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| Un portrait de Robert Ingret (1920-1944), né à Montmédy (Meuse), fils d'un habitant de Saint-Thiébault. Source : Le Journal de la Haute-Marne (2014). |
23 août 1944 Auberive, 10 h 30
Tous les documents officiels, tous les documents fournis à l’administration par les proches et camarades d’André Guignard – entre autres : procès-verbal de gendarmerie, rapport du colonel de Grouchy, courriers de Germaine Guignard – donnent la date du 24 août 1944 comme étant celle de la mort de Robert Ingret et de l’arrestation d’André Guignard et Marc Bongrain. Mais l’état civil d’Auberive est formel : c’est à 10 h 30, le 23 août 1944, qu’Ingret a été tué.
Informés que « dans le courant de la matinée, un engagement a eu lieu entre les troupes d’occupation et des jeunes gens, au carrefour des routes n°20 et 129, Praslay-Vivey », les gendarmes se rendent, dans la soirée, sur les lieux, à 5 km au sud-est d’Auberive. Près du corps d’un homme qu’ils disent ne pas connaître, les militaires français retrouvent des lettres et documents au nom de Robert Ingret, inspecteur de police judiciaire à Nancy. L’identification de la victime est confirmée par téléphone par les policiers lorrains. Notons que la mort d’Ingret, tué à coups de crosse (et non par balle), est survenue au moment où étaient réalisées les constatations après la découverte des corps de Suzanne Lamy et Geneviève Aubertin. Mais dans leur rapport, les gendarmes n’ont pas fait mention d'une agitation particulière dans le même secteur au moment où ils y étaient présents. Ils ne mentionnent pas non plus la disparition des deux hommes qui accompagnaient l’inspecteur : André Guignard et Marc Bongrain.
Guignard, alias lieutenant « Dédé », était le chef des FFI du secteur Est de Chaumont (Nogent, Andelot, Clefmont, Bourmont). Selon Maurice Noirot, dernier résistant du secteur à lui avoir serré la main - et qui, lui aussi, donne la date du 24 août 1944 -, André Guignard est parti d’un bar de la cité coutelière à 7 h. Il se rendait, avec Ingret et le chauffeur Marc Bongrain, d’Illoud, à une réunion régionale FFI en Côte-d’Or.
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| Marc Bongrain (1923-1944 ou 1945), né à Illoud, porté disparu. (Photo parue dans l'ouvrage Résistance, répression, libération en Haute-Marne, Dominique-Guéniot éditions, 2007). |
Si le colonel Emmanuel de Grouchy, chef départemental FFI de la Haute-Marne, évoque une réunion en un lieu qui paraît correspondre à Chatoillenot, entre Prauthoy et Auberive, l'historien Pierre Ruault, auteur d’une relation très fouillée sur le maquis de Pincourt, est affirmatif : Guignard s’est rendu à Aignay-le-Duc en Côte-d’Or – départ à 7 h 30 - pour représenter de Grouchy à une réunion précédant l’ordre de guérilla générale dans la Région D (déclenchée le 24 août 1944). Il devait ensuite aller faire son compte-rendu au colonel qui avait établi ses quartiers à la ferme de La Salle. C’est très plausible, car cette ferme se situe dans la direction du lieu de la mort d’Ingret. Si l’horaire donné par Maurice Noirot est exact, cela signifierait que l’équipe a pu, en trois heures 30, avec une Ford gazogène, réaliser le trajet de 80 km entre Nogent et Aignay-le-Duc, assister à la réunion, et parcourir 40 nouveaux kilomètres jusqu’à Auberive.
C’est après ce village, en direction de Praslay, que le trio tombe sur un barrage de cosaques. Ingret est tué, Guignard et Bongrain sont faits prisonniers. Ils sont conduits à l’abbaye d’Auberive d’où, le 24 août 1944, ils auraient été conduits à la prison de Langres. Un détenu, Albin Jacot, affirme les y avoir croisés.
Chaumont, vers 18 h 30
Trois militants du groupe PPF de Saint-Malo se présentent chez Léon Viardot, cafetier au 35, avenue des Etats-Unis. Ils ont soif. Parce qu'il a déclaré posséder un pistolet en tant que garde civil, le commerçant est frappé, conduit dans les locaux du boulevard Gambetta : « A partir de ce moment, je n'ai cessé d'être frappé à coups de poing, de pied et de crosse de revolver. »
De son côté, Gaston Vitoux, le directeur du centre de formation, a fort à faire pour que ses locaux soient respectés par les familles des PPF : « Je constate une nouvelle effraction à l'intérieur, 25 hommes et femmes se trouvent là. Certaines femmes nues jusqu'à la ceinture essayent des corsages, retournant des malles, emportant du linge, des couverts d'élèves ; j'essaie d'intervenir, mais je suis mis à la porte. »
Ce 23 août 1944 est aussi le jour de l’arrivée, à 5 h à Chaumont, de services administratifs de la Feldkommandantur de Troyes, comme le Rüstungkommando ou "commandement de l'armement" (capitaines Iven, Esser, Müller). Mais ces hommes se portent immédiatement sur Neufchâteau via Saint-Blin.
Dans le département, l’ordre de guérilla générale est immédiatement suivi d’effets puisque ce jour-là, se constituent des maquis en forêt à Bussières-lès-Belmont, Courcelles-sur-Aujon, Giey-sur-Aujon, Orbigny-au-Mont. Ce même 23 août, des Allemands tirent sur des jeunes gens de Chalancey, dont un est blessé (Georges Pinel). Enfin, dans la nuit du 23 au 24, un habitant de Vauxbons est abattu par la Résistance.
Sources : Archives départementales de la Marne, série 163 W - Nara - état civil d'Auberive - Pierre Ruault, Un maquis en Haute-Marne. Pincourt-le-Haut, 2014 - Maurice Noirot et Jean Maire, Nos vertes années, s. d.


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