Pages d'histoire de l'est de la France en général et de la Haute-Marne en particulier (ex-blog du club Mémoires 52).
lundi 24 janvier 2011
Coup d’arrêt dans le Triangle : 6-11 septembre 1914
samedi 18 décembre 2010
Théodore Galland, héros de la Campagne du Mexique

Le général Théodore Galland (1836-1885). Photo reproduite avec l'aimable autorisation de l'animateur du site Internet Military-photos.
Complètement oublié dans son département natal, le général Théodore Galland a fortement marqué les hommes qu’il a commandés et côtoyés au cours de sa carrière. Les anthologies consacrées à l’armée française se rappellent son héroïque attitude lors du siège de Puebla, au Mexique, en 1863, ou encore que ce lieutenant-colonel de 34 ans fut, sous la IIIe République, l’un de ses plus jeunes généraux.
Jean-Nicolas-Théodore Galland est un enfant du Pays langrois. Il est né le 18 mai 1836 à Baissey, dans le sud du département de la Haute-Marne. Ses racines paternelles sont à Voisines, celles de sa mère, Marie-Jeanne Cordival, à Baissey, petit village du canton de Longeau, où son père, Jean-Baptiste-Claude, exerce la profession d’instituteur, et où il s’est marié en 1832.
Bien instruit – en témoigne sa qualité d’écriture – Théodore Galland souhaite embrasser la carrière militaire. Sans doute a-t-il été édifié, dans sa jeunesse, par la vie de la gloire de la famille, son oncle paternel, également prénommé Jean-Baptiste-Claude : celui-ci, conscrit vésinois sous l’Empire, a été lieutenant au fameux 14e de ligne, a terminé sa carrière comme capitaine au 11e léger, et, chevalier de la Légion d’honneur, est mort prématurément en 1823. Le jeune Théodore était par ailleurs certainement apparenté au sous-lieutenant de dragons Nicolas Cordival, qui « jouissait » du traitement de demi-solde à Baissey sous la Restauration.
Elève à l’école spéciale militaire (Saint-Cyr) en novembre 1855, Théodore Galland en sort au 24e rang - sur 376 - et rejoint, à sa demande, le corps des zouaves. Sous-lieutenant au 1er régiment le 1er octobre 1857, le Haut-Marnais sert en Afrique les deux années suivantes.
Eclate la Campagne d’Italie de 1859, marquée par la boucherie de Solferino. Le 1er zouaves, successivement commandé par les colonels Paulze d’Ivoy et Brincourt, participe à l’attaque de la fameuse tour du champ de bataille. A cette occasion, le sous-lieutenant Galland est blessé par une balle au genou.
En Afrique et en Syrie de 1859 à 1862, il est promu lieutenant le 28 mars 1860 et participe, au sein du corps expéditionnaire, à la Campagne du Mexique, à partir de 1862. Son chef de bataillon – le « brave commandant » Simon-Hubert Carteret-Trécourt – est d’ailleurs un Haut-Marnais, né à Rolampont 42 ans plus tôt.
Lorsque les troupes françaises assiègent la ville de Puebla, Galland y commande provisoirement une compagnie.
Héros de la Campagne du Mexique
Le 6 avril 1863, le Haut-Marnais entre dans l’histoire de l’armée française. Ce jour-là, l’assaut contre Puebla est déclenché. Une poignée de main avec le major de tranchée, Galliffet (futur général à Sedan, féroce adversaire des Communards et ministre de la Guerre), et le jeune officier s’engouffre dans la ville, par une brèche, avec quinze de ses hommes.
« J’avais pour toute arme mon sabre, qui m’a beaucoup gêné, et un petit revolver qui m’a rendu grand service », racontera-t-il. Galland pénètre dans une maison, s’empare de plusieurs pièces mais ne peut enlever une chambre fortement occupée par les Mexicains. On raconte que la retraite des troupes françaises a alors été sonnée, que l’officier ne l’a pas entendue. Il se retrouve cerné avec sa poignée de volontaires, vers lesquels tous les feux convergent.
Un officier mexicain se présente : « Abayé los armos, Chuigados », somme-t-il. Pour toute réponse, l’émissaire reçoit de Galland deux balles de revolver dans la poitrine, au cri de « Chuigado tu mismo ». A une deuxième sommation, dix zouaves se rendent. « Il m’en coûta d’avoir à constater cette désertion que je comprends pourtant sans l’excuser », racontera Galland, qui n’a plus avec lui que cinq hommes, dont trois blessés. Lui-même est fortement contusionné. La situation est intenable. « Il y avait six heures que nous tenions contre toute une armée, c’était humainement tout ce que l’on pouvait exiger de nous… Je voyais du reste que deux pièces de montagne allaient faire brèche et nous ensevelir dans notre réduit… J’avais cinq braves gens qui m’avaient dit : « Nous ferons ce que vous ferez »… » Alors, tandis qu’un sergent-major qui portait le fanion du régiment le cache dans sa culotte bouffante, le Haut-Marnais s’en va rencontrer, à une troisième sommation, le général La Lave. Il « m’embrassa sur les deux joues et m’accorda tout ce que je demandais », ce général n’acceptant ainsi pas son sabre. Une attitude chevaleresque, de la part du Mexicain, qui n’est pas sans rappeler celle qui sera réservée par un de ses compatriotes aux héroïques légionnaires de Camerone, quelques jours plus tard – à noter que ce même 6 avril 1863, le Haut-Marnais Carteret-Trécourt a été blessé par une grenade lors de l’assaut.
Captif, Galland sera promu capitaine, à 27 ans, le 8 mai 1863 – il remplacera l’officier de Marsilly au commandement de la compagnie. Selon le site Military.photos, Galland, libéré le 5 mai, « organise une compagnie de partisans chargée de protéger les convois et de faire la guerre à outrance aux guérilleros… Il est cité le 10 mai 1865 pour sa conduite au combat de San Geremino (28 janvier 1865) »Le 23 juin 1864, il est fait, comme son oncle, chevalier de la Légion d’honneur. « A fait preuve d’un courage et d’une intelligence remarquables dans toutes les circonstances et particulièrement pendant le siège de Puebla », justifiera le décret associé à cette nomination.
Chef de régiment à 34 ans, durant le siège de Paris
Revenu du Mexique en 1867, promu adjudant-major l’année suivante, Galland est nommé, le 15 juillet 1870, chef de bataillon au 15e régiment d’infanterie de ligne, à seulement 34 ans. Il en commande le 4e bataillon.
Arrivé à Paris mi-août, il est affecté au 6e régiment de marche, et, le 21 novembre, il reçoit son brevet de lieutenant-colonel du 117e régiment « de marche ». Galland est sans doute, alors, l’un des plus jeunes chefs de corps de l’armée française.
Une nomination qui survient lors du siège de Paris, à propos duquel Galland laissera des notes succinctes, rapportées par Charles Gavard, et où l’humour le dispute à la consternation.
Avec son régiment – qui, avec le 118e, forme la brigade du général Lecomte, fusillé plus tard par des Parisiens, division Susbielle, 2e corps, armée Ducrot – Galland va se battre le 30 novembre à Montmesly. « Je n’avais jamais entendu siffler un pareil essaim de mouches à miel, je voyais les balles suivre mon cheval. Perdu 500 hommes et treize officiers. Je ne comprends pas comment j’en suis revenu », notera-t-il. Le 2 décembre, il lutte encore à Champigny. « J’occupe, avec quatorze compagnies, les avant-postes ». Au cours de l’un de ces combats, il se retrouve à défendre un ouvrage… comme, sept ans plus tôt, la maison de Puebla.
C’est le 27 janvier 1871 que, parmi les généraux et chefs de corps, il apprend, de la bouche du général Trochu, la nouvelle de l’armistice.
Son régiment aurait été dissous le 24 mars 1871. A noter que l’un de ses officiers, le lieutenant Pierre-Hippolète Defoix, mort le 2 décembre 1870 des suites de blessures reçues à la bataille de Champigny, est originaire de la région de Saint-Dizier.
Après ce triste épisode de sa carrière militaire, Galland est promu, le 12 mai 1873, colonel du 54e de ligne à Compiègne, puis général en 1882 (il commande la 47e brigade d’infanterie à Bergerac, puis l’année suivante la 53e à Grenoble), alors qu’il n’a pas 46 ans. Il est appelé à un commandement en Tunisie mais un mal – mot pudique - le ronge déjà. Officier de la Légion d’honneur depuis 1880, le général Galland meurt à Saint-Sever, dans les Landes, en 1885, à l’âge de 49 ans.
Charles Gavard lui consacrera, dans « Le Correspondant », en 1886, une vingtaine de pages fort élogieuses.
Sources : dossier de membre de la Légion d’honneur ; état civil de la commune de Baissey ; « Le Correspondant » (1886) ; site Internet Military.photos.
mardi 9 novembre 2010
11 Novembre : le "Cahier noir" qu'il convient de lire

« En 1991, un cultivateur de Voisines, Maurice Lambert, pour la première fois de sa vie laborieuse, se voit contraint de cesser ses activités habituelles : une opération et la convalescence qui suit lui interdisent de prendre le chemin de la grange, de l’écurie ou des champs. C’est un homme qui ignore le désoeuvrement, alors il s’occupe et range ses papiers, les siens et ceux qui lui viennent de ses ancêtres. Il trouve dans une armoire, un petit cahier à couverture noire. Il l’ouvre : les pages ont un peu jauni et l’écriture penchée, bien formée, régulière, pâlit à certains endroits. C’est un cahier de 44 pages. Un cahier d’écolier. Mais d’écolier allemand : en première page, le Kaiser est représenté et cette gravure a été barrée de deux coups de crayon, bien nets, tracés avec détermination, comme pour indiquer que les pages qui suivent n’ont pas à être placées sous cette effigie. Et puis, il y a quelques mots allemands : Kaiser - Tagebuch… »
Ainsi André Grossetête, inspecteur d’académie honoraire, écrivain et historien haut-marnais, présente-t-il, en guise d’introduction, « Le Cahier noir », journal de guerre et de captivité d’un Poilu, René Lambert, le père de Maurice. Document d’autant plus remarquable que, comme l’écrit André Grossetête, « les paysans de l’Est de la France, ceux du «Pain au lièvre », sont des hommes directs mais discrets. Ils ne se racontent pas, se confient peu, des hommes solitaires dans leur écurie ou derrière leur charrue. Ils n’ont pas l’habitude de se dévoiler. » D’autant plus intéressant qu’il a été écrit « pendant l’épreuve… Très rares sont les récits d’hommes humbles, de poilus pour reprendre le nom qui leur fut attribué, qui présentent cette continuité. Il a cette qualité supplémentaire d’être rédigé, parfois au jour le jour, de nous faire connaître l’évolution des sentiments d’un combattant, les conditions de vie, les relations d’amitié, les obsessions de ces hommes dont beaucoup, c’est le cas de René Lambert, sont revenus profondément marqués par l’épreuve, au point que tout le reste de leur vie en fut modifié… »
« Le Cahier noir », c’est donc le récit d’un homme de la terre originaire de Voisines (1888-1960), René Lambert, soldat au 21e régiment d’infanterie à Langres, fait prisonnier en 1916 lors de la terrible bataille de Verdun. Récit recueilli, retranscrit et commenté par André Grossetête, membre actif du club Mémoires 52, amoureux de sa terre haut-marnaise et des hommes et des femmes qui la peuplent et qui l’ont peuplée.
L’ouvrage est notamment disponible auprès de l’auteur, 7, boulevard Barotte à Chaumont (ou rue du Four, à Voisines).
samedi 9 octobre 2010
Hommage aux Grognards de Haute-Saône et de Haute-Marne à Frettes

Frettes carrefour de la mémoire
des Haut-Saônois et Haut-Marnais tombés à Eylau
Jeudi 11 novembre 2010, le village de Frettes (Haute-Saône), entre Champlitte et Fayl-Billot, accueillera une manifestation du souvenir extra-départementale. Il s’agira en effet de rendre hommage aux soldats de la Grande Armée originaires de la Haute-Saône et de la Haute-Marne tombés le 8 février 1807, et particulièrement à deux enfants de Frettes, François Balazet et Nicolas Prudent.
Pourquoi cette cérémonie ? Les recherches d’un couple d’historiens, Danielle et Bernard Quintin, auteurs d’un dictionnaire biographique des soldats français tombés lors d’une des plus sanglantes batailles du Premier Empire, ont permis de révéler que les deux départements ayant payé le plus lourd tribut à cette victoire sont la Haute-Saône et la Haute-Marne. Les natifs du premier appartenaient majoritairement au 24e régiment d’infanterie de ligne, les seconds presque exclusivement au 14e de ligne, régiment décimé à Eylau.
Commune haut-marnaise de 1790 à 1974, le village de Frettes est aujourd’hui associé à la Ville de Champlitte. Son choix s’imposait donc pour accueillir cette manifestation, dont l’initiative revient à la délégation franc-comtoise du Souvenir napoléonien et au club Mémoires 52, avec la participation active de la Ville de Champlitte et du village associé de Frettes, et le soutien de la Société d’archéologie, des arts et des sciences de la Haute-Saône.
La manifestation commencera à 14 h 15, aux abords de l’église de Frettes, par une présentation effectuée par les Grognards lingons, groupe de reconstitution historique du 14e de ligne. Elle se poursuivra à 15 h par l’inauguration, sur le monument aux morts, d’une plaque rendant hommage aux soldats Balazet et Prudent et à leurs camarades de Haute-Saône et de Haute-Marne tombés à Eylau. Puis, à 15 h 45, d’éminents spécialistes du Premier Empire donneront des conférences axées autour du thème de la Campagne de Pologne de 1807 et du 14e de ligne.
Il s’agit de Thierry Choffat, maître de conférences à l’Université de Nancy, président des Vosges napoléoniennes, d’Alain Pigeard, docteur en histoire et docteur en droit, vice-président national du Souvenir napoléonien, et de Bernard Quintin, membre du conseil d’administration de l’Institut Napoléon.
Cette journée, qui sera également marquée, dans la matinée, par un hommage au chirurgien Fourot, qui repose dans le cimetière de Champlitte, n’a d’autre prétention que le souvenir des quelque 230 soldats haut-saônois et haut-marnais tombés lors du gigantesque affrontement entre les troupes de l’empereur des Français Napoléon Ier et celles du tsar de Russie Alexandre Ier.
jeudi 16 septembre 2010
Un général nordiste d'origine haut-marnaise

Le général Richard Franchot. Son père est né à Chamouilley. (Photo issue du site allemand Big.country consacré aux généraux américains).
Il n’est pas rare, en se penchant sur des pages d’histoire de l’humanité, de croiser la trace d’un Haut-Marnais là où on ne l’attendrait pas forcément. Les exemples ne manquent pas.
C’est le fils du conseiller général langrois Du Breuil de Saint-Germain qui se bat aux côtés des Boers en Afrique du sud…
C’est le père Bouillevaux, de Montier-en-Der, qui, premier occidental, visite le temple d’Angkhor…
C’est un officier chaumontais, le capitaine Lindecker, qui le premier voit Pékin du ciel…
Ce sont encore des militaires qui se battent aux quatre coins de la planète, au Mexique, à Madagascar, au Soudan, etc.
Récemment, nous avons retrouvé la trace d’un enfant de Serqueux ayant combattu comme sergent dans les rangs de l’armée nordiste, durant la Guerre de sécession ! Une page d’histoire, parmi d’autres, qui vous sera révélée ultérieurement grâce à un travail de recherches mené actuellement avec une connaissance des lecteurs de ce blog, Didier Desnouveaux…
En attendant, nous vous livrons ici l’histoire d’un fils de Haut-Marnais devenu, lui, général de brigade dans l’armée nordiste ! Son nom évoquera bien des souvenirs aux familiers des environs de Saint-Dizier : il s’appelle Franchot, patronyme associé aux étangs situés près d’Ancerville.
A l’origine, il y a Charles Franchot, propriétaire sous l’Ancien Régime des forges de Chamouilley. Epoux notamment de Marie-Gabriel Richard, il a eu une descendance fort importante : 21 enfants, au total, dont beaucoup mourront en bas âge. Parmi ses fils : Stanislas-Paschal Franchot, né à Chamouilley le 30 mars 1774. Son parrain est « maistre » Pierre-Charles Guillaume, greffier dans l’administration des Eaux et forêts, et sa marraine Jeanne Franchot. C’est ce Stanislas-Paschal qui nous intéressera.
Signalons d’abord que ce Charles Franchot a un frère établi maître de forges à Haironville (Meuse), Jean-Baptiste. Ce dernier est notamment père de deux personnalités meusiennes :
. Charles-Antoine, né à Haironville le 22 janvier 1769, d’ailleurs filleul de Charles. Lieutenant au 3e bataillon de la Meuse (novembre 1791), il sera promu chef de bataillon dans la 43e demi-brigade de ligne en l’an XII, puis passera dans les grenadiers de la Garde en 1807, avant d’être admis à la retraite en novembre 1809. Le colonel Franchot reprendra du service le 25 décembre 1813 comme gouverneur de place. Retiré semble-t-il à Ancerville, il mourra en 1839 à Mézières, dans les Ardennes.
. Charles-François, né à Ancerville en 1778, sera membre du conseil d’arrondissement de Bar-le-Duc en 1809 et décédera à l’âge de 68 ans. Son fils Aimé sera maire d’Ancerville.
Autre parenté intéressante : Charles Franchot est l’aïeul maternel du futur académicien Charles Etienne, fameux homme de lettres né à Chamouilley en 1777.
Revenons à Charles, le maître des forges de Chamouilley. Veuf, ayant fait faillite, il part, au début de la Révolution, aux Etats-Unis, avec ses enfants survivants ! A priori, il est accompagné d’Augustin, né à Chamouilley le 13 juillet 1759, de Louis, né le 23 juin 1763, de Paschal, l’avant-dernier... Il s’installe dans le comté d’Otsego, Etat de New-York, au lieu-dit Louisville, aujourd’hui ville de Morris. Le premier magasin de Louisville appartient d’ailleurs aux Franchot, puis la première usine. Si Charles retournera en France (nous ignorons la suite de sa vie), son fils Stanislas-Paschal restera à Morris (Augustin, avant 1793, et Louis y sont morts entretemps).
Marié à Catherine Hansen, mort en 1855, Stanislas-Paschal est le père de Richard Franchot, né le 2 juin 1816 à Morris. Lui qui a fait des études de génie civil sera élu républicain au Congrès (1861) et obtiendra, à l’été 1862, l’autorisation de recruter et commander, comme colonel, le 121st New-York volunteers, formé dans les comtés d’Otsego et d’Herkimer. Il sera très peu de temps à sa tête et laissera le commandement au colonel Upon. Ce qui n’empêchera pas Franchot, qui selon un de ses officiers n’a pris part à aucune bataille, d’être promu général de brigade de volontaires nordistes le 13 mars 1865, à 49 ans ! Associé ensuite avec le Central pacific railroad, il meurt dix ans plus tard.
A noter que, parmi les descendants de la famille Franchot, figure un célèbre acteur – certes aujourd’hui oublié – américain, Franchot Tone, époux de Joan Crawford, et dont le nom a été donné à une étoile du fameux Hollywood boulevard.
vendredi 3 septembre 2010
Le récit d'un évadé du train de Neuengamme récemment identifié

La fausse carte d'identité d'Emmanuel Lalanne (document communiqué par la famille Sierra, que nous remercions bien sincèrement).
Notre article sur l’évasion de 45 déportés (pour Neuengamme) dans la Marne, entre Châlons-en-Champagne et Vitry-le-François, dans la nuit du 4 au 5 juin 1944, a suscité l’intérêt de Philippe et Régis Sierra. Et pour cause : leur grand-père a fait partie de ce groupe. Mieux : celui-ci a consigné par écrit un récit de cette évasion, paru en 1999 dans la gazette du Groupe cyclotouriste agenais. Ce témoignage, mis en forme par Philippe Sierra, s’ajoute aujourd’hui à ceux qu’avait pu recueillir Jean-Marie Chirol, avant la parution de son ouvrage en 1996. Le fondateur du club Mémoires 52 savait uniquement, à cette date, qu’un des évadés, le lieutenant Jocteur-Monrozier, avait sauté en compagnie de deux Agenais, Lalanne et Galand, et qu’il ignorait leur destin (lui-même étant allé rencontrer un prêtre de Vitry-le-François). Voici celui d’un d’entre eux…
Emmanuel Lalanne (1910-1992) a été arrêté le 30 janvier 1944, à l’occasion des obsèques d’un résistant du Lot-et-Garonne, Gérard Duverger, alias « Chevalier ». Emprisonné à la prison d’Agen où il a été torturé, transféré à la prison Saint-Michel à Toulouse, il a été ensuite dirigé sur Compiègne-Royallieu, anti-chambre de la Déportation.
Voilà ce qu’Emmanuel Lalanne rapporte des circonstances de son évasion : « Un officier allemand nous avertit que si nous tentons une évasion, nous serons repris et fusillés. Or, la veille, nous savions qu’il y aurait une tentative d’évasion, comme en avait décidé un prêtre de la région parisienne (mais une quarantaine de prisonniers le savaient seulement) (Note : l’abbé Le Meur). Au cours de la nuit, nous essayons donc de scier le plancher du wagon (pour y faire un trou pour pouvoir s’échapper). Mais nous devons vite nous arrêter, une poutre de fer apparaît qui ruine nos espérances. Alors nous nous attaquons au verrou de la porte (…). Le verrou cède. L’évasion peut commencer. Le train étant toujours en marche, nous devons sauter chacun notre tour. Nous avions convenu de nous retrouver par équipe de trois, le premier ayant sauté (s’il n’était pas blessé) devait avancer pour rejoindre le deuxième qu resterait sur place, le troisième revenant en arrière (rejoindre le deuxième). Pour ma part, il est convenu que je saute en second, cependant je saute à la place du premier car celui-ci prend peur et n’ose pas. Le train va vite, le jour commence à se lever, nous sommes les 5 juin. Pour sauter on doit s’allonger (sur le dos) sur la marche (le marche-pid), les pieds en avant et se laisser tomber en position horizontale afin d’amortir la chute. Cependant le temps presse et je me lance debout. Je roule sur quelques mètres au sol, sans trop me blesser. Je n’ai que quelques égratignures au visage et au genou gauche. J’attends que le dernier wagon du train me dépasse pour me relever afin de rejoindre celui qui a sauté après moi. Mais soudain, j’aperçois la silhouette d’une personne avec un fusil à la main, ce qui m’oblige à me cacher un instant dans un fossé, puis à abandonner la ligne de chemin de fer pour un talus bordé d’une petite route. Le jour levé, je vois un peu plus loin un panneau, m’indiquant la proximité de Vitry-le-François. Puis j’aperçois trois silhouettes en direction du village. Aussi, je me cache en contrebas de la route afin de les voir arriver ; soudain je reconnais l’une d’elles. C’est Galant, un évadé comme moi. »
Cet évadé semble correspondre à Georges Galan, recensé – sans plus de précision - par le Livre-mémorial de la Déportation, et au sujet duquel Jean-Marie Chirol ne possédait pas de renseignements.
« J’attends qu’ils m’aient légèrement dépassé, puis siffle pour les interpeller, poursuit Emmanuel Lalanne. Ils sont à Vitry afin d’y trouver assistance auprès du curé ou de l’instituteur (avec précaution). L’un d’eux va rester avec moi pour attendre du secours, les deux autres allant à la première messe et s’adressant au curé (Note : parmi eux, Jocteur-Monrozier, qui ne se souvient pas avoir été accompagné). Celui-ci leur indique une adresse où trouver de l’aide et en effet, ils se retrouvent abrités chez une dame. Deux ou trois heures après, deux cyclistes viennent nous trouver, nous apportant un petit-déjeuner. »
Selon M. Lalanne, c’est dans une ferme de Vitry-en-Perthois qu’il trouve d’abord asile, puis, après dénonciation, à Moncez-L’Abbaye (canton de Thiéblemont-Farémont), enfin à Donnement, dans l’Aube toute proche, où il reste jusqu’à la Libération. Parmi les patriotes qui lui ont porté secours, Emmanuel Lalanne se souvient des noms de M. Boyer et de Mme Doré. Aucun d’eux n’apparaît dans les travaux de Jean-Marie Chirol.C’est ensuite à vélo qu’Emmanuel Lalanne regagne le Sud de la France, début septembre 1944.
Sources : témoignage de M. Lalanne recueilli et mis en forme par Philippe Sierra, aimablement communiqué (avec des documents) par Régis Sierra, de Poitiers ; « Sur les chemins de l’enfer », Jean-Marie Chirol, 1996 ; Livre-mémorial de la Déportation.
dimanche 29 août 2010
De nouveaux aviateurs de la Der des der

Pierre Burello. Photo parue en Une de L'Avion en 1936. Parmi les 18 portraits de pilotes présentés : Mermoz et deux Haut-Marnais, Burello et Massotte.
De nouveaux pilotes de la Der des der originaires de la Haute-Marne ont été identifiés. Voici le fruit de nos dernières recherches.
La Haute-Marne a donné naissance – c’est une particularité à souligner - à plusieurs pionniers de l’aviation civile des années 30. Parmi eux, les pilotes Georges Libert (1909-2002), d’Andelot, figure du réseau postal aérien puis, après guerre, pilote de Boeing 707 (président national des Vieilles tiges, il était membre d’honneur du club Mémoires 52) ; Louis Massotte (1906-1937), de Torcenay, fameux pilote d’essai mort dans la chute de son appareil ; le mécanicien René Mesmin (1897-1931), de Villiers-aux-Bois, coéquipier de Marcel Doret et Le Brix, mort accidentellement avec ce dernier en Russie … et Pierre Burello.
Comme son nom l’indique, Pierre-Marius Burello est le fils d’un charretier italien, Louis Burello, et de Marie-Eugénie Rampant, domiciliés au Val-Raton, écart de Chaumont. Il naît le 1er juillet 1894.
Mécanicien automobile, le jeune homme s’engage à 20 ans, le 14 août 1914. Il fait partie du régiment cantonné dans sa ville natale, le 109e RI, avec lequel il se distingue (il est blessé au moulin de Laffaux). Caporal le 12 mars 1916, il obtient, par sa persévérance, d’intégrer l’aviation. Elève pilote le 1er juillet 1917, il est breveté le 4 septembre, et affecté le 16 novembre à la fameuse escadrille Spad 23.
Selon Henry Beaubois, qui lui a consacré un article fort élogieux dans la revue L’Avion (en 1935), le Chaumontais, bientôt sergent, remporte trois victoires aériennes : sur deux avions et un ballon. Le 3 juin 1918, volant avec le pilote Pinsard entre Verdun et Heudicourt, il vole au secours du lieutenant Simoni qui est aux prises avec six Fokker. Son Spad touché, Burello est contrait d’atterrir derrière les lignes ennemies. Accueilli par son vainqueur (selon Henry Beaubois, il s’agit d’un capitaine remportant là sa 18e victoire), fait prisonnier, le sous-officier ne se résout pas à cet état. Transféré à Darmstadt après une première tentative d’évasion, il parvient enfin à fausser compagnie à ses geôliers en octobre 1918, réussissant avec trois camarades de captivité à prendre le train pour la Suisse.
Après la guerre, au cours de laquelle deux de ses frères sont décédés (Albert, né en 1891, brigadier au 11e chasseurs, en 1915, et Maurice, né en 1896, soldat au 152e RI, en 1916), Pierre Burello œuvre comme instructeur en Finlande (c’est sans doute là qu’il rencontre Ruth Hakansson, qu’il épouse à Chaumont en 1921), rentre en France en 1922, et intègre la compagnie Air France.
Il en devient une des figures : « L’œil vif et un brin gavroche sous d’épais sourcils noirs, une voix douce, un air affable, une volonté de feu », ainsi Henry Beaubois décrit-il Burello dans son portrait de « millionnaires », à savoir les pilotes ayant parcouru plus d’un million de kilomètres. En l’occurrence, au moment de la rédaction de cet article (en 1935) : 1 311 000 km, soit plus de 32 fois le tour de la Terre, plus de 8 700 heures de vol.
Titulaire de la rosette de la Légion d’honneur, de la médaille militaire, de la Croix de guerre avec cinq citations, il meurt accidentellement le 9 février 1938 aux commandes de l’hydravion « La Ville-de-Bône » au départ de Marignane. Pierre Burello avait 44 ans. Une avenue perpétue sa mémoire à Chaumont.
Son compatriote Maurice Aubry, né à Romilly-sur-Seine (Aube) en 1892, est domicilié avec sa famille à Chaumont lorsqu’il rejoint en 1913, comme mécanicien, le 2e groupe d’aviation. Breveté pilote le 9 janvier 1916, il rejoint l’escadrille VB 109. Sergent le 21 novembre 1916, adjudant le 5 avril 1918, ce pilote de Voisin est affecté à la Réserve générale de l’aviation le 7 novembre 1918.
Charles-Robert Choppin naît le 18 avril 1895 à Sommevoire. Appelé en décembre 1914, cet employé communal, fils d’un Wasseyen, sert d’abord dans les chasseurs à pied avant de rejoindre l’aviation le 15 juillet 1917 comme élève pilote. Breveté le 19 novembre, caporal en décembre, il sert au Crotoy puis est affecté dans un groupe de bombardement de nuit le 29 avril 1918.
Enfant d’Humbécourt (où il voit le jour le 25 juin 1890), le sous-lieutenant d’artillerie Jules Chapron, qui a fait l’objet d’une citation à l’ordre de la brigade en septembre 1915, rejoint l’arme de l’aviation comme observateur le 5 mars 1917. Moins d’un mois plus tard, il est affecté au service aéronautique de la 4e armée. Lieutenant en 1918, il est fait chevalier de la Légion d'honneur en 1920. Chevalier de la Légion d'honneur, il réside à Berck-sur-Mer (Pas-de-Calais) lorsqu'il meurt en 1932, à 42 ans.
Aucun Georges Devaux ne fait l’objet d’une fiche dans la rubrique « personnel aéronautique » du site Mémoire des hommes. Et pourtant, Georges-Emile Devaux, né à Saint-Dizier le 3 août 1893, est qualifié de sergent au 1er groupe d’aviation lorsqu’il meurt le 28 août 1918 dans un hôpital de Pau, à la suite d’une chute d’avion accidentelle en service (son nom figure sur le monument aux morts de la cité bragarde). Comme Devaux, plusieurs militaires de l'école d'aviation de Pau ont trouvé la mort accidentellement fin août 1918 sur le site de Pont-Long....
Par ailleurs, un sergent bragard, André-Maurice Chaudel, né le 16 juin 1897, meurt accidentellement en service commandé, le 12 avril 1918, sur le champ d’aviation de Bellièvre, dans l’Ain. Dans la chute d'un avion ? Seule information : il appartenait au 156e RI.
Grand-oncle de Luc Chatel, actuel ministre de l’Education nationale, Jean Chatel est né en 1880 à Cousances-aux-Forges (Meuse). Son père Auguste, polytechnicien, lieutenant de vaisseau, gendre d’un maître de forges de Cousances, sera maire de Laneuville-à-Bayard. Jean Chatel est d’ailleurs issu du recrutement de Chaumont lorsqu’il intègre Saint-Cyr. Lieutenant au 13e chasseurs à cheval, il se distingue dès le 9 août 1914, faisant preuve – dixit sa citation – « d’un grand courage ». Capitaine le 22 février 1915, passé dans l’aviation comme observateur, le 7 juin 1915, il devient élève pilote le 9 janvier 1917. Chatel sert brièvement dans l’escadrille BR 227 (19 juillet 1918) avant d’être affecté, le 1er août, au commandement de l’escadrille 104, au sein de laquelle sert un certain lieutenant Didier Daurat, futur héros de l’aéropostale. L’officier haut-marnais succède à la fonction de capitaine-commandant au capitaine Maurice Aron, tué en combat aérien le 18 juillet 1918.
Le frère de Jean, Paul Chatel, naît en 1891 à Laneuville-à-Bayard. Issu de l’école centrale, engagé en 1912 dans l’artillerie, il est promu lieutenant le 4 août 1916 et rejoint l’aviation comme observateur le 13 septembre 1916. Il est affecté à la 2e armée le 12 octobre de la même année.
En service depuis 1912, Raymond Jobard, né en 1891 à Langres, sert d’abord au 26e dragons puis, dans l’aviation, comme pilote de Caudron. Nous avons été mis sur la « piste » de cet aviateur par l’ouvrage d’Hubert Déchanet consacré à l’aéronautique dans la région de Langres (paru aux éditions Dominique Guéniot).
Né à Bussières-lès-Belmont en 1882, Edme-André Lavocat est militaire depuis 1903. Maréchal des logis d’artillerie en 1906, il devient élève pilote le 15 septembre 1916. Breveté le 21 janvier 1917 sur avion Maurice-Farman, il quitte l’école d’aviation de Châteauroux pour rejoindre le 5e régiment d’artillerie.
(A suivre)
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