mardi 11 septembre 2012

Brethenay : un mystère résolu

André Legros (1925-1944), FFI joinvillois tombé à Brethenay.

Samedi 2 septembre 1944, aux environs de 14 h, une Traction-avant est prise soudainement sous le feu allemand au creux de la N 67, entre Brethenay et Condes, à hauteur du pont sur le canal. Dans cet accrochage, un passager trouve la mort : André Legros, né en 1925 à Joinville, où il est domicilié et où il est FFI. Le chauffeur, Roger Blandin, de Thonnance-lès-Joinville, est blessé et capturé. Quant au troisième occupant de la voiture, il parvient à s'échapper. Alors adolescent, Claude Ambrazé, fils de l'ingénieur des Ponts et chaussées de Bologne, reçoit dans l'après-midi la visite d'un ami, Henri Thiébault. Ce dernier n'est pas seul. Il est accompagné « d'un jeune sous-lieutenant français, en uniforme de l'armée britannique. Il porte l'insigne des parachutistes sur la poche droite et le patch France à l'épaule. Quelques rubans de décoration ornent son blouson. Il est nu tête et est armé d'un colt, d'une dague para et d'une carabine M1 avec le chargeur engagé. Une trousse de pansements est accrochée à sa ceinture... » L'officier n'est autre que le passager de la Traction-avant. Selon les explications qu'il a donné, « après avoir sauté dans le ravin par-dessus la route, (il a) réussi à (s')échapper en rampant vers les buissons et à revenir en suivant le canal jusqu'à Riaucourt ». C'est là qu'il a rencontré, à la ferme Jourd'heuil, Henri Thiébault, qui l'a convoyé jusqu'à Bologne sur le porte-bagages de son vélo. L'ingénieur Pierre Ambrazé a confié alors à l'officier sa moto pour lui permettre de regagner Joinville. Véhicule qui lui sera rendu le soir-même par le sous-lieutenant, revenu à Bologne avec des FFI joinvillois et des soldats américains.

Lorsqu'il a apporté son témoignage, en 1993, Claude Ambrazé ignorait tout de l'identité et du destin de l'officier. En consultant une vieille coupure de presse, il a pu apprendre que le sous-lieutenant portait le pseudonyme de « Lenormand », qu'il s'appelait en réalité Debray ou De Bray, et qu'il a été parachuté à la ferme de Baudray, près d'Osne-le-Val la veille (donc le 1er septembre). Selon le journal Le Haut-Marnais républicain, c'est le général de brigade Edmund Sebrée, adjoint au commandant de la 35e division d'infanterie américaine, dont le groupement allait s'installer dans la région de Joinville à compter du 1er septembre, qui l'avait envoyé en mission. Le parachutiste « devait se rendre à Chaumont et à Courcelles-sur-Aujon pour se mettre en contact avec la Résistance du département », précisera Oscar Becker, lieutenant au bataillon FFI de Joinville, lors de l'inauguration du monument dédié au FFI Legros. Sur la foi de ces renseignements, il n'a pas été possible au club Mémoires 52 de retrouver la trace du sous-lieutenant Debray ou « Lenormand », notamment auprès d'amicales d'anciens de la France libre – pour l'anecdote, cette quête aura toutefois permis, au milieu des années 90, d'entrer en contact avec un autre officier français et la famille d'un second, tous deux parachutés en Haute-Marne, et dont le souvenir n'était jamais parvenu jusqu'aux historiens...

Finalement, le hasard, la persévérance auront permis, de fil en aiguille, grâce à la collaboration de plusieurs amateurs d'histoire et de généalogie (MM. Charbonnier, Larcher, Barbier de La Serre,) d'être mis sur la piste du plan Proust et, finalement, du fameux officier. Le plan Proust correspondait, en 1944, à un ensemble de missions initiées par les services spéciaux américains, l'Office Strategic Service (OSS). Elles consistaient à infiltrer ou à parachuter des agents de renseignements français derrière les lignes allemandes, dès le lancement du débarquement de Normandie. Or, quatre agents français ont été parachutés à Osne-le-Val, dans le cadre de ce plan. Parmi eux, un observateur répondant effectivement au pseudonyme de « Lenormand ». D'autres informations aimablement communiquées par Serge Larcher ont ensuite permis d'identifier précisément ces quatre agents. Surprise : le sous-lieutenant « Lenormand » ne s'appelait pas Debray mais Sabouret Garat de Nedde, 25 ans, et dont il s'avérera que la mère s'appelait... Lenormand. Un contact avec la famille de cet officier, hélas décédé en 1989, a permis d'identifier enfin, de façon formelle, en 2004, le passager de la Traction-avant. Quelques mots sur Bernard Sabouret Garat de Nedde : né en 1919, il avait été blessé et capturé le 18 juin 1940 au sein du 19e dragons, s'est évadé à deux reprises, a rejoint la zone libre, retrouvé l'arme de la cavalerie, puis est passé en Algérie en 1941. Officier, il s'est battu en Tunisie, porté volontaire pour les missions spéciales, a été breveté parachutiste à Ringway. Selon sa famille, le sous-lieutenant Sabouret Garat de Nedde, détaché auprès de la 82e division aéroportée américaine, a été parachuté le 6 juin 1944 à Sainte-Mère-Eglise, puis dans la région de Cherbourg. Blessé, évacué en Angleterre pour être hospitalisé, il a rejoint l'état-major du 12e corps de la 3e armée américaine, et c'est à ce titre qu'il a été parachuté à Osne-le-Val, le 30 ou le 31 août 1944 selon les sources. Observateur de la mission «Bébé », « Lenormand » faisait équipe avec Georges Brana. Une autre mission (« Chat ») a été parachutée le même jour et au même endroit : elle était formée du sous-lieutenant Raymond Marmande (observateur) et de Michel Faivre (radio). Nous ignorons le destin de ces trois hommes. C'est après avoir traversé sans incident – précision étonnante, car le village de Brethenay, à 5 km de Chaumont, sera défendu par les Allemands jusqu'au 12 septembre – que le véhicule transportant « Lenormand », Legros et Blandin est tombé dans l'embuscade devant le pont-canal, bordé d'un petit bois. Soucieux de ne pas tomber aux mains de l'ennemi, le sous-lieutenant s'est échappé. « Nous sommes fichus, protégeons sa retraite », aurait dit André Legros avant d'être tué. Grièvement blessé, Roger Blandin « dut son salut à un officier allemand qui, passant, l'emmena à Chaumont pour l'interroger et où il le fit soigner » (lieutenant Becker). C'est à la maternité de Chaumont que ce chauffeur a été hospitalisé, et c'est le 12 septembre qu'il a pu quitter la ville pour rejoindre, à moto, son village. Quant à Bernard Sabouret Garat de Nedde, ultime précision le concernant pour le moins étonnante : c'est fortuitement que nous avons appris que, par sa belle-famille, il avait des attaches avec la Haute-Marne, du côté de Juzennecourt...

vendredi 24 août 2012

Jean-Baptiste Barmoy, un Haut-Marnais blessé à Gettysburg

Cet été, le 150e anniversaire de Gettysburg, la plus fameuse bataille de la Guerre de sécession, a été célébré aux Etats-Unis. Pourquoi en parlons nous ici ? Parce qu'il semble que plusieurs Haut-Marnais y ont pris part. Au moins un, avec certitude. Il s'appelle Jean-Baptiste Barmoy. Il naît le 4 septembre 1819 à Broncourt, dans le canton de Fayl-Billot, où son père Jean-Baptiste exerce la profession de tisserand. Deuxième d'une famille de six enfants, dont deux décédés en bas âge, Jean-Baptiste suit sa famille (son père, sa mère Marguerite Larget, ses frères et sœur Didier, Claude et Anne) lorsqu'elle décide d'émigrer vers les Etats-Unis. La demande de passeport auprès de la préfecture de Haute-Marne est faite le 12 mars 1834, et c'est sans doute dès cette année que les Barmoy s'installent à Frenchville, en Pennsylvanie, parmi de nombreux compatriotes haut-marnais et des Haut-Saônois. Jean-Baptiste « junior », devenu John, toujours domicilié à Frenchville, a déjà 43 ans lorsqu'il s'enrôle comme soldat dans le 148th Pennsylvania volunteer regiment, company F. Il est blessé moins d'un an plus tard, le 2 juillet 1863, à Gettysburg, où le régiment déplore 27 tués, 93 blessés et cinq prisonniers ou disparus. Barmoy rejoint ensuite le corps des vétérans le 2 janvier 1865 et semble décèder en 1870. A noter qu'un de ses compatriotes, Pierre-Alfred Déchanet, né en 1839 à Marcilly-en-Bassigny, incorporé au 1st Minnesota volunteer regiment, s'est blessé accidentellement quelques semaines avant Gettysburg où le régiment a éprouvé de lourdes pertes. Sources principales : « Keskidees », Didier Desnouvaux et Lionel Fontaine, club Mémoires 52, 2011 ; « A history of the 148th Pennsylvania volunteers », 1904.

mardi 31 juillet 2012

Le colonel de Grouchy, chef des FFI haut-marnais

Emmanuel, Edmond, Marie de Grouchy naît le 20 septembre 1882 au château de La Ferrière-Duval (Calvados), fils de Georges de Grouchy, marquis, propriétaire, ancien capitaine d'état-major, et de Marie-Jeanne-Eugénie Lambrecht. Le nouveau-né est le petit-fils du général de division Alphonse de Grouchy, colonel de chasseurs à cheval à 24 ans, durant le Premier Empire, et donc l'arrière-petit-fils d'Emmanuel de Grouchy, maréchal d'Empire. 
Il embrasse la carrière militaire en s'enrôlant en 1901 au 67e régiment d'infanterie. Promu sergent deux ans plus tard, il intègre, comme élève officier, l'école militaire d'infanterie, en 1908. Sous-lieutenant le 1er octobre 1909, affecté au 28e bataillon de chasseurs à pied, lieutenant le 1er octobre 1911, Emmanuel de Grouchy est promu capitaine le 2 juillet 1915, et prend le commandement d'un bataillon du 129e régiment d'infanterie (un régiment normand) le 15 juin 1918. Il n'a que 35 ans. Chef de bataillon à titre temporaire le 2 septembre de la même année, il rejoint le 153e RI après l'armistice. Lui qui s'est battu en Alsace, sur l'Harmannvillerskopf, à Craonne, avait été blessé le 3 novembre 1914 par éclat à la jambe gauche. Chevalier de la Légion d'honneur depuis le 20 février 1915, officier le 2 octobre 1920, il sera élevé au grade de commandeur, le 31 décembre 1939, en qualité de colonel du 239e régiment d'infanterie, puis à la dignité de grand officier en 1949. 
Emmanuel de Grouchy se retire dès 1940 au château de Saint-Michel, dans le canton de Longeau. Selon le baron de l'Horme, il a hérité de cette propriété de Thérèse Thomas de Canouville, morte en 1939, veuve de son oncle Lambrecht. Contacté par les patriotes pour prendre la responsabilité de la Résistance dans le Sud de la Haute-Marne, ce membre de l'ORA (Organisation de Résistance de l'armée) sera, sous le pseudonyme de colonel « Michel », le commandant départemental des Forces françaises de l'intérieur. Il décède à Saint-Michel, village dont il était maire, le 2 juin 1950. Il était l'époux de Jeanne-Elisabeth-Marie de Montaudouin, dont il eut deux enfants, parmi lesquels Hervé, capitaine. 
Source principale : dossier de membre de la Légion d'honneur d'Emmanuel de Grouchy.

vendredi 6 juillet 2012

Un "hommage" qui nous va droit au coeur

Un nouvel ouvrage vient enrichir, cet été, l'historiographie haut-marnaise. Le club Mémoires 52 ne peut que s'en réjouir : il est consacré à la Résistance dans le département, sujet cher entre tous pour trois de nos membres qui ont rédigé, voici cinq ans, « Résistance, répression, libération en Haute-Marne », paru aux éditions Dominique Guéniot. Cette œuvre avait rapidement connu son succès puisqu'elle a été épuisée un an et demi après sa parution. Preuve que le thème intéresse nos contemporains. Rien d'incongru, donc, à ce que soit proposée, en 2012, une troisième édition du « Livre d'or de la Résistance haut-marnaise », écrit en 1946 par Louis Hutinet. Le titre a beau avoir été légèrement modifié (on ne parle plus de Résistance haut-marnaise mais de Résistance dans la Haute-Marne, nuance), la couverture changée (elle n'est plus or, mais à dominante bleue) : le texte est le même. A une différence près : il est agrémenté d'une évocation méritée de l'action de René Pajot. Voilà qui a attisé notre curiosité. Tiens, tiens... Même retravaillé, l'article en question ressemble furieusement – doux euphémisme ! – à celui, inédit, que le club Mémoires 52 a consacré à cet acteur majeur de la Résistance haut-marnaise et qui a été mis en ligne sur son blog... Légèreté impardonnable : l'association n'a pas songé, un seul instant, à assortir cet article d'un copyright et d'une mention « droits de reproduction interdits sauf autorisation des auteurs » qui eussent été de bon aloi... Mais voyons la chose du bon côté : par l'« oubli » de nous créditer de la paternité des informations contenues dans cet article, « oubli » non intentionnel n'en doutons pas, la maison d'édition en question, qui propose à 32 euros (210 F) une troisième version d'une brochure ancienne de 66 ans, rend hommage, involontairement, au sérieux du travail de recherches mené par le club Mémoires 52 depuis 20 ans. Car par pudeur, sans doute, ce genre de coups de chapeau est délivré, ici, en Haute-Marne, avec parcimonie... Le président, Lionel Fontaine

vendredi 25 mai 2012

Un Chaumontais héros du peuple polonais

Léon Junck, dit Junck de Blankenheim (1837-1863). Portrait paru dans “Le monde illustré". Chaumontais de naissance, fils d'un militaire d'origine prussienne, officier français, colonel et héros du peuple polonais à 25 ans. Ainsi peut se résumer, en quelques lignes, l'étonnante et courte destinée de Léon Junck, connu en Pologne sous le nom de Junck de Blankenheim. C'est le 13 décembre 1837 que le jeune homme voit le jour dans le chef-lieu haut-marnais. Son père, Charles-Mathieu Junck, y occupe alors la fonction d'adjoint de première classe à l'intendance militaire. Il était né à Trêves, en 1791. Ce Prussien était devenu lieutenant en 1813, servait au 3e bataillon de la Légion de la Côte-d'Or lorsqu'il a été naturalisé Français en 1818. Cinq ans plus tard, il était fait chevalier de l'ordre de Saint-Ferdinand d'Espagne (après avoir pris part comme lieutenant d'état-major à l'expédition de 1823),, avant d'effectuer une carrière dans l'intendance. Epoux de Camille-Léocadie Audry, il sera en poste à Chaumont au moins jusqu'en 1844. On peut donc penser que Léon Junck, dont la déclaration de naissance s'est faite notamment en présence du chef de bataillon du génie Jean-Elie Hérault, a passé plusieurs années de son enfance en Haute-Marne. Officier de la Légion d'honneur en 1849, chevalier de Saint-Louis, domicilié à Auxerre en 1872, son père décèdera en 1877. En 1850 (il a 13 ans), le jeune Chaumontais obtient une demi-bourse nationale du département des Bouches-de-Rhône pour poursuivre ses études. Selon le journal L'Illustration – fondé par un Haut-Marnais, Paulin, rappelons-le – Léon Junck intègre l'école spéciale militaire de Saint-Cyr le 12 janvier 1855 et en sort le 1er octobre 1856 comme sous-lieutenant au 88e de ligne. Avec ce corps, il sert en Italie en 1859, même s'il ne se bat ni à Magenta, ni à Solferino. Il passe ensuite au 92e de ligne caserné à Valenciennes. Le 3 avril 1863, Junck démissionne de ce corps. Remplacé par l'adjudant Corta, il décide, depuis Bordeaux, très rapidement, d'aller rejoindre les rangs de l'insurrection polonaise. Mis à la tête de partisans dans le palatinat de Kaliab, il entre en Pologne le 24 avril, obtient le commandement de près de 1 000 hommes. Le 27 avril, il se lance à l'assaut des Russes, leur enlevant deux villages. Promu colonel par le comité polonais, placé, selon certaines sources, à la tête de 3 000 Polonais, il prend part à la bataille d'Osowio – dite aussi de Brdow -, le 29 avril (veille de la bataille de Camerone au Mexique). Elle lui sera fatale : atteint de sept coups de feu, de 20 coups de baïonnette, les mains hachées à coups de sabre (selon L'Illustration, il a été mutilé par les Russes après sa capture), il meurt en héros. Un service funéraire sera célébré, le 9 mai 1863 à Bordeaux, en mémoire du colonel Junck de Blankenheim (nous ignorons le motif qui justifie cette appellation nobiliaire). Henri Leriche consacrera rapidement au Chaumontais un hommage imprimé qu'il a dédié au prince Napoléon. Aujourd'hui, à la veille du 150e anniversaire de la bataille de Brdow, un historien polonais, Dariusz Matysiak, s'intéresse à ce Haut-Marnais qui, comme ses compatriotes Demange, devenu général portugais, du Breuil de Saint-Germain, combattant aux côtés des Boers, ou Vanney, sergent dans l'armée nordiste, ont choisi de servir dans des armées étrangères.

lundi 30 avril 2012

13 juillet 1944 : deux Lancaster s'écrasent dans le Sud-Ouest haut-marnais

Dans la nuit du 12 au 13 juillet 1944, la RAF bombardait le dépôt SNCF de Culmont-Chalindrey. La mission concernait 378 appareils qui se sont également attaqués au dépôt de Tours et à la gare de Revigny-sur-Ornain (Meuse). Jean-Marie Chirol, dans « Dossier 52 » n°1, écrira : « L'emplacement du dépôt, complètement bouleversé, était devenu méconnaissable. Tout y était anéanti : rails, aiguillages, voies de garage, bâtiment... Les bâtiments avaient creusé d'énormes entonnoirs, de 25 m de profondeur parfois... Quarante-deux machines étaient devenues plus ou moins inutilisables. Le viaduc de Torcenay était fortement endommagé... On crut tout d'abord qu'aucune vic
time n'était à déplorer, à l'exception d'un blessé grave qui devait décéder à son arrivée à l'hôpital de Langres. Or, lorsque les travaux de déblaiement, contrariés par les explosions des bombes à retardement, furent entrepris, on découvrit cinq cadavres sous les décombres, ceux de deux cheminots, d'une femme avec son enfant et d'une personne âgée qui ne put être identifiée. Quinze cents bombes avaient été jetées sur le dépôt, et on évalua approximativement à 800 le nombre de sinistrés... » Deux Lancaster s'écrasent en Haute-Marne, lors de cette mission. Le LM 638, du Squadron 44, tombe dans la forêt de Montavoir, territoire d'Auberive. Les sept membres de l'équipage parviennent à sauter : 
. le pilote, le lieutenant R. S. Arnold, le bombardier, le sergent L. H. Brooks, le mitrailleur, le sergent A. W. Lamb, et le navigateur, le sergent L. Wharton, auraient rejoint le maquis de Recey-sur-Ource (Côte-d'Or). 
. le mitrailleur, le sergent J. Bray, est recueilli par Jean Rouot, de Châteauvillain, puis dirigé sur l'Aube. 
. le radio, le sergent Kenneth William Green, est caché pendant une dizaine de jours à la ferme d'Erelles, chez Robert Gautherot, puis conduit ensuite à Orbigny-au-Mont, où il est pris en charge par René Henry. En compagnie d'un rescapé du Lancaster abattu à Giey-sur-Aujon, Keeler Peter Hammerton, le sergent Green tente de passer en Suisse. Ils sont tous deux arrêtés par une patrouille allemande, emprisonnés à Besançon et transférés en Allemagne. 
. Nous ignorons le destin du mécanicien, le sergent R. G. Royle. 
 Le LM 221, du Squadron 9, s'écrase vers 2 h dans la forêt d'Arc-en-Barrois, au lieu-dit « La petite forêt », territoire de Cour-l'Evêque. Les sept membres de l'équipage sont tués : F. E. Shaw, J. P. Armstrong, A. F. Grieve, A. D. Tagget, W.A.M. Hallett, M. H. Payne et D.G.W. Brown. 

  Le document qui illustre ce message correspond à l'équipage tombé à Cour-l'Evêque.

mercredi 11 avril 2012

Des Haut-Marnais prennent part à la libération de Rambervillers

Page d'histoire méconnue que la participation de FFI haut-marnais à la libération de Rambervillers, dans les Vosges, à 80 km de Bourmont, fin septembre 1944.

Une page qui s'ouvre dans la nuit du 1er au 2 septembre 1944, par la réception d'un parachutage d'armes, au lieu-dit Fréhaut, à proximité de l'ancienne place forte lorraine de La Mothe. L'opération permet d'armer l'équivalent d'une compagnie de FFI en formation. C'est à elle qu'appartient le groupe de Soulaucourt-sur-Mouzon (village du canton de Bourmont), que commande Hubert Morlot, alias « Bébert ». Ce groupe relève du secteur D de la zone I, c'est à dire de l'organisation FFI des Vosges (Jean Catera est chef de secteur, le capitaine « Jean-Pierre », vraisemblablement André Rigot, commandant de compagnie).

Le groupe de Soulaucourt n'est pas le seul élément haut-marnais à dépendre de cette zone :
. le groupe de Goncourt appartient à la section dite de Bourmont (adjudant Gautier). Le 10 septembre, il quittera l'organisation lorraine pour rejoindre la compagnie du capitaine Henri Thomas, des FFI haut-marnais.
. le groupe Siroco (commandé par Auguste Rouot), dit camp « Zisa » ou « Z1SA » - sans doute pour secteur A de la zone I.
A noter que la compagnie dispose d'une section de mortiers servis par des prisonniers italiens évadés de Vittel (ils étaient neuf, dont un général !).

Le groupe de Soulaucourt – comme celui de Goncourt - participe, le 2 septembre 1944, à la première libération de Neufchâteau, puis doit se replier sur le château de Bourlemont en raison de l'arrivée d'une colonne allemande. Le 12, la compagnie revient occuper, définitivement, la cité néocastrienne, puis patrouille dans les bois de Liffol, Bazoilles-sur-Meuse, Harréville-les-Chanteurs.

Le 20 septembre, les FFI haut-marnais du groupe de Soulaucourt gagnent Vittel. Là, ils sont intégrés dans la 1ère compagnie du 1er bataillon des Vosges, qui se forme, durant ce mois, avec des FFI du Groupement 1 de ce département (secteurs de Neufchâteau, Liffol-le-Grand, Châtenois). Selon un historique du 26e RI, le bataillon a été constitué à partir du 5 septembre au camp de la Délivrance (près de Lamarche), a repris les traditions du 5e BCP le 22 septembre, avant d'aller cantonner dans la cité thermale.

Chef du groupement I, le commandant Grandjean (« René »), du mouvement CDLR, en prend la tête. Selon Jean Laurain (« Libération des Vosges. L'épopée du 6e corps américain »), ce bataillon était crédité de 600 hommes, répartis entre quatre compagnies encadrées par des officiers de réserve. La 1ère compagnie est aux ordres du capitaine « Jean-Pierre » et du lieutenant Thouvenin, instituteur à Sartres (ce futur général décédera à Doulaincourt). Chef du secteur de Vittel-Campagne, le lieutenant Roger Cunin ("Georges") en commande la compagnie hors rang. 

Le 1er bataillon des Vosges se porte d'abord sur Xertigny. Il doit participer à la libération d'Epinal, en vertu d'un accord passé entre un colonel américain et le commandant Perrin (« Etienne »), adjoint au commandant des FFI vosgiens, mais cette coopération ne peut avoir lieu. L'unité va alors accompagner la 45e division d'infanterie américaine du général Eagles lors des opérations de la libération de Rambervillers.

Voici ce qu'en dit le « rapport sur l'activité du groupe de résistance et des FFI de Soulaucourt-sur-Mouzon ».
Le 29 septembre 1944, « accrochage avec l'ennemi à l'orée du bois au nord-ouest de la ville de Rambervillers, à 11 h : quatre Allemands tués. Reconnaissance vers 15 h par une patrouille de quatre hommes en pointe avancée jusqu'aux faubourgs de la ville. Tirs d'artillerie ennemis pendant la nuit. Riposte des mortiers ». Le 30, « destruction des nids de mitrailleuses allemandes dès l'aube, principalement auprès du pont de la Mortagne ; attaque de Rambervillers à 10 h : Robert Gilbert a placé une passerelle sur la rivière et pénètre le premier dans la ville, suivi immédiatement de Walter Blumenstein et de tout le groupe ; nettoyage de la ville où la résistance ennemie est ferme... ; attaque de la caserne de Rambervillers occupée par 60 Allemands. Après quinze minutes de combat, l'ennemi se rend au groupe de quinze hommes commandés par le lieutenant Thouvenin qui a l'avantage. A 13 h 30, la ville est libérée entièrement par les FFI. Résultat : 186 ennemis prisonniers et 60 tués. Représailles ennemies : bombardement intense de la ville. A 15 h, le sergent R. Gilbert est blessé mortellement par un obus de 77 ». Il est ramené à Epinal.
Précisons que ce rapport passe totalement sous silence le rôle des troupes américaines dans la libération de Rambervillers.

Le 2 octobre, la 1ère compagnie est de retour à Epinal, et le groupe de Soulaucourt est démobilisé. Ce qui n'empêche pas la poursuite des opérations par le 1er bataillon des Vosges : du 4 au 11 octobre, il opère ainsi au bois de Sainte-Hélène. Le 5, le sergent Robert Hof, de la 2e compagnie, est mortellement blessé – des éléments du bataillon (section Bedel) opéraient alors avec les Américains du côté de Frémifontaine. Né à Epinal en 1923, le sous-officier décède le 10.

Le 10 décembre, le bataillon devient bataillon 21/20, cantonne à Remiremont puis à Epinal, avant de devenir, le 1er février 1945, 3e bataillon du 26e RI, sous les ordres du commandant Damance. Le capitaine Sarron commande la CB, le capitaine Thouvenin la 11e compagnie, le capitaine Mueth la 12e, le lieutenant Gayaud la 13e, le capitaine Groskopf (ex-chef du secteur de Mirecourt) la 14e, et le capitaine Scheider la 15e.