lundi 4 mars 2019

Sous-officiers FFI : le maquis Charles


Le maquis Charles (maquis de Varennes) est la principale unité du secteur nord-est de Langres. Il regroupe neuf officiers, 39 sous-officiers, 359 hommes de troupe. L'étude de la liste de ses sous-officiers montre, ici encore, qu'il n'y a pas eu d'avancements scandaleux. Généralement, ils n'ont gagné qu'un galon dans les FFI, voire pas du tout. Par ailleurs, certains groupes étaient commandés par des caporaux ou caporaux-chefs. A noter, parmi ces cadres, la présence de deux Algérois ayant servi dans la même unité en 1940, et dont on ignore les raisons de la présence en Haute-Marne.

BANOS (Lucien). Adjudant (sergent). Né à Thiersville (Oran) en 1917. Maréchal des logis au 6e GRDI, prisonnier en 1940. Domicilié à Alger. Adjoint au chef de la 1ère section de la 3e compagnie. Engagé. Tué en Indochine.
BELLOUARD (Henri). Adjudant (sergent-chef). Né à Laneuvelle en 1910. Domicilié à Coiffy-le-Bas. Chef de la 1ère section de la 1ère compagnie.
BONTEMPS (Lucien). Adjudant (sergent-chef). Né à Lecey en 1909. Domicilié à Langres. Chef de la 2e section de la 2e compagnie. Engagé.
BONVALOT (Henri). Sergent (2e classe). Né à Guyonvelle en 1916. Mortellement blessé le 27 août 1944 à Lavernoy, décédé à Langres le 1er septembre 1944.
BRESIL (Eugène). Adjudant (sergent). Né en 1903. Domicilié à Colombes. Dans la section de commandement du maquis. Engagé.
BRETON (Georges). Sergent (sergent). Né à Rosières-aux-Salines (Meurthe-et-Moselle) en 1906. Tué au combat d'Andilly le 1er septembre 1944.
BRETON (Jean). Sergent (sergent). Né à Hortes en 1916. Domicilié à Hortes. Chef de groupe dans la 2e section de la 1ère compagnie.
BRISSARD ou BUSSARD (Henri). Sergent (sergent). Dans la 3e section de la 2e compagnie.
CHARBONNET (Henri). Sergent (sergent). Né en 1911. Domicilié à Varennes. Chef de groupe dans la 3e section de la 1ère compagnie.
CHARNOT (René). Adjudant (sergent-chef). Né à Is-en-Bassigny en 1914. Chef de groupe.
CHEVILLOT (Marius). Adjudant-chef (adjudant-chef). Né en 1895 à Frettes. Domicilié à Langres. Engagé au 26e dragons (septembre 1914). Passé dans l'infanterie. Sergent (1915). Passé dans le train des équipages puis l'artillerie. Domicilié à Rosoy-sur-Amance. Dans la section de commandement du maquis.
CHOPITEL (Roger). Sergent (sergent). Né à Paris en 1908. Domicilié à Vicq. Chef de groupe dans la 1ère section de la 3e compagnie.
COLLIN (Marcel). Sergent (sergent).
DROUOT (Jean). Sergent-chef (sergent). Né à Laferté-sur-Amance en 1915. Domicilié à Laferté-sur-Amance. Chef de la 3e section de la 2e compagnie.
DUVOY (Henri). Sergent (sergent). Né à Anchenoncourt (Haute-Saône) en 1895. Ouvrier faïencier. Incorporé en décembre 1914. Sert au 42e RI, au 407e RI, au 1er régiment du génie, au 4e RG. Employé à la compagnie des chemins de fer de l'Est. Domicilié à Langres, en 1927. Domicilié à Jorquenay. Chef de groupe dans la 1ère section de la 2e compagnie.
FRANCOVILLE (Pierre). Aspirant. Né à Nancy en 1925. Domicilié à Bourbonne-les-Bains. Dans la 1ère section de la 3e compagnie. Engagé. Fera une carrière d'officier.
FUSTER (Aimé). Sergent (sergent). Né à Blida en 1917. Domicilié à Blida. Sergent au 6e GRDI, prisonnier en 1940. Chef de groupe dans la 1ère section de la 1ère compagnie.
GASCARD (Charles). Sergent-chef (caporal-chef). Né à Neuilly-l'Evêque en 1915. Domicilié à Neuilly-l'Evêque. Adjoint au chef de la 2e section de la 2e compagnie.
GEORGIN (Armand). Sergent-chef (sergent-chef). Né à Marcilly-en-Bassigny en 1912. Domicilié à Marcilly-en-Bassigny. Chef de groupe dans la 2e section de la 3e compagnie.
GERARD (Serge). Sergent (sergent). Né en 1910. Domicilié à Balesmes-sur-Marne. Chef de groupe dans la 1ère section de la 3e compagnie.
HEYMONET (Léon). Adjudant (maréchal des logis chef). Né à Villers-sous-Prény (Meurthe-et-Moselle) en 1913. Gendarme. Mortellement blessé le 1er septembre 1944 à Andilly. Cité à l'ordre de l'armée à titre posthume.
JEANNESSON (Léon). Adjudant-chef (adjudant). Né aux Islettes (Meuse) en 1906. Boulanger à Vicq. Chef de la 3e section de la 1ère compagnie.
KAMMERER (Henri). Adjudant (sergent). Né en 1914 dans le Haut-Rhin. Domicilié à Hortes. Chef comptable du maquis.
LARDIER (Jean). Sergent (2e classe). Né en 1920. Domicilié à Anrosey. Dans la section de commandement du maquis.
MACABEY (Charles). Sergent (sergent). Né à Renève (Côte-d'Or) en 1896. Incorporé dans les chasseurs à pied en avril 1915. Caporal (1917), sergent (1918). Intoxiqué le 21 octobre 1918 dans les Ardennes. Employé à la compagnie des chemins de fer de l'Est. Domicilié à Corlée. Domicilié à Jorquenay. Chef de groupe dans la 2e section de la 2e compagnie.
MARTIN (Jean). Adjudant (2e classe). Né en 1912. Domicilié à Neuilly-l'Evêque. Chef de la 1ère section de la 3e compagnie. Engagé.
MAZELIN (Gustave). Sergent (sergent). Né à Saulxures en 1899. Domicilié à Celles-en-Bassigny, cantonnier. Mobilisé au dépôt de la 7e section de commis d'ouvriers d'artillerie (août 1939). Démobilisé à Montluçon en 1940. Domicilié à Celles-en-Bassigny. Chef de groupe dans la 2e section de la 3e compagnie.
MOUILLET (Daniel). Sergent (caporal-chef). Né à Millières en 1918. Domicilié à Hortes. Dans la 1ère section de la 1ère compagnie.
MOUILLET (Marcel). Sergent-chef (sergent). Né à Villiers-le-Sec en 1921. Domicilié à Neuilly-l'Evêque. Adjoint au chef de la 1ère section de la 2e compagnie. Engagé.
MUGNIER (Henri). Sergent (sergent). Né en 1916. Domicilié à Hortes. Chef de groupe dans la 2e section de la 1ère compagnie.
PEIFFERT (René). Adjudant (maréchal des logis-chef). Né en 1912. Domicilié à Vicq. Chef de groupe dans la 1ère section de la 1ère compagnie.
PEUTET (Antonin). Sergent (1ère classe marine). Né en 1909. Domicilié à Chaudenay. Chef de groupe dans la 1ère section de la 1ère compagnie.
RAYMOND (Charles). Adjudant (sergent-chef). Domicilié à Rosoy-sur-Amance. Chef de la 2e section de la 1ère compagnie.
SEUROT (Pierre). Sergent. Né en 1922. Domicilié à Neuilly-l'Evêque. Chef de groupe dans la 1ère section de la 3e compagnie. Engagé.
SIRI (Laurent). Sergent (sergent). Né en 1917. Domicilié à Anrosey. Chef de groupe dans la 3e section de la 2e compagnie.
TAMISIER (Julien). Sergent (sergent). Né à Langres en 1919. Domicilié à Langres. Dans la 2e section de la 2e compagnie. Blessé le 1er septembre 1944 à Andilly.
VOLPOET (Henri). Sergent (sergent). Né en 1921. Domicilié à Langres. Chef de groupe dans la 2e section de la 1ère compagnie.

Dans le tableau d'effectifs du maquis, on trouve également les noms des sous-officiers suivants :
GUILLOT (Raymond). Sergent. Né en 1915. Domicilié à Varennes. Dans la section de commandement.
JEANNERET (Maurice). Domicilié à Champigny-sous-Varennes. Sous-officier en charge des transports dans la section de commandement.
LAVEY (Jean). Sergent. Né en 1927 (sic). Domicilié à Varennes. Chef de groupe dans la 2e section de la 3e compagnie.
SOEURE (Paul). Maître ouvrier. Né en 1913. Domicilié à Laferté-sur-Amance. Chef de groupe dans la 3e section de la 2e compagnie.

samedi 2 mars 2019

Sous-officiers FFI : le maquis Henry


Selon les documents officiels, le maquis Henry, ou maquis de Bussières (Bussières-lès-Belmont), réunissait seize officiers, 57 sous-officiers et 457 hommes de troupe. Parmi eux, 25 gendarmes de la section de Langres. Qui étaient ces sous-officiers ? Deux pièces inédites nous ont permis d'en identifier 48. Il s'agit, d'une part d'une liste de cadres FFI dont les grades ont été homologués à la libération (entre parenthèses, le grade précédent), d'autre part du tableau d'effectifs du maquis à la date du 15 septembre 1944. Nous avons complété ces informations avec des renseignements recueillis par ailleurs, notamment issus du livre « La bergère a perdu ses moutons » écrit par Jean Spiro (« Clovis »).

AGNEAU (Henri), sergent-chef (sergent).
ARGENTON (Jean), adjudant (2e classe). Chef de groupe dans la 2e compagnie.
BARDON (André), sergent (2e classe). Né à Chalindrey en 1917 ; domicilié à Heuilley-Cotton ; dans la 2e compagnie ; engagé dans la 9e DIC, tué en Alsace.
BAUDEMENT (Henri), sergent (2e classe).
BOISSELIER (André), sergent (2e classe).
BORDNER (Raymond), sergent-chef (caporal-chef).
BOURNIQUEZ (Gérard), sergent (caporal-chef).
BOURNIQUEZ (Louis), adjudant-chef (sergent). Né en 1917 ; sous-officier de carrière ; sous-brigadier de police à Chalindrey ; arrêté le 22 mars 1943 avec son épouse (déportée), évadé ; au corps-franc ; blessé le 11 septembre 1944 à Belmont.
CHEVILLARD (Alexandre), sergent (caporal-chef). Dit « Le Savoyard ». Bûcheron à Bussières-lès-Belmont. Au corps-franc. Engagé.
CLAVELIER (Lucien), sergent-chef (caporal-chef). Dans la 1ère compagnie.
DELEPINE (Raymond), sergent (caporal). Domicilié à Champlitte ; dans la 1ère compagnie. Engagé.
DENIS (Maurice), sergent-chef (sergent). Au corps-franc.
DUPRE (René), adjudant (gendarme). Chef de section dans la 2e compagnie.
FAUCHER (Gilbert), adjudant (gendarme).
FOSTINELLI (Joseph), sergent (caporal-chef). Né à Masevaux (Haut-Rhin) en 1909 ; quartier-maître-chef ; au corps-franc ; blessé le 11 septembre 1944. Engagé.
GEROUVILLE (Roger), adjudant (sergent-chef).
GOSSET (Gabriel), sergent (2e classe).
LAMY (Roger), adjudant-chef (maréchal des logis). Domicilié à Occey ; chef de section dans la 1ère compagnie.
LARQUIER (Jean), sergent (caporal).
LAURENT (Jean), sergent-chef (caporal-chef). Domicilié à Champlitte ; dans la 1ère compagnie.
LECLERC (Lucien), adjudant (1ère classe). Domicilié à Vaux-sous-Aubigny.
LECLERCQ (Charles), sergent (1ère classe).
LEGENDRE (Pierre), sergent-chef (caporal-chef). Dans la 1ère compagnie.
LEMAIRE (Louis), sergent (2e classe).
MANGIN (André), sergent-chef (sergent ou 2e maître). Domicilié à Langres ; au PHR.
MASSOTTE (René), sergent (caporal-chef). Dans la 1ère compagnie.
MEYER (Alphonse), sergent-chef (sergent). Dans la 1ère compagnie.
PARIS (Louis), sergent (2e classe).
RIGONNEAUX (Alexandre), adjudant (gendarme). Chef de section dans la 1ère compagnie.
ROBINET (Jeany), sergent (caporal).
SIMONET (Georges), adjudant-chef (sergent). Dit « Daniel ». Au PHR.
SPIRO (Jean), sergent-chef (2e classe). Né en 1907 en Pologne ; campagne de France avec le 11e régiment étranger d'infanterie ; Résistance en Savoie ; réfugié à Longeau, village de son épouse ; chef du corps-franc.
VILLEMOT (James), sergent-chef (2e classe). Né à Saint-Broingt-les-Fosses en 1903.

Selon d'autres sources (tableau d'effectifs, "La bergère a perdu ses moutons", etc.) :
AUBERT (André), sergent. Corps-franc.
BARTHOT (Roger), adjudant. Au PC.
DIDIER (Robert), sergent. 2e compagnie.
FRIONNET (Louis), maître ouvrier. Au Peloton hors rang.
GEORGES (Jean), maréchal des logis. 2e compagnie.
GRENIER (Adolphe), sergent (2e classe). 1ère compagnie. Engagé.
MICALEFF (Désiré), sergent. Au corps-franc.
MILHER (Lucien), sergent. 1ère compagnie.
PAQUIER (Emile), sergent. Né à Coublanc en 1920 ; au corps-franc.
PIQUEE (René), sergent. Domicilié à Bussières-lès-Belmont ; au corps-franc.
PONT, maréchal des logis-chef de gendarmerie.
RUINET (Paul), sergent. PHR.
SEBILLE (Jean), sergent. Né en 1912, domicilié à Maatz ; au corps-franc. Engagé.
TONNOT (Marc), adjudant-chef. Né à Rahon (Jura) en 1897 ; adjudant-chef de gendarmerie à Langres ; adjoint au chef du maquis.
VIGNETEY (Louis), adjudant. Né à Montsaugeon en 1886.

dimanche 10 février 2019

Résistance communiste en Haute-Marne (1) : Jules Didier



Jules Didier, alias "Mercier". (Collection club Mémoires 52).


L'histoire du mouvement de résistance "Front national de lutte pour l'indépendance de la France" (FN) en Haute-Marne a fait l'objet d'un travail inédit réalisé par Jean-Marie Chirol, président-fondateur du club Mémoires 52. En voici plusieurs extraits avec d'abord un chapitre consacré à Jules Didier, responsable du Parti communiste français et du FN dans le département entre septembre 1943 et janvier 1944.

"Jules Didier, artisan ébéniste d'art, né à Dannemarie (Doubs) le 5 septembre 1903, adhère au Parti communiste dès 1927. Toute sa vie est un combat au service de son idéal, de la justice, de la solidarité et de son pays. Sa vie militante n'est pas exempte de tracasseries. La ligne définie par son parti le fait désigner à la vindicte de ses chefs lorsqu'il est mobilisé pendant la Drôle de guerre, mais il sait éviter les pièges qui lui sont tendus.
La défaite n'affaiblit pas sa détermination. Un an plus tard, le 22 juin 1941, les nazis viennent l'arrêter à Vesoul, à son domicile, 51, boulevard des Alliés. Emprisonné au camp de Compiègne, il y côtoie de nombreux dirigeants et militants de son parti, reconnaît parmi eux des amis des départements voisins du sien, notamment Emile Mauguet, de Saint-Dizier, arrêté le même jour que lui, et qui décédera le 2 juillet... Le frère de Maurice Thorez qui est également là parviendra à s'évader mais sera plus tard à nouveau arrêté et fusillé par les nazis.
Jules Didier participe activement au creusement d'un tunnel de 60 m de longueur qui, une fois terminé, permet l'évasion, d'un seul coup, de 19 détenus. L'évasion de Jules Didier est fixée au lendemain mais, hélas, la fuite de la veille a été vite découverte... Elle engendre de dures représailles. Il reste par conséquent dans ce camp maudit... La chance vient non pas en dormant, mais en agissant. Elle lui sourit le 13 février 1943. Jules Didier parvient cette fois à s'évader au terme d'un internement qui aura duré 19 mois et 20 jours... A priori, il pense pouvoir se rendre dans le Pas-de-Calais pour reprendre le combat clandestin et se met en route. Peu après, épuisé, il renonce à son projet initial et s'arrête à Belleu, près de Soissons, où il est recueilli par le cantonnier du village. Ce dernier l'héberge durant sept semaines, après quoi Jules Didier rejoint son domicile de Vesoul où la Gestapo est déjà venue à plusieurs reprises perquisitionner...
Pendant la captivité de son mari, Renée Marcelle Didier, alias «Hélène», n'a pas attendu l'hypothétique retour de l'absent en se lamentant, bien au contraire. Egalement militante active de longue date, elle a, au mépris du danger, transformé son pavillon vésulien (à peine terminé) en relais et planque pour les clandestins de passage. Deux semaines environ après son retour à Vesoul, Jules Didier, alias «Mercier», est nommé responsable régional (RR) du Front national pour le Doubs ainsi que pour le Territoire de Belfort. Il reste dans cette région environ deux mois, puis est envoyé en Meurthe-et-Moselle en qualité de RR du Parti communiste clandestin. Dans ce département, le PC a besoin d'un cadre sûr et efficace en raison, essentiellement du secteur minier, le fer étant une matière première indispensable aux besoins de l'ennemi.
Jules Didier réside alors, avec son épouse, dans un petit appartement nancéien. Renée Didier, pour ce qui la concerne, est responsable du secteur «femmes», mission à laquelle elle se voue totalement au mépris des risques énormes car l'ennemi et ses agents traquent sans répit les patriotes...

«Lionel» (ou «Robert»), un cheminot de Besançon, qui jusqu'alors était RR du PC/FN de Meurthe-et-Moselle part pour la Haute-Marne assumer des fonctions identiques lors de l'arrivée à Nancy de Jules Didier.
A la mi-septembre 1943, ils permutent.
C'est alors que «Mercier» prend en charge le département de la Haute-Marne à la fois comme RR politique et FN, en attendant de recruter un militant qui sera susceptible de le décharger de cette seconde responsabilité. Quand Lucien Pinet (alias «Lejeune») arrive en Haute-Marne, c'est à lui que «Mercie » confie le FN dont il devient ainsi le RR.
Notons au passage que le colonel Fabien vient à cette époque plusieurs fois en Haute-Marne, et spécialement au mois de novembre 1943 pour y rencontrer «Mercier». Le contact se fait dans l'arrière-salle d'un café de Marnaval." Selon les indications rapportées à Jean-Marie Chirol en 1983, "Fabien aurait logé au domicile de M. Bosquet père, contremaître à Marnaval...

… L'ennemi ne reste pas inactif. Aussi, Jules Didier, en ces derniers jours de décembre 1943, doit-il se mettre au vert chez son ami Paul Foubet, à Noidant-le-Rocheux. Le 5 janvier 1944, «Mercier» part pour le Jura afin d'y assumer des responsabilités similaires mais dans une région stratégiquement plus importante...
Les activités du responsable régional sont connues de la Gestapo, en témoigne l'acte d'accusation des patriotes de Chaumont, traduits devant la justice militaire allemande le 8 mars 1944. «Un certain René (Ndlr : René Pajot, chargé de mission du Bureau des opérations aériennes) et un certain Mercier, dont l'identité n'a pu jusqu'ici être établie d'une façon plus précise, mais qui, semble-t-il, ont leur domicile à Paris, avaient entrepris de former dans le département des groupes de résistance, qui sont en général désignés sous le nom de FTPF... » Dix jours plus tard, onze patriotes seront fusillés à Chaumont, dont plusieurs membres du groupe Corse des FTPF...

"Renée Didier travaille sans relâche dans le secteur Femmes, jusqu'à la mi-janvier 1944 et rejoint son mari dans le Jura. Elle poursuit, là-bas, la même activité.
Après le départ de l'occupant, le capitaine Mercier réintègre, avec son épouse, son département et sa ville de Vesoul. Jules Didier siège alors au Comité départemental de Libération, au grand jour et y représente le PCF..."

mardi 15 janvier 2019

Il y a 125 ans, la mort du commandant Hugueny et du capitaine Tassard




Il y a 125 ans, le 15 janvier 1894, 83 soldats de l'armée française, dont onze officiers, perdaient la vie lors du désastre de Dongoï (ou Tacoubao), au Soudan. Deux Haut-Marnais figurent parmi les victimes de la colonne Bonnier : le commandant Paul Hugueny, commandant d'un bataillon de tirailleurs soudanais, et le capitaine Jean-Baptiste Tassard, chef de sa 5e compagnie. Tous s'étaient portés au secours d'un autre Haut-Marnais, le lieutenant de vaisseau Pierre Boiteux, dont la mère résidait alors à Meures où elle est née et où elle s'est mariée.

François-Joseph-Edme-Paul Hugueny est né à Châteauvillain le 4 octobre 1847. Il est le fils de François Hugueny et de Marie-Ambroisine Ramelet, qui résideront ensuite à Dammartin-sur-Meuse, dans le canton de Montigny-le-Roi.
Paul Hugueny s'engage à l'âge de 18 ans au 2e régiment de zouaves. Il participe à la guerre de 1870 au cours de laquelle il est promu sous-lieutenant. Puis il passe lieutenant le 22 mai 1873, servant au 13e bataillon de chasseurs à pied. Capitaine le 2 mai 1881, Hugueny est affecté dans l'infanterie de marine le 7 juillet 1882, servant dans les tirailleurs tonkinois, puis au 3e régiment d'infanterie de marine. En non activité en 1887, puis rappelé au service deux ans plus tard, il prend part à la campagne de 1891 contre le chef Samory. Commandant la 7e compagnie, le capitaine Hugueny se distingue lors du raid de Bissandougou, capitale de Samory, où il entre le 9 avril 1891 (la cité a été incendiée, avec son palais).
Il est promu chef de bataillon le 11 février 1892 et affecté au 2e régiment d'infanterie de marine de Brest.

L'Univers illustré a publié des extraits de lettres du commandant Hugueny, racontant à sa famille la prise du village de Diéna (24 février 1891), puis confiant ces ultimes impressions de campagne : «Le colonel m'a fait appeler et m'a dit ceci : «Après la campagne contre Samory, je suis obligé, pour garder le pays, de laisser une compagnie à Kankan (120 km au sud de Siguri) et j'ai pensé à vous. Je sais que vous avez fini vos deux ans et que vous pouvez rentrer en France. Je vous demande si vous voulez rester. Après mon départ, il y aura peut-être des révoltes, que vous devrez apaiser à coups de fusil ; mais je vous connais et je serai tranquille si vous acceptez ce poste.» Comme bien vous pensez, je n'ai pas dit non.» Et le journaliste de conclure ainsi son article : «Le brave commandant Hugueny ne reverra jamais la France !». Commandant du bataillon de tirailleurs sénégalais, il devait prendre le commandement de la place de Tombouctou si sa mort affreuse n'était pas survenue.

L'historique du 2e régiment de tirailleurs sénégalais raconte les circonstances de la tragédie, au retour de Tombouctou : «Le 15 janvier, à 5 h 30, deux coups de feu suivis du cri de : «Aux armes» retentissent ; en un clin d'oeil tout le monde est debout, mais trop tard : 250 fantassins et 150 cavaliers Touaregs se sont glissés jusqu'aux abords du bivouac et surgissent de toutes parts, renversent les faisceaux, chassent les bœufs et les tirailleurs affolés devant eux. L'attaque est si rapide, le désordre est tel que toute résistance est impossible ; un quart d'heure après, le détachement presque en entier est exterminé. Le capitaine Nigotte, le sergent-major Béretti, le sergent Labire et huit tirailleurs, réussissent à se faufiler de buissons en buissons et aboutissent à un marigot qu'ils franchissent avec beaucoup de difficulté. Deux heures et demie après, ils rejoignent le sous-lieutenant Sarda.»

Le nom du commandant Hugueny, comme celui du lieutenant-colonel Bonnier, a été donné à un fort de Tombouctou, ainsi qu'à une rue de Chaumont. Elle voisine avec la rue du Capitaine-Tassard, son compagnon d'infortune.
Né à Andelot le 25 janvier 1857, Marie-Jean-Baptiste-Arthur Tassard, sorti du rang, avait été promu sous-lieutenant en 1883. Lieutenant au 3e régiment d'infanterie de marine, porte-drapeau, il était passé capitaine le 17 mars 1893.

(Source de l'illustration : La Presse)

lundi 26 novembre 2018

Charles Beaudouin (1812-1871), militaire et conseiller général



La bataille de Rézonville, à laquelle participa le colonel Beaudouin. (D'après Edouard Detaille). Illustration parue dans "La guerre de 1870-1871 illustrée".


Charles-Gustave Beaudouin est né à Bourmont le 11 mai 1812. Il est le fils de Claude-Charles Beaudouin, marchand, et de Jeanne-Françoise-Marguerite Bailly. Avant lui, le couple, uni en 1797, a donné naissance à Charles (en 1798), Jean-Charles (1799), Nicolas-François (1802) et Charles-Joseph (1804).

Selon M. Berthel, auteur en 1923 d'une notice biographique parue dans le Pays lorrain, Charles Beaudouin fait ses études au collège de sa ville natale, puis chez les jésuites à Dôle (Jura), enfin à l'école Sainte-Barbe. Incorporé dans l'école polytechnique, il fait partie du contingent des 80 jeunes élèves qui rejoignent l'armée de terre en 1833.
Elève ensuite à l'école d'application de l'artillerie de Metz, le Bourmontais est nommé lieutenant en second le 1er octobre 1835, à l'âge de 23 ans, et rejoint le 5e régiment d'artillerie à Rennes. C'est dans cette ville que, lieutenant en second dans la 7e batterie, il épouse, le 16 janvier 1839, Marie-Louise-Joséphine-Eulalie Raulin, 19 ans, fille d'un lieutenant-colonel d'artillerie ardennais. Le maréchal de camp Félix Lasnon, le capitaine François Dumarchais, et le chef d'escadron Adrien Dufrayer, tous artilleurs, figurent parmi les témoins de l'union. Le bonheur sera de courte durée. Un enfant naîtra en 1840, mais Mme Beaudouin décède le 6 mai de la même année. L'officier haut-marnais ne refera jamais sa vie.

Nommé capitaine en second le 18 février 1841, Beaudouin, qui a servi à la manufacture d'armes de Mutzig, puis à Lille, est détaché à la direction d'artillerie de Strasbourg, puis rejoint le 14e régiment d'artillerie à Douai. Plus ancien capitaine-commandant de batterie de cette unité, en 1852, il reçoit des éloges de son colonel, qui le considère comme «le meilleur capitaine du régiment». Aide de camp du général de brigade Born à Bourges (1852), Beaudouin est fait chevalier de la Légion d'honneur le 1er juillet 1853 comme capitaine du 4e RA. L'année suivante, il est toujours capitaine, au 12e RA «monté», lorsqu'il est enfin promu chef d'escadron, à 42 ans.

La Campagne de Crimée lui donne l'occasion de montrer ses compétences sur un champ de bataille. Embarqué à Marseille sur le bateau La France, le 11 janvier 1855, il débarque le 7 février et va se distinguer le 16 août 1855 à la bataille de Traktir. Il commande alors l'artillerie de la 3e division du 2e corps, composée de la 6e batterie du 7e RA et de la 6e batterie du 13e RA. L'attaque russe a lieu sur le plaine de la Tchernaïa, là où quelques semaines auparavant, son compatriote, le capitaine de Simony (6e dragons), s'illustrait en sabrant les avant-postes russes. L'«Historique du service de l'artillerie au siège de Sébastopol» précise que ce jour-là, «la 6e batterie du 13e régiment a été vivement engagée pendant toute l'action sous le commandement supérieur du chef d'escadron Beaudouin... Elle a beaucoup souffert du feu de l'ennemi... Elle n'avait que deux officiers, tous deux ont été grièvement blessés... Le dévouement du commandant Beaudouin a pu suppléer à l'absence de ces deux officiers ; treize canonniers ont été tués, 22 blessés et 30 chevaux ont été tués ou blessés». Peu après, le Haut-Marnais, cité également par le général Cler, de la garde impériale, pour sa conduite à Traktir, sera fait officier de la Légion d'honneur par le général Pélissier.

Après avoir été adjoint au commandant du grand parc du siège de Sebastopol (colonel Mazure), Beaudouin se bat ensuite en 1859 en Italie (à Magenta, où il met notamment en ligne douze pièces contre les Autrichiens, et à Solferino) et où, selon Berthel, Mac Mahon dira de lui qu'il était «un homme de guerre des plus remarquables sur le champ de bataille». Il est nommé colonel et reçoit, le 3 février 1864, le commandement du 15e régiment d'artillerie.

Nommé commandeur de la Légion d'honneur le 31 août 1867 (après 38 ans de services et quatre campagnes), toujours sur recommandation de Mac Mahon, il est encore à la tête de son régiment lorsque la guerre de 1870 éclate. Rapidement, le 16 juillet 1870, Beaudouin est nommé au commandement de la réserve du 2e corps de l'armée du Rhin, commandé par son compatriote le général Frossard. Il se bat à Forbach puis, à la journée du 16 août 1870 (bataille de Rézonville, Gravelotte, Mars-la-Tour), où le lieutenant-colonel de Maintenant est tué et Frossard blessé. Ce jour-là, Beaudouin se distingue à la tête des batteries de 12. 

Enfermé avec Bazaine à Metz, il est compris dans la capitulation. C'est le jour où, selon Berthel, il aurait dû être nommé général, grade qu'il aurait refusé. Emprisonné à Hambourg, épreuve douloureuse pour lui, Beaudouin rentre en France pour être promu général de brigade, par décret du 20 avril 1871 du Gouvernement provisoire qui «le pria d'aider à réorganiser l'armée». Il a 59 ans. Après la répression de la Commune à laquelle il ne semble pas participer directement, Beaudouin est nommé au commandement de l'artillerie en Algérie. Son temps de commandement est court car il décède à Alger le 13 octobre 1871, «après seulement trois jours de fièvre » (Berthel).

Membre du Conseil général de la Haute-Marne de 1867 à 1871 (représentant le canton de Bourmont, il siégeait notamment aux côtés du général Pélissier, frère du soldat de Sébastopol), il repose à Bourmont, près de la ferme des Noyers.

Copyright club Mémoires 52

Sources : Le Pays lorrain (1923) ; état civil des communes de Bourmont et de Rennes ; annuaires officiels des officiers d'active. A noter que la grande chancellerie de la Légion d'honneur ne conserve pas de dossier à son nom. 

mercredi 21 novembre 2018

Coloniaux haut-marnais sous la IIIe République



Le capitaine Félix Bablon (1874-1909), de Chaumont, tué en Mauritanie.
(Photo "La Dépêche coloniale")

Entre la guerre de 1870 et le premier conflit mondial, c'est hors d'Europe, dans l'Empire colonial essentiellement, mais pas seulement (ainsi en Chine), que les militaires français ont servi la Troisième République. Parmi les officiers haut-marnais, beaucoup se sont retrouvés au cœur d'événements ayant frappé l'opinion française et internationale. En voici quelques exemples, qui montrent que nos compatriotes ont joué un rôle particulièrement actif dans ces opérations au cours desquelles plusieurs ont perdu la vie.

1864. "Excursion" du sous-lieutenant Alexandre André (né à Manois en 1840), du bataillon de tirailleurs sénégalais, de Médine à Koniakary (aujourd'hui au Mali). Ce Saint-Syrien décède le 23 septembre 1867 au Sénégal, après avoir été promu lieutenant (11 août 1865) et commandant du cercle de Matam. Son frère, le capitaine Joseph André (Manois 1835), officier d'infanterie de marine, est, toujours en 1864, le chef d'état-major de la colonne Laprade qui part de Gorée pour construire le fort de Thiès (Sénégal). Lui commandera la place de Bakel.

1875. Combat de Boundou (Sénégal) livré contre les troupes du prophète Amahdou Cheilou. Le capitaine Camille Lambert (Breuvannes-en-Bassigny 1843), du 1er régiment d'infanterie de marine, est blessé d'un coup de feu au pied gauche. Il avait servi auparavant en Cochinchine (1866-1867).

1885-1886. Campagne du lieutenant-colonel Frey dans le Haut-Sénégal et le Haut-Niger pour combattre le chef de guerre Samory Touré et «pacifier» Guoye, le Kamera et le Guidimaka, provinces soulevées «à la voix du prophète Mahmadou Lamine». Le capitaine d'artillerie Pierre Ridde (Donjeux 1851), qui sert au Sénégal et au Soudan de 1882 à 1887, est officier dans la colonne qui obtiendra la signature d'un premier traité de paix avec Samory au printemps 1886.

1891. Prise de Bissandougou, capitale de Samory (9 avril). Ce fait d'armes est à mettre à l'actif du capitaine Hugueny, de Châteauvillain, commandant une colonne volante ayant lutté avec succès contre le chef de guerre africain (qui a incendié la ville avec son palais).

1892. Expédition du Dahomey contre le roi Behenzin. Le lieutenant Paul Jacquin (Wassy 1861) commande la 3e section d'artillerie de montagne au sein du corps expéditionnaire du colonel Dodds. Il sera promu capitaine de 2e classe par décret du 4 novembre 1892. Son camarade Alfred Michel (Bourmont 1868), lieutenant commandant la 2e section d'artillerie, est mortellement blessé le 20 octobre à Apka. L'abbé Vathelet (1843-1893), de Maizières-sur-Amance, était l'aumônier du corps expéditionnaire. Il sera fait officier de la Légion d'honneur le 14 décembre. 

1893. Prise de Tombouctou (12 décembre). Le lieutenant de vaisseau Gaston Boiteux (1863-1897), dont les parents se sont mariés à Meures (son père était lieutenant de gendarmerie à Chaumont, sa mère est née dans ce village), fait son entrée dans la célèbre cité, en dépit des ordres reçus, avec seulement 25 hommes. Il y est assiégé. La marche d'une colonne (lieutenant-colonel Bonnier) permet de le délivrer en janvier 1894 (mort par suicide, Boiteux repose à Meures, où un monument est érigé en sa mémoire).

1894. Anéantissement de la colonne Bonnier à Doingoï (15 janvier). Ce jour-là, le lieutenant-colonel Eugène Bonnier trouve la mort au bivouac de Doukouria assailli par surprise par des touaregs. Parmi les officiers tués également, figurent deux Haut-Marnais : le commandant François Hugueny (Châteauvillain 1847), de Dammartin-sur-Meuse, chef du bataillon de tirailleurs soudanais, et le capitaine Jean-Baptiste Tassard (Andelot 1857), qui commande sa 5e compagnie. Tous deux donneront leur nom à des rues – voisines - de Chaumont.

1895. Combat de Mapa, en Guyane (15 mai). Débarqué à la tête de 24 marins, l'enseigne de vaisseau Raoul Martin d'Escrienne (Langres 1869 – Paris 1932), qui sera propriétaire du château de Chaudenay, est grièvement blessé au visage par un coup de feu, tandis que le capitaine Lunier, chef du détachement, est abattu. Le Langrois sera fait chevalier de la Légion d'honneur le 3 juillet.
1895-1896. Expédition de Madagascar, à laquelle participent notamment les lieutenants Paul Mathieu (Ormancey 1868), du bataillon de tirailleurs haoussas, Jules Guillaumet (Brachay 1860), du régiment colonial - tous deux tomberont, chefs de bataillon, pendant la Grande Guerre.

1898. Le capitaine Claude Germain (Saint-Urbain 1852), chef du 1er escadron de spahis sahariens, relève, avec le célèbre capitaine Laperrine, 660 km d'itinéraires nouveaux dans le Sahara, entre Fort Mac Mahon et In Salah.
1898. «Incident» diplomatique franco-britannique de Fachoda (Soudan), impliquant la mission Congo-Nil du capitaine Marchand (septembre-novembre). A l'époque, le lieutenant Emile Poinsel (Bize 1867) servait dans la 10e compagnie (Oubanghi) du régiment de tirailleurs sénégalais, tandis que son compatriote Félix Bablon (Chaumont 1874) était lieutenant dans la 5e compagnie. En septembre 1898, Poinsel appartenait à la garnison de Fachoda, au moment où les troupes anglaises y arrivent.
1898. Capture de Samory Touré par la colonne du capitaine Gouraud (29 septembre). C'est un sous-officier servant sous les ordres du sous-lieutenant Gaston Jacquin (frère de Paul), né à Wassy en 1871, qui s'empare au Soudan du chef de guerre africain et le remet à son supérieur. Sous-lieutenant d'artillerie de marine, Jacquin servait alors dans une compagnie auxiliaire d'ouvriers. Le fait d'armes sera immortalisé par le Petit Journal, et le Wasseyen sera fait chevalier de la Légion d'honneur un mois plus tard, à l'âge de 27 ans.

1899. Le lieutenant Poinsel s'était joint à Bangui à la colonne du capitaine Roulet qui marchait vers le Nil. Ils occupent successivement le fort Desaix, le fort Hossinger, puis plantent le drapeau français le 20 mars 1899, à 350 km au sud de Fachoda. 

1900. Combat de Deghamcha, dans le Sahara (5 janvier). Assurant, à distance, la protection de la mission Flamant, le capitaine Germain affronte, avec ses 60 spahis et les goumiers du capitaine Pein (futur colonel de la Légion étangère), 1 500 touaregs. «Grâce à Dieu, nous leur avons infligé une défaite complète, écrira le Haut-Marnais à sa mère. Le combat a commencé à 7 h 30 du matin et a duré jusqu'à 10 h 20.» Selon Germain, l'ennemi a laissé 150 tués, près de 200 blessés, un drapeau, les Français ne déplorant qu'un spahi tué et six blessés. Colonel de spahis, commandeur de la Légion d'honneur, Germain se retire dans son village natal, où il décède en 1933.

1900-1901-1902. Expédition de Chine. Le capitaine du génie Charles Lindecker, de Chaumont, commande une section d'observation. Il a l'occasion de survoler Pékin en ballon. Le capitaine d'infanterie coloniale Arthur Geoffroy (Biesles 1870) participe également à ces opérations.

1902. Le capitaine Bablon, commandant la 4e compagnie de la colonne Tétart, se distingue à Bir Alali, aujourd'hui au Tchad (20 janvier), puis repousse les Touaregs en ce même lieu rebaptisé Fort-Pradié (1er juin). «Le capitaine Bablon les mit facilement en déroute», dira une relation.

1904. Le capitaine Bablon, ami de Mangin, commande le cercle militaire du Kanem (près du lac Tchad). Il sert alors au régiment indigène du Congo depuis le 30 décembre 1903.

1905. Le lieutenant-colonel Gouraud fait prendre les armes à la garnison de Fort Millot et remet la Légion d'honneur au capitaine Bablon (16 janvier).


1906. Le capitaine Antoine Auvigne (Vesoul 1874), fils d'un enseignant originaire de Maatz, est fait chevalier de la Légion d'honneur après avoir pris M'Balasso et M'Baléma avec le lieutenant Bouet (2-3 août). Officier au 1er RTS, il rejoindra le bataillon de la Guinée avant d'être blessé à Boussédou le 18 février 1907 (il se battra en France comme chef de bataillon d'infanterie coloniale).

1908. Bablon commande le poste d'Akjoujt (Mauritanie), puis la 3e compagnie du bataillon de Mauritanie de la colonne de l'Adra (colonel Gouraud).


1908. Le capitaine Louis Mongin (Biesles 1874), commandant la 3e compagnie du bataillon du Chari (territoire militaire du Tchad), conduit une colonne qui impose au sultan Mohammed es Senoussi, à la tête d'un empire dont la capitale est N'Délé, un nouveau traité avec la France (15 – 30 janvier).


1909. Le capitaine Bablon est tué au combat du camp de Rasseremt par des Talibés (nuit du 27 au 28 avril). Il a reçu une balle dans la cuisse, une dans l'aine, une dans la tête. Comme Hugueny et Tassard, son nom a été donné à une rue de Chaumont. 


1911. Lourdes pertes pour le peloton méhariste de Kiffa à Moulenha, dans le Haut-Sénégal, attaqué par des pillards (12 mai). Son chef, le lieutenant Georges Demassez (Laneuville-au-Bois 1876, puis domicilié à Osne-le-Val), du 2e régiment de tirailleurs sénégalais, est tué avec neuf de ses hommes.

1912. Adjoint du colonel Laperrine, le capitaine Joseph Nieger (1874-1951), d'Eclaron, dirige la mission d'études du chemin de fer transafricain entre Oran et le lac Tchad, qui participa à une meilleure connaissance du Sahara (janvier -novembre).

lundi 12 novembre 2018

Saint-Dizier, berceau du bowling en France



Un des premiers bowlings de France, aux Folies-Bergères, à Paris. 
(Cliché paru dans La Vie au grand air).

La brasserie Georges, à proximité de la gare de Perrache, est l'un des haut-lieux de la restauration à Lyon. L'établissement, fondé en 1836, a compté, parmi ses habitués et ses clients de passage, Lamartine, Verlaine, Jules Verne, Zola, Rodin, Brel, Hemingway... Pourquoi en parler ici ? Parce que début 1909, la brasserie attendait la livraison de deux allées de 20 mètres d'un tout nouveau jeu apparu en France : un bowling. Et que ces installations ont été fabriquées à Saint-Dizier.

Contrairement à ce que l'on pourrait penser, ce n'est pas avec le Corps expéditionnaire américain, à la fin de la Première Guerre mondiale, que le bowling est apparu en France, mais avant le conflit, en 1907, par l'intermédiaire d'une société américaine toujours en activité, Brunswick – ainsi que le rappellera la justice française.
Fondée par un immigré suisse, la firme possédait des établissements à New York, Cincinnati, Muskogeon, San Francisco et Toronto, et un seul hors du continent américain : dans la cité bragarde, qui attirait donc déjà, dès les années 1900, des investisseurs étrangers, et notamment américains.

A l'origine, le site haut-marnais de la Compagnie Brunswick française, branche hexagonale de la société américaine, qui avait son siège au 19, rue de la Pépinière à Paris, fabriquait des queues de billard. Il était implanté rue (puis avenue) de Bar-le-Duc (actuelle avenue du Général-Sarrail), à une époque où existaient déjà les usines Hachette, Gravigny... Grâce aux recensements, nous connaissons quelques noms d'employés, comme le concierge, Auguste Durantet, né à Puteaux en 1858, domicilié au 78 bis de la rue en 1906.

Les produits issus de la scierie bragarde – où l'Angevin Augustin Rouault exerçait le métier de «billardier» - étaient renommés. Lors d'une exposition industrielle, à Nancy, en 1909, Brunswick était en effet présentée comme le plus important fabricant de billards en Europe. Le catalogue précisait alors que l'usine produisait, chaque année, 12 millions de procédés de queue de billard et 24 000 queues de billard. En outre, la société «construit le fameux jeu de bowling (quilles de précision) qui fait fureur en France depuis deux ans». Une publicité, en 1908, insistait d'ailleurs sur le caractère pionnier du bowling Brunswick, «le fameux jeu de quille de haute précision, le plus entraînant de tous les sports, seul concessionnaire des brevets et fabricants en Europe».

Primée à l'exposition de Bruxelles en 1910, la compagnie, qui possédait une autre usine à Clichy, a notamment produit un billard sur lequel un célèbre joueur, Louis Curé, professeur à l'Académie de l'Olympia, a battu «le record du monde au cadre de 45 à deux coups», en février 1911, «fantastique prouesse» saluée par la presse.

L'activité de la scierie bragarde «Les Billards Brunswick», toujours attestée en 1911, semble avoir cessé avant la Première Guerre mondiale, puisque rapidement, en novembre 1914, le site se transforme en hôpital pour blessés, l'hôpital complémentaire n°41, d'ailleurs connu sous le nom d'hôpital temporaire... Brunswick. Ses locaux seront ensuite occupés par l'usine La France, selon le chanoine Petit.