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| Le lieu-dit Quatre chemins, entre Cirey-sur-Blaise et Charmes-la-Grande, théâtre d'une embuscade du maquis. (Photo L. Fontaine). |
L'histoire du "maquis de Cirey-sur-Blaise" n'avait jamais été évoquée jusqu'à la parution en 2007 de l'ouvrage Résistance, répression, libération en Haute-Marne (éditions Dominique-Guéniot, p. 157). Elle a pu être racontée grâce au dossier de Combattant volontaire de la Résistance (CVR) de son chef, l'adjudant Benjamin Chrétien. Le témoignage du sous-officier complète le rapport de l'officier américain auprès de qui il servait, le lieutenant Bob.
L'adjudant Benjamin Chrétien est né le 23 mars 1901 à Harréville-les-Chanteurs. Sous-officier au 8e régiment d'artillerie divisionnaire, il est fait prisonnier le 8 juin 1940 près de Rouen. Il est rapatrié en France le 11 octobre 1941 à la suite de blessures reçues en captivité. Marié, père de famille, il travaille jusqu’au 30 septembre 1942, à Harréville-les-Chanteurs, puis jusqu’au 18 juillet 1944 à Liffol-le-Grand (Vosges) à la maison Thermat, une fabrique de meubles.
Benjamin Chrétien raconte, en 1951 : « A cette date [18 juillet 1944], dès l’appel du général de Gaulle, j’ai quitté immédiatement mon emploi et ma famille. [...] Le 20 juillet 1944 je me rends à Voillecomte où je me mets en relation avec Raoul, garde forestier puis Gérardin du FN qui m‘envoie à Cirey-sur-Blaise prendre le commandement du maquis en formation. Peu de temps après, Gérardin est arrêté et déporté à la suite d’un sabotage [il s'agit donc de Gaston Girardin, effectivement domicilié à Voillecomte, arrêté le 6 août 1944, mort à Neuengamme, plutôt que Gabriel Gérardin, membre du FN, domicilié à Sauvage-Magny]. Je contacte ensuite le lieutenant américain Bob [Robert Cormier] bien connu dans la région de Montier-en-Der. Celui-ci me fournit l’armement et les explosifs. Je prends part à plusieurs parachutages dans la région de Robert-Magny. Je fais exécuter des sabotages dans le secteur qui m’est désigné." Dans un autre document, Chrétien précise que ce maquis de 30 hommes est installé dans les bois de Cirey sur Blaise et appartenant au maire, le comte de Fénelon de Salignac, du 20 juillet 1944 au 30 août 1944.
L'embuscade des Quatre chemins
Le 25 août [26 août 1944] vers 8 h 30 du matin, après avoir barré la route de
Cirey-sur-Blaise à Charmes-la-Grande, nous sommes surpris par deux voitures
allemandes venant de Leschères et se dirigeant vers Doulevant au lieu-dit les Quatre chemins. Plusieurs Allemands sont tués [plutôt un tué et un blessé] et pour éviter des pertes je fais
décrocher et me replie à la faveur de la forêt." L'adjudant Chrétien n'apporte pas plus de précisions sur cette action, mais elle a eu pour conséquence l'arrestation de trois élus de la région.
"Le 31 août au soir, une voiture FFI
montée par trois hommes est attaquée par quinze Allemands près de
Bouzancourt et l’agent de liaison du lieutenant Pierre est tué [adjudant René Formentin]* ; avec un groupe
de treize hommes, je contre-attaque les Allemands qui prirent la fuite en laissant
une bicyclette et des munitions entre nos mains."
Dans son rapport d'activité, Benjamin Chrétien ne mentionne pas une opération particulière du maquis : l'exécution, le 6 août 1944, d'une habitante (suisse) du hameau de Blinfey. Cette affaire a été évoquée par la station de radio France Culture.
"Le 1er septembre je pars pour Montier-en-Der toujours avec le lieutenant Bob et le commandant Percheron. Volontaire pour toutes les missions, je prends part ensuite à la bataille de Chaumont." Chrétien a été placé à la tête de la 3e section de la Compagnie du Der. Son maquis a vraisemblablement donné naissance au 5e groupe de cette section, groupe composé du sergent Charles Ernoult, de Lucien Lugnier, Luc Diehl, Robert Gillet, Henri Steinwick, Marcel Sommer, Maurice Lefevre, Marcel Humblot, Georges Salord, André Diot, et de quatre FFI - sans doute étrangers - portant les prénoms de Nicolas (deux), Serge et André. Pour sa part, le 6e groupe (sergent Emile Remy) de la section Chrétien correspond au groupe Remy, de la Marne.
"Le 19 septembre, poursuit l'adjudant Chrétien, le lieutenant Bob part pour exécuter les parachutages en Allemagne, je dois libérer mes 30 hommes et je viens me mettre le 20 septembre 1944 à la disposition du capitaine Boin [Raymond Boin, du secteur de Bourmont] jusqu’au 1er octobre 1944. J’ai effectué diverses patrouilles pour capturer des parachutistes allemands…"
Mis à la retraite comme adjudant, Benjamin Chrétien est rappelé comme réserviste le 7 mars 1945 à la 20e compagnie du COI (centre d'organisation d'infanterie) 106 à Chaumont, et promu adjudant-chef le 16 mai 1945. En 1951, il exerce la profession de machiniste sur bois.
* Dans une autre version de son témoignage, le chef du maquis précise que le chauffeur de la camionnette qu’ils utilisaient a été blessé.
Source principale : Archives départementales de la Haute-Marne, série 1623 W, dossiers de CVR.

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