Le premier numéro de « Mémoires de Haute-Marne », paru en 2010, a été en partie consacré aux combats livrés par le 242e régiment d'infanterie en 1940. Commandé par le colonel Victor Bouchon, ce corps avait été mis sur pied à Langres à la mobilisation, en particulier avec des réservistes de la Haute-Marne et de la Haute-Saône. Au moins huit de ses officiers étaient d'ailleurs domiciliés dans notre département.
En juin 1940, le 242e RI défendait le Rhin dans le secteur de Marckolsheim et s'est retrouvé en première ligne lors du passage du fleuve, de vive force, par les Allemands, le 15 juin 1940. Les combats se sont ensuite déroulés dans les Vosges, et nous avons publié, à ce sujet, le témoignage inédit d'un prêtre chaumontais, le sergent Heydet, qui s'est battu à Xonrupt, près de Gerardmer. Le 21 juin, le lieutenant Massotte trouvait la mort lors des ultimes combats dans la cité geromoise. Capturé en grande partie, le 242 cessait d'exister.
Parmi les hommes du régiment tombés lors de ces opérations, citons une douzaine de Haut-Marnais :
Bourdeaux Pierre, né en 1912 à Perrancey, 7e compagnie, le 22 juin dans le Haut-Rhin.
Bourlier Fernand, né en 1910 à Corgirnon, le 23 juin à Sélestat des suites de blessures.
Chevalier Henri, né en 1910 à Bourbonne, le 19 juin à Sainte-Marie-aux-Mines.
Grandjean René, né en 1906 à Biesles, le 22 juin à Gerardmer.
Knerr Emile, né en 1908 à Bannes, tué le 18 juin à Liepvre.
Massotte Adrien, lieutenant, né en 1893 à Torcenay, tué le 21 juin à Xonrupt-Longemer.
Massotte Roland, né en 1915 à Chalindrey, tué le 16 juin à Richtolsheim.
Molard Roger, né en 1908 à Vandrecourt (sic), le 17 juillet à Kientzheim.
Rolland James, né en 1906 à Biernes, le 27 juin à Marrkich.
Sirault Jean, lieutenant, né à Brienne-le-Château en 1909, de Saint-Dizier, le 21 juin à Saulcy-sur-Meurthe.
Thominot André, né en 1909 à Frécourt, le 17 juin 1940 à Artzenheim des suites de blessures.
Vincent Emile, sergent, né en Moselle, prêtre à Saint-Dizier, tué à Xonrupt-Longemer.
Ont été faits prisonniers :
. le 21 juin, Charles Anzenberger (II/242), de Saint-Dizier, qui sera déporté à Dachau ; Marcel Guyot, chef de groupe dans la CA du III/242, capturé à Longemer ; Jean Hutinet (10e compagnie), de Maizières-sur-Amance ; l'adjudant Marcel Carlin (11e compagnie), de Saint-Dizier, à Xonrupt ; le sergent Max Dupuy (9e compagnie), de Saint-Dizier, à Xonrupt ;
. le 22 juin, Paul Bauduret, gendarme à Langres, capturé à Xonrupt, déporté à Dachau ;
. le 23 juin, André Collin, de Ceffonds, pris à Gerardmer...
. le caporal Louis Fricot (III/242), de Montier-en-Der, capturé dans « la perle des Vosges », etc.
Par ailleurs, nombre de Haut-Marnais du 242e RI, tombés aux mains des Allemands, décéderont dans des circonstances diverses en captivité :
Collin Pierre, né en 1906 à Montreuil-sur-Thonnance, en 1945 en Allemagne.
Didier Justin, né en 1903 à Sarrey, en 1941 en Allemagne.
Flagez Auguste, né en 1904 à Colombey-lès-Choiseul, en 1945 à Paris.
Fouilleret Pierre, né en 1910 à Chaumont, en 1944 en Allemagne.
Logerot Maurice, né en 1912 à Thivet, en 1941 en Allemagne.
Luzardy Marcel, né en 1904 à Saint-Dizier, en 1942 à Toul.
Maugras Charles, né en 1910 à Essey-les-Ponts, en 1941 à Lyon.
Moisson René, né en 1906 à Is-en-Bassigny, en 1942 en Allemagne.
Poinsenot Marius, né en 1910 à Fayl-Billot, en 1944 en Allemagne.
Salzard Adrien, né en 1906 à Laneuville-aux-Bois, en 1942 en Côte-d'Or.
Theveny Pierre, né en 1911 à Celles-en-Bassigny, en 1942 en Allemagne.
Tissier Pierre, né en 1908 à Chaumont, en 1943 en Allemagne.
Viard René, en Allemagne.
Les combats du 242e RI ont été évoqués à plusieurs reprises par l'historien troyen Roger Brugge, marié avec une Bragarde, journaliste à Chaumont et récemment décédé. Sa magistrale "Histoire de la Ligne Maginot" fait autorité.
Pages d'histoire de l'est de la France en général et de la Haute-Marne en particulier (ex-blog du club Mémoires 52).
dimanche 25 mars 2012
mercredi 22 février 2012
Parachutistes britanniques dans le canton de Chevillon

La nuit du samedi 12 au dimanche 13 août 1944 a été marquée par plusieurs parachutages au profit de la Résistance haut-marnaise : une opération a ainsi lieu entre Tronchoy et Rolampont, la réception et le transport des armes étant assurés par l'équipe d'André Guignard (« lieutenant Dédé »).
La même nuit, ce sont des parachutistes britanniques qui sautent en lisière du département, dans le cadre de l'opération « Rupert », exécutée par le G Squadron (major Rooney) du 2nd Special air service regiment. Il semble que le parachutage ait eu lieu vers la ferme de Berzillière, non loin de Giffaumont (Marne).
Les sticks des lieutenants Cameron (Peter ?) et Marsh sont réceptionnés par un officier opérant en Champagne depuis quelques jours, le lieutenant D.V. Laws, parachuté lui à Bailly-le-Franc. Si Laws part ensuite se fixer en forêt de Trois-Fontaines-l'Abbaye (Marne), Cameron va, de son côté, se porter du côté de Chevillon et de Morley, aux confins de la Haute-Marne et de la Meuse.
Là-bas, il pourra compter sur la coopération de Maxime Douard, d'Eurville, et de deux sergents établis à Sommeville, Maurice Jeanjean et Maurice Gautron, ce dernier possédant la particularité d'être né dans l'île de Jersey, et donc de parler parfaitement la langue de Shakespeare.
Le stick Cameron sera notamment engagé le 31 août 1944, lors de la libération du Nord-Haute-Marne par la 4th Armoured division, en affrontant un détachement ennemi à Fontaines-sur-Marne.
Cette photo (collection Club Mémoires 52), sur laquelle figure peut-être le lieutenant Cameron (à gauche), a été prise au moment de la libération d'Eurville. A noter que le stick aurait compté en son sein un Corse, Jean-Marc Canonici, originaire de Bonifacio.
jeudi 19 janvier 2012
15 septembre 1944 : deux Algériens meurent à Pressigny

Des zouaves de la 1ère DB à Fayl-Billot (collection CM 52).
Le 15 septembre 1944, alors que le département de la Haute-Marne est quasiment libéré, le capitaine Peix, de l'escadron hors rang du 5e régiment de chasseurs d'Afrique (RCA), rédige un rapport sur ce qu'il convient d'appeler « l'affaire de Pressigny ».
Pour situer ce combat dans son contexte, signalons qu'à partir du 12 septembre 1944, l'armée française du général de Lattre, débarquée en Provence, a fait son entrée dans le Sud du département. Si Langres a été libérée le lendemain , en grande partie par la 1ère division blindée, dont fait partie le 5e RCA, cette grande unité s'est employée, les 14 et 15, à nettoyer une poche de résistance allemande située à l'extrémité Sud-Est de la Haute-Marne, dans la région de Fayl-Billot. A Belmont, notamment, plus de 200 soldats allemands sont capturés. Ces deux jours de combat auront coûté à ce régiment de chars un tué (le maréchal des logis-chef Guy Dallé, né en 1919 à Tourcoing, tué le 14 septembre à Belmont d'une balle au cou) et trois blessés. Ne sont pas comptées dans ce bilan les victimes du combat de Pressigny, dont voici la teneur, selon le rapport du capitaine Peix.
Désireux de capturer deux soldats allemands signalés dans un bois par un habitant, le long de la route de Pressigny à Poinson-lès-Fayl (canton de Fayl-Billot), le capitaine Peix dirige sur les lieux deux patrouilles à pied. Mais le bois est en fait infesté de très nombreux soldats ennemis appuyés par des mitrailleuses. Le combat qui s'engage alors tourne au désavantage des chasseurs d'Afrique : la patrouille de l'adjudant-chef Constans est capturée, celle du lieutenant Tahar Soukehal subit de lourdes pertes.
De son côté, Peix parvient à capturer trois Allemands, qui informent l'état-major français de la présence de quelque 400 de leurs compatriotes dans le bois. Le nettoyage de celui-ci est alors décidé et confié à des tank-destroyers et à des FFI appartenant, peut-être, au 1er bataillon du Charolais, mis sur pied en Saône-et-Loire.
Pour les deux patrouilles, le bilan est lourd, puisque deux chasseurs ont été tués : le lieutenant Soukehal et le soldat Ziane (enterrés le 16 septembre à Pressigny), quatre prisonniers (dont l'adjudant-chef Constans) et deux blessés. A noter que quatre chasseurs capturés ont pu rapidement fausser compagnie à leurs geôliers.
Trois jours plus tard, le 5e RCA quittait la Haute-Marne pour opérer en Haute-Saône puis dans les Vosges.
Note : cet article est paru dans le numéro 35 de « Dossier 52 » (août-décembre 2003). En guise de complément, signalons que les deux militaires du 5e RCA tombés à Pressigny correspondent au lieutenant Tahar ben Ahmed Soukehal, né en 1910 à Penthièvre, et au chasseur Araibia Ziana, né en 1918 à Oular ouled Antare Boghari, tous deux morts le 15 septembre. Par ailleurs, selon le site "Mémoire des hommes“, le régiment déplore également la mort de Naod Negbil, né en 1915 à Ouled el Chouin, décédé ce même jour à Pressigny des suites de blessures. Le site indique encore que Said Laatit, de la 82e compagnie de transmission, est mort le 15 septembre 1944 à Fayl-Billot des suites de blessures, et que le chasseur Robert Dandieu, né en 1920 à Bordeaux, toujours du 5e RCA, a trouvé la mort le 18 septembre à Frettes... Hommage à ces libérateurs venus d'Afrique du Nord.
mercredi 28 décembre 2011
Hommes de sciences à l'honneur dans "Mémoires de Haute-Marne" n°3

Le numéro 3 de "Mémoires de Haute-Marne" vient de paraître. Il est essentiellement consacré à des hommes de sciences nés dans le département, et notamment dans l'arrondissement de Langres.
Au sommaire :
- Camille Flammarion et sa famille (par Jean Petit, vice-président du club Mémoires 52) ;
- Scientifiques du Pays langrois : Laurent, Violle, Desgrez, Delannoy, Walferdin (par Lionel Fontaine et Didier Desnouvaux) ;
- Un héros de la Campagne du Mexique : le général Théodore Galland, de Baissey ;
- Un Haut-Marnais, officier FFI à 71 ans : le commandant Recouvreur, d'Ageville ;
- De nouvelles précisions sur des pilotes haut-marnais de la Der des Der et de l'aviation civile ;
- L'hommage d'une Chaumontaise à son bisaïeul, Adulphe Toussaint, sculpteur de pierres (par Marie-Claude Simonnet).
Ce numéro est disponible au prix de 10 euros auprès du club Mémoires 52, 1 bis, rue Dutailly, 52000 Chaumont.
1870 : un vétéran de la Garde reprend les armes à 81 ans...
Dans le numéro 28 de « Dossier 52 », notre président-fondateur Jean-Marie Chirol reproduisait un article paru dans L'Illustration en 1935, intitulé « Glanes historiques », qui évoquait l'épisode du bris d'une assiette par Napoléon lors de son passage par Ceffonds, le 28 janvier 1814, mais aussi l'incroyable histoire d'un vétéran de la Grande Armée ayant repris les armes en 1870.
Il s'agit d'un nommé Bourgeois, de Noidant-le-Rocheux (canton de Langres), grand-oncle du Dr Bonnet, de Nogent. Voici ce que le médecin raconte dans cet article : « Il y eut une escarmouche aux abords du fort de La Bonnelle, à 6 km au sud de Langres, tout près de Noidant-le-Rocheux. Au bruit du canon et de la fusillade, l'oncle Bourgeois accourut sur le terrain du combat, où il ramassa un fusil abandonné. Il avait 84 ans ! Avançant toujours, il arriva devant les Prussiens, qui firent prisonnier l'octogénaire et le conduisirent à leur chef, un commandant, qui parlait fort bien notre langue. Quand le feu eut cessé, cet officier lut avec solennité au vieillard une décision du commandement ennemi ordonnant que l'on fusillât sur le champ tout civil surpris les armes à la main. Il ajouta qu'en raison de l'âge du prisonnier la reddition de son arme serait simplement exigée et qu'on lui laisserait la vie et même la liberté. « Je ne puis rendre les armes, répondit le vieillard. Je suis de la Garde impériale. Ce serait la première fois ». L'officier allemand interrogea alors mon grand-oncle sur l'Epopée en manifestant un respect pour ce témoin survivant. Il décida pour en finir : « Nous allons allumer un grand feu, vous y jetterez votre fusil, vous brûlerez votre arme et, de part et d'autre, l'honneur sera sauf. » Ainsi fut fait... »
Ce grand-oncle Bourgeois ne peut correspondre qu'à Nicolas Bourgeois, domicilié à Noidant-le-Rocheux lorsqu'il reçut la médaille de Sainte-Hélène. Il est précisé, dans le dossier relatif à cette distinction conservé par les Archives départementales (cote R 25), qu'il servit dans le Train d'artillerie de la Garde. Mort à Noidant, le 5 décembre 1885 (et non en 1882, comme il est précisé dans L'Illustration), à l'âge de 96 ans, il était né à Buzon (faubourg de Langres) le 17 mai 1789, fils de Gilles, cultivateur. Nicolas Bourgeois était veuf de Catherine Prodhon à son décès. Il l'avait épousée en 1816 à Noidant.
Il s'agit d'un nommé Bourgeois, de Noidant-le-Rocheux (canton de Langres), grand-oncle du Dr Bonnet, de Nogent. Voici ce que le médecin raconte dans cet article : « Il y eut une escarmouche aux abords du fort de La Bonnelle, à 6 km au sud de Langres, tout près de Noidant-le-Rocheux. Au bruit du canon et de la fusillade, l'oncle Bourgeois accourut sur le terrain du combat, où il ramassa un fusil abandonné. Il avait 84 ans ! Avançant toujours, il arriva devant les Prussiens, qui firent prisonnier l'octogénaire et le conduisirent à leur chef, un commandant, qui parlait fort bien notre langue. Quand le feu eut cessé, cet officier lut avec solennité au vieillard une décision du commandement ennemi ordonnant que l'on fusillât sur le champ tout civil surpris les armes à la main. Il ajouta qu'en raison de l'âge du prisonnier la reddition de son arme serait simplement exigée et qu'on lui laisserait la vie et même la liberté. « Je ne puis rendre les armes, répondit le vieillard. Je suis de la Garde impériale. Ce serait la première fois ». L'officier allemand interrogea alors mon grand-oncle sur l'Epopée en manifestant un respect pour ce témoin survivant. Il décida pour en finir : « Nous allons allumer un grand feu, vous y jetterez votre fusil, vous brûlerez votre arme et, de part et d'autre, l'honneur sera sauf. » Ainsi fut fait... »
Ce grand-oncle Bourgeois ne peut correspondre qu'à Nicolas Bourgeois, domicilié à Noidant-le-Rocheux lorsqu'il reçut la médaille de Sainte-Hélène. Il est précisé, dans le dossier relatif à cette distinction conservé par les Archives départementales (cote R 25), qu'il servit dans le Train d'artillerie de la Garde. Mort à Noidant, le 5 décembre 1885 (et non en 1882, comme il est précisé dans L'Illustration), à l'âge de 96 ans, il était né à Buzon (faubourg de Langres) le 17 mai 1789, fils de Gilles, cultivateur. Nicolas Bourgeois était veuf de Catherine Prodhon à son décès. Il l'avait épousée en 1816 à Noidant.
lundi 5 décembre 2011
Au revoir, "Pépé"

Fervent serviteur du sport amateur haut-marnais (il était le fondateur du club de volley-ball de l'ASPTT de Chaumont, devenu aujourd'hui CVB 52 HM, club de Pro B dont il était le président d'honneur et dont il assistait, jusqu'à récemment, à toutes les rencontres à domicile), pacifiste, libre penseur, président d'honneur de l'association des militants de gauche Ensemble, Robert Jeanmougin, qui a donné son nom, de son vivant, à un complexe sportif chaumontais, vient de nous quitter à l'âge de 93 ans.
Il fut membre bienfaiteur du club Mémoires 52, dont il appréciait tout à la fois nos publications et la personnalité de notre président fondateur Jean-Marie Chirol, dont il partageait nombre de convictions.
Nous entretenions nous-même, avec lui, des relations basées sur le respect et l'amitié, de par nos activités professionnelles et notre intérêt pour l'histoire des Haut-Marnais ayant servi au sein du 21e régiment d'infanterie coloniale en 1944-45.
Car si Robert Jeanmougin souhaitait davantage mettre en avant ses « états de services civils », comme il nous l'a jadis écrit, il n'en était pas moins un brillant combattant de la Seconde Guerre mondiale.
Né en 1918 à Amblans (Haute-Saône), Robert, alias « Pépé » Jeanmougin, fut d'abord un agent de l'administration postale avant de rejoindre volontairement, avant guerre, l'armée (au 9e zouaves à Alger). Réintégré aux PTT après la dissolution de l'armée d'armistice, en poste en Haute-Marne, domicilié en 1944 à Sarcicourt, il rejoignit le maquis Duguesclin, où il servit, comme sergent, au sein de la 3e compagnie du lieutenant Agniel. Après la libération de Chaumont, il estima qu'il n'en avait pas assez fait en s'enrôlant au bataillon de Chaumont (caserné au quartier Foch) puis au 21e RIC, d'abord au sein de la section de mortiers de 81 de la compagnie d'accompagnement du 1er bataillon, puis de la compagnie de commandement, en qualité d'adjoint à l'officier d'état civil.
« Ma triste mission, nous écrira-t-il en 1993, consistait à ramasser les restes des tués du 1er bataillon sur les divers champs de bataille, à collecter leurs effets personnels, à les faire placer dans un cercueil puis à les faire inhumer au cimetière militaire de Strasbourg ». De terribles souvenirs qui conduiront cet ancien militaire, promu sergent-chef en 1945, à devenir plus tard un pacifiste convaincu, partisan, notamment, de la réhabilitation des « mutins » de la Der des Der.
Dernier président de l'association des combattants républicains de la Haute-Marne (nous garderons en mémoire ce dimanche où, sur la place de la Concorde à Chaumont, à l'occasion d'une poignante Fête des drapeaux, il remit solennellement l'emblème de cette amicale qui venait d'être dissoute), Robert Jeanmougin ne manquait jamais la cérémonie d'hommage aux résistants chaumontais fusillés à La Vendue.
Robert Jeanmougin était, non par la taille, mais par sa simplicité, sa générosité, la force de ces convictions, un homme grand. Nous saluons ici sa mémoire et adressons nos sincères condoléances à sa famille.
La photo qui accompagne cet hommage provient de sa collection personnelle. Elle représente les hommes de la 3e compagnie du maquis Jérôme, cliché pris en septembre 1944. Le sergent Jeanmougin est à l'extrême-droite de cette photo, au troisième rang.
dimanche 27 novembre 2011
Le 1er Régiment de France en Haute-Marne

Mi-août 1944, un détachement du 1er RF lors d'une cérémonie à Champigny-lès-Langres. (Collection Hubert Gallion/CM 52).
Il y a sept ans, à l'occasion du 60e anniversaire de la Libération, plusieurs vétérans du 1er Régiment de France revenaient sur les lieux de leurs combats livrés en 1944, dans le Sud-Est haut-marnais. Une unité dont le rôle a peu à peu été oublié. Et pour cause. Avant de se rallier début septembre 1944 aux FFI de la Haute-Marne, ce corps était perçu par la Résistance pour ce qu'il était à l'origine : un régiment créé à l'initiative du maréchal Pétain, le seul toléré par l'armée d'occupation, quoi que le patriotisme de la majorité des hommes qui le composaient ne puisse aujourd'hui être mis en doute.
C'est le 28 mai 1944 que trois compagnies du 2e bataillon, placées sous les ordres du commandant Samuel Meyer, ont été dirigées sur l'ex-zone occupée pour assurer la surveillance de la ligne à haute tension Paris-Kembs, entre les régions de Troyes et de Belfort. Mis sur pied à l'été 1943, stationné dans l'Indre et le Cher, ce régiment équipé "à la française" était commandé par le colonel puis général Berlon.
En Champagne, les hommes du 1er RF sont rapidement en contact avec des résistants locaux. Une proximité qui décidera des éléments isolés à rejoindre les rangs de la Résistance. C'est ainsi que dans la nuit du 17 au 18 août 1944, 17 soldats cantonnés à Hûmes (près de Langres) faussent compagnie à leurs camarades, emportant avec eux deux mitrailleuses Hotchkiss. Le patriote André Roy, de Montigny-le-Roi, les conduira dans un bois, où ils formeront le noyau du maquis de Fresnoy. Trois sous-officiers du régiment, les sergents Marcel Chamalbide, Robert Greland et Albert Grisot, en commanderont plusieurs groupes.
De son côté, un Meusien de 21 ans, Gaston Dieu, rejoint les rangs du maquis Duguesclin (ou maquis Jérôme), au sein duquel il est blessé accidentellement le 11 septembre vers Juzennecourt.
D'autres éléments cantonnés dans l'Aube se joignent aux maquisards de ce département (lire à leur sujet l'excellent ouvrage de l'ancien journaliste chaumontais Roger Bruge, « 1944. Le temps des massacres »).
Reste qu'au-delà de ces ralliements isolés, ce n'est pas sans une certaine méfiance que les patriotes considèrent ces militaires français. En témoigne ce récit d'un officier jedburgh opérant dans la région d'Auberive, le capitaine Maurice Geminel (mission «Bunny»). Avec Paul Carteron, chef du maquis Max (Auberive), le jeune Meusien décide d'essayer «de convaincre le commandant du bataillon de passer dans la Résistance. Nous avons monté une expédition, une nuit, avec de nombreux camions, espérant revenir avec des sous-officiers et des soldats (à défaut d'officiers) volontaires pour nous rejoindre. Malheureusement, l'opération échoua, nous fûmes accueillis à l'entrée de la caserne (Note : le cantonnement de Hûmes, vraisemblablement) par des coups de feu tirés par le poste de garde, et nous fûmes obligés de rentrer à Auberive, ne voulant pas engager un combat avec de jeunes Français qui avaient dû recevoir des consignes très précises. » Toutefois, au moins un soldat du 1er RF, Albert Montlaur, rejoindra le maquis de Carteron.
Le passage des éléments du II/1er RF aux FFI interviendra officiellement le 3 septembre 1944. Les 248 hommes du sous-groupement B, alors cantonnés à Belmont (près de Fayl-Billot), se fixeront en forêt de Bussières-lès-Belmont, aux côtés des FFI du maquis Henry. La veille, Meyer avait notamment rencontré le major canadien Roy Farran, du 2nd SAS régiment (qui se rendait d'Auberive vers la forêt de Darney, dans les Vosges), qui ne cachera pas son plaisir de voir « à nouveau des soldats élégants (sic) et disciplinés ».
Voici donc ces militaires incorporés dans les FFI. « Une conversion du dernier moment, afin d'éviter d'être considérés comme traîtres », estimera le capitaine Stanguennec (« Pierre »), commandant la compagnie de gendarmerie de Langres, chef du maquis Henry (Bussières-lès-Belmont).
Reste que le 1er RF prendra sa part dans les combats de la Libération, et que ceux-ci lui coûteront six victimes :
. Pierre Bernard, 18 ans, né à Saint-Servan (Ille-et-Vilaine) ;
. Armand Dalloz, 21 ans, né dans l'Ain ;
. Raymond Jamet, de Vallon-en-Sully ;
. aspirant Michel Pasquet, 19 ans, né à Château-Chinon (Nièvre) ;
. Jean Perrotet, 23 ans, né dans le Vaucluse ;
. Waclav Wlazyk, né dans le Pas-de-Calais, tué à quatre jours de son 20e anniversaire.
Tous ont trouvé la mort le 11 septembre 1944, lors du combat de Belmont, face aux troupes allemandes, en se rendant au château de Saulles, afin d'assurer la protection du poste de secours qui y a été installé. Leur nom figure sur le monument dédié à la Résistance du Sud haut-marnais.
Voici ce que nous écrivions à ce sujet, en 2004, dans notre ouvrage « 1944 en Haute-Marne : l'album de la Libération » , à la date du 11 septembre 1944 : « Un détachement du II/1er RF se rendant au château de Saulles se heurte en début de matinée à un important convoi allemand stationné à l'entrée de Belmont. [...] Au cours du combat, deux civils (Louis Raillard et Louis Bourrier) et six soldats du II/1er RF, dont l'aspirant Michel Pasquet, sont tués, sept autres (dont plusieurs blessés) faits prisonniers. La 1ère compagnie du maquis de Bussières, venue en renfort, perd également six blessés. Le corps-franc intervient aussi contre le convoi à la sortie de Grenant (deux blessés). Ce convoi est mitraillé à 16 h 05 par quatre ou cinq P-47, pendant 45 minutes. Côté allemand, le bilan est lourd : 80 véhicules sont détruits, de même que des pièces d'artillerie. Le nombre des victimes est relativement important (le chiffre de 25 tués est avancé). » Toujours à la date du 11 septembre : « Trois jeunes infirmières volontaires de la Résistance, Micheline Morey, 22 ans, Geneviève Cornubert, 23 ans et Marie-Louise Bailly, 22 ans, sont arrivées au château de Saulles la veille. Ce 11 septembre au soir, il y a également au château un blessé et quatre FFI. Vers 22 h, des Allemands font irruption. Trois FFI s'enfuient, le quatrième et le blessé sont abattus (Charles Lemmer et Roger Simonet). Les interrogatoires et tortures des trois infirmières commencent. Tôt, le lendemain matin, les Allemands amènent au château le gardien qui est interrogé et brutalisé. Le 13, vers 3 h, il parvient à s'évader mais ne sait ce que sont devenues les infirmières. Leurs corps mutilés seront retrouvés sous un tas de détritus... »
Après la Libération, les hommes du 1er RF iront rejoindre les casernes chaumontaises. Il se murmurait alors qu'ils devaient encadrer les unités mises sur pied dans le département pour poursuivre la lutte. Mais des frictions éclateront avec les FFI, si bien que les militaires quitteront rapidement le département.
En guise de complément : parmi les cadres et hommes du régiment ayant servi en Haute-Marne, citons également les lieutenants Bertrand d'Arras, Philémon Raissiguier et Armand Triquet ; l'adjudant Charles Ponti ; les caporaux Pascal Leone et Paul Thomassin, les soldats Jean Garchery, Marcel Davoult, Louis Roux, André Begel et Jean Ferré, tous capturés (et pour certains blessés) lors du combat de Belmont. Ces informations inédites ont été apportées dans un dossier relatif aux FFI de Haute-Marne et conservé par le Service historique de la Défense (merci à Yves Martin).
Sources : « Résistance, répression, libération en Haute-Marne », Lionel Fontaine, André Grossetête, Marie-Claude Simonnet, éditions Dominique Guéniot, 2007 (épuisé) ; Dossier 52 n°37 (sommaire : « Soixante après : le parachutiste de Brethenay identifié ; Il avait couvert le Jour J... ; 27 août 1944 tragique à Marac et à Villiers-sur-Suize ; 30 août 1944 : les otages de Marnaval ; Un Haut-Marnais parmi les déportés de Grandrupt ; Le 1er Régiment de France dans les combats de la Libération ».
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