vendredi 25 octobre 2019

A l'assaut du Faux-Miroir, 10 septembre 1914



Le combat du Faux-Miroir est un des événements de la bataille de la Marne à l'extrême-droite du dispositif français. C'est le 10 septembre 1914 que l'attaque est déclenchée.


Le Faux-Miroir, c'est un bois, un château (propriété de Charles Freund-Deschamps, maire de L'Isle-en-Rigault), une ferme situés dans un secteur limité, au nord, par le canal de la Marne au Rhin (qui borde Revigny-sur-Ornain), au sud, par la route reliant Contrisson à Vassincourt (puis Bar-le-Duc).



La 30e division d'infanterie (général Colle) – avec le soutien de la 29e du général haut-marnais Carbillet - est chargée de cette conquête, à l'aube du 10 septembre 1914. Sa 60e brigade (général Morgain) attaquera en direction de Contrisson et de la lisière Ouest du bois (le 2e bataillon du 40e régiment d'infanterie, notamment, en progressant le long de la lisière Est de la forêt de Trois-Fontaines), la 59e brigade (colonel Marillier) se portant sur le bois depuis le sud. L'action commence réellement à 6 h. A la brigade Marillier, le I/58e RI (commandant Jaubert) et le III/58e RI (commandant Delpeuch) doivent progresser en direction de la croupe Est de Mognéville et la corne Sud-est du bois, le bataillon Rey du 173e RI vers la cote 138.



Le Faux-Miroir est défendu par de l'artillerie et des mitrailleuses allemandes, notamment. Leur opposition est efficace. A 9 h 30, l'historique de la 30e DI évoque, au 58e RI, la difficulté de déboucher du «petit bois à l'est de Mognéville», tandis que le bataillon du 173e se heurte, au débouché des bois, aux Allemands qui sont sur la rive gauche de la Saulx. Le colonel Jaguin, chef de corps du 58e RI, est blessé à la tête par un éclat d'obus. ««C'est pour la France, continuez l'attaque !», dit-il, tandis qu'on l'emmène au poste de secours», précise l'historique du régiment. Le commandant Delpeuch lui succède, laissant son 3e bataillon au capitaine Masseille.



A midi, le I/61e RI, de la brigade Morgain, reçoit l'ordre de se joindre à deux bataillons du 55e RI (commandant Valdant) pour coopérer à l'attaque du bois, par le bois d'Andernay. A la même heure, un nouvel essai pour franchir le ruisseau de la Beuse est tenté, il échoue.

A 13 h 40, le lieutenant-colonel Capxir, commandant le 61e RI, signale à sa hiérarchie que l'artillerie ennemie, positionnée au nord et au nord-est d'Andernay, l'empêche d'avancer. Au 40e RI, la 7e compagnie du 2e bataillon parvient, à 16 h, à franchir la Saulx, mais ne peut progresser davantage, même renforcée par deux sections de la 6e compagnie.



Une nouvelle action est lancée à 17 h, avec l'appui de l'artillerie de la 29e DI (AD 29) qui tire sur la lisière Est du bois. Enfin, à 19 h, la 59e brigade borde le ruisseau de la Beuse, où un seul pont est en état de faire passer la troupe.





La reprise de l'offensive est programmée au 11 septembre 1914. Les AD 29 et 30 (où le capitaine de Barbeyrac, commandant de batterie au I/38e RAC, a été blessé) appuient l'action de la 59e brigade, dont le colonel Marillier, resté malade à Mognéville, a dû céder provisoirement le commandement au colonel Falque (AD 30). A 7 h 20, la Beuse est franchie, la lisière Sud du Faux-Miroir est atteinte. Le bois a été évacué. La 60e brigade apprend cette information à 8 h 30. «Une batterie allemande (est) abandonnée sur la crête», note le journal de l'AD 30. L'historique du 58e RI précise de son côté : «Le régiment pénètre dans le château du Faux-Miroir que les Allemands ont pillé et converti en ambulance. L'ennemi a abandonné sur la position, trois canons, une dizaine de caissons et des quantités de munitions. Dans la précipitation à s'enfuir, le 87e régiment de réserve allemand enterre son drapeau, dans le bois des Elus, où il fut retrouvé quelques mois plus tard».



Au même moment, des éléments des 55 et 40e RI (le II/40e a passé la nuit dans un bois à 1 200 m à l'ouest de Mognéville) entrent dans Andernay. Contrisson, Revigny, Vassincourt sont également pris. Les Allemands retraitent, la poursuite commence...



Sources : journaux de marche et d'opérations de la 30e DI, des 57e, 58e, 59e, 60e brigades,

des 40e, 55e, 58e, 61e RI ; historiques du 58e RI, du 38e RA (ministère de la Défense).

Illustrations : deux vues des combats du Faux-Miroir, parues dans l'ouvrage "En plein feu !".

mardi 24 septembre 2019

Patriotes joinvillois



Les trois volumes de l'oeuvre collective «Résistance en Haute-Marne» sont peu diserts sur les activités des résistants de Joinville. L'une des rares mentions concerne le démantèlement, le 18 janvier 1944, d'un petit groupe composé de François et Philippe Lamoureux, fils d'un boulanger joinvillois, de Pierre Demogeot et Roland Francq ainsi que de René Marterer, de Vecqueville. Tous cinq ont été déportés à Auschwitz puis Buchenwald puis Mauthausen, seul Philippe Lamoureux reviendra.



Aujourd'hui, des documents inédits nous permettent de mettre en lumière les activités de patriotes joinvillois méconnus. Dans un témoignage recueilli par Marcel Henriot, correspondant du Comité d'histoire de la Deuxième Guerre mondiale, le commandant Jules Gâtinois cite ainsi, parmi les résistants de la cité, Raffin, Tondeux, Lombard et «le fermier de Saint-Maurice» (Emile Bertrand), mais aussi Claudin (Osne-le-Val) et Riehl.


Né le 26 mars 1904 à Chaumont, commis principal du Trésor (il avait été nommé à la perception d'Eurville en 1925, puis à celle de Joinville deux ans plus tard), André-Gabriel Riehl avait été promu lieutenant de réserve pour prendre rang du 25 mars 1940. Il s'est investi dans la Résistance dès 1943. Voici qu'écrit Henri Hutinet, chef du secteur sud-est de Langres, à son sujet : «Suspecté par la Gestapo, il doit quitter Joinville et se réfugie à Chalindrey le 1er avril 1944 où il est nommé chef de secteur... Officier de réserve, (…), par ses connaissances, est un agent précieux au sein des organisations de résistance. A la tête de ses hommes, il prend le commandement de plusieurs batailles, entre autres l'attaque du château du Pailly le 9 septembre où est cantonné un état-major divisionnaire allemand et où sont faits 55 prisonniers dont des officiers supérieurs».



Entre autres activités, André Riehl avait fait homologuer un terrain de parachutage. Il est vrai que Joinville sera, avec Courcelles-sur-Aujon, un des principaux foyers actifs du Bureau des opérations aériennes (BOA) en Haute-Marne. Coordinateur national de ce service de la France libre, le commandant Michel Pichard se souviendra en effet des noms de plusieurs patriotes de la région de Joinville parmi ses agents.

En premier lieu René Legros. Né le 4 octobre 1903 à Nogent, il était l'époux d'une Joinvilloise, Jeanne, et c'est dans cette cité qu'est né son fils André, le 4 août 1925. Gantier chez Evrard avant-guerre, René Legros est qualifié de directeur d'usine lorsqu'il s'investit au sein du BOA comme «adjoint au chef de secteur».

Il aura la responsabilité de trois terrains : Cuisinier (ferme de Baudray, territoire d'Osne-le-Val), Bluet (ferme de Sossa, au-dessus de Joinville) et Formule (Blécourt). Sont cités, comme ayant pris part, à des degrés divers, aux activités du BOA dans la région : André Legros (le fils de René), mort pour la France le 2 septembre 1944 à Brethenay, Roger Blandin, de Thonnance-lès-Joinville, blessé et fait prisonnier à Brethenay, Antoine Mattéi, blessé au combat de Chancenay, Raymond Faveaux, James Collin, Georges Conroy et Robert Klein, agents des PTT, Georges Renard, responsable de Formule, Jean-Baptiste Darthe, responsable de Bluet, Clovis Lagrange, attaché au terrain Cuisinier...

Plusieurs opérations aériennes sont mentionnées dans ce secteur : à Cuisinier (nuit du 31 août au 1er septembre, pour le parachutage de quatre agents français et d'armes, et nuit du 5 au 6 septembre 1944), à Bluet et Formule (dans la nuit du 5 au 6 septembre 1944).



Ces largages vont permettre d'armer, mais après la libération de la cité (31 août 1944), une unité FFI qui porte le nom de Bataillon (puis de Compagnie) de Joinville. Aux ordres du commandant Gâtinois, qui signe ses proclamations en qualité de «commandant du cercle militaire de Joinville», le bataillon se compose de deux compagnies. Il regroupe 25 sous-officiers et 227 hommes.



Jules-Auguste (dit Maurice) Gâtinois est né à Thonnance-lès-Joinville le 11 octobre 1888. Instituteur à Domrémy, il a pris part à la Première Guerre mondiale comme lieutenant puis capitaine d'infanterie. Titulaire de la Médaille interalliée, chevalier de la Légion d'honneur en 1928, il était propriétaire d'une petite usine de taillanderie à Thonnance et président d'une association d'anciens combattants qui comptait notamment, dans ses rangs, Lucien Febvay (mort suicidé à la prison du Val-Barisien à Chaumont, en 1944) et Oscar Becker.

La 1ère compagnie est aux ordres du lieutenant René Mazeron. Sa 2e section regroupe les volontaires de Vecqueville et Bussy. Elle est commandée par le sergent Pierre Legendre, instituteur à Vecqueville, né à Saint-Dizier en 1904, qui était sergent de réserve au 242e RI en 1939.

Le lieutenant Oscar Becker commande la 2e compagnie. En poste à Saint-Dizier comme moniteur d'éducation physique de la police, l'adjudant (puis adjudant-chef) François Harelle en commande une section, qui participe au nettoyage du secteur (Donjeux, Rimaucourt).

Autre officier de l'unité : le lieutenant Jean Larrieu, 38 ans. Alors chef d'exploitation forestière à la SA des usines Renault à Joinville, depuis le 1er septembre 1942, ce natif de Vertheuil (Gironde) était lieutenant de réserve du génie.



Parmi ses activités, le sergent Legendre note : «Nettoyage des bois du plateau de Sossa, du 2 au 4 septembre 1944. Capture, à l'aide d'un groupe de combat sous mon commandement, de 17 prisonniers allemands armés en collaboration avec une patrouille américaine».

La Compagnie de Joinville participe ensuite aux opérations de Chaumont, opérant notamment à Briaucourt et Brethenay, le 13 septembre 1944.

Le 29 septembre, une section de marche rejoindra Chaumont et le 21e bataillon de sécurité. On y retrouve l'aspirant Hubert Barbier, les adjudants-chefs
René Colson et Robert Vitry, l'adjudant Louis Claudin, les sergents Marcel Soulard, Pierre Didier et René Regnault. La plupart seront incorporés dans le 4e régiment de tirailleurs sénégalais à partir du 15 octobre 1944.



Illustration : André Riehl. (Collection familiale).


dimanche 4 août 2019

Le plus titré des Haut-Marnais aux Jeux olympiques




Louis Chaillot (1914-1998). Cliché paru dans Le Miroir des sports.


Bien qu'il soit le Haut-Marnais le plus titré aux Jeux olympiques (l'or et l'argent à Los Angeles, le bronze à Berlin), la vie de Louis Chaillot est bien méconnue. Il passe pourtant pour l'un des plus grands sprinters du cyclisme français. Grâce à des articles écrits par des journalistes sportifs de l'entre-deux-guerres, il est aujourd'hui possible d'en savoir plus sur ce Chaumontais.



Son père, Eugène-Alphonse Chaillot, était gantier à Chaumont. Il était l'époux d'Angèle-Marie-Madeleine Boarotti. La famille résidait au 72, rue de Neufchâteau lorsque naît Louis-Paul-Fernand, le 2 mars 1914.


Louis Chaillot a toujours eu le goût du sport. A l'âge de 10 ans, il pratique la gymnastique à Chaumont. Travaillant à l'imprimerie du Petit Haut-Marnais, il se lie d'amitié avec un haltérophile, Mathieu, et s'initie avec lui au vélo. En 1930, à seize ans, le jeune homme se lance dans la compétition, prenant part aux éliminatoires du Premier Pas Dunlop. L'année suivante, les Chaillot quittent Chaumont pour tenir un café à Paris, non loin du Vel d'Hiv. Forcément, la passion du vélo le titille un peu plus.


Le Chaumontais prend une licence au Voltaire Sportif, un club dédié à la piste. Sa progression est fulgurante : il remporte la Course de la médaille, avant d'être sélectionné olympique. En 1932, il décroche la médaille d'or en tandem (avec Maurice Perrin), et la médaille d'argent en vitesse (battu par un Hollandais). Le Miroir des sports titre : « Chaillot et Perrin, en tandem, nous valent notre seule victime en cyclisme ». Quatre ans plus tard, lors des fameux Jeux de Berlin (où son compatriote, le boxeur bragard Roger Michelot, est sacré champion olympique aux dépens d'un Allemand), il obtient le bronze.



Champion de France professionnel sprinter en 1937, Louis Chaillot se lance, sous l'Occupation, dans le demi-fond, et lors des premiers championnats de France professionnels organisés à la Libération, en septembre 1944, au Parc des princes (devant 25 000 personnes), il est sacré champion dans la catégorie stayer (le cycliste roule derrière une moto). En 1948, ce qui ne lui convient guère, il est sélectionné comme remplaçant pour le championnat du monde de demi-fond, bien qu'il s'agisse du « meilleur de nos stayers actuels, de l'avis de ses concurrents », selon le journal Combat. Le Chaumontais cesse de courir en professionnel en 1955, à l'âge de 41 ans.


Marié en 1936 à Paris, puis en 1970, Louis Chaillot est décédé à Aubenas en 1998. Il était le compatriote d'Edouard Persin, licencié à Chaumont, qui a pris part au 22e tour de France en 1928.

mardi 2 juillet 2019

Claude Quilliard (1916-1945), mort en déportation



Tout au long de l'Histoire contemporaine, il s'est toujours trouvé un membre de la famille Quilliard pour prendre les armes quand les circonstances l'exigeaient. Non seulement en France mais aussi aux Etats-Unis. En voici quelques exemples :
. un sieur Quilliard commande la garde nationale du canton de Châteauvillain, au début de la Révolution. C'est lui qui encourage son jardinier Jacques Fricasse à s'enrôler dans le 3e bataillon de volontaires nationaux de la Haute-Marne, en 1792.
. chef du bataillon du génie, Léon Quilliard, né à Aubepierre-sur-Aube en 1781, polytechnicien, est présumé mort à la bataille de Waterloo.
. né à Chaumont en 1785 (fils de Claude Quilliard, maître de forges à Clairvaux, et de Françoise-Sophie Froussard), cousin germain du précédent, Claude-Silvain Quilliard est d'abord employé au ministère de la Guerre puis s'installe en 1816 aux Etats-Unis. Marié à une Américaine d'origine hollandaise, il est le père de deux soldats nordistes : Charles Verplanck Quilliard et surtout Gulian Verplanck Quilliard, connu pour avoir arrêté en 1862 les occupants d'une maison de New York où un drapeau sudiste a été déployé.
. fils d'un sénateur de la Haute-Marne (Georges Quilliard, propriétaire à Villars-en-Azois), Jean-Claude-Augustin Quilliard, né à Paris en 1879, est officier au 21e RI de Langres lorsque débute la Première Guerre mondiale. Il la termine comme chef de bataillon du 3e bataillon de chasseurs à pied, grade obtenu à seulement 38 ans. Lieutenant-colonel au 152e régiment d'infanterie de Colmar, Jean Quilliard décède prématurément en 1931.
. né à Frampas en 1902, l'adjudant François Quilliard, alias «chef Jean», du Corps-franc Pommiès, meurt au combat le 16 juin 1944 dans les Pyrénées-Atlantiques.

Claude Quilliard, dont il est question ici, est le fils du lieutenant-colonel Jean Quilliard et de Lucie Madelin (soeur du célèbre historien et académicien). Il est né à Langres – où son père était lieutenant au moment de la déclaration de guerre - le 4 août 1916. Célibataire, cet agriculteur en congé de captivité est, sous l'Occupation, syndic de la Corporation paysanne de Villars-en-Azois. Résistant, il est arrêté une première fois le 29 janvier 1944, avec son frère Sylvain, directeur du centre forestier de Villars. Emprisonné à Troyes, relâché, il est investi dans le commandement du secteur Ouest de Chaumont des FFI, sous le pseudonyme de «lieutenant Monceau». Le 3 juillet 1944, il est de nouveau arrêté, avec Philippe Brocard, lui aussi de Villars-en-Azois. Officiellement, il lui est reproché du «braconnage avec arme». Mais son arrestation est plutôt reliée à celle, quelques jours plus tôt, du lieutenant américain René J. Guiraud (selon son radio Louis G. V. Hyde).
Emprisonné à Langres, conduit à la gare de Chaumont le 27 août puis à Belfort, Claude Quilliard est déporté le 29 août 1944 à Neuengamme où il a le matricule 43 953. Affecté au kommando de Wilhelmshaven, il est tué dans un bombardement allié le 7 avril 1945, à Lunebourg.

Médaillé de la Résistance le 17 mai 1946, il sera homologué à titre posthume au grade de sous-lieutenant des FFI, pour prendre rang du 9 juin 1944, par décision du 20 mars 1953.
Le secteur Est de Chaumont sera ensuite confié au lieutenant Roger Vidal, de Rennepont.

(Photo collection club Mémoires 52).

dimanche 9 juin 2019

Un officier de spahis : le lieutenant Jacques Labbé, tombé à Germisay




Jacques Labbé (1910-1940)
(Collection club Mémoires 52)

Durant les combats de juin 1940, au moins 20 officiers français ont trouvé la mort en Haute-Marne : quatre commandants, deux capitaines, quatorze lieutenants et sous-lieutenants. Parmi les quatre cavaliers morts pour la France durant ces opérations, figure le lieutenant de spahis Jacques Labbé. 


Cet "excellent officier", selon les mots de son ultime citation, est né à Paris le 5 mai 1910. Il est le fils de Marcel Labbé et de Marie Reclus.


Son père, né au Havre en 1870, décédé en 1939 quelques semaines après la déclaration de guerre, est professeur agrégé à la faculté de médecine de Paris, et membre de l'Académie nationale de médecine. Marié en 1906 à Paris, avec une parente du célèbre communard (et géographe) Elisée Reclus, il a servi comme médecin-major à Châlons-sur-Marne en 1914-18.


Jacques-Louis-Paul-Ernest Labbé ne suit pas la voie professionnelle paternelle. Il est élève à l'école d'agriculture de Grignon au moment d'obtenir son brevet de préparation militaire supérieure. Incorporable en octobre 1931, il sert comme maréchal des logis au centre de mobilisation de cavalerie n°7, lorsqu'il est promu sous-lieutenant de réserve de cavalerie le 4 juin 1935, à l'âge de 25 ans. Labbé est aussitôt mis à la disposition du commandant supérieur des troupes du Maroc.
Passé au 3e régiment de spahis marocains, le jeune Parisien est nommé lieutenant le 24 mai 1939. A la mobilisation, il sert au 4e escadron du 2e régiment de spahis marocains, prend part aux opérations de Belgique puis aux combats dans les Ardennes, en mai 1940. Cet escadron est commandé par le capitaine Jean Giraud, âgé de 38 ans, futur général.


Le lieutenant Labbé meurt pour la France le 16 juin 1940 à Germisay, lors d'un violent engagement déjà évoqué sur ce blog et qui fera 21 morts côté français. Il a été fait membre de la Légion d'honneur (son père l'était également) en 1942. Sa citation précisera : "Encerclé, le 16 juin 1940, dans le village de Germisay et attaqué par un grand nombre de chars ennemis, a résisté jusqu'à la dernière limite. A été mortellement blessé à son poste de combat, par rafale de mitrailleuse".


Le 29 octobre 1948, son corps, qui reposait dans le cimetière du village haut-marnais, est ramené à Orion (Pyrénées-Atlantique), où la famille possédait un château. Durant l'Occupation, son frère cadet Paul, étudiant à Paris, a été le parrain du réseau de résistance Orion. Il s'est engagé dans l'armée en Afrique du Nord et est mort en service commandé au Maroc en 1943. Un autre frère, Jean, servit dans la Marine. Il est connu comme écrivain.

Sources principales : "Les frères Labbé J. et P., morts pour la France, de Germisay à Orion", supplément à la lettre n°25 du club Mémoires 52 ; Journal officiel ; base Léonore.

vendredi 10 mai 2019

Les victimes du bombardement du 11 mai 1944 à Chaumont



(Les obsèques des victimes du bombardement du 11 mai 1944, trois jours plus tard. Collection Michel Mouton/Club Mémoires 52).

Le jeudi 11 mai 1944, vers 16 h 10, des B-24 Liberator de la 8th USA Air Force bombardent la ville de Chaumont pour détruire les installations ferroviaires (gare, dépôt) de la cité. C'est un échec. La population paie un très lourd tribut : 27 habitants tués ou mortellement blessés, une centaine blessés.
Soixante-quinze ans après cette tragédie, le club Mémoires 52 publie ici la liste des malheureuses victimes, parmi lesquelles quatre enfants de moins de 7 ans. Elle nous a été communiquée par M. Robert Cherpitel, qui a laissé un témoignage sur ce tragique bombardement :

BACK (Nicole), 5 ans, avenue Forgeot, née à Vesoul (Haute-Saône) (décédée le 12 mai 1944)
BOUCHER (Paul), 62 ans, rue Pierre-Curie, né à Brethenay
CHEVALIER (Roland), 37 ans, Chamarandes, né à Troyes (Aube)
CHIPAUX (Thérèse), épouse LAMBOLEY, rue des Ecoliers, 45 ans, née à Plancher-les-Mines (Haute-Saône)
CORTADO (Paquita), 1 an, rue des Jardiniers, née à Chaumont
CORTADO (Yvan), 3 ans, rue des Jardiniers, né à Chaumont
CULTRU (Marcelle), 30 ans, rue d'Alsace, née à Briaucourt
FROMOLTZ (Daniel), 36 ans, avenue de la République, né à Montsaon
HUMBLOT (Jacques), 7 ans, rue des Jardiniers, né à Chaumont
LACROIX (Marie), 69 ans, rue d'Alsace, née à Colombey-les-Deux-Eglises
LADRANGE (Pierre), 20 ans, rue Pierre-Haesler, né à Chaumont
MARCHAL (Jules), 67 ans, rue Mareschal, né à Lafauche
MARLOT (André), 58 ans, rue d'Alsace, né à Gondrexon (Meurthe-et-Moselle)
MARTIN-CLAUDE (Louise), 29 ans, rue Carrière-Roullot (aujourd'hui rue Lévy-Alphandéry), née à Paris
MISMER (Emma), 45 ans, rue Carrière-Roullot, née à Chaumont
MOQUET (Maurice), 50 ans, rue Ferrer, né à Chaumont
NOBLET (Céline) épouse JOLIVET, 51 ans, rue AndréTheuriet, née à Raismes (Nord)
PARISEL (Aristide), 77 ans, Choignes, né à Richebourg (décédé le 13 mai 1944)
PARISOT (Jules), 71 ans, né à Esnouveaux
PELLERIN (Pierre), 70 ans, Choignes, né à Choignes
RIBET (Etienne), 56 ans, rue Château-Paillot, né à Annonay (Ardèche)
SALAS (Isidore), 42 ans, Choignes, né au Portugal
TESTEVUIDE (Léon), 31 ans, rue de la Maladière, né à Chaumont (décédé le 22 mai 1944)
THIVET (Louis), 66 ans, rue André-Theuriet, né à Biesles
THOMAS (Victor), 64 ans, rue des Tennis, né à Chaumont
TRETOU (Constance) épouse CORTADO, 44 ans, rue des Jardiniers, née à Spoy (Aube)
VINCENT (Jeanne) épouse BOUCHER, 53 ans, rue Pierre-Curie, née à Darmannes.

jeudi 11 avril 2019

Henri Lefort (1894-1966), manouvrier devenu général, déporté

(Collection familiale/club Mémoires 52) 

 Fils de Félix Lefort et de Marie-Eugène Converti, Henri-Joseph Lefort voit le jour le 22 juillet 1894 à Rosoy-sur-Amance, entre Hortes et Chalindrey, dans le sud-est de la Haute-Marne. En 1906, la famille (le père, âgé de 51 ans, garde particulier de M. Lamarche, de Paris, la mère, Eugénie, et trois enfants) réside au «château inhabité» au lieu-dit Bois de Rosoy, dans la commune. 
Henri exerce la profession de manouvrier lorsqu'à l'âge de 20 ans, il est mobilisé, le 1er septembre 1914, au 59e régiment d'artillerie de campagne (RAC). Le début d'une carrière insoupçonnée dans l'armée.... qui le conduira jusqu'aux étoiles. D'abord canonnier conducteur, Lefort passe rapidement brigadier le 20 novembre 1914, puis maréchal des logis le 2 juin 1916. Qualifié, selon l'une de ses citations, de sous-officier «modèle de bravoure», le Haut-Marnais est blessé le 30 mars 1917 puis promu, à titre temporaire, sous-lieutenant, le 1er décembre 1917. Il a 23 ans. Passé aussitôt au 1er RAC, puis au 246e RAC en janvier 1918, enfin au 178e RAC en avril, Lefort devient sous-lieutenant à titre définitif le 12 mai 1918, et rejoint en juillet le 37e RAC. C'est en cette qualité qu'il fait son entrée dans l'ordre de la Légion d'honneur, pour prendre rang du 16 juin 1920. 
 La nouvelle arme aérienne l'attire, et en 1927, le lieutenant Lefort suit les cours de l'école pratique d'Avord. Puis il acquiert une première renommée, dans la presse, en remportant, comme observateur de l'équipage d'un avion Farman-Salmson, l'épreuve Military Zénith de bombardement en 1928. Capitaine le 21 juin de la même année, chef de bataillon le 15 septembre 1934, Lefort, membre depuis l'année précédente de l'état-major de l'armée de l'air, est en charge, en 1936, de l'instruction du 3e bureau, lorsqu'il est fait officier de la Légion d'honneur. Entre-temps, le Haut-Marnais a participé, du 16 mai au 15 juin 1935, à un stage au centre d'instruction du parachute de Touchino, près de Moscou (URSS), avec quatre autres officiers français. Dans son édition du 25 septembre 1935, le journal L'Humanité, qui loue «les exploits inouïs des parachutistes soviétiques», rapporte que «les capitaines Geille et Durieux, et le commandant Lefort ont fait un stage au centre de parachutisme soviétique. Les capitaines Geille et Durieux ont effectué chacun dix sauts, dont neuf en utilisant la commande d'extraction à main». A la suite de ce stage, naîtront, en 1937, les 601e et 602e groupes d'infanterie de l'air, qui sont les premières unités parachutistes de l'armée française. C'est à ce titre que le commandant Lefort est considéré comme l'un des pères du parachutisme militaire français. 

Promu lieutenant-colonel le 25 septembre 1937, Lefort, qui a commandé, à titre provisoire, la 38e escadre aérienne (1936), devient chef de cabinet du général Vuillemin, en 1939, puis est promu colonel par décret du 8 avril 1940. Il a 46 ans, et il prend le commandement du groupement de bombardement 6 (12e escadre), équipé d'appareils LEO 45. Sous l'Occupation, le colonel Lefort reste au service de l'Etat français mais s'implique dans la Résistance contre l'occupant. Promu général de brigade aérienne le 1er août 1943, il est considéré, au sein du Secrétariat général de la défense aérienne (SGDA), comme le bras droit du général Carayon, lorsqu'il est arrêté le 12 avril 1944, à Vichy, par la Milice. Interné, comme deux autres généraux (Carayon et Gastin), trois colonels et une quinzaine d'officiers au château des Brosses, à Bellerive-sur-Allier (Allier), interrogé par la Milice, il est remis le 4 mai à la Gestapo. Interné à Compiègne (6-19 mai 1944), le général Lefort est déporté le 19 mai, de Compiègne, comme personnalité-otage, à destination de Bad Godesberg, Kommando de Buchenwald. Puis il est transféré, le 8 mars 1945, au château d'Eisenberg, d'où il est libéré par les Russes. Entre-temps, par arrêté du 25 août 1944, le général Lefort s'est vu concéder, à compter du 15 août 1944, la distinction de commandeur de la Légion d'honneur. 
Epoux de Claire-Madeleine Ledieu (avec laquelle il s'est marié à Paris en 1921), domicilié dans la capitale, en 1949, le général Lefort décède le 1er mai 1966 à Meaux (Seine-et-Marne). Il repose dans le cimetière de son village natal de Rosoy. Son fils sera membre bienfaiteur du club Mémoires 52.

  SOURCES : Déportés et internés de Haute-Marne, club Mémoires 52 – Archives départementales de la Haute-Marne (état civil, matricules militaires) – Base Léonore (Légion d'honneur) – Site AFMD Allier.