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dimanche 30 mars 2025

La répression en Haute-Marne : arrestations, déportations, exécutions (1942)


Jean Mureau (1919-1945). Collection club Mémoires 52.

 Nombre de Haut-Marnais déportés en 1942, confirmés par la Fondation pour la mémoire de la Déportation (FMD) et le Mémorial de la Shoah : 70

Nombre de Haut-Marnais déportés en 1942, non recensés par la FMD : 5

Total des déportés en 1942 : 75

Nombre de personnes arrêtées en Haute-Marne en 1942 : au moins 110, dont Hartwing Goldschmidt et Moses Sturm (le 19 mars 1942 en gare de Joinville), déportés le 6 juillet 1942 à Auschwitz. 

Nombre de fusillés en 1942 : 1 (Alexis Valadon).


Notices biographiques 

Déportés nés en Haute-Marne (par date de déportation) : 32

HOURDILLIAT Georges (Saint-Dizier 7 décembre 1903 - 1979). Né au lieu-dit La Forge Neuve. Marié en 1925 à Saint-Denis (Seine). Déporté le 23 février 1942 à Karlsruhe, Rheinbachsie, Siegburg. Rentré en 1945.

ROBERT Maurice (Wassy 4 juin 1894 - 1948). Fils de boulanger. Prêtre à Epron (Calvados), fonde une institution en 1928. Arrêté en novembre 1941. Déporté le 23 février 1942 à Karlsruhe, Rheinbachsie, Hameln. Rentré en 1945. Décédé trois ans plus tard à Epron. 

VITREY Jules (Bourbonne-les-Bains 15 novembre 1902). Déporté le 2 juillet 1942 à Karlsruhe, Rheinbachsie, Siegburg. 

BEDET Louis, CABARTIER Auguste, COLLAS Adrien, COLLIGNON Robert, COLLIN Georges, DEMERLE Pierre, DUBOIS Camille, DUFAYS Alfred, DUSSELIER Louis, GENTIL Edmond, MARIVET Jean, MIGEOT Charles, MOUGEOT Paul, MUEL Louis, QUENARDEL Marc, ROUSSEL Maurice, THIERY Louis, THOMAS Yves : militants communistes déportés le 6 juillet 1942 à Auschwitz. Des notices détaillées sont à lire sur le site Mémoires Vives. 

ISAKOW Paulette (Chaumont 25 novembre 1925 - Auschwitz 1942). Domiciliée à Tours (Indre-et-Loire), elle est déportée en juillet 1942 à Auschwitz. Elle y décède, tout comme sa mère. 

COLLIN Marie-Emile (Joinville 26 juin 1906 - 1945). Menuisier, il est arrêté le 8 septembre 1941 à Poissons pour détention d'arme. Déporté le 3 août 1942 à Fribourg, Augsbourg, Kaisheim, Landsberg. Libéré le 27 avril 1945. Décédé quelques semaines plus tard, le 24 juin 1945, à Lyon.

LEOTIER André (Chaumont 25 mars 1911 - 1986). Manoeuvre, domicilié avenue des Etats-Unis, à Chaumont. Employé dans un service allemand dit de La Concentration, rue Decomble à Chaumont. Arrêté le 29 janvier 1942 sur son lieu de travail avec Chrétien Mohr pour "sabotage, propagande anti-allemande". Transféré le 28 mars 1942 à Clairvaux. Déporté le 3 août 1942 à Fribourg, Wolfenbuttel. Rentré le 5 mai 1945. Décédé à Chaumont. Source principale : 30 U 1, AD 21.

MARTIN Jean (Montier-en-Der 11 août 1921 - 1982). Domicilié à Marault, il est arrêté le 24 décembre 1941 par la brigade de gendarmerie de Vignory pour vol et détention d'armes (un mousqueton, un pistolet et deux bandes de mitrailleuses). Déporté le 3 août 1942 à Neuoffingen. Rentré le 11 mai 1945. Décédé à Saint-Dizier. Non recensé par la FMD. Sources : fonds Marcel Henriot et 342 W 302, AD 52.

GARNIER Camille (Bologne 5 novembre 1905 - 1974). Domicilié à Riaucourt, il est arrêté avec son frère dans le village le 20 août 1941 par la feldgendarmerie puis emprisonné à Chaumont. "Le lendemain, j'ai subi un interrogatoire tendant à me faire avouer être l'auteur d'un vol de 17 kg de poudre de dynamite et la détention à mon domicile d'armes à feu. Ces armes ayant été trouvées à mon domicile, j'ai dû avouer". Interné pendant six mois à Clairvaux, puis au fort de Villeneuve-Saint-Georges à compter du 12 mars 1942, il est déporté le 5 août 1942 en direction de la forteresse de Landsberg, puis à Neuoffingen. Rentré le 12 juin 1945. Décédé à Chaumont. Non recensé par la FMD. Source : 1623 W, AD 51. 

GERARD Eugène (Saint-Dizier 5 septembre 1914 - 1973). Marié, père d'un enfant. Domicilié à Saint-Dizier, 28, rue de l'Abattoir. Travaille avant guerre comme monteur sur métaux à la Haut-Marnaise de Joinville. Caporal au 21e régiment d'infanterie, il est blessé durant la Campagne de France (à l'oeil droit et au côté gauche). Fait prisonnier, réformé par les autorités militaires allemande et française et libéré. Employé comme bûcheron à Frampas, il est arrêté le 16 décembre 1941 par la Feldgendarmerie (dénoncé par un collègue, il était possesseur d'un revolver à barillet et de douze cartouches). Incarcéré le 2 février 1942 à la maison d'arrêt du Val-Barizien à Chaumont. Transféré le 5 février 1942 à la centrale de Clairvaux. Déporté à Neuoffingen en août 1942 (le 3, le 6 ou le 8 selon les sources). Libéré le 20 avril 1945. Décédé à Saint-Dizier. Non recensé par la FMD. Sources : 1623 W 18, 1571 W 40 et 342 W 302, AD 52.

KLEJMAN Jacqueline (Saint-Dizier 18 juillet 1937 - Auschwitz 1942). Arrêtée en juillet 1942 dans le 12e arrondissement de Paris. Déportée le 28 août 1942 de Drancy à Auschwitz, où elle décède à l'âge de 5 ans. 

FUSSINGER Jean (Vecqueville 18 juillet 1923). Domicilié à Commercy (Meuse), il est arrêté entre le 11 et le 13 septembre 1942 avec neuf autres habitants de la commune pour détention d'armes. Déporté le 5 novembre 1942 de Paris à Hinzert. Emprisonné à Diez/Lahn, Breslau, Schweidnitz, Hirschberg. Libéré le 8 mai 1945.

FUSSINGER Louis (Vecqueville 27 décembre 1924). Frère du précédent. Domicilié à Commercy (Meuse), il est arrêté entre le 11 et le 13 septembre 1942 avec neuf autres habitants de la commune pour détention d'armes. Déporté le 5 novembre 1942 de Paris à Hinzert. Emprisonné à Diez/Lahn, Breslau, Schweidnitz, Hirschberg. Libéré le 8 mai 1945.

DEMESY Emile (Louvemont 30 juillet 1904 - Sonneberg, Allemagne, 30 janvier 1944). Fils d'ouvrier mineur. Marié, ouvrier à l'Imprimerie nationale, domicilié à Villiers-sur-Marne, en région parisienne. Arrêté le 13 août 1942 selon l'Institut CGT d'histoire sociale du livre parisien. Son épouse, son frère Georges (fusillé), son neveu Gaston Béraut (fusillé) sont arrêtés avec lui. Déporté le 9 novembre 1942 à Karlsruhe, Sonneberg. Il ne revient pas de déportation. Plus de détails sur sa vie dans le dictionnaire Maitron. 

ROYER Germain (Laferté-sur-Aube 15 avril 1902 - Brieg, Allemagne, 19 décembre 1944). Elève mécanicien au dépôt SNCF de Troyes. Marié, domicilié à Troyes. Il est arrêté sur dénonciation le 9 juillet 1942 à Troyes pour "menées communistes". Ecroué à la maison d'arrêt de Troyes jusqu'au 1er octobre 1942. Déporté le 12 novembre 1942 de Paris à Hinzert. Assassiné "par le docteur SS boche, à Brieg, le 20 décembre 1944", selon son camarade Georges Pontet. "Il est mort courageusement en attendant sa piqûre", ajoute ce détenu. 


Déportés domiciliés en Haute-Marne (par date de déportation) : 44

FRYDEL Henri (Bourbonne), HERZ Isaac (Bourbonne), MAKOWSKI Benjamin (Bourbonne), SIMON Samuel (Montigny-le-Roi) : déportés juifs du 27 mars 1942 à Auschwitz.

MUREAU Jean (Sainte-Maure-de-Touraine, Indre-et-Loire, 20 décembre 1919 - Sachsenhausen 15 février 1945). Fils d'un pharmacien établi à Chalindrey au début des années 30. Etudes secondaires à Dijon. Etudiant à la faculté de médecine de Nancy. Arrêté le 28 mars 1942 à la Cité universitaire de Nancy. Emprisonné à Charles-III (Nancy). Déporté le 1er mai 1942 de Metz à Trêves. Passé par les prisons de Wittlich, Breslau, Sonneberg. En dépit de son état de santé dégradé, il est transféré à Sachsenhausen. Il y est déclaré décédé le 15 février 1945.

BRUET Jean. Capitaine de réserve, ingénieur, il est directeur commercial de la Société métallurgique de champagne à Marnaval. Domicilié à Saint-Dizier, au moins depuis 1936, il est marié et père de deux enfants. Il est arrêté le 29 mai 1942 par l'armée allemande pour "propagande". Immédiatement emprisonné à Sarrebrück, il est libéré le 18 ou 20 juin 1942. Non recensé par la FMD.

PELLUCH-CANET Bautista (Carcagente, Espagne, 29 janvier 1818). Ouvrier agricole aux Loges. Arrêté en mars 1942. Arrivé le 27 juin 1942 à Mauthausen. Transféré le 12 mars 1943 à Gusen, puis le 23 juillet 1943 au camp de Steyr-Münichholz. Transféré le 6 avril 1945 à Gusen.

BURTON Charles, CAMPION Léon, COLTEY Jean, FONTAINE Georges, GAZELOT Pierre, HACQUIN Bernard, LEDUC Eugène, QUERUEL Henri, VOILLEMIN Pierre : militants communistes déportés le 6 juillet 1942 à Auschwitz.

HAGUENAUER Jacques (Chaumont), déporté le 20 juillet 1942 à Auschwitz.

FRYDEL Esther (Bourbonne), GRUNDLAND* Rubin (Langres), KRAKAUER Iczek, Idessa, Mozek, Simon et Simone (Chaumont),  RABNER Hermann et Maryla (Chevillon), ROZEN Bayla et Mordka (Saint-Dizier), SKAUDA Maud (Valdelancourt), ZAKON Estelle (Saint-Dizier), déportés le 27 juillet 1942 à Auschwitz.

MOHR Chrétien (Metz, Moselle, 10 juillet 1898). Expulsé de Talange (Moselle) par les autorités allemandes le 17 avril 1941. Réfugié à Chaumont, où il réside au 19, place Aristide-Briand. Chef d'équipe et interprète au dépôt Lagerhaus der HUV dit dépôt La Concentration, rue Decomble à Chaumont. Dérobe avec André Léotier des fusils de chasse entreposés. Arrêté le 29 janvier 1942 par la feldgendarmerie et la GFP sur dénonciation sur son lieu de travail (leur collègue sera condamnée à la Libération). Condamné à trois ans et demi de prison en mars 1942 par le tribunal militaire allemand, réuni boulevard Barotte à Chaumont. Emprisonné à Chaumont le 9 mars 1942 puis transféré à Clairvaux le 28 mars 1942. Déporté le 3 août 1942 à Wolfenbuttel. Rentré le 23 avril 1945. Retrouve Talange. Source complémentaire : 30 U 1, AD 21.

GARNIER René (Pesmes, Haute-Saône, 20 avril 1902). Fils d'ajusteur. Frère de Camille Garnier. Domicilié à Riaucourt, il est arrêté avec son frère dans le village le 20 août 1941 par la feldgendarmerie puis emprisonné à Chaumont. Interné pendant six mois à Clairvaux, puis au fort de Villeneuve-Saint-Georges à compter du 12 mars 1942, il est déporté le 5 août 1942 en direction de la forteresse de Landsberg. Rentré le 23 mai 1945. Non recensé par la FMD. Source : 1623 W, AD 51. 

FRYDEL Israël (Bourbonne), déporté le 14 septembre 1942 à Auschwitz.

KAUFFMANN Léopold (Bourbonne), déporté le 21 septembre 1942 à Auschwitz.

EPHRAIM Félix (Bourbonne), déporté le 23 septembre 1942 à Auschwitz.

JABLONSKI Germaine (Chalvraines), POPIEL Marguerite (Cusey), MEYER Berthe (Bourbonne), WEIMBERGER Arnold et Louise (Valdelancourt), déportés le 3 novembre 1942 à Auschwitz.

KRAKAUER Paulette (Chaumont), ZAKON Gela, Israël et Nathan (Saint-Dizier), déportés le 4 novembre 1942 à Auschwitz. 


* Son épouse Rachel a été arrêtée avec lui. Le Mémorial de la Shoah ne la recense pas parmi les victimes.







mardi 27 février 2024

Martial Bel (1920-2012), recruteur du FN, FTP et membre du FUJP en Haute-Marne


Martial Bel. Illustration parue dans le Livre des 9 000 déportés de France 

au camp de Mittelbau-Dora.


Longtemps ignoré, le parcours du résistant franc-comtois Martial Bel en Haute-Marne mérite d'être retracé dans ses grandes lignes.

Martial Bel est né à Valentigney (Doubs) le 28 septembre 1920. Il est le fils de Paul Bel, ajusteur-mécanicien, militant communiste, et de Blanche Etienne. Tourneur sur métaux, il s'engage en 1940 dans le 105e bataillon de l'armée de l'air à Aulnat (Auvergne). Démobilisé en août 1940, il franchit "en fraude" la Ligne de démarcation et rentre chez lui à Valentigney, où il réside au 38, rue Grand-Rue. Il se marie le 31 décembre 1941 avec Juliette Petitmangin.

Dans le Doubs, il travaillait chez Wittner à Seloncourt, en septembre 1940, puis à la SMA à Arbouans, en septembre 1941. Requis pour travailler en Allemagne, il passe en Zone libre et vient travailler, en novembre 1942, aux chemins de fer vicinaux à Lons-le-Saunier (Jura). De nouveau requis, mais cette fois au titre du STO, Martial Bel retrouve la SMA en juin 1943. A partir de cette date, il distribue des tracts, héberge des clandestins, puis adhère au FN auprès d'un nommé Marcel.

"Depuis le 8 septembre 1943, j'ai renoncé à la vie familiale pour entrer dans la Résistance", explique-t-il. Alors que le 11 septembre 1943, son père, Paul, est arrêté par la police française, dans le cadre de l'enquête partie de Chaumont sur une imprimerie clandestine à Allondans (Doubs), lui rejoint la Haute-Marne où il est nommé, le 13 septembre 1943, par son compatriote André Germain (Robert), "recruteur FTP".

Martial Bel établit des contacts avec des résistants à Châteauvillain (Philippe Hantzberg), à Langres, participe au cambriolage d'un bureau allemand à Nogent. A Chaumont, où il est rejoint par son épouse (l'agent de liaison Christiane) et son ami Louis Frossard (Marc), il loge d'abord rue du Gaz, puis rue Croix-Percée.

Passé au Front uni de la jeunesse patriotique (FUJP), Martial Bel, connu sous le nom de Serge, est arrêté avec Louis Frossard près du musée de Chaumont, le 13 janvier 1944, par la Sipo-SD. Il subit, dira-t-il, "quatre interrogatoires au nerf de boeuf". Emprisonné au Val-Barizien à Chaumont, il est transféré le 6 avril 1944 à Châlons-sur-Marne, puis au camp d'internement de Compiègne, le 9 avril 1944.

Avec d'autres résistants haut-marnais qu'il a connus dans la clandestinité, notamment Philippe Lamoureux (du groupe FN de Joinville) et Philippe Hantzberg, il est déporté le 27 avril 1944 en direction d'Auschwitz. Le 12 mai, il est transféré à Buchenwald, puis le 13 novembre au camp de Mittelbau-Dora. 

Martial Bel est libéré le 11 avril 1945. Il est décédé à Montbéliard le 3 octobre 2011. Son père Paul est disparu en déportation. 

Sources : dossier d'homologation FFI, GR 16 P 43 851, Service historique de la Défense ; témoignage recueilli par le Musée de la Résistance et de la Déportation de Besançon ; dossier d'enquête contre Gabriel Szymkowiak, 29 U 54, Archives départementales de la Côte-d'Or ; Le livre des 9 000 déportés de France à Mittelbau-Dora, Le Cherche-Midi, 2020 (notice rédigée par Lionel Roux) ; Lionel FONTAINE, Des Hommes. Les FTP en Haute-Marne et dans l'est de la France, Liralest/Le Pythagore, 2023.

mercredi 22 juin 2022

La famille Krakauer, de Chaumont, assassinée il y a 80 ans, à Auschwitz


 


Trente-deux Haut-Marnais de confession juive ont été arrêtés en 1942. C'est l'année du départ du premier convoi de France en direction d'Auschwitz, le 27 mars 1942. Henri Frydel, 21 ans, Isaac Herz, 48 ans, et Benjamin Makowski, 41 ans, de Bourbonne-les-Bains, Samuel Simon, 52 ans, de Montigny-le-Roi, sont dans ce convoi. Aucun ne reviendra.

Le 20 juillet 1942, quelques jours après la rafle parisienne du Vel'd'Hiv dont a été notamment victime une enfant de 5 ans, Jacqueline Klejman, née à Saint-Dizier, cinq des membres de la famille Krakauer, domiciliée 16, rue d'Alsace à Chaumont, sont arrêtés : le père, Simon, 45 ans, la mère, Idessa née Stanski, 43 ans, les enfants Simone, 19 ans, Iczek, 22 ans et Mozek, 17 ans. Ils sont dirigés sur Auschwitz dès le 27 juillet, par le convoi n°11. La petite dernière de la famille, Paulette Krakauer, 14 ans, sera arrêtée le 10 octobre 1942 et à son tour déportée. Seule Annie échappera à l'arrestation et à la mort.

Photo et informations publiées dans "Mémorial des juifs de Haute-Marne, 1941-1944", club Mémoires 52, 1997.