jeudi 29 juillet 2021

Les tirailleurs sénégalais inhumés dans la Haute-Marne et la Meuse (15 - 22 juin 1940)



Cet essai de recensement, esquissé dans notre ouvrage «10 jours de juin» (2020), se base sur plusieurs sources. D'abord une liste, conservée aux archives de l'armée à Vincennes (GR 34 N 1093), des tirailleurs du I/14e RTS tués ou portés disparus pendant le repli à travers la Meuse et la Haute-Marne et lors des combats de Bourmont. Puis les états des sépultures dressés en 1940-1941 par les préfectures, sur la foi des renseignements communiqués par les municipalités, et qui sont consultables aux Archives départementales de la Haute-Marne (15 W 74) et de la Meuse (1969 W 96, 1969 W 97). Enfin la base des morts pour la France durant la Seconde Guerre mondiale du ministère des Armées (site Internet Mémoire des hommes).

Nous avons essayé, autant que faire se peut, de croiser ces différentes sources pour essayer de retrouver les identités des tirailleurs inconnus, notamment ceux inhumés à Graffigny-Chemin.

Pour autant, ces noms sont donnés sous toute réserve, compte tenu des difficultés d'identification rencontrées par les maires, qui parfois ont compris des éléments de matricule (comme SRI) comme étant des patronymes, ou encore ont confondu région d'origine et identité (exemple Ouagadougou).

Après cet essai de recensement, nous avons joint une liste de numéros de matricule de tirailleurs du I/14e RTS toujours portés disparus à la date du 1er août 1940. Cela permettra, espérons-le, à des chercheurs de pouvoir enfin mettre un nom sur un corps non identifié.


INHUMES DANS LE

DEPARTEMENT DE LA HAUTE-MARNE


. Bale Soropogui, I/14e RTS, Bourmont1 18 ou 19 juin 1940

. Boubakar, I/14e RTS, Bourmont2 18 ou 19 juin 1940

. Codogba, I/14e RTS, Bourmont 18 ou 19 juin 1940

. Dia Die (Mondoga Diadie, 29 ans, selon Mémoire des hommes, ou Diadie Mandaga, matricule 70 474, de la Haute-Volta, selon la municipalité de Bourmont), I/14e RTS, Bourmont 18 ou 19 juin 1940

. Dian Balou, I/14e RTS, Bourmont 18 ou 19 juin 1940

. Diouhe Boye, I/14e RTS, Bourmont 18 ou 19 juin 1940 (22 ans selon Mémoire des hommes)

. caporal Dita Gougou, I/14e RTS, Bourmont 19 juin 1940

. Facine Mara, I/14e RTS, Bourmont 19 juin 1940

. Gouasma Kone, I/14e RTS, Bourmont 19 juin 1940

. Tinga Campaore (Kombi Kompaore selon Mémoire des hommes), I/14e RTS, Bourmont 19 juin 1940

. Lagbo, I/14e RTS, Bourmont 18 ou 19 juin 1940

. Lamina Camara, matricule 59 340, I/14e RTS, Bourmont 19 juin 1940

. Mamadou Taraore (Mamadou Taraure selon Mémoire des hommes), I/14e RTS, Bourmont 19 juin 1940

. Maniore Bazi (Yenyare Bazi, 24 ans, selon Mémoire des hommes), I/14e RTS, Bourmont 19 juin 1940

. Oroba Korofo, I/14e RTS, Bourmont 18 ou 19 juin 1940

. Panadi Coussobe, I/14e RTS, Bourmont 18 ou 19 juin 1940

. Pogba, I/14e RTS, Bourmont 18 ou 19 juin 1940

. caporal Sekou Dore, I/14e RTS, Bourmont 19 juin 1940

. Soule Mana Konate, I/14e RTS, Bourmont 18 ou 19 juin 1940

. Tobga, I/14e RTS, Bourmont 18 ou 19 juin 1940

. Panga Tolno, I/14e RTS, Bourmont 19 juin 1940

. caporal Robert Touaye, 31 ans, Côte-d'Ivoire, I/14e RTS, Bourmont 19 juin 1940

. Zoumana Diora (ou Dioran selon Mémoire des hommes), I/14e RTS, Bourmont 18 ou 19 juin 1940

. matricule 43 319, Valentin Danguede, 14e RTS, né en 1918, Brouthières 17 juin 1940.

. matricule 57 666 ou 7 666, BTS, né en 1911, Breuvannes inhumé 20 juin 1940.

. matricule 53 508, Tenga Kombeleinzigri, BTS, Breuvannes inhumé 20 juin 1940 (du 6e RTS et mort le 19 juin selon Mémoire des hommes).

. matricule 60 254, Zerekore (selon la mairie), BTS, né en 1918 en Guinée, Breuvannes inhumé 20 juin 1940. Note : Mémoire des hommes parle de G'Banan Ze, 14e RTS, mort le 19 juin 1940, qui pourrait être un des tirailleurs précités.

. matricule 54 531, Labe (ou Labee), Guinée 1917, I/14e RTS, Chaumont 21 juin 1940.

. matricule 87 358, né en 1910, 14e RTS, Chaumont 21 juin 1940. Note : Mémoire des hommes parle de Mansarena, 14e RTS, mort des suites de blessures le 21 juin 1940 à Chaumont, qui pourrait être un des tirailleurs précités.

. matricule 75 061, Yencien Zoucanou selon la mairie (Yencien Zoubanou selon Mémoire des hommes), Chaumont 21 juin 1940 (né en Côte-d'Ivoire en 1913, mort des suites de blessures selon Mémoire des hommes).

. X sénégalais « enterré par les soldats allemands qui ont gardé les plaques d'identité », Doncourt-sur-Meuse, 20 juin 1940.

. X sénégalais « enterré par les soldats allemands qui ont gardé les plaques d'identité », Doncourt-sur-Meuse, 20 juin 1940.

. X noir Doncourt-sur-Meuse. Selon la mairie, l'un des tirailleurs inhumés à Doncourt correspond à Togba Boy (Togbaby, né en 1918 à Zérékore, du 14e RTS, tué le 15 juin à Daucourt (sic) selon Mémoire des hommes).

. X, Germay entre le 16 et le 21 juin 1940.

. matricule 66 239, Nambago, 14e RTS, né en 1913, Germay entre le 16 et le 21 juin 1940.

. matricule 38 989, Bounouma N'Zerekore, né en Guinée en 1913, lieu-dit La Ronce à Germay, inhumé 22 juin 1940 (identifié ensuite comme le caporal Niangbaka).

. matricule 56 810, Ouagadougou Gaoua selon la mairie, né en Haute-Volta en 1909, lieu-dit La Ronce à Germay, inhumé 22 juin 1940.

. matricule 43 307, Abidian Lacune selon la mairie, né en 1910, Germay 23 juillet (sic) 1940.

. matricule 60 012, Guinée, Gonaincourt, 22 juin 1940 (Kissidougou selon la mairie).

. matricule 853, Guinée, 14e RTS, Gonaincourt, 22 juin 1940 (Labé selon la mairie).

. matricule 79 071, Soudan, Gonaincourt, 22 juin 1940.

. matricule 68 858, Goncourt.

. matricule 12 989, Gomnoaga Zouagrana (selon Mémoire des hommes) ou Comnoaga Zoungraa (selon la mairie) ou Comndaga Zoungrana (I/14e RTS), I/14e RTS, disparu à Bourmont, vraisemblablement exécuté à Graffigny-Chemin3 20 juin 1940.

. matricule 13 054, Yemnoaga Sana, I/14e RTS, disparu à Bourmont, vraisemblablement exécuté à Graffigny-Chemin

. matricule 13 147, Fibila Guiguina, I/14e RTS, disparu à Bourmont, vraisemblablement exécuté à Graffigny-Chemin 21 juin 1940

. matricule 28 504, Mryamba Kaboure (selon Mémoire des hommes) ou Voreyemba Labori (selon le mairie), I/14e RTS, Côte-d'Ivoire, disparu à Bourmont, vraisemblablement exécuté à Graffigny-Chemin 21 juin 1940

. matricule 28 784, Foulou (selon la mairie), Guinée Graffigny-Chemin 21 juin 1940

. matricule 32 017, Baouli Boniki (selon la mairie), Graffigny-Chemin.

. matricule 54 171, Furcariath (selon la mairie) Graffigny-Chemin

. matricule 74 971, Kadegitien (selon la mairie), Graffigny-Chemin

. matricule 79 915, Tendrodogo (selon la mairie), Graffigny-Chemin

. caporal Tiekoura Ba, I/14e RTS, disparu à Bourmont, Sénégal, sur la liste des morts de Graffigny-Chemin.

. X «nègre sans plaque identité et sans papier», près de la halte Hâcourt, 19 juin 1940.

. Fararah Dantillia, 12e RTS, Guinée, Harréville-les-Chanteurs4 18 juin 1940

. Dialo Mansa, 12e RTS, Harréville-les-Chanteurs 18 juin 1940

. Kondé Moussa, 12e RTS, Guinée, 22 ans, Harréville-les-Chanteurs 18 juin 1940

. sergent Kamara Mouba ou Nouba, 12e RTS, Harréville-les-Chanteurs 18 juin 1940

. X, 12e RTS, Harréville-les-Chanteurs 18 juin 1940

. X, 12e RTS, Harréville-les-Chanteurs 18 juin 1940. Note : Mémoire des hommes cite les noms de Mazadou Garba, Nigérien de 23 ans, et Bocary Keita, qui pourraient correspondre aux inconnus.

. matricule 19 369, Gondota Mzerekore selon la mairie, né en Guinée en 1908, Lezéville 21 juin 1940. Tué d'une balle dans la poitrine selon la mairie.

. matricule 68 989, Nijon, 20 juin 1940 (Kampti selon la mairie, Nouffé Kounbou, 14e RTS, né au Burkina, mort – exécuté - le 19 juin 1940 selon Mémoire des hommes).

. matricule 43 194, Nijon.

. X, RTS, Nijon.

. X tirailleur, Outremécourt,

. Rabla Aule, Côte-d'Ivoire, 14e RTS, Sommerécourt, 19 juin 1940.

. présumé Jean Soumiat (selon la mairie), Côte-d'Ivoire, Soulaucourt, 23 ou 24 juin 1940.


INHUMES DANS LE

DEPARTEMENT DE LA MEUSE5


. matricule 42 265, Dahomey, Bazincourt-sur-Saulx 15 juin 1940

. Ouattara Kopara, Bazincourt-sur-Saulx 15 juin 1940

. matricule 16 905,Viala Tenga, 23 ans, Bazincourt-sur-Saulx 15 juin 1940

. «caporal noir, identification impossible», Bazincourt-sur-Saulx 15 juin 1940

. matricule 25 372, Côte-d'Ivoire, 22 ans, Bazincourt-sur-Saulx 15 juin 1940

. matricule 18 744, Côte-d'Ivoire, 22 ans, Bazincourt-sur-Saulx 15 juin 1940

. matricule 13 325, Keulion Tietiéré, 23 ans, Bazincourt-sur-Saulx 15 juin 1940

. «soldat noir, identification impossible», Bazincourt-sur-Saulx 15 juin 1940

. «soldat noir, identification impossible», Bazincourt-sur-Saulx 15 juin 1940

. matricule 55 877, Bodioulasso, Haute-Volta, 31 ans, Bazincourt-sur-Saulx 15 juin 1940

. «soldat, identification impossible», Bazincourt-sur-Saulx 15 juin 1940

. matricule 62878, Dobreka, Guinée, 22 ans, Bazincourt-sur-Saulx 15 juin 1940

. «soldat noir, identification impossible», Bazincourt-sur-Saulx 15 juin 1940

. matricule 43 308, Dahomey, 22 ans, Bazincourt-sur-Saulx 15 juin 1940

. matricule 76 239, Tenkodogo, Haute-Volta, 28 ans, Bazincourt-sur-Saulx 15 juin 1940

. matricule 14 810, Côte-d'Ivoire, 23 ans, Bazincourt-sur-Saulx 15 juin 1940

. matricule 74 889, Côte-d'Ivoire, 27 ans, Bazincourt-sur-Saulx 15 juin 1940

. matricule 24 373, Mananko Kzéréhoré, Guinée, Bazincourt-sur-Saulx 15 juin 1940

. matricule 22 125, Sassandra, Côte-d'Ivoire, 22 ans, Bazincourt-sur-Saulx 15 juin 1940

. matricule 35 235, Côte-d'Ivoire, 21 ans, Bazincourt-sur-Saulx 15 juin 1940

. matricule 43 298, Dahomey, 22 ans, Bazincourt-sur-Saulx 15 juin 1940

. «soldat noir, identification impossible», Bazincourt-sur-Saulx 15 juin 1940

. matricule 74 567, Haute-Volta, Bazincourt-sur-Saulx 15 juin 1940

. matricule 9 506, Mahamedi Doucouré, 26 ans, Bazincourt-sur-Saulx 15 juin 1940

. «soldat noir, identification impossible», Bazincourt-sur-Saulx 15 juin 1940

. matricule 42 884, Dahomey, 22 ans, Bazincourt-sur-Saulx 15 juin 1940

. matricule 54 337, Guinée, 23 ans, Bazincourt-sur-Saulx 15 juin 1940

. quatre «soldats enterrés par les Allemands, identité inconnue», Bazincourt-sur-Saulx 15 juin 1940

. X, «militaire noir», Lavincourt.

. X sénégalais fusillé «par les Allemands à l'hôpital civil de Ligny, enterré dans le jardin», Ligny-en-Barrois.

. X sénégalais fusillé (mêmes circonstances), Ligny-en-Barrois. Note : Mémoire des hommes évoque Bouda Joachim, du 14e RTS, «tué au combat» à Ligny le 16 juin 1940.

. matricule 54 436, Bailosaul Kuida (ou Kinda), I/14e RTS, Menaucourt.

. matricule 13 137, Gadougou ou Sidyaouda, Côte-d'Ivoire, Menaucourt. Ouedrago Sidayoda, né en Haute-Volta en 1917, 14e RTS, mort le 15 juin 1940 selon Mémoire des hommes.

. matricule 16 284, 14e RTS, Côte-d'Ivoire, 23 ans, Montiers-sur-Saulx

. matricule 16 350, 14e RTS, Côte-d'Ivoire, 23 ans, Montiers-sur-Saulx

. matricule 22 444, Dua Koffi (ou Kobbi), 12e RTS, Montplonne

. Nouja Lilne (ou Lilue), 7e (sic) RTS, Montplonne

. Tomba Konde, 72e (sic) RTS, Montplonne, près de la ferme Saint-Martin

. matricule 33 399, Moussa Salomata, 1er (sic) RTS, Montplonne bois de Javard

. cinq «noirs inconnus», Montplonne

. matricule 43 269, Fagnihoun, II/14e RTS, Morlaincourt nuit 16 au 17 juin 1940. Né en 1918 selon Mémoire des hommes.

. Gado, BTS, Ribeaucourt.

. matricule 43 405, Dao Dankin (selon la mairie), 14e RTS, du Dahomey, «à la voie de Ligny» Stainville.


Numéros de matricule des tirailleurs du I/14e RTS disparus


13 056 Tintaga Nan

13 058 Noaga Zonko

14 449 To Koni

18 075 Dji Mariko

27 678 Do Kone

27 682 Segbe Diomande

27 863 Donatie Kone

33 099 Banazoto

36 857 Bagaouzo Guilavogui

39 579 Moussa Doumbrouya

40 534 Sambieni Bari

42 364 Fanou

44 223 Kassa

44 229 Biao

44 337 Tiando Sabari. Actualisé (octobre 2025) : recueilli, "exténué et grelottant", par une famille de Saint-Urbain (Haute-Marne), ce tirailleur - appelé Sabaré Kiondo, né vers 1901 au Sénégal, dans le procès-verbal d'audition - est conduit le 20 octobre 1940 à la Kreiskommandantur de Saint-Dizier par un gendarme de la brigade de Doulaincourt. Interrogé à la Libération, ce militaire reste persuadé que ce soldat du 14e RTS a été ensuite dirigé sur la Zone libre...

44 371 Doko

45 787 Noumou Dialla

45 844 Patte

59 200 Adjiba

59 237 Rassoum

60 252 Dian Sadio

60 262 N'Guessi

60 836 Mamadou Dian

60 853 Ibrahima Balde

62 914 Baladio Bari

68 935 Tiko Kambou



Les tirailleurs inhumés à Graffigny-Chemin


Matricule     Nom mairie          Nom MDH                     Nom I/14e RTS

12 989     Comnaga Zougraa      Gomnoaga Zoungrana

13 054     Ouagadougou              Filila Guiguema         Fibila Guiguina

13 147      Ouagadougou             Yemnoaga Sana      Yemnoaga Sana

28 504      Voyeremba Labouri      Mryamba Kaboure

28 784      Foulou

32 017     Baouli Boniki

54 171      Furcariath

74 971     Kadegitien

-              Tiecoura Ba                  Tiecoura Ba Bahil      Tiekoura Ba

-              Konesseretou

Actualisé (21 mai 2026) : d'autres tirailleurs parviennent à subsister quelque temps dans les forêts de Haute-Marne. Après les combats de Bourmont, six combattants réfugiés dans les bois de Chaumont-la-Ville sont ainsi conduits par un habitant jusqu'aux postes allemands à Vrécourt et Neufchâteau (Vosges) ; en juillet 1940, deux tirailleurs sont cachés dans les bois près de Serqueux ; un autre est localisé dans le bois de la Garenne près de Foulain. 

1Cette liste est celle donnée par le journal des marches et des opérations du bataillon. Le site Mémoire des hommes recense les noms suivants, qui peuvent correspondre à ceux consignés dans cette liste : Adjiba, 22 ans, Guinée, mort le 19 juin 1940, Akiou, 22 ans, du Burkina-Fasso, Aliou Diallo, tué le 18 juin, Didier, mort le 20 juin, Ge Goudougou Beyla, le 19 juin (un Guinéen de 24 ans, matricule 483 selon le relevé de la municipalité), Oudrago Kindaogo, 24 ans, du Burkina-Fasso, le 19 juin.

2Les matricules et colonies d'origine connus des tirailleurs inhumés à Bourmont sont les suivants (état dressé par la municipalité) : 4 333 (Côte-d'Ivoire), 8 197 (Niger), 13 165, 13 195 (Côte-d'Ivoire), 21 310 (Côte-d'Ivoire), 25 520, 40 944 (Guinée), 46 844 (Guinée), 54 928 (Guinée), 58 977 (Guinée), 59 211 (Guinée), 59 779 (Guinée), 60 263 (Guinée), 60 266 (Guinée), 60 854 (Guinée).

3Il existe trois listes à leur sujet : celle des disparus du I/14e RTS, celle de la mairie (qui parle à l'origine de neuf morts) et celle de Mémoire des hommes. Cette dernière donne dix noms : sergent-chef Foroma Kamara (I/14e RTS, disparu à Bourmont), Filila Guiguema, Gomnoaga Zoungrana, Kani Coulibaly, Mamadou Soumah, Maoro Beaugui, Mryamba Kaboure, Rayende, Yemnoaga Sana, Tiecoura Ba Bahil.

4Les noms donnés sont ceux inscrits sur la stèle de Harréville-les-Chanteurs.

5Sépultures, Archives départementales de la Meuse, 1 969 W 96 et 1 969 W 97.

lundi 7 juin 2021

La fin d'un mystère autour d'un résistant arrêté près de Montier-en-Der

Entre 1986 et 1995, Jean-Marie Chirol, fondateur du club Mémoires 52, a mené une enquête très fouillée sur l'évasion de 45 internés du camp de Compiègne déportés en direction de Neuengamme, dans la nuit du 4 au 5 juin 1944, dans la Marne. Elle est parue sous le titre «Sur les chemins de l'enfer» (club Mémoires 52, 1996).


Quatre de ces évadés ont été recueillis à Couvrot, dont le lieutenant Raymond Krugell et le sergent Maurice Cousteau. Né le 8 novembre 1923 à Montesquieu (Tarn-et-Garonne), le sous-officier « appartient à un maquis de Corrèze. Il est arrêté par la Gestapo, pour faits de résistance fin mars, et incarcéré à la prison Saint-Michel de Toulouse. Le 27 avril, il fait la connaissance de Raymond Krugell (alias Jean Rehm) lorsque celui-ci arrive dans cette prison. Le 12 mai, ils partent ensemble, en convoi, au camp de Royallieu. » Le 30 juin, après leur évasion, Krugell et Cousteau sont contactés par les responsables du Front national de Saint-Dizier et prennent le commandement de deux groupes dans la région dervoise. Krugell les quittera le 22 juillet. Auparavant, Cousteau a été arrêté « le 20 juillet 1944, lors d'un contrôle de feldgendarmes, entre Giffaumont et Montier-en-Der », écrit l'historien. Qu'est-il devenu ? Dans un article du journal L'Union, paru le 12 juin 1974, il est écrit : "Après un séjour à la prison de Châlons, il fut porté disparu. Sa famille ignore ce qu'il est devenu." Jean-Marie Chirol va donc chercher à le savoir.


L'on sait que grâce à des fonctionnaires de la préfecture de Châlons, Marcel Reiss, de Couvrot, a pu obtenir des cartes d'identité pour Krugell, qui devient « Raymond Fontaine », et Maurice Cousteau, « Maurice Delmas ».

« Ces précisions vont être utiles, très utiles même, pour la suite de ma nouvelle enquête commencée le 22 août 1996, raconte Jean-Marie Chirol. Jusqu'en juillet 1996 – parution de l'ouvrage « Sur les chemins de l'enfer » - à défaut d'autres informations, j'en reste au fait que Maurice Cousteau : arrêté en Haute-Marne, le 20 juillet 1944, conduit à la prison de Chaumont, puis transféré à celle de Châlons, a quitté cette dernière pour être emmené vers l'Allemagne probablement et porté disparu après Nancy.

Le 22 septembre 1990, je fais connaissance de Raymond Gourlin à l'occasion d'une manifestation à Coole (Marne). (Une) lettre m'est adressée suite à cette rencontre (…) » Or, parmi les noms, cités par M. Gourlin, des détenus de la prison de Langres dirigés le 27 août 1944 sur Belfort puis déportés le 29 de Belfort pour Neuengamme, figure le nom de Maurice Delmas.

Quelques semaines plus tard, M. Chirol découvre en effet, dans le Mémorial des Français et Françaises déportés à Neuengamme, paru en 1994, le nom de Maurice Delmas, né à Châlons-sur-Marne le 2 février 1925, convoi arrivé le 1er septembre 1944 à Neuengamme, matricule 43 963, décédé le 9 janvier 1945 au kommando de Wilhelmshaven.


Maurice Delmas étant la fausse identité de Maurice Cousteau, l'historien va donc chercher confirmation de son hypothèse. Toujours en août 1996, Jean-Marie Chirol obtient une réponse écrite de l'état civil de Châlons précisant « qu'il n'y a pas d'acte applicable » d'une naissance d'un nommé Maurice Delmas dans la cité à la date du 2 février 1925.

« Le 25 août 1996, ajoute-t-il, j'écris au maire de Montesquieu (82200) pour obtenir la photocopie de l'acte de naissance de Maurice Cousteau. Réponses reçues le 23 septembre 1996 : confirmation du lieu et de la date de naissance de M. Cousteau », fils de Jean Cousteau, propriétaire cultivateur, et de Léonie Berthe Vidal, mention marginale : décédé au cours du mois de juillet 1944 (jugement du tribunal civil de Moissac du 1er avril 1952, « mort pour la France », mention faite le 12 mai 1952) ».

Enfin, Jean-Marie Chirol apprendra de Raymond Gourlin que Maurice Delmas est inhumé au Struthof, section K, deuxième rangée, tombe n°38. Pour lui, il s'agit bien du lieu d'inhumation de Maurice Cousteau.


Respectant le vœu de la sœur du résistant, qu'il a contactée et qui ne souhaitait pas connaître les résultats de cette enquête, Jean-Marie Chirol, décédé en 2002, ne l'a pas publiée. Aujourd'hui, cette parente nous a quittés. Nous avons donc jugé utile, pour la parfaite connaissance du parcours de Maurice Cousteau, de la rendre publique, 76 ans après son décès.

Illustration collection Jean-Marie Chirol/Club Mémoires 52.


jeudi 3 juin 2021

Jeudi noir (3) : un chirurgien-dentiste, son épouse et leurs deux filles assassinés à Auschwitz



Illustrations : la famille Haguenauer-Blum à Strasbourg, en 1922. De gauche à droite : Jacques, Francis, Yvonne et Sylvie, sur les genoux de sa maman Renée. (Photo collection Jérôme Haguenauer, neveu de Jacques Haguenauer, que nous remercions bien sincèrement pour le prêt de documents).


Septembre 1939, boulevard Thiers à Chaumont : de gauche à droite, Sylvie, Nicole et Yvonne. (Collection J. Haguenauer).


C'est à Strasbourg que naissent Jacques Haguenauer, le 4 septembre 1884, et Renée Blum, le 4 avril 1893. Ils unissent leur destinées, pour le meilleur et le pire, à quelques mois de l'armistice de 1918 qui rendra à la France l'Alsace et le nord de la Lorraine. Les époux Haguenauer-Blum sont de ceux qui ont impatiemment attendu ce grand jour du 11 novembre 1918. Patriotes, ils le resteront jusqu'au bout. D'ailleurs, Renée Blum n'a pas attendu ce jour béni de l'armistice pour le démontrer En février 1917, n'a-t-elle pas été chargée d'une mission d'espionnage en faveur de la France ? En effet, cette mission concernait les mouvements de troupes allemandes. Pour cette courageuse activité, menée à bien, un « diplôme d'honneur » lui a été décerné par la suite ; il porterait même la signature du … maréchal Pétain, celui qui, 20 ans plus tard, promulguera la législation anti-juive, avec les conséquences funestes que l'on sait…


Ses études de chirurgien-dentiste terminées, Jacques Haguenauer ouvre un cabinet à Strasbourg. Trois enfants naissent dans cette ville : Yvonne, le 29 novembre 1919, Francis, le 14 février 1921, Sylvie, le 10 mars 1922.


En 1924, la famille Haguenauer change de lieu de résidence et s'établit à Bar-le-Duc. C'est là que naît Nicole, le 4 novembre 1925. Dans le courant de l'année 1928, Jacques, Renée et leurs quatre enfants s'installent à Neufchâteau. Les enfants sont scolarisés dans cette ville située aux confins des Vosges et de la Haute-Marne.


En 1937, de Neufchâteau, parents et enfants Haguenauer élisent domicile à Chaumont. Jacques Haguenauer exercera au 37, rue Toupot-de-Béveaux.

1939, une année marquée par plusieurs événements d'ordre familial et national : Francis Haguenauer, âgé de 19 ans, décède tragiquement à Chaumont. Sa mort plonge toute la famille dans la douleur ; à la rentrée scolaire de septembre, Yvonne est nommée institutrice en Côte-d'Or ; le 3 septembre, la France et l'Angleterre déclarent la guerre à l'Allemagne…


La famille Haguenauer rentre de l'exode le 19 août 1940. Le domicile étant occupé par les Allemands, ils logent alors 24, rue Jolibois.


Les épreuves vont succéder aux épreuves, après l'application des ordonnances dans le cadre des mesures contre le juif (recensement, port de l'étoile jaune…). Jacques Haguenauer, qui fait un remplacement de chirurgien-dentiste à Fontenay-le-Comte (Vendée), est arrêté par les Allemands, et interné à Poitiers. L'arrestation de leur père détermine Yvonne et Nicole, qui, élève au lycée de Chaumont, vient d'avoir son bac, à fuir la zone occupée. Le 5 juillet 1942, elles quittent Chaumont, tentent de franchir la ligne de démarcation et sont arrêtées le lendemain, 6 juillet, dans la région de Chalon-sur-Saône. Elles sont alors emprisonnées à Chalon, puis à Dijon. C'est de la prison de Dijon qu'Yvonne et Nicole écrivent une carte le 22 juillet à destination de leurs oncle et tante. « Je profite de mes vacances (sic) pour vous donner de nos nouvelles, écrit notamment Yvonne. Nous allons très bien, le moral est bon, mais nous nous faisons du souci pour cher papa, car l'incertitude est quelque chose de terrible… Nous allons sans doute aller à Pithiviers, ne connaissez-vous personne à Pithiviers qui pourrait un peu s'occuper de nous ? » « Nous ne pensons rester ici et irons d'un moment à l'autre dans un camp et même plus loin s'il plaît à Dieu, note sa sœur Nicole. Je pensais être libérée le 7 (Note : juillet) et maman surtout a été bien déçue. Elle est bien seule chez nous mais le plus terrible est le sort de cher papa que nous ignorons. Heureusement que le jour où toutes ces atroces situations finira n'est plus très loin. En tout on peut toujours espérer... »


Quand Yvonne et Nicole rédigent cette carte, elles ignorent que leur père, qui a été transféré de Poitiers à Drancy, est parti pour Auschwitz l'avant-veille, le 20 juillet, par le convoi n°8…

Trois mois après l'envoi de cette carte, elles sont dirigées, non sur le camp de Pithiviers, mais sur celui de Drancy. Elles arrivent le 26 octobre. Yvonne et Nicole sont désignées pour le convoi n°48 qui part de Drancy, avec pour destination Auschwitz, le13 février 1943…


Pour comble de malheur, Sylvie, la seule fille qui reste à Mme Haguenauer, décède le 27 mai 1943, à l'hôpital de Saint-Dizier. Renée Haguenauer est désormais plongée dans une totale solitude. Elle ignore tout du sort de son époux et de ses deux filles. Mais elle sait qu'ils ont quitté le territoire français pour une destination inconnue… Et le 27 janvier 1944, c'est à son tour d'être arrêtée, à Chaumont. Mme Haguenauer est parmi les 96 juifs « raflés », et meurt gazée, le 13 février 1944.

jeudi 27 mai 2021

Jeudi noir (2) : une famille de commerçants chaumontais décimée

Les époux Hermann arrivent à Chaumont au début de l'année 1918. Ils ouvrent un magasin de chaussures et sont domiciliés 6 bis, rue Henri-Brûlé. Le couple Hermann a quatre enfants : Roger, né le 27 mai 1917 à Lyon, Pierre, né le 14 juillet 1918 à Chaumont, Jeanine, née le 19 août 1924 à Chaumont, Simone, née le 29 avril 1927 à Chaumont.

Ancien combattant de 14-18 (il servait au 109e régiment d'infanterie de Chaumont), Gaston Hermann est né le 30 juin 1885 à Epinal ; son épouse, Germaine, née Lieber, est Lyonnaise, 28 novembre 1896.

Au moment du recensement effectué en septembre-octobre 1940 par la mairie de Chaumont, la «liste des juifs » comporte les mentions suivantes :

. « prisonnier absent », pour Roger,

. « maintenu classe 38/1 », pour Pierre, alors en zone libre.

Les époux Hermann sont arrêtés à leur magasin, le 30 juillet 1942, pour « infraction à la réglementation relative au port de l'étoile jaune » et incarcérés au Val-Barizien.

Mme Hermann est libérée pour raison de santé, le 20 août 1942.

Son mari quitte la prison de Chaumont le 21 septembre 1942, escorté par des gendarmes français, et est transféré au camp d'internement de Drancy, antichambre de la déportation. Gaston Hermann est déporté à Auschwitz par le convoi n°58, le 31 juillet 1943, et porté décédé le 5 août 1943.

Le 27 janvier 1944, Germaine Hermann et ses deux filles : Jeanine, 19 ans, et Simone, 17 ans, sont arrêtées et partent en convoi (n°68) de Drancy pour Auschwitz, le 10 février. Elles sont toutes trois gazées, le 13 février 1944...


Illustrations : Simone Hermann (x), en classe de 3e du lycée de Chaumont, photo faite le 26 novembre 1941. (Photo transmise par le proviseur du lycée Bouchardon, en 1998).

Jeanine, aux côtés de sa collègue et amie aux Groupements interprofessionnels laitiers, Marguerite Perrot (qui porte l'étoile jaune par défi, quoique non juive). (Collection M. Perrot/club Mémoires 52).

mardi 25 mai 2021

Jeudi noir (1) : les huit membres d'une famille chaumontaise exterminés à Auschwitz

En décembre 1998, sous la plume de Jean-Marie Chirol, le club Mémoires 52 faisait paraître une brochure de 38 pages, «27 janvier 1944... «Jeudi noir» pour les juifs en Haute-Marne». Il s'agissait d'un supplément au «Mémorial des juifs de Haute-Marne. 1941-1944», publié l'année précédente. Cette brochure étant épuisée, nous avons souhaité en diffuser le contenu sur ce blog. Le premier chapitre est consacré à la famille du pharmacien chaumontais André Baer.


«Le 27 janvier 1944, 96* juifs (hommes, femmes et enfants) sont arrêtés en Haute-Marne au cours d'une rafle : 29 dans l'arrondissement de Chaumont, 39 dans l'arrondissement de Langres, 28 dans l'arrondissement de Saint-Dizier. Sur ces 96 juifs, quinze sont âgés de moins de 18 ans.

Les arrestations se déroulent en début de matinée et sont méthodiquement effectuées par les feldgendarmes. Un court délai est laissé aux intéressés pour rassembler dans une valise quelques habits...


André Baer, pharmacien à Chaumont, né à Metz le 14 mai 1903, sa femme Marcelle Baer, née Epstein à Metz le 18 septembre 1904, ses filles Eliane Baer, née à Chaumont le 29 juin 1931, Jacqueline Baer, née à Chaumont le 25 décembre 1934, Nicole Baer, née à Chaumont le 22 novembre 1937, Marie Baer, née à Chaumont le 12 décembre 1941, ses parents Moïse Baer, né à Ingwiller (Bas-Rhin) le 16 août 1866, Alice Baer née Schwab à Saverne le 20 novembre 1877... Tous les huit sont arrêtés : les grands-parents, 24, avenue des Etats-Unis, André Baer et sa famille, 9, rue Pasteur, en début de matinée, par les feldgendarmes, et conduits à la caserne, route de Langres. C'est en ce lieu que sont réunis les juifs raflés à Chaumont et dans d'autres localités des arrondissements de Chaumont et Langres, jeudi 27 janvier 1944...

Le regroupement des 96 juifs arrêtés en Haute-Marne ce jour-là s'effectue à Saint-Dizier, dans une grande salle de l'Hôtel Rigolle, situé à proximité de la gare. Les personnes ainsi arrêtées à Joinville, Chevillon, Wassy, Bienville et Saint-Dizier sont là depuis le début ou la fin de matinée. Elles attendent, angoissées, se posant des questions quant à leur destination et le sort qui est réservé à chacune...

En fin d'après-midi arrivent des compagnons d'infortune domiciliés à Bourbonne, Laferté-sur-Amance, Montigny-le-Roi, Chaumont, etc. Dans la soirée, c'est le départ de Saint-Dizier pour Châlons-sur-Marne et sa prison. Ils y parviennent vers 23 h 30, par une nuit glaciale.

Le 29 janvier, ils sont dirigés sur le camp d'internement de Drancy, via Paris. Le 10 février, un convoi est constitué à destination d'Auschwitz... C'est le convoi n°68. Il comprend 1 500 internés juifs : 680 hommes et 820 femmes. Ces chiffres comprennent 279 enfants et adolescents de moins de 18 ans...

Dans ce convoi sont embarqués 84** des 96 juifs haut-marnais arrêtés le 27 janvier. Marie Baer est la plus jeune, elle est âgée de 2 ans un mois.

A leur arrivée à Auschwitz, le 13 février 1944, 1 229 sont immédiatement dirigés vers les chambres à gaz... et, parmi eux, 83 juifs haut-marnais, dont les huit membres de la famille Baer. Quelle monstruosité !

Sur les 96 personnes « raflées » le 27 janvier 1944, 90 sont déportées : 84** par le convoi du 10 février (une seule reviendra d'Auschwitz), une par le convoi n°70 du 27 mars, cinq par le convoi n°71 du 13 avril***. Trois habitants ont été libérés pour raison de santé, un est décédé au camp de Drancy, deux internés à Drancy ne seront pas déportés».

Sur ces deux photos communiquées en 1998 par le proviseur du lycée Bouchardon, apparaissent Eliane Baer, classe de 6e du lycée de Chaumont (le 26 novembre 1941), et Jacqueline Baer, classe de 7e et 8e du lycée de Chaumont (le 6 novembre 1943).

* Des recherches complémentaires à celles-ci (qui datent de 1998) permettent de donner le bilan suivant : 93 personnes arrêtées (dont une décédée à Drancy, une libérée, deux non déportées), 88 déportées (dont une rescapée), une dont le destin est inconnu (Aron Weil, de Langres). 

** En réalité, 86.

*** En réalité, ces cinq personnes n'habitaient plus à Joinville et ont été arrêtées dans les Alpes-de-Haute-Provence.


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mardi 11 mai 2021

1940 : les tirailleurs sénégalais accrochés dans la vallée de la Saulx

16 juin 1940. La 9e compagnie (capitaine Marie Jarty), 3e bataillon (commandant Pierre Chalmel) du 14e régiment de tirailleurs sénégalais se replie de la région de Bar-le-Duc en direction de la Meuse. Venue d'Ecurey, elle arrive à Montiers-sur-Saulx à 8 h. C'est alors, précise le journal de marche de la compagnie, que les deux sections de tête sont « arrêtées sur la route de Paroy à l'extérieur du village (…) Nous sommes pris à partie par un feu violent d'armes automatiques et quelques coups de 37 ». A 9 h, les tirailleurs entendent un « bruit de moteurs sur l'autre rive [de la Saulx] et nous voyons passer sur le plateau Ouest de la Saulx une vingtaine de camions avec voitures légères et motos. L'ennemi s'infiltre dans le bois en avant de nous ». A 9 h 45, après que les tirailleurs ont chassé les Allemands de Montiers et organisé sa défense, voilà que des blindés ennemis « viennent de franchir la Saulx et s'avancent vers nous. Le canon de 25 entre immédiatement en action ; deux engins ennemis sont immobilisés en peu de temps et deux autres se replient. Nous apercevons une nouvelle colonne motorisée ennemie, comprenant entre 40 et 50 camions. Le tir de l'ennemi qui ne cesse de croître en intensité est toujours mal ajusté. Quatre à cinq canons de 37 sont repérés chez l'ennemi et les tirailleurs sont assez fortement impressionnés par son obus.

L'ennemi tente à plusieurs reprises de sortir du bois, chaque essai est stoppé par le feu violent de nos armes automatiques.

Je me rends compte que le passage par cette route me sera impossible. Même, si, comme la chose me paraît possible, étant donné la forte dotation en armes automatiques, j'arrive à franchir ce barrage, je serais continuellement harcelé par un ennemi motorisé et ayant un effectif bien supérieur au mien (je l'estime à environ un bataillon). En colonne sur route, avec un échelon très vulnérable, nous risquons d'être entièrement anéantis.

Deux solutions me semblent possibles : organiser un PA dans le village, mais sans espoir de rejoindre le régiment ; essayer de passer par les bois Est de Montiers et de rejoindre Bure où devaient passer les éléments de la division.

J'adopte la seconde solution. Une moto légère trouvée à Montiers me permet d'envoyer une reconnaissance par cette route. Elle et libre : la vigoureuse attaque de la 4e section a empêché l'ennemi de l'occuper.

10 h 45. Ordre à ma 4e section de se replier sur cette route. Deux sections de FV ne quitteront le village qu'après décrochage de la compagnie d'accompagnement ; ce décrochage se fait en deux échelons. »

Vers 11 h, sur la route de Bure et à l'entrée de Montier arrive un détachement du 22e groupe de reconnaissance de corps d'armée, présent également à Pansey et à Saudron. Les cavaliers sont venus protéger le décrochage des tirailleurs, qui peuvent ainsi continuer leur route par Bure, au prix d'un tué, deux disparus, neuf blessés. Les archives départementales de la Meuse conservent la trace de trois hommes du 14e RTS morts à Montiers-sur-Saux : les tirailleurs correspondant aux matricules 16 284 et 16 350, originaires de Côte-d'Ivoire, et Jean-Marie Dossa (matricule 41 429), né en 1918 dans le Dahomey. Le lieutenant Paysan, le sergent-chef Banos se sont distingués lors de cet engagement. Par la suite, le bataillon se battra à Germay, puis près de Bourmont à Graffigny-Chemin.


Sources : dossier du 14e RTS, GR 34 N 1093, Service historique de la Défense ; état général des sépultures des morts de 1940 dans la Meuse, 1 969 W 97, AD de la Meuse.

samedi 30 janvier 2021

29 août 1944 : accrochage tragique à Aulnois-en-Perthois

Illustration : Georges Masselot, de Saint-Dizier, tué au combat d'Aulnois. (Collection J.-M. Chirol).


Vers le 26 août 1944, ordre est donné au maquis Mauguet qui, fort d'environ 80 hommes, est stationné dans le bois de Maizières-lès-Joinville depuis le 12 août, de faire mouvement entre Sommelonne et Chancenay pour surveiller la RN 35 (Saint-Dizier/Bar), sur laquelle circulent d'incessants convois ennemis. Ainsi, séparément, les quatre sections se mettent en branle pour atteindre le point de regroupement convenu. Lors du passage à Cousances, Savonnières et Aulnois, plusieurs Polonais, Russes et Français s'intègrent à la 4e section. C'est le cas de deux Polonais, prisonniers évadés, de Félicien Ménaille, carrier à Savonnières...

Le maquis se compose alors de quatre sections :

. 1ère section, dites des anciens (Edmond Thouvenot et Henri Meunier)

. 2e section (Roger Chassard et André Sorg)

. 3e section (Georges Chapron et Gilbert Lefèbre)

. 4e section (Léonid Lachkov).


Léonid Lachkov est né en 1922 à Siebege (Russie)1. Elève de l'Ecole aérotechnique militaire de Leningrad, il fut mobilisé et capturé sur le front russe. Envoyé en Lorraine au printemps 1943, puis à Saint-Dizier puis la Meuse puis Reims, il s'évade le 11 décembre 1943. Aidé par un Russe domicilié à Cousances-aux-Forges, Alexandre Pétrov, il est incorporé avec quatre compatriotes au maquis Mauguet – le 7 juillet 1944, selon l'article. Bientôt, son détachement s'élève à treize puis 17 Russes, la plupart évadés de Saint-Dizier. Parmi eux : Mikhail Stépanov, Ivan Sémentsov, Nikolai Vassiliev, Sémion Salamatov, Pavel Matveev, Nikolai Sazonov, Ivan Kostenko, Edouard Koritko... Sa section s'augmenta également de Polonais et de Français (dont Robert Buche).


29 août 1944*

La 4e section atteint Aulnois-en-Perthois vers 9 h 30. C'est l'arrêt pour la pause dans un verger situé à 300/400 m de la RN 4. Les habitants d'Aulnois viennent ravitailler les maquisards. Pendant cette pause, Robert Pierron, d'Aulnois, est posté en guetteur dans un pylône électrique qui domine la RN 4.

La section, composée de 25 hommes, après renfort, est commandée par un prisonnier russe évadé, Léonid Lachkov (« Léon »). Vers 11 h, la pause terminée, les maquisards se répartissent en trois groupes pourvus chacun d'un FM. Léon prend la tête du premier groupe. L'un après l'autre, avec un intervalle de sécurité, chaque groupe doit progresser vers le talus de la RN 4, franchir celle-ci, courir à découvert quelques centaines de mètres avant d'atteindre l'orée d'un bois.

Lachkov, avec son groupe, suit normalement l'itinéraire tracé. Il arrive à peu de distance du bois lorsque s'arrête, sur la RN 4, une voiture allemande dont les occupants ont aperçu les maquisards du 1er groupe qui vont entrer dans le bois. Un soldat allemand sort promptement du véhicule et tire sur les hommes de Léon, sans les atteindre. En l'espace d'un instant, le 2e groupe prend position sur le haut du talus qui surplombe la RN 4. Les balles du FM atteignent le soldat et la voiture qui s'enflamme. Les cinq occupants, dont une femme, sont tués. Le 2e groupe passe la nationale, parcourt le terrain situé entre la route et le bois. Ce groupe comprend notamment Jean Noël, Jean Dorckel, Raymond Fèvre, Pierre Labaye, Marcel Pourchasse, Henri Barrois... Au moment où le second groupe atteint la lisière du bois, une pluie de projectiles s'abat sur le dernier groupe qui vient de franchir la RN 4. Le tir provient d'un chemin forestier qui débouche du bois où stationnent, sous les feuillages par crainte de l'aviation alliée, plusieurs camions ennemis**. C'est le guet-apens. Au lieu-dit le Coulon, six maquisards sont mortellement atteints : deux Russes, Edouard Roboskomo (né le 19 février 1922), Yvan Kostenko, deux Polonais, Edouard Gycanek, Casimir Gruchalski, deux jeunes Bragards, Georges Masselot, Maurice Loppin. Félicien Ménaille, d'Aulnois, est blessé à une jambe. Il parvient, en rampant, à atteindre la ferme de Sainte-Louvent, distante d'environ 800 m. Les quelques rescapés progressent, en rampant eux aussi, et sont sauvés par leur entrée dans le bois. Le FM de ce groupe est abandonné sur le terrain...

C'est vers 18 h que Pierre Leclerc, agriculteur, Marc Charoy et un autre habitant d'Aulnois prennent le risque de se rendre au Coulon avec un tombereau... muni d'un drapeau à croix rouge. Après un incident avec des troupes de passage, ils constatent le drame. Ils ramènent les six corps des maquisards. L'inhumation a lieu le soir même au cimetière d'Aulnois.

Maurice Loppin était né à Revigny-sur-Ornain le 9 décembre 1926. Sa famille s'installe à Saint-Dizier peu après sa naissance . Au sortir de l'école primaire, Maurice travaille chez un marchand de primeurs puis entre comme pompier à la ville.

Son meilleur copain, Georges Masselot, habitait chez ses parents, rue A. Thomas, dans le quartier des Ajots. C'est là qu'il naît, le 2 avril 1925. Quelques semaines avant d'entrer dans la Résistance, il est affilié à la JOC bragarde (mouvement illégal) le 25 mai 1944, en même temps qu'André Chemin.

(Source : étude inédite de Jean-Marie Chirol sur le maquis Mauguet). 

1D'après un article de Guennadi Netchaev paru dans «Etudes soviétiques» (1968).

* D'autres sources donnent la date du 28 août 1944.

** Il s'agit vraisemblablement d'éléments de la SS-Panzer-Brigade 51, qui, le 29 août 1944, se porte des bois à l'est de Saint-Dizier jusqu'à Ligny-en-Barrois puis Vadonville (Meuse).