samedi 30 juillet 2016

Une équipe chirurgicale parisienne au maquis de Bussières

Après la libération de Paris (fin août 1944), un éminent professeur, le médecin-lieutenant-colonel Robert Merle d'Aubigné, a organisé l'envoi d'équipes chirurgicales mobiles vers les zones de maquis des territoires qui restent à libérer. Parmi les 25 équipes qu'il a dirigées avec le capitaine Denisart, deux ont fait mouvement vers la Haute-Marne. 
La première nous est connue : c'est celle du médecin-capitaine Henri Le Brigand. Composé également du médecin-sous-lieutenant Marc Dalloz (interne dijonnais), des infirmiers Jean Lafontaine et Eliane Simonard, le groupe chirurgical mobile 3 s'est fixé à l'abbaye d'Auberive (lire notre étude sur le capitaine parachutiste Géminel, opéré par ce chirurgien parisien). 
La seconde l'est un peu moins. Grâce à l'ouvrage «Le service de santé de la Résistance», signé Pierre Canlorbe (1945), nous sommes en mesure d'apporter quelques précisions à son sujet. Elle a été confiée au Dr Pierre Delinotte, 38 ans, qui a déjà dirigé une ambulance de la Croix-Rouge pour porter secours aux victimes de Normandie et qui sera un urologue reconnu (il décédera en 1964). 
Parti de Paris le 2 septembre 1944, constitué notamment d'une ambulance chargée de matériel chirurgical et d'une voiture de tourisme où ont pris place deux officiers FFI (non identifiés), le convoi fait d'abord étape à Troyes, puis arrive le 4 à Bar-sur-Aube. Rapidement, la mission se rend compte qu'il lui sera difficile de gagner sa destination (la région de Fayl-Billot). Les convois ennemis retraitant depuis le Sud et le Centre de la France ne cessent en effet de sillonner les axes routiers que l'équipe devra franchir : la route Châtillon-sur-Seine-Chaumont, la liaison Dijon-Langres, notamment. Elle se porte toutefois sur Juzennecourt, où se sont positionnés des éléments de reconnaissance américains et où, le même jour, se constitue une troisième compagnie d'un bataillon FFI haut-marnais, le maquis Duguesclin. Signalons que Juzennecourt, où un poste de secours est installé, est à 15 km de Chaumont, toujours occupé. Le groupe se rend utile en opérant un blessé et en soignant quelques malades, puis revient finalement le 5 septembre à Bar-sur-Aube. 
Enfin, le 7, le capitaine FFI parisien qui accompagnait l'équipe estime qu'il est possible de faire mouvement. Dans un village qui paraît correspondre à Autreville-sur-la-Renne (où effectivement des éléments du maquis Duguesclin, lequel agit sur l'axe Châteauvillain-Chaumont se sont installés), un poste de secours est aménagé «sous la direction d'un étudiant en médecine». Via Arc-en-Barrois, l'ambulance arrive à Auberive où elle est accueillie par le colonel de Grouchy, chef départemental FFI, et le Dr Le Brigand, déjà sur place. Finalement, Delinotte et son équipe se portent sur Saulles, près de Fayl-Billot, secteur dans lequel opère le maquis Henry, le 8 septembre. En chemin, la chasse américaine mitraille par méprise le convoi. Si l'ambulance n'est pas touchée, trois occupants d'une voiture de tourisme sont blessés. Il s'agit sans doute d'Assaron Pisaneski, Charles Michel et Camille Pechinet, du maquis Max (Auberive), qu'un document inédit signale blessés à cette date à Leuchey. 

Le 10 septembre, le groupe arrive enfin à destination : «Nous nous installons en plein bois, à 800 m de la ferme de Grange-Neuve, où se trouve un fort détachement FFI». La salle d'opération est aménagée dans une salle à manger. Curieusement, les relations consacrées à l'histoire de cet important maquis sont très peu disertes sur la présence de cette équipe. Pas un mot, ainsi, dans le journal de marche du capitaine de gendarmerie Stanguennec («Pierre»), qui le commande. Ce n'est qu'à la date du 12 septembre que Jean Spiro («Clovis»), un des chefs du corps-franc du maquis, révèle la présence d'un «médecin-capitaine (…) venu exprès de Paris (…) accompagné d'un adjoint. Nous le recevons durement». 
Le compte-rendu de mission le rapportera plus tard, mais le Dr Delinotte devait s'installer dans le château de Saulles. Or le 11 septembre 1944, c'est en se rendant assurer la protection de ce futur hôpital de campagne qu'un détachement du 2e bataillon (commandant Samuel Meyer) du 1er régiment de France s'est heurté à l'ennemi à Belmont. Un rude combat, marqué par l'intervention de l'aviation alliée, s'est alors produit, combat au cours duquel six soldats du seul régiment de l'armée française toléré par l'ennemi ont été tués (aspirant Michel Pasquet, 19 ans, Pierre Bernard, Armand Dalloz, Raymond Jamet, Jean Perrotet, Waclaw Wlazyk), sept – pour certains blessés – prisonniers (caporaux Pascal Leone et Paul Thomassin, soldats Jean Garchery, Marcel Davoult, Louis Roux, André Begel et Jean Ferré). Mais il y eut également au moins sept blessés parmi les FFI, notamment André Courtier, que prendra en charge l'équipe parisienne. 
Au total, entre le 11 et le 15 septembre, la mission – composée notamment de F... et de C... - Cavalier ? - examinera une quarantaine de blessés et malades et pratiquera 23 interventions chirurgicales (sur des Allemands, sans doute). Durant sa présence en Haute-Marne (la région de Fayl-Billot sera libérée par les chars de l'armée De Lattre les 14 et 15 septembre), l'équipe médicale parisienne aura également à constater d'effroyables crimes de guerre commis par l'armée allemande (notamment un bataillon composé de soldats russes). En se rendant au château de Saulles, «complètement dévasté», Delinotte apprendra «que deux blessés FFI y ont été achevés par les Allemands». Surtout, il n'oubliera pas la découverte de trois corps «enfouis sous un tas de fumier». Il s'agit de ceux de Micheline Morey (fille d'un général), Marie-Louise Bailly et Geneviève Cornubert, trois jeunes filles de Bussières-lès-Belmont qui s'étaient portées volontaires pour servir d'infirmières au château. Elles ont «été rouées de coups, avec des queues de billards, pendant 24 heures, puis achevées d'une balle dans la nuque». Exécutées dans la nuit du 11 au 12 septembre par les Russes, elles font vraisemblablement partie des quatre constats de viol dressés par l'équipe. Laquelle, assurant l'acheminement des blessés FFI vers l'hôpital de Langres (libéré le 13 septembre), n'omettra de rapporter, dans son compte-rendu, que «les Allemands ont fusillé tous les prisonniers et tous les blessés FFI. Huit (Note : en fait six) prisonniers du 1er régiment de France ont ainsi été fusillés, bien qu'en uniformes». La Haute-Marne étant définitivement libérée au 16 septembre 1944, la mission s'achève le surlendemain, l'ordre ayant été donné de regagner Paris.

jeudi 11 février 2016

François Andriot n'est plus

Sa famille a informé, mercredi 10 février 2016 au soir, Le Journal de la Haute-Marne du décès de François Andriot, l'un des derniers vétérans du fameux Commando Kieffer qui a débarqué en Normandie le 6 juin 1944. Né à Chaumont en 1921, François Andriot, fils d'imprimeur, avait quitté le chef-lieu haut-marnais en 1942 pour rejoindre la France libre, avec son camarade Charles Husson. Ayant été internés en Espagne, ils se sont engagés, pour l'un dans les fusiliers-marins de la France libre, pour le second dans les parachutistes du Spécial air service (Charles Husson devait mourir pour la France en Bretagne). François Andriot a donc fait partie, comme Jacques Senée (qui résidait alors à Troyes et dont la belle-famille était haut-marnaise) et Paul Lardenois (qui vivra en Haute-Marne après la guerre), des 177 Français ayant pris pied, sous le feu ennemi, sur la plage de Ouistreham. Après le conflit, François Andriot s'est établi en Grande-Bretagne, d'où était originaire son épouse. Il gardait des liens étroits avec son département de naissance, notamment comme membre bienfaiteur du club Mémoires 52. Son témoignage sur le débarquement de Normandie a d'ailleurs été reproduit à plusieurs reprises dans les publications de l'association. Nous avions eu le privilège de le rencontrer à Ouistreham, en 2004, à l'occasion de la remise de sa Légion d'honneur. Affaibli depuis plusieurs années, François Andriot est décédé cette semaine en Angleterre dans sa 95e année. A la famille de ce vétéran, aussi modeste qu'héroïque, le club Mémoires 52 adresse ses plus sincères condoléances.

samedi 6 février 2016

"La Marseillaise" et la Haute-Marne

Fameux tableau signé Pils, où figure le Haut-Marnais Gloutier. Le Président de la République, François Hollande, a souhaité faire de 2016 l'année de La Marseillaise. L'occasion de rappeler les liens très étroits existant entre l'hymne national et la Haute-Marne. Le 25 avril 1792, un capitaine franc-comtois, Rouget de Lisle, entonne, pour la première fois, ce qui s'appelle alors le «Chant de guerre de l'armée du Rhin». La scène se passe dans le salon du maire de Strasbourg, Philippe-Frédéric de Dietrich. Une famille qui, à plusieurs reprises, croisera le chemin de la Haute-Marne et des Haut-Marnais. Notons d'abord que l'édile avait deux fils (dont Fritz) dont le précepteur, depuis 1787, était un Haut-Marnais, Alexis Gloutier, né à Ninville en 1758. Il semble, selon plusieurs sources, que le Bassignot ait figuré parmi la dizaine de personnes ayant assisté à la naissance de «La Marseillaise». Si l'on en croit l'historien chaumontais Emile Jolibois, Gloutier mettra ensuite au vert les deux fils De Dietrich (dont le père a été guillotiné fin 1793) dans sa terre de Ninville. Tous trois y sont arrêtés, emprisonnés dans la maison de réclusion à Chaumont, avant d'être remis en liberté. Les enfants De Dietrich se réfugieront alors, faubourg de Buxereuilles, à Chaumont, au domicile de la famille Lancret, dont un membre est l'auteur de l'hôtel de ville de la cité. Quant à Gloutier, il participera, comme scientifique, à l'expédition d'Egypte, où il décédera en 1800, membre de l'Institut. A noter également qu'une descendante du maire strasbourgeois s'établira à Brousseval. C'est en 1879 que le chant croisera une ultime – mais décisive – fois le chemin de notre département. C'est en effet un Wasseyen, le général Henri-François-Xavier Gresley, né en 1819, alors ministre de la Guerre sous Gambetta, qui a annoncé qu'il appliquerait le décret de 1795 souhaitant que «La Marseillaise» devienne l'hymne à jouer lors de chaque cérémonie officielle. Le député haut-marnais Roux avait plaidé, alors, pour ce choix...

lundi 2 novembre 2015

Le commandant Varroquier (1872-1915), un héros né à Bettancourt

C'est dans le domaine de son aïeul maternel, la ferme La Vacquerie à Bettancourt-la-Ferrée, que Charles-Louis Varroquier voit le jour le 11 juin 1872. Ses parents se sont mariés dans le village quatre ans plus tôt. Le père, Charles Varroquier, né à Charleville (Ardennes), domicilié à Bar-le-Duc, était alors capitaine. Sa mère, Laure-Honorine Martin, est Haut-Marnaise. Varroquier père sera chef d'escadron au 1er régiment de dragons, puis colonel de cavalerie, commandant de la Légion d'honneur. Varroquier fils embrasse à son tour la carrière des armes. Lorsque la guerre éclate en 1914, il est capitaine. Il sert au 3e bureau du 33e corps, aux côtés du capitaine Bernard Serrigny, aux attaches haut-marnaises. Tous deux sont sous les ordres du général Pétain. Chevalier de la Légion d'honneur le 3 janvier 1915, promu chef d'escadron de cavalerie à 43 ans, le natif de Bettancourt, qui s'est marié à Paris en 1906 avec la fille du futur colonel de Gérus, s'était distingué dans la nuit du 2 septembre 1914, avec le capitaine Wemaere, du côté de Château-Thierry (Aisne). Officier d'état-major, portant un ordre à un général de cavalerie, il a en effet organisé la défense de la gare de la cité, ce qui lui a valu une citation à l'ordre de l'armée, le 25 septembre 1914. Selon «L'Express du Midi» du 15 juin 1915, Varroquier est grièvement blessé, en mai 1915, dans une tranchée de première ligne, lors d'une reconnaissance, durant les combats «si ardents et si glorieux de Carency et de La Targelle». Il décède, quelques jours après, à l'ambulance de Villers-Châtel, dans le Pas-de-Calais, le 19 mai 1915. Selon un général, Varroquier faisait preuve «d'admirables qualités de conscience, d'énergie et de courage réféléchi et calme». Cité deux fois à l'ordre de l'armée, il était, selon le journal Le Temps de juillet 1915, qui a reproduit sa citation, un «officier ayant un sang-froid, un courage et un sentiment du devoir rares».

vendredi 9 octobre 2015

Un ouvrage du Chaumontais d'origine Alphandéry, 93 ans

Petit-fils du député-maire de Chaumont (Georges Lévy-Alphandéry), fils d'un Chaumontais, Claude Alphandéry incarne toujours, à bientôt 93 ans, l'image de l'ancien résistant résolument engagé à gauche. Né le 27 novembre 1922 à Paris, c'est un authentique résistant. Investi dans les Mouvements unis de la Résistance (MUR), Alphandéry, alias «Cinq-Mars», nommé à moins de 22 ans lieutenant-colonel FFI, était, en 1944, le président du Comité départemental de la Libération (CDL) de la Drôme. Homologué sous-lieutenant après la capitulation nazie, élève à la toute jeune Ecole nationale de l'administration, militant communiste puis socialiste, Claude Alphandéry est le père de l'ancien ministre de l'Economie Edmond Alphandéry. Il fait paraître, en ce mois d'octobre 2015, un ouvrage sur son parcours, «Une famille engagée», aux éditions Odile Jacob. Un ouvrage dans lequel il rend notamment hommage à son ascendant Albert, avocat à Salon-de-Provence, nommé juge à Chaumont grâce à son beau-père Tréfousse. Claude Alphandéry, âme du Labo de l'Economie sociale et solidaire, racontera avoir caressé le projet, après-guerre, de se présenter aux municipales à Chaumont. Projet avorté en raison de l'opposition de la classe politique locale. Il est grand-croix de l'ordre national du Mérite.

dimanche 4 octobre 2015

Brave et modeste : le général Delalain

A l'armée des Pyrénées-Occidentales (collection Sehri) Il a fait son devoir, sans arrière pensée. Général à 45 ans, le Bragard Delalain, qui n'a pas démérité, aura vu sa carrière stoppée par une décision impitoyable des redoutables représentants du peuple. Portrait d'un officier distingué mais méconnu. Alexandre Delalain naît le 10 mai 1748 à Saint-Dizier (Haute-Marne), fils d'Alexandre, avocat, et d'Anne-Marguerite Augier. Il a pour parrain Claude Fromond, conseiller du roi, procureur en le bailliage de Saint-Dizier. En mai 1767 – il a tout juste 19 ans -, il rejoint, comme dragon, la Légion de Hainaut. Delalain opère, l'année suivante, en Corse. Maréchal des logis en 1770, il combat, en 1771, en Pologne. Début février 1772, la Légion de Lorraine – ex-Légion de Hainaut – s'empare, sous les ordres du lieutenant-colonel de Choisy, du château de Cracovie et le défend. Ses officiers sont capturés, et parmi eux, le lieutenant Delalain. En octobre de la même année, le Bragard, 24 ans, qui aurait été blessé d'un coup de feu au bras droit, fait partie des signataires d'un mémoire envoyé à M. d'Alembert. Moins de trois ans plus tard, Delalain, capitaine de dragons de la Légion de Lorrraine, se marie, le 30 janvier 1775, à Eclaron, dans son terroir natal, avec Marie-Marguerite Becquey de Beaupré, fille de Joseph, avocat en parlement, et de Marie-Claire Deponthon. Onze enfants naîtront dans le bourg, dont six décédés en bas âge : Marie-Alexandrine en 1775, Alexandre en 1776 (mort à 1 an), Mélanie en 1778, Stanislas en 1779, Alexandre en 1780, Augustin en 1780 (mort à 2 ans), Stéphanie-Clotilde en 1782, Augustin en 1783 (mort à un mois), Marie-Félicité en 1785 (morte à trois mois), Madeleine-Henriette en 1788 (morte à deux ans), Marie-Henriette en 1791 (morte à cinq mois). Passé au 14e régiment de chasseurs à cheval en 1779, chevalier de Saint-Louis deux ans plus tard, Delalain est lieutenant-colonel, commandant le 5e bataillon d'infanterie légère (où sert le futur maréchal Moncey) le 6 novembre 1791 – et où sera officier, en 1792, l'Eclaronnais Jean-Baptiste Pincemaille. Le 7 mai 1793 (à 45 ans), il est promu général de brigade par les représentants du peuple auprès de l'armée des Pyrénées-Occidentales (Moncey, dont un frère vit alors en Haute-Marne, à Longeville-sur-la-Laines, lui succède à la tête de ce bataillon issu des «chasseurs de Cantabre»). Delalain est, avec Duprat, brigadier au sein de la division dite de Saint-Jean-Pied-de-Port, commandée par le général Dubouquet. Le 21 juillet 1793, il participe à une cérémonie civique. Le 7 août, il conduit 1 800 hommes lors de l'expédition dite des Aldudes, commune française des Basses-Pyrénées. Dans son rapport, le Bragard précise qu'il a divisé ses troupes en trois colonnes, confiées au lieutenant-colonel Belet, commandant en second le 2e bataillon des Basses-Pyrénées, au capitaine Abadie, du 4e bataillon des Basses-Pyrénées, et au lieutenant-colonel Mauco, commandant du 4e bataillon des Basses-Pyrénées – et où l'on retrouve la compagnie basque Harispe. La consigne du Bragard est claire : durant cette expédition, destinée à chasser les Espagnols du sol de France, «les soldats de la République ne doivent pas être des brigands». Mauco souffrant d'une ancienne blessure, Delalain prend le commandement de sa colonne. Il raconte : «Nous nous sommes avancés, le sabre à la main, le représentant (Ndlr : Feraud) et moi, avec toute notre colonne, hors 50 hommes» vers le camp de Berdaries et les quatre redoutes... «La charge ayant battu, l'Espagnol, après une décharge de mousqueterie a abandonné le camp et les redoutes où nous sommes entrés tous ensemble, en criant : Vive la République une et indivisible. J'ai fait encore détruire une très grande quantité de leurs retranchements et leurs redoutes. L'Espagnol a gagné la cime des monts, où il s'est encore reformé pour la quatrième fois... Les Espagnols ont disparu enfin du territoire de la République, et ont été poussés à plus de deux lieues sur leur territoire». Citant dans son rapport Belet, Mauco, Harispe, Delalain conclut : «Je m'applaudis d'avoir commandé de si braves hommes, je m'applaudis surtout d'avoir chassé du sol de la liberté les esclaves qui la flétrissaient», précisant qu'ont été pris 200 fusils, 22 hommes, et qu'a été tué «beaucoup de monde». De son côté, le représentant du peuple, Féraud, se louera dans une lettre : «Je dois rendre public un fait que le général Delalain a tu par modestie, parce qu'il lui était trop personnel : nos troupes chargeant avec trop d'impétuosité l'ennemi qui fuyait vers des retranchements, où il était probable qu'il se rallierait, (Delalain) s'est mis à la tête avec moi et a poussé pendant plus d'une demi-heure, pieds nus, l'ennemi, à travers des précipices. Cette action n'est pas la seule qui honore ce général républicain». Général de division à titre provisoire le 20 octobre 1793, toujours par la grâce de ces représentants du peuple, Delalain est pourtant suspendu le 14 avril 1794, après avoir ordonné une reconnaissance générale aux abords d'Orbaiceta (le 5 avril) à la tête de la division de gauche. Il retourne en Haute-Marne et ne servira plus. Le général Delalain décède le 29 janvier 1814 à Eclaron, où il était conseiller municipal, deux jours après le passage de Napoléon dans la commune. Sa veuve lui survivra deux ans. Selon la Société des lettres de Saint-Dizier, un fils est tombé sous l'Empire. Qui était-ce ? Nous savons juste que Stanislas, né en 1779 à Eclaron, sera polytechnicien en 1796 puis ingénieur civil.

jeudi 27 août 2015

27 août 1944 : deux hommes abattus à l'entrée de Chaumont

Le 27 août 1944 est l'une des journées les plus tragiques de la Haute-Marne occupée. Huit personnes ont trouvé la mort ce jour-là. Dont deux à l'entrée de Chaumont. Eugène Guiffaut est un Breton, né en 1917 en Ille-et-Vilaine. Il s'est battu en 1940 dans les rangs du 4e régiment de hussards de Rambouillet, a été fait prisonnier, avant de s'évader dans l'Orne. C'est par voie de presse qu'il a appris qu'une entreprise recherchait des bûcherons. Le voilà débarqué en Haute-Marne, département qu'il ne quittera plus (aujourd'hui disparu, il est connu pour être le créateur du musée du bois de Juzennecourt). En Haute-Marne, Eugène Guifaut a travaillé près de Colombey, puis à Praslay, puis à nouveau à Juzennecourt. Il nous a raconté ce qu'il a vécu ce 27 août 1944. «Je travaillais pour l'entreprise Hernandez, témoigne-t-il. Tôt, un matin, les Allemands sont venus au château de Juzennecourt, pour demander des outils – ils minaient le petit pont à la sortie du village. Mme Burel est alors allée avertir deux hommes du chantier de la présence des Allemands. Ils ont pris peur, ont foncé à travers bois, mais ont été abattus par un poste de garde, à l'entrée de Chaumont». C'est aux environs de 21 h, le 27 août, au lieu-dit Croix-Coquillon, que les deux manœuvres ont en effet trouvé la mort : Robert Mutin était né à Manois en 1923, Auguste Souffez, en 1923 à Concarneau, en Bretagne.