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| Robert A. J. A. Cormier (1922-1966). Source : NARA. |
Cinq officiers américains (OSS) ont servi dans les circuits SOE ayant opéré en Haute-Marne en 1944. Nous avons déjà évoqué ici l'activité du lieutenant Louis-Frederic Gérard-Varet Hyde. Voici le rapport - conservé par les Archives nationales, tant américaines que françaises - du lieutenant Robert A. Cormier, dit Bob, saboteur du circuit Pedlar qui devait initialement agir dans la Marne.
Robert Adrien Joseph Arthur Cormier est né dans l'Etat de Rhode Island (Etats-Unis) le 25 février 1922. Il réside avec sa famille à Woonsocket en 1942. Après deux années d'études au collège de Rhode Island, il s'engage en septembre 1942 au 506th Parachute Infantry, où il est nommé sergent. Le 1er décembre 1943, il est affecté à l'OSS. Affecté à l'état-major de ce service à Washington DC, Cormier est appointé deuxième lieutenant le 1er avril 1944 et reçoit l'ordre de gagner Londres.
Robert A. Cormier est parachuté dans la nuit du 7 au 8 juillet 1944, à 1 h 30 du matin, sur le territoire de la commune de Longsols, dans l'Aube. Il saute avec deux opérateurs radio britanniques, Herbert Maurice Roe (Maurice) et Alfred Claude Brenton Sowden (Claude), neuf containers et quinze paquets. L'élément précurseur du circuit Pedlar est réceptionné par une vingtaine d'hommes dépendant du circuit Diplomat (Commandos M). Les trois envoyés du ciel se camouflent d'abord dans des bois voisins, puis gagnent un repaire à Troyes. Pendant deux jours, ils attendent leur chef, le major Nicolas Redner Bodington, et lorsque celui-ci arrive à son tour dans l'Aube, dans la nuit du 10 au 11 juillet 1944, Cormier gagne un autre refuge à Luyères.
Pendant que Bodington se porte dans la région d'Epernay dans la Marne, le lieutenant Bob et un radio restent pendant deux semaines dans l'Aube. Durant cette période, ils ne restent pas inactifs. Cormier revendique trois ou quatre déraillements de trains, la destruction d'un train transportant du pétrole, celle de 25 pylônes, entre le 12 et le 24 juillet 1944. Puis Bodington revient pour leur annoncer qu'ils doivent se porter dans la Haute-Marne.
Destination Robert-Magny
C'est à bord d'un camion fourni par le capitaine Yvan (Maurice Dupont), des Commandos M, que l'officier américain et le sergent Roe se dirigent sur le hameau de Billory, commune de Robert-Magny. Nous sommes début août 1944. "Dans la maison sûre où l'on nous avait dit de rencontrer notre contact, un homme du nom de Rodrigo nous dit qu'un terrain de réception avait été validé par Londres et que des avions l'avaient survolé la nuit précédente*, mais qu'ils n'avaient rien pu faire car ils n'avaient pas les hommes nécessaires", rend compte Cormier. Le terrain est dénommé Gargouille, et le nommé Rodrigo correspond à Rodrigo Pais de Souza, patriote d'origine portugaise. "Des messages furent échangés la même nuit, poursuit Robert A. Cormier. Nous rassemblâmes environ 20 hommes, reçûmes deux avions de matériels que nous cachâmes dans les bois environnants." Cette opération aérienne réussie semble plutôt avoir eu lieu dans la nuit du 9 août 1944, sur le terrain Toboggan de Voillecomte.
Avec le maquis de Cirey-sur-Blaise
Pendant leur séjour en Haute-Marne, Cormier et Roe entrent en contact avec des groupes FFI du nord du département. Ainsi, le maquis de Cirey-sur-Blaise. "[Nous] trouvâmes un petit groupe de maquisards à Cirey que nous contactâmes par l'intermédiaire de Rodrigo, rapporte Cormier. Ils étaient très mal armés et n'avaient aucun moyen de soutien." Ce groupe, créé en juillet 1944, est commandé par l'adjudant Benjamin Chrétien, d'Harréville-les-Chanteurs, près de Bourmont. Selon Cormier, il réunit "50 hommes, tous armés". Concernant leurs activités, le saboteur allié écrit : "Jusqu'à l'approche des Américains, ils coupèrent des arbres sur les routes, posèrent des crève pneus, tendirent des embuscades aux voitures isolées allemandes. A l'approche des Alliés, ils attaquèrent constamment les petits convois allemands. Nombre d'Allemands tués : environ 25, dix prisonniers. Cinq maquisards blessés." Les informations dont nous disposions sur ce maquis proviennent essentiellement du dossier de Combattant volontaire de la Résistance de l'adjudant Chrétien. Ce dernier ne parle à aucun moment de victimes dans son unité, et d'ailleurs évoque un effectif de 30 (et non 50) hommes. "Vers le 20 août [1944], avec le groupe de Cirey, j'attaquai trois camions, en détruisant deux, raconte Cormier. Nous tuâmes quinze à 20 Allemands. Nous attaquâmes avec 50 hommes. La durée de l'attaque fut de 30 secondes. Aucune perte de notre côté." La seule action notable revendiquée par Benjamin Chrétien a lieu le 29 août 1944, au lieu-dit Quatre chemins, entre Cirey et Charmes-la-Grande. Elle a entraîné l'arrestation de quatre élus de la région emprisonnés à Joinville. Après la libération de Montier-en-Der, le maquis de Cirey est intégré dans la Compagnie du Der dont Chrétien prend le commandement de la 2e section.
Dans la maison d'un colonel allemand
Parmi les résistants de la région, Cormier cite encore un certain M. Dupuis - sans doute Maxime Dupuy, membre de Libé-Nord, futur sous-préfet de Saint-Dizier -, François de La Hamayde, Percheron, créateur de la Compagnie du Der, et M. de Chanlaire, de Wassy. A propos de ce dernier, Cormier écrit : "Notre quartier général était à Wassy, chez M. Chandlair [sic]. Sa maison était également le quartier général d'un colonel allemand [sans doute l'oberst Brandt]. [...] [Il] dirigeait une distillerie et possédait deux camions et une voiture en parfait état avec tous les papiers nécessaires. [...]" Grâce aux relations de ce Wasseyen avec le colonel ennemi, "lors de nos déplacements, nous avions habituellement deux ou trois Allemands dans le camion avec nous, ce qui nous évitait d'être arrêtés ou interrogés par les patrouilles allemandes."
Instructeur
Auprès des FFI du Nord Haute-Marne (Compagnie du Val, Compagnie du Der, maquis de Cirey), Robert A. Cormier joue son rôle d'instructeur : "Je commençai à donner des cours d'instruction sur les armes et les explosifs à tous ces groupes, tout en réclamant continuellement davantage d'équipements à Londres. L'instruction des groupes se faisait principalement dans les bois ; chaque homme recevait une arme qu'on lui apprenait à démonter, charger et tirer. Avant qu'un membre du groupe passe à l'action, il connaissait parfaitement son arme. Chaque membre avait tiré au moins dix coups avec son arme. Nous tenions chaque groupe responsable d'au moins quatre actes de sabotage par semaine. [...]" Un de ces sabotages correspond à celui du tunnel de Belle-Epine, entre Baudonvilliers et Robert-Espagne, le 27 août 1944.
Fin août 1944, de retour d'un séjour de quelques jours à Bouzy (Marne) auprès du major Bodington, le lieutenant Cormier opère plus particulièrement avec la Compagnie du Der. "Le soir du 27 août, nous entendîmes des coups de feu à Montier-en-Der. Environ une heure plus tard, l'une de nos sentinelles avancées amena un homme qui me cherchait. Il me dit qu'il venait de la part de Peter et que le capitaine Ha[r]ratt était un peu plus loin dans les bois et voulait me parler." Percy John Harratt était le cinquième membre du circuit Pedlar. Souffrant de la jambe, ce Britannique n'avait pas été parachuté en Champagne mais était arrivé dans la zone depuis le Sud de la France. Il avait pour surnom Peter.
Durant sa présence dans la région dervoise, Cormier garde également le souvenir d'un accrochage notable. Il raconte : on "nous informa vers le 1er septembre [plutôt 29 août] que les Alliés étaient à environ 25 km. Nous rassemblâmes tous les renseignements militaires sur la zone, le maquis et les défenses de Saint-Dizier - emplacements de toutes les pièces d'artillerie, chars et tous les dépôts et installations militaires. Pour transmettre ces renseignements aux lignes avancées des troupes alliées, nous prîmes une voiture avec une mitrailleuse à l'avant et à l'arrière et nous prîmes la route. Nous rencontrâmes un convoi allemand qui nous vit clairement mais ne fit absolument rien. C'est à environ 10 km au nord de Montier-en-Der. Nous essayâmes de transmettre ces renseignements à une colonne [américaine] venant en direction du sud de Vitry-le-François. Nous continuâmes après le passage du convoi et dans une petite localité, Bailly-aux-Forges**, rencontrâmes un autre convoi face à face. Il n'y avait aucun moyen d'éviter le combat. Les deux camions de tête étaient remplis d'hommes [...] L'engagement dura environ dix minutes dans les rues. Nous gagnâmes les bois. Résultats : environ 27 Allemands tués [sic], un camion-citerne incendié et complètement détruit. Pertes de notre côté : aucune".
En opération près de Chaumont
Le 30 août 1944, "avec cinq hommes [...], nous attaquâmes un char avec des gammons [grenades], grenades, mitrailleuses et mines antichar. Nous fîmes sauter une chenille. Les Allemands firent alors sauter le char eux-mêmes car ils étaient en retraite et n'avaient pas le temps de le réparer. Ensuite, les Allemands allèrent dans le village le plus proche et fusillèrent trois hommes qui n'étaient pas responsables de l'action." Il s'agit du village de Braucourt, où un père et son fils furent fusillés, un troisième homme grièvement blessé.
Après la libération de Montier-en-Der, Cormier et Harratt se portent ensuite avec Bodington dans la région de Chaumont pour tenir la ligne Juzennecourt-Bologne à la tête des FFI du Nord Haute-Marne. C'est dans ce cadre qu'a lieu le combat de Darmannes du 12 septembre 1944 déjà évoqué ici. Puis, le 21 septembre 1944, il reprend le chemin du retour. Le 24 septembre 1944, il est à Londres.
Robert A. Cormier se retire du service actif en 1963 avec le grade de major. Titulaire de la DSC, il est décédé le 13 août 1966, à l'âge de 44 ans. Il repose en Virginie.
Sources : rapport du lieutenant Cormier, Nara ; rapport de mission du circuit Pedlar, archives du club Mémoires 52.
* Dans la nuit du 7 au 8 août 1944 (information communiquée par Chris Nelson).
** Le journal de marche de la Compagnie du Der parle plutôt de Bailly-le-Franc (Aube), ce qui est plus logique.

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