dimanche 27 novembre 2011

Le 1er Régiment de France en Haute-Marne



Mi-août 1944, un détachement du 1er RF lors d'une cérémonie à Champigny-lès-Langres. (Collection Hubert Gallion/CM 52).

Il y a sept ans, à l'occasion du 60e anniversaire de la Libération, plusieurs vétérans du 1er Régiment de France revenaient sur les lieux de leurs combats livrés en 1944, dans le Sud-Est haut-marnais. Une unité dont le rôle a peu à peu été oublié. Et pour cause. Avant de se rallier début septembre 1944 aux FFI de la Haute-Marne, ce corps était perçu par la Résistance pour ce qu'il était à l'origine : un régiment créé à l'initiative du maréchal Pétain, le seul toléré par l'armée d'occupation, quoi que le patriotisme de la majorité des hommes qui le composaient ne puisse aujourd'hui être mis en doute.

C'est le 28 mai 1944 que trois compagnies du 2e bataillon, placées sous les ordres du commandant Samuel Meyer, ont été dirigées sur l'ex-zone occupée pour assurer la surveillance de la ligne à haute tension Paris-Kembs, entre les régions de Troyes et de Belfort. Mis sur pied à l'été 1943, stationné dans l'Indre et le Cher, ce régiment équipé "à la française" était commandé par le colonel puis général Berlon.

En Champagne, les hommes du 1er RF sont rapidement en contact avec des résistants locaux. Une proximité qui décidera des éléments isolés à rejoindre les rangs de la Résistance. C'est ainsi que dans la nuit du 17 au 18 août 1944, 17 soldats cantonnés à Hûmes (près de Langres) faussent compagnie à leurs camarades, emportant avec eux deux mitrailleuses Hotchkiss. Le patriote André Roy, de Montigny-le-Roi, les conduira dans un bois, où ils formeront le noyau du maquis de Fresnoy. Trois sous-officiers du régiment, les sergents Marcel Chamalbide, Robert Greland et Albert Grisot, en commanderont plusieurs groupes.
De son côté, un Meusien de 21 ans, Gaston Dieu, rejoint les rangs du maquis Duguesclin (ou maquis Jérôme), au sein duquel il est blessé accidentellement le 11 septembre vers Juzennecourt.
D'autres éléments cantonnés dans l'Aube se joignent aux maquisards de ce département (lire à leur sujet l'excellent ouvrage de l'ancien journaliste chaumontais Roger Bruge, « 1944. Le temps des massacres »).

Reste qu'au-delà de ces ralliements isolés, ce n'est pas sans une certaine méfiance que les patriotes considèrent ces militaires français. En témoigne ce récit d'un officier jedburgh opérant dans la région d'Auberive, le capitaine Maurice Geminel (mission «Bunny»). Avec Paul Carteron, chef du maquis Max (Auberive), le jeune Meusien décide d'essayer «de convaincre le commandant du bataillon de passer dans la Résistance. Nous avons monté une expédition, une nuit, avec de nombreux camions, espérant revenir avec des sous-officiers et des soldats (à défaut d'officiers) volontaires pour nous rejoindre. Malheureusement, l'opération échoua, nous fûmes accueillis à l'entrée de la caserne (Note : le cantonnement de Hûmes, vraisemblablement) par des coups de feu tirés par le poste de garde, et nous fûmes obligés de rentrer à Auberive, ne voulant pas engager un combat avec de jeunes Français qui avaient dû recevoir des consignes très précises. » Toutefois, au moins un soldat du 1er RF, Albert Montlaur, rejoindra le maquis de Carteron.

Le passage des éléments du II/1er RF aux FFI interviendra officiellement le 3 septembre 1944. Les 248 hommes du sous-groupement B, alors cantonnés à Belmont (près de Fayl-Billot), se fixeront en forêt de Bussières-lès-Belmont, aux côtés des FFI du maquis Henry. La veille, Meyer avait notamment rencontré le major canadien Roy Farran, du 2nd SAS régiment (qui se rendait d'Auberive vers la forêt de Darney, dans les Vosges), qui ne cachera pas son plaisir de voir « à nouveau des soldats élégants (sic) et disciplinés ».
Voici donc ces militaires incorporés dans les FFI. « Une conversion du dernier moment, afin d'éviter d'être considérés comme traîtres », estimera le capitaine Stanguennec (« Pierre »), commandant la compagnie de gendarmerie de Langres, chef du maquis Henry (Bussières-lès-Belmont).

Reste que le 1er RF prendra sa part dans les combats de la Libération, et que ceux-ci lui coûteront six victimes :
. Pierre Bernard, 18 ans, né à Saint-Servan (Ille-et-Vilaine) ;
. Armand Dalloz, 21 ans, né dans l'Ain ;
. Raymond Jamet, de Vallon-en-Sully ;
. aspirant Michel Pasquet, 19 ans, né à Château-Chinon (Nièvre) ;
. Jean Perrotet, 23 ans, né dans le Vaucluse ;
. Waclav Wlazyk, né dans le Pas-de-Calais, tué à quatre jours de son 20e anniversaire.

Tous ont trouvé la mort le 11 septembre 1944, lors du combat de Belmont, face aux troupes allemandes, en se rendant au château de Saulles, afin d'assurer la protection du poste de secours qui y a été installé. Leur nom figure sur le monument dédié à la Résistance du Sud haut-marnais.
Voici ce que nous écrivions à ce sujet, en 2004, dans notre ouvrage « 1944 en Haute-Marne : l'album de la Libération » , à la date du 11 septembre 1944 : « Un détachement du II/1er RF se rendant au château de Saulles se heurte en début de matinée à un important convoi allemand stationné à l'entrée de Belmont. Celui-ci appartient à une unité de Russes en provenance de Bourgogne, le 615e bataillon de l’Est. Au cours du combat, deux civils (Louis Raillard et Louis Bourrier) et six soldats du II/1er RF, dont l'aspirant Michel Pasquet, sont tués, sept autres (dont plusieurs blessés) faits prisonniers. La 1ère compagnie du maquis de Bussières, venue en renfort, perd également six blessés. Le corps-franc intervient aussi contre le convoi à la sortie de Grenant (deux blessés). Ce convoi est mitraillé à 16 h 05 par quatre ou cinq P-47, pendant 45 minutes. Côté allemand, le bilan est lourd : 80 véhicules sont détruits, de même que des pièces d'artillerie. Le nombre des victimes est relativement important (le chiffre de 25 tués est avancé). » Toujours à la date du 11 septembre : « Trois jeunes infirmières volontaires de la Résistance, Micheline Morey, 22 ans, Geneviève Cornubert, 23 ans et Marie-Louise Bailly, 22 ans, sont arrivées au château de Saulles la veille. Ce 11 septembre au soir, il y a également au château un blessé et quatre FFI. Vers 22 h, des Allemands font irruption. Trois FFI s'enfuient, le quatrième et le blessé sont abattus (Charles Lemmer et Roger Simonet). Les interrogatoires et tortures des trois infirmières commencent. Tôt, le lendemain matin, les Allemands amènent au château le gardien qui est interrogé et brutalisé. Le 13, vers 3 h, il parvient à s'évader mais ne sait ce que sont devenues les infirmières. Leurs corps mutilés seront retrouvés sous un tas de détritus... »

Après la Libération, les hommes du 1er RF iront rejoindre les casernes chaumontaises. Il se murmurait alors qu'ils devaient encadrer les unités mises sur pied dans le département pour poursuivre la lutte. Mais des frictions éclateront avec les FFI, si bien que les militaires quitteront rapidement le département. 

 En guise de complément : parmi les cadres et hommes du régiment ayant servi en Haute-Marne, citons également les lieutenants Bertrand d'Arras, Philémon Raissiguier et Armand Triquet ; l'adjudant Charles Ponti ; les caporaux Pascal Leone et Paul Thomassin, les soldats Jean Garchery, Marcel Davoult, Louis Roux, André Begel et Jean Ferré, tous capturés (et pour certains blessés) lors du combat de Belmont. Ces informations inédites ont été apportées dans un dossier relatif aux FFI de Haute-Marne et conservé par le Service historique de la Défense (merci à Yves Martin).

Sources : « Résistance, répression, libération en Haute-Marne », Lionel Fontaine, André Grossetête, Marie-Claude Simonnet, éditions Dominique Guéniot, 2007 (épuisé) ; Dossier 52 n°37 (sommaire : « Soixante après : le parachutiste de Brethenay identifié ; Il avait couvert le Jour J... ; 27 août 1944 tragique à Marac et à Villiers-sur-Suize ; 30 août 1944 : les otages de Marnaval ; Un Haut-Marnais parmi les déportés de Grandrupt ; Le 1er Régiment de France dans les combats de la Libération ».

jeudi 10 novembre 2011

Un soldat bragard décédé le 11 novembre 1918

Demain, chaque commune de France se souviendra du 11 novembre 1918, date de la cessation des hostilités dans le pays.

C'est précisément ce jour-là que décède un Haut-Marnais. Il s'appelle Fernand Larcelet. Né à Saint-Dizier en 1886, il était soldat de 2e classe dans le 360e régiment d'infanterie de Toul, régiment de réserve du 160e RI ayant accueilli en son sein plusieurs centaines d'habitants de l'arrondissement de Wassy. C'est des suites de blessures de guerre que Larcelet rend son dernier souffle à l'hôpital de Zuydcoote, dans le Nord.

A priori, ce Bragard ne serait pas le seul Haut-Marnais à cesser de vivre ce jour-là. Soldat au 160e RI, Marcel Poirel, dont le nom figure sur le monument aux morts de Doulaincourt, serait également décédé le 11 novembre 1918, et repose depuis à Nancy. Toutefois, le ministère de la Défense ne conserve pas la trace de ce Doulaincourtois parmi les morts pour la France.

Bien évidemment, ni Larcelet ni Poirel ne sont les derniers Haut-Marnais à être victimes du conflit. Nombre d'entre eux succomberont à leurs blessures dans les semaines, les mois, voire les années qui suivent, et certains tomberont lors des opérations toujours menées en Orient.

Selon Jean-Marie Chirol, 8 392 Haut-Marnais ont perdu la vie lors de ce conflit. Soit l'équivalent de la population de Langres d'aujourd'hui.

vendredi 21 octobre 2011

Trois enfants de Bonnecourt dans la Guerre de sécession

Il y a 150 ans, éclatait aux Etats-Unis d'Amérique la Guerre de sécession. Conflit fratricide auquel plusieurs Haut-Marnais de naissance ont pris part. Parmi eux : au moins trois enfants du village de Bonnecourt, dans le canton de Neuilly-l'Evêque, qui ont servi dans les rangs nordistes.

D'abord, les frères Noirot. Né en 1839, Jean-Pierre, alias John Peter, a servi comme soldat (1864-1865) dans la compagnie C du 55th Ohio Infantry Regiment. Vétéran de la guerre civile, on signale qu'il souffre de rhumatismes, de diarrhées chroniques, qu'il ne voit plus de l'oeil gauche, et que son cœur est fragile. Ce qui n'empêche pas ce citoyen de l'Ohio de vivre jusqu'en 1914, décédant à l'âge de 75 ans.
Son frère Nicolas, né en 1826, est également considéré comme un vétéran de la Civil War, mais nos recherches ne nous ont pas permis, à ce jour, d'identifier le régiment dans lequel il servait.

Quant à Pierre-Alfred Dechanet (Dechanette), s'il a vu le jour à Marcilly-en-Bassigny en 1839, il a grandi à Bonnecourt. Il était laboureur à Findlay, Ohio, lorsqu'il a été enrôlé, en 1861, dans le 1st Minnesota Volunteer Regiment. Ce soldat s'est blessé accidentellement à la main en avril 1863, à quelques semaines de la bataille de Gettysburg où son régiment devait se couvrir de gloire. Pensionné, il meurt en 1911.

Les frères Noirot et Pierre-Alfred Dechanet, qui ont suivi leurs familles aux USA au milieu des années 1850, n'étaient pas les seuls Haut-Marnais à prendre part à la guerre civile américaine. Plus de précisions dans la nouvelle publication du club Mémoires 52, « Keskidees. Emigrés bassignots et comtois aux Etats-Unis. 1830-1870 », à paraître fin octobre 2011.

lundi 3 octobre 2011

Raymond Parant, pilote bragard de la Grande Guerre et de l'Aéropostale



La fiche de Raymond Parant conservée par le ministère de la Défense.


Raymond Parant est né à Saint-Dizier le 29 avril 1897. Son père, Henri-Paul, 39 ans, exerce la profession de mécanicien. Avec son épouse Catherine-Marthe Gilbert, il réside alors rue Passe-Loup, dans la cité bragarde. Puis il s'installera à Paris.

Dessinateur, le fils Raymond-Désiré s'engage le 14 juillet 1915 au 1er groupe d'aviation comme mécanicien. Formé à Pau, il est breveté pilote le 3 mai 1916 sur appareil Nieuport, et affecté, comme caporal, le 17 novembre de la même année, dans l'escadrille N 49 (future Spa 49). Promu sergent, il y sert jusqu'à l'Armistice, y côtoyant des « as » tels Pegoud et son compatriote haut-marnais Bretillon.

Cité à l'ordre de l'armée en septembre 1919, Parant effectue ensuite une brillante et prometteuse carrière civile. Selon la revue L'Avion, il entre chez de Marcay en 1920, puis devient chef pilote à l'école Henriot à Mourmelon (Marne) en 1921, formant 200 pilotes. Le Bragard devient ensuite pilote de la fameuse Aéropostale entre 1922 et 1925, avant de rejoindre la Cidna (Compagnie internationale de navigation aérienne). Il réside à Bucarest (Roumanie) lorsqu'il est fait chevalier de la Légion d'honneur, en 1928. Celui qui apporte son soutien pour l'obtention de cette distinction, c'est un Haut-Marnais également, le Chaumontais Pierre Burello (mort en service commandé en 1938).

Parant vole pour la Cidna jusqu'en 1926, puis devient pilote pour les Photos aériennes Moreau (au Maroc), avant de rejoindre la firme Potez en septembre 1931. Crédité de plus de 5 000 heures de vol, il pilote l'avion chargé de transporter les commissaires du Tour de France aérien, lorsque l'appareil s'écrase le 6 juin 1932 non loin d'Avignon, sur le territoire de la commune de Pujaut (Gard). Il y trouve la mort, ainsi que MM. Lévitan (journaliste), Bouillat et Cailleux (commissaires).

Parant, qui laisse une veuve épousée en 1927 à Champigny-sur-Seine (Yvonne Debant), était âgé de 35 ans. Ses obsèques seront célébrées à Joinvile-le-Pont.

Sources : état civil de la commune de Saint-Dizier ; dossier de membre de la Légion d'honneur ; site « Mémoires des hommes » du ministère de la Défense ; revue L'Avion (juin 1932) ; site d'Albin Denis.

mercredi 31 août 2011

13 septembre 1944 : les FFI bragards entrent dans Chaumont

En 1968, l'amicale des maquis du Val et Mauguet, de Saint-Dizier, se fendait d'une motion pour rappeler le rôle joué par les FFI bragards dans la libération de Chaumont, le 13 septembre 1944. En filigrane, les anciens maquisards de la cité ouvrière pointaient du doigt la méconnaissance, pour ne pas dire le manque de reconnaissance, de cette participation. Qu'en fut-il exactement ?

En deux jours, les 30 et 31 août 1944, la 4e division blindée de la 3e armée américaine (Patton), progressant en direction de la Moselle, libérait la majeure partie de la moitié Nord de la Haute-Marne. Un témoignage fait même état, dès le 30 août 1944, d'une reconnaissance d'autres éléments US, venant de Bar-sur-Aube, jusqu'aux abords de Jonchery ! Chaumont va-t-elle rapidement tomber ? Le 31, l'ennemi, menacé au nord et à l'ouest, commence à évacuer la ville, sabotant le viaduc. Le 1er septembre, des blindés légers, appartenant au 25th Cavalry, montrent le bout de leur acier à Rimaucourt. Enhardis, les FFI de la compagnie du capitaine Jean Châtel tentent, en vain, de s'emparer d'Andelot, à une quinzaine de kilomètres de Chaumont en direction de Neufchâteau, donc sur un axe de repli ennemi.

Finalement, en ce début septembre 1944, Chaumont ne sera pas prise. Il semble que les Alliés envisagent cette libération dans le cadre de l'offensive qui sera menée en direction de la Lorraine par le 15e corps, alors dans le Loiret et dans l'Aube, et qui se rassemblera sur la Marne à compter du 10 septembre 1944.

Dans l'attente, le 12e corps, qui est déjà entré dans Thionville, en Moselle, voit son flanc Sud menacé par la présence de troupes allemandes à Andelot et Chaumont, et surtout par les troupes de la Wehrmacht qui se replient du Sud-Ouest, du Centre et du Sud de la France via Langres et Chaumont.

Certes, les Américains ont installé des avant-postes dans le secteur de Chaumont : le 121st Cavalry squadron est entré dans Vignory le 2 septembre 1944, dans Bologne le 3, et il est encore positionné vers Leurville (canton de Saint-Blin), en liaison avec la compagnie Châtel. Mais il convient d'étoffer ce dispositif de couverture.

Aussi, le 6 septembre 1944, le colonel Emmanuel de Grouchy (« Michel »), commandant des FFI de Haute-Marne, part-il rencontrer, dans le département de la Marne, le lieutenant-colonel Robert I. Powell, de l'état-major de la 3e armée, qui lui confie cette mission de couvrir le flanc Sud des troupes de Patton.

Des FFI du Nord Haute-Marne sont alors dépêchés pour l'exécuter. Il s'agit surtout d'une compagnie de marche constituée à partir de la Compagnie du Der, de FFI aubois (Commandos M) et marnais (maquis des Chênes) ; d'éléments du Bataillon de Joinville ; et du Bataillon FFI de Saint-Dizier (commandant Jean Grob), le tout sous les ordres du major britannique Nicholas Bodington, chef du réseau du Special Operations Executive (SOE) « Pedlar », dont le PC a été installe à Montier-en-Der, et de son adjoint le capitaine Percy Harrart, dit « Peter ».

Selon le journal de marche du colonel de Grouchy, c'est le 9 septembre 1944 que la Compagnie du Val (capitaine Victor Thérin), formant la 1ère compagnie du Bataillon FFI de Saint-Dizier, « va s'installer à Bologne et Marault, avec points de surveillance à Marault, liaison avec les éléments américains à Bologne. »
Et c'est dans la nuit du 9 au 10 qu'un accrochage survient entre la compagnie bragarde, dont les effectifs sont estimés par le capitaine Thérin à environ 160 hommes, et les Allemands. La motion de l'amicale des maquis du Val et Mauguet précise que « les sections de pointe », commandées par l'adjudant Marcel Carlin (6e section) et l'aspirant Robert Mougel (2e section), ont repoussé une forte patrouille dont l'effectif est évalué à 40 hommes, entre le cimetière de Bologne et Marault...

Le sergent Martial Thiery et le caporal Georges Mainvis, de Saint-Dizier (aujourd'hui disparus, ils étaient alors âgés de 21 ans), se souviennent que les FFI étaient installés dans un fourré, à droite de la route menant à la gare de Bologne, lorsque la patrouille allemande s'est présentée. Des coups de feu ont claqué. Trois FFI ont été blessés : Georges Jeanne (un Normand de 23 ans), Robert Villeneuve, 21 ans, et Paul Géraud, 18 ans. Ce dernier a reçu une balle explosive dans le talon. Robert Shandelon (né en Moselle en 1926) et le sergent Thiéry font les morts. Les Allemands inspectent le fourré au briquet puis reprennent leur patrouille en emportant un FM. C'est alors qu'un FFI fait feu et en tue trois. Le journal du colonel de Grouchy confirme que la Compagnie du Val déplore, dans cet accrochage, trois blessés, contre trois tués et trois blessés côté ennemi. Selon la motion de l'amicale, Jeanne a eu le poumon droit perforé et a été soigné à l'hôpital américain de Romilly-sur-Seine, et Géraud sera amputé du pied droit.

Au lendemain de cet accrochage, la compagnie bragarde se replie sur Bologne, tandis que le 15e corps arrive enfin pour se rassembler sur la Marne (la 2e DB française, entre Vignory et Bologne).

Le 11, c'est l'attaque de ce corps en direction des Vosges. Un accrochage a lieu à Andelot. Le bourg sera conquis le lendemain par la division Leclerc. Encore un nouvel axe de repli allemand coupé...

Le 13, après un accrochage à Villiers-le-Sec qui leur a coûté un tué, les FFI du maquis Jérôme (secteur de Chaumont), qui étaient positionnés à l'ouest de Chaumont depuis plusieurs jours, poussent en direction de la cité-préfecture, que les Allemands ont évacuée au matin en direction de Montigny-le-Roi. De son côté, la Compagnie du Val occupe Briaucourt et Brethenay. Elle atteint « Chaumont à 17 h 30 (1ère et 4e sections) et 21 h (2e et 3e sections) ».

Le 14, les FFI bragards exécutent une reconnaissance sur Condes et sur le plateau de Brethenay, avant de regagner le Nord du département. Ils reviendront, en partie, quinze jours plus tard, à Chaumont, pour s'engager au sein du 21e bataillon de sécurité.

Note : le maquis Mauguet (2e compagnie du Bataillon FFI de Saint-Dizier) a également pris part aux opérations aboutissant à la libération de Chaumont, mais nous ignorons précisément le rôle qu'il a joué.

mardi 30 août 2011

Les Keskidees arrivent


En novembre 2011, paraîtra la prochaine publication du club Mémoires 52. "Keskidees. Emigrés bassignots et comtois aux Etats-Unis. 1830-1870", est l'oeuvre de deux membres de l'association, Didier Desnouvaux et Lionel Fontaine.

Plus de détails sur la page créée à cette occasion :

http://keskidees.voila.net/

jeudi 11 août 2011

La division Leclerc et la Haute-Marne

La Haute-Marne reste très attachée au souvenir de la 2e division blindée du général Leclerc. Monument départemental, le char « Edith », détruit le 11 septembre 1944, rappelle les combats d’Andelot, au cours desquels huit soldats ont trouvé la mort. Ce bourg possède une place du Commandant-Cantarel, et Prez-sous-Lafauche a inauguré une place « Sous-lieutenant-De-Masclary », tombé dans le village avec le soldat Armand Buton. Par ailleurs, des éléments de la 2e DB sont entrés dans Chaumont le 13 septembre 1944, et ont notamment réalisé la jonction avec les troupes de la 1ère armée française en plusieurs localités du département.

La Haute-Marne a d’abord donné à la division Leclerc plusieurs combattants de valeur. Citons en premier lieu le Compagnon de la Libération André Sorret, capitaine au Régiment de marche du Tchad, né le 29 mai 1918 à Bettaincourt-sur-Rognon. Sous-lieutenant en 1940 au 24e RI, il participe aux campagnes de la colonne Leclerc puis sert comme lieutenant dans la compagnie d’accompagnement du 2e bataillon du RMT. Capitaine, il est fait Compagnon de la Libération le 13 juillet 1945. André Sorret trouve la mort le 2 octobre 1949 en Indochine, au sein du 5e bataillon colonial de commandos parachutistes.
Domicilié à Ecot-la-Combe, ancien du 260e RI en 1940, le capitaine Jean Châtel – membre d’une famille originaire du Territoire-de-Belfort – commande le maquis local, qui est intégré au sein d’une compagnie FFI dont Châtel prend la tête et qui se bat à Andelot, d’abord le 1er septembre 1944 (l’action contre la garnison locale échoue) puis le 12. Châtel, époux d’une Américaine, sert quelque temps, avec plusieurs de ses hommes, aux côtés du 106th Cavalry group, en Lorraine, avant de rejoindre l’état-major du 15e corps américain (26 octobre 1944) comme officier de liaison auprès de la 2e DB.
Dans le département, vécut également le général Jean Razy. Ce Polytechnicien né en 1914, capitaine au RMT, est considéré comme l’un des pères de l’Aviation légère de l’armée de terre. Il résidait à Aubepierre-sur-Aube. N’oublions pas non plus cet enfant de Colombey qu’est Philippe de Gaulle, enseigne de vaisseau au sein du Régiment blindé de fusiliers-marins. Son oncle Alain de Boissieu repose d’ailleurs dans le petit cimetière du village.

Nous avons également identifié six Haut-Marnais tombés dans les rangs de la 2e DB. Il s’agit, dans l’ordre chronologique de leur décès, de :
. l’adjudant René Quantin, né à Joinville en 1910, chef de section dans la 6e compagnie, 2e bataillon du RMT, tué à Mézières le 10 août 1944 dans la Sarthe, Compagnon de la Libération à titre posthume ;
. le chasseur Gilbert Gobillot, né en 1922 à Neuilly-l’Evêque, du 1er escadron du 12e RCA, tué par éclat d’obus le 11 août 1944 à Ancines, également dans la Sarthe.
. le maréchal des logis Louis de Torcy, d’Eclaron, né en 1918 à Paris. Sous-officier dans le 3e escadron du 12e RCA, il est tué le 13 août 1944 en forêt d’Ecouves. A noter qu’au sein de ce régiment, le sous-lieutenant de Masclary (escadron hors rang) trouvera la mort le 11 septembre 1944 à Prez-sous-Lafauche.
. le soldat Jean-Pierre Richard, né à Coupray en 1924, issu de l’escadron FFI de Vaugirard (Paris), soldat au 2e bataillon du RMT, tué le 13 septembre 1944 à La Ville-sur-Illon (Vosges).
. Georges Deparis, né en 1921 à Saint-Dizier, du 1er RMSM, carbonisé dans son char le 28 novembre 1944 à Burgheim.
. Alexandre Gairaut, né en 1925 à Paris, membre du Cercle nautique bragard, du 1er RMSM également, mort par accident le 6 mai 1945, sur le lac Amersee, en Allemagne.

Parmi les noms de combattants parvenus à notre connaissance, citons encore :
. le lieutenant Robert Caumont, de Fayl-Billot (I/RMT) ;
. Jacques Denamur, de Saint-Dizier, fait prisonnier en Tunisie, évadé d’Italie par la Suisse, engagé à Paris au 12e cuirs, titulaire d’une citation américaine ;
. André Reine, de Graffigny-Chemin, blessé à Grüssenheim dans les rangs du 3e bataillon du RMT ;
. Marcel Renaud, né en 1921 à Langres, passé en Afrique du Nord en 1941, sergent au 1er RMSM , blessé en Alsace ;
. le sergent Maurice Carlier, de Saint-Dizier, chef du char « Lützen » (2e compagnie du 501e RCC) ;
. le sergent Noël Bouzenard, d'Ormancey ;
. le matelot Roland Maupin, de Bourmont, conducteur du « Terrible » (3e escadron du RBFM)
. le caporal-chef Pierre Chamarande, de Lanques-sur-Rognon (501e RCC)…

Enfin, signalons qu’à la Libération de la Haute-Marne, la division Leclerc a accueilli de nombreux volontaires issus de ses maquis :
. de la compagnie du Val : Pierre Florentin et Jacques Michelot, d’Eurville, Fernand Rodary, de Roches-sur-Marne (tous affectés au 501e RCC) ; Jean Thieblemont, de Saint-Dizier (RMSM) ; André Geiregat, de Roches-sur-Marne, au groupe d’escadrons de réparation ;
. du maquis Mauguet : Just Hector, de Saint-Dizier (13e bataillon du génie) ;
. de la compagnie Châtel : André Simonnot, de Rimaucourt ;
. de Saint-Dizier : Jacques Vesselle, Max Urbain, Raymond Fandard, Gilbert et Marcel Bécard, tous engagés au RMSM ; etc.


Les soldats de la division Leclerc morts en Haute-Marne sont :

. le sous-lieutenant Jean-Marie Bailloud de Masclary, né en 1914 en Indre-et-Loire, 12e RCA, le 11 septembre à Prez-sous-Lafauche, d’une rafale de mitrailleuse dans la poitrine ;
. le caporal Gilbert Biscay, né en 1925 à Paris, 3e RMT (10e compagnie), blessé à Andelot, décédé en juillet 1945 en Corse ;
. Jehan Blumereau, né en 1921 à Maisons-Alfort, 1er RMSM, le 14 septembre à Germay ;
. Armand Buton, né en 1922 à La Roche-sur-Yon, RMT, le 11 septembre à Prez-sous-Lafauche ;
. Robert Chaplain, né en 1921, 1er RMSM, le 11 septembre à Bologne ;
. le quartier-maître torpilleur Rémy Cousin, né en 1922 dans la Mayenne, du RBFM, le 11 septembre à Sommerécourt ;
. Robert Derocle, né en 1924 à Tunis, 1er RMSM, le 11 septembre à Andelot ;
. l’adjudant-chef Roger Deschamps, né en 1916 à Clichy, 501e RCC, le 12 septembre à Andelot ;
. François Espiard, né à Chalon-sur-Saône en 1919, de l’escadron de Montségou, dans un hôpital américain à Germay, le 15 septembre (selon le site de Gilles Primout consacré à la libération de Paris, Espiard a été blessé au genou le 13 septembre 1944 à Ville-sur-Illon et est mort d’une crise cardiaque, le Haut-Marnais Richard, de la même unité, a été tué sur le coup lors du même combat) ;
. Marc Logez, né en 1920 dans le Pas-de-Calais, 501e RCC, le 12 septembre à Andelot ;
. Manuel Morillas Montuno, né en 1914 au Chili, 3e RMT (9e compagnie), le 12 septembre à Illoud ;
. le sergent Henri Pertuiset, né en 1919 à Paris, 501e RCC, le 12 septembre à Rimaucourt ;
. le sapeur François Riccardi, né en 1920 à Valence (Drôme), 13e BG, le 12 septembre à Andelot ;
. Gabriel Vaugien, né en 1922 à Alger, 13e BG, le 12 septembre à Andelot ;