vendredi 18 septembre 2026

Georges Tardy de Montravel (1923-1944), séminariste, officier FTP, exécuté à Anglus

 



Dans le numéro 26 de "Dossier 52" (août-septembre 2001), Jean-Marie Chirol, président du club Mémoires 52, évoquait la figure de Georges Tardy de Montravel, maquisard icaunais mort pour la France le 29 août 1944 à Anglus. Vingt-cinq ans plus tard, nous apportons des précisions sur les circonstances du décès de ce lieutenant FTP.

Mardi 29 août 1944, vers 17 h 30, Louis Drouot, cultivateur à Anglus, premier village de Haute-Marne après Soulaines-Dhuys (Aube) en direction de Montier-en-Der, aperçoit un convoi automobile allemand sur la route 384. "Ce convoi s'étant arrêté alors que les véhicules étaient déjà engagés dans le bois, explique-t-il le 27 septembre 1944 aux gendarmes de Montier-en-Der, j'ai entendu presque aussitôt une rafale de quatre à cinq coups de feu, puis quelques rafales moins importantes. Après quelques instants d'arrêt, le convoi a repris sa marche. Je ne suis pas allé voir ce qui s'était passé, mais j'ai supposé que les Allemands rencontraient des membres de la Résistance."

Ce n'est que le lendemain soir, vers 20 h, que le maire de la commune, Julien Lavocat, est informé par Marcel Maroilley "que le cadavre d'un soldat était dans le fossé en bordure Est de la route nationale 394 à 500 m au nord du village". L'élu, qui pense initialement qu'il s'agit d'un militaire allemand, se rend sur les lieux avec Georges Alma, Amédée Pinta et Léon Moniot. "A mon arrivée, témoigne Julien Lavocat, j'ai constaté qu'il s'agissait d'un lieutenant des FFI, le corps était couché [sur] le ventre [dans] le fossé et portait de nombreuses blessures à la poitrine produites par des balles." "Il m'a semblé qu'il portait des traces de talons de souliers derrière le cou", ajoute Marcel Maroilley. Le maire, Julien Lavocat, note que l'inconnu était vêtu d'un "uniforme en drap kaki", d'un bonnet de police "en gabardine kaki avec des galons jaunes de lieutenant". L'homme portait des chaussettes marquées des initiales "R.M. 39". La découverte d'une ceinture portant l'inscription "Scouts de France - Etre prêts", d'un chapelet, de médaillons à caractère religieux laissent supposer qu'il s'agit d'un officier très pieux, voire d'un homme d'Eglise. Il est inhumé le 1er septembre 1944 dans le cimetière du village fraîchement libéré, après des obsèques célébrées dans l'église de la paroisse.

L'identification

Au cours de l'enquête menée par les gendarmes de Montier-en-Der pour identifier le cadavre, un contremaître de scierie à Anglus, Maurice Comte, est interrogé le 9 décembre 1944. L'homme avait pris l'initiative d'écrire à une amie parisienne, Jeanne Ancelet, "en lui demandant de faire radiodiffuser cette découverte". Bibliothécaire à la Sorbonne, Philippe Tardy de Montravel qui recherchait ce qu'était devenu son fils Georges, porté disparu fin août 1944 à Tonnerre (Yonne), adresse alors à Maurice Comte une photographie de son enfant, qui est immédiatement reconnu comme étant le lieutenant enterré à Anglus. Par ailleurs, l'inscription RM (ou RN) 39 figurant sur les chaussettes de l'inconnu "répond exactement aux initiales du nom d'un des frères du disparu et son numéro d'interne dans un établissement d'éducation". Philippe Tardy de Montravel, domicilié au 1, rue Vidal-de-la-Blache à Paris, arrive alors le 10 décembre 1944 à Anglus pour procéder à l'identification du corps. "A la suite d'un avis aux familles [...] paru sur les journaux locaux de l'Yonne et les renseignements donnés par Mme Claudia Bertin, demeurant à Soulaines (Aube) et qui mentionnait les détails vestimentaires portés par le lieutenant assassiné à Anglus, j'étais déjà persuadé qu'il s'agissait de mon fils Georges", indique le bibliothécaire aux gendarmes dervois.

Le lieutenant "Georges"

Georges Tardy de Montravel est né le 18 janvier 1923 au château de Vers, commune de Pont-du-Gard (Gard). Il est le fils du comte Philippe Tardy de Montravel et de Gabrielle de Saint-Pardet. Elève au grand séminaire de Sens, il rejoint un maquis du département de l'Yonne, d'abord comme infirmier, puis comme lieutenant. Il est officier dans la 2e compagnie Rouget-de-Lisle des FTP.

Le 24 août 1944, le lieutenant "Georges" prend part à la libération de Saint-Florentin, à la tête de quatre sections de la compagnie, puis, deux jours plus tard, il se rend à Tonnerre, occupée par les FTP. Quand des éléments de la 15. Panzer-Grenadier-Division, reprenant le contrôle de la ville, apprennent que des prisonniers allemands ont été exécutés, ils allument des incendies dans la cité, prennent la direction de l'Aube en laissant derrière eux neuf victimes, tant résistants que civils, et en emmenant le lieutenant Tardy de Montravel. "Le lieutenant Georges, parti de Saint-Florentin à moto lorsque le bruit de ma mort est parvenu dans cette ville, est tombé aux mains de l'ennemi aux abords de Tonnerre et a disparu", rend compte le lieutenant Jean Magendie (Méléki), dont la compagnie déplore aussi trois tués et trois blessés.

Le lieutenant Tardy de Montravel a-t-il été abattu en Haute-Marne au cours d'une tentative d'évasion ? Les Allemands l'ont-ils exécuté froidement au cours de leur repli pour se "débarrasser" d'un témoin de leurs atrocités ? L'enquête n'a pas permis de répondre à cette question. 

Sources : AD 51, 163 W 3156, archives du Service régional de recherche sur les crimes de guerre (dossier Anglus) - SHD, GR 19 P 89/7, archives de la 2e compagnie Rouget-de-Lisle - Dossier 52, club Mémoires 52, 2001.

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