mardi 19 mai 2020

Le 242e RI au combat (3) : «Vous avez été de chics types !»




Le lieutenant Adrien Massotte, de Torcenay, tombé le 21 juin 1940.



Suite et fin de notre évocation des combats du 242e régiment d'infanterie de Langres, en Alsace et dans les Vosges.



19 juin 1940

La 9e compagnie (capitaine Folz) agit toujours détachée du gros de son régiment. Deux de ses sections se portent au col du Bonhomme, qu'on annonce abandonné. Au cours du mouvement, l'instituteur bragard Jean Sirault, chef de la 4e section, est fauché par une rafale. Il est mort. Puis le capitaine décide de gagner Plainfaing. Les autres éléments du 3e bataillon (commandant Boyer) sont en réserve au-dessus de Gérardmer, au Collet, à disposition du colonel Fonlupt. Un compte-rendu du régiment, conservé par le Service historique de la Défense à Vincennes, précise : «Le 3e bataillon ne compte alors que deux compagnies de FV (fusiliers-voltigeurs) : la 10e (deux sections et demi, 75 hommes) et la 11e (quatre sections, 95 hommes). Dispositif : le PC à 500 m au sud du Collet, la 10e compagnie avec un groupe de mitrailleuses entre le col de la Schlucht et le Collet, la 11e compagnie «au Collet même» avec quatre sections et une pièce de 25 «à cheval sur la route».



Pendant ce temps, le 1er bataillon du commandant Dallennes, qui a évacué Val-de-Villé, se regroupe dans Sainte-Marie-aux-Mines. Il est 5 h du matin. Mais rapidement, les troupes allemandes engagent le combat. Il durera toute la journée. Les hommes du 242e RI auront même l'occasion de mener une contre-attaque baïonnette au canon (sous-lieutenant Alin), obligeant l'ennemi à refluer et permettant de réoccuper la gare.



Le sergent Heidet, de la 3e compagnie, témoigne de ce qu'il a vécu : «Les Allemands tenaient déjà la gare. Ce fut un fouillis impossible. On ne savait jamais où étaient les Allemands et où étaient les Français... On nous envoie avec mon groupe vers une pente. En haut, devant moi, un groupe de la 1ère compagnie tombe à l'improviste sur un groupe d'Allemands embusqués dans un creux : trois des nôtres sont blessés aux pieds et aux jambes... Je dus reconnaître un coin de bois. Je partis seul avec le grand de Saint-Dizier (Brussa), nous parcourûmes tout le coin sans rien voir. Et peu après, il en déboucha des quantités d'Allemands : ils se camouflaient dans les buissons et se gardaient bien de se montrer ou de tirer sur des isolés ou agents de reconnaissance. Mais l'encerclement terminé, après une infiltration, ils attaquaient tous ensemble, au signal. Méthode d'ailleurs très habile. Au contraire, chez nous, pas de méthode... Les Allemands, certes, sacrifiaient du monde (ils eurent beaucoup plus de pertes que nous), mais aussi ils avançaient. Dans la soirée, nous avions réussi à interdire l'entrée de Sainte-Marie-aux-Mines. Nos 75, installés derrière la ville, tiraient encore bien. Et même, à un moment, ils tirèrent trop court, et trois obus tombèrent tout près de nous... Vers 10 h, ordre de repli, vers le PC du bataillon, au centre de la ville. Là, arrive la nouvelle que le col (de Sainte-Marie) est pris, on est bloqué : le bataillon, ou du moins ce qu'il en reste, va se rendre sur place. On commence à se désarmer. Puis tout à coup, contre-ordre : le col a été dégagé par le 330e RI. On a quelques chances de passer. On se met en route dans la nuit, colonne par un, dans le plus grand silence.» Finalement, les restes du 1er bataillon parviendront à Wiesembach. Mais les sections Alin et Bonnefoy (de Saint-Dizier) ont dû se rendre. Et le bataillon déplore sept morts, dont le sergent Fernand Tribolet, Pierre Bourdeaux (de Perrancey), Henri Chevalier (de Bourbonne-les-Bains), James Rolland (de Biernes).




20 juin 1940

Le colonel Bouchon a établi son PC dans un abri de cantonnier, dans la cuvette de Longemer. Il dispose, avec lui, d'une soixantaine d'hommes, dont le lieutenant Lurat, de Saint-Dizier. La 9e compagnie du capitaine Folz lui arrive, et va se positionner au nord du lac de Longemer – les deux autres compagnies de fusiliers-voltigeurs, les 10e et 11e, sont, rappelons-le, au Collet. En revanche, la 5e du lieutenant chaumontais Jeanson, avec le lieutenants haut-marnais Coignet et Dauvergne, sont dirigés - «par erreur», écrira l'historien Roger Bruge - sur Saint-Dié...



Enfin, vers 13 h, arrive le convoi du 1er bataillon (Dallennes). Le chef de bataillon rapporte : «Embarqué en camions le 20 au matin à Wisembach (ouest de Sainte-Marie), le bataillon arrive à Xonrupt vers 11 h. En fait de repos, il reçoit l'ordre de boucler les routes du Grand-Valtin et du col de la Schlucht, ce dernier venant de tomber aux mains de l'ennemi. Il faut tenir sur place, ordonne le général Misserey, commandant le 13e corps d'armée.

Deux heures plus tard, le bataillon est attaqué sur tout son front. Le PC du commandant Dallennes est situé dans un cabaret, à la sortie de Xonrupt, sur la route du Saut des Cuves, sur la ligne de feu. Le capitaine Millet, les lieutenants Massotte, Thorel et Guyot sont au PC. Toutes les attaques sont repoussées.

Une énorme quantité de munitions ayant été consommée, le lieutenant Massotte est à nouveau désigné pour ravitailler la ligne de feu. Il se rend lui-même sur les points exposés afin de surveiller la bonne exécution de ce délicat travail... Trois hommes blessés ont été évacués.

Toute la nuit, intense fusillade et essai d'infiltration de l'ennemi qui est contenu partout.»



Le sergent Heidet appartenait à ce bataillon. Il témoigne également : « A Wisembach, trois heures de repos... Puis on nous dirige sur Gérardmer. Une grande partie du trajet sera faite en camion. A l'embarquement, nous sommes repérés par un avion, et le convoi manqua de quelques minutes d'être bombardé... A la fin de l'après-midi, nous arrivons à Xonrupt, près de Gérardmer. Nous croyons pouvoir nous reposer un peu, mais il faut reprendre encore position. Je n'ai plus mon fusil-mitrailleur. C'était le «gros» de Saint-Dizier qui était tireur et le porteur, il était disparu en route. Je ne sais pas encore maintenant ce qu'il est devenu. Nous sommes cinq avec seulement nos fusils...

Nous veillons toute la nuit (sixième nuit).»



Durant cette journée, le 242e RI a dû batailler à plusieurs reprises pour palier les reflux de ses voisins. Dallennes n'en fait pas mention dans son récit, mais c'était avec trois chars que par deux fois, il a, sur ordre du général Misserey, dégagé la route du col de Surceneux, le 42e RIF ayant décroché. De leur côté, les sections Frédet et Gillet du 3e bataillon, toujours avec trois blindés français, sont allées disperser des patrouilles allemandes qui ont atteint la route des Crêtes, au nord de la Schlucht, et permettre à une compagnie du 302e RI qui avait reflué de réoccuper ses positions. Mais un violent bombardement du col de la Schlucht et du Hohneck, suivi d'une attaque, allait entraîner la perte de la Schlucht, et la capture du colonel Fonlupt.

A Xonrupt, le commandant du 42e RIF a pris la décision de se replier sur Gérardmer, suscitant consternation et colère chez les officiers du 242e RI. Le sous-lieutenant chaumontais Allard-Latour prend à parti un officier du 42e qui revient sur ses positions.

Bouchon reçoit l'ordre d'installer son nouveau PC au Saut-des-Cuves, entre Xonrupt et Gérardmer, où il arrive le 21 à 2 h du matin.



21 juin 1940

La pression allemande se fait sur le Saut des Cuves, entre Xonrupt et Gérardmer. C'est là, précise le journal de marche et d'opérations du 242e régiment d'infanterie, que «le 1er bataillon succombe en fin de matinée». Le sergent Heidet, de Neuilly-sur-Suize, se souvient notamment de la mort du sergent Emile Vincent, du collège de Saint-Dizier.

Dans une lettre à la famille Massotte, le commandant Dallennes, qui est à la tête de ce bataillon, raconte en détails les derniers instants de cette unité :

«Dès l'aube, bombardement de nos positions par du 150, puis attaque de l'infanterie, magnifiquement plaquée par nos mitrailleuses. Nouveau bombardement. Le bataillon est débordé sur sa droite. L'ennemi parvient derrière le PC. La défense de celui-ci est organisée, tous les officiers prennent les fusils disponibles et se joignent aux hommes. Les Allemands, qui progressent sur le PC par les fossés, sont stoppés.

Le tir de l'artillerie, bien ajusté, reprend. Les 150 tombent près du PC et les éclats d'obus frappent les murs. Les lieutenants Thorel et Guyot cherchent une cave pour attendre l'accalmie. Le commandant s'assied sur une chaise près de la porte de l'auberge. Le capitaine Millet prend place près du commandant et le lieutenant Massotte à côté de Millet. Les obus se rapprochent du PC (leur but). Aucun renfort ne parvient et les liaisons sont maintenant impossibles. La fin est proche... Il est environ 11 h 30. Le lieutenant Massotte plaisante pourtant encore :

- C'est la maison des dernières cartouches !

- Ca m'en a tout l'air, ajoute le capitaine Millet.

- Je crois que nous avons fait du bon travail. N'est-ce pas mon commandant ?

- Oui, mon vieux Massotte ! Rien à vous reprocher. Vous avez été de chics types. Merci ! »

Massotte touche pour cacher son émotion et, de conclure :

- Ce n'est pas tout ça, il faut penser...

Un formidable bruit se produit. Le commandant ne se souvient plus de rien pendant un temps indéterminé, puis il est tiré par les pieds et revient à lui. Il est midi et les Allemands sont dans le PC...

Au milieu des décombres, assis sur sa chaise, le capitaine Millet, le corps soutenu par le mur, est gravement blessé et dans le coma... A ses pieds, couché sur le côté, le lieutenant Adrien Massotte est mort. J'ai pleuré en embrassant sur le front Massotte et Millet (ce dernier est emmené en ambulance par les Allemands...»



Au Collet, c'est également la fin pour les deux compagnies du 3e bataillon. L'adjudant Marcel Carlin, de Saint-Dizier, ordonne la dispersion des hommes de sa section pour éviter la capture. Mais il n'y échappera pas : il sera fait prisonnier le soir, vers 18 h, avec le sergent Marius Thieblemont, de Wassy.

Longtemps considéré comme mort à Marckolsheim, le sergent Marcel Guyot, de Biesles, sous-officier dans la compagnie d'accompagnement du bataillon, tombe aux mains de l'ennemi à Longemer. C'est également le cas, dans la région, de Fernand Barret, de Richebourg, de Jean Hutinet (10e compagnie), de Maizières-sur-Amance, de Charles Anzenberger (2e bataillon), de Saint-Dizier, du sergent-chef Roger Bresson (11e compagnie), de Chalindrey (pris à Gérardmer), de Marcel Chevalier (6e compagnie), de Lénizeul (capturé à Granges-sur-Vologne), et tant d'autres...



Mais le 242e RI n'est pas encore mort. Après que son chef, le colonel Bouchon, se soit vu remettre, au feu, par le général Misserey, la croix de guerre avec palme décernée au régiment, il décroche, après 18 h, sur Gérardmer. Bouchon, qui hérite des débris de son régiment et du 42e RIF, mais également de quelques cavaliers et de «Joyeux» (soldats d'un bataillon d'infanterie légère d'Afrique, c'est-à-dire généralement des anciens condamnés «autorisés» à porter l'uniforme), reçoit le commandement de la défense de l'Ouest de la «Perle des Vosges».



21-22 juin 1940

Les restes du 242e RI se replient, au soir du 21 juin, dans la partie Est de Gérardmer. Sergent Heidet (3e compagnie) : «On nous rassemble dans la ville. Nous restions du 242e : 24 au 1er bataillon, quinze au 2e bataillon, 44 au 3e bataillon. Plus de mitrailleuses, ni fusils-mitrailleurs (…) Mais nous n'avions plus de munitions, et nous étions à un contre 50 ! Nous restâmes dans le poste où on nous avait mis : une sorte de tranchée dans une carrière, mais nous n'avons pas tiré les quelques cartouches qui nous restaient. Il restait quelques mitrailleuses d'autres régiments, et il y eut toute la soirée encore une bataille acharnée. Nous étions encore entre les deux feux. On l'a encore échappé belle. Dans la nuit, cela se calma et nous pûmes dormir quelques heures...»

La nuit du 21 au 22 juin (la septième consécutive de combats depuis le passage du Rhin), le colonel Bouchon la passe dans un établissement de bains, près du lac.



Au matin du 22 juin, l'ennemi achève son attaque. La défense de Gérardmer a été rendue très problématique : outre l'état d'épuisement des défenseurs appartenant à divers régiments, les Allemands poussaient devant eux des prisonniers français, empêchant leurs camarades de tirer... «Encore une dernière résistance des dernières mitrailleuses, écrit le sergent Heidet. Puis plus rien. Les Allemands rasent tout dans une dernière attaque, ils descendent la côte en hurlant : «Sieg, sieg». Puis: «Français, rendez-vous. Nous ne vous ferons pas de mal. Rendez vos armes». Ils passent près de nous sans nous voir. Vers les 7 du matin, nous laissons là nos fusils et descendons la côte, un mouchoir blanc à la main. Nous tombons sur deux qui perquisitionnaient dans les maisons isolées. Ils nous mettent en joue, nous font aligner, les mains en l'air...»

Le général Misserey doit se résoudre à proposer un cessez-le-feu à son adversaire. C'est terminé. Vaincus par l'épuisement, l'absence de munitions, les rescapés du 242e RI doivent se rendre, sans avoir démérité. L'adjoint du colonel Bouchon, le lieutenant René Lurat, de Saint-Dizier, note dans ses souvenirs (cités par Roger Bruge) : «Je suis là, anéanti, désarmé, dépouillé de tout, et du fond de moi monte la rancoeur contre ceux qui nos ont lancés dans cette aventure.»



Dans la ville meurtrie, une cinquantaine de soldats français sont tombés. Pour l'Honneur, cinq jours après l'appel à cesser le combat lancé par le maréchal Pétain. Depuis le 15 juin 1940, une trentaine de soldats du 242e RI ont perdu la vie, parmi lesquels Pierre Bourdeaux (Perrancey), Fernand Bourlier (Corgirnon), Emile Brule (Arbigny-sous-Varennes), Henri Chevalier (Bourbonne), René Grandjean (Biesles), Emile Knerr (Bannes), le lieutenant Adrien Massotte (Torcenay), 46 ans, Roland Massotte (Chalindrey), le sergent René Pitou (Langres), James Rolland (Biernes), le lieutenant Jean Sirault (Saint-Dizier), André Thominot (Frécourt), le sergent Fernand Tribolet (Langres).



Leurs camarades iront rejoindre les Oflags et Stalags Outre-Rhin. Pour beaucoup, ils y resteront cinq longues années. D'autres pourront rentrer en France et poursuivront le combat dans la Résistance :

- Le commandant Dallennes sera chef d'un maquis dans la Charente,

- Le sergent-chef Max Dupuy, de Saulxures, sous-préfet de Saint-Dizier à la libération,

- Le lieutenant Paul Jupin et l'adjudant Marcel Carlin, de Saint-Dizier, officiers dans le maquis du Val,

- le sergent Pierre Legendre, de Vecqueville, chef de section au Bataillon de Joinville,

-Gabriel Cardin, de Langres, engagé de nouveau au 21e RIC, tombera dans le Doubs en novembre 1944.

D'autres, comme Henri Fixemer, de Marnaval, Charles Anzenberger, de Saint-Dizier, connaîtront les affres de la Déportation.

vendredi 24 avril 2020

L'opération SAS «Rupert», aux confins de la Champagne et de la Lorraine




Des hommes du lieutenant Cameron à Eurville. 




Les parachutistes britanniques du G Squadron du 2nd Special Air Service Regiment ont opéré dans la Marne, la Haute-Marne et la Meuse, en août et septembre 1944. Le rapport de l'opération «Rupert» nous permet d'en savoir davantage sur leurs activités.



«Planning : cette opération visait les communications ennemies dans un secteur jusqu'à l'est de la Marne. Les cibles initiales étaient la ligne de chemin de fer Nancy-Châlons-sur-Marne, les lignes qui partaient de cette ligne, de même que les voies de communication routières du secteur. Les aérodromes secondaires allemands étaient également signalés comme possibles objectifs futurs.

Mise en place : le major Symes, qui commandait le G Squadron, fut désigné pour cette mission, et son squadron se rendit au camp de transit de Fairford. Il avait été projeté de parachuter le détachement de reconnaissance dans une zone de parachutage du Special Forces Headquarters (SFHQ) avec comité de réception. Les terrains de parachutage qui étaient proposés – Harmonium, Sacrement, etc. - se trouvaient à une distance considérable de la forêt du Der, où le major Symes avait l'intention d'installer sa première base, avant d'établir d'autres détachements pour mener des opérations dans l'Argonne et jusqu'à l'est de Joinville. Il fut difficile d'arranger la réception avec le SFHQ. Le lieutenant-colonel B. M. Franks, du Marine Corps, vit un certain major Bodington que les forces spéciales envoyaient en mission dans ce secteur. Le major Bodington ne semblait pas enthousiaste à l'idée d'avoir les SAS en opération dans son secteur. Il accepta cependant d'envoyer des messages pour un détachement de reconnaissance SAS dès qu'il serait établi. Peu de temps après son arrivée, il transmit le message suivant : « Criminellement sadique d'envoyer SAS dans ce secteur ». Cette information totalement inexacte occasionna simplement un retard supplémentaire.»

Le major Nicholas Redner Bodington, de la section française du Special Operations Executive, est l'organisateur de la mission Pedlar, qui a été lancée le 9 juillet 1944 dans l'Aube. Lui-même sera parachuté dans la nuit du 10 au 11 juillet à Longsols (il arrivera en Haute-Marne fin août). Le terrain «Harmonium» était situé près de Mourmelon (Marne).



«Résumé de l'opération.

Le major Symes et un détachement constitué du lieutenant I.M. Grant, du sergent D. McKay, du caporal-chef L. Taylor, des soldats R. Boreham, L.W. Curtis et J. Reilly et du signaleur W. Leach quittèrent l'aérodrome de Fairford dans un avion Stirling, dans la nuit du 22 au 23 juillet, mais s'en retournèrent car aucune lumière n'était visible sur la zone de parachutage.

Dans la nuit du 23 au 24 juillet, le même détachement, plus le soldat Simpson, se mit de nouveau en route. L'avion s'écrasa au sol près du village de Graffigny, au nord-est de Chaumont. On sait que le soldat Boreham est prisonnier de guerre, mais les autres sont portés disparus, probablement morts. L'avion prit feu et fut détruit. Les corps furent enterrés par les habitants du village de Graffigny."
Cette nuit-là, outre cinq membres de l'équipage, sont morts : Leonard W. Curtis, le lieutenant Ian Grant, le signaleur William Leach, le sergent Douglas Hays McKay, James William Beatie Reilly, James Simpson, le capitaine Felix James Stewart Symes (27 ans) et le signaleur Lachlan Taylor. Blessé, fait prisonnier, Rex Boreham sera soigné à l'hôpital de Chaumont.

 
"Un autre détachement de reconnaissance fut désigné, et dans la nuit du 4 au 5 août, il quitta l'aérodrome de Fairford dans un Stirling : lieutenant D.V. Laws, caporal-chef Balordi, caporal P. Smith, soldats J. Glodhill, F. Henderson, G. Chambers, Robinson et signaleur Dowell. Ils firent un bon atterrissage, le 5 août 1944, dans un champ labouré près de Bailly-le-Franc. Le largage eut lieu à une altitude d'environ 700 pieds. Il n'y eut aucun incident, si ce n'est une corde de parachute qui se rompit, les sacs étant trop lourds pour permettre un langage aisé.

A cause du temps mis à cacher les «paniers», le détachement fut incapable de faire mouvement avant le lever du jour. En conséquence, dans la journée du 5 août, ils se dissimulèrent, près du terrain de parachutage, et se rendirent dans la nuit du 5 au 6 août au Bois des Moines.

Le 6 août, le lieutenant Laws partit en reconnaissance pour trouver un terrain de parachutage sur lequel recevoir les groupes de parachutistes des lieutenants Cameron et Marsh, groupes qui furent demandés par radio le jour suivant.

Le 9 août, le lieutenant Laws partit en reconnaissance dans la partie nord de la forêt du Der, et le jour suivant il fit des préparatifs pour recevoir les lieutenants Cameron et Marsh. En fait, le largage avait été annulé, mais Laws n'avait pas reçu le message.

Il y eut une autre annulation dans la nuit du 11 août et, déception supplémentaire, on découvrit que le dépôt, où se trouvait la réserve de nourriture du premier terrain de parachutage, avait été dévalisé, et une sentinelle allemande montait la garde.

Dans la nuit du 12 au 13 août, les groupes de parachutistes des lieutenants Cameron et Marsh furent largués sur le terrain de parachutage repéré par le lieutenant Laws. Le second stick fut largué à 2 000 pieds et atterrit par conséquent à un mile et demi. Il y eut d'autres complications : les deux paniers d'explosifs explosèrent en touchant le sol, trois sacs furent perdus, plusieurs furent endommagés lors du largage et à leur arrivée au sol. Les parachutes de deux conteneurs ne réussirent pas à s'ouvrir ; les paniers restant contenaient des vêtements.

Les 13 et 14 août, comme l'alerte avait été donnée par l'explosion sur le terrain de parachutage, au lieu de rester ensemble jusqu'à ce que les matériels perdus ou détruits puissent être remplacés, le lieutenant Laws envoya les groupes des lieutenants Cameron et Marsh à couvert dans le Bois des Moines, et lui se dirigea avec son détachement vers le nord de la forêt du Der.

La nuit suivante, du 14 au 15 août, le lieutenant Laws se dirigea vers un bois à l'est de Saint-Dizier. En chemin, dans le village de Perthes, il rencontra des hommes de la Luftwaffe. Son «Guten abend» provoqua une réponse amicale, et le détachement passa sans incident. Après avoir passé la journée du 15 août à observer l'aérodrome de Saint-Dizier, depuis un endroit situé au sud de Vouillers, le détachement du lieutenant Laws se rendit de nuit au bois de Maurupt, dans la forêt de Trois-Fontaines... »



Laissons provisoirement le détachement Laws qui vient de se fixer dans le massif de Trois-Fontaines pour nous intéresser au stick du lieutenant James Edmund Cameron, alias «Loopy», qui va opérer en Haute-Marne. C'est à la ferme Berzillières, entre Giffaumont et Droyes, que cet officier et le lieutenant Marsh ont été largués, dans la nuit du 12 au 13 août 1944. De source britannique, l'opération concerne 32 hommes ayant sauté depuis deux avions Stirling.
James Cameron commande le stick n°7 du 3 Squadron. L'un de ses hommes, Cyril Radford, alias «Charlie», a rédigé ses souvenirs, parus en 2011, après son décès, sous le titre «SAS trooper : Charlie Radford's operations in Enemy occupied France and Italy ». Il a cité les noms de ses huit camarades : outre Cameron, le sergent "Bill" Rigden, le caporal "Robbo" Robinson, "Bob" Loud, Eric de Gay, "Mick" Meager, "Tommo" Tomkins et Jean-Marc Canonici, un Corse de Bonifacio.


Un témoignage recueilli par le club Mémoires 52 en 1994 nous apprend que le groupe Cameron se porte ensuite sur le lieu-dit Bellefontaine à Voillecomte. Un autre récit est digne d'intérêt. Il est l'oeuvre de Maurice Gautron, un habitant de Sommevile. Sergent d'active, le jeune homme – il a 20 ans – présente l'intérêt de maîtriser parfaitement la langue de Shakespeare : il est né dans l'île de Jersey, et possède la double nationalité franco-britannique.

C'est un coiffeur d'Eurville, Maxime Douard, qui lui demande de prendre contact avec le groupe Cameron le 20 août 1944. Le rendez-vous est fixé au lieu-dit Vallée Jacquet, à proximité de Chevillon et de Fontaines-sur-Marne (donc de Sommeville). Gautron précise que le signal de reconnaissance est l'air de la Madelon. «Contact est pris à 16 h 30 environ», écrira-t-il en 1994.

Selon le sous-officier, qui sera employé comme agent de liaison par Peter Cameron du 20 août au 14 septembre 1944, les SAS vont se fixer en forêt de Morley, à proximité de la ferme de Beaulieu, située très exactement à la limite administrative entre la Haute-Marne et la Meuse, sur la gauche de la forêt menant de Chevillon à Morley. «Nous recevons des messages à heure fixes, 23 h et 5 h. Nous ne pouvons émettre.» Notons que, curieusement, le groupe a suivi le même périple que la maquis Mauguet, qui avait quitté, début août 1944, la région du Der pour Morley...

Après une prise de contact avec un certain Charles, de la ferme de la Grange (lieu non identifié avec précision), puis une reconnaissance de la rive droite de la Marne, le 21 août, de Curel à Chamouilley, le groupe débute ses actions le 23 août. «Robinson, Cameron, Bonifaci (sic) vont aller effectuer des sabotages dans la région de Neufchâteau». Le rapport de l'opération Rupert confirme que les détachements Cameron et Marsh «détruisirent, respectivement, des sections des vois de chemin de fer Bar-le-Duc/Neufchâteau et Joinville/Gondrecourt».

Resté avec un SAS, Gautron a l'occasion de se rendre, ce jour-là, à la ferme d'Aigremont, pour récupérer 30 kg de plastic. Ecart de Montiers-sur-Saulx, propriété d'un médecin wasseyen, le Dr de Sartiges, cette ferme est exploitée par M. Franquet, et Maurice Gautron y voit «beaucoup de monde qui règne un peu dans l'anarchie». Elle est fréquentée en effet par les hommes du maquis Mauguet et accueille des aviateurs alliés rescapés de la chute de leurs appareils. Après être passés à la ferme de La Grange où ils prennent livraison d'un FM et d'un pistolet-mitrailleur, Gautron et son camarade SAS sont surpris par un événement ayant pour cadre les abords de la route entre Bayard-sur-Marne et Fontaines-sur-Marne : «Vers 19 h 30, nous arrivons presque à notre destination lorsque nous entendons des tirs d'armes automatiques à environ 1 km où nous nous trouvons. A ce moment, nous descendons vers la ferme de Ruetz jusqu'à la côte 177 où il y a un ancien pont dans les broussailles (…) Nous nous mettons en position et nous voyons se diriger vers nous deux hommes en civil qui arrivent en courant, pourchassés par des Allemands, une dizaine à peu près. Quand les deux fugitifs sont à peu près à une centaine de mètres de nous, nous ouvrons le feu avec notre FM. Les Allemands surpris ne demandent plus leur reste et ils partent en direction de Bayard, nous venons de sauver le commandant des FTP Marcel et son adjoint. Nous les emmenons avec nous à la ferme de la Grange (chez Charles). Nous mangeons, nous prenons du ravitaillement, et nous reprenons le chemin de Baulieu.» Cet événement, tel qu'il est relaté, semble correspondre à un incident qui, selon Henri Meunier, chroniqueur du maquis Mauguet, est intervenu dans ce secteur à la date du 13 août 1944 (donc dix jours avant). Entre Bayard-sur-Marne et Bienville, des Allemands s'en sont en effet pris aux quatre occupants d'une camionnette du maquis Mauguet : Robert Guinot et Edmond Chapron, et deux nouvelles recrues, Daniel Carchon et Juste Hector. Dans sa fuite via Rachecourt, Saint-Dizier et la forêt de Morley, Carchon confiera avoir croisé des parachutistes britanniques...



Maurice Gautron note ensuite que le 24 août 1944, «des FFI ou présumés FFI ont fait une razzia sur le hameau de la Landre et les Allemands grouillent dans le coin, nous sommes obligés de déménager et d'aller nous installer à la cote 284, lieu-dit devant les murs».

Le lendemain, sur ordre du lieutenant Cameron, le Franco-britannique exécute, entre Brauvilliers et Fontaines-sur-Marne, un habitant de Pansey, accusé d'être dénonciateur du curé d'Effincourt et d'autres.

A partir du 30 août, date de l'entrée des Américains dans le Nord de la Haute-Marne, les SAS mènent plusieurs opérations. Ils font ainsi une vingtaine de prisonniers du côté de Savonnières-en-Perthois. Le lendemain, ils sont engagés, selon Maurice Gautron, dans un combat au lieu-dit la Croix de Châtelet, du nom vraisemblablement de la colline entre Fontaines-sur-Marne et Bayard qui accueillit jadis une cité gallo-romaine. L'engagement s'est déroulé sous les tirs de l'artillerie américaine, positionnée au-dessus de Maizières-lès-Joinville. A la même date, Gautron signale l'incorporation, dans le groupe, du sergent Maurice Jeanjean, de Sommeville (ancien du 92e RI de l'armée d'armistice), de Henri Hormancey, et de Roger Jamar, de la ferme de Clairefontaine (Savonnières-en-Perthois), où le Polonais et le Tchèque étaient soignés.

Pour le sergent Gautron, la mission auprès des SAS s'achève le 14 septembre 1944, après des opérations jusque Neufchâteau et Nancy (Cyril Radford se souvient être allé jusqu'à Verdun). Avec le sergent-chef Jeanjean, il s'engagera au 21e régiment d'infanterie coloniale.

Quant au lieutenant Marsh, non cité dans son récit, il ira servir dans le sud de la Haute-Marne, aux côtés du lieutenant Michel Pinci. Mais ceci est une autre histoire...



Sources : rapport de l'opération Rupert ; témoignage de Maurice Gautron.

lundi 20 avril 2020

Le 242e RI au combat (2) : choc sur le Rhin, repli sur les Vosges



Le lieutenant Jeanson (à droite) est prêtre à Chaumont.


15 juin 1940

Minutieusement étudiée par l'historien champenois Roger Bruge (marié à une Bragarde et journaliste à La Haute-Marne libérée) dans «Offensive sur le Rhin», l'opération Kleiner Bar, déclenchée le 15 juin par la 7e armée allemande, est considérée comme «la grande opération amphibie de juin 1940».

C'est à partir de 8 h 57 que 300 pièces d'artillerie allemande tirent sur un front de plus de 30 km de la rive française du Rhin. Dans le secteur de la 6e compagnie (capitaine Pierre Ventteclaye) du II/242e RI, dont le PC est à Artolsheim, les ouvrages sur la berge et en arrière, blockhaus, casemates, sont écrasés par ce déluge de feu. Après la préparation d'artillerie, les troupes ennemies commencent à franchir le fleuve. Des bateaux sont coulés, le lieutenant Fernand Faivre capture sept soldats, dont trois blessés, dans un Sturmboot échoué, mais les Allemands ont réussi à prendre pied sur le sol français.

Les combats font rage toute la journée. Le village d'Artolsheim brûle. Près des blockhaus 96-97, qu'a rejoint l'aspirant Billebault arrivé la veille du dépôt de Langres, le sergent René Pitou, de Langres, chef du groupe-franc de la 6e compagnie, est tué. Les pertes ont été beaucoup plus lourdes au 42e régiment d'infanterie de forteresse, autre régiment de la 103e DIF, notamment à Marckolsheim.

Au soir de cette première journée de combat, côté allemand, le bilan est mitigé. Certes, la tête de pont a été réalisée. Des ouvrages ont été pris. Mais le canal du Rhône au Rhin, l'objectif, n'a pas été atteint.

Au 242e RI, le colonel Victor Bouchon obtient enfin le retour de son 3e bataillon qui, s'étant porté à Ribeauvillé, commence à venir le renforcer. Les sections Levasseur et Raux le rejoignent dans la nuit.



16 juin 1940

Le colonel Bouchon, dont le PC est à Baldenheim, continue à recevoir des éléments du 3e bataillon qui lui avait été initialement retiré. Il envoie au lever du jour la section du sergent-chef Levasseur (11e compagnie) nettoyer le bois de l'Altenswald et reprendre le blockhaus 122 tombé la veille. Mais la section se heurte au feu ennemi et doit refluer en direction du canal du Rhône au Rhin.

Vers 8 h, c'est un bataillon allemand qui cherche à réduire quatre fortins défendant Richtolsheim. Les deux ouvrages (B 80 et 81) du sergent-chef Maurice Py tombent après que le sous-officier ait été touché. A 10 h, les Allemands font également intervenir les Stukas, qui bombardent les blockhaus 78 et 79 du lieutenant Maurice Girardot, Artolsheim...

Vers 11 h, l'artillerie ennemie s'apprête à ouvrir le feu sur les blockhaus 96 et 97, devant lesquels un capitaine allemand est tombé. L'aspirant Billebault les fait évacuer, mais tombe rapidement aux mains de l'ennemi avec ses hommes.



La situation devient difficile pour les hommes du colonel Bouchon. Les Allemands s'engouffrent en effet dans un couloir large de 1 800 m entre le 242e RI et le 42e régiment d'infanterie de forteresse.

Vers midi, Bouchon donne l'ordre de replier son PC de Baldenheim, où il laisse le lieutenant Bon, sur Rathsamhausen. Le capitaine Henri Grillot, de Langres, vient organiser la défense de ce village, que rejoignent également deux sections de la 11e compagnie (capitaine Pion) du III/242e RI, dont celle de l'adjudant Marcel Carlin, de Saint-Dizier.

Parallèlement, le colonel Bouchon ordonne au commandant Dallennes, commandant le I/242e RI (qui n'a pas été attaqué), de faire replier les équipages des blockhaus G et ceux des postes de digue, avec notamment le lieutenant Constant Bonnefoy, de Saint-Dizier. De son côté, le lieutenant Pierre Jeanson, de Chaumont, organise une nouvelle ligne de défense entre l'écluse 69 et Baldenheim. Deux de ses sections sont commandées par les lieutenants Robert Coignet, de Chauffourt, et Marcel Dauvergne, de Joinville.

Dans l'après-midi, les Allemands renouvellent leurs assauts contre les positions du régiment de Langres. Le lieutenant Bray défend Schoenau, la compagnie Thivrier, Saasenheim, le lieutenant Groleau, Richtolsheim (où est tué Roland Massotte, de Chalindrey), le capitaine Ventteclaye, Artolsheim... Les combats font rage.

Vers 19 h, le commandant Braban, de Langres, rejoint son homologue Dallennes à Sundhouse, laissant le capitaine Vincent et le lieutenant René Lurat, de Saint-Dizier, défendre Schwobsheim.

A 19 h 10, le capitaine Ventteclaye est touché par un ordre de repli. Il tente de gagner le canal du Rhône au Rhin, mais là, il se heurte aux Allemands. Le caporal-chef James Page, d'Esnouveaux, est notamment blessé. L'ennemi sort d'un bois et capture Ventteclaye, le sous-lieutenant Courteau et leurs hommes.



Nuit du 16 au 17 juin – 17 juin

Il n'y aura pas de deuxième nuit passée dans les casemates. Dans l'après-midi du 16 juin, le général Laure a en effet prescrit au général Cousse, commandant de la 104e DIF, de se replier dans la nuit du 16 au 17. L'intention du commandement est que la division soit, à l'aube du 17 juin, derrière les bouchons qu'une autre division a installés à l'entrée des vallées des Vosges.

Le 242e RI doit quitter ses positions à partir de 21 h 30 pour gagner la vallée de Sainte-Marie-aux-Mines. Mais le décrochage sera délicat, puisqu'on se bat dans les villages. Et des casemates tiennent toujours. A la 28/3, le lieutenant Robert Marchal ne croit pas à l'ordre qui lui a été donné. «Pour me donner un ordre pareil, dira-t-il à son chef de bataillon, vous devez être entre les mains de l'ennemi et avoir un pistolet sur le ventre». Il faudra que le lieutenant Thorel, de Saint-Dizier, le lui confirme. Mais tout comme le lieutenant Bertrand, un instituteur alsacien (casemate 32:2), Marchal obtiendra de rester dans sa position.



Tous les hommes du colonel Bouchon ne pourront exécuter l'ordre. A Richtolsheim en feu, où se battent les sergents Jean Nolle, de Lachapelle-en-Blaisy, et Tollite, de Saint-Dizier, l'adjudant Bougaud est tué, le lieutenant Henry Groleau et son adjoint, le sous-lieutenant bragard Paul Jupin, sont capturés avec leurs hommes.



A Baldenheim, le colonel Bouchon fait brûler les archives du régiment, puis le 2e bataillon se replie. Au pont de Rathsamhausen, l'adjudant Carlin a l'occasion de croiser son beau-frère Lucien Mouillet, de Saint-Dizier. Puis le capitaine Pion fait sauter l'ouvrage qui a permis le repli.



A 3 h, le 17 juin, le colonel Bouchon installe son PC en mairie de Liepvre, d'où il va recueillir ses hommes. «Il pleut presque sans arrêt, les hommes sont éreintés mais leur bonne volonté est sans limites», note le colonel Bouchon, dont le régiment perd, le 17 juin, le soldat André Thominot, 31 ans, de Frécourt.



A noter que parmi les équipages restés en position, le lieutenant Marchal sera capturé près de Rathsamahausen, le lieutenant Bertrand se rendra le 17 au matin, le sous-lieutenant Girardot pris dans son blockhaus le lendemain...



Parmi les sous-officiers de la 3e compagnie du I/242e RI, il y a le sergent Paul Heidet, curé de Neuilly-sur-Suize. Lui qui s'est battu aux côtés du sergent Marchand, instituteur à Anrosey, a laissé un témoignage inédit communiqué par André Richardot. Il raconte les événements du soir du 16 juin, alors qu'il défendait Saasenheim : "Voilà qu'arrive un agent de liaison. Ils nous appelle, car nous avions barricadé la cour... C'était un Alsacien... Il me dit rapidement : «On se replie» et fila. Je sus après que la compagnie était partie depuis les 7 h du soir environ, et que le sergent qui devait me prévenir, en arrivant dans la dernière rue du village, vit trois Allemands casqués dans les jardins bordant la rue ; il eut peur, tourna bride et m'abandonna (le pauvre, il a été tué à Gérardmer). Ce fut l'argent de liaison qui, apprenant cela, alors que la compagnie était déjà à 2 km du village, retourna en vélo pour me prévenir. Il revit aussi des Allemands, mais passa devant eux froidement, ils le laissèrent passer...» Pour le sergent Heidet, s'il avait résisté «jusqu'au bout dans la casemate (…), j'aurais été le seul à résister, j'aurais été cerné et ils m'auraient réduit, comme d'autres, à coups de canon à bout portant, ou au lance-flammes...» Avec ses hommes, le prêtre parvient à passer le canal sur des blocs de maçonnerie, le pont étant sauté, et arrive à Wittelsheim.



17 juin 1940

Le colonel Bouchon qui, venu de Sélestat, est arrivé en mairie de Lièpvre reçoit l'ordre de regrouper son régiment à Xonrupt. Ce qui n'est pas simple, car les bataillons ont retraité par des itinéraires différents et vont être de nouveau engagés au combat isolément.

Le 2e bataillon du Langrois Yves Braban n'a plus que onze officiers et 368 hommes. Ayant traversé Lièpvre, il se porte sur Sainte-Marie-aux-Mines. La 5e compagnie du lieutenant Pierre Jeanson (Chaumont) va en défendre la lisière sud-est.

Arrivé à son tour à Lièpvre, le 1er bataillon de Dallennes, épargné par les combats des 15 et 16 juin (car le quartier qu'il défendait sur le Rhin se trouvait au nord de la zone d'attaque), est envoyé par le colonel Bouchon pour tenir la route entre Val-de-Villé et Lièpvre.

Quant au 3e bataillon, il est toujours «éclaté» : la 9e compagnie (Folz) est à Kaysersberg (comme nous le verrons plus loin), la 10e (lieutenant Gaston Chanteclair, de Langres) retraite vers le col de la Schlucht par la vallée de la Fecht. Seule la 11e compagnie (Pion) a retrouvé Bouchon qui l'envoie à Sainte-Marie.



18 juin 1940

Dès le matin, les Allemands attaquent les positions du régiment à Lièpvre. Le commandant Dallennes envoie le lieutenant Babel et son peloton motocycliste contre-attaquer. L'officier fait trois prisonniers. Blessé dans la journée, il donne le commandement de son peloton au sergent-chef Foissey. Plus tard, Dallennes, dont le chauffeur Orsay vient d'être blessé, ordonne à ses hommes de dégager une barricade que les Allemands ont édifiée derrière le Val-de-Villé. Le lieutenant Jean Guyot (de Culmont), le sergent Boulinier, les caporaux Royer et Ruch s'en chargent et chassent les Allemands.

Attaquée vers 20 h, la 3e compagnie (Thivrier) tient bon. Le sergent Heidet, de Neuilly-sur-Suize, témoigne : «Ce fut ce soir-là, à la tombée de la nuit, que Laurent fut blessé d'une balle à la cuisse par une sentinelle française. Il n'avait ni vu ni entendu celle-ci lorsqu'elle lui a crié de s'arrêter. D'après ce qu'ont dit des témoins, la blessure ne paraissait pas grave. Cela se passa à 100 m. J'entendis bien le coup de feu et la chute, mais je n'ai su qu'après que c'était Laurent... Il fut évacué à l'hôpital, probablement à Sainte-Marie-aux-Mines. Je n'ai plus eu aucune nouvelle depuis...» A minuit, le 1er bataillon commence à évacuer Lièpvre pour Sainte-Marie-aux-Mines. Il a perdu, au combat, Emile Knerr, de Bannes.



Pendant ce temps, le capitaine Folz est d'abord engagé à Kientzheim, où les sections du sergent-chef Faucher et de l'adjudant Poinsot, de Montlandon, ont été placées en sonnettes. Elles se replient (sauf les groupes Riandet et Favey) et rejoignent Kaysersberg, d'où Folz les envoie à Hachimette, dans la montée du col du Bonhomme. A Kaysersberg, le capitaine Folz conserve les sections des lieutenants Jean Sirault (instituteur à Saint-Dizier) et du lieutenant André Demonsant (Laferté-sur-Aube). La 9e compagnie et le 317e RI – qui déplore cinq tués - y sont attaqués. A 14 h, le lieutenant-colonel Nicolas, chef de corps du 317e RI, autorise Folz à se replier. La «9» arrive en fin d'après-midi le col du Bonhomme puis, dans la nuit du 18 au 19, Nicolas envoie le capitaine avec trois sections pour combler une brèche de dispositif entre le col des Bagatelles et le col du Bonhomme.

mardi 7 avril 2020

Le 242e régiment d'infanterie dans les combats d'Alsace et des Vosges (I)




Le 15 juin 1940, la huitième armée allemande du général Dollmann déclenche l'opération Kleiner Bar. Il s'agit du franchissement de vive force du Rhin, dans le secteur défendu par la 104e division d'infanterie de forteresse du général Cousse. Parmi les corps de cette division : le 242e régiment d'infanterie du colonel Victor Bouchon, mis sur pied à Langres à la mobilisation, le 1er septembre 1939. Le régiment, qui avait déjà été «activé» à l'automne 1938 lorsque la menace d'une guerre avec l'Allemagne se profilait, recrute essentiellement parmi des réservistes de la Haute-Marne et de la Haute-Saône. Il se forme plus précisément à Langres, Hûmes, Jorquenay et Champigny-lès-Langres.

Si une partie des officiers sont originaires de la région parisienne, au moins 30 viennent de la Haute-Marne. Il s'agit essentiellement d'enseignants, d'officiers de la gendarmerie mobile de Langres, de prêtres, d'hommes de loi...

Voici la liste de ces officiers et leurs affectations (source : journal de marche et d'opérations du 242e RI, dossier 34 N 170, Service historique de la Défense) :
Commandants Yves Braban (Langres), Maury (Chaumont), René Mourot (Chaumont)
Capitaines Bongibault (Langres), Henri Grillot (Langres), Marcel Hertert (Luzy-sur-Marne)
Lieutenants Pierre Abeau (Langres), Constant Bonnefoy (Saint-Dizier), Jean Bonnet (Chaumont, médecin qui donnera son nom à une maison de retraite), Pierre Bussenot (Joinville), Gaston Chanteclair (Langres), Jacques Chevassu (Vaux-sous-Aubigny), Robert Coignet (Chauffourt), Marcel Dauvergne (Joinville), André Demonsant (Laferté-sur-Aube), Hubert Gillet (Mertrud), Jean Guyot (Culmont), Marcel Issartel (Chaumont, dont le nom sera donné à un gymnase), Pierre Jeanson (prêtre de Chaumont), René Lurat (Saint-Dizier), Adrien Massotte (Torcenay, frère du célèbre aviateur), Pol Mur (Dancevoir), Roger Norget (Bourbonne-les-Bains), Jean Sirault (instituteur à Saint-Dizier), Simonnet (Langres), Fernand Thorel (Saint-Dizier, frère d'un officier tué en Provence en 1944), Paul Viard (Langres).
Sous-lieutenants Pierre Allard-Latour (notaire à Chaumont), Paul Jupin (Saint-Dizier)
Aspirant René Mouchotte (Rolampont).

Le chef de corps, Bouchon, a 55 ans. Vétéran des combats du Maroc, il a commandé le 152e RI de Colmar de 1935 à 1939.
Le commandant Yves Braban est né en Bretagne en 1891. Engagé volontaire en 1909, il a été nommé sous-lieutenant au début de la Première Guerre mondiale et affecté au 21e RI de Langres. Il a terminé la guerre avec le grade de lieutenant et une blessure. Etabli à Langres, il résidait place de la Crémaillère, et a été nommé chef de bataillon de réserve à la mobilisation.
Le capitaine Bongibault servira peu au sein du régiment. Quelques années plus tard, ce Langrois rejoindra les rangs de la Légion des volontaires français contre le bolchévisme et sera contraint de quitter la Haute-Marne au départ des Allemands...

Arrivé en Alsace le 22 octobre 1939, le régiment, intégré dans la 104e division d'infanterie de forteresse (Colmar), organise le sous-secteur de Baldenheim, puis rejoint provisoirement, le 7 mai 1940, celui de Hirtzfelden. Au moment de l'offensive allemande, son 1er bataillon (commandant Eugène-Maximilien Dallennes) et son 2e bataillon (Braban) sont de nouveau en ligne sur le Rhin, le 3e bataillon (commandant Antonin Boyer, du centre de mobilisation n°74 de Langres) est rattaché directement à la 104e DIF.

(A suivre)

Illustration : un réserviste haut-marnais du 242e RI (collection Jean-Marie Chirol).

mardi 10 décembre 2019

Le rapport de mission du réseau Glover (1944)




Le lieutenant Louis G.-V. Hyde (collection André Grossetête).


Le rapport du réseau (circuit) Glover, du Special Operations Executive, a été communiqué à Jean-Marie Chirol en 2002. Le voici dans son intégralité. Nous l'avons assorti de précisions et de corrections. Ce document est un utile complément au rapport rédigé par le seul rescapé de l'équipe initiale, le lieutenant Hyde.



Réseau Glover. Organisation du lieutenant René Jean Guiraud («André»).

«Nuit 1er-2 juin 1944. Le lieutenant R. J. Guiraud («André»), un officier américain d'origine française, fut parachuté avec un opérateur radio, le lieutenant Louis Gérard Varet Hyde («Frédéric»), près de Chaumont, après deux faux départs. Le comité de réception consistait en Hubert Aubry et deux autres hommes, dont un était Suisse. Le reste de l'équipe ne jugea pas nécessaire de venir parce qu'ils ne s'attendaient plus à recevoir un parachutage. Ils ramassèrent huit containers et sept paquets. Seuls deux émetteurs W/T au lieu des quatre promis furent trouvés, et sur les deux un était hors de service. Toutes les batteries étaient détruites. Avec l'aide d'un capitaine de l'armée française retraité, M. Desnouveaux, de Leffonds-le-Haut, un maquis de quinze hommes fut organisé. Ils campèrent dans une cabane près de la route Bugnières-Leffonds et après dix jours, ils gagnèrent le bois de Fays.» René Jean Guiraud était originaire de Chicago (Illinois). Né aux Etats-Unis, Louis Gérard-Varet Hyde était le fils d'un Américain et d'une Française. Coïncidence : son grand-père a été enseignant à Chaumont, où est né un de ses oncles. Autre coïncidence : «Glover» signifie gantier en anglais. Or Chaumont était une des capitales internationales de la ganterie. Le rôle du capitaine Desnouveaux n'a pas été mis en lumière dans l'ouvrage d'André et Josette Grossetête consacré au maquis de Voisines. Quant au Suisse de l'équipe de réception, il s'agit de Japhet Lanz (tué un mois plus tard).

« 15 juin. Hubert Aubry et une partie du maquis eurent un engagement avec sept Allemands entrés dans la forêt et en tuèrent cinq pour la perte d'un maquisard. Le groupe Aubry fusionna avec le maquis d'Ormancey composé d'étudiants de Dijon.» Le maquisard tué au combat se nommait Claude Penègre. Un autre, Raymond Gourlin, a été capturé (il sera déporté à Neuengamme).

«28 juin. Le lieutenant R. J. Guiraud fut arrêté. Les Allemands avaient interdit l'utilisation de voitures et motos. Le même jour, Guiraud, Gaston Simonet et un autre homme connu sous le nom de «Maurice» achetèrent et essayèrent trois motocyclettes à Chalindrey. Ils furent arrêtés devant la feldgendarmerie, rue Diderot à Langres. Guiraud avait une importante somme d'argent sur lui, et «Maurice», en plus de porter un revolver, avait sur lui des cartes et plans de la citadelle et du réseau électrique de la Haute-Marne. Ils furent emmenés à la Gestapo et sévèrement battus. Guiraud nia tout. Simonet prétendit qu'il était sur une moto par hasard. Il simula plus tard une crise d'appendicite, fut opéré et s'évada, avant que sa blessure ne soit guérie, avec l'aide d'une corde de parachute, par la fenêtre du troisième étage de l'hôpital. Mais «Maurice» parla et révéla la nationalité et la mission de Guiraud. Immédiatement après avoir appris cette arrestation, le lieutenant Louis Hyde partit et s'installa avec deux compagnons à la ferme de la Dhuys, au sud-est d'Auberive, appartenant à Maurice Robin. Deux heures après son départ, la Gestapo guidée par «Maurice» chercha la maison qu'il venait de quitter. Les Allemands, cependant, ne trouvèrent pas l'émetteur W/T laissé derrière. Il le récupérera plus tard». Guiraud sera déporté à Dachau où, seul citoyen américain interné dans ce camp, il fut libéré par ses compatriotes. Simonet, originaire de Langres, rejoindra le corps-franc du maquis Henry (Bussières-lès-Belmont). Ce compte-rendu de mission charge «Maurice», ou «Maurice le Troyen», alias Michel P., de Troyes. Celui-ci sera également déporté. Après enquête, Josette et André Grossetête considèrent également «Maurice» comme le dénonciateur du maquis de Voisines.



«Les opérations aériennes suivantes ont été organisées par Hyde, avec l'aide d'Aubry, et plus tard ses successeurs.

Juin 1944 : une opération, huit containers, six paquets.

Juillet : deux opérations, 48 containers, un paquet.

Août : huit opérations, 349 containers, 41 paquets.

Septembre : 17 opérations, 699 containers, 156 paquets».



«30 juin. Après que «Maurice» eut parlé, 800 Russo-Allemands attaquèrent le maquis d'Aubry dans les bois entre Voisines et Vauxbons (au sud d'Ormancey). Les 19 maquisards résistèrent de 10 h à 15 h. Aubry fut tué, deux hommes s'échappèrent et les autres furent tués dans la cour de la mairie de Vauxbons». En réalité, les quinze morts du maquis de Voisines furent tués ou fusillés en forêt.



«Juillet. Après que le lieutenant Hyde eut reçu son premier parachutage d'armes, «Max» Carteron, sous les ordres du colonel Emmanuel de Grouchy, créa un maquis à la ferme de La Salle (est d'Auberive). La force du maquis monta jusqu'à 350 hommes, et il occupa Auberive. Les Allemands ne l'attaquèrent jamais. Le colonel installa son PC à Auberive.

9 août. Un train convoyant des troupes SS allemandes dérailla près de la ferme de Souci (nord de Prauthoy). Les Allemands descendirent du train et tuèrent 18 personnes dans la région, qui n'avaient rien à voir avec le déraillement. La ferme fut incendiée.» Il s'agit de la ferme de Suxy (et non Souci).
 

«Dans la partie Est de l'arrondissement de Langres, près de Bussières, Henri Hutinet créa un maquis comptant environ 400 hommes. Ils reçurent des armes sur le terrain Arthur. «Petit Charles» (nom réel non enregistré) était le responsable de la région de Montigny et il reçut de Hyde beaucoup de matériels avec lesquels il arma quelques centaines d'hommes. André Guignard avait un maquis près de Nogent. Il fut tué par les Allemands à la fin du mois d'août. Le capitaine Schreiber prit le commandement du secteur de Juzennecourt et également du terrain qui avait été choisi par «Monceau» qui avait été arrêté après le lieutenant R. J. Guiraud.» «Petit Charles» correspond à René Henry, créateur du maquis «Charles» (Varennes). «Monceau» est le pseudonyme de Claude Quilliard, de Villars-en-Azois, mort en déportation.


«Courant août, le maquis opérant autour de Semur-en-Auxois (Côte-d'Or) fut attaqué par les Allemands pour une partie et la milice française pour l'autre. Les maquisards se retirèrent habilement en laissant les Allemands combattre la milice. Cependant, le chef du maquis, «Camp», fut tué, et ils perdirent beaucoup de matériels. Le lieutenant Hyde organisa deux terrains de parachutage qui reçurent chacun deux parachutages, après quoi le maquis se reforma et occupa Semur le 9 septembre.

1er septembre. Deuxième mission : le lieutenant Dominique Armand Mendelsohn («Benjamin») a été parachuté à 11 km au sud-est d'Auberive. Il a été dirigé sur la Haute-Marne comme organisateur et il fut responsable de 17 réceptions successives de parachutages d'armes et de matériels. Il instruisit dans l'usage d'explosifs le maquis de Romprey d'environ 100 hommes. Ils opérèrent par la suite des barrages sur les routes jusqu'à Chaumont. Les voies ferrées étaient déjà presque hors service.

9 septembre. Par un parachutage sur le terrain Cherbourg, à 13 km au sud-est d'Auberive, arrivèrent le lieutenant Alphonse Sybille («Squeaker») et «Fantin» (nom réel non trouvé) avec instructions de rejoindre le lieutenant Woerther dans la région de Nancy-Metz (voir le réseau Woodcutter).» Sybille était Français. «Fantin» correspond en fait à Léon Feldman.

«11 septembre. Le lieutenant Curtenius Gillette («Giuseppe»), Américain, le lieutenant D. J. Kitch («Carel»), Américain, et le lieutenant Jacques-François Boissière («Bocace») ont été parachutés pour aider les maquis de Mendelsohn dans la guérilla. Le lieutenant Mendelsohn s'employa particulièrement à protéger les ponts de Langres sur la Marne. Les Allemands en retraitant les avaient minés. Des mesures ont été prises par la Résistance pour les sauver. Pour deux ponts importants, on ne put pas les sauver mais les autres, que les Allemands ont tenté d'endommager pendant leur retraite, ont été bien protégés par le maquis.» Boissière était un ancien élève de l'école des Cadets de la France libre.


«12 septembre. Le lieutenant Mendelsohn et le lieutenant Hyde rencontrèrent l'avant-garde du général de Lattre de Tassigny sous le commandement du colonel Le Cocq, à qui ils donnèrent des informations précises sur la localisation de l'artillerie allemande et sur la défense de Langres, ainsi que d'autres renseignements utiles.» Lecoq commandait le 2e régiment de spahis algériens de reconnaissance, qui établit son PC à Longeau.

«13 septembre. Les maquisards agirent comme tireurs d'élite (sic) pendant le combat entre les chars alliés et les fortifications de la citadelle de Langres. Pendant l'attaque à midi, le lieutenant Gillette a été blessé.

2 novembre. Le lieutenant Mendelsohn retourna en Angleterre et fut décoré de la Military Cross.

Le lieutenant Hyde retourna en Angleterre et fut décoré de la MBE» (Most excellent border of the Britisch Empire).


Liste des terrains de parachutage utilisés par le réseau Glover (en Haute-Marne).

«Alger», 4 km SO de Nogent, trois opérations, message BBC : «Le cassis coulera sous la cloche».

«Arthur», 16,5 km NO-O de Dampierre, trois opérations, message «La ficelle sera démêlée». (Frettes).

«Berlin», 7,5 km SE d'Auberive, première opération de Hyde, probablement en juillet, message «Roger embrasse bien Gilberte». (ferme de La Salle).

«Charlotte», 6 km Nord de Clefmont, deux opérations, message «Le grand chimpanzé est le frère de la biquette».

«Cherbourg», 13 km SE Auberive, deux opérations, message «Quatre cailles couvent au coin d'un pont». (ferme de la Dhuys, Courcelles-Val-d'Esnoms).

«Félix», 11 km SE d'Auberive, trois opérations (la deuxième correspond au parachutage du lieutenant Mendelsohn), messages «La moutarde et le pain d'épices seront distribués ce soir», «N'importe qui le ferait». (Villiers-lès-Aprey).

«Lionel», 9 km N de Bourbonne, une opération, message «La bicyclette est réparée ». (Aigremont).

«Nicole», 1,5 km N de Juzennecourt, une opération, message «Charles aime bien les blondes».

«Riverside», 3 km NO de Varennes, trois opérations, message «Souviens-toi bien du vase de Soissons ». (Lavernoy).

vendredi 25 octobre 2019

A l'assaut du Faux-Miroir, 10 septembre 1914



Le combat du Faux-Miroir est un des événements de la bataille de la Marne à l'extrême-droite du dispositif français. C'est le 10 septembre 1914 que l'attaque est déclenchée.


Le Faux-Miroir, c'est un bois, un château (propriété de Charles Freund-Deschamps, maire de L'Isle-en-Rigault), une ferme situés dans un secteur limité, au nord, par le canal de la Marne au Rhin (qui borde Revigny-sur-Ornain), au sud, par la route reliant Contrisson à Vassincourt (puis Bar-le-Duc).



La 30e division d'infanterie (général Colle) – avec le soutien de la 29e du général haut-marnais Carbillet - est chargée de cette conquête, à l'aube du 10 septembre 1914. Sa 60e brigade (général Morgain) attaquera en direction de Contrisson et de la lisière Ouest du bois (le 2e bataillon du 40e régiment d'infanterie, notamment, en progressant le long de la lisière Est de la forêt de Trois-Fontaines), la 59e brigade (colonel Marillier) se portant sur le bois depuis le sud. L'action commence réellement à 6 h. A la brigade Marillier, le I/58e RI (commandant Jaubert) et le III/58e RI (commandant Delpeuch) doivent progresser en direction de la croupe Est de Mognéville et la corne Sud-est du bois, le bataillon Rey du 173e RI vers la cote 138.



Le Faux-Miroir est défendu par de l'artillerie et des mitrailleuses allemandes, notamment. Leur opposition est efficace. A 9 h 30, l'historique de la 30e DI évoque, au 58e RI, la difficulté de déboucher du «petit bois à l'est de Mognéville», tandis que le bataillon du 173e se heurte, au débouché des bois, aux Allemands qui sont sur la rive gauche de la Saulx. Le colonel Jaguin, chef de corps du 58e RI, est blessé à la tête par un éclat d'obus. ««C'est pour la France, continuez l'attaque !», dit-il, tandis qu'on l'emmène au poste de secours», précise l'historique du régiment. Le commandant Delpeuch lui succède, laissant son 3e bataillon au capitaine Masseille.



A midi, le I/61e RI, de la brigade Morgain, reçoit l'ordre de se joindre à deux bataillons du 55e RI (commandant Valdant) pour coopérer à l'attaque du bois, par le bois d'Andernay. A la même heure, un nouvel essai pour franchir le ruisseau de la Beuse est tenté, il échoue.

A 13 h 40, le lieutenant-colonel Capxir, commandant le 61e RI, signale à sa hiérarchie que l'artillerie ennemie, positionnée au nord et au nord-est d'Andernay, l'empêche d'avancer. Au 40e RI, la 7e compagnie du 2e bataillon parvient, à 16 h, à franchir la Saulx, mais ne peut progresser davantage, même renforcée par deux sections de la 6e compagnie.



Une nouvelle action est lancée à 17 h, avec l'appui de l'artillerie de la 29e DI (AD 29) qui tire sur la lisière Est du bois. Enfin, à 19 h, la 59e brigade borde le ruisseau de la Beuse, où un seul pont est en état de faire passer la troupe.





La reprise de l'offensive est programmée au 11 septembre 1914. Les AD 29 et 30 (où le capitaine de Barbeyrac, commandant de batterie au I/38e RAC, a été blessé) appuient l'action de la 59e brigade, dont le colonel Marillier, resté malade à Mognéville, a dû céder provisoirement le commandement au colonel Falque (AD 30). A 7 h 20, la Beuse est franchie, la lisière Sud du Faux-Miroir est atteinte. Le bois a été évacué. La 60e brigade apprend cette information à 8 h 30. «Une batterie allemande (est) abandonnée sur la crête», note le journal de l'AD 30. L'historique du 58e RI précise de son côté : «Le régiment pénètre dans le château du Faux-Miroir que les Allemands ont pillé et converti en ambulance. L'ennemi a abandonné sur la position, trois canons, une dizaine de caissons et des quantités de munitions. Dans la précipitation à s'enfuir, le 87e régiment de réserve allemand enterre son drapeau, dans le bois des Elus, où il fut retrouvé quelques mois plus tard».



Au même moment, des éléments des 55 et 40e RI (le II/40e a passé la nuit dans un bois à 1 200 m à l'ouest de Mognéville) entrent dans Andernay. Contrisson, Revigny, Vassincourt sont également pris. Les Allemands retraitent, la poursuite commence...



Sources : journaux de marche et d'opérations de la 30e DI, des 57e, 58e, 59e, 60e brigades,

des 40e, 55e, 58e, 61e RI ; historiques du 58e RI, du 38e RA (ministère de la Défense).

Illustrations : deux vues des combats du Faux-Miroir, parues dans l'ouvrage "En plein feu !".

mardi 24 septembre 2019

Patriotes joinvillois



Les trois volumes de l'oeuvre collective «Résistance en Haute-Marne» sont peu diserts sur les activités des résistants de Joinville. L'une des rares mentions concerne le démantèlement, le 18 janvier 1944, d'un petit groupe composé de François et Philippe Lamoureux, fils d'un boulanger joinvillois, de Pierre Demogeot et Roland Francq ainsi que de René Marterer, de Vecqueville. Tous cinq ont été déportés à Auschwitz puis Buchenwald puis Mauthausen, seul Philippe Lamoureux reviendra.



Aujourd'hui, des documents inédits nous permettent de mettre en lumière les activités de patriotes joinvillois méconnus. Dans un témoignage recueilli par Marcel Henriot, correspondant du Comité d'histoire de la Deuxième Guerre mondiale, le commandant Jules Gâtinois cite ainsi, parmi les résistants de la cité, Raffin, Tondeux, Lombard et «le fermier de Saint-Maurice» (Emile Bertrand), mais aussi Claudin (Osne-le-Val) et Riehl.


Né le 26 mars 1904 à Chaumont, commis principal du Trésor (il avait été nommé à la perception d'Eurville en 1925, puis à celle de Joinville deux ans plus tard), André-Gabriel Riehl avait été promu lieutenant de réserve pour prendre rang du 25 mars 1940. Il s'est investi dans la Résistance dès 1943. Voici qu'écrit Henri Hutinet, chef du secteur sud-est de Langres, à son sujet : «Suspecté par la Gestapo, il doit quitter Joinville et se réfugie à Chalindrey le 1er avril 1944 où il est nommé chef de secteur... Officier de réserve, (…), par ses connaissances, est un agent précieux au sein des organisations de résistance. A la tête de ses hommes, il prend le commandement de plusieurs batailles, entre autres l'attaque du château du Pailly le 9 septembre où est cantonné un état-major divisionnaire allemand et où sont faits 55 prisonniers dont des officiers supérieurs».



Entre autres activités, André Riehl avait fait homologuer un terrain de parachutage. Il est vrai que Joinville sera, avec Courcelles-sur-Aujon, un des principaux foyers actifs du Bureau des opérations aériennes (BOA) en Haute-Marne. Coordinateur national de ce service de la France libre, le commandant Michel Pichard se souviendra en effet des noms de plusieurs patriotes de la région de Joinville parmi ses agents.

En premier lieu René Legros. Né le 4 octobre 1903 à Nogent, il était l'époux d'une Joinvilloise, Jeanne, et c'est dans cette cité qu'est né son fils André, le 4 août 1925. Gantier chez Evrard avant-guerre, René Legros est qualifié de directeur d'usine lorsqu'il s'investit au sein du BOA comme «adjoint au chef de secteur».

Il aura la responsabilité de trois terrains : Cuisinier (ferme de Baudray, territoire d'Osne-le-Val), Bluet (ferme de Sossa, au-dessus de Joinville) et Formule (Blécourt). Sont cités, comme ayant pris part, à des degrés divers, aux activités du BOA dans la région : André Legros (le fils de René), mort pour la France le 2 septembre 1944 à Brethenay, Roger Blandin, de Thonnance-lès-Joinville, blessé et fait prisonnier à Brethenay, Antoine Mattéi, blessé au combat de Chancenay, Raymond Faveaux, James Collin, Georges Conroy et Robert Klein, agents des PTT, Georges Renard, responsable de Formule, Jean-Baptiste Darthe, responsable de Bluet, Clovis Lagrange, attaché au terrain Cuisinier...

Plusieurs opérations aériennes sont mentionnées dans ce secteur : à Cuisinier (nuit du 31 août au 1er septembre, pour le parachutage de quatre agents français et d'armes, et nuit du 5 au 6 septembre 1944), à Bluet et Formule (dans la nuit du 5 au 6 septembre 1944).



Ces largages vont permettre d'armer, mais après la libération de la cité (31 août 1944), une unité FFI qui porte le nom de Bataillon (puis de Compagnie) de Joinville. Aux ordres du commandant Gâtinois, qui signe ses proclamations en qualité de «commandant du cercle militaire de Joinville», le bataillon se compose de deux compagnies. Il regroupe 25 sous-officiers et 227 hommes.



Jules-Auguste (dit Maurice) Gâtinois est né à Thonnance-lès-Joinville le 11 octobre 1888. Instituteur à Domrémy, il a pris part à la Première Guerre mondiale comme lieutenant puis capitaine d'infanterie. Titulaire de la Médaille interalliée, chevalier de la Légion d'honneur en 1928, il était propriétaire d'une petite usine de taillanderie à Thonnance et président d'une association d'anciens combattants qui comptait notamment, dans ses rangs, Lucien Febvay (mort suicidé à la prison du Val-Barisien à Chaumont, en 1944) et Oscar Becker.

La 1ère compagnie est aux ordres du lieutenant René Mazeron. Sa 2e section regroupe les volontaires de Vecqueville et Bussy. Elle est commandée par le sergent Pierre Legendre, instituteur à Vecqueville, né à Saint-Dizier en 1904, qui était sergent de réserve au 242e RI en 1939.

Le lieutenant Oscar Becker commande la 2e compagnie. En poste à Saint-Dizier comme moniteur d'éducation physique de la police, l'adjudant (puis adjudant-chef) François Harelle en commande une section, qui participe au nettoyage du secteur (Donjeux, Rimaucourt).

Autre officier de l'unité : le lieutenant Jean Larrieu, 38 ans. Alors chef d'exploitation forestière à la SA des usines Renault à Joinville, depuis le 1er septembre 1942, ce natif de Vertheuil (Gironde) était lieutenant de réserve du génie.



Parmi ses activités, le sergent Legendre note : «Nettoyage des bois du plateau de Sossa, du 2 au 4 septembre 1944. Capture, à l'aide d'un groupe de combat sous mon commandement, de 17 prisonniers allemands armés en collaboration avec une patrouille américaine».

La Compagnie de Joinville participe ensuite aux opérations de Chaumont, opérant notamment à Briaucourt et Brethenay, le 13 septembre 1944.

Le 29 septembre, une section de marche rejoindra Chaumont et le 21e bataillon de sécurité. On y retrouve l'aspirant Hubert Barbier, les adjudants-chefs
René Colson et Robert Vitry, l'adjudant Louis Claudin, les sergents Marcel Soulard, Pierre Didier et René Regnault. La plupart seront incorporés dans le 4e régiment de tirailleurs sénégalais à partir du 15 octobre 1944.



Illustration : André Riehl. (Collection familiale).