Lucien Pinet (à gauche) aux côtés de résistants, à Moeslains.
Fils
de cheminot, Lucien Pinet est né près de Grenoble, à La Tronche,
en 1921. Elève ingénieur des Ponts-et-chaussées, il habite chez
ses parents à Tours, et quitte cette ville pour se soustraire au
STO. Au début du mois de juillet 1943, il arrive à Epernay où il a
de la famille. Très rapidement mis en contact avec l'OCM, il entre
ainsi dans la clandestinité sous le pseudonyme de «Pierre
Lesaulnier ». « Lesaulnier » rejoint alors Jean
Galas qui, à partir du chalet Saint-Hubert, pavillon de chasse situé
en lisière de la forêt, sur le territoire de la commune de Moslins,
près d'Epernay, assure la réception de parachutages sur un terrain
voisin et l'organisation de dépôts d'armements. « Lesaulnier »
participe à ces opérations. Mais l'arrestation à Paris, par la
Gestapo, le 9 juin 1943, du général Delestraint aura pour le
mouvement des suites dramatiques. Ainsi, le 23 novembre 1943,
« Pierre Lesaulnier » échappe de justesse à une
opération menée par des agents de la Gestapo accompagnés d'une
trentaine de soldats allemands contre le chalet Saint-Hubert. Au
cours du combat, celui qui avait beaucoup appris à « Pierre
Lesaulnier » en matière d'armement et était devenu un grand
ami, Jean Galas (né à Reims en 1905), est tué. Un jeune membre de
l'organisation arrivé la veille au chalet est également abattu
(Michel Michez, né en 1928 à Ay).
C'est
dans ces conditions que, début décembre 1943, Lucien Pinet quitte
la région d'Epernay pour la Haute-Marne, et se rend à Condes, près
de Chaumont, chez un oncle qui milite au FN (Eugène Pinet). Vers le
15 décembre, à Condes, «Lesaulnier » est présenté par son
oncle à « Mercier » (Jules Didier), qui lui propose
d'assumer la responsabilité du FN pour l'ensemble du département de
la Haute-Marne. Le jeune homme accepte la responsabilité et change
de pseudonyme pour prendre celui de « Lejeune ».
Avant
la fin décembre 1943, « Lejeune » parcourt, à
bicyclette, en compagnie de « Mercier », les diverses
localités du département pour prendre, à son tour, tous les
contacts nécessaires, dans le cadre de sa responsabilité nouvelle.
Parmi les personnes ainsi contactées qui constituent chacune la base
d'un premier triangle, et l'élément de la première structure
organisée du FN en Haute-Marne, on relève notamment :
à
Chaumont, M. Bois (fils), industriel, François Labarre, artisan, Marcel James,
commerçant,
à
Bologne, Pierre Portal, directeur des forges, M. Busier, forestier,
à
Jonchery, Mme Barret, du restaurant de la gare,
à
Doulevant-le-Chateau, un agriculteur,
à
Nogent, M. Gras, coutelier, Mme Durin
à
Rolampont, Bohin, percepteur
à
Hortes, Alphonse Simonin, instituteur
à
Larivière-sur-Apance, Marcel Vitry, instituteur
à
Moeslains, Pierre Boé, M. Chausel,
à
Brethenay, Petit, agriculteur,
à
Foulain, Laurent, agriculteur,
à
Marac, Forgeat, agriculteur,
à
Langres, Baude, instituteur
à
Sarrey, Henri Voirpy, instituteur
à
Bourbonne, René Carpentier, architecte (déporté)
à
Fayl-Billot, Prudent, vannier
à
Joinville, Paquet, garagiste
à
Saint-Dizier, César, directeur du Palais du vêtement, Holvec,
industriel,
à
Eclaron, Michel Marin, Richalley, etc.
Ses
agents de liaison sont Suzanne Boé, de Nogent (qui deviendra son
épouse), et Mme Portal, de Bologne.
Mais
c'est chez Eugène Lissy, de Moëslains, membre du FN (comme son fils
Eugène), retraité de Meuse-et-Marne, que «Lejeune » établit
sa base haut-marnaise principale. Le domicile de Lissy se situe à
proximité du café Le Sable vert, dont le propriétaire, Eugène
Clabaut, est membre du FN. Pour « Lejeune », Lissy est un
« homme déterminé et remarquablement sûr ». Il est
alors le seul à qui il confie l'organisation codée du FN de
l'ensemble du département, avec la clé du code pour le cas où,
lui, « Lejeune », serait arrêté...
Le
village de Moëslains est un centre considéré comme stratégique
par «Lejeune », en raison de la proximité du terrain
d'aviation de Robinson et par conséquent d'une importante présence
de soldats ennemis. L'implantation de cette base FN en plein milieu
de la fourmilière est à la fois une bonne chose sur le plan des
renseignements et aussi un danger permanent en dépit des précautions
prises.
« Lejeune »
a de nombreux contacts et participe également à toutes sortes de
réunions. Son chef direct est « Leduc » (Jacques
Lefranc), interrégional du FN. Il semble plutôt s'agir de Julien
Lefranc (1913-1995), dit « Jacques », responsable
régional du PCF-FN dans la Somme puis en poste en Haute-Saône et
Meurthe-et-Moselle. « Marcelle » (Madeleine Marzin) est
quant à elle interrégionale pour le secteur « Femmes ».
Pour « Legrand » (Fernand Boitel), son responsable est
« Ferdinand » (Robert Gangné), interrégional du PC.
« Lejeune »
et « Legrand » se réunissent à différents endroits :
à Saint-Dizier, près de Langres chez un éclusier, à Moëslains au
domicile de M. Chausel, quelques fois même en pleine nature...
« Lejeune » a aussi de fréquents contacts avec
« Cagnac » (Maurice François), de Marnaval, pour
l'organisation du FN dans le secteur de Saint-Dizier-Marnaval, et
spécialement pour la collecte des renseignements. Les rencontres
avec « Leduc » ont lieu à Saint-Dizier, chez M. César,
alors directeur du Palais du vêtement, ou à Chaumont au domicile
d'un artisan, parfois enfin à Nancy.
Il
y a aussi les rendez-vous avec les représentants des autres
organisations : 2e bureau, Georges Debernardi, colonel de
Grouchy... La première rencontre avec Debernardi a lieu à Chaumont,
près du canal, au lieu-dit « La Maladière ». Après
quelques instants d'entretien, survient une patrouille allemande.
Chacun regarde l'autre avec l'arrière-pensée que l'on devine...
Mais il ne s'agit là que d'une patrouille de routine qui passe à
quelques mètres... Fort heureusement.
La
direction du FN connaît bien des problèmes au cours de l'année
1944. C'est ainsi que dans les premiers jours du mois d'août 1944,
« Lejeune » est appelé à prendre le commandement de la
6e région des FTP (Doubs, Territoire de Belfort, et nord du
département du Jura). A l'occasion de ce changement d'affectation,
«Lejeune » prend le nouveau pseudonyme de « Luc
Vernat ». « Charles » (Georges Ressmer) le remplace
en qualité de RR pour la Haute-Marne, et ce jusqu'après la
Libération.
Dès
la libération de Besançon où Luc Vernat et ses FTPF ont eu une
brillante conduite, il est, en sa qualité de membre du Comité
départemental de Libération du Doubs, parmi les personnalités qui
reçoivent le général de Gaulle lors de sa visite de la ville
récemment libérée. Avant de poursuivre le combat jusqu'à la chute
finale des armées hitlériennes, le commandant Luc Vernat vient
passer quelques semaines en Haute-Marne à la fin de l'automne 1944.
Source :
Jean-Marie Chirol, « Le front national en Haute-Marne et le
maquis Mauguet », inédit.
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