne. Déporté le 17 septembre 1943 à Buchenwald (matricule 21 177). Libéré le 30 avril 1945. Décédé en 1983.
PRINCET Max (Nogent 23 janvier 1914 – Nordhausen 20 décembre 1943). Domicilié à Paris. Maréchal des logis-chef d’artillerie, blessé en 1940 (il est cité à l’ordre de la brigade le 20 septembre 1943). Arrêté à Paris le 12 août 1943 par la Sipo. Emprisonné à Fresnes. Déporté le 17 septembre 1943 à Buchenwald. Matricule 21 193 à Mittelbau. Médaillé de la Résistance.
PUTIOT Georges (Brouthières 4 mai 1916). Instituteur en Meurthe-et-Moselle. Militant du Syndicat national des instituteurs, membre du Parti socialiste ouvrier et paysan. Interné en septembre 1939. Déporté le 17 septembre 1943 à Buchenwald (matricule 21 920). Décédé à Paris en 1946. Source complémentaire : Maitron.
THIEBAUT Charles (Chaumont 6 février 1910). Marié à Paris. Interné à Compiègne. Déporté le 17 septembre 1943 à Buchenwald (matricule 21 747). Libéré à Neuengamme. Décédé à Clamart en 1969.
COSSON Gabriel (Saint-Dizier 25 mars 1897 – Mauthausen 5 avril 1945). Ancien combattant 14-18. Elu communiste à Bagneux (Seine). Interné administrativement le 20 janvier 1940. Déporté le 18 octobre 1943 à Sarrebrück (camp de Neue Bremm).
REGNAULT Marcel (Joinville 23 juillet 1896). Marié, père de deux enfants. Domicilié à Sainte Savine (Aube). Interné à Compiègne. Déporté le 28 octobre 1943 à Buchenwald (matricule 30 606). Disparu (il serait décédé le 10 juin 1944 à Buchenwald).
SIMON Jacques (Chaumont 7 novembre 1907 - Auschwitz). Marchand de biens. Réfugié à Chambéry. Arrêté le 10 octobre 1943. Interné à Drancy. Déporté le 20 novembre 1943 à Auschwitz (convoi 62).
SIMON René (Chaumont 1er juin 1875). Marchand de biens. Réfugié à Chambéry. Arrêté le 10 octobre 1943. Interné à Drancy. Déporté le 20 novembre 1943 à Auschwitz.
PINEAU Christian (Chaumont 14 octobre 1904). Fils d’un officier du 109e RI. Fonctionnaire, militant CGT. Co-fondateur du mouvement Libération-Nord en 1940. Arrêté à Lyon le 3 mai 1943. Déporté le 14 décembre 1943 à Buchenwald (matricule 38 418). Compagnon de la Libération. Ministre. Décédé à Paris en 1995. Une avenue de Chaumont porte son nom.
CHANSON André (Saint-Broingt-le-Bois 29 août 1918 – Rastatt 24 novembre 1944). Boulanger à Langres. Puis électricien. Opérateur radio du colonel Edouard Kauffmann, membre du réseau Alliance. Arrêté le 22 septembre 1943. Déporté le 16 décembre 1943. Exécuté. Médaillé de la Résistance.
PRADELLE Emile (Coublanc 5 septembre 1901 – Fribourg 28 novembre 1944). Militaire de l’armée de l’air. Agent du réseau Alliance. Arrêté le 22 septembre 1943. Fusillé. Médaillé de la Résistance.
COLIN Fernand (Châteauvillain 20 mars 1925). « Malgré nous ». Déporté le 3 novembre 1943 à Schirmeck. Libéré le 24 décembre 1943. Source : FMD. 
DESCHAMPS Albert (Saint-Dizier 6 septembre 1918 - Buchenwald). Soldat au 171e RIF. Fait prisonnier. Aurait été déporté en 1943 à Sachsenhausen. Présumé décédé le 31 mai 1944 à Buchenwald.


Domiciliés en Haute-Marne : 31 dont 21 arrêtés en Haute-Marne et 15 décédés 

CHAUVOT Louis (Fontaine-Française, Côte-d'Or, 17 août 1921 - Buchenwald 20 mai 1943). Domicilié à Dommarien où ses parents tiennent une écluse. Ouvrier agricole. Travailleur en Allemagne. Conduit à Buchenwald le 23 janvier 1943 par la Stapo de Düsseldorf. Matricule 15 506. Décédé au camp.
LAPOIRE Joseph (Hayange, Moselle, 14 novembre 1893). Marié et père de quatre enfants. Domicilié à Thonnance-lès-Joinville. Ouvrier à l’usine de Bussy. Arrêté le 22 ou 23 juin 1941. Interné à Compiègne. Déporté le 24 janvier 1943 à Sachsenhausen. Rentré.
SAVARY Georges (Hem-Manacu, Somme, 4 août 1914). Militant communiste, employé SNCF. Domicilié à Saint-Dizier où il s’est marié en 1932. Père de famille. Arrêté le 12 août 1941 à Saint-Dizier. Déporté le 24 janvier 1943 à Sachsenhausen. Rentré (il pèse 33 kg à son retour), élu municipal. Décédé à Saint-Dizier en 2002.
HAGUENAUER Nicole (Bar-le-Duc 4 novembre 1925 - Auschwitz). Fille d’un chirurgien dentiste. Domiciliée à Neufchâteau puis Chaumont (1937). Elève au lycée. Quitte Chaumont le 5 juillet 1942 pour rejoindre la zone libre. Arrêtée le 6 juillet 1942 dans la région de Chalon-sur-Saône. Emprisonnée à Chalon, à Dijon. Internée à Drancy. Déportée le 13 février 1943 à Auschwitz (convoi 48).
HAGUENAUER Yvonne (Strasbourg, Bas-Rhin, 29 novembre 1919). Soeur de la précédente. Institutrice en Côte-d’Or en septembre 1939. Quitte Chaumont le 5 juillet 1942 pour rejoindre la zone libre. Arrêtée le 6 juillet 1942 dans la région de Chalon-sur-Saône. Emprisonnée à Chalon, à Dijon. Internée à Drancy. Déportée le 13 février 1943 à Auschwitz (convoi 48).
ANTOINE Georges (Soussey, Côte-d’Or, 1908). Frère d’Abel Antoine. Charbonnier à Blessonville. Arrêté le 17 décembre 1942 en forêt à Montribourg. Déporté le 25 février 1943 à Hinzert. Evadé et caché avec son frère.
SIMON Julien (en Roumanie 16 mai 1880 – Sobibor). Célibataire. Electricien, domicilié à Saint-Dizier. Arrêté le 19 janvier 1943 pour infraction au port de l’étoile jaune. Emprisonné à Châlons. Interné à Drancy. Déporté le 25 mars 1943 à Sobibor (convoi 53).
GROSSE Alfred (Marange, Moselle, 8 mars 1913). Marié. Domicilié à Chaumont où il est boulanger. Arrêté fin janvier 1943. Interné à Compiègne. Déporté le 16 avril 1943 à Mauthausen. Transféré à Dora. Décédé à Algrange en 1987.
GUILLOT Paul (Norroy-sur-Vair, Vosges, 8 octobre 1908). Mécanicien, domicilié à Saint-Dizier, rue de l’Aune. Marié, père de cinq enfants. Arrêté à Saint-Dizier en décembre 1942 pour vol. Déporté le 16 avril 1943 à Buchenwald (matricule 31 679). A Mauthausen le 20 novembre 1943. Transféré à Bergen-Belsen le 8 avril 1944. Disparu. Sources complémentaires : Livre des 9 000 déportés de France à Dora ; Arolsen.
KREMER Léon (Nancy, Meurthe-et-Moselle, 7 novembre 1907 – Mauthausen 13 mars 1945). Marié, père de famille. Domicilié à Thonnance-lès-Joinville. Mouleur à l’usine de Bussy. Arrêté le 25 février 1943 pour « refus d’aller travailler en Allemagne ». Interné à Compiègne. Déporté le 16 avril 1943 à Mauthausen. Décédé.
PRZEZDZICH Martin (Ginza, Pologne, 24 avril 1895 – Schlier 13 décembre 1943). Naturalisé français en 1928. Marié, père de cinq enfants. Manoeuvre, domicilié à Villiers-en-Lieu. Arrêté le 25 février 1943 à Villiers-en-Lieu. Détenu au commissariat de Saint-Dizier. Interné à Compiègne. Déporté le 16 avril 1943 à Mauthausen (matricule 26 901).
RASPADO Marcel (Dieue, Meuse, 26 novembre 1906). Marié, père de famille. Domicilié à Thonnance-lès-Joinville. Salarié de l’usine de Bussy. Arrêté le 25 février 1943 pour « refus d’aller travailler en Allemagne ». Emprisonné à Chaumont. Interné à Compiègne. Déporté le 16 avril 1943 à Mauthausen (matricule 26 839). Rentré.
THIRION Emile (Nancy, Meurthe-et-Moselle, 30 avril 1896). Marié, père de quatre enfants. Cafetier à Bourbonne. Arrêté le 12 janvier 1943 à Bourbonne par des feldgendarmes. Emprisonné à Chaumont. Interné à Compiègne. Déporté le 16 avril 1943 à Mauthausen (matricule 26 707). Affecté au kommando de Gusen. Rentré.
HILSENKOPF Camille (Tronville-en-Barrois, Meuse, 11 mai 1903). Domicilié à Saint-Dizier. Arrêté le 22 mars 1943 à la frontière franco-espagnole. Interné à Compiègne. Déporté le 28 avril 1943 à Sachsenhausen-Oranienburg. Rentré.
LENFANT Robert (Paris 24 mai 1918). Originaire de Saint-Dizier ou d’Ancerville-Güe. Interné à Compiègne. Déporté le 28 avril 1943 à Sachsenhausen. Rentré. Décédé à Tronville-en-Barrois en 1974.
BENAY Charles (Piperskirch, Moselle, 9 août 1898). Du recrutement de Chaumont. Célibataire. Electricien à l’entreprise Tardieu à Saint-Dizier. Déclare avoir réalisé un sabotage de câble téléphonique du canal de Wassy vers le 9 août 1942. Convoqué le 22 (ou 23) février 1943 à la feldgendarmerie de Saint-Dizier et arrêté à la suite de l’affaire Tisserand. Incarcéré dans les locaux de la gendarmerie française de Saint-Dizier. Transféré le 26 février 1943 à la maison d’arrêt du Val-Barizien, puis le 17 mars à Châlons-sur-Marne, enfin le 29 avril à Compiègne. Déporté le 8 mai 1943 à Oranienburg. Domicilié à Perthes.
VARNIER Marcel (Paris 7 mars 1904). Marié, père de famille. Employé à la Ville de Saint-Dizier où il réside au 5, rue des Bragards. Arrêté le 23 février 1943 pour « communisme et détention d’armes ». Déporté le 8 mai 1943 à Oranienburg (matricule 67 187). Transféré le 10 juillet 1944 à Buchenwald (matricule 61 260). Rentré.
BOULOMMIER Alexis (Saint-Marc-sur-Seine, Côte-d’Or, 2 octobre 1910). Employé SNCF. Domicilié à Langres. Arrêté le 2 avril 1942 pour « propos anti-allemands ». Condamné à trois ans de prison. Dirigé le 17 mai 1943 sur plusieurs prisons allemandes, notamment Fribourg et Landsberg. Rentré.
SCHLESINGER Nicolas (en Hongrie 27 juin 1907). Domicilié à Saint-Dizier. Arrêté le 27 février 1943 pour marché noir. Déporté le 23 juin 1943 à Auschwitz (convoi 55). Décédé en déportation.
FLIECX Michel (Metz, Moselle, 25 mars 1924). Fils d’un lieutenant-colonel du 21e RI en poste à Chaumont en 1937-1939. Etudiant. Domicilié à Chaumont (sa famille réside ensuite à Evreux) lorsqu’il part le 17 octobre 1940 pour rejoindre la France libre. Parvenu en Afrique du nord, puis revenu en France en mai 1941. Membre du réseau Vengeance. Arrêté le 22 avril 1943 près de la frontière espagnole par des douaniers allemands. Emprisonné au Fort du Hâ à Bordeaux. Interné à Compiègne. Déporté le 25 juin 1943 à Buchenwald (matricule 14 234). Transféré à Dora, à Bergen Belsen. Libéré. Auteur d’un témoignage paru après la guerre. Décédé en 2007.
HERMANN Gaston (Epinal, Vosges, 30 juin 1885 – Auschwitz 5 août 1943). Ancien combattant 14-18. Etabli en 1918 à Chaumont comme marchand de chaussures. Arrêté à son magasin le 30 juillet 1942 pour infraction à la réglementation sur le port de l’étoile jaune. Emprisonné au Val Barizien. Transféré le 23 septembre 1942 à Drancy. Déporté le 31 juillet 1943 à Auschwitz (convoi 58).
TOURON Georgette (Rochefort, Charente-Maritime, 19 octobre 1903). Epouse Varnier. Arrêtée par les feldgendarmes à Saint-Dizier le 19 mars 1943. Emprisonnée à Chaumont, puis à Laon, puis au fort de Romainville. Déportée le 23 août 1943 à Ravensbrück (matricule 22 466). Reconnue en 2001 morte en déportation.
BAVEREL Claude Robert (Orchamps-Vennes, Doubs, 9 février 1922). Domicilié à Ageville. Réfractaire au STO. Arrêté dans les Hautes-Pyrénées le 16 juin 1943 en voulant passer en Espagne. Emprisonné à Tarbes puis à Toulouse. Transféré à Compiègne le 30 juin 1943. Déporté le 3 septembre 1943 à Mauthausen. Grièvement blessé à la jambe en voulant s’évader du train près de Châlons-sur-Marne. Hospitalisé à Saint-Memmie où il est amputé. Emprisonné à Châlons jusqu’à la libération de la ville. Etabli à Chaumont. Membre de la Légion d’honneur. Décédé en 2014.
GAUDRY Albert (Saint-Antonin-sur-Bayon, Bouches-du-Rhône, 8 juin 1903). Marié et père de deux enfants. Masseur médical à Chaumont où il est domicilié au 8, rue Jean-Jaurès. Dirigeant sportif. Arrêté le 14 mai 1943 par la Sipo-SD de Chaumont sur dénonciation (il écoutait régulièrement la radio anglaise). Emprisonné au Val-Barizien puis à Châlons. Interné à Compiègne. Déporté le 3 septembre 1943 à Buchenwald. Evadé à Peltre (Moselle) au cours du transport. Rejoindra la Résistance de Saône-et-Loire.
TALBOT Jacques (Paris 5 décembre 1926 – Lublin 1944). Orphelin, domicilié à Chaumont. Manoeuvre à la Feldpost de Chaumont. Arrêté le 6 février 1943 par la feldgendarmerie. Emprisonné au Val-Barizien puis à Châlons. Interné à Compiègne. Déporté le 3 septembre 1943 à Buchenwald. Transféré à Dora puis à Lublin où il disparaît (il est porté décédé le 31 mars 1944).
ROSSIGNOT Auguste (Paris 4 octobre 1902). Commerçant à Saint-Dizier. Membre d’un réseau de renseignement. Arrêté dans son magasin avec son épouse le 20 mars 1943 par la Sipo-SD. Emprisonné à Châlons. Transféré à Paris. Emprisonné à Fresnes. Déporté le 13 septembre 1943 vers Sarrebrück (Neue-Bremm). Transféré à Buchenwald, à Dora, à Bergen-Belsen. Rentré.
BERNAND Marcel (Dijon 3 mars 1916). Célibataire. Ouvrier à l’usine de Froncles. Domicilié à Froncles. Arrêté le 6 janvier 1942 par les gendarmes de Vignory pour diffusion de tracts anti allemands. Emprisonné à Chaumont  puis à Dijon. Condamné le 24 janvier 1942 par la cour d’appel de Dijon à six mois de prison. Interné à Clairvaux. Transféré à Compiègne. Déporté le 17 septembre 1943 à Buchenwald (matricule 21 017) sous le nom de Marcel Toulouse. Affecté au kommando de Weimar puis au camp central. Rentré. Décédé à Chaumont en 2011.
LEVY Maurice (Homécourt, Meurthe-et-Moselle, 16 janvier 1913 – Auschwitz 25 novembre 1943). Fils de négociants de Chaumont. Lieutenant au 21e RI de Chaumont en 1940. Arrêté par les Allemands à Vichy le 16 novembre 1943. Interné à Drancy. Déporté le 20 novembre 1943 à Auschwitz (convoi 62). Son frère Roger fut Compagnon de la Libération.
STERNBERG Camille (Paris 10 novembre 1882 – Auschwitz). Epouse de René Simon. Domiciliée à Chaumont. Réfugiée en Savoie. Arrêtée à Chambéry le 10 octobre 1943. Internée à Drancy. Déportée le 20 novembre 1943 à Auschwitz (convoi 62).
LEVY Laure (Strasbourg 20 juin 1884 – Auschwitz). Epouse Goldenberg. Domiciliée à Vraincourt, en 1942. Arrêtée. Déportée le 7 décembre 1943 à Auschwitz (convoi 64).
BEAU André (Marans, Charente-Maritime, 8 janvier 1921 – Bergen-Belsen 11 février 1945). Domicilié 21, rue de la Malterie, à Saint-Dizier. Père d’une fille (en 1938). Arrêté, emprisonné à Chaumont, il est condamné à deux ans de prison par le tribunal militaire allemand en octobre 1940. Interné à Clairvaux. Libéré, travaille à La Guerche (Cher) à partir de novembre 1942. FTP dans ce secteur. Arrêté le 1er février 1943 pour distribution de tracts. Ecroué à Bourges. Interné à Compiègne. Déporté le 15 octobre 1943 à Hinzert, Breslau, Bergen-Belsen. Source complémentaire : AD51, 1623 W 15. 

Arrêtés en Haute-Marne : 5 ou 6
EYMARD Paul (Aiguille 1917). Arrêté dans le train à Joinville le 14 février 1943 comme réfractaire. Emprisonné au Val-Barizien. Interné à Compiègne. Déporté le 16 avril 1943 à Mauthausen, puis à Gusen, puis à Auschwitz. Rentré.
SOUCHE Jean (Chasse-sur-Rhône 1917). Arrêté dans le train à Joinville le 14 février 1943. Déporté le 16 avril 1943 à Mauthausen. Mort à Gusen le 20 avril 1945.
LAVEAU Edouard (Lyon 1909). Travailleur en Allemagne. Arrêté dans le train à Joinville le 14 février 1943. Déporté à Mauthausen (matricule 26 642).
IWANSKI Adam (Pologne 1903). Marié. Domicilié à Saint-Dié. Mécanicien automobile. Arrêté le 5 mars 1943 (à Saint-Dié, selon les Archives Arolsen). Déporté le 20 avril 1943 à Mauthausen (matricule 116 846). Transféré à Buchenwald, Gusen. Serait décédé le 5 avril 1945 à Mauthausen selon le SHD. Une parente, Berthe Yvanski, habite à Hortes en 1944.
GAGA Edmond (Rosières-aux-Salines, Meurthe-et-Moselle, 18 octobre 1896). Arrêté le 10 septembre 1942 à Longeau - où il venait d’arriver - sur demande de la police judiciaire de Nancy. Emprisonné à Nancy. Interné à Compiègne. Déporté le 28 avril 1943 à Sachsenhausen puis à Dachau. Rentré.
THEVENIN Pierre (Paris 1922). Sa famille réside dans la Nièvre. Monteur. Domicilié au hameau de Jagey. Arrêté à Ceffonds le 23 juillet 1943 pour abandon de l’organisation Todt. Emprisonné à Chaumont, à Châlons. Interné à Compiègne. Déporté le 17 septembre 1943 à Buchenwald (matricule 21 350). Rentré

Arrestations en 1943

Janvier 1943 : Louis Brulin (Annonville), Sylvio et Almerino Bassora (Chancenay), Marcel Desfètes (Bettancourt), Emile Thirion et Joseph Cauler (Bourbonne), Jules Giudice (Annéville), commissaire Armand Charrier (Chaumont), Roger Perrin (Dampierre), Julien Simon (Saint-Dizier), Gabriel Lallement (Courcelles-sur-Blaise), Marius Bocquenet (Wassy). 

Février 1943 : Marcel Le Mouel (à Saint-Dizier), Joseph Siegler (à Culmont), Jacques Talbot (Chaumont), Roger Kittler (Torcenay) ; Lucien Georges, René Aubertin et Edmond Martin (Sommevoire) ; Albert Deruffe et Victor Henn (Saint-Dizier) ; Pierre Mougeot, Maurice Martin et Robert Toussenel (Chaumont), James Paillot (Sommevoire) ; Jean Souche, Edmond Laveau et Paul Aymard (à Joinville) ; Nicolas Schlesinger (Saint-Dizier), Emile et Marcel Briot (Rachecourt) ; Georges et Lucienne Tisserand, Charles Benay et Marcel Varnier (Saint-Dizier) ; Ida Rizaucourt (Chaumont) ; Albert Bernardin, Léon Kremer, François Kuntz, Pierre Mouillet et Marcel Raspado (Bussy) ; Martin Przezdzich (Saint-Dizier), Marcel Desnouveaux (Lachapelle-en-Blaisy), Georges Noël (Roches-sur-Marne). 

Mars 1943 : André Leveau (Langres), Roger Gillet (Brethenay), Adam Iwanski (Hortes), Henri Petit (Chatoillenot), Jean Mouriot (Chaumont) ; Maurice Henri et Paul Baillache (Villiers-le-Sec) ; Germain Beaumet (Chamouilley) ; Alfred Monne, Jean-Louis Hausmann, Raymond Drosne, Gaston Frédéric et Edouard Rollin (Saint-Dizier) ; Marthe Bertrand (Chaumont), Paul Vaillon (Langres), Raymond Cherrey (Jorquenay), Antoine Banak et Bernard Voirin (Champigny-lès-Langres), Henri Hutinet (Bannes) ; René Maire, Gaston Party et Désiré Richard (Peigney) ; Auguste Rossignot et son épouse (Saint-Dizier), Camille Hilsenkopf (Saint-Dizier), Clotilde et Louis Bourniquez (Pressigny) ; Roger Collard, Gustave Sauvage, Roger Lamarche, Jean Semer et Marcel Mangin (Chaumont) ; Louis Hennequiere (Villiers-le-Sec). 

Avril 1943 : Jean Daville (Saint-Dizier), Roger Adam (Joinville), Paul Aubert (Maranville), Benoît Vuillot (Brethenay), Georges Deblaise et Jeanne Cornetet (Chaumont), Germaine Aubert (Saint Dizier).

Mai 1943 : Georges Curtinot (Joinville), Fernand Thomas (Langres), Toussaint Dezanniaud (à Langres), Louis et Roger Clément (Echenay), Albert Gaudry (Saint-Dizier), Gustave Breteinstein (Saint-Dizier), Albert Reczo (Chaumont), Jean Nowack (Perrusse), Aubin Mauperin (Saint-Dizier) ; Raymond Chalavon et Henri Noël (à Chaumont) ; Henri Laborde (Chaumont) ; Paul Goguey ; Joseph et Lina Cousin (Chaumont), Auguste Marlin et André Laage (Langres). 

Juin 1943 : Paul Baillache (Villiers-le-Sec), Adrien Guidicelli (Langres), Louis Régnier (Chaumont), Grepinet (Langres), Fernand Millot (Chaumont), Marie-Louise Régnier (Chaumont). 

Juillet 1943 : Jules Arnoult (Bourbonne), Emile Thivet (Lafauche), Pierre Thévenin (à Ceffonds), Messin Senegou (Saint-Dizier). 

Août 1943 : Robert Pillon (Illoud), Charly Piquerez (Joinville), Suzanne Vauthrin (Chaumont), Paul Percheron (Montier-en-Der), Simone Alleaume (Vesaignes-sur-Marne). 

Septembre 1943 : Robert et Marcel Lepoix (Wassy), Santino Sossi (Echenay), Charles Hourriez (Chaumont), Gaston Huet (Chaumont), Albert Plastrier (Chaumont), Ferdinand Cazy (Saint-Dizier), Maurice Thierry, Roger Rocipon (à Saint-Dizier), Georges Stocker (Thonnance-lès-Joinville), Bernard et Charles Wittwer (Parnot), Charles Métivier, Aloise Beltzung (Clinchamp), Gabriel Piot (Pouilly), Jean Breger (Genrupt), René Laudet (Coiffy-le-Haut), André Cornevin, Gabriel Chevallier (Villars-Saint-Marcellin), Ernest et Louis Chapeaux (Velles), Clément Labache (Vaux-la Douce), Auguste Pierre (Damrémont). 

Octobre 1943 : Paul Colin (Graffigny-Chemin) ; abbé Paul Masson, René Parizot, Léopold Perrier, François Peigne et Robert Bailly (Vaux-sur-Blaise) ; Roger et Jean Vigneron (Brottes) ; Marcel Meuret (Brottes) ; Louis Noël (Brottes) ; Roger Carle (à Brottes) ; Marius Véchambre et Fernand Moreau (Langres) ; Pierre Gauthier (Goncourt) ; Marcel Morain et Martin Schneider (Hortes) ; André Bournot (Marcilly) ; abbé Emile Darbot (Plesnoy) ; René Dassonville, Maurice Pillon, Jean Deschamps, Pierre Doncarli, Marius Martin, Fernand Wiszner, Henri Weil et André Ballée (Chaumont) ; Henri Braibant (Nogent) ; Charles Duffait et Raymond Descharmes (Bourmont) ; Jean-Marie Bourlier (Torcenay) ; Charles Maitret (Langres) ; Roger Duigou (Graffigny-Chemin) ; Emile Mantelet ; René Maydier. 

Novembre 1943 : Georges Chemin, Guy Rémy, Jacques et James Alemany (Chaumont) ; Maurice Lévy et Marcel Symonski (Laville-au-Bois) ; Robert Gobinot (Brottes) ; Christian Collinet et Roger Vidal (Rennepont) ; Jean et Jacques Huvig, Pierre Chaussin (Varennes) ; René Mille, Gustave et Maurice Girault, Yvan Zadcek et René Jourdenet (Orbigny-au-Val) ; Marius Lefranc (Thonnance lès-Joinville) ; Maurice Annequin (Joinville) ; Charles Roblin (Hortes) ; Louis Berthet (Saint Dizier) ; Marcel Guillemy et Victor Lesieux (Chaumont) ; Georges Lasalle (Marnaval) ; Jacques Hubert (Humbécourt). 

Décembre 1943 : Marcel Allart (Bourbonne) ; Albert Henry (Saint-Dizier) ; Marcel Bourgeois (à Saint-Dizier) ; René Champion et Yves Valton (Nogent) ; Jean Martin (Neuilly-l’Evêque) ; Léon Lepoix (Montier-en-Der) ; Charles et Gustave Collard, Joseph Grieu (Latrecey) ; Jean Pozzi (Nogent) ; Pierre Seurot (Neuilly-l’Evêque) ; Marcel Rémy (Ozières) ; Pierre Piquée et Germain Maitrot (Serqueux) ; Yvonne Grauel (Chaumont) ; Lucien Feninger (Semoutiers) ; Albert Gordreau (Saint-Dizier) ; Gaston Demandre et Jean Chefdeville (Wassy) ; Michel Renaud (ou Renard), Yvon Petit, Gilbert et Raymond Monvoisin, Albert Ménétrier, Jean Grapinet et Tupillio Villani (Saint Dizier) ; James Vega (Thonnance-lès-Joinville) ; Jules Simonnin (Bailly-aux-Forges) ; François Frey (Arc-en-Barrois) ; François Hunet (à Arc-en-Barrois) ; Fernand Fontaine et Eugène Ritzenthaler (Saint-Dizier) ; Guy Le Devedec et René Léotier (Chaumont) ; Georges Lagrange et Gaston Michel (Chalindrey) ; André Bourgeois (Torcenay) ; André Grandmanche (Culmont) ; Raymond Rougeaux (Chaumont). 

Fusillé : 1 (Raymond Chalavon, condamné à mort, exécuté le 5 août 1943 à La Vendue).

jeudi 28 mai 2026

Une histoire du maquis Garnier (Mathons)

La stèle en forêt près de Mathons. (Photo L. Fontaine)


 La trilogie "La Résistance en Haute-Marne"* a consacré un chapitre au maquis de Mathons. Cette formation du mouvement Front national (FN), proche du Parti communiste, est restée dans l'histoire de l'occupation de la Haute-Marne pour avoir déploré la mort de quatre maquisards le 10 août 1944. Le chapitre en question s'appuyait sur le rapport d'activité du secteur FN de Wassy rédigé par Gilbert Thiéblemont. Mais cette relation était incomplète puisque l'intéressé, inspecteur de police, se trouvait en poste hors de la Haute-Marne durant une grande partie de l'histoire du groupe. Voici donc une évocation documentée de ce maquis, basée sur l'exploitation d'archives conservées à Dijon, Reims et Chaumont.

    Le maquis Garnier voit le jour effectivement dans la première quinzaine de juin 1944 à Sauvage-Magny, dans l'ancien canton de Montier-en-Der. Son nom de baptême vient vraisemblablement des frères Luce et Roland Garnier, jeunes FTP chaumontais membres du groupe Corse fusillés le 18 mars 1944. Selon Gilbert Thiéblemont, animateur d'un groupe FN dans le secteur de Wassy, ce maquis est créé avant le 6 juin 1944. Pour Gabriel Gérardin, référent FN de la commune de Sauvage-Magny, il s'agit plutôt de la date du 12 juin 1944.

    Agé de 29 ans, Georges Debert, de Bailly-aux-Forges, prend le commandement de ce groupe. Il se compose au total de dix hommes : Roger Debert, son frère, François Pierre, Julien Chevelle (Vaux-sur-Blaise), Etienne Lambert (Vaux-sur-Blaise), Gabriel Sanrey (garde forestier à Robert-Magny), Raoul Picart, ainsi que "le filleul du général Koenig" et deux volontaires de Vaux-sur-Blaise dont Georges Debert ne se rappelle plus des noms.

    Le maquis Garnier est, avec le maquis Mauguet, l'un des deux groupes FN formant une section (le 1er détachement) commandée par le lieutenant Raymond Krugell, dit Jean, officier de réserve évadé d'un train de déportation. Selon Gabriel Géradin, Garnier était destiné à être renforcé par 30 hommes de la police de Saint-Dizier - ce ne sera pas le cas. Quant à Mauguet, il s'implante à la mi-juin 1944 à Longeville-sur-la-Laines, à 7 km de Sauvage-Magny. C'est le lieutenant Krugell qui transmet les ordres, à savoir notamment venir en aide aux aviateurs alliés réfugiés dans la région. De son côté, Gilbert Thiéblemont a quitté la région, ayant été muté à Epernay (Marne).

Des réquisitions, des exécutions, quelques sabotages   

    Jusqu'à la mi-juillet 1944, on sait peu de choses sur le quotidien d'un groupe dont les résistants Raoul Laurent, Emmanuel de Grouchy, Louis Georges désapprouveront plus tard la nature des actions et les imprudences. Au 30 juin 1944, il comptait onze hommes, selon le lieutenant Krugell. Le 14 juillet 1944, des éléments des deux groupes Mauguet et Garnier mènent une opération contre un homme soupçonné de collaboration à Soulaines-Dhuys (Aube). Au cours de l'échange de tirs, Georges Debert est blessé à la main gauche. Il se rend chez Gabriel Gérardin où il est soigné par le Dr Bernard Bercovici, de Montier-en-Der, puis il gagne la ferme de Maurupt où le Dr Frédéric Benoît, de Wassy, lui prodigue des soins. Debert reste cinq jours dans la ferme avant de rejoindre ses hommes. Entre-temps, le 16 juillet 1944, le détachement FN a arrêté à Sommevoire un apôtre de la collaboration franco-allemande, le journaliste Gilbert Cordier, condamné à mort et exécuté.

    Fin juillet 1944, le maquis Garnier s'étoffe avec deux nouvelles recrues : les Aubois Roland Truchy et Marcel Patout, transfuges des Commandos M qui venaient d'attaquer un convoi allemand. A ce moment, le groupe quitte Sauvage-Magny pour les bois entre Sommevoire et Bailly-aux-Forges. Ce mouvement est peut-être à relier avec le décrochage du maquis Mauguet qui venait d'être encerclé en forêt du Der le 27 juillet 1944.

    Depuis plusieurs jours, le groupe se livre en particulier à des réquisitions de véhicules et de ravitaillement : une Peugeot 202 le 23 juillet 1944, une Traction à Laneuville-à-Rémy le 24 juillet, une Citroën et du tabac à Wassy le 29 juillet. Il procède également à des arrestations de suspects (par exemple à Mertrud le 31 juillet).

    C'est vraisemblablement le 30 ou le 31 juillet 1944 que le groupe, qui a dû déménager, s'implante dans le canton de Joinville : en forêt près de Mathons, au lieu-dit Chalet des Gaudes. Selon Georges Debert, c'est le lieutenant de gendarmerie Maitrier, commandant la section de Saint-Dizier, qui aurait demandé à un habitant de Bailly-aux-Forges, Simonnin, de prévenir le groupe de quitter ce secteur, où ses sorties nocturnes ne passent pas inaperçues**.  D'où le déplacement à Mathons - pour une raison précise que nous ignorons (pendant ce temps, le maquis Mauguet s'est réfugié à la ferme du Pré Godot près de Longeville-sur-la-Laines, avant de se porter le 4 août 1944 en forêt de Morley, dans la Meuse). A Mathons, le ravitaillement des maquisards est assuré par la ferme des Bonshommes, séparée de la forêt par une route. 

    De retour d'Epernay pour convalescence, l'inspecteur Thiéblemont apprend ce mouvement le 1er août 1944. Ayant eu vent d'imprudences, il rencontre Georges Debert avec son frère Marius le 2 août 1944 pour lui donner l'ordre de quitter Mathons dans les 48 heures.

    Mais le groupe ne bouge pas et, sur ordre du même Thiéblemont (selon Debert), il entreprend, dans la nuit du 5 au 6 août 1944, un sabotage sur la voie ferrée près de Joinville, tandis qu'un autre était réalisé par le groupe OCM de Magneux - ces sabotages ont été effectués sur les territoires de Sommancourt et de Rachecourt-sur-Marne. Le 6 août 1944, des arrestations sont opérées par les feldgendarmes à Magneux, ce qui amène Roger Varinot et Roger Borde, membres du groupe local, à rejoindre le lendemain le maquis Garnier. Ce même 7 août 1944, Debert et Truchy se rendent à Margerie-Hancourt (Marne) chez le vicomte François de La Hamayde qui leur remet des explosifs, des cartouches de revolver, et qui leur confie des aviateurs alliés ainsi que deux prisonniers russes. Puis dans la nuit du 7 au 8, le groupe participe au parachutage sur le terrain BOA Toboggan près de Voilllecomte.

La fin d'un maquis 

   Vraisemblablement le 9 août 1944, deux agents de la Sipo-SD de Chaumont, l'Alsacien Charles Sigrist et le sous-officier Gunther, s'arrêtent à Joinville. Ils ont reçu l'ordre de leur chef Aloïs Koch d'aller rencontrer la patronne de l'Hôtel du Nord, Anna Fourrier, qui avait des renseignements à leur communiquer. Selon Sigrist, la commerçante les a informés que des maquisards se trouvaient en forêt de Mathons. Ils ont été vus par des clients qui cherchaient des framboises. Elle précise aussi que le propriétaire de la ferme des Bonshommes, Georges Douillot, a été vu passer devant l'hôtel avec un jeune homme ayant le bras bandé - Lucien Fourmault***- qu'il conduisait chez le médecin. Elle a encore apporté à Charles Sigrist des indications lui permettant de localiser le camp. Charles Sigrist assure toutefois qu'il a porté de fausses indications sur ce plan. Le soir du 9 août 1944, de retour sur Chaumont, les deux agents croisent un convoi de troupes montant sur Joinville.

    Dans la nuit du 9 au 10 août 1944, des éléments du maquis Garnier procèdent à la prise de 10 000 litres d'essence en gare de Chavanges (Aube). A ce moment, les Allemands investissent la région. Georges Debert avance des effectifs de 2 000 soldats venus de Chaumont et Saint-Dizier. Beaucoup plus mesuré, le lieutenant de gendarmerie Maitrier indique, dans son rapport du 12 août 1944, l'engagement d'une centaine de militaires. Un réfugié de Joinville, René Rousselot, précise avoir été réveillé à 5 h du matin par l'arrivée des Allemands.

 Pour échapper à la nasse, Debert forme trois groupes : un de onze hommes commandé par Gabriel Sanrey (ils ne sont pas armés, et parmi eux figurent les sept aviateurs alliés), deux autres d'une dizaine d'hommes sous les ordres de François Pierre et Roger Borde. Soit une trentaine de maquisards présents ce jour-là au camp. Tous doivent se retrouver à Dommartin-le-Franc.

    Debert, qui est notamment accompagné d'Henri Job (de Mertrud), parvient à rejoindre les bois de Bailly-aux-Forges, mais faute de liaisons (Gilbert Thiéblemont est absent, le lieutenant Krugell a rejoint un maquis canadien dans l'Aube, Gérardin a cessé toute activité), il part s'installer à Outines (Marne). Roger Borde, Roger Varinot, André Hacquin parviennent également à échapper à l'encerclement. Tous trois iront servir au sein du 1er groupe du groupement de Wassy, tandis que leurs huit camarades gagnent également l'Aube. Quant au groupe Sanrey, il est arrêté au cours de son repli : les aviateurs sont conduits à Chaumont, quatre maquisards (Gabriel Sanrey, René Jakubas, de Montier-en-Der, Serge Kervaire, de Montreuil-sur-Blaise, et Maurice Launois, de Mertrud) sont exécutés. Leurs corps seront retrouvés à proximité du chemin reliant Mathons à Charmes-en-l'Angle.

    Outre ces quatre exécutions, l'ennemi commet un autre forfait, dans l'après-midi : l'incendie de la ferme des Bonshommes. Georges Douillot mettra en cause la Feldgendarmerie de Saint-Dizier dans cet acte. René Rousselot se souvient notamment du feldwebel François (ou Aloïs) Haas qui a giflé un maquisard capturé. Arrêtés, Georges Douillot et son épouse Renée sont conduits à Chaumont. Ils apprendront, à leur retour le 23 août 1944, que leur jeune fils Bernard, 10 ans, a été tué près de la ferme le 11 août 1944 par des soldats ennemis revenus sur les lieux de leur crime.

L'heure du châtiment

    Dans le secteur d'Outines où il s'est d'abord porté, Georges Debert fait arrêter deux hommes désignés comme "terroristes", Gaston Schlick et Lenfant, qui sont exécutés et dont les corps sont retrouvés les 18 et 19 août 1944. Ayant pris contact à Nogent-sur-Aube avec le capitaine Maurice Dupont (Yvan) et le lieutenant Lopez (Beaublond), Georges Debert s'intègre aux Commandos M. Il se porte sur Donnement (Aube) et fusille un marchand de bestiaux de Saint-Rémy-en-Bouzemont (Marne) accusé d'avoir dénoncé des aviateurs. Il se rend ensuite à Avant-lès-Ramerupt puis Nogent-sur-Aube. Nommé lieutenant, il assure avec 150 hommes la défense de Coclois. Après ces opérations, il est incorporé dans le Bataillon Mermoz (futur III/106e RI), mais, victime d'une tentative de meurtre en novembre 1944, il est blessé et hospitalisé. La justice s'intéresse à lui, notamment parce qu'il a appartenu à l'association des Amis de LVF - rejointe sur ordre de Gilbert Thiéblemont, assure-t-il. Il bénéficiera finalement d'un non-lieu en 1946. 

    Quant aux dénonciateurs du maquis, ils sont traduits en février et mars 1946 devant la cour de justice de la Haute-Marne siégeant à Dijon. Anna Fourrier est condamnée à mort mais ne sera pas exécutée. Trois autres personnes familières de son établissement (fille, employée, cliente) sont condamnées à des peines de travaux forcés.

Sources principales : Archives départementales de la Côte-d'Or, dossiers de la cour de justice de la Haute-Marne, 29 U 111 et 29 U 48 - Archives départementales de la Marne, archives du service régional de recherche sur les crimes de guerre, 163 W 3171 - archives de la famille Leblanc. 

* Tome 2 paru en 1983 aux éditions Dominique-Guéniot.

** Une autre tentative d'appel à la prudence est effectuée par Paul Percheron. Cf à ce sujet : FONTAINE Lionel, GROSSETETE André, SIMONNET Marie-Claude, Résistance, répression, libération de la Haute-Marne, éditions Dominique-Guéniot, 2007.

*** Mort ultérieurement au combat dans l'Aube.

Membres du maquis Garnier

Roger Bordes, Julien Chevelle (Vaux-sur-Blaise), Georges Debert (Bailly-aux-Forges), Roger Debert (Bailly-aux-Forges), Lucien Fourmault (Brousseval), André Hacquin (Magneux), Louis Henri, René Jakubas (Montier-en-Der), Henri Job (Mertrud), Serge Kervaire (Montreuil-sur-Blaise), Etienne Lambert (Vaux-sur-Blaise), Maurice Launois (Mertrud), Marcel Patout, Raoul Picart, François Pierre, Christian Remy (Wassy), Henri Robert (Pont-Varin), Gabriel Sanrey (Robert-Magny), Roland Truchy (Ceffonds), Roger Varinot (Magneux).

Membres probables du maquis : Besançon (Hampigny), Lalouette (Vaux-sur-Blaise), Bernard Mille (Joinville), Edouard Wietcoviak, Paul Entzminger (Sommancourt), Roger Esminger (Sommancourt), Georges Godard (Sommancourt).

mardi 5 mai 2026

L'été 1944 dans la région de Saint-Dizier d'après les archives



7 juin 1944 : plusieurs bombes tombent sur l'aérodrome de Robinson ; à cette date, 30 détenus de Clairvaux employés dans les carrières de Savonnières-en-Perthois se sont évadés lors du transport entre Ancerville et Saint-Dizier. Ils faisaient partie des 400 prisonniers arrivés le 24 mars 1944 à Saint-Dizier et logés à l'école Michelet.

8 juin 1944 : 5 gardiens de la paix de Saint-Dizier abandonnent leur poste ; trois habitants d'Andernay (Meuse) sont arrêtés par des feldgendarmes de Saint-Dizier. Ils envisageaient de se rendre dans un maquis de l'Aube (l'un d'eux, Maurice Aubry, 18 ans, meurt à Neuengamme).

12 juin 1944 : arrestation par les Allemands d'Henri Ragot, secrétaire de général de la mairie, et de Lucien Remy, directeur des Etablissements Remy-Mallet.

13 juin 1944 : départ des détenus de Clairvaux. A la date du 29 juin 1944, 178 de leurs camarades se sont évadés.

15 juin 1944 : distribution de tracts du FN en ville ; arrestation de René Rollin, maire de Saint-Dizier. Avec Henri Ragot et Lucien Remy, il est interné à Compiègne puis déporté le 15 juillet 1944 comme "personnalité otage".

23 juin 1944 : transfert à Drancy depuis la prison militaire allemande de Châlons du juif allemand Kurt Hecht, 20 ans, domicilié à Saint-Dizier.

Nuit du 9 au 10 juillet 1944 : évasion de deux détenus qui étaient gardés, sur ordre des autorités allemandes, dans les locaux du commissariat, "après avoir démonté les barres de fer des cellules".

11 juillet 1944 : annonce de la mort, par des résistants, d'Albert Merle, président du Cosi, et de son fils. Tués près d'Eclaron, tous deux sont membres du RNP.

Nuit du 12 au 13 juillet 1944 : les glaces du Centre de renseignements et d'information (CRI), rue Gambetta, sont brisés à l'aide de pavés.

13 juillet 1944 : chute de bombes à Bettancourt-la-Ferrée ; vol d'un véhicule militaire allemand dans le centre-ville de Saint-Dizier, pendant que le chauffeur consommait à une terrasse de café (le véhicule aurait servi à des opérations dans les régions de Champaubert et d'Eclaron). Les FTP Pierre Thiel, Georges Masselot et Maurice Loppin ont participé à ce vol.

14 juillet 1944 : des oriflammes sont disposés sur le monument aux morts et sur une maison particulière, une cocarde tricolore est visible sur les poitrines de "nombreux Français".

15 juillet 1944 : chute de bombes à Chancenay ; un avion anglais s'écrase à Ancerville ; une "grenade" anti-aérienne allemande tombe dans le quartier des Ajots et blesse un jeune homme se trouvant dans une cave-abri.

16 juillet 1944 : nouveau sabotage au local du CRI. "Les auteurs du méfait furent poursuivis par des militaires armés de mitraillettes." Des balles perdues s'écrasent contre la vitrine du centre et sur des commerces environnants ; deux bombes tombent sur la route de Wassy à la sortie de Saint-Dizier.

17 juillet 1944 : bombardement du terrain de Robinson. Une centaine de bombes "atteignent toutes le terrain et ses approches". L'opération a été réalisée par les 2nd et 3th Bomber Divisions de l'USAAF.

Nuit du 19-20 juillet 1944 : deux gardes civils de la Société métallurgique de Champagne à Marnaval sont attaqués, frappés et délestés d'un revolver. Des Marnavalais seraient les auteurs de l'agression.

20 juillet 1944 : l'annonce de l'attentat - manqué - contre Hitler est "commentée favorablement" à Saint-Dizier.

25 juillet 1944 : la police signale la chute d'un appareil allemand.

2 août 1944 : à 18 h 30, bombardement de Robinson par douze avions alliés (ils appartiennent à la 2nd Bomber Division de l'USAAF).

5 août 1944 : au stade municipal, Raymond Debierre est blessé légèrement par l'explosion d'un détonateur qui proviendrait d'un avion allié. 

8 août 1944 : le lieutenant pilote américain Charles M. Lee, en mission dans la région, trouve la mort à Etrepy (Marne). 

10 août 1944 : la police situe à tort la mort de Marcel Labaye, 23 ans, et la blessure (et la capture) de Roland Bourdaraud, 22 ans, lors de l'attaque du maquis de Mathons. En réalité, ces hommes avaient été admis à l'hôpital civil de Wassy - l'un dans le coma, l'autre blessé au col du fémur - à la suite d'un accident de leur camionnette. Ils appartiennent à un groupe ayant commis des cambriolages à Attancourt, Champ-Gerbault, Voillecomte (un de ses membres est arrêté le 14 août 1944 à Chevillon par les gendarmes). 

11 ou 12 août 1944 : bombardement de Saint-Eulien (Marne).

14 août 1944 : mitraillage de jour du terrain de Robinson.

15 août 1944 : passage, ce jour-là et les jours avoisinants, de milliers de camions allemands se repliant sur Nancy ; un Bragard, Alex Gairaut, sauve Raymonde Lombard, 27 ans, d'une noyade dans la Marne (lui-même, engagé dans la 2e DB, se noiera en Allemagne en 1945).

17 août 1944 : les gendarmes de Saint-Dizier sont arrêtés - "par erreur, semble-t-il", précisent les policiers - puis relâchés ; sabotage partiel de la voie ferrée à Villiers-en-Lieu, la circulation est rétablie deux jours plus tard.

18 août 1944 : à 14 h 49, bombardement de Robinson par sept vagues d'avions qui "labourèrent l'aérodrome, y causant de gros dégâts ; une seule piste serait encore utilisable". Un sapeur-pompier français est tué sur le terrain, deux autres sont blessés. A Eclaron, il y a trois tués et un blessé parmi les civils. Le lieutenant pilote Donald L. Melrose est tué sur le territoire d'Hallignicourt ; le passage d'Edouard Herriot est signalé à Ancerville ; le jeune André Grépin, 16 ans, qui circulait à bicyclette, est heurté par un camion allemand (il souffre d'une fracture du crâne).

19 août 1944 : M. Fournier, épicier à Saint-Dizier, est grièvement blessé aux mains à coups de mitraillette par un militaire allemand qui voulait réquisitionner sa voiture.

20 août 1944 : deux Bragards, employés SNCF, sont également victimes d'accidents avec des camions allemands.

25 août 1944 : sabotage à 6 h 40 de la voie ferrée entre Chancenay et Sommelonne, un fourgon déraille ; départ du I/NJG 5 du terrain Robinson de Saint-Dizier.

27 août 1944 : sabotage, vers 14 h 40, vers le tunnel de la Belle-Epine, près de Baudonvilliers. Le train de troupes, qui se dirige en direction de Saint-Dizier, parvient à passer.

Nuit du 27 au 28 août 1944 : sabotage, à 2 h, de la voie ferrée Saint-Dizier - Revigny, au lieu-dit Saissé, commune de Sommelonne. Le chauffeur allemand est légèrement blessé. A 9 h, selon les gendarmes d'Ancerville, deux avions américains mitraillent le convoi (32 wagons sont incendiés, des soldats allemands blessés sont transportés à Saint-Dizier). L'opération a été réalisée par une équipe de la Compagnie du Val.

30 août 1944 : libération de Saint-Dizier.

Sources : Archives départementales de la Marne, 161 W 87, rapports du commissaire de police ; 162 W 136, correspondance sur les transferts de prisonniers - Archives départementales de la Meuse, 1251 W 1279, sabotages ; La Haute-Marne et les Haut-Marnais durant la Seconde Guerre mondiale, club Mémoires 52, 2023.


mercredi 21 janvier 2026

Les Haut-Marnais de la Guerre de Sécession (1861-1865)


La bataille de Gettysburg (1863) vue par un illustrateur français. 


    Essayer d'identifier les Haut-Marnais ayant pris part à la Guerre de Sécession (1861-1865) n'est pas une mince affaire. Nous nous y sommes essayé, avec Didier Desnouvaux, dans l'ouvrage "Keskidees", publié par le club Mémoires 52 en 2011 et consacré aux Haut-Marnais et Haut-Saônois établis à Frenchville, en Pennsylvanie. En complétant ces recherches grâce aux archives américaines (Nara), nous sommes parvenus à établir une liste de treize Haut-Marnais - auxquels s'ajoutent quatre enfants de Haut-Marnais - ayant servi essentiellement dans le camp nordiste (un seul cas de sudiste recensé). A noter, parmi eux, quatre habitants de Bonnecourt et trois de Guyonvelle. A notre connaissance, un seul est décédé - de maladie - durant le conflit. Cette liste n'est pas définitive, car d'autres cas sont encore à vérifier. 

NORDISTES 

BARMOY (Jean-Baptiste, dit John) (Broncourt 4 septembre 1819 - vers 1870). Fils de Jean-Baptiste Barmoy et Marguerite Larget. Emigre aux Etats-Unis en 1834. Domicilié à Frenchville, Pennsylvania. Soldat dans la Company F du 148th Pennsylvania. Blessé le 2 juillet 1863 à Gettysburg.
DECHANET (Pierre-Alfred), dit Dechanette (Marcilly-en-Bassigny 1er mars 1839 - Wabasha, Minnesota, 1916). Fils de Sébastien-Constantin Dechanet et Marie-Jeanne Tenail. Emigré en 1855. Laboureur à Findlay (Ohio). Incorporé le 29 avril 1861 au 1st Minnesota Volunteer Regiment. Soldat dans la Company I, blessé accidentellement à la main et hospitalisé le 20 avril 1863 près de Potomac Creek. Cesse de servir le 5 mai 1864. Marié en 1865 à Wabasha.
DECHANET (Sébastien-Constantin), dit Sébastien Dechanette (Bonnecourt 16 mai 1813 - ?). Père du précédent. Domicilié à Bonnecourt, en 1851. Menuisier, émigre en 1855. Laboureur. Enrôlé le 9 septembre 1864 à St Louis au 41st Missouri, company E. 
FRANCOIS (Jean-Claude dit François) (Betoncourt-sur-Mance, Haute-Saône, 21 septembre 1842 - 1er juin 1883). Fils de Claude François et Reine Poinsot. Domicilié à Guyonvelle. Emigre en 1853. Soldat dans la 6th Wisconsin LA Battry
FRANCOIS (Jules-Jean-Baptiste) (Betoncourt-sur-Mance, Haute-Saône, 15 mars 1838 - 17 novembre 1916). Frère du précédent. Domicilié à Guyonvelle. Débarqué aux Etats-Unis en 1853. Etabli dans l'Illinois puis dans le Wisconsin. Soldat dans la 6th Wisconsin LA Battry. Installé à Willow, marié en 1867 comme fermier.

MULSON (Augustin, dit Augustus) (Charmoy 26 juillet 1838 - ). Fils d'Augustin Mulson et Anne Maloire. Emigré en 1853, à l'âge de 15 ans. Soldat dans la Company C du 16th Pennsylvania Cavalry, le 7 mars 1865.
NOIROT (Jean-Pierre, dit John Peter ou John) (Bonnecourt 20 septembre 1839 - Kirby 5 octobre 1914). Fils de François Noirot et Françoise Raclot. Suit sa famille à Findlay (Ohio) en 1853. Enrôlé pour un an dans la company C du 55th Ohio Infantry le 28 septembre 1864. Réside à Defiance Town, Ohio. Marié en 1872.
NOIROT (Nicolas) (Bonnecourt 1er mars 1826 - Ohio 24 janvier 1905). Frère du précédent. Coutelier avant son départ pour l'Amérique. Marié en 1850 à Bonnecourt avec Magdeleine Hurtig. Domicilié à Defiance, Ohio. Vétéran de la Guerre civile (sans plus de précision). 
RHODES (Nicolas) (Fayl-Billot 25 août 1843). Fils de Nicolas Rhodes. Part pour l'Amérique en octobre 1852 (sa famille se fixe à Cape Vincent puis à Oswego, New York). Grièvement blessé à la tête le 4 juillet 1864 devant Petersburg dans les rangs du 10th New York Volunteer Artillery Regiment. Exploite une ferme à Parish. 
ROLLET (Pierre-Joseph) (Guyonvelle 19 mars 1809 - 1er février 1883). Fils de Françoise Rollet. Tisserand à Guyonvelle, marié en 1833 à Barbe Ruston. Arrêté en décembre 1851 pour opposition au coup d'Etat de Louis-Napoléon Bonaparte. Qualifié de "communiste", condamné en mars 1852 à la "transportation" en Algérie. Gracié en février 1853. Demande un passeport le 26 avril 1856 pour s'établir à Sextonville (Wisconsin). Débarque en Amérique le 11 juin 1856. Domicilié à Willow. Enrôlé dans la company I du 36th Wisconsin Regiment, à l'âge de 55 ans. Domicilié à Lloyd. Inhumé à Ithaca, Wisconsin. 
TRESSE (Nicolas-Alexandre, dit Alexander) (Bonnecourt 7 novembre 1822 - St Louis 13 juillet 1865). Fils de Nicolas Tresse et Anne-Françoise Motot. Cultivateur, marié en 1850 à Bonnecourt avec Anne Tresse. Emigre en octobre 1855. Laboureur, engagé pour un an à St Louis (Missouri) le 3 septembre 1864 au 41st Missouri Infantry (le même régiment que son compatriote S. C. Dechanet). Sert dans la company F, sous les ordres du capitaine Charles Moeller. En garnison à St Louis avec son régiment commandé par le colonel Joseph Weydemeyer. Hospitalisé le 8 juillet 1865 pour dysenterie. Décédé à l'hôpital à Benton Baracks de St Louis le 13 juillet 1865.
VOINCHET (Jean-Baptiste, dit John B.) (Tornay 17 septembre 1808 - Jefferson County 15 août 1870). Fils d'Antoine Voinchet et Marguerite Jeannot. Emigre en 1834 avec son oncle Etienne Voinchet. Marié à Joséphine Schnell. Habite à Jefferson County, Pennsylvania. Enrôlé à 53 ans le 19 décembre 1861 au 67th Pennsyvlania Infantry, company F. Soldat.

SUDISTES

VANNEY (Charles) (Serqueux 24 février 1841 - New Orleans 25 août 1895). Fils de Nicolas-Etienne Vanney et Anne-Catherine Voilquier. Emigre le 7 novembre 1853 sur le bateau Sea Queen. Etabli en Louisiane (Pointe Coupee puis La Rivière Rouge). Domicilié à St Louis. Engagé à La Vidalia le 17 mars 1862 au 25th Louisiana Infantry, company J et company D. Sert sous les ordres du capitaine W. T. Milers. Blessé le 20 septembre 1863 à Chickamauga. Capturé le 4 décembre 1863 à La Parisa (Concordia). Libéré le 2 mai 1865. Ndlr : contrairement à ce que nous avons écrit dans "Keskidees", Charles Vanney ne servait donc pas dans les rangs nordistes au sein du 101st Illinois, mais dans l'armée confédérée.  

Fils de Haut-Marnais 

Richard Franchot (1816-1875), fils de Charles Franchot (de Chamouilley), colonel du 121st New York Volunteer Regiment, général de brigade nordiste.
Serdon (caporal), Nicholas et August Rolley (Rollée), fils de Pierre Rolley et Marie Verbecq (tous deux nés à Hortes). Ces trois frères domiciliés à Frenchville servent dans la company G du 51st Pennsylvania, dont le capitaine, Pierre-Augustin Gaulin, est né à Molay (aux confins de la Haute-Saône et de la Haute-Marne). Fait prisonnier, August Rolley décède le 29 mai 1864 à la prison d'Andersonville.