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| La plaque en hommage aux morts du II/1er RF, à Belmont. (Photo L. Fontaine). |
11 septembre 1944. 4 h du matin. La section du lieutenant Bertrand d'Arras, de la 1ère compagnie du 1er régiment de France, quitte la maison forestière où elle est cantonnée, en forêt de Bussières-lès-Belmont, pour rejoindre le château de Saulles. Sa mission : assurer la garde du poste de secours qui s'y met en place et qui doit accueillir un groupe chirurgical mobile parti de Paris, sous les ordres du docteur Pierre Delinotte.
Ces hommes sont des soldats français. Ils appartiennent au seul corps de l'armée de terre encore en activité après la dissolution de l'armée d'armistice. Sous les ordres du commandant Samuel Meyer, adjoint au chef du 2e bataillon, ils ont gagné, entre le 20 et le 28 mai 1944, le nord-est de la France, pour protéger la ligne électrique Paris-Kembs, dans l'Aube, en Haute-Saône, dans le Territoire-de-Belfort et en Haute-Marne (où ils sont cantonnés à Champigny-lès-Langres). A partir du 15 août 1944, Meyer a porté son PC à Hûmes, puis à Bussières-lès-Belmont, où ses trois compagnies ont été rassemblées à la date du 24 août 1944 (la 1ère compagnie a marché depuis la région de Troyes via Clairvaux et Blessonville).
Bien que Londres ait refusé le passage du 1er RF, fidèle au maréchal Pétain, à la Résistance, le détachement Meyer (sous-groupement 10) a rejoint, avec ses 248 hommes, les FFI de la Haute-Marne, le 2 septembre 1944. En liaison avec le maquis Henry (maquis de Bussières), il devient groupement Oscar et commence donc ses missions d'embuscades sur les axes du sud-est haut marnais...
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| Des soldats du 1er RF à Champigny-lès-Langres. (Photo Gallion/CM 52). |
11 septembre 1944. Vers 5 h, 5 h 30. La section d'Arras vient de la direction de Bussières. Elle descend sur Belmont. Soudain, une Peugeot 202 débouche, à environ 100 m du cimetière. Elle est interceptée. A l'intérieur : le major Teudesmann, qui est capturé. Il est à la tête d'une colonne qui se dirige vers la RN 19 (Langres – Fayl-Billot – Vesoul) et qui sera mitraillée par l'aviation alliée.
7 h 30. Les soldats français entrent dans Belmont. Après avoir franchi le pont, ils se postent près du monument aux morts. Puis ils reprennent leur marche sur Saulles. Soudain, des obus tombent sur le village. Les Allemands sont là. La lutte va être âpre, aussi le lieutenant d'Arras envoie-t-il un de ses sous-officiers, avec la Peugeot, alerter le commandant Meyer pour obtenir des renforts. En attendant, il va faire face...
7 h 45. La 1ère section (d'Arras) s'est repliée jusqu'à hauteur du cimetière de Belmont. De cet endroit, elle stoppe un camion puis une voiture.
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| Une vue du village de Belmont, depuis le cimetière. (Photo L. Fontaine). |
8 h 10. Informé du combat, le commandant Meyer donne ses ordres. Tandis que l'adjudant-chef Schoch, chef de la 2e section de la 1ère compagnie, a pris l'initiative de se porter au secours de son camarade, le chef du groupement Oscar ordonne notamment à l'aspirant Michel Pasquet, chef de section de la 2e compagnie, avec douze hommes, de se porter jusqu'à Belmont. Puis Meyer quitte la ferme Belvoir, où il a son PC, pour rejoindre un autre cimetière, celui de Bussières-lès-Belmont.
Vers 9 h. Venant de Belmont, une ambulance de la Croix-Rouge se présente devant la section d'Arras. En dépit des consignes, les soldats du 1er RF ouvrent le feu. Il s'avère que le véhicule, dont le conducteur et le passager avant sont touchés, transportait une mitrailleuse MG... N'ayant presque plus de munitions, le lieutenant d'Arras se replie à environ 300 mètres du cimetière. Il est bientôt rejoint par l'adjudant-chef Schoch. Tous deux vont se battre sur la route départementale 7 (Bussières - Belmont)...
Vers 10 h. L'aspirant Pasquet, venu avec deux fusils mitrailleurs, arrive à son tour près de la départementale 7. Il s'approche du cimetière lorsqu'il est pris sous le feu des Allemands qui y sont retranchés. « Maintenant c'est fini de reculer ! On se fait tuer sur place! », lance-t-il. On évaluera à deux compagnies l'effectif qui assaille le groupe Pasquet, lequel ne parviendra donc pas à rejoindre les sections Bertrand d'Arras et Albert Schoch.
C'est l'enfer pour le petit groupe. Jean Garchery est blessé, puis Marcel Davoult. Au milieu du bosquet où ses hommes se sont fixés, Pasquet est debout, donne ses ordres, encourage ses hommes. Un éclat d'obus le blesse une première fois. Jean Perrotet est tué alors qu'il se déplaçait en rampant, Armand Dalloz meurt en appelant sa mère, Raymond Jamet est victime d'une rafale, Jean Ferré blessé par une balle explosive. Le caporal-chef Pierre Bernard est également tué. A nouveau, Pasquet est touché par une rafale. Le corps de Waclaw Wlazyk sera retrouvé plus loin.
Vers 11 h 30. C'est fini. Le jeune chef de section – il n'a que 19 ans - a rendu son dernier soupir. Les survivants de son groupe sont faits prisonniers. Ils sont sept. Ces hommes ne sont pas nommés par B. Famin, mais il s'agit de Marcel Davoult, Jean Ferré et Jean Garchery, qui sont blessés, des caporaux Pascal Leone et Paul Thomassin, d'André Begel et Louis Roux. Ils sont conduits à Belmont.
Vers 14 h. Les prisonniers sont envoyés, par le major allemand qui les a interrogés, chercher le corps de leur chef.
Vers 16 h. La pression allemande cesse devant les sections d'Arras et Schoch qui peuvent enfin se replier. Peu après, sur demande de la mission jedburgh Stanley, quatre ou cinq avions de chasse P-47 – de l'armée de l'air américaine, semble-t-il – apparaissent et mitraillent la colonne allemande. Elle déplorera des dizaines de tués.
Vers 18 h. Protégés d'une exécution par leur qualité de soldats "réguliers", les prisonniers du 1er RF sont emmenés à pied en direction de l'Est, via Genevrières, Combeaufontaine, Jussey, pour prendre ensuite la direction de Vittel puis de l'Allemagne. Seul Davoult sera libéré, en cours de route, par les Américains.
A noter qu'au cours de cette journée mémorable, deux civils de Belmont ont été tués, que les FFI du maquis de Bussières ont été engagés, perdant huit blessés, ainsi que d'autres éléments du 1er RF. Enfin, dans la nuit, interviendra le massacre de trois infirmières et deux FFI au château de Saulles, que le lieutenant d'Arras partait protéger lorsqu'il s'est heurté au convoi allemand à Belmont. L'aspirant Michel Pasquet recevra la médaille militaire à titre posthume, décernée par le général de Gaulle. Son nom et celui de ses cinq hommes figurent notamment sur le monument aux morts de Belmont.
Sources principales : Bernard Famin, «Premier régiment de France, 1943-1944. Itinéraire du 2e bataillon (détachement Meyer) d'avril à octobre 1944», 1995 ; dossier du groupement Oscar, Service historique de la Défense, à Vincennes


