jeudi 28 avril 2011

Trois journalistes américains capturés à Brethenay, 12 septembre 1944

Le 12 septembre 1944, une jeep de l’armée américaine, baptisée June, roule sur la N 67, en direction de Chaumont. A son bord : quatre hommes. Le conducteur, le soldat James Schwab, et trois correspondants de guerre. Venus du camp de presse de la 3e armée Patton, ils se rendaient, dira-t-on plus tard, sur la Loire, afin de couvrir pour leurs publications respectives la capitulation du groupement allemand du général Elster, ou plus vraisemblablement celle de la garnison de Châtillon-sur-Seine.

Qui sont ces trois journalistes ?
. John M. Mecklin, du Chicago Sun.
. Edward William Beattie, d’United Press, qui était en poste à Berlin avant la guerre, ce qui explique qu’il était bien connu du Dr Goebbels.
. Wright Bryan, d’Atlanta Journal, resté célèbre pour avoir réalisé, au profit de la NBC, le premier reportage du Jour J, consacré à l’action des parachutistes américains dans la nuit du 5 au 6 juin 1944.

Il est environ 13 h lorsque sur cette route bordée d’arbres, surgit un obstacle constitué de branches. Le conducteur, Schwab, stoppe le véhicule. Pendant deux minutes, ses occupants discutent de la conduite à tenir. Beattie écrira ultérieurement que le fait que la jeep tirait une remorque les a empêchés de faire demi-tour.
Soudain, un feu violent s’abat sur le groupe. Les journalistes cherchent à se mettre à l’abri. « Tout à coup, rapporte Beattie, Bryan tourne la tête et dit : « Je suis touché ». « Est-ce grave ? », demandais-je. « Non, c’est juste ma jambe, et je n’ai pas l’impression que l’os soit touché »… » De son côté, Mecklin essaie de ramper le long d’un fossé. Il aurait pu s’échapper si…
… Si une seconde jeep américaine n’était arrivée sur la route au même moment. A son bord : six autres soldats américains, dont le sergent Ralph Harris, du 749th Tank Battalion, alors cantonné en forêt de Mathons, près de Joinville. Edward W. Beattie racontera : la deuxième jeep « essaie de faire marche arrière. Elle est en train de tourner, lorsqu’une balle allemande met son moteur hors de marche. Les six occupants de la jeep sautent et plongent dans le fossé, au moment où les Allemands surgissent du bois, tirant en courant. Trois des six hommes de la jeep sont blessés. Les trois autres nous rejoignent en tant que prisonniers des Allemands. Nous n’avons jamais su ce qui s’est passé pour les trois hommes blessés de l’autre jeep… » John M. Mecklin rend compte également de cet événement dans un article où il précise que deux hommes du 749th Tk Btn avaient été tués et un grièvement blessé. Le bataillon déplore effectivement trois morts, les 12 et 13 septembre 1944, à Chaumont : le S/Sergeant Keith Gile Davis, John F. Rhoads et d'Earl Frederick Harden. Quant à leurs camarades capturés, ce sont, outre Harris, le T/S Charles E. Padgett et le sergeant Forrest Jr Eadler.


Plusieurs questions relatives à cet événement peuvent se poser. D’abord, où s’est déroulé précisément cet accrochage ? Beattie ne le précise pas, se contentant d’indiquer qu’il était « enroute (sic, et en français dans le texte) to Chaumont ». Toutefois nous savons, par des témoignages recueillis sur place par Claude Ambrazé, du club Mémoires 52, qu’il s’est produit aux abords de Brethenay. 
Autre question : comment se fait-il que des jeeps se soient aventurées dans une région non encore libérée, car même si ce 12 septembre 1944, la division Leclerc attaquait Andelot, ce n’est que le lendemain que Chaumont sera évacuée par sa garnison ? Personne n’a-t-il songé à avertir cet équipage qu’à Brethenay, deux embuscades ont déjà eu lieu les jours précédents, que dans ce village deux habitants ont été exécutés par les Allemands ? C’est surprenant.

Toujours est-il que Wright Bryan est transféré dans un hôpital, tandis que ses compagnons sont conduits dans d’anciens baraquements à Chaumont (dans une caserne ?). Bryan sera ensuite interné en Pologne et libéré en janvier 1945 par les Russes. Mort en 1991, il était président pour le développement de Clemson University.
Beattie sera également prisonnier de guerre en Allemagne. Il écrira un ouvrage sur sa condition de prisonnier de guerre : Diary of a Kriegie, paru en 1946,.
Pendant trois jours, les sergents Harris, Forrest Eeadler et Charles Padgett, du 749th Tk Bn, suivront le destin de la garnison de Brethenay, repliée dans la nuit du 12 au 13 septembre 1944 en direction de Montigny-le-Roi via Chaumont. C’est grâce à la bienveillance d‘un de leurs geôliers qu’ils s’évaderont durant la retraite et seront recueillis à Jonvelle (Haute-Saône). Il semble que le troisième journaliste, Mecklin, ait pu retrouver la liberté à cette occasion, trois jours après sa capture. Il sera correspondant du Time en Indochine, et accompagnait le fameux reporter Robert Capa lorsque celui-ci trouva la mort sur une mine en Extrême-Orient en 1954.

Sources : cette histoire a été évoquée dans "Dossier 52" n°37 (Spécial Libération) en 2004.

lundi 18 avril 2011

L'énigme de la disparition d'André Guignard (27 août 1944)

A notre connaissance, au moins deux victimes de la répression allemande en Haute-Marne n’ont jamais été identifiées.
Le 21 septembre 1944, deux hommes ont été retrouvés morts dans le bois de Saint-Roch, en lisière de Chaumont. L’un s’avérera correspondre à Martial Champied, né en 1909 à Troyes, arrêté le 22 août 1944 à Clairvaux, emprisonné à Chaumont et, selon L. Hutinet (« Livre d’or de la Résistance haut-marnaise »), exécuté le 26. L’autre est un homme d’une quarantaine d’années resté encore aujourd’hui inconnu.
Quelques semaines plus tôt, le 27 août, ce sont deux autres corps qui ont été découverts sur le territoire de Coupray : celui d’Antoine Papa, de La Courneuve, réfugié à Coupray, exécuté deux jours plus tôt, et celui d’un homme d’une trentaine d’années, vraisemblablement tué le même jour.
Nul n’a donc jamais su qui étaient les inconnus du bois de Saint-Roch et de Coupray.

A l’inverse, plusieurs résistants arrêtés par les Allemands en Haute-Marne n’ont jamais plus donné de nouvelles. C’est le cas de :
. Michel Chement, de Pressigny, porté disparu le 1er septembre 1944 lors du combat de la gare d’Andilly livré par le maquis de Varennes ;
. Raymond Chevalier, né le 6 mars 1914 à Saint-Blin, membre du groupe Siroco et porté disparu le 8 septembre 1944 près de Prez-sous-Lafauche. Il a été fait prisonnier avec Hubert Mayer, né à Frebécourt (Vosges) en 1925 et décédé en déportation le 1er février 1945.

Le cas qui nous préoccupe ici est celui d’André Guignard, chef du secteur Est de Chaumont des FFI, qui, avec Marc Bongrain (d’Illoud), chef du sous-secteur de Bourmont, est porté disparu le 23 août 1944 à Auberive, « à la suite d’une liaison avec le chef départemental (Note : le colonel Emmanuel de Grouchy, alias « Michel ») et les autres chefs de secteur », précisera Grouchy, qui a alors son PC à la ferme de La Salle. Nous savons que le FFI Robert Ingret, qui les accompagnait, a été abattu sur place par les troupes d’occupation qui ont intercepté leur véhicule. Quant à Guignard et Bongrain, l’auteur de la brochure consacrée au maquis d’Auberive dira : « Ils furent arrêtés, emmenés et jamais on ne put retrouver leur trace ».
Que sont-ils devenus ? La question hante encore leurs camarades, qui ne l’ont jamais résolue. Comme Maurice Noirot, de Noyers, l’un des derniers à avoir vu Guignard vivant (c’était le matin même à Nogent, au départ de leur mission).

Selon le dossier de déporté – car pour l’Etat, le chef du secteur Est de Chaumont est considéré comme décédé en déportation - de Guignard, Bongrain et lui-même ont été d’abord conduits dans l’abbaye d’Auberive, puis dirigés sur la prison de Langres. Or l’on sait que le 27 août, les captifs de cette prison ont été transférés en camion jusqu’à Chaumont, d’où ils sont partis le jour-même en train jusqu’à Belfort puis à Neuengamme. L’un de ces déportés, Raymond Gourlin, communiquera à Jean-Marie Chirol, président du CM 52, une liste de ses camarades de la prison de Langres : ni le nom de Guignard, qu’il a connu brièvement au maquis de Leffonds, ni celui de Bongrain n’y figurent. Ce qui n’exclut pas leur présence dans le train. La liste – reconstituée – des déportés du convoi du 29 août 1944 (Belfort – Neuengamme), publiée par la Fondation de la mémoire de la Déportation, comprend ainsi le nom de Bongrain, sans toutefois que son numéro de matricule à Neuengamme ne soit indiqué. Mais aucune trace du nom de Guignard, alias « Dédé ». Signalons toutefois que cette liste n’est pas exhaustive.

Guignard a-t-il été déporté et exécuté en tentant de s’évader du convoi entre Chaumont et Belfort ou entre Belfort et Neuengamme ? L’hypothèse n’est pas à exclure. D’ailleurs, un des déportés haut-marnais par ce train, décédé récemment, le pensait. Peut-être un lecteur de cet article, originaire des Vosges ou du Territoire de Belfort, deux départements situés sur le trajet du convoi, a-t-il connaissance de la découverte du corps d’un inconnu mort sur la voie ferrée, entre le 27 et le 29 août 1944…

Reste également une autre possibilité. A force de persévérance, Jean-Marie Chirol avait pu démontrer qu’un résistant porté disparu en juillet 1944, déporté précisément par ce même convoi du 27 août 1944, était en fait mort à Neuengamme… sous un nom d’emprunt. Or Guignard avait sur lui une fausse carte d’identité au nom d’André Legrand, né à Asfeld (Ardennes) – précision apportée par son épouse. Toutefois, la FMD ne mentionne aucun déporté de ce nom et originaire de cette commune parmi les dizaines de milliers de victimes qu’elle a recensées…

Rappelons brièvement qui était André Guignard. Né à Toulouse en 1912, sous-officier, il s’est marié en 1935 avec une Nogentaise (un fils est né de cette union). Etabli à Chaumont, il a intégré l’organisation du colonel de Grouchy en 1944, créant et dirigeant le secteur Est de Chaumont. Durant l’été, il a commandé des sabotages (30 juillet et 3 août 1944 entre Merrey et Lénizeul, 20 août au pont de La Pommeraie), réceptionné un parachutage (12 août entre Tronchoy et Rolampont) et conduit l’audacieuse opération qui a abouti à la libération du résistant Louis béchu. La disparition de Guignard est intervenue au moment-même où l’ordre de guérilla générale était donné aux FFI haut-marnais…

(Article publié dans le numéro 43 de « Dossier 52 »).

jeudi 17 mars 2011

Il y a 100 ans, un aéroplane se posait à Chaumont




Le lieutenant pilote Remy (photo aimablement communiquée par Albin Denis, animateur d'un site sur les débuts de l'aviation militaire française).

L’événement n’a pas bouleversé l’Histoire de l’aviation. Mais il a marqué pour le moins la population chaumontaise : le 13 avril 1911, soit près d’un an après un événement similaire à Valleret, près de Wassy, puis à Saint-Dizier, un aéroplane se posait sur le sol du chef-lieu haut-marnais. En l’occurrence, un biplan Farman 11, piloté par un pionnier de l’aviation militaire, le lieutenant du génie Rémy.
Il s’agit vraisemblament de cet aviateur, prénommé Henry, né à Saint-Germain-en-Laye en 1881, titulaire du brevet de pilote mondial n°143, qui parviendra au grade de capitaine et mourra, avec le capitaine observateur Faure, dans la chute de son avion, le 5 novembre 1914, à Issy-les-Moulineaux.
L’officier avait décolé de Mourmelon (Marne) pour rejoindre Besançon, où était caserné son régiment du génie d’origine. « Après avoir voyagé à 1 000 m de hauteur moyenne, malgré la brume et le froid, rapporte le journal L’Aérophile, il faisait escale à 7 h (du soir, sans doute, Ndlr), à (La) Croix-Coquillon, près de Chaumont. » En fait, selon le journaliste haut-marnais Robert Collin, c’est exactement près du bois Beauregard, au-dessus de Buxereuilles, que l’appareil a dû se poser.
L’officier ne pourra poursuivre son vol et passera la soirée en compagnie du général commandant la 13e division d’infanterie à Chaumont. C’est le lendemain, à 4 h 25, que Rémy parvient à redécoller et à rejoindre sa destination.
Deux ans plus tard, Chaumont verra l’inauguration de sa station d’atterrissage, non pas à La Croix-Coquillon, mais à La Vendue. C’est d’ailleurs un pionnier chaumontais de l’aviation militaire, le commandant Charles-Henri Lindecker, commandant en second le 2e groupe aéronautique à Reims, qui viendra représenter le ministère de la Guerre à cette inauguration (octobre 1913).
Si la cité chaumontaise fait aujourd’hui partie de l’Histoire de l’aviation, ce n’est pas grâce au site de La Vendue, mais à celui de Semoutiers, à une dizaine de kilomètres de là, où seront stationnés en 1939-40 des groupes de l’armée de l’air française, puis dans les années 50-60 l’USA air force. Aujourd’hui, le site est occupé par le 61e régiment d’artillerie, qui met en œuvre ces aéronefs sans pilote que sont les drones.

vendredi 11 mars 2011

Missions spéciales alliées en Haute-Marne (1944)




Légende de la photo : le capitaine jedburgh Maurice Geminel. Photo prise dans l'abbaye d'Auberive. Le colonel Geminel est membre du CM 52.

La participation des agents alliés aux opérations de la Résistance haut-marnaise, à l'été 1944, a longtemps été méconnue, faute d'informations sans doute. Cela nous a paru d’autant plus dommageable que les représentants britanniques, américains et français des missions spéciales ont apporté, dans leurs rapports, un regard fort intéressant, parce qu’extérieur, sur les difficultés mais aussi sur les succès des patriotes de ce département. Voici un essai de recensement des opérations aériennes et terriennes impliquant des agents alliés, paru dans notre ouvrage « 1944 en Haute-Marne » en 2004.

Jeudi 1er juin 1944.
Dans la nuit du 1er au 2, deux parachutages ont lieu en Haute-Marne : des armes sur le terrain « Toboggan », près de Voillecomte, deux hommes près de Leffonds. Il s'agit d’officiers américains d’origine française de l’OSS, les lieutenants Rene Jean André Guiraud (« André »), originaire de Chicago, et Louis Frédéric Gérard-Varet Hyde (« Frédéric »). Constituant le circuit « Glover » du Special Operations Executive (SOE), ils sont les deux premiers agents des services spéciaux alliés à être parachutés en Haute-Marne. Lire au sujet de cette mission l’excellent ouvrage d’André et Josette Grossetête consacré à la fin tragique du maquis de Voisines.

Mardi 27 juin 1944. 
Le chef du circuit « Glover », le lieutenant américain Guiraud (« commandant André »), est capturé à Langres avec deux hommes, dont Gaston Simonet, qui s'évadera de l'hôpital local grâce aux religieuses et à la direction de l'établissement. Déporté, Guiraud sera le seul citoyen américain présent à Dachau lors de la libération du camp. Son coéquipier Hyde restera dans le Sud haut-marnais jusqu'à la libération, organisant de nombreux parachutages.


Dimanche 23 juillet 1944
Un avion Stirling du Squadron 190 s'écrase près de Graffigny-Chemin. Il transporte le premier élément de l'opération SAS « Rupert », qui doit sauter sur le terrain "Cuisiniers" près de Joinville avant d'opérer dans la région du Der. Parachutistes ou membres de l'équipage, il y a treize victimes (dont le major Félix Symes et le lieutenant Ian Grant, du 2e régiment SAS) et trois survivants.

Fin juillet 1944
Parachutage d'armes sur le terrain « Gargouille », près de Robert-Magny. Deux membres du circuit SOE « Pedlar », parachutés quelques semaines auparavant dans l'Aube, participent à cette opération : le lieutenant Robert Cormier dit « Bob », saboteur américain, et le sergent radio britannique Herbert Roe, dit « Maurice ». Leur chef, le major Nicholas Bodington (« Nick »), de la section française du SOE, saute cette même nuit près de Troyes.

Vendredi 4 août 1944
Dans la nuit du 4 au 5 août, le groupe du lieutenant Donald V. Laws, du 2e régiment SAS, saute près de Bailly-le-Franc (Aube), aux confins de la Marne et de la Haute-Marne. L'opération « Rupert » est enfin lancée.


Vendredi 11 août 1944
Dans la nuit du 11 au 12, le commandant Michel Pichard (« Pic » ou « Gauss »), nommé délégué militaire départemental de la Haute-Marne par le général de Gaulle, sa soeur Cécile (« Altesse ») et le radio Maurice Roschbach (« Sévillan ») sont parachutés sur le terrain « Hôtel », à Rivière-les-Fosses, dans le cadre de la mission « Génératrice ». Ils établiront leur PC à Courcelles-sur-Aujon.

Samedi 12 août 1944
Dans la nuit du 12 au 13, les groupes des lieutenants Peter Cameron et Marsh, du 2e régiment SAS, sautent près de Giffaumont, toujours dans le cadre de l'opération « Rupert ». L'équipe Cameron opérera ensuite dans la région de Chevillon et Morley. Pour sa part, le lieutenant Laws, qui a réceptionné les deux groupes, ira se fixer en forêt de Trois-Fontaines (Marne).

Jeudi 17 août 1944
. Dans la nuit du 17 au 18, l'équipe jedburgh « Bunny » est parachutée sur le terrain « Amarante » de Selongey (Côte-d'Or). Elle comprend le capitaine Jocelyn F. Radice, venu du 2e régiment SAS, le capitaine Maurice Géminel (« Gerville »), un Meusien de 24 ans qui avait été blessé près de Perthes le 14 juin 1940, et le sergent radio « Jim » Chambers. Le commandant Pichard les dirige sur le maquis de la ferme de la Salle (Auberive).- « retrouvé » par le club Mémoires 52 en 2000, le colonel Géminel est un fidèle membre de notre association.

Mardi 22 août 1944
. De retour d'une liaison en Côte-d’Or auprès de l'état-major de la Région D (dont dépend la Haute-Marne), les capitaines Radice, Géminel (de l'équipe « Bunny ») et Carteron, chef du maquis de la Salle, ainsi que quelques maquisards, sont pris sous le feu allemand à Plesnoy. Jocelyn Radice, 26 ans, ancien combattant d'El Alamein, est blessé par balles aux deux genoux. Soigné à Orbigny-au-Mont puis à la ferme de la Salle, il est conduit à l'hôpital de Langres sous une fausse identité, mais y succombe le 27 août.

Mercredi 23 août 1944
. Ordre de guérilla générale pour les FFI de la Région D.
. A Giey-sur-Aujon, des SAS accrochent des soldats allemands, qui perdent un tué. Commandés par le capitaine Grant Hibbert, ces hommes appartiennent eux aussi au 2e régiment SAS, mais dans le cadre de l'opération « Hardy ». Ils sont basés entre Gurgy (Côte-d'Or) et Arbot. Le lendemain, en représailles, les Allemands tirent au mortier sur le village, sans faire de victime.

Jeudi 31 août 1944
. Dans le Sud-haut-marnais, l'escadron D du 2e régiment SAS se fixe près d'Auberive, au lendemain d'une action menée contre la garnison de Châtillon-sur-Seine. Commandé par le célèbre major canadien Roy Farran, il comprend le détachement du capitaine Grant Hibbert (opérant depuis la fin juillet entre Recey-sur-Ource et Arbot) et celui de Farran, qui a quitté Rennes avec ses jeeps armées le 19 août. Dans la nuit, sept jeeps supplémentaires sont parachutées au profit des SAS (sans doute sur le plateau de Vivey), portant le nombre de véhicules à 18.
. A minuit, sur le terrain « Hôtel » de Rivière-les-Fosses, un avion Stirling largue l'équipe jedburgh « Stanley », ainsi que deux officiers de la Direction générale des services spéciaux, les jeunes sous-lieutenants André Burguière (« Denis ») et Claude Voillery (« Ely »), formés par l'Ecole des cadets de la France libre. L'équipe « Stanley » est composée de deux Anglais, le capitaine Oswin E. Craster et le sergent E. J. Grinham, et d'un Français, le lieutenant Robert Cantais (« Carlière »). Tous iront servir dans le maquis de Bussières.- membre du conseil d’administration de la Fondation De Gaulle, Claude Voillery, qui a été membre du CM 52, garde un souvenir ému de sa présence au sein d’une compagnie du maquis de Bussières. Son ami Burguière a trouvé la mort en 1945 en Hollande.

Vendredi 1er septembre 1944
. Dans la nuit du 1er au 2, sur le terrain « Félix », non loin d’Auberive, parachutage du lieutenant Dominique Mendelsohn (« Benjamin ») pour le circuit « Glover », et parachutage d’armes sur le terrain du Fréhaut, à Soulaucourt-sur-Mouzon.

Samedi 2 septembre 1944
. Adjoint au commandant de la 35e DIUS, le général de brigade Edmund B. Sebree arrive à Joinville à la tête d’un groupement qui relève le CCB de la 4e DBUS. Sa mission, jusqu'au 9 septembre : assurer la sécurité du flanc droit de la 3e Armée. Ce jour-là, Sebree envoie en mission une traction avant sur Chaumont. Entre Brethenay et Condes, elle est prise vers 14 h sous le feu allemand : le chauffeur Roger Blandin est blessé et capturé, et le FFI André Legros, 19 ans, de Joinville, tué. L’autre passager, le sous-lieutenant Bernard Sabouret Garat de Nedde, dit « Lenormand », parvient à s’échapper, via Riaucourt et Bologne. Là, Pierre Ambrazé, ingénieur des Ponts et chaussées, lui confie sa moto qui permet à l’officier de rejoindre Joinville. Il avait été parachuté quelques jours plus tôt à la ferme de Baudray (Osne-le-Val) avec trois autres officiers : son radio « Montigny » (Michel Faivre) dans le cadre de la mission « Bébé », Raymond Marmande (« Larcy ») et le radio «Bussy» (Georges Brana) dans le cadre de la mission « Chat ». Note : c’est en 2004 que le CM 52 a identifié le sous-lieutenant Sabouret Garat de Nedde comme étant l’officier survivant de l’embuscade de Brethenay. Coïncidence : son épouse a des attaches familiales à Autreville-sur-la-Renne.
. L'équipe jedburgh « Arnold » (capitaine Michel de Carville, lieutenant JHF Monahan et sergent Alan de Ville) quitte la Marne, où elle a été parachutée, pour Montier-en-Der puis Saint-Dizier, où elle est mise à la disposition du major Bodington. 
. Le major Farran scinde son squadron SAS en trois détachements : le capitaine Hibbert avec huit jeeps ira servir aux côtés du maquis de Varennes, lui-même avec huit jeeps se porte vers la forêt de Darney (Vosges), le lieutenant Pinci et 23 hommes restent à Auberive.

Lundi 4 septembre 1944
Un maquis se constitue à la ferme de Pincourt-le-Haut (territoire de Donnemarie), qui a reçu lors d’un parachutage des armes et deux agents français de la mission « Outil » : André Rigot (« Laurent » ou lieutenant « André ») et Pedro (« Boissier » ou lieutenant « Armand »). Le lieutenant Robert Josselin, dit « capitaine Nancy », prend le commandement du maquis de Pincourt.

Vendredi 8 septembre 1944
Ayant appris la veille que les Allemands évacueraient Châtillon-sur-Seine, le capitaine Géminel et les SAS montent une embuscade sur la route de Chaumont, près de Latrecey. Le combat contre un convoi s'engage à 14 h. Devant la réaction allemande, le repli est ordonné, mais Géminel, grièvement touché à un genou, reste sur le terrain. Il échappe aux recherches allemandes, est finalement découvert par l'abbé Paul Marotel, de Latrecey, et ramené dans le village par des habitants. Géminel est ensuite opéré à Auberive par le médecin-capitaine Henri Le Brigand, qui commande le groupe chirurgical mobile 3. Ce service de santé venu de Paris se compose du sous-lieutenant Marc Dalloz, de Dijon, des infirmiers Eliane Simonard et Jean Lafontaine. . Un avion allié mitraille une voiture au carrefour de Gurgy, à l'ouest d'Auberive. Son chauffeur, le lieutenant Michel Pinci, du 2e régiment SAS, est tué par une balle (des sources discordantes situent aussi sa mort entre le 9 et le 11).

Samedi 9 septembre 1944
Dans la nuit du 9 au 10, des parachutages ont lieu à Lavernoy, sur la route Saulles – Frettes, et à Frettes. Sur ce dernier, devait arriver l’équipe jedburgh « Nicholas » qui est finalement réceptionnée en Haute-Saône. Le lieutenant Alphonse Sybille, du BCRA, est parachuté avec l’agent « Fantin » (Léon Feldman) sur le terrain « Cherbourg » de la ferme de la Dhuys.

Lundi 11 septembre 1944
Dans la nuit du 11 au 12, trois officiers alliés sont parachutés près de Leuchey : le capitaine Darwin J. Kitch (« Carel »), nouveau chef du circuit « Glover » devenu "Steady", les lieutenants Curtenius Gillette (« Giuseppe ») et Jacques Boissière (« Bocace »). Ils sont réceptionnés par Mendelsohn et Hyde.

Mercredi 13 septembre 1944
Aux opérations de la conquête de Langres par la 1ère division blindée française et les unités qui lui sont rattachées, prend notamment part l’Operational group (de l’OSS) « Christopher », composé d’une cinquantaine de parachutistes américains d'origine norvégienne largués quelques jours plus tôt à Avot en Côte-d’Or et commandés par le capitaine Melvin Hjeltness. Le lieutenant Gillette, du circuit « Glover », a été blessé au cours de la journée (par un éclat de grenade à l'oeil droit), de même que le sergent parachutiste américain Borge Langeland touché à la jambe gauche (après la libération de Langres, le groupe « Christopher » rejoint Auberive puis l’Angleterre le 22 septembre).

dimanche 27 février 2011

Galerie militaire haut-marnaise (I) : le commandant Picot de Dampierre

Picot de Dampierre (Anne-Marie-André-Henry) (Dinteville 22 septembre 1836 – Bagneux 13 octobre 1870). C’est dans sa famille maternelle, au château de Dinteville (canton de Châteauvillain), qu’il voit le jour, fruit de l’union de Charles-Jacques-Pierre Picot, marquis de Dampierre, 57 ans, ancien Pair de France, « demeurant pour le moment au château de M. le vicomte de Sainte-Maure », et d’Alix de Sainte-Maure, 37 ans. Le nouveau-né descend du général Auguste-Marie-Henri Picot de Dampierre, tombé à Valenciennes en 1793. Son père a été aide de camp du général Dessolle, son oncle, Jacques, combattant de Marengo, est mort à Saint-Domingue en 1802 après avoir promu général de brigade provisoire. Grand chasseur, propriétaire de chevaux de course, ce conseiller général de l’Aube, veuf de la fille du comte de Rougé depuis deux ans, prend le commandement du 1er bataillon des mobiles de l’Aube, à l’âge de 34 ans. Lors du combat de Bagneux, devant l’hésitation de ses hommes qui voyaient le feu pour la première fois, il les entraîne au cri de « Allez, en avant, mes enfants ! » et tombe, mortellement blessé par une balle à l’abdomen. C’est le capitaine Casimir-Perrier, commandant sa 4e compagnie, et futur président de la République, qui emporte son corps (l’officier décède à l’ambulance des religieuses d’Arcueil). Le commandant Picot de Dampierre repose au cimetière de Bagneux, où un buste rappelle sa mémoire. Note : il ne paraît pas descendre de la famille de Dampierre qui a possédé la seigneurie de Saint-Dizier durant le Moyen-Age.

dimanche 13 février 2011

Serge Lampin n'est plus

(Photo La Nouvelle République).


Nous venons d'apprendre le décès de Serge Lampin, inhumé mardi à Châtellerault (Vienne).
Cet enfant de Sainte-Menehould (Marne) était l'un des rescapés de la destruction du maquis de Trois-Fontaines-l'Abbaye au combat de la maison forestière de Brassa (entre Trois-Fontaines et Baudonvilliers), mi-juillet 1944. Déporté, il avait survécu et était venu témoigner de son engagement dans la Résistance, en l'an 2000, en mairie de Trois-Fontaines. Nous l'avions rencontré à cette occasion.
Pour découvrir son histoire, lire notre série d'articles consacrés aux résistants de la forêt de Trois-Fontaines.

Un redoutable tueur de loups

Difficile à imaginer aujourd’hui, mais la Haute-Marne fut une terre de loups. Il suffit de « dévorer » le magnifique ouvrage d’Albert et Jean-Christophe Demard, « Le chemin des loups », paru en 1978 aux éditions Guéniot et consacré aux « empreintes » laissées par cet animal mythique aux confins de la Haute-Marne et de la Haute-Saône, pour s’en rendre compte.

C’est une mention dans « L’almanach du commerce » de 1820 qui révèle l’existence de la redoutable « arme de destruction massive » de loups qu’un certain Boudard a installée à Choiseul (canton de Clefmont). Il s’agit d’une batterie de destruction constituée de six canons, « disposés de manière que le loup, quelque position qu’il prenne pour saisir l’appât, reçoit nécessairement deux coups de mitraille ». « Grâce » à cette invention, le nommé Boudard a pu tuer, de 1791 à 1820, 155 loups, dont quatorze le même hiver. L’almanach précise même que la batterie du sieur Boudard a pu ôter la vie à quatre loups à la fois !

Que savons-nous de ce chasseur de loups ? Qu’il se nomme en fait Claude Baudard, qu’il est né vers 1756, vraisemblablement à Vrecourt (Vosges), et que, célibataire, il était employé dans la maison de madame de Nettancourt, à Choiseul, lorsqu’il est décédé dans le village le 6 novembre 1834. Il était l’oncle de Jean-Nicolas Détieux, garde forestier en retraite à Vrecourt (source : état civil de la commune de Choiseul).
Selon les Cahiers haut-marnais, Baudard, ancien régisseur du château de Choiseul, était attaché au directoire du district de Bourmont sous la Révolution, et le frère du curé Nicolas Baudard (né en 1749 à Vrécourt, fils de Nicolas et Thérèse Guinot), président de l’assemblée cantonale d’Huilliécourt (canton de Bourmont).

C’est d’abord à Brainville-sur-Meuse que Baudard a expérimenté sa machine. Le Comité de salut public, « sur le rapport de la Commission des armes et poudres, arrête qu’il sera mis à la disposition du district de Bourmont 25 livres de poudre, qui sera employée à éprouver la batterie établie par le citoyen Baudart (sic) dans la commune de Brainville pour détruire les loups et autres animaux dangereux. » Le même Comité a d’ailleurs offert à Baudard une « indemnité » de 4 000 F « pour l’invention d’une machine à détruire les loups ».

Signalons que de 1791 à 1804, ce sont 1 781 loups qui ont perdu la vie en Haute-Marne. Parmi les redoutables chasseurs de loups de ce département, l’Histoire a conservé la trace de Michel, industriel à Ecot-la-Combe.