mercredi 31 août 2011

13 septembre 1944 : les FFI bragards entrent dans Chaumont

En 1968, l'amicale des maquis du Val et Mauguet, de Saint-Dizier, se fendait d'une motion pour rappeler le rôle joué par les FFI bragards dans la libération de Chaumont, le 13 septembre 1944. En filigrane, les anciens maquisards de la cité ouvrière pointaient du doigt la méconnaissance, pour ne pas dire le manque de reconnaissance, de cette participation. Qu'en fut-il exactement ?

En deux jours, les 30 et 31 août 1944, la 4e division blindée de la 3e armée américaine (Patton), progressant en direction de la Moselle, libérait la majeure partie de la moitié Nord de la Haute-Marne. Un témoignage fait même état, dès le 30 août 1944, d'une reconnaissance d'autres éléments US, venant de Bar-sur-Aube, jusqu'aux abords de Jonchery ! Chaumont va-t-elle rapidement tomber ? Le 31, l'ennemi, menacé au nord et à l'ouest, commence à évacuer la ville, sabotant le viaduc. Le 1er septembre, des blindés légers, appartenant au 25th Cavalry, montrent le bout de leur acier à Rimaucourt. Enhardis, les FFI de la compagnie du capitaine Jean Châtel tentent, en vain, de s'emparer d'Andelot, à une quinzaine de kilomètres de Chaumont en direction de Neufchâteau, donc sur un axe de repli ennemi.

Finalement, en ce début septembre 1944, Chaumont ne sera pas prise. Il semble que les Alliés envisagent cette libération dans le cadre de l'offensive qui sera menée en direction de la Lorraine par le 15e corps, alors dans le Loiret et dans l'Aube, et qui se rassemblera sur la Marne à compter du 10 septembre 1944.

Dans l'attente, le 12e corps, qui est déjà entré dans Thionville, en Moselle, voit son flanc Sud menacé par la présence de troupes allemandes à Andelot et Chaumont, et surtout par les troupes de la Wehrmacht qui se replient du Sud-Ouest, du Centre et du Sud de la France via Langres et Chaumont.

Certes, les Américains ont installé des avant-postes dans le secteur de Chaumont : le 121st Cavalry squadron est entré dans Vignory le 2 septembre 1944, dans Bologne le 3, et il est encore positionné vers Leurville (canton de Saint-Blin), en liaison avec la compagnie Châtel. Mais il convient d'étoffer ce dispositif de couverture.

Aussi, le 6 septembre 1944, le colonel Emmanuel de Grouchy (« Michel »), commandant des FFI de Haute-Marne, part-il rencontrer, dans le département de la Marne, le lieutenant-colonel Robert I. Powell, de l'état-major de la 3e armée, qui lui confie cette mission de couvrir le flanc Sud des troupes de Patton.

Des FFI du Nord Haute-Marne sont alors dépêchés pour l'exécuter. Il s'agit surtout d'une compagnie de marche constituée à partir de la Compagnie du Der, de FFI aubois (Commandos M) et marnais (maquis des Chênes) ; d'éléments du Bataillon de Joinville ; et du Bataillon FFI de Saint-Dizier (commandant Jean Grob), le tout sous les ordres du major britannique Nicholas Bodington, chef du réseau du Special Operations Executive (SOE) « Pedlar », dont le PC a été installe à Montier-en-Der, et de son adjoint le capitaine Percy Harrart, dit « Peter ».

Selon le journal de marche du colonel de Grouchy, c'est le 9 septembre 1944 que la Compagnie du Val (capitaine Victor Thérin), formant la 1ère compagnie du Bataillon FFI de Saint-Dizier, « va s'installer à Bologne et Marault, avec points de surveillance à Marault, liaison avec les éléments américains à Bologne. »
Et c'est dans la nuit du 9 au 10 qu'un accrochage survient entre la compagnie bragarde, dont les effectifs sont estimés par le capitaine Thérin à environ 160 hommes, et les Allemands. La motion de l'amicale des maquis du Val et Mauguet précise que « les sections de pointe », commandées par l'adjudant Marcel Carlin (6e section) et l'aspirant Robert Mougel (2e section), ont repoussé une forte patrouille dont l'effectif est évalué à 40 hommes, entre le cimetière de Bologne et Marault...

Le sergent Martial Thiery et le caporal Georges Mainvis, de Saint-Dizier (aujourd'hui disparus, ils étaient alors âgés de 21 ans), se souviennent que les FFI étaient installés dans un fourré, à droite de la route menant à la gare de Bologne, lorsque la patrouille allemande s'est présentée. Des coups de feu ont claqué. Trois FFI ont été blessés : Georges Jeanne (un Normand de 23 ans), Robert Villeneuve, 21 ans, et Paul Géraud, 18 ans. Ce dernier a reçu une balle explosive dans le talon. Robert Shandelon (né en Moselle en 1926) et le sergent Thiéry font les morts. Les Allemands inspectent le fourré au briquet puis reprennent leur patrouille en emportant un FM. C'est alors qu'un FFI fait feu et en tue trois. Le journal du colonel de Grouchy confirme que la Compagnie du Val déplore, dans cet accrochage, trois blessés, contre trois tués et trois blessés côté ennemi. Selon la motion de l'amicale, Jeanne a eu le poumon droit perforé et a été soigné à l'hôpital américain de Romilly-sur-Seine, et Géraud sera amputé du pied droit.

Au lendemain de cet accrochage, la compagnie bragarde se replie sur Bologne, tandis que le 15e corps arrive enfin pour se rassembler sur la Marne (la 2e DB française, entre Vignory et Bologne).

Le 11, c'est l'attaque de ce corps en direction des Vosges. Un accrochage a lieu à Andelot. Le bourg sera conquis le lendemain par la division Leclerc. Encore un nouvel axe de repli allemand coupé...

Le 13, après un accrochage à Villiers-le-Sec qui leur a coûté un tué, les FFI du maquis Jérôme (secteur de Chaumont), qui étaient positionnés à l'ouest de Chaumont depuis plusieurs jours, poussent en direction de la cité-préfecture, que les Allemands ont évacuée au matin en direction de Montigny-le-Roi. De son côté, la Compagnie du Val occupe Briaucourt et Brethenay. Elle atteint « Chaumont à 17 h 30 (1ère et 4e sections) et 21 h (2e et 3e sections) ».

Le 14, les FFI bragards exécutent une reconnaissance sur Condes et sur le plateau de Brethenay, avant de regagner le Nord du département. Ils reviendront, en partie, quinze jours plus tard, à Chaumont, pour s'engager au sein du 21e bataillon de sécurité.

Note : le maquis Mauguet (2e compagnie du Bataillon FFI de Saint-Dizier) a également pris part aux opérations aboutissant à la libération de Chaumont, mais nous ignorons précisément le rôle qu'il a joué.

mardi 30 août 2011

Les Keskidees arrivent


En novembre 2011, paraîtra la prochaine publication du club Mémoires 52. "Keskidees. Emigrés bassignots et comtois aux Etats-Unis. 1830-1870", est l'oeuvre de deux membres de l'association, Didier Desnouvaux et Lionel Fontaine.

Plus de détails sur la page créée à cette occasion :

http://keskidees.voila.net/

jeudi 11 août 2011

La division Leclerc et la Haute-Marne

La Haute-Marne reste très attachée au souvenir de la 2e division blindée du général Leclerc. Monument départemental, le char « Edith », détruit le 11 septembre 1944, rappelle les combats d’Andelot, au cours desquels huit soldats ont trouvé la mort. Ce bourg possède une place du Commandant-Cantarel, et Prez-sous-Lafauche a inauguré une place « Sous-lieutenant-De-Masclary », tombé dans le village avec le soldat Armand Buton. Par ailleurs, des éléments de la 2e DB sont entrés dans Chaumont le 13 septembre 1944, et ont notamment réalisé la jonction avec les troupes de la 1ère armée française en plusieurs localités du département.

La Haute-Marne a d’abord donné à la division Leclerc plusieurs combattants de valeur. Citons en premier lieu le Compagnon de la Libération André Sorret, capitaine au Régiment de marche du Tchad, né le 29 mai 1918 à Bettaincourt-sur-Rognon. Sous-lieutenant en 1940 au 24e RI, il participe aux campagnes de la colonne Leclerc puis sert comme lieutenant dans la compagnie d’accompagnement du 2e bataillon du RMT. Capitaine, il est fait Compagnon de la Libération le 13 juillet 1945. André Sorret trouve la mort le 2 octobre 1949 en Indochine, au sein du 5e bataillon colonial de commandos parachutistes.
Domicilié à Ecot-la-Combe, ancien du 260e RI en 1940, le capitaine Jean Châtel – membre d’une famille originaire du Territoire-de-Belfort – commande le maquis local, qui est intégré au sein d’une compagnie FFI dont Châtel prend la tête et qui se bat à Andelot, d’abord le 1er septembre 1944 (l’action contre la garnison locale échoue) puis le 12. Châtel, époux d’une Américaine, sert quelque temps, avec plusieurs de ses hommes, aux côtés du 106th Cavalry group, en Lorraine, avant de rejoindre l’état-major du 15e corps américain (26 octobre 1944) comme officier de liaison auprès de la 2e DB.
Dans le département, vécut également le général Jean Razy. Ce Polytechnicien né en 1914, capitaine au RMT, est considéré comme l’un des pères de l’Aviation légère de l’armée de terre. Il résidait à Aubepierre-sur-Aube. N’oublions pas non plus cet enfant de Colombey qu’est Philippe de Gaulle, enseigne de vaisseau au sein du Régiment blindé de fusiliers-marins. Son oncle Alain de Boissieu repose d’ailleurs dans le petit cimetière du village.

Nous avons également identifié six Haut-Marnais tombés dans les rangs de la 2e DB. Il s’agit, dans l’ordre chronologique de leur décès, de :
. l’adjudant René Quantin, né à Joinville en 1910, chef de section dans la 6e compagnie, 2e bataillon du RMT, tué à Mézières le 10 août 1944 dans la Sarthe, Compagnon de la Libération à titre posthume ;
. le chasseur Gilbert Gobillot, né en 1922 à Neuilly-l’Evêque, du 1er escadron du 12e RCA, tué par éclat d’obus le 11 août 1944 à Ancines, également dans la Sarthe.
. le maréchal des logis Louis de Torcy, d’Eclaron, né en 1918 à Paris. Sous-officier dans le 3e escadron du 12e RCA, il est tué le 13 août 1944 en forêt d’Ecouves. A noter qu’au sein de ce régiment, le sous-lieutenant de Masclary (escadron hors rang) trouvera la mort le 11 septembre 1944 à Prez-sous-Lafauche.
. le soldat Jean-Pierre Richard, né à Coupray en 1924, issu de l’escadron FFI de Vaugirard (Paris), soldat au 2e bataillon du RMT, tué le 13 septembre 1944 à La Ville-sur-Illon (Vosges).
. Georges Deparis, né en 1921 à Saint-Dizier, du 1er RMSM, carbonisé dans son char le 28 novembre 1944 à Burgheim.
. Alexandre Gairaut, né en 1925 à Paris, membre du Cercle nautique bragard, du 1er RMSM également, mort par accident le 6 mai 1945, sur le lac Amersee, en Allemagne.

Parmi les noms de combattants parvenus à notre connaissance, citons encore :
. le lieutenant Robert Caumont, de Fayl-Billot (I/RMT) ;
. Jacques Denamur, de Saint-Dizier, fait prisonnier en Tunisie, évadé d’Italie par la Suisse, engagé à Paris au 12e cuirs, titulaire d’une citation américaine ;
. André Reine, de Graffigny-Chemin, blessé à Grüssenheim dans les rangs du 3e bataillon du RMT ;
. Marcel Renaud, né en 1921 à Langres, passé en Afrique du Nord en 1941, sergent au 1er RMSM , blessé en Alsace ;
. le sergent Maurice Carlier, de Saint-Dizier, chef du char « Lützen » (2e compagnie du 501e RCC) ;
. le sergent Noël Bouzenard, d'Ormancey ;
. le matelot Roland Maupin, de Bourmont, conducteur du « Terrible » (3e escadron du RBFM)
. le caporal-chef Pierre Chamarande, de Lanques-sur-Rognon (501e RCC)…

Enfin, signalons qu’à la Libération de la Haute-Marne, la division Leclerc a accueilli de nombreux volontaires issus de ses maquis :
. de la compagnie du Val : Pierre Florentin et Jacques Michelot, d’Eurville, Fernand Rodary, de Roches-sur-Marne (tous affectés au 501e RCC) ; Jean Thieblemont, de Saint-Dizier (RMSM) ; André Geiregat, de Roches-sur-Marne, au groupe d’escadrons de réparation ;
. du maquis Mauguet : Just Hector, de Saint-Dizier (13e bataillon du génie) ;
. de la compagnie Châtel : André Simonnot, de Rimaucourt ;
. de Saint-Dizier : Jacques Vesselle, Max Urbain, Raymond Fandard, Gilbert et Marcel Bécard, tous engagés au RMSM ; etc.


Les soldats de la division Leclerc morts en Haute-Marne sont :

. le sous-lieutenant Jean-Marie Bailloud de Masclary, né en 1914 en Indre-et-Loire, 12e RCA, le 11 septembre à Prez-sous-Lafauche, d’une rafale de mitrailleuse dans la poitrine ;
. le caporal Gilbert Biscay, né en 1925 à Paris, 3e RMT (10e compagnie), blessé à Andelot, décédé en juillet 1945 en Corse ;
. Jehan Blumereau, né en 1921 à Maisons-Alfort, 1er RMSM, le 14 septembre à Germay ;
. Armand Buton, né en 1922 à La Roche-sur-Yon, RMT, le 11 septembre à Prez-sous-Lafauche ;
. Robert Chaplain, né en 1921, 1er RMSM, le 11 septembre à Bologne ;
. le quartier-maître torpilleur Rémy Cousin, né en 1922 dans la Mayenne, du RBFM, le 11 septembre à Sommerécourt ;
. Robert Derocle, né en 1924 à Tunis, 1er RMSM, le 11 septembre à Andelot ;
. l’adjudant-chef Roger Deschamps, né en 1916 à Clichy, 501e RCC, le 12 septembre à Andelot ;
. François Espiard, né à Chalon-sur-Saône en 1919, de l’escadron de Montségou, dans un hôpital américain à Germay, le 15 septembre (selon le site de Gilles Primout consacré à la libération de Paris, Espiard a été blessé au genou le 13 septembre 1944 à Ville-sur-Illon et est mort d’une crise cardiaque, le Haut-Marnais Richard, de la même unité, a été tué sur le coup lors du même combat) ;
. Marc Logez, né en 1920 dans le Pas-de-Calais, 501e RCC, le 12 septembre à Andelot ;
. Manuel Morillas Montuno, né en 1914 au Chili, 3e RMT (9e compagnie), le 12 septembre à Illoud ;
. le sergent Henri Pertuiset, né en 1919 à Paris, 501e RCC, le 12 septembre à Rimaucourt ;
. le sapeur François Riccardi, né en 1920 à Valence (Drôme), 13e BG, le 12 septembre à Andelot ;
. Gabriel Vaugien, né en 1922 à Alger, 13e BG, le 12 septembre à Andelot ;

mardi 12 juillet 2011

Des inventeurs restés dans l'ombre

La Haute-Marne n’a pas manqué d’inventeurs nés sur son sol. Illustres, à l’exemple de Philippe Lebon, de Brachay (éclairage au gaz), ou de Jouffroy d’Abbans, de Roches-sur-Rognon (navigation à vapeur). Fameux, comme Emile Baudot, de Magneux (télégraphe), et Cornevin, de Montigny-le-Roi (vaccin contre le charbon). Et d’autres restés à jamais anonymes. Astreints – dans leur intérêt, reconnaissons-le – à déclarer leur trouvaille auprès des services de l’Etat, ces inventeurs, industriels ou simples travailleurs soucieux de faire progresser leur profession, ont heureusement laissé une trace, par le dépôt de demande de brevet, dans les publications officielles. Citons ainsi le charron Agnan Caussin, de Brethenay, qui, en 1840, baptise la machine qu’il a imaginée du nom de « moissonneuse », ou le cultivateur bragard Louis-Augustin Buret-Sollier qui, en 1844, conçoit un « genre de machine (sic) propre à battre les grains » - que ne se sont-ils associés pour mettre au point une moissonneuse-batteuse… Ou encore le Langrois Claude Roret, inventeur d’une « canne niveau de pentes » (1847) à destination des géomètres, ou l’ingénieur Muel, de Ragecourt (aujourd’hui Rachecourt), concepteur d’une charrue portant son nom.

Parmi tous ces anonymes, il en est un qui mérite de passer à la postérité : Hugues Champonnois, considéré comme le créateur de la distillerie agricole. Né le 12 germinal an XI (2 avril 1803) à Chaumont, il est issu, côté paternel, d’une famille de marchands chaudronniers (son grand-père Gilles, son père François) et, côté maternel, d’une famille de marchands chapeliers (les Dimey). Aîné d’une famille de cinq enfants, selon l’auteur d’une notice nécrologique, le jeune homme est élève au Conservatoire des Arts et métiers à Paris, suivant les cours d’un des célèbres frères Molard. C’est par l’intermédiaire de celui-ci qu’il fait la rencontre, déterminante, du comte Jean-Antoine Chaptal, Pair de France. C’est ce chimiste renommé qui le décide à se diriger, plutôt que vers la pharmacie ou la chimie, vers la sucrerie, en 1825. Champonnois met alors au point, au bénéfice de cette activité, un laveur continu. Dès 1829, le Bulletin des sciences technologiques évoque ce système imaginé par le Chaumontais, « construit par M. Hallette, (qui) fonctionne très bien, expédie beaucoup de besogne et dépense peu d’eau. » Entre-temps, Champonnois est qualifié de manufacturier chimiste lorsqu’en 1828, à 25 ans, il épouse, à Pont-la-Ville (canton de Châteauvillain), une Haut-Marnaise, Marie-Delphine Jourdain.

En 1834, on le désigne comme fabricant de sucre indigène. Avec Charles-Edouard Daboville (ou d’Abobille) – est-ce le futur général d’artillerie ? -, qui demeure à Jonchery, il dépose un brevet de cinq ans pour un appareil « servant à opérer par la continuité, la concentration instantanée des sirops et autres liquides ».En 1836, avec Adrien-Xavier Martin, il met au point un « système complet de fabrication du sucre indigène, fondé sur des méthodes toutes nouvelles ». On le retrouve encore, dans les années 1840, inventeur d’un appareil calorifère applicable aux poêles et cheminées, puis de pompes dites économiques.
C’est en 1854 – année où, d’ailleurs, il écrit une « Notice sur les distilleries agricoles de betteraves et autres » - que Champonnois crée les premières distilleries agricoles. Un événement dont le cinquantenaire sera célébré en 1904.

Titulaire d’une grande médaille d’honneur à l’Exposition universelle de 1855, on dit de lui, en 1869 : « C’est à M. Champonnois qu’est due l’introduction définitive de la distillation de la betterave dans les fermes, par la création d'un outillage simple, relativement peu coûteux, par l'emploi d'un mode facile et peu dispendieux de traitement de la betterave et par la reconstitution de cette racine quant à sa valeur nutritive. Le procédé Champonnois consiste, on le sait, à découper en cossettes les betteraves préalablement lavées et à les faire macérer dans un cuvier par les vinasses. Le jus ainsi obtenu est dirigé dans une cuve où il est soumis à une fermentation continue par le mélange avec le jus plus ancien d'une cuve précédente en pleine fermentation, lorsque le travail du ferment est terminé, ce jus est dirigé dans la chaudière à distiller et la vinasse constitue ce qui reste dans la chaudière, lorsque ce jus a été complètement épuisé d'alcool. Un laveur, un coupe-racines, trois cuves à macérer, quatre cuves à fermenter, un appareil distillatoire, une ou deux pompes à jus, deux réservoirs à vinasse et un réservoir à alcool, forment l'outillage nécessaire à l'exploitation agricole de ce procédé.»Notons que le Chaumontais a travaillé dans le laboratoire d’un chimiste réputé, Payen. Lequel, membre de l’Institut, a adressé un rapport élogieux, en 1854, à la Société impériale et centrale d’agriculture de France sur le procédé de M. Champonnois, prenant pour exemples des exploitations auboises.

Ingénieur civil, domicilié rue des Petits-Champs à Paris, Champonnois est qualifié de fabricant de distilleries agricoles lorsqu’il est fait membre de la Légion d’honneur – il sera officier de cet ordre. Il meurt dans la capitale le 18 avril 1896, à 94 ans.

Parmi ses frères, Gilles-Victor, né le 11 nivôse an XIII (1er janvier 1805) à Chaumont, élève à l’école polytechnique, promotion 1824, sorti en 1826, affecté aux Ponts-et-Chaussées, sera ingénieur ordinaire, notamment dans le Morbihan, en 1831, et décédera avant 1855.

mercredi 15 juin 2011

Un hommage à Emil Moravek à Heuilley-le-Grand

Hommage de la Tchéquie à Emil Moravek

Madame l'ambassadrice de Tchéquie en France viendra à Heuilley-le-Grand (canton de Longeau), dimanche 19 juin, rendre hommage à l'aviateur Emil Moravek, décédé sur
la commune le 15 juin 1940. Une gerbe sera déposée devant la plaque commémorative du monument aux morts entre 15 h et 16 h. La population est invitée à s'associer à cet hommage. Un verre de l'amitié sera offert en mairie en clôture de la manifestation.

Rappelons qu'un hommage exceptionnel a été rendu à ce pilote tchèque il y a quelques années, à l'initiative de Serge Forgeot, maire de la commune. Notre président fondateur Jean-Marie Chirol était en contact avec M. Forgeot lors de ses recherches sur les combats de juin 1940 en Haute-Marne.

mardi 7 juin 2011

Des Haut-Marnais du Jour J

En juin 1994, pour le 50e anniversaire du débarquement en Normandie, le club Mémoires 52 publiait un numéro spécial consacré aux Haut-Marnais du Jour J.
Outre François Andriot, de Chaumont, et le sergent Jacques Sénée (inhumé à Champcourt), qui appartenaient au fameux commando Kieffer et à qui nous avons consacré un précédent chapitre, citons :
. Gilbert Mura, né dans les Vosges en 1922, qui habitera Arc-en-Barrois, alors quartier-maître à bord de la frégate « La Surprise » ;
. André Ribeiro, né à Reims, futur colonel domicilié à Langres, alors sergent navigateur au sein du groupe de bombardement « Lorraine », qui effectue deux missions sur les lieux du débarquement. Des extraits de son témoignage sont parus dans ce supplément. Retenons celui-ci : « A 6 h 13, nous arrivons à la pointe de Barfleur et nous longeons la côte d’assez près. La mer est grosse et les embruns viennent s’écraser sur le plexiglas du nez du Boston, réduisant momentanément la visibilité. Nous sommes maintenant à hauteur de la presqu’île, devant et sur notre gauche, mais beaucoup plus près de la côte que prévu, le spectacle est somptueux, fantastique, inoubliable. La mer est pleine de bateaux, encore des bateaux, des centaines, des milliers de toutes tailles, de tous gabarits. Ils dansent sur une mer très grosse en dessous de leurs barrages de ballons. C’est vraiment le Jour J. Parti de France depuis trois ans et demi, c’est le jour que j’attendais, doutant souvent de pouvoir l’atteindre et le voir. Un instant je me dis : « Tu peux maintenant te faire descendre, tu as vu le débarquement, il est en route, avec une opération d’une telle envergure, c’est gagné, ça ne peut que réussir… » A 6 h 21, l’écran de fumée était tendu par le Boston de Ribeiro sur Utah beach.
. Georges Caublot, de Laferté-sur-Amance, parachuté le 9 juin 1944, à 20 ans, dans les rangs du 4th Special air service, dans le cadre de l’opération « Samwest » (en Bretagne) ;
. Charles Husson, né dans les Vosges en 1921, domicilié à Chaumont, évadé de France fin 1942, soldat (comme Caublot) au 4th SAS, parachuté en Bretagne le 12 juin 1944, tué lors de la libération de Vannes ;
. le supplément cite par ailleurs Georges Bournoville, qui aurait été parachuté dans le secteur de Sainte-Mère-Eglise dans la nuit du 5 au 6 juin 1944, et blessé le 7. Il était né à Saint-Maurice et était parachutiste. S’agissait-il d’un Français détaché auprès des troupes américaines ?

Concernant le commando Kieffer, François Andriot avait communiqué à Jean-Marie Chirol, en 1999, une copie de son témoignage. Nous avons choisi de publier ici les instants où il prend pied sur le sol de France, devant Ouistreham, sur la plage « Sword », dans les rangs de la section de mitrailleuses K-Guns : « Vers 7 h 30, ordre nous est donné de monter sur le pont en vue de mettre pied à terre et nous sommes prêts au moment où la coque racle le sable et la barge s’échoue. Nous sommes balayés par un feu d’armes automatiques et nous nous faisons le plus petit possible, à plat ventre ! Les marins lancent les échelles, mais personne ne peut débarquer car elles tombent à l’eau, peut-être touchées par le feu ennemi. L’autre barge transportant les Français vient près de nous et nous sautons dessus pour utiliser leurs échelles. Juste avant de m’engager, je vois un soldat blessé essayant de revenir à bord, couvert de sang. Chargés comme nous le sommes, il n’est pas aisé de descendre vers la mer et je saute dans l’eau, laquelle m’arrive à la taille, et ma K-Gun va au fond… Je la recherche et, accompagné de mon chargeur, Rossey, nous essayons de courir le plus vite possible vers le haut de la plage, dans des nuages de fumée. Nous passons entre des piquets de bois reliés entre eux et surmontés de mines et obus. C’est la raison pour laquelle nous avons débarqué à marée haute… Les nuages de fumée se déchirent, quand les bombes de mortier ou obus explosent, et le feu des armes automatiques est intense. Il est impossible de décrire le vacarme… Les Allemands ne sont pas morts et nous en donnent la preuve. Le quartier-maître en charge de ma mitrailleuse, mon chargeur et moi-même, courons vers la rive le plus vite que nous sommes à même de le faire, chargés comme nous le sommes, car nous sommes des cibles magnifiques pour les Boches et la vitesse est primordiale. Les balles de la mitrailleuse allemande d’une casemate sur notre gauche – cette casemate existe encore maintenant – passent devant nous dans le sable… Un gradé allemand en chemise blanche est debout sur l’ouvrage, balançant des grenades… Mais pas pour longtemps ! »
Pour le 1er bataillon de fusiliers-marins commandos, la journée sera rude. Après le regroupement dans les ruines de la colonie de vacances de Riva-Bella, la section de K-Guns progresse sous les mortiers et les balles sur la route côtière : le chef de pièce d’Andriot, Lemoigne, est tué. Puis c’est son chef de section, le lieutenant Hubert, qui tombe, ainsi que Labas. Après les fameux combats contre le casino d’Ouistreham transformé en blockhaus, les commandos poursuivent dans l’après-midi en direction des ponts de l’Orne tenus par les paras britanniques. « Avec l’envoi de quelques bombes fumigènes, raconte encore le Chaumontais, nous commençons à courir, le plus vite possible, et en balançant nos grenades fumigènes. Je reçois une brûlure sur la main droite, souvenir durable du 6 juin et ma seule égratignure pour toute la guerre. Je n’ai jamais couru aussi vite de ma vie, malgré tout ce que j’ai sur le dos ! Sac de 60 livres, linge de rechange, vivres, couverture, munitions (300 cartouches), un revolver Colt 45, des grenades, sans oublier la K-Gun assez lourde sur mon épaule… » Au soir, l’unité aura perdu dix tués et de nombreux blessés, dont son chef, Philippe Kieffer.

vendredi 20 mai 2011

Héros champenois du commando Kieffer



Les deux amis Charles Husson et François Andriot. (Collection CM 52).


Dans son numéro 24 de Dossier 52 (avril-mai 2001), le club Mémoires 52 rendait hommage au lieutenant Yvonne Fontaine, inhumée à Montier-en-Der. Nous précisions que cette femme au courage extraordinaire, titulaire de la Médaille militaire, a côtoyé, dans la Résistance auboise, le major anglais Benjamin Cowburn (« Germain »), dont l’équipe s’est attaquée, avec succès, au sabotage des locomotives des Rotondes de Troyes, à l’été 1943.
C’est tout à fait fortuitement qu’en 2003, le club découvrait que l’un des artisans de ce succès repose dans le cimetière de Champcourt, commune associée à Colombey-les-Deux-Eglises. Qu’il était également l’un des héros du fameux commando Kieffer ayant débarqué le 6 juin 1944 et auquel appartenait un fidèle membre du CM 52, François Andriot.
Ainsi donc, la seule unité française constituée ayant pris pied sur les plages de Normandie comptait, parmi ses 177 fusiliers-marins commandos, deux hommes ayant des attaches avec la Haute-Marne.

Jacques Sénée naît à Antony, dans la région parisienne, le 26 novembre 1919. Entré à l’Ecole militaire d’administration, il en sort en avril 1940 avec le grade d’aspirant, à quelques semaines de l’offensive allemande… et de la défaite. Dès sa démobilisation, il se jette corps et âme dans la Résistance à Troyes, où il réside avec sa jeune épouse, originaire d’une famille haut-marnaise. D’ailleurs, le couple, qui aura quatre enfants, connaît bien le département pour y rendre visite à sa famille, à Champcourt.

Membre d’un mouvement de Résistance français, « Ceux de la Libération Vengeance », et d’un réseau britannique, Jacques Sénée fait la connaissance du major Cowburn. « En mai 1943, racontera le résistant dans des souvenirs inédits confiés par son épouse en 2003, « Germain » s’était présenté au Dr Mahée, notre nouveau chef du réseau CLV, agent de Buckmaster : il déclarait vouloir s’attaquer au dépôt de Troyes, faute de quoi la RAF interviendrait. Aucune hésitation n’était possible, le dépôt étant bordé de maisons, notre action sauverait probablement la vie à quelques Français qui n’auraient pu échapper aux bombes… « Germain » demandait seulement quelques hommes pour exécuter sa mission. Le docteur me chargea de les lui fournir… Ce fut un jeu d’enfant pour moi de trouver quatre hommes… »

Et sur proposition d’un ingénieur de la SNCF né à Chaumont, Gabriel Thierry (futur Compagnon de la Libération), c’est « le dernier samedi de juin » (Note : la plupart des récits consacrés à cette action la situent plutôt au 4 juillet 1943) que l’opération contre le dépôt de Troyes-Preize est projetée. Jacques Sénée a appris que l’occupant avait eu vent de ses activités clandestines, mais l’opération est maintenue. Avec « Germain » et les quatre patriotes, dans la nuit, le jeune homme dispose les charges explosives sur les locomotives, à la barbe des cheminots et soldats allemands. « Après avoir posé la dernière charge, nous partons tranquillement sans user des précautions prises à l’arrivée. Vraiment ce sabotage avait été ridiculement aisé », écrira Jacques Sénée, précisant que « sur 20 locomotives attaquées, treize avait été stoppées pour longtemps et deux endommagées légèrement ».

Dès ce joli coup réalisé, le jeune patriote quitte Troyes : à l’aube, il prend le train pour Paris, gagne Tours, d’où il s’envole pour la Grande-Bretagne en compagnie de trois résistants, grâce à deux avions Lysander. Outre-Manche, Jacques Sénée est déterminé à rejoindre le Bureau central de renseignement et d’action (BCRA) pour accomplir de nouvelles missions en France occupée. Mais sa situation de résistant « brûlé » dans son pays interdit cette perspective. « Jamais nouvelle ne m’a plus abasourdi », confiera-t-il dans ses notes. Affecté à l’état-major à Londres, ce qui ne lui convient pas, il décide de rejoindre les Commandos de la France libre. Ce qu’il obtient le 1er novembre 1943, date de son engagement officiel dans la marine. Pour l’anecdote, il perd son grade d’aspirant pour celui de second-maître (c’est-à-dire sergent). L’entraînement commando est rude, mais son abnégation est récompensée en mars 1944 : il reçoit son fameux béret vert et l’insigne de commando.

Sénée est chef de demi-section au sein de la troop 8 du 1er bataillon de fusiliers-marins commandos, que commande le lieutenant de vaisseau Kieffer et qui compte dans ses rangs un Haut-Marnais, François Andriot (soldat dans la section K-Guns).

Ouvrons ici une parenthèse : fils d’imprimeur, Andriot est né à Chaumont le 14 juillet 1921. Adhérent de la Jeunesse ouvrière chrétienne, il a décidé, plutôt que d’être contraint à travailler en Allemagne, de quitter la Haute-Marne en compagnie d’un ami chaumontais, Charles Husson (né en 1921 à Saulxures-lès-Bulgnéville, dans les Vosges). Le départ a eu lieu le 4 décembre 1942. Déterminés à rejoindre Londres et la France libre, ils devaient passer par l’Espagne. Mais comme de nombreux candidats à cette cause, Andriot et Husson ont été arrêtés le 13 décembre par la Garde civile, emprisonnés, puis internés dans le sinistre camp de concentration de Miranda. Ils n’ont été libérés que le 14 mai 1943, en arguant de leur qualité de canadiens-français ! Husson ne rejoindra pas le commando Kieffer mais une autre illustre unité de la France libre, le 4nd Special Air Service (le 2e régiment de chasseurs-parachustistes de la France libre, magnifié par le livre – et la série TV – « Bataillon du ciel » de Joseph Kessel). Parachuté en Bretagne le 12 juin 1944, Husson sera grièvement blessé le 5 août 1944 lors de la libération de Vannes et décédera le lendemain à l’hôpital de cette ville (une rue de Chaumont porte aujourd’hui son nom).

Après la campagne de Normandie, Jacques Sénée revient en Grande-Bretagne, et c’est désormais en qualité de lieutenant (enseigne de vaisseau) qu’il participe à la difficile et méconnue conquête de l’île de Walcheren, en Hollande, où il débarque le 1er novembre 1944. Durant ses opérations, et jusqu’à la Libération, son épouse, également impliquée dans la Résistance, vit à Champcourt.

Les combats terminés en Europe, on retrouve Jacques Sénée en Afrique du nord, toujours sous l’uniforme de fusilier-marin : il est de ceux qui, en 1946, créent à Cap Matifou, en Algérie, l’Ecole des fusiliers-marins commandos. Trois ans plus tard, il demande une affectation dans l’armée de terre. Lieutenant à la 1ère Demi-brigade de commandos parachutistes puis au 6e bataillon colonial de commandos-parachutistes, il sert en Indochine à partir de l’été 1949, à la tête du 3e bureau de cette unité. Le 10 janvier 1950, il trouve la mort à Yem Neu Naï, en Annam, à l’âge de 30 ans. Son nom sera donné à un commando de la Marine ayant servi en Indochine.

Titulaire de nombreuses décorations (dont la Légion d’honneur et la médaille militaire), Jacques Sénée, inhumé à Antony, repose depuis le 13 mai 1993 dans la cimetière de Champcourt, où l’a rejoint sa veuve. Nous l’avions revue avec plaisir en juin 2004 à Ouistreham, à l’occasion de la remise de la Légion d’honneur à notre ami chaumontais François Andriot, aujourd’hui retiré en Grande-Bretagne où il s’était marié. Il n’y aurait plus, aujourd’hui, que dix survivants du commando Kieffer, et parmi eux le Haut-Marnais Andriot.

Nous publierons des extraits des témoignages du sergent Sénée et du matelot Andriot sur « leur » Jour J le 6 juin, à l’occasion du 67e anniversaire du débarquement en Normandie.