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vendredi 21 août 2026

Les crimes de guerre allemands à la fin de l'Occupation (III) : septembre 1944

 

Les trois infirmières FFI de Bussières-lès-Belmont assassinées dans le château de Saulles.
Photo recueillie par Jean Petit. 

1er septembre 1944, Montigny-le-Roi : Marius Blot, Serge Charles, Pierre Iemolini, Pierre Moussu et Paul Tisserand.

Les victimes : Marius Blot, né le 7 juillet 1906 à Is-en-Bassigny où il est domicilié, ciselier, père d’un enfant de 12 ans ; Serge Charles, né le 16 août 1928 à Longuyon (Meurthe-et-Moselle), domicilié à Montigny, employé au garage Henry à Montigny ; Pierre Iemolini, né le 18 mai 1929 à Montjustin (Haute-Saône), domicilié à Montigny ; Pierre Moussu, né le 27 juin 1925 à Montigny ; Paul Tisserand, né le 17 janvier 1914 à Merruay (Haute-Saône), marié, père de cinq enfants.

Les auteurs : une unité du Freiwilligen (Kosaken)-Stamm-Regiment 5 logée au quartier Damrémont à Chaumont, commandée par un capitaine d’environ 1,80 m, « de forte corpulence, blond de cheveux » qui a donné l’ordre d’emmener les cinq hommes (selon Gaston Heiderich). Il s’agit sans aucun doute du rittmeister Felix Küper.

Les faits : un effectif évalué à un escadron du Freiw.(Kos.).Stamm.Rgt. 5 quitte Chaumont et prend la direction de Jussey (Haute-Saône) par la RN 417. En chemin, vers 14 h, les cosaques rencontrent deux FTP de Nogent en mission, accompagnés d’un ami (Maurice Boé, 18 ans, et Lucien Mongin, 19 ans, sont tués, Jean Raclot est grièvement blessé). Vers 17 h, toujours sur le même axe, Marius Blot et deux hommes, Pierre Iemolini et Pierre Moussu, qui allaient récupérer des pièces de l’avion américain tombé le matin à Is-en-Bassigny, sont arrêtés sur place par des Allemands circulant sur RN 417. Trois cosaques les conduisent à Montigny. A la même heure, des camions allemands s’arrêtent au garage Henry à Montigny pour réparation. Il s’agit de véhicules du détachement passé quelques heures plus tôt à proximité de Nogent. Le mécanicien Gaston Heiderich voit Paul Tisserand, de Provenchères-sur-Meuse, dérober un fusil dans un camion et demander l’aide de Serge Charles, employé du garage. Tous deux sont vus par un soldat ennemi. Tisserand cherche à fuir mais est pris. Tisserand, Charles, Blot, Iemolini et Moussu sont exécutés à la sortie du bourg vers 19 h 20.

Les témoins. Hubert Collot, élu de Montigny : « A 18 h 30, j’ai été avisé par Mme Iemolini que son fils Pierre, âgé de 15 ans, venait d’être arrêté par les Allemands qui menaçaient de l’emmener en Allemagne, avec quatre autres personnes […]. Je me suis rendu [à la route neuve, c’est à dire la route menant vers Bourbonne-les-Bains]. [...] En cours de route, j’ai perçu une salve de mitraillettes provenant de la direction de la route neuve, j’ai croisé quatre Russes qui manoeuvraient la culasse de leurs mitraillettes. […] J’ai remarqué à un endroit que des soldats russes prenaient des mottes de terre d’un côté de la route et les jetaient dans un fossé assez creux, en riant. […] Le lendemain vers 6 h, je suis retourné sur les lieux et ai découvert […] quatre corps sur les cinq personnes disparues. Il s’agissait de Iemolini Pierre, Moussu Pierre, Charles Serge et Tisserand Paul. Ce dernier avait la tête fracassée. Tous avaient la poitrine déchiquetée par les balles de mitraillettes et chacun d’eux avait une balle à la nuque... » Augustin Charles, père de Serge : « Ce dernier portait des blessures à la poitrine, le poignet gauche était fracassé, il avait une blessure au bas-ventre, et des blessures dans les deux bras. » Marcel Iemolini, père de Pierre : « Mon enfant avait plusieurs balles au coeur, une plaie au côté droit à hauteur de la ceinture et une autre à la nuque ». Raymond Mercier, maire d’Is-en-Bassigny : « Blot a pris la fuite en rampant dans un verger mais les Allemands ont tiré dessus en le poursuivant. Ce n’est que six jours plus tard que le corps de Blot a été retrouvé à 800 m de la route. […] Il avait une jambe fracturée, une balle à la poitrine et une autre à la tête. »

Source principale : AD 51, 163 W 3180.


2 septembre 1944, Lavilleneuve : Joseph Baptiste.

La victime : Joseph Baptiste, né le 20 janvier 1914 à Niort (Deux-Sèvres), manœuvre, célibataire, membre de la communauté des gens du voyage.

Les faits : dans la nuit du 25 au 26 août 1944, des dizaines (peut-être une soixantaine) d’internés du Fort du Hâ (Bordeaux) s’évadent du convoi les menant à Dachau, entre Merrey et Neufchâteau. Sept se réfugient dans la ferme Damphal, près de Montigny-le-Roi. L’un d’entre eux, Joseph Baptiste, est tué alors qu’il a été surpris avec un camarade, Fernand Labarthe, par une patrouille.

Le témoin. Fernand Labarthe, de Carcen-Ponson (Landes) : « Je me suis retrouvé avec six camarades, évadés dans les mêmes conditions, et nous nous sommes réfugiés à Lavilleneuve, à la ferme [Damphal], qui nous a ravitaillés et où nous sommes restés jusqu’au 2 septembre, date à laquelle j’ai été blessé, à côté de mon camarade, Joseph Baptiste Schmitt [sic], de Bordeaux, qui a été tué. [...] Je crois que ces hommes appartenaient à une formation motorisée, stationnée à Montigny-le-Roi. Les Allemands ne nous ont fait aucune sommation avant l’ouverture du feu. Entendant siffler les balles de très près, je me suis couché et c‘est alors que l’un d’eux est venu, a constaté que mon camarade était mort, s’est tourné de mon côté et sans mot dire m’a tiré une balle de mousqueton dans la tête. N’étant que blessé, ils m’ont interrogé. [...] Ils m’ont à nouveau logé une balle de pistolet dans la tête. Les habitants locaux m’ont ramassé. [...] ». Source : AD 51, série 163 W.


2 septembre 1944, Andelot : Roland Thion.

La victime : Roland Thion, né le 9 avril 1926 à Liffol-le-Grand (Vosges), domicilié à Andelot, FFI.

Les faits : membre du secteur Est de Chaumont, il est tué lors d’une reconnaissance sur Andelot après le combat survenu la veille dans le bourg. Selon son avis de décès conservé par l’Onac 52, il a été « blessé et achevé par les Allemands ». Les unités présentes alors à Andelot étaient le Reserve-Beobachtung-Abteilung 44 et un bataillon du SS-Polizei-Regiment 19.

Roland Thion (1926-1944).



3 septembre 1944, Chaumont : Emilienne Kolinski.

La victime : Emilienne Kolinski, née à Orbigny-au-Mont le 9 juillet 1909.

Les faits : la victime est mortellement blessée d’une balle dans le ventre, reçue dans la rue des Tanneries, vers 15 h 30. Elle décède à l’hôpital. Selon l’enquête de justice, la balle aurait été tirée d’un bois au-dessus de la Croix-Coquillon, où les Allemands avaient aménagé des tranchées. Source : AD 51, 163 W 3159.


4 septembre 1944, Chalindrey : Robert Camburet et René Noël.

Les victimes : Robert Jules Camburet, né le 26 avril 1930 à Gray (Haute-Saône), et René Lucien Noël, né le 20 mars 1911 à Changey.

Les faits : dans l’après-midi, des habitants sont pris sous le feu, à hauteur du pont sur le canal, par des soldats allemands d’un convoi. Le jeune Robert Camburet, 14 ans, est tué, Marguerite Gauthier est blessée. Un autre habitant, René Noël, est abattu le même jour dans la cité.

Des soldats d’une unité de pionniers (feldpostnummer 18 031) et de l’Artillerie-Regiment 1708 sont présents ce jour-là à Chalindrey, qu’ils quittent vers 20 h.

Robert Camburet (1930-1944).


6 septembre 1944, Pouilly-en-Bassigny : Jean-Claude Develle.

La victime : Jean-Claude Develle, né le 26 janvier 1921 à Bourbonne-les-Bains.

Les faits : « un jeune homme de 23 ans sourd-muet a été tué d’une balle de revolver le 6 septembre 1944 par un Allemand qui l’interpellait » (AD 52, 15 J 81 – 15 J 85). Pour le SRCGE et le capitaine de gendarmerie Breda, la date de décès se situe plutôt le 5 septembre 1944.

10 septembre 1944, Broncourt : Daniel Prévot. 

La victime : Daniel Prévot, né le 29 octobre 1931 à La Folie (Broncourt). 

Les faits : fils d’Armand Prévot (alors déporté), Daniel Prévot, 12 ans et demi, est tué de cinq balles par un soldat allemand présent dans un convoi en retraite venu de la direction de Dijon. 

Le témoin. Charlotte Prévot, la maman : « L’officier qui a tué mon fils Daniel faisait partie d’un groupe d’Allemands qui furent faits prisonniers à Preigney ou Ceintrey (Haute-Saône) ». Source : AD 51, série 163 W. 11 septembre 1944, 

Belmont : Louis Bourrier et Louis Raillard. 

Les victimes : Eugène Louis Bourrier, né le 1er février 1875 à Belmont, et Louis Onésime Raillard, né le 15 août 1883 à Belmont. 

Les faits : tôt le matin, des éléments du 2e bataillon du 1er régiment de France (unité de l’État français ralliée aux FFI) se heurtent à une colonne allemande à l’entrée de Belmont. Ils capturent le major Teudesmann, chef du Sicherungs-Bataillon 671. Au cours du combat qui coûte six tués et sept prisonniers (dont trois blessés) au II/1er RF, ainsi que sept blessés au maquis Henry (Bussières), deux civils sont abattus par des tireurs allemands. 

11 septembre 1944, Brethenay : Albert et Louis Jolibois. 

Les victimes : Louis Jolibois, né à Brethenay le 29 mars 1874, cultivateur, ancien combattant 14-18, ancien maire de Brethenay, et son fils Albert, né le 19 juin 1905 à Brethenay. 

Les faits : une patrouille de la 2e compagnie (lieutenant Holer), 1er bataillon du Luftnachrichten Ausbildungs-Regiment 302, cantonnée à Condes, pénètre dans le village de Brethenay et fait feu sur un habitant. Le père de ce dernier qui se porte à son secours est abattu. 

Les témoins. Paul Tugler, Malgré-nous : « Une patrouille fit halte dans le village voisin de Brethenay. Elle était commandée par le feldwebel Kuchler et composée d’une dizaine d’hommes. Au retour de cette patrouille, j’appris que deux Français avaient été tués. Les soldats allemands racontaient qu’ils étaient tombés sur des « partisans » qui auraient tiré des coups de feu sur eux. Ils les avaient capturés et fusillés… […] Le feldwebel Kuchler était fin septembre 1944 interné au camp de prisonniers de guerre à Sissonnes (sic). Ce sous-officier était une brute et traitait ses hommes avec une extrême violence. Il haïssait les Alsaciens et les Français. » Selon le jardinier Lucien Piquet, de Condes, le soldat accompagnant Kuchler était âgé de 18 ans. 

Nuit du 11 au 12 septembre 1944, Saulles : Marie-Louise Bailly, Geneviève Cornubert, Micheline Morey, Roger Simonet, Charles Lemmer. 

Les victimes : Marie-Louise Bailly, née le 2 décembre 1922 à Bussières-lès-Belmont ; Geneviève Cornubert, née le 26 mai 1921 à Bussières-lès-Belmont ; Micheline Morey, née le 17 août 1922 à Equeurdreville (Manche), fille d’un général né en Haute-Marne ; Charles Lemmer, né le 1er mai 1921 à Metz ; Roger Simonet, né le 16 août 1923 à Montreuil-sous-Bois (Seine-et-Oise), domicilié à Langres.
Les faits : le 11 septembre 1944, trois infirmières et trois FFI du maquis Henry sont présents au château de Saulles aménagé en poste médical. Vers 22 h, des soldats allemands arrivent sur les lieux qui ne sont pas protégés. Roger Simonet et Charles Lemmer sont abattus. Capturées, les trois infirmières sont violées dans la nuit puis martyrisées jusqu’après 13 h le 12 septembre 1944. Dans l’après-midi, elles sont achevées d’une balle dans la tête. Un sous-officier allemand prisonnier mettra en cause le lieutenant Dietrich Hick (SD), criminel de guerre à Slonim en 1941 (lire ci-dessous) et le major Friedrich Schrade, chef du Ost-Bataillon 615, qui sont fusillés les 18 et 20 septembre 1944. Source principale : Clovis (Jean Spiro), Le prix de la liberté, Dominique-Guéniot, 1984. 

12/14 septembre 1944, Belmont : Gabriel Badiguez. 

La victime : Gabriel Badiguez, né à Saint-Dizier en 1925, domicilié à Frettes. 

Les faits : Gabriel Badiguez (parfois appelé Badiquez) est volontaire au groupe FFI de Frettes. Il est envoyé en mission le 12 septembre 1944 auprès du chef de groupe de Bussières-lès-Belmont. Son corps est découvert le 21 septembre 1944 près de la rivière Saôlon sur le territoire de Belmont par son chef Claude Brocard. Il présentait une balle dans la tête. Le site Mémoire des Hommes le dit décédé le 14 septembre 1944. Source principale : AD 51, 163 W 3157. 

13 septembre 1944, Essey-les-Eaux : Alphonse Cappellina, Aurélie Gautherot née Cornu, Marie Horiot née Voirin, Just Rallet. 

Les victimes : Aurélie Gautherot, née le 23 mai 1870 à Essey-les-Eaux (décédée le 10 octobre 1944 selon Mémoire des hommes) ; Marie Horiot, née le 28 avril 1857 à Essey-les-Eaux ; Marie Henri Just Rallet, né le 16 juillet 1902 à Changey (décédé le 3 décembre 1944 à Chaumont selon Mémoire des hommes) ; Alphonse Cappellina, âgé de 16 ans. 

Les faits : en fin de nuit du 12 au 13 septembre 1944, la garnison de Chaumont évacue la ville, fait sauter les ponts sur la Marne et le canal à La Maladière, et prend la direction de Bourbonne. L’avant-garde se heurte à une embuscade du maquis de Pincourt à la côte de l’Abondance, entre Nogent et Is-en-Bassigny, près d’Essey-les-Eaux. Au moins un officier est tué. En représailles, les Allemands incendient le village. Vingt-cinq maisons sont détruites, quatre habitants trouvent la mort, 20 otages sont pris brièvement. 

Les auteurs : notamment des hommes du I./Luftnachrichten-Ausbildungs-Regiment 302.

Les témoins. Joseph champion, maire : « Vers 6 h 30, un convoi automobile allemand est passé sur la RN 417 au lieu dit L’Abondance, territoire de la commune d’Essey. Ce convoi a été attaqué par les Forces françaises de l’intérieur. Neuf soldats et un colonel allemand ont été tués, cinq autres ont été blessés. Ces derniers, dont un major et deux capitaines, ont été amenés et soignés chez moi. Vingt-deux Allemands fait prisonniers ont été dirigés sur le camp de Pincourt. Six voitures allemandes ont été détruites. […] Vers 10 h, un détachement de 350 hommes environ, précédé d’une patrouille de reconnaissance, est arrivé aux abords du village […]. Etant très inférieurs en nombre, les FFI se sont retirés d’Essey. ». Selon l’élu, les Allemands qui ont abattu des habitants, jeté des grenades incendiaires, allumé des feux « étaient des Waffen SS », du « 65e d’infanterie ». Albin Foissey : « Cappellina, sujet italien, a été tué sans combattre. Mme Vve Horiot a été brûlée vive dans sa maison, les Allemands ayant interdit à la famille de la sauver. Mme Vve Gautherot et son gendre Rallet, Juste, ont été grièvement blessés, alors qu’ils s’écartaient du village pour se mettre à l’abri. » 

Jean-Jacques Honnaire (3e compagnie, I./Ln.Ausb.Rgt. 302), Malgré-nous : « Le commandant de l’unité […] était parti avant en voiture avec plusieurs autres officiers. Arrivés près du village d’Essey-les-Eaux, ils furent attaqués par des FFI et notre commandant aurait été tué d’après ce qui m’a été rapporté par un de mes camarades. Toujours par entendre dire, le capitaine [oberleutnant] Koch, commandant la 3e compagnie, aurait pris le commandement de l’unité. Je ne puis dire si c’est lui qui a donné l’ordre d’incendier le village, car je me trouvais loin à l’arrière. [...] » René Wintz (3e compagnie, I./Ln.Ausb.Rgt 302), Malgré-nous : « Avant d’entrer dans ce village [Essey], notre convoi a été stoppé aussitôt par le tir des FFI, qui ont tué plusieurs de nos officiers. Néanmoins vers 17 h, nous sommes parvenus à entrer dans ce village […]. Lorsque notre commandant a été tué, c’est le capitaine Koch […] qui a pris le commandement de notre unité. Il est reconnaissable parce qu’il porte une cicatrice à la figure. Pour venger la mort du commandant, il a aussitôt donné des ordres pour brûler le village, ajoutant même qu’à cet effet il allait faire amener du carburant. J’ai vu les maisons brûler […]. Le soir même, en compagnie de deux camarades [Albert Weber et Jean Honnaire], j’ai déserté l’unité et nous nous sommes rendus, en automobile, à Monthureux-sur-Saône. » 

Le « colonel allemand » évoqué par Joseph Champion correspond à l’oberst Hans Grunert, 49 ans, commandant du kampfgruppe Chaumont et effectivement décédé le 13 septembre 1944 à Is-en-Bassigny. Quant à l’officier du I./Ln.Ausb.Rgt évoqué par les Malgré-nous comme ayant été « tué », s’agit-il du hauptmann Hollenberg, considéré comme disparu le lendemain à Bonnecourt ? 

Source principale : AD 51, 163 W 3163 - Volksbund Deutsche Kriegsgräberfürsorge


13 septembre 1944, Essey-les-Eaux : Robert Josselin et Antoine Baets.

Les victimes : Robert Josselin, né à Paris le 14 janvier 1915, lieutenant d’artillerie, marié et père d’une fille, directeur de la colonie de vacances de l’usine à gaz de Nancy à Donnemarie, chef du maquis de Pincourt, et Antoine Baets, né en Belgique le 5 mars 1905, bûcheron installé à Ninville, attaché au maquis de Pincourt.

Les faits : après l’embuscade de la côte de l’Abondance, le lieutenant Josselin sort du bois pour s’assurer que tous les groupes FFI se sont repliés et se dirige vers la route. Il est abattu par un tir de mitrailleuse. Un témoin affirme qu’il a eu ensuite la gorge tranchée. Parti à la recherche du corps de son chef, Baets est tué d’une rafale de mitraillette. Source principale : Pierre Ruault, Un maquis en Haute-Marne. Pincourt-le-Haut, 2015.

Les faits : après l’embuscade de la côte de l’Abondance, le lieutenant Josselin sort du bois pour s’assurer que tous les groupes FFI se sont repliés et se dirige vers la route. Il est alors abattu par un tir de mitrailleuse. Un témoin affirme qu’il a eu ensuite la gorge tranchée. Parti à la recherche du corps de son chef, Baets est tué d’une rafale de mitraillette. Source principale : Pierre Ruault, Un maquis en Haute-Marne. Pincourt-le-Haut, 2015.


Antoine Baets (1905-1944).

Le lieutenant Robert Josselin (1915-1944).


13 septembre 1944, Clefmont : Aimé Roquis.

La victime : Aimé Roquis, né le 1er décembre 1914 à Chaumont-la-Ville, marié, domicilié à la ferme du Févry.

Les faits : membre de la Compagnie Châtel, il est arrêté le 12 septembre 1944 à Buxières-lès-Clefmont et conduit à Clefmont. Trouvé porteur d’un ceinturon d’officier allemand avec deux pistolets, il est exécuté.

* * * 

A ces 29 résistants ou civils identifiés comme ayant été victimes de crimes de guerre ennemis en septembre 1944, s'ajoutent ces listes de FFI tués au combat (mais dont plusieurs ont peut-être été blessés puis achevés) ou disparus, ou de civils victimes de la Libération.

FFI tués au combat (34) : adjudant Léon Heymonet, André Bournot, sergent Georges Breton, Raymond Labache, André Fressinet, Guy Cheminot, Ernest Véry et Henri Labache, à Andilly-en-Bassigny (1er septembre 1944) ; André Legros, à Brethenay (2 septembre 1944) ; Maurice Arburger, entre Fresnoy-en-Bassigny et Lamarche (2 septembre 1944) ; brigadier-chef Pierre Dupuy, Henri Perny et Marcel Rocher, à Millières (3 septembre 1944) ; René Vignetey, à Bussières-lès-Belmont (4 septembre 1944) ; Eugène Clément, à Genevrières (5 septembre 1944) ; Marcel Mongin, à Auberive (5 septembre 1944) ; Jean-Marie Garnier et Gilbert Antoine, à Prez-sous-Lafauche (8 septembre 1944) ; René Dardaillon, Lucien Jancel et Jean Poissenot, à Coupray (9 septembre 1944) ; Jean-Claude Mougeot, à Doulaincourt (nuit du 9 au 10 septembre 1944) ; aspirant Michel Pasquet, caporal-chef Pierre Bernard, Armand Dalloz, Raymond Jamet et Waclaw Wlazyk, à Belmont (10 septembre 1944) ; sergent Adolphe Joannes et caporal Abdelkader Boudjema, à Darmannes (12 septembre 1944) ; Mohamed Aznie (ou Azanei), à Romain-sur-Meuse (13 septembre 1944) ; Jean Hoffmann, à Colombey-lès-Choiseul (13 septembre 1944) ; caporal René Caillaux, à Villiers-le-Sec (13 septembre 1944) ; capitaine René Schreiber, tué accidentellement à Chaumont (14 septembre 1944) ; Lucien Mainier, né à Paris le 9 avril 1926, à Bussières-lès-Belmont (15 septembre 1944).

FFI disparus (2) : Michel Chément, à Andilly (1er septembre 1944) ; sergent Raymond Chevallier, à Prez-sous-Lafauche (8 septembre 1944).

Victimes civiles également mentionnées par le site Mémoire des hommes : Ernest Michaut, à Eclaron (1er septembre 1944) ; Julia Parisot, à Luzy (6 septembre 1944) ; Pierre Collomb, d’Osne-le-Val (11 septembre 1944) ; Félix Poircuitte, à Montesson (14 septembre 1944), sans doute l’habitant du village tué par méprise par une mitrailleuse française. A noter qu'un habitant d'Epizon, Raymond Humblot, requis par les Allemands comme charretier, a trouvé la mort le 1er septembre 1944 lors d'une escarmouche avec l'armée américaine à Greux (Vosges), et son fils a été grièvement blessé.

Source des illustrations : club Mémoires 52, 1944 en Haute-Marne : l'album de la Libération, 2004.


Fusillé à Bussières-lès-Belmont, Dietrich Hick était un criminel de guerre nazi en Biélorussie

Dietrich (dit Dieter) Hick est né le 18 décembre 1914 à Pforzheim (Bade-Wurtemberg). Il est mécanicien de profession lorsqu'il adhère au parti nazi (NSDAP) le 1er mai 1937 (numéro 4 585 785). L'homme passe notamment par l'Ordensburgen (centre de formation nazi) de Krössinsee (Poméranie) en 1938. Hick arrive à Slonim (ville polonaise alors rattachée à la Biélorussie) en septembre 1941. Il est en charge des Affaires juives au sein du Gebietskommissariat Slonim. L'historien israélien Noach Kapinsky estime que 30 000 juifs, notamment réfugiés, vivaient alors à Slonim. Parmi tous les crimes qui lui sont imputés, Dietrich Hick est accusé en particulier d'avoir fait procéder, le 14 novembre 1941, à l'exécution de milliers de juifs dans les champs de Cieplowa. Les travaux historiques estiment le nombre de victimes de cette "Shoah par balles" à 9 000 ! Hick quitte son poste de Slonim en 1942. Son parcours de militant nazi précise qu'en mars 1943, il rejoint l'Ordensburgen Vogelsang. Puis il retrouve Pforzheim. Qualifié par les sources françaises de membre du SD, il est attaché à l'Ost-Bataillon 615, que la retraite amène en Haute-Marne. Condamné par un tribunal militaire de la 1ère armée française pour son implication dans le massacre du château de Saulles (cinq victimes, 11-12 septembre 1944), Dietrich Hick est fusillé le 18 septembre 1944 à Bussières-lès-Belmont. Il est mort après avoir fait un ultime salut nazi.

L'exécution de Dietrich Hick. (Collection : club Mémoires 52).




samedi 1 août 2026

Les crimes de guerre allemands à la fin de l'Occupation (I) : juin-juillet 1944


La voie ferrée à Colombey-lès-Choiseul. Le plus important massacre commis en 1944
en Haute-Marne s'est produit ici. (Photo L. Fontaine).


     A partir du 6 juin 1944, alors que de premiers maquis se mettent en place en Haute-Marne, des crimes sont commis dans le département par les troupes d'occupation, et ce jusqu'à la libération (16 septembre 1944). Cette évocation concerne des civils qui ont été abattus, des déportés de passage qui sont morts lors d'une tentative d'évasion, des résistants dont il apparaît comme certain qu'ils ont été exécutés après avoir été capturés. Elle s'appuie essentiellement sur les dossiers de la délégation régionale du Service de recherche sur les crimes de guerre ennemis (SRCGE), conservés par les Archives départementales de la Marne (série 163 W). Pour les mois de juin et juillet 1944, nous avons recensé respectivement 27 et 19 victimes lors de crimes de guerre en Haute-Marne.

15 juin 1944, Laferté-sur-Aube : André Gilson et Louis Billette

Les victimes : André Gilson, né à Laferté-sur-Aube le 4 juillet 1903, secrétaire de mairie, et Louis Billette, né à Laferté-sur-Aube le 4 novembre 1921, bûcheron, membres du maquis de Laferté-sur-Aube.

L’unité mise en cause : Freiwilligen-Stamm-Regiment 5 (éléments casernés à Chaumont et commandés par le rittmeister Félix Küper, le capitaine Wickermann, l'oberleutnant Offermann).

Les faits : créé vers le 7 juin 1944, le maquis de Laferté-sur-Aube compte 28 hommes, selon son chef, l’adjudant de gendarmerie Maurice Ghirardi. Il s’apprête à rejoindre l’Armée secrète de l’Aube lorsqu’il est victime d’une opération de l’armée allemande (le chef de maquis parle d’environ 1 500 Allemands venus notamment de Chaumont). Le groupe parvient à se replier mais perd deux tués au lieu-dit L’Echelette.

Les témoins. Maurice Ghirardi : Billette « qui s’était caché dans une cabane de vigneron a été ramené à l’endroit du campement avant d’être fusillé », Billette et Gilson « portent des traces de coups sur tout le corps ».

Par ailleurs, un habitant (Maxime Michel) a été grièvement blessé, le maire (Pierre Champagne) a été arrêté, il est mort en déportation.


16 juin 1944, Bugnières : Claude Penègre

La victime : né le 1er mars 1924 à Limoges (Haute-Vienne), réfractaire au STO, membre du groupe de Leffonds (Hubert Aubry).

L'unité mise en cause : un feldgendarme de Chaumont.

Les faits : Claude Penègre est tué en forêt près de Leffonds, sur le territoire de Bugnières, surpris par des Allemands en train de chasser.

Le témoin : Raymond Gourlin (audition du 6 avril 1946), fait prisonnier, déporté : « Au cours d’une attaque allemande à Bugnières, il fut blessé au genou. Nous ne sommes restés que nous deux sur la place du combat et j’ai été fait prisonnier. Les Allemands ont chargé Penègre sur une voiture hippomobile et quelques instants plus tard après l’avoir descendu, ils l’ont fusillé. C’est un feldgendarme de Chaumont, dont j’ignore le nom, qui lui a tiré deux balles de pistolet dans la tête, et ce le 16 juin 1944 vers 6 h 30. Le sous-officier qui était garde-chasse à Arc-en-Barrois a participé à notre capture, mais ce n’est pas lui qui a tué Penègre. » Raymond Gourlin, originaire de Chaumont, a été déporté. D’après le maire, Albert Thévenot, « les auteurs du meurtre de Penègre Claude sont des soldats allemands qui étaient venus à la chasse dans la région ».


28 juin 1944, Heuilley-Cotton : Philibert Ams, Gabriel Castex, René Mazières, Maurice Mouze, Jules Pattaron, et trois inconnus identifiés (par Christiane Garguilo, Chantal et Guy Minot) comme correspondant à Rinaldo Corsi, André Peloux et Gilbert Puteaux

Les mis en cause : un officier et un militaire (O.) de l’école de police d’Iéna, chargée de l’escorte des déportés (1. Alarmkompagnie Jena).

Les faits : un train de déportés pour Buchenwald, parti de Grenoble et transportant des détenus de Fort-Barraux, est marqué par une tentative d’évasion après Villegusien, dans la rampe de Pralant, à 1,5 km environ de la gare de Heuilley-Cotton. Des internés s’évadent. Deux ne sont pas repris (Xavier Contessa et Lucien Martin). Huit évadés ou compagnons de déportation sont abattus. Selon l'état civil de la commune d'Heuilley-Cotton, ils sont morts à 11 h 30.

Les témoins. Alfred Vogel, compagnie de l’école de police d’Iéna (Allemagne) : « Lors d’un arrêt près d’Is-sur-Tille, quatre prisonniers tentèrent de s’évader. Ils ont été aperçus par le garde et abattus à la mitrailleuse. Le lieutenant Hoffmann [commandant du détachement de 60 hommes de l’escorte] a fait arrêter le convoi et a fait rechercher dans quel compartiment s’étaient trouvés les fuyards abattus. […] Hoffmann fit sortir de leur compartiment les cinq détenus qui s’y trouvaient encore, les fit placer vis-à-vis du convoi, contre le talus, puis donna ordre à des servants d’une mitrailleuse de les abattre. » Jean Seibert, compagnie de l’école de police d’Iéna : « Un policier du nom de O. est venu rendre compte que les cinq fuyards avaient été exécutés après avoir été repris. […] Hoffmann donna ensuite l’ordre de faire procéder à l’exécution des cinq déportés du compartiment qui n’avaient pas pris la fuite. Cet ordre fut exécuté au fusil mitrailleur par un fusilier marin allemand. » Jean Hirn, déporté : « J’entendis de nombreux coups de feu, le train s’arrêta ; les Allemands ont fait descendre cinq déportés du compartiment voisin du mien, les ont fait aligner au bord du talus et les ont immédiatement fusillés. […] Le lieutenant allemand (SS) qui commandait le détachement voulait faire fusiller en plus un déporté par compartiment, mais cette exécution n’eut pas lieu, grâce à l’intervention d’un capitaine de marine. » Sources complémentaires : dossiers sur les crimes de guerre conservés par les Nations Unies ; Jean ROBINET, "Le massacre d'Heuilley-Cotton le 28 juin 1944", reproduit dans "La Résistance en Haute-Marne", tome 1, Dominique-Guéniot imprimeur-éditeur, Langres, 1982.


30 juin 1944, Voisines : Hubert Aubry, Jacques Zoll, Georges Gruardet, Roger Moyon, Henri Faessel, Hubert Jacquotte, Daniel Gourlin (frère de Raymond Gourlin), Jean Nevers, Charles Zoll, tués au combat ou dans des circonstances non précisées. Michel Gerbet, Adrien Lauvin, Raymond Simar, Louis Schenck, Maurice-Roger Menut et Japhet Lanz, faits prisonniers et exécutés

Les faits : à partir de 5 h 30, des troupes du Freiwilligen-Stamm-Regiment 5, commandées par le rittmeister Félix Küper, en poste à Chaumont, et le leutnant Lange, investissent les villages environnant les bois de Voisines. L’opération impliquant 800 hommes et visant à détruire le maquis commandé par Hubert Aubry dure de 11 h 30 à 13 h. Sur 19 maquisards, quinze sont tués, deux sont capturés (et déportés : Robert Noirot et Raymond Blanchard, mort en déportation), deux en réchappent. Des personnels de la Sipo-SD et de la feldgendarmerie de Chaumont sont également impliqués dans l’opération.

Les témoins. Lire Josette et André GROSSETETE, Voisines. Haute-Marne. Juin 1944. Chronique d'un massacre annoncé, éditions Dominique-Guéniot, 2001.


30 juin 1944, Vauxbons : Maxime Nancey

La victime : né à Vauxbons en 1896, adjoint au maire de la commune.

Les faits : lors de l’opération allemande contre le maquis de Voisines, Maxime Nancy est blessé à la cuisse, puis, selon le maire, achevé « de deux coups de feu en pleine poitrine à bout portant ». Sources complémentaires : J. et A. GROSSETETE, Voisines, op. cit. ; AD 52, 15 J 85.


14 juillet 1944, Giey-sur-Aujon : Max Duville

La victime : né à Bourbonne-les-Bains en 1921, marin démobilisé fin 1942, enseignant à Illoud, à Provenchères-sur-Meuse, Leffonds, enfin Giey-sur-Aujon.

Les faits : dans la nuit du 12 au 13 juillet 1944, un bombardier de la RAF s’écrase en forêt près de Giey (cinq tués, deux rescapés). Le 14, un détachement de la base de Longvic, avec le major Erich Ziffer, commandant en second de la Kommandantur de cette base, se rend sur les lieux et se fait accompagner de Max Duville rencontré dans le village. Celui-ci est grièvement blessé par balle sur les lieux du crash. Il décède à l’hôpital de Chaumont.

Le témoin. Adrien Levis, chauffeur du véhicule : « J’ai coupé le contact. A ce moment, une détonation retentit. Au même instant, j’ai vu M. Duville tomber sur le dos puis se relever. L’officier lui a demandé ce qu’il avait. M. Duville lui répondit : « Je ne sais pas. » Il retomba une deuxième fois. […] Un projectile l’avait atteint au bas de l’omoplate. » Adrien Levis affirme que l’ingénieur Fick, employé à la réparation des moteurs à Longvic, s’est aperçu qu’il manquait une balle dans son pistolet-mitrailleur.


26 juillet 1944. Colombey-lès-Choiseul : Wassilij Andrejenko, Otto Hermann Willi Goettel, Iwan Janusch, Richard Klonz, Nikolaj Kolodjaschyj, Nikolaj Kudrenko, Wladyslaw Lubecki, Grigorij Lukjanez, Jefim Moroz, Cornelis van den Oever, Iwan Pawlenko, Aleksandr Schirtujew, Pjotr Sergejew, Pjotr Sukolenow, Nikolaj Trotzkyj, Sigismund Wajs, Grosse Wulder, Fritz Albin Rudolf Wunderlich (et peut-être le matricule 17 120)

Les faits : un train de déportés de l’île d’Alderney (Aurigny) parti le 4 juillet 1944 de Saint-Malo est marqué, à 23 h 30, par une tentative d’évasion, après la gare de Merrey, sur le territoire de la commune de Colombey-lès-Choiseul. Les témoignages (déportés comme cheminots) parlent d’un à trois fugitifs rattrapés, blessés et fusillés, et de 14 à 17 prisonniers abattus dans le wagon. Les corps sont enterrés à Toul. Lors de leur exhumation, il est fait état de 17 corps. Un 18e est resté sur la voie ferrée à Colombey-lès-Choiseul et inhumé dans le village. Le Mémorial de Neuengamme – camp de rattachement des déportés – parle de 18 victimes, mais aucune ne porte le matricule 17.120 retrouvé en Haute-Marne.

Les mis en cause : des SS de la division Totenkopf rattachés à la 1. SS-Baubrigade, commandés par le SS-obersturmführer Georg Braun. Le déporté Jan Woitas affirme que le SS croate Marian T. lui a indiqué avoir tiré dans le wagon. Le rapport d’enquête conservé par l'ONU met en cause également un SS-hauptscharfürher, Otto Haegelow, tandis qu’un officier britannique qui a interrogé un déporté évadé et un déserteur SS implique le SS Peter B.

Les témoins : ce massacre a été évoqué en détail par un article de ce blog datant de mars 2025 et depuis actualisé. 


Prochain volet : août 1944.