vendredi 21 août 2026

Les crimes de guerre allemands à la fin de l'Occupation (III) : septembre 1944

 

Les trois infirmières FFI de Bussières-lès-Belmont assassinées dans le château de Saulles.
Photo recueillie par Jean Petit. 

1er septembre 1944, Montigny-le-Roi : Marius Blot, Serge Charles, Pierre Iemolini, Pierre Moussu et Paul Tisserand.

Les victimes : Marius Blot, né le 7 juillet 1906 à Is-en-Bassigny où il est domicilié, ciselier, père d’un enfant de 12 ans ; Serge Charles, né le 16 août 1928 à Longuyon (Meurthe-et-Moselle), domicilié à Montigny, employé au garage Henry à Montigny ; Pierre Iemolini, né le 18 mai 1929 à Montjustin (Haute-Saône), domicilié à Montigny ; Pierre Moussu, né le 27 juin 1925 à Montigny ; Paul Tisserand, né le 17 janvier 1914 à Merruay (Haute-Saône), marié, père de cinq enfants.

Les auteurs : une unité du Freiwilligen (Kosaken)-Stamm-Regiment 5 logée au quartier Damrémont à Chaumont, commandée par un capitaine d’environ 1,80 m, « de forte corpulence, blond de cheveux » qui a donné l’ordre d’emmener les cinq hommes (selon Gaston Heiderich). Il s’agit sans aucun doute du rittmeister Felix Küper.

Les faits : un effectif évalué à un escadron du Freiw.(Kos.).Stamm.Rgt. 5 quitte Chaumont et prend la direction de Jussey (Haute-Saône) par la RN 417. En chemin, vers 14 h, les cosaques rencontrent deux FTP de Nogent en mission, accompagnés d’un ami (Maurice Boé, 18 ans, et Lucien Mongin, 19 ans, sont tués, Jean Raclot est grièvement blessé). Vers 17 h, toujours sur le même axe, Marius Blot et deux hommes, Pierre Iemolini et Pierre Moussu, qui allaient récupérer des pièces de l’avion américain tombé le matin à Is-en-Bassigny, sont arrêtés sur place par des Allemands circulant sur RN 417. Trois cosaques les conduisent à Montigny. A la même heure, des camions allemands s’arrêtent au garage Henry à Montigny pour réparation. Il s’agit de véhicules du détachement passé quelques heures plus tôt à proximité de Nogent. Le mécanicien Gaston Heiderich voit Paul Tisserand, de Provenchères-sur-Meuse, dérober un fusil dans un camion et demander l’aide de Serge Charles, employé du garage. Tous deux sont vus par un soldat ennemi. Tisserand cherche à fuir mais est pris. Tisserand, Charles, Blot, Iemolini et Moussu sont exécutés à la sortie du bourg vers 19 h 20.

Les témoins. Hubert Collot, élu de Montigny : « A 18 h 30, j’ai été avisé par Mme Iemolini que son fils Pierre, âgé de 15 ans, venait d’être arrêté par les Allemands qui menaçaient de l’emmener en Allemagne, avec quatre autres personnes […]. Je me suis rendu [à la route neuve, c’est à dire la route menant vers Bourbonne-les-Bains]. [...] En cours de route, j’ai perçu une salve de mitraillettes provenant de la direction de la route neuve, j’ai croisé quatre Russes qui manoeuvraient la culasse de leurs mitraillettes. […] J’ai remarqué à un endroit que des soldats russes prenaient des mottes de terre d’un côté de la route et les jetaient dans un fossé assez creux, en riant. […] Le lendemain vers 6 h, je suis retourné sur les lieux et ai découvert […] quatre corps sur les cinq personnes disparues. Il s’agissait de Iemolini Pierre, Moussu Pierre, Charles Serge et Tisserand Paul. Ce dernier avait la tête fracassée. Tous avaient la poitrine déchiquetée par les balles de mitraillettes et chacun d’eux avait une balle à la nuque... » Augustin Charles, père de Serge : « Ce dernier portait des blessures à la poitrine, le poignet gauche était fracassé, il avait une blessure au bas-ventre, et des blessures dans les deux bras. » Marcel Iemolini, père de Pierre : « Mon enfant avait plusieurs balles au coeur, une plaie au côté droit à hauteur de la ceinture et une autre à la nuque ». Raymond Mercier, maire d’Is-en-Bassigny : « Blot a pris la fuite en rampant dans un verger mais les Allemands ont tiré dessus en le poursuivant. Ce n’est que six jours plus tard que le corps de Blot a été retrouvé à 800 m de la route. […] Il avait une jambe fracturée, une balle à la poitrine et une autre à la tête. »

Source principale : AD 51, 163 W 3180.


2 septembre 1944, Lavilleneuve : Joseph Baptiste.

La victime : Joseph Baptiste, né le 20 janvier 1914 à Niort (Deux-Sèvres), manœuvre, célibataire, membre de la communauté des gens du voyage.

Les faits : dans la nuit du 25 au 26 août 1944, des dizaines (peut-être une soixantaine) d’internés du Fort du Hâ (Bordeaux) s’évadent du convoi les menant à Dachau, entre Merrey et Neufchâteau. Sept se réfugient dans la ferme Damphal, près de Montigny-le-Roi. L’un d’entre eux, Joseph Baptiste, est tué alors qu’il a été surpris avec un camarade, Fernand Labarthe, par une patrouille.

Le témoin. Fernand Labarthe, de Carcen-Ponson (Landes) : « Je me suis retrouvé avec six camarades, évadés dans les mêmes conditions, et nous nous sommes réfugiés à Lavilleneuve, à la ferme [Damphal], qui nous a ravitaillés et où nous sommes restés jusqu’au 2 septembre, date à laquelle j’ai été blessé, à côté de mon camarade, Joseph Baptiste Schmitt [sic], de Bordeaux, qui a été tué. [...] Je crois que ces hommes appartenaient à une formation motorisée, stationnée à Montigny-le-Roi. Les Allemands ne nous ont fait aucune sommation avant l’ouverture du feu. Entendant siffler les balles de très près, je me suis couché et c‘est alors que l’un d’eux est venu, a constaté que mon camarade était mort, s’est tourné de mon côté et sans mot dire m’a tiré une balle de mousqueton dans la tête. N’étant que blessé, ils m’ont interrogé. [...] Ils m’ont à nouveau logé une balle de pistolet dans la tête. Les habitants locaux m’ont ramassé. [...] ». Source : AD 51, série 163 W.


2 septembre 1944, Andelot : Roland Thion.

La victime : Roland Thion, né le 9 avril 1926 à Liffol-le-Grand (Vosges), domicilié à Andelot, FFI.

Les faits : membre du secteur Est de Chaumont, il est tué lors d’une reconnaissance sur Andelot après le combat survenu la veille dans le bourg. Selon son avis de décès conservé par l’Onac 52, il a été « blessé et achevé par les Allemands ». Les unités présentes alors à Andelot étaient le Reserve-Beobachtung-Abteilung 44 et un bataillon du SS-Polizei-Regiment 19.

Roland Thion (1926-1944).



3 septembre 1944, Chaumont : Emilienne Kolinski.

La victime : Emilienne Kolinski, née à Orbigny-au-Mont le 9 juillet 1909.

Les faits : la victime est mortellement blessée d’une balle dans le ventre, reçue dans la rue des Tanneries, vers 15 h 30. Elle décède à l’hôpital. Selon l’enquête de justice, la balle aurait été tirée d’un bois au-dessus de la Croix-Coquillon, où les Allemands avaient aménagé des tranchées. Source : AD 51, 163 W 3159.


4 septembre 1944, Chalindrey : Robert Camburet et René Noël.

Les victimes : Robert Jules Camburet, né le 26 avril 1930 à Gray (Haute-Saône), et René Lucien Noël, né le 20 mars 1911 à Changey.

Les faits : dans l’après-midi, des habitants sont pris sous le feu, à hauteur du pont sur le canal, par des soldats allemands d’un convoi. Le jeune Robert Camburet, 14 ans, est tué, Marguerite Gauthier est blessée. Un autre habitant, René Noël, est abattu le même jour dans la cité.

Des soldats d’une unité de pionniers (feldpostnummer 18 031) et de l’Artillerie-Regiment 1708 sont présents ce jour-là à Chalindrey, qu’ils quittent vers 20 h.

Robert Camburet (1930-1944).


6 septembre 1944, Pouilly-en-Bassigny : Jean-Claude Develle.

La victime : Jean-Claude Develle, né le 26 janvier 1921 à Bourbonne-les-Bains.

Les faits : « un jeune homme de 23 ans sourd-muet a été tué d’une balle de revolver le 6 septembre 1944 par un Allemand qui l’interpellait » (AD 52, 15 J 81 – 15 J 85). Pour le SRCGE et le capitaine de gendarmerie Breda, la date de décès se situe plutôt le 5 septembre 1944.


10 septembre 1944, Broncourt : Daniel Prévot.

La victime : Daniel Prévot, né le 29 octobre 1931 à La Folie (Broncourt).

Les faits : fils d’Armand Prévot (alors déporté), Daniel Prévot, 12 ans et demi, est tué de cinq balles par un soldat allemand présent dans un convoi en retraite venu de la direction de Dijon.

Le témoin. Charlotte Prévot, la maman : « L’officier qui a tué mon fils Daniel faisait partie d’un groupe d’Allemands qui furent faits prisonniers à Preigney ou Ceintrey (Haute-Saône) ». Source : AD 51, série 163 W.


11 septembre 1944, Belmont : Louis Bourrier et Louis Raillard.

Les victimes : Eugène Louis Bourrier, né le 1er février 1875 à Belmont, et Louis Onésime Raillard, né le 15 août 1883 à Belmont.

Les faits : tôt le matin, des éléments du 2e bataillon du 1er régiment de France (unité de l’État français ralliée aux FFI) se heurtent à une colonne allemande à l’entrée de Belmont. Ils capturent le major Teudesmann, chef du Sicherungs-Bataillon 671. Au cours du combat qui coûte six tués et sept prisonniers (dont trois blessés) au II/1er RF, ainsi que sept blessés au maquis Henry (Bussières), deux civils sont abattus par des tireurs allemands.


11 septembre 1944, Brethenay : Albert et Louis Jolibois.

Les victimes : Louis Jolibois, né à Brethenay le 29 mars 1874, cultivateur, ancien combattant 14-18, ancien maire de Brethenay, et son fils Albert, né le 19 juin 1905 à Brethenay.

Les faits : une patrouille de la 2e compagnie (lieutenant Holer), 1er bataillon du Luftnachrichten-Ausbildungs-Regiment 302, cantonnée à Condes, pénètre dans le village de Brethenay et fait feu sur un habitant. Le père de ce dernier qui se porte à son secours est abattu.

Les témoins. Paul Tugler, Malgré-nous : « Une patrouille fit halte dans le village voisin de Brethenay. Elle était commandée par le feldwebel Kuchler et composée d’une dizaine d’hommes. Au retour de cette patrouille, j’appris que deux Français avaient été tués. Les soldats allemands racontaient qu’ils étaient tombés sur des « partisans » qui auraient tiré des coups de feu sur eux. Ils les avaient capturés et fusillés… […] Le feldwebel Kuchler était fin septembre 1944 interné au camp de prisonniers de guerre à Sissonnes [sic]. Ce sous-officier était une brute et traitait ses hommes avec une extrême violence. Il haïssait les Alsaciens et les Français. » Selon le jardinier Lucien Piquet, de Condes, le soldat accompagnant Kuchler était âgé de 18 ans.



Nuit du 11 au 12 septembre 1944 et 12 septembre 1944, Saulles : Marie-Louise Bailly, Geneviève Cornubert, Micheline Morey, Roger Simonet et Charles Lemmer.

Les victimes : Marie-Louise Bailly, née le 2 décembre 1922 à Bussières-lès-Belmont ; Geneviève Cornubert, née le 26 mai 1921 à Bussières-lès-Belmont ; Micheline Morey, née le 17 août 1922 à Equeurdreville (Manche), fille d’un général né en Haute-Marne ; Charles Lemmer, né le 1er mai 1921 à Metz ; Roger Simonet, né le 16 août 1923 à Montreuil-sous-Bois (Seine-et-Oise), domicilié à Langres.

Les faits : le 11 septembre 1944, trois infirmières et trois FFI du maquis Henry sont présents au château de Saulles aménagé en poste médical. Vers 22 h, des soldats allemands arrivent sur les lieux qui ne sont pas protégés. Roger Simonet et Charles Lemmer sont abattus. Capturées, les trois infirmières sont violées dans la nuit puis martyrisées jusqu’après 13 h le 12 septembre 1944. Dans l’après-midi, elles sont achevées d’une balle dans la tête. Un sous-officier allemand prisonnier mettra en cause le lieutenant Dietrich Hick (SD) et le major Friedrich Schrade, chef du Ost-Bataillon 615, qui sont fusillés les 18 et 20 septembre 1944. Source principale : Clovis (Jean Spiro), Le prix de la liberté, Dominique-Guéniot, 1984.


12/14 septembre 1944, Belmont : Gabriel Badiguez.

La victime : Gabriel Badiguez, né à Saint-Dizier en 1925, domicilié à Frettes.

Gabriel Badiguez (parfois appelé Badiquez) est volontaire au groupe FFI de Frettes. Il est envoyé en mission le 12 septembre 1944 auprès du chef de groupe de Bussières-lès-Belmont. Son corps est découvert le 21 septembre 1944 près de la rivière Saôlon sur le territoire de Belmont par son chef Claude Brocard. Il présentait une balle dans la tête. Mémoire des Hommes le dit décédé le 14 septembre 1944. Source principale : AD 51, 163 W 3157.


13 septembre 1944, Essey-les-Eaux : Alphonse Cappellina, Aurélie Gautherot née Cornu, Marie Horiot née Voirin, Just Rallet.

Les victimes : Aurélie Gautherot, née le 23 mai 1870 à Essey-les-Eaux (décédée le 10 octobre 1944 selon Mémoire des hommes) ; Marie Horiot, née le 28 avril 1857 à Essey-les-Eaux ; Marie Henri Just Rallet, né le 16 juillet 1902 à Changey (décédé le 3 décembre 1944 à Chaumont selon Mémoire des hommes) ; Alphonse Cappellina, âgé de 16 ans.

Les auteurs : notamment des hommes du I./Lufnachrichten-Ausbildungs-Regiment 302.

Les faits : en fin de nuit du 12 au 13 septembre 1944, la garnison de Chaumont évacue la ville, fait sauter les ponts sur la Marne et le canal à La Maladière, et prend la direction de Bourbonne. L’avant-garde se heurte à une embuscade du maquis de Pincourt à la côte de l’Abondance, entre Nogent et Is-en-Bassigny, près d’Essey-les-Eaux. Au moins un officier est tué. En représailles, les Allemands incendient le village. Vingt-cinq maisons sont détruites, quatre habitants trouvent la mort, 20 otages sont pris brièvement.

Les témoins. Joseph champion, maire : « Vers 6 h 30, un convoi automobile allemand est passé sur la RN 417 au lieu dit L’Abondance, territoire de la commune d’Essey. Ce convoi a été attaqué par les Forces françaises de l’intérieur. Neuf soldats et un colonel allemand ont été tués, cinq autres ont été blessés. Ces derniers, dont un major et deux capitaines, ont été amenés et soignés chez moi. Vingt-deux Allemands fait prisonniers ont été dirigés sur le camp de Pincourt. Six voitures allemandes ont été détruites. […] Vers 10 h, un détachement de 350 hommes environ, précédé d’une patrouille de reconnaissance, est arrivé aux abords du village […]. Etant très inférieurs en nombre, les FFI se sont retirés d’Essey. ». Selon l’élu, les Allemands qui ont abattu des habitants, jeté des grenades incendiaires, allumé des feux « étaient des Waffen SS », du « 65e d’infanterie ». Albin Foissey : « Cappellina, sujet italien, a été tué sans combattre. Mme Vve Horiot a été brûlée vive dans sa maison, les Allemands ayant interdit à la famille de la sauver. Mme Vve Gautherot et son gendre Rallet, Juste, ont été grièvement blessés, alors qu’ils s’écartaient du village pour se mettre à l’abri. »

Jean-Jacques Honnaire (3e compagnie, I/Ln.Ausb.Rgt. 302), Malgré-nous : « Le commandant de l’unité […] était parti avant en voiture avec plusieurs autres officiers. Arrivés près du village d’Essey-les-Eaux, ils furent attaqués par des FFI et notre commandant aurait été tué d’après ce qui m’a été rapporté par un de mes camarades. Toujours par entendre dire, le capitaine [oberleutnant] Koch, commandant la 3e compagnie, aurait pris le commandement de l’unité. Je ne puis dire si c’est lui qui a donné l’ordre d’incendier le village, car je me trouvais loin à l’arrière. [...] » René Wintz (3e compagnie, I/Ln.Ausb.Rgt 302), Malgré-nous : « Avant d’entrer dans ce village [Essey], notre convoi a été stoppé aussitôt par le tir des FFI, qui ont tué plusieurs de nos officiers. Néanmoins vers 17 h, nous sommes parvenus à entrer dans ce village […] Lorsque notre commandant a été tué, c’est le capitaine Koch […] qui a pris le commandement de notre unité. Il est reconnaissable parce qu’il porte une cicatrice à la figure. Pour venger la mort du commandant, il a aussitôt donné des ordres pour brûler le village, ajoutant même qu’à cet effet il allait faire amener du carburant. J’ai vu les maisons brûler […]. Le soir même, en compagnie de deux camarades [Albert Weber et Jean Honnaire], j’ai déserté l’unité et nous nous sommes rendus, en automobile, à Monthureux-sur-Saône. »

Il est vraisemblable que le « colonel allemand » évoqué par Joseph Champion soit l’oberst Hans Grunert, 49 ans, commandant du kampfgruppe Chaumont et effectivement décédé le 13 septembre 1944. Quant à l’officier du I./Ln.Ausb.Rgt évoqué par les Malgré-nous comme ayant été « tué », s’agit-il du hauptmann Hollenberg, considéré comme disparu le lendemain à Bonnecourt ?

Source principale : AD 51, 163 W 3163.



13 septembre 1944, Essey-les-Eaux : Robert Josselin et Antoine Baets.

Les victimes : Robert Josselin, né à Paris le 14 janvier 1915, lieutenant d’artillerie, marié et père d’une fille, directeur de la colonie de vacances de l’usine à gaz de Nancy à Donnemarie, chef du maquis de Pincourt, et Antoine Baets, né en Belgique le 5 mars 1905, bûcheron installé à Ninville, attaché au maquis de Pincourt.

Les faits : après l’embuscade de la côte de l’Abondance, le lieutenant Josselin sort du bois pour s’assurer que tous les groupes FFI se sont repliés et se dirige vers la route. Il est abattu par un tir de mitrailleuse. Un témoin affirme qu’il a eu ensuite la gorge tranchée. Parti à la recherche du corps de son chef, Baets est tué d’une rafale de mitraillette. Source principale : Pierre Ruault, Un maquis en Haute-Marne. Pincourt-le-Haut, 2015.

Les faits : après l’embuscade de la côte de l’Abondance, le lieutenant Josselin sort du bois pour s’assurer que tous les groupes FFI se sont repliés et se dirige vers la route. Il est alors abattu par un tir de mitrailleuse. Un témoin affirme qu’il a eu ensuite la gorge tranchée. Parti à la recherche du corps de son chef, Baets est tué d’une rafale de mitraillette. Source principale : Pierre Ruault, Un maquis en Haute-Marne. Pincourt-le-Haut, 2015.


Antoine Baets (1905-1944).

Le lieutenant Robert Josselin (1915-1944).


13 septembre 1944, Clefmont : Aimé Roquis.

La victime : Aimé Roquis, né le 1er décembre 1914 à Chaumont-la-Ville, marié, domicilié à la ferme du Févry.

Les faits : membre de la Compagnie Châtel, il est arrêté le 12 septembre 1944 à Buxières-lès-Clefmont et conduit à Clefmont. Trouvé porteur d’un ceinturon d’officier allemand avec deux pistolets, il est exécuté.

* * * 

A ces 29 résistants ou civils identifiés comme ayant été victimes de crimes de guerre ennemis en septembre 1944, s'ajoutent ces listes de FFI tués au combat (mais dont plusieurs ont peut-être été blessés puis achevés) ou disparus, ou de civils victimes de la Libération.

FFI tués au combat (34) : adjudant Léon Heymonet, André Bournot, sergent Georges Breton, Raymond Labache, André Fressinet, Guy Cheminot, Ernest Véry et Henri Labache, à Andilly-en-Bassigny (1er septembre 1944) ; André Legros, à Brethenay (2 septembre 1944) ; Maurice Arburger, entre Fresnoy-en-Bassigny et Lamarche (2 septembre 1944) ; brigadier-chef Pierre Dupuy, Henri Perny et Marcel Rocher, à Millières (3 septembre 1944) ; René Vignetey, à Bussières-lès-Belmont (4 septembre 1944) ; Eugène Clément, à Genevrières (5 septembre 1944) ; Marcel Mongin, à Auberive (5 septembre 1944) ; Jean-Marie Garnier et Gilbert Antoine, à Prez-sous-Lafauche (8 septembre 1944) ; René Dardaillon, Lucien Jancel et Jean Poissenot, à Coupray (9 septembre 1944) ; Jean-Claude Mougeot, à Doulaincourt (nuit du 9 au 10 septembre 1944) ; aspirant Michel Pasquet, caporal-chef Pierre Bernard, Armand Dalloz, Raymond Jamet et Waclaw Wlazyk, à Belmont (10 septembre 1944) ; sergent Adolphe Joannes et caporal Abdelkader Boudjema, à Darmannes (12 septembre 1944) ; Mohamed Aznie (ou Azanei), à Romain-sur-Meuse (13 septembre 1944) ; Jean Hoffmann, à Colombey-lès-Choiseul (13 septembre 1944) ; caporal René Caillaux, à Villiers-le-Sec (13 septembre 1944) ; capitaine René Schreiber, tué accidentellement à Chaumont (14 septembre 1944) ; Lucien Mainier, né à Paris le 9 avril 1926, à Bussières-lès-Belmont (15 septembre 1944).

FFI disparus (2) : Michel Chément, à Andilly (1er septembre 1944) ; sergent Raymond Chevallier, à Prez-sous-Lafauche (8 septembre 1944).

Victimes civiles également mentionnées par le site Mémoire des hommes : Ernest Michaut, à Eclaron (1er septembre 1944) ; Julia Parisot, à Luzy (6 septembre 1944) ; Pierre Collomb, d’Osne-le-Val (11 septembre 1944) ; Félix Poircuitte, à Montesson (14 septembre 1944), sans doute l’habitant du village tué par méprise par une mitrailleuse française. A noter qu'un habitant d'Epizon, Raymond Humblot, requis par les Allemands comme charretier, a trouvé la mort le 1er septembre 1944 lors d'une escarmouche avec l'armée américaine à Greux (Vosges), et son fils a été grièvement blessé.

Source des illustrations : club Mémoires 52, 1944 en Haute-Marne : l'album de la Libération, 2004.


lundi 10 août 2026

Deux colonels allemands tombés en Haute-Marne, 1er et 13 septembre 1944

La sépulture du colonel Grunert dans le cimetière d'Andilly. Source : Geneanet.


    Hans-Joachim Kutzen avait 58 ans. Hans Friedrich Wilhelm Grunert est mort la veille de son 49e anniversaire. Tous deux étaient des colonels de l'armée allemande venus de l'Ouest de la France pour défendre le cours de la Marne. Révélations sur les parcours de deux officiers supérieurs tués, pour l'un à Rimaucourt, pour le second probablement à Essey-les-Eaux.

    Il convient généralement d'accueillir avec prudence toute mention, par un témoin, de la mort d'"un colonel allemand" à l'occasion d'une action de la Résistance. Ainsi, nous n'avons pu établir qu'un "général" a bien été tué le 27 août 1944 près de Revigny-sur-Ornain (Meuse) dans une embuscade dressée par le maquis de Trois-Fontaines. En revanche, de telles informations ont pu être confirmées dans deux cas ayant pour cadre le département de la Haute-Marne.

    Hans-Joachim Kutzen est né à Metz (Moselle) en 1886. Il est le fils d'un officier en garnison en Lorraine annexée. Ancien combattant de la Première Guerre mondiale, Kutzen, lui-même officier, est nommé major en 1934. Il est longtemps en poste à Berlin avant d'être affecté en 1944, comme colonel (oberst), à la Feldkommandantur de Laval, en Mayenne. Là, Kutzen fait procéder, fin juillet 1944, à l'arrestation de 18 personnes dans la commune de La Gravelle. Cette rafle sera suivie de déportations. Ces informations nous ont été communiquées par Thierry Houdeline, secrétaire de l'association des anciens combattants de la commune. Il nous a précisé que le colonel Kutzen, devenu commandant du "Kampfgruppe (groupe de combat) Joinville", avait été tué le 1er septembre 1944 dans la vallée de la Marne. Un seul épisode de la Libération paraissait correspondre à cet évènement : la mort d'un colonel allemand, devant le café Simonnot de Rimaucourt, à l'occasion d'un accrochage avec une reconnaissance du 25th Cavalry Reconnaissance Squadron. Ce décès avait été évoqué par André Simonnot et André Meyer, et confirmé par l'historien Olivier de Boissoudy. Or Kutzen repose dans le cimetière d'Andilly (Meurthe-et-Moselle) au même emplacement que deux soldats du Reserve-Beobachtungs-Abteilung 44 (groupe d'observation de réserve) tués le 1er septembre 1944 à Rimaucourt, Alfred Zauner et Philip Görl. L'hypothèse que Kutzen corresponde au "colonel allemand" tombé dans ce village - et non pas dans la vallée de la Marne - ne fait donc pas le moindre doute.

Tombé à la veille de ses 49 ans

    Un autre commandant de kampfgruppe - celui de Chaumont - est mort le 13 septembre 1944 au moment du départ de la garnison de cette ville : le colonel Hans Friedrich Wilhelm Grunert. Lui aussi vient de l'Ouest de la France, et tout comme le colonel Kutzen, il est venu, à compter du 9 août 1944, servir sous les ordres du general der kavallerie (corps d'armée) Kurt Feldt, commandant militaire du dispositif allemand sur la Marne. 

    Grunert est né le 14 septembre 1895 à Halle (Saxe). Passé par le grenadier regiment 38, il est nommé colonel le 1er août 1943. Grunert reçoit d'abord le commandement du grenadier regiment 915 (352 ID) le 15 novembre 1943, puis celui du GR 988 (276 ID) le 10 décembre 1943. Avec ce corps, cet officier marié et père de famille se bat en Normandie, avant de laisser son régiment le 18 juillet 1944 pour rejoindre le général Feldt. Il commande le kampfgruppe Chaumont et meurt, la veille de ses 49 ans, le jour de la libération de cette ville. 

    Ce 13 septembre 1944, à 4 h, la garnison allemande commence à évacuer la cité en direction de Montigny-le-Roi, seule voie de retraite encore libre. Trois heures plus tard, les FFI du maquis de Pincourt, commandé par le lieutenant Robert Josselin, prennent sous leur feu des voitures et camions ennemis venant de la direction de Chaumont, dans la Côte de l'Abondance, près d'Essey-les-Eaux*. Selon le maire du village, Joseph Champion, "neuf soldats et un colonel allemand ont été tués, cinq autres ont été blessés". Jusqu'ici, il n'avait jamais été possible de confirmer l'information de la mort d'un officier supérieur allemand dans cette embuscade, et de connaître son identité. La révélation, par les archives militaires allemandes, de la mort du colonel Grunert, "kampf-kommandant Chaumont", ce 13 septembre 1944, en Haute-Marne, accrédite donc ce qui fut longtemps une hypothèse**.

Le document allemand mentionnant la mort du colonel Grunert. (Source : Nara). 


* Nous reviendrons, prochainement, sur le massacre d'Essey-les-Eaux, consécutif à cette embuscade.

** A la différence du major Karl Maner, déjà évoqué sur ce blog, ni Kutzen ni Grunert, qui reposent aujourd'hui à Andilly (54), n'apparaissent dans le recensement des militaires allemands qui ont été inhumés en Haute-Marne et qui est conservé par les Archives départementales.

Sources : Archives nationales américaines (documents militaires d'origine allemande) - Archives départementales de la Marne, série 163 W - Archives départementales de la Haute-Marne, fonds Olivier de Boissoudy - informations communiquées par M. Thierry Houdeline - Geneanet.

dimanche 2 août 2026

Les crimes de guerre allemands à la fin de l'Occupation (II) : août 1944

Bernard Douillot (1934-1944), abattu à Mathons. (Collection J.-M. Chirol).



 Le mois d'août 1944 a été marqué en Haute-Marne par l'exécution de 69 civils et résistants, dont 33 lors des massacres de Prauthoy et de Châteauvillain. Le Freiwilligen-Kosaken-Stamm-Regiment 5, qui tient garnison en Haute-Marne de février à septembre 1944, est impliqué dans la mort d'au moins 25 personnes, et la 15. Panzer-Grenadier-Division, qui retraite les 29 et 30 août 1944 entre la vallée de la Barse et Saint-Dizier, dans celle de quatre civils au minimum. Tous ces crimes de guerre n'ont pas forcément l'objet d'enquêtes de la part du SRCGE.

1er août 1944, Bussières-lès-Belmont : Eugène Lambert

La victime : Eugène Lambert est né le 28 octobre 1922 à Gray (Haute-Saône), il est domicilié au hameau de Caqueray, commune de Palaiseul.

Les faits : Eugène Lambert circulait à vélo entre Chalindrey et Bussières-lès-Belmont. Il croise une patrouille allemande qui lui ordonne de s’arrêter. « Pris de peur, [il] s’est enfui et la patrouille ayant tiré sur lui, il a été tué » (AD 52, 15 J 88, rapport de gendarmerie). L’enquête du SRCGE pense qu’Eugène Lambert a été tué par des cosaques du Freiw.(Kos.)Stamm.Rgt. 5.


9 août 1944, Chaumont : Odette Ferrière

La victime : Odette Lindecker est née à Chaumont le 28 février 1902, elle est mariée à Robert Ferrière, domiciliée 31, rue Carrière-Roulot à Chaumont.

Les faits : cette Chaumontaise est tuée vers 21 h 30 par un soldat allemand sur le passage piéton du viaduc. Selon son époux, elle a été abattue par un fusilier marin (AD 51, 163 W 3159).


9 août 1944, Prauthoy : Joseph Berthold, Lucien Bonnard, Alfred Brouillard, Charles Collin, René Cornu, Pierre Dalanzi, René Fourot, Aimé Grandclaude, Robert Gy, Gilbert Laurent, Antonio Manoël, Robert Midoux, François Philippe, Roland Pretet, Adrien Valroff, Roland Viard

Les faits : le 9 août 1944, vers 21 h, un train venant de Dijon et se dirigeant sur Langres passe à proximité de la ferme de Suxy lorsque deux explosions retentissent (il s’agit d’un sabotage exécuté par des résistants de Côte-d’Or dont l’historien bourguignon Gilles Hennequin a révélé la réalité en 1997). Les soldats allemands du convoi se dirigent alors sur la ferme, commettent un massacre des personnes qui s'y trouvent et incendient les lieux. Ils exécutent également trois habitants de Saône-et-Loire qui avaient été arrêtés quelques jours plus tôt et qu’ils convoyaient dans le train.

L’unité mise en cause : l’enquête du SRCGE (AD 51, 163 W 3174) ne permet pas d’identifier l’unité allemande. L’abbé Louis-Emmanuel Marcel parle de 150 "parachutistes SS" venant de Grenoble et ayant combattu dans le Vercors. Sur la base de ces éléments, il est vraisemblable que la formation impliquée dans ce massacre soit le gruppe Schäfer, des parachutistes rattachés au Kampfgeschwader 200 de la Luftwaffe et qui, après le Vercors, sont revenus en train jusqu’à Essey-lès-Nancy.

Sur ce crime de guerre, lire également Jean-Pierre MAUCOLIN, Prauthoy (de 1930 à 2000), Pierres et terroir, 2022.


10 août 1944, Mathons : René Jakubas, Serge Kervaire, Maurice Launois, Gabriel Sanrey

Les faits : une opération est menée par les troupes d’occupation contre le maquis Garnier (FN) qui vient de se fixer en forêt de Mathons. Pour le localiser, la Sipo-SD de Chaumont avait recueilli des renseignements fournis volontairement par une habitante de Joinville (condamnée à mort à la Libération mais non exécutée). Si le chef du maquis avance jusqu’à une force de 2 000 Allemands, tandis que l’abbé Jacques Vicherat parle de « 1 200 à 1 500 hommes », le lieutenant de gendarmerie Maitrier fait état d’une centaine d’Allemands en action à l’aube. Les maquisards ont pu décrocher, mais un groupe composé de quatre résistants et sept aviateurs alliés est intercepté. Les aviateurs seront internés Outre-Rhin, les quatre Français sont abattus. Trois corps sont retrouvés le 13 ou le 14 août 1944 dans un fourré, au bord du chemin Mathons - Charmes-en-l’Angle. Le quatrième est découvert le 15 août 1944 à 70 m de là. La ferme des Bonshommes a été incendiée, ses exploitants Georges et Renée Douillot emprisonnés à Chaumont.

Les mis en cause : un mandat d’arrêt est délivré le 6 août 1945 contre le feldwebel François Haas. Plusieurs témoins l’ont reconnu sur une photo présentée par les enquêteurs (« il se disait chef de la brigade et commandant de l’expédition faite à Mathons », dit l’un).

Les témoins. Eugène Serre : « Il est établi que ces troupes d’occupation venaient en partie de Chaumont et de Saint-Dizier, et étaient dirigées par la Feldgendarmerie de cette ville. » Source : AD 51, 163 W 3171.

Une des quatre victimes du 10 août 1944 à Mathons : Gabriel Sanrey.



11 août 1944, Mathons : Bernard Douillot

La victime : Bernard Douillot, né à Mathons le 4 mars 1934, fils des agriculteurs de la ferme des Bonshommes.

Les faits : des Allemands venus avec deux camions ouvrent le feu vers 17 h sur un groupe de personnes se trouvant aux abords de la ferme des Bonshommes, incendiée la veille. Juliette Proença, de Guindrecourt-aux-Ormes, est blessée à la main droite. L'enfant Bernard Douillot, qui était réfugié à Nomécourt, est touché par une balle à la tête. Hospitalisé à Joinville, il décède dans la nuit, à 2 h 30. Bernard Douillot avait accompagné Emile Defave, de Nomécourt, pour soigner quatre veaux dans un parc. Il a été retrouvé dans un bois de sapins, à 200 m environ de la ferme familiale.


12 août 1944, Bourbonne-les-Bains : Gilbert Vallon

La victime : Gilbert Vallon est né le 19 juin 1925 à Thonnance-lès-Joinville où il est domicilié. Ce garçon boulanger à Melay est « décédé tragiquement rue Amiral-Pierre à Bourbonne » selon le journal Le Petit Champenois.

Les faits, les mise en cause et les témoins : à cette époque, le capitaine Holmann commande un élément russo-allemand à Bourbonne (du Freiw.Stamm.Rgt. 5). L’enquête de gendarmerie du 12 août 1944 précise que c’est le lieutenant commandant le détachement russe qui l’a informé que Gilbert Vallon avait été tué le matin « par un soldat d’un poste installé sur la route nationale n°480 à l’entrée sud-est de Bourbonne ». La victime venait à bicyclette de la direction de Genrupt. Il était accompagné de sa patronne, Suzanne Gremaux, qui déclare : « Vers 5 h, j’ai quitté Melay à bicyclette pour me rendre à Joinville en compagnie de mon commis boulanger […]. En arrivant à Bourbonne, nous nous sommes trouvés en présence d’un poste allemand. Au commandement « halte » nous nous sommes arrêtés immédiatement à 3 m environ des soldats du poste. Vallon a levé les bras, mais il a été aussitôt abattu par un coup de feu tiré par un soldat. » La boulangère dit qu’elle ignorait que le couvre-feu avait été prolongé jusqu’à 6 h. Source : AD 51, 163 w 3157.


22 août 1944, Dancevoir : François Briot (auteurs du crime : peut-être un détachement de la division SS-Adolf-Hitler).

22 août 1944, Auberive : Geneviève Aubertin et Suzanne Lamy (auteurs : Freiw.(Kos.).Stamm.Rgt. 5)

22 août 1944, Trémilly : Louis Michel

23 août 1944, Auberive : Robert Ingret (auteurs : Freiw.(Kos.).Stamm.Rgt. 5). Deux autres résistants sont capturés et portés disparus (André Guignard et Marc Bongrain).

24 août 1944, Châteauvillain : 17 victimes (auteurs : Freiw.(Kos.).Stamm.Rgt. 5, Feldgendarmerie de Chaumont, et peut-être le I./LnAusbRgt. 302). Quatre otages meurent en déportation.

25 août 1944, Coupray : Joseph Papa et X (Maurice Blanchard, du maquis Blonde, capturé vers le 22 août 1944 à proximité à Boudreville ?).

26 août 1944, Chaumont : Martial Champied et X (auteurs : le Sipo-SD de Rennes est mis en cause pour l'exécution de Champied).

27 août 1944, Villiers-sur-Suize : Marie-Cécile Michelot et Robert Guillaume (lors d'un échange de tirs entre des FFI et le Freiw.(Kos.)Stamm.Rgt. 5).

27 août 1944, Faverolles : Justin Cheminade (auteurs : Freiw.(Kos.).Stamm.Rgt. 5)

27 août 1944, Chaumont : Robert Mutin et Auguste Souffez (auteurs : peut-être des soldats d’artillerie de marine cantonnés à Jonchery).

Ces crimes de guerre ont été évoqués plus en détail dans notre série d’articles « Une semaine de terreur en Haute-Marne ».


28 août 1944, Puellemontier : Victor Cartier

La victime : Victor Eugène Cartier, né à Puellemontier le 25 mars 1908, ouvrier de scierie, marié, père de cinq enfants en bas âge (de 7 mois à 9 ans).

Les faits : vers 12 h 45, une colonne allemande en provenance de Lentilles (Aube) et se dirigeant sur Droyes traverse le village. Ouvrier de la scierie Gouthière et Réaux, Victor Cartier se cache, à leur vue, dans un champ de pommes de terre. Les Allemands « habillés en vert » et portant casquette lancent alors une grenade. Un collègue, Roger Martinet, voit Cartier se lever, la figure ensanglantée, déclarer aux Allemands qu’il est « ouvrier de l’usine », lorsqu’un militaire l’abat avec son revolver. Son corps est retrouvé, sur le dos, criblé de balles, près d’une haie vive. Pour le Dr Bernard Bercovici, ses blessures à la poitrine et au visage proviennent plutôt de rafales de pistolet-mitrailleur.

Les mis en cause : l’enquête du SRCGE n’a pas permis d’identifier l’auteur du crime. Toutefois, l’itinéraire correspond au passage du 1er bataillon de la SS-Panzerbrigade 51 qui, venu de l’Aube, se portait à Giffaumont.


29 août 1944, Anglus : Georges Tardy de Montravel

La victime : Georges Tardy de Montravel, né à Pont du Gard le 18 janvier 1923, séminariste à Sens (Yonne).

Les faits : lieutenant du groupe Bayard, il est capturé à Tonnerre le 26 août 1944 par la 15. Panzer-Grenadier-Division. Au cours du repli, il est abattu à la sortie d’Anglus, dans un bois.


Vers le 29 août 1944, Créancey : Louis Reiter

La victime : Louis (dit Lucien) Reiter est né en 1905 à Aprey. Vannier, il réside à Châteauvillain.

Les faits : son corps est découvert le 1er septembre 1944 au lieu-dit Charmoy. Il présente une balle dans le front. Selon l’enquête, ivre, il se serait querellé avec un gendarme et aurait été tué le 29 août 1944 par les Allemands. Marie-Claude Lavocat situe son décès au 26 août 1944. Source principale : AD 51, 163 W 3160.


30 août 1944, Braucourt : Charles et Gilbert Jeanson

Les faits : le 30 août 1944, l’explosion d’une mine posée par les FFI de la Compagnie du Der coûte la vie à l’artilleur Edwin Hoffmann, de la 15. Pz.Gren.Div. En représailles, trois habitants de Braucourt sont fusillés, dont deux – un père et son fils – sont tués.

Gilbert Jeanson a été abattu aux côtés de son père.



30 août 1944, Eclaron : Fernand Hubert

La victime : né à Eclaron en 1902, résistant, membre du FN.

Les faits : au passage d’une colonne allemande, Fernand Hubert prend la fuite. Il est mortellement blessé en sautant dans le canal et décède à Wassy.


30 août 1944, Saint-Dizier (Marnaval), Lucette Soin

La victime : Lucette Soin, née à Saint-Dizier le 3 mars 1927 (elle n’est pas décédée le 3 août 1940 à Saint-Dizier, contrairement à ce qu’indique le site Mémoire des hommes). Lucette Soin est l’une des 23 victimes civiles de la libération de Saint-Dizier, la seule exécutée.

Les faits : Lucette Soin, 17 ans, domiciliée 31, quartier de la Plaine, est mortellement blessée à 17 h 15 par des soldats allemands en retraite. Elle décède à 21 h 30 à l’hôpital de Saint-Dizier.

Les témoins : Renée Valluet, mère de la victime : « Ayant appris que les Américains se trouvaient à proximité de Marnaval, nous nous sommes décidées, ma fille et moi, à monter au premier étage. A ce moment, ma fille, regardant par la fenêtre, me fit voir un groupe d’Allemands dissimulés dans un bosquet situé à 150 m de notre habitation. J’ai ouvert la fenêtre, et un coup de feu a été tiré de la direction de ce groupe, atteignant ma fille d’une balle au côté gauche. Elle est tombée sans connaissance. […] Ma fille n’était pas revêtue d’un costume tricolore. Elle portait une blouse blanche. »

Les mis en cause : les soldats étaient en « tenue verte », selon Paul Mallerat. Des habitants ont parlé aux enquêteurs, sans certitude, d’un insigne correspondant à la division Adolf-Hitler.

Lucette Soin (1927-1944), lorsqu'elle était enfant.



30 août 1944, Saint-Dizier (Marnaval) : Lucien Groffe

La victime : Lucien Groffe, né le 8 novembre 1913 à Doulaincourt, ouvrier à la société Ferro, domicilié à Marnaval, marié, père de de famille.

Les faits : membre de la 2e section de la Compagnie du Val, Lucien Groffe s’aventure imprudemment dans Marnaval. Capturé, il est mis à mort près de l’église du quartier.

Lucien Groffe (1913-1944), exécuté à Marnaval.



30 août 1944, Villiers-en-Lieu : Serge Grelet

La victime : Serge Grelet, né le 16 juillet 1927 à Villiers-en-Lieu.

Les faits : dans la matinée, des Allemands en retraite tuent Serge Grelet. Le village pleure également la mort de Léa Linguenheld et Pierre Party, tués par méprise par un obus américain.


31 août 1944, Torcenay : Paul Noirot

La victime : Paul Noirot, né à Torcenay le 3 décembre 1887, retraité, père de Jules Noirot (sous-officier du maquis d’Auberive).

Les faits : le 31 août 1944, un détachement de cavalerie russo-allemand, venu de Rolampont ou de Saint-Ciergues et se dirigeant sur Langres, commandé par un oberleutnant, stationne dans le village de 10 h à 17 h. Au cours de la journée, Paul Noirot qui sciait du bois discute avec un cosaque et lui affirme que Hitler serait « kaput » bientôt. Le Russe revient avec un gradé, qui le frappe avec un morceau de bois, l’arrête après une tentative de fuite et le conduit au café Bourlot où il est de nouveau maltraité. Puis il est abattu à l'écart du village. Un témoin constate que deux balles ont traversé la nuque et le cou.

Les témoins : Paulette Noirot, belle-fille : « Vers 14 h, je me trouvais dans la cour de mon habitation sise à 150 m de la demeure de mon beau-père […], lorsque j’ai vu celui-ci poussé par des soldats allemands qui le brutalisaient en le frappant à coups de crosse de fusil et bâton. Un de ces soldats […] lui a brisé son fusil sur le dos. Ils l’ont fait entrer dans le salle de débit du café Bourlot où se trouvait l’officier du détachement de passage à Torcenay. |…] J’ai appris par les voisins que mon beau-père avait été fusillé dans un parc, à proximité du village. [...] » Source principale : AD 51, 163 W 3178.


31 août 1944, Chamouilley : Eugène Petit

La victime : Léon Eugène Petit est né le 4 août 1900 à Saint-Dizier.

Les faits : Eugène Petit est réquisitionné le 31 août 1944 par les Allemands pour transporter leurs blessés. Son corps est retrouvé le long de la voie ferrée au lieu-dit La Rochotte, commune de Chamouilley, « la tête traversée par plusieurs balles » (selon un témoin). Source principale : AD 51, 163 W 3172.


31 août 1944, Chatonrupt : Jean Lefebvre

La victime : Jean Lefebvre, né à Louvemont le 22 octobre 1920, marié, domicilié 2, rue des Porcelets à Joinville, quartier-maître de la Marine, garde de voies de communications, membre du maquis Mauguet.

Les faits : depuis le 24 août 1944, le maquisard Jean Lefebvre était revenu chez lui en raison d’une jaunisse. Le 31 août 1944 (jour de la libération de Joinville), il repart seul en direction de Saint-Dizier pour rejoindre son groupe. « Il n’avait pas d’armes sur lui […]. Il portait un brassard de garde de communication et un brassard de la Résistance », précise Jean Rinder, son beau-père. On ne reverra plus vivant Jean Lefebvre. Son corps est retrouvé le 3 septembre 1944 par des soldats américains au lieu-dit Le Jardinaux, à Chatonrupt. Il a reçu un projectile « dans la région occipitale ».


31 août 1944, Daillancourt : René Formentin

La victime : René Formentin (et non Fromentin), né à Chauny (Aisne) le 23 mai 1907, chef d’équipe à la Ville de Paris, employé dans la région d’Eclaron, adjudant FFI dans les Commandos M sous le nom de « Marceau ».

Les faits : le 31 août 1944 dans l'après-midi, alors qu’un combat s’engage entre des Russes et des FFI du maquis de Cirey-sur-Blaise, l’adjudant Formentin, agent de liaison du lieutenant Raymond Krugell (« Pierre) », est blessé en se rendant à Daillancourt. Il est « achevé lâchement par l’ennemi et dépouillé de sa montre et de son alliance » (témoignage de Maurice Jacquin).


31 août 1944, Saint-Urbain : Lucien François

Les faits : dans la nuit du 31 août au 1er septembre 1944, Lucien François, 41 ans, qui assure la garde du village, rencontre trois soldats allemands et trouve la mort.


Civils, résistants, déportés : 29 autres victimes 

    Nous avons vu plus haut que des civils sont morts à Saint-Dizier et Villiers-en-Lieu, le jour de la libération, soit exécutés, soit pour la plupart victimes des combats entre Américains et Allemands. Durant ce mois d'août 1944, neuf autres civils ont trouvé la mort (à Froncles et à Bologne par l'aviation alliée, à Chancenay et à Doulevant-le-Château par des méprises des Américains, à Longeau lors d'un échange de tirs entre FFI et Allemands). Par ailleurs, deux condamnés à mort par le tribunal de la Feldkommandantur 769 ont été fusillés à Langres (André Collot et Jacques Vernier), et un déporté polonais évadé près de Merrey est décédé sur la table d'opération à Neufchâteau.

    Enfin, quatre FFI du maquis Max (Auberive) ont trouvé la mort au combat, neuf FTP du maquis Mauguet ont été tués ou mortellement blessés sur le sol haut-marnais (l'unité a déploré également six morts dans la Meuse), un FFI de la Compagnie du Der est tombé près de Montier-en-Der, et trois hommes du maquis Charles (Varennes) sont morts - il s'agit ici encore d'une méprise - pendant un parachutage. 

    Il semble que parmi les victimes du maquis Mauguet, certaines ont été exécutées. Blessé à Chancenay, Mario Fruet témoigne ainsi qu'un lieutenant allemand (de la 15. Pz.Gren.Div.) a découvert André Saucourt "qui se recroquevillait et a tiré une rafale sur lui". Fruet apostrophera ainsi l'officier, une fois prisonnier : " "Tu as achevé mes copains blessés, tu le paieras !". Le même jour, ils l'ont fusillé à la Belle-Epine." 

Sources principales : AD 51, série 163 W ; "La Haute-Marne et les Haut-Marnais durant la Seconde Guerre mondiale", club Mémoires 52, 2022.

Prochain volet : septembre 1944.

samedi 1 août 2026

Les crimes de guerre allemands à la fin de l'Occupation (I) : juin-juillet 1944


La voie ferrée à Colombey-lès-Choiseul. Le plus important massacre commis en 1944
en Haute-Marne s'est produit ici. (Photo L. Fontaine).


     A partir du 6 juin 1944, alors que de premiers maquis se mettent en place en Haute-Marne, des crimes sont commis dans le département par les troupes d'occupation, et ce jusqu'à la libération (16 septembre 1944). Cette évocation concerne des civils qui ont été abattus, des déportés de passage qui sont morts lors d'une tentative d'évasion, des résistants dont il apparaît comme certain qu'ils ont été exécutés après avoir été capturés. Elle s'appuie essentiellement sur les dossiers de la délégation régionale du Service de recherche sur les crimes de guerre ennemis (SRCGE), conservés par les Archives départementales de la Marne (série 163 W). Pour les mois de juin et juillet 1944, nous avons recensé respectivement 27 et 19 victimes lors de crimes de guerre en Haute-Marne.

15 juin 1944, Laferté-sur-Aube : André Gilson et Louis Billette

Les victimes : André Gilson, né à Laferté-sur-Aube le 4 juillet 1903, secrétaire de mairie, et Louis Billette, né à Laferté-sur-Aube le 4 novembre 1921, bûcheron, membres du maquis de Laferté-sur-Aube.

L’unité mise en cause : Freiwilligen-Stamm-Regiment 5 (éléments casernés à Chaumont et commandés par le rittmeister Félix Küper, le capitaine Wickermann, l'oberleutnant Offermann).

Les faits : créé vers le 7 juin 1944, le maquis de Laferté-sur-Aube compte 28 hommes, selon son chef, l’adjudant de gendarmerie Maurice Ghirardi. Il s’apprête à rejoindre l’Armée secrète de l’Aube lorsqu’il est victime d’une opération de l’armée allemande (le chef de maquis parle d’environ 1 500 Allemands venus notamment de Chaumont). Le groupe parvient à se replier mais perd deux tués au lieu-dit L’Echelette.

Les témoins. Maurice Ghirardi : Billette « qui s’était caché dans une cabane de vigneron a été ramené à l’endroit du campement avant d’être fusillé », Billette et Gilson « portent des traces de coups sur tout le corps ».

Par ailleurs, un habitant (Maxime Michel) a été grièvement blessé, le maire (Pierre Champagne) a été arrêté, il est mort en déportation.


16 juin 1944, Bugnières : Claude Penègre

La victime : né le 1er mars 1924 à Limoges (Haute-Vienne), réfractaire au STO, membre du groupe de Leffonds (Hubert Aubry).

L'unité mise en cause : un feldgendarme de Chaumont.

Les faits : Claude Penègre est tué en forêt près de Leffonds, sur le territoire de Bugnières, surpris par des Allemands en train de chasser.

Le témoin : Raymond Gourlin (audition du 6 avril 1946), fait prisonnier, déporté : « Au cours d’une attaque allemande à Bugnières, il fut blessé au genou. Nous ne sommes restés que nous deux sur la place du combat et j’ai été fait prisonnier. Les Allemands ont chargé Penègre sur une voiture hippomobile et quelques instants plus tard après l’avoir descendu, ils l’ont fusillé. C’est un feldgendarme de Chaumont, dont j’ignore le nom, qui lui a tiré deux balles de pistolet dans la tête, et ce le 16 juin 1944 vers 6 h 30. Le sous-officier qui était garde-chasse à Arc-en-Barrois a participé à notre capture, mais ce n’est pas lui qui a tué Penègre. » Raymond Gourlin, originaire de Chaumont, a été déporté. D’après le maire, Albert Thévenot, « les auteurs du meurtre de Penègre Claude sont des soldats allemands qui étaient venus à la chasse dans la région ».


28 juin 1944, Heuilley-Cotton : Philibert Ams, Gabriel Castex, René Mazières, Maurice Mouze, Jules Pattaron, et trois inconnus identifiés (par Christiane Garguilo, Chantal et Guy Minot) comme correspondant à Rinaldo Corsi, André Peloux et Gilbert Puteaux

Les mis en cause : un officier et un militaire (O.) de l’école de police d’Iéna, chargée de l’escorte des déportés (1. Alarmkompagnie Jena).

Les faits : un train de déportés pour Buchenwald, parti de Grenoble et transportant des détenus de Fort-Barraux, est marqué par une tentative d’évasion après Villegusien, dans la rampe de Pralant, à 1,5 km environ de la gare de Heuilley-Cotton. Des internés s’évadent. Deux ne sont pas repris (Xavier Contessa et Lucien Martin). Huit évadés ou compagnons de déportation sont abattus. Selon l'état civil de la commune d'Heuilley-Cotton, ils sont morts à 11 h 30.

Les témoins. Alfred Vogel, compagnie de l’école de police d’Iéna (Allemagne) : « Lors d’un arrêt près d’Is-sur-Tille, quatre prisonniers tentèrent de s’évader. Ils ont été aperçus par le garde et abattus à la mitrailleuse. Le lieutenant Hoffmann [commandant du détachement de 60 hommes de l’escorte] a fait arrêter le convoi et a fait rechercher dans quel compartiment s’étaient trouvés les fuyards abattus. […] Hoffmann fit sortir de leur compartiment les cinq détenus qui s’y trouvaient encore, les fit placer vis-à-vis du convoi, contre le talus, puis donna ordre à des servants d’une mitrailleuse de les abattre. » Jean Seibert, compagnie de l’école de police d’Iéna : « Un policier du nom de O. est venu rendre compte que les cinq fuyards avaient été exécutés après avoir été repris. […] Hoffmann donna ensuite l’ordre de faire procéder à l’exécution des cinq déportés du compartiment qui n’avaient pas pris la fuite. Cet ordre fut exécuté au fusil mitrailleur par un fusilier marin allemand. » Jean Hirn, déporté : « J’entendis de nombreux coups de feu, le train s’arrêta ; les Allemands ont fait descendre cinq déportés du compartiment voisin du mien, les ont fait aligner au bord du talus et les ont immédiatement fusillés. […] Le lieutenant allemand (SS) qui commandait le détachement voulait faire fusiller en plus un déporté par compartiment, mais cette exécution n’eut pas lieu, grâce à l’intervention d’un capitaine de marine. » Sources complémentaires : dossiers sur les crimes de guerre conservés par les Nations Unies ; Jean ROBINET, "Le massacre d'Heuilley-Cotton le 28 juin 1944", reproduit dans "La Résistance en Haute-Marne", tome 1, Dominique-Guéniot imprimeur-éditeur, Langres, 1982.


30 juin 1944, Voisines : Hubert Aubry, Jacques Zoll, Georges Gruardet, Roger Moyon, Henri Faessel, Hubert Jacquotte, Daniel Gourlin (frère de Raymond Gourlin), Jean Nevers, Charles Zoll, tués au combat ou dans des circonstances non précisées. Michel Gerbet, Adrien Lauvin, Raymond Simar, Louis Schenck, Maurice-Roger Menut et Japhet Lanz, faits prisonniers et exécutés

Les faits : à partir de 5 h 30, des troupes du Freiwilligen-Stamm-Regiment 5, commandées par le rittmeister Félix Küper, en poste à Chaumont, et le leutnant Lange, investissent les villages environnant les bois de Voisines. L’opération impliquant 800 hommes et visant à détruire le maquis commandé par Hubert Aubry dure de 11 h 30 à 13 h. Sur 19 maquisards, quinze sont tués, deux sont capturés (et déportés : Robert Noirot et Raymond Blanchard, mort en déportation), deux en réchappent. Des personnels de la Sipo-SD et de la feldgendarmerie de Chaumont sont également impliqués dans l’opération.

Les témoins. Lire Josette et André GROSSETETE, Voisines. Haute-Marne. Juin 1944. Chronique d'un massacre annoncé, éditions Dominique-Guéniot, 2001.


30 juin 1944, Vauxbons : Maxime Nancey

La victime : né à Vauxbons en 1896, adjoint au maire de la commune.

Les faits : lors de l’opération allemande contre le maquis de Voisines, Maxime Nancy est blessé à la cuisse, puis, selon le maire, achevé « de deux coups de feu en pleine poitrine à bout portant ». Sources complémentaires : J. et A. GROSSETETE, Voisines, op. cit. ; AD 52, 15 J 85.


14 juillet 1944, Giey-sur-Aujon : Max Duville

La victime : né à Bourbonne-les-Bains en 1921, marin démobilisé fin 1942, enseignant à Illoud, à Provenchères-sur-Meuse, Leffonds, enfin Giey-sur-Aujon.

Les faits : dans la nuit du 12 au 13 juillet 1944, un bombardier de la RAF s’écrase en forêt près de Giey (cinq tués, deux rescapés). Le 14, un détachement de la base de Longvic, avec le major Erich Ziffer, commandant en second de la Kommandantur de cette base, se rend sur les lieux et se fait accompagner de Max Duville rencontré dans le village. Celui-ci est grièvement blessé par balle sur les lieux du crash. Il décède à l’hôpital de Chaumont.

Le témoin. Adrien Levis, chauffeur du véhicule : « J’ai coupé le contact. A ce moment, une détonation retentit. Au même instant, j’ai vu M. Duville tomber sur le dos puis se relever. L’officier lui a demandé ce qu’il avait. M. Duville lui répondit : « Je ne sais pas. » Il retomba une deuxième fois. […] Un projectile l’avait atteint au bas de l’omoplate. » Adrien Levis affirme que l’ingénieur Fick, employé à la réparation des moteurs à Longvic, s’est aperçu qu’il manquait une balle dans son pistolet-mitrailleur.


26 juillet 1944. Colombey-lès-Choiseul : Wassilij Andrejenko, Otto Hermann Willi Goettel, Iwan Janusch, Richard Klonz, Nikolaj Kolodjaschyj, Nikolaj Kudrenko, Wladyslaw Lubecki, Grigorij Lukjanez, Jefim Moroz, Cornelis van den Oever, Iwan Pawlenko, Aleksandr Schirtujew, Pjotr Sergejew, Pjotr Sukolenow, Nikolaj Trotzkyj, Sigismund Wajs, Grosse Wulder, Fritz Albin Rudolf Wunderlich (et peut-être le matricule 17 120)

Les faits : un train de déportés de l’île d’Alderney (Aurigny) parti le 4 juillet 1944 de Saint-Malo est marqué, à 23 h 30, par une tentative d’évasion, après la gare de Merrey, sur le territoire de la commune de Colombey-lès-Choiseul. Les témoignages (déportés comme cheminots) parlent d’un à trois fugitifs rattrapés, blessés et fusillés, et de 14 à 17 prisonniers abattus dans le wagon. Les corps sont enterrés à Toul. Lors de leur exhumation, il est fait état de 17 corps. Un 18e est resté sur la voie ferrée à Colombey-lès-Choiseul et inhumé dans le village. Le Mémorial de Neuengamme – camp de rattachement des déportés – parle de 18 victimes, mais aucune ne porte le matricule 17.120 retrouvé en Haute-Marne.

Les mis en cause : des SS de la division Totenkopf rattachés à la 1. SS-Baubrigade, commandés par le SS-obersturmführer Georg Braun. Le déporté Jan Woitas affirme que le SS croate Marian T. lui a indiqué avoir tiré dans le wagon. Le rapport d’enquête conservé par l'ONU met en cause également un SS-hauptscharfürher, Otto Haegelow, tandis qu’un officier britannique qui a interrogé un déporté évadé et un déserteur SS implique le SS Peter B.

Les témoins : ce massacre a été évoqué en détail par un article de ce blog datant de mars 2025 et depuis actualisé. 


Prochain volet : août 1944.

jeudi 16 juillet 2026

Des Haut-Marnais sous l’uniforme des Waffen-SS, 1943-1945


Une liste de Waffen-SS (dont trois Haut-Marnais) conservée
dans les archives de la cour de justice de la Haute-Marne. (Source : AD 21/Photo L. Fontaine).


    Selon l’historien Pierre Giolitto, quelque 30 000 Français – à l’exception des "Malgré-nous" alsaciens et mosellans - ont porté l’uniforme allemand durant la Seconde Guerre mondiale. Et notamment dans la Waffen-SS. Combien y avait-il, parmi eux, de Haut-Marnais de naissance ou d’adoption ? Quelle furent leurs  motivations pour s’engager ? Comment la justice de la Libération a-t-elle traité leurs dossiers ? 

    Nos recherches nous ont permis d’identifier avec plus ou moins de certitude 18 Waffen-SS haut-marnais. Ils ont servi dans la 33. Waffen-Grenadier-Division der SS Charlemagne, mise sur pied en septembre 1944 en incorporant les volontaires de la SS-Sturmbrigade Frankreich, les vétérans de la Légion des  volontaires français contre le bolchevisme (LVF) qui se battent en Russie depuis 1941 et les miliciens. Le nombre des Haut-Marnais de « Charlemagne » est vraisemblablement supérieur à 18, car nous ignorons précisément combien de leurs compatriotes ont servi initialement dans la LVF avant de passer dans cette division (lire l’encadré). Ce recensement a pu être établi grâce à la consultation d’une note des Renseignements généraux de Chaumont et surtout par celle des dossiers de cour de justice conservés à Dijon. Sont ici nommément cités les hommes condamnés par la justice et ceux dont les parcours sont connus. 

Leurs motivations 

    Parmi les 18 Waffen-SS haut-marnais recensés, un, avec certitude, s’engage par idéologie. C’est le jeune Chaumontais Jean-Jacques Claudé, fils du collaborateur Pierre Claudé. Né à Spincourt (Meuse) en 1923, Jean-Jacques Claudé est un actif animateur du Mouvement social révolutionnaire (MSR) à Chaumont. Il est impliqué en novembre 1942 dans la mutilation du monument de l’amitié franco-américaine du boulevard Barotte, ce qui l’oblige à partir travailler en Allemagne. Son adhésion à l’idéologie collaborationniste ne fait pas le moindre doute. Le 19 octobre 1941, dans un courrier adressé au directeur du journal Au Pilori, le jeune homme de 18 ans, pourtant condamné l’année précédente pour menées anti-nationales (communistes), dit approuver « sans restriction » le « programme anti-juif et anti-maçon » de la revue. 

    Plus étonnant est le parcours de Pierre Boutin. Instituteur à Annonville, près de Poissons, jusqu’à Pâques 1944, cet étudiant domicilié à Coiffy-le-Haut précise s’être engagé le 4 juin 1944 dans la Waffen-SS - il dit : la Werhmacht -, « poussé par le désir d’aventure, de voir du pays et surtout pour le manque de travail ». Mais un de ses concitoyens, le résistant Marcel Carteron, chef du maquis Max (Auberive), portera un regard plus sévère sur les véritables sentiments de ce jeune homme. 

    « Goût de l’aventure », telle est également la motivation du commis de culture Marcel Lecomte, né à Foulain, domicilié à Brethenay, lorsqu’il s’enrôle à 19 ans le 24 juin 1944 dans la LVF. Pour justifier son départ de Haute-Marne et son engagement dans l’armée ennemie, Lecomte ne trouve d’autre explication qu’une brouille avec son employeur. 

    L’enrôlement de Georges Le Derf s’expliquerait-il par une déception amoureuse ? C’est ce qu’il assure devant la justice, qui dispose de lettres adressées à cette époque à ses parents adoptifs. Né dans l'Aisne en 1924, Georges Le Derf est élevé à Saint-Dizier. Il travaille aux PTT puis, subitement, le 8 septembre 1943, il décide de s'engager dans la LVF. En 1944, il se bat contre les partisans, passe dans les Waffen-SS, puis accepte de se livrer aux autorités militaires françaises à Lille en 1945. 

 Ces trois hommes se seraient donc enrôlés par opportunisme. André Jurvilliers, lui, assure qu’il n’avait pas d’autre choix que de s’engager. Le Chaumontais a servi d’indicateur à la Sipo-SD de Chaumont lors du coup de filet contre les résistants de la moitié sud-haut-marnaise, fin octobre 1943, et il semble avoir quitté la Haute-Marne en janvier 1944 pour échapper à la vengeance de la Résistance. Il s’enrôle dans la Waffen-SS, où il obtient le grade de rottenfürher (caporal-chef). Coïncidence : deux Haut Marnais servent avec lui, Eugène Bourlon, de Saint-Dizier, et André Petitjean, de Villiers-aux-Chênes, près de Doulevant-le-Château. 

    Même justification pour le jeune Henri Noël, impliqué dans la dénonciation et l’arrestation de Raymond Chalavon, fusillé par les Allemands en août 1943 à Chaumont. Sauf que ce Breton de 18 ans s’engage dans les SS belges, selon une feuille d’enrôlement conservée par la justice. Quant à Pierre Petitot, de Chaumont, parti en Allemagne comme STO en 1943, il déclare avoir milité Outre-Rhin au sein du Parti populaire français (PPF) avant de s’engager dans la SS en juillet 1944. 

Au combat contre l'Armée Rouge

    Rares sont les Waffen-SS jugés à la Libération à avoir admis une participation effective aux combats. Ainsi, si l’on en croit son témoignage, André Jurvilliers n’aurait pas porté les armes contre l'Armée Rouge. Interrogés par la justice, deux Haut-Marnais ne font pas mystère de leur présence sur un théâtre d’opérations à l’Est. « Nous sommes montés au front contre les Russes le 24 février 1945 », précise Pierre Boutin. Engagé dans le plus SS des régiments de la division (le 57e), l'enseignant est blessé le 16 mars 1945 à Kolberg par des éclats d’obus reçus au mollet droit et au-dessus de la tempe gauche. Hospitalisé à Bad Schmideberg, Boutin devait être capturé le 24 avril 1945 par les Américains. « Je suis allé contre les Russes en février 1945, indique de son côté Marcel Lecomte. Je suis resté sur le front jusqu’au 31 mars 1945. » Lui qui ne se reconnaît qu’une fonction d’aide-cuisinier au sein de la division Charlemagne est également remis par les Américains aux autorités françaises, et incarcéré à Chaumont. Enfin, selon des précisions apportées par Pierre Claudé, son fils Jean-Jacques se battait à Dantzig au printemps 1945 lorsqu’il donna pour la dernière fois de ses nouvelles. A-t-il disparu durant ces combats ? Nous n’avons pu établir de façon formelle qu’un Waffen-SS haut-marnais a trouvé la mort durant la campagne 1944 1945. 

L’heure du châtiment 

    Que deviennent-ils après le retour de la paix ? Arrêtés en France ou remis par les autorités américaines, Pierre Boutin, André Jurvilliers, Marcel Lecomte, Georges Le Derf, Pierre Petitot sont jugés à Dijon par la cour de justice de la Haute-Marne pour « intelligence avec l’ennemi » et condamnés à des peines de travaux forcés. Jurvilliers est condamné à mort et exécuté à Dijon le 9 septembre 1946, le Nogentais Georges Radici, qui était officier dans la division Charlemagne, est passé par les armes près de Paris le 24 juillet 1947. Pour ces deux hommes, la peine capitale a été prononcée en raison de leur action contre la Résistance. 

Des SS français (dont un Haut-Marnais) jugés en septembre 1946.
Article paru dans Le Bien Public. (Source : Gallica).


    Aux noms des volontaires déjà mentionnés, les RG ajoutent la liste suivante de Haut-Marnais ayant possiblement servi dans la Waffen-SS : Pierre D*., de Chaumont (qui meurt en Suisse), Hubert D., de Chaumont (un élève instituteur qui aurait plutôt servi dans la Kriegsmarine ou dans la NSKK, organisme nazi chargé du transport), Jean-Baptiste D., de Saint-Dizier, Louis Foissey, de Montigny-le-Roi (il est condamné à un an de prison avec sursis par la justice militaire en 1946), et Auguste S., de Châteauvillain. D’après Jurvilliers, un autre Chaumontais, nommé B., aurait servi dans la Waffen-SS.          Ajoutons à cet essai de recensement le Vosgien Georges Cuny, qui vivait à Chaumont lorsqu’il s’engagea dans la LVF (puis dans la SS). Par ailleurs, trois volontaires, nés en Haute-Marne, se sont engagés dans un autre département : Guy Michaux, de Montigny-le-Roi (milicien dans l’Ariège), Ernest Petit, de Rançonnières (âgé de 38 ans, il s’est engagé dès le 10 février 1943 à Dijon), et Georges Radici, de Nogent (passé par la Milice). 

Ceux de la LVF 

    Les Archives départementales de la Haute-Marne conservent également quelques documents dans lesquels des Haut-Marnais expriment leur désir de s’engager dans la LVF. Rien ne prouve toutefois que cette volonté a été suivie d’effets. Pour autant, nous avons identifié une quinzaine de légionnaires haut-marnais. Il y a ceux qui sont ensuite passés dans la division Charlemagne et dont nous venons de parler. Mais ont également été identifiés l’aspirant Pierre Claudé (Chaumont), fusillé à Dijon à la Libération ; le lieutenant Roger Raclot (né à Rochefort-sur-la-Côte), qui se battait notamment en juin 1944 dans la région de la Berezina ; Marius Binda (Saint-Martin-lès-Langres), tué en juin 1943 ; le caporal Marcel Bezot (Soulaucourt-sur-Mouzon), tué dès le 2 décembre 1941 devant Moscou ; René Rémy (Thilleux), blessé sur le front russe, arrêté par les Américains en Bretagne en août 1944 alors qu’il portait l’uniforme allemand ; le caporal Marcel Tachet (Rachecourt-sur-Marne), condamné par contumace à cinq ans de travaux forcés en 1949 (sa famille n’avait plus de nouvelles depuis juillet 1944) ; un volontaire qui ne serait pas allé plus loin que la Pologne et qui rejoindra le maquis de Pincourt ; plusieurs Bragards comme Georges B., Jean Th., Lucien Ch… A noter également qu'un légionnaire tombé à Dien Bien Phu en 1954, Marcel Pérardot, de Riaucourt, avait manifesté sous l'Occupation son désir de servir dans la LVF. Nous ignorons si cette candidature s'est concrétisée par un engagement dans l'armée allemande.

Sources principales : Archives départementales de la Côte-d’Or, série 29 U – Archives départementales de la Haute-Marne, 375 W 198 et 342 W 297 – Grégory Bouysse, Encyclopédie de l’Ordre nouveau, volume 4, 2017.

* Nous indiquons par une initiale les noms des hommes dont la présence au sein de la Waffen-SS n'a pas été confirmée par les dossiers de la cour de justice que nous avons consultés à Dijon.