Pages d'histoire de l'est de la France en général et de la Haute-Marne en particulier (ex-blog du club Mémoires 52).
jeudi 8 mai 2014
Employé bragard et partisan biélorusse
C'est en septembre 1939, en raison de la déclaration de guerre, qu'un cheminot lorrain en poste à la frontière allemande, François Sausy, s'établit avec sa famille à Saint-Dizier. Son fils Marcel, né à Sarreguemines en 1920, titulaire d'un bac de mathématiques élémentaires, trouve alors un travail dans la cité bragarde, le 2 janvier 1940 : il devient dessinateur industriel aux établissements Pigeat-et-Hazart. Gymnaste sous les couleurs de l'Association sportive Saint-Dizier-Marnaval (ASSM), ami de Robert Paquis et Paul Guichard, Marcel Sausy connaît alors le sort de milliers d'Alsaciens-Lorrains : il est incorporé de force dans l'armée allemande, mais déserte en octobre 1943, et rejoint les rangs des partisans soviétiques en Biélorussie. L'employé bragard partagera les rudes conditions de vie de ses camarades pendant huit mois, avant d'être fait prisonnier par les Allemands le 25 juin 1944, près de Minsk. Les troupes de l'Armée rouge le libéreront le 29 avril 1945 dans le kommando de travailleurs de Gützkow. Dix-sept ans plus tard, Marcel Sausy se verra remettre, des mains d'un représentant de l'ambassade soviétique à Paris, la médaille «Au partisan de la guerre patriotique» de première classe, qui lui avait été promise avant sa capture. Marcel Sausy est décédé à Courbevoie, en région parisienne, en 1988. Son extraordinaire destinée a été évoquée dans le numéro 23 (février-mars 2001) de «Dossier 52», la publication du club Mémoires 52.
samedi 15 février 2014
Dessoye, ministre il y a 100 ans
Jean Macé a donné son nom à plusieurs écoles de Haute-Marne, notamment à Saint-Dizier et Chaumont. Mais sait-on qu'il entretenait des liens particulièrement étroits avec ce département ?
Il est venu notamment à Breuvannes-en-Bassigny, en 1884, comme témoin de mariage de son ami Arthur Dessoye avec une demoiselle Renard. Breuvannes est en effet le village d'origine des Dessoye, qui y possédaient (avec la famille Painteindre) une manufacture de limes dont la qualité était signalée dès 1827.
Fils de Jean-Baptiste-Joseph, Sébastien-Adolphe Dessoye, né à Breuvannes en 1817, se mariera en 1853 avec Clarisse Voillemin, originaire de Bize, et s'établira à l'autre bout du département, comme percepteur, à Auberive, où naîtra un fils, Arthur, Charles, Sébastien, le 23 août 1854. Après avoir vécu à Chaumont, Arthur, à moins de 30 ans, s'établit à Brest, dans le Finistère, où il sera rédacteur en chef d'une publication, La Dépêche à Brest. Le Haut-Marnais se signalera comme l'auteur d'études sur Brest sous la Restauration, sur Jean Macé et la fondation de la Ligue de l'enseignement.
Futur sénateur, franc-maçon, Jean Macé (1815-1894) a en effet créé cette Ligue en 1866 (sous le Second Empire), alors qu'il était enseignant en Alsace. Deux Haut-Marnais de naissance sont devenus des figures de la Ligue : Camille Flammarion, de Montigny-le-Roi, président du Cercle parisien, et Dessoye, vice-président puis président (1906-1919).
Ami de Raymond Poincaré, Dessoye sera député radical de la Haute-Marne (1906), ministre de l'Instruction publique pendant quatre jours en juin 1914. Chevalier de la Légion d'honneur depuis 1896, il meurt le 30 avril 1927 à Breuvannes. Moins d'un siècle plus tard, un autre parlementaire haut-marnais, Luc Chatel, sera ministre de l'Education nationale.
mardi 10 décembre 2013
"1814 : Napoléon en Haute-Marne"
La nouvelle publication du club Mémoires 52 vient de paraître. "1814 : Napoléon en Haute-Marne",écrit par Lionel Fontaine, évoque, en 60 pages, les combats, souvent victorieux, parfois malheureux, livrés par l'armée napoléonienne dans le département : Longeau, Châtenay-Vaudin, Langres, Choignes, Saint-Dizier, Laferté-sur-Aube... Prix de vente : 12 euros, plus 3,15 euros de frais de port. Chèque à l'ordre du club Mémoires 52 à adresser à : club Mémoires 52, 1 bis rue Dutailly, 52000 Chaumont.
jeudi 7 novembre 2013
Héros de la Libération, ami du club : Maurice Geminel n'est plus
C'est une bien triste nouvelle que vient de nous annoncer sa famille. Le colonel Maurice Geminel s'en est allé paisiblement, lundi, à l'hôpital du Val-de-Grâce à Paris. Nous avons souvent eu l'occasion, ici, de brosser la carrière de ce héros de la Libération. Né à Beauzée (Meuse) en 1920, ce Saint-Cyrien avait été blessé le 14 juin 1940, dans son char foudroyé, près de Perthes. Par le plus grand des hasards, il avait retrouvé la Haute-Marne, en août 1944, comme capitaine de parachutistes. Combattant aux côtés du maquis d'Auberive, il avait été blessé à deux reprises : d'abord en défendant ce village, puis lors d'une embuscade près de Latrecey, le 8 septembre 1944. Des habitants avaient recueilli cet officier laissé pour mort, et l'intervention du Dr Le Brigand avait permis de lui sauver sa jambe.
En 2001, le club Mémoires 52, après avoir établi le contact avec cet habitant de Fresnes, avait consacré une étude détaillée au colonel Géminel. Membre depuis lors de notre association, ce militaire distingué nous donnait régulièrement de ses nouvelles. Au moment de quitter cette terre, à l'âge de 93 ans, il tenait à ce que sa famille informe notre association (et les Haut-Marnais) de son ultime voyage et de son amitié. Il sera inhumé demain à Antony. Au revoir, colonel : la Haute-Marne et le club ne vous oublieront pas...
samedi 2 novembre 2013
Un drame oublié : il y a 100 ans, à Prez-sous-Lafauche
Le 20 octobre 1913, vers 15 h, un appareil se présente aux abords de Prez-sous-Lafauche, avant-dernier village haut-marnais sur la route de Neufchâteau. Selon certaines sources de la presse d'alors, il s'agissait d'un monoplace. Ne serait-ce pas plutôt un biplace (un Borel n°9 ?), puisque deux passagers étaient à son bord. Un appareil qui, en outre, n'avait jamais volé. Le lieutenant Gabriel Garnier, officier de cavalerie affecté au centre d'aviation d'Epinal, faisait auparavant partie de l'escadrille du capitaine Casse (brevet de pilote n°826). Son mécanicien était un sapeur du 3e régiment du génie, Gendreau.
L'appareil est parti de Châteaufort (Yvelines). Garnier s'y était rendu pour assister à des essais. Il s'en revient, ce 20 octobre 1913, à Epinal. A l'approche de Prez-sous-Lafauche, c'est le drame. Selon le journal «Le Matin», il s'agirait d'un accident d'atterrissage, plus que d'une chute due à un raté de moteur, le journaliste avançant même l'hypothèse que le passager était alors aux commandes.
Les corps des deux aviateurs, tués sur le coup, ont d'abord reposé en mairie de Prez, où les habitants leur ont témoigné des messages de sympathie, puis leurs obsèques ont été célébrées dans une chapelle de Paris, ainsi que celles d'un autre aviateur du centre d'Epinal, le caporal d'Antroche, tué le même jour en Moselle. Garnier repose au cimetière du Père-Lachaise, Gendreau à Puteaux.
jeudi 5 septembre 2013
Le 5 septembre 1944 en Haute-Marne
Paul Clément, FFI du maquis de Bussières mort pour la France (collection club Mémoires 52/Bernard Sanrey).
Nous commençons ce jour une courte évocation des évènements qui ont marqué la Libération de la Haute-Marne, il y a 68 ans. Aujourd'hui : les principaux faits du mardi 5 septembre 1944.
A Brethenay, deux jeeps américaines sont mitraillées : trois soldats auraient été tués et plusieurs blessés. Parmi ces victimes, pourraient figurer Morris H. Lance et Louis A. Laudiero, à propos desquels le livre d'or du 121e régiment de cavalerie américaine précise qu'ils sont morts le 5 à Biernes où la troop B était implantée.
Dans le sud du département, effectuant une liaison à moto entre le maquis de Bussières et un détachement du 1er Régiment de France, le FFI Paul Clément (notre photo) est blessé par les Allemands, puis achevé d'une balle dans la tête, à Genevrières. Enfin, dans la nuit du 5 au 6, un parachutage d'armes a lieu sur le terrain «Versailles» de la ferme de la Rente, à Giey-sur-Aujon. (A suivre).
mardi 16 juillet 2013
Pierre Masson, un brave du Bataillon de choc
Fils de Charles Masson, originaire de Sommevoire, et de Marie-Louise Marchand, native de Droyes, Pierre Masson naît le 23 février 1921 à Montier-en-Der, rue Audiffred. Il est le cadet de trois enfants.
Sa famille s'installe rapidement à Brousseval (aux Cités du Maroc), où son père travaille aux haut-fourneaux et fonderies, et où Pierre réussit son certificat d'études en 1933. En octobre de la même année, il intègre l'école des enfants de troupe à Autun, avec son ami Jean-Marie Héritier (futur maire de Brousseval, ancien interné du camp de Rawa-Ruska). Deux autres jeunes du village rejoignent cette école : Gilbert Vernet (vétéran des campagnes d'Italie, de France et d'Allemagne, futur lieutenant-colonel), et Fernand Collignon (héros des maquis de l'Ain).
En 1934, Pierre Masson entre à l'école militaire préparatoire d'Epinal puis s'engage pour cinq ans le 23 février 1939. Affecté au 150e régiment d'infanterie à Verdun, sergent le 23 mars 1940, il est muté au 332e RI et détaché au centre d'instruction divisionnaire 56, comme chef de groupe. Le 18 juin 1940, il défend la Meuse, et est capturé à Traveron. Interné dans un stalag Outre-Rhin, il s'évade le 12 juillet 1942, se présente aux autorités militaires à Lyon, et obtient une nouvelle affectation : le 11e régiment de tirailleurs algériens, qu'il rejoint à Fès (Maroc) le 10 avril 1943.
Muté au 7e RTA, il intègre finalement le Bataillon de choc du commandant Gambiez, où il est promu sergent-chef le 15 juin 1944 et où il décroche le brevet militaire de parachutisme n°6634.
Le sous-officier haut-marnais est affecté dans la section Corley, où sert l'aspirant Raymond Muelle. Initialement destinée au Vercors, cette unité est finalement parachutée les 31 juillet et 1er août 1944 près de Dieulefit, dans la Drôme, soit quatorze jours avant le débarquement de Provence. Au sein de son groupe, Masson a sous ses ordres un futur ministre de l'Intérieur, le caporal-chef Michel Poniatowski.
Il est cité à l'ordre du régiment pour sa conduite le 21 août 1944 lors du combat de Pont-de-Claix (Isère), tuant le major allemand commandant la localité. Pierre Masson se distingue encore les 8 et 9 octobre dans les combats sous-bois de Château-Lambert, en Haute-Saône (citation à l'ordre de la division). Il fait un saut à Gevrey-Chambertin (Côte-d'Or) pour rendre visite à sa sœur ainée et sa mère, puis retrouve son unité en Haute-Saône. Le 9 novembre 1944, en revenant d'une patrouille de nuit dans la forêt de Chérimont, le chef de groupe saute sur une mine avec deux de ses hommes, dont le caporal Gérard Verguain. Tous trois décèdent le jour même à l'hôpital de Lure.
Le sergent-chef Masson repose depuis 1949 dans le cimetière de Brousseval, où une exposition concoctée par le club Mémoires 52 lui rendra hommage en 2001. La même année, son nom a été donné à une promotion de l'école nationale de sous-officiers de Saint-Maixent.
Coïncidence : une autre promo de cette même école a été baptisée du nom d'un autre sous-officier haut-marnais du Bataillon de choc, le sergent-chef André Mugnier, tombé en Allemagne le 22 avril 1945.
Sources : supplément n°29 de Dossier 52 (2001).
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