Grâce à la présence sur son sol de la base aérienne 113 « Saint-Exupéry », héritière de la station d’atterrissage inaugurée il y a 97 ans à Saint-Dizier, et qui accueille aujourd’hui le Rafale, fleuron de l’armée de l’air française, la Haute-Marne figure en bonne place dans l’histoire de l’aviation. Cent ans après le premier atterrissage d’un aéroplane dans le département (le 9 août 1910, à Vallerest, près de Wassy), il nous a paru intéressant de dresser un essai chronologique (jusqu’à la mobilisation de 1914) des liens existant entre l’aéronautique et la Haute-Marne.
1784 : Mme Caroillon rapporte que quatre lancements de ballon ont lieu cette année-là à Langres. Lire à ce sujet l’étude que le chanoine L. Marcel leur a consacrés dans le bulletin de la Société historique et archéologique de Langres (Shal), en 1919.
1836 : l’abbé Jean-Martin Demongeot (1793-1852), né à Heuilley-Cotton, mort à Louze, alors curé d’Orges, dépose un brevet d’invention « pour des moyens propres à diriger des aérostats dans toutes les directions ».
1851-1852 : des envols de ballon ont lieu à Langres.
1868 : Camille Flammarion, de Montigny-le-Roi, entreprend plusieurs ascensions en ballon.
1870 : un ballon venu de Paris assiégé, le « Colonel-Charras », monté par Ferdinand Gilles, se pose à Montigny-le-Roi (29 octobre).
1882 : Raoul Marquis, alias Henry de Graffigny, né à Graffigny-Chemin (1863-1934), effectue des vols en ballon dans la région de Nogent. Il en tirera des « Récits d’un aéronaute ». Lire avec profit la biographie que Didier Desnouveaux lui a consacrée sur son blog « Biographies et généalogies haut-marnaises ».
1884 : vol, en région parisienne, du dirigeable « La France », imaginé par l’officier Charles Renard. Le père de ce colonel né à Damblain, aux confins des Vosges et de la Haute-Marne, a été juge de paix à Clefmont, selon la Shal.
1900 : le capitaine du génie Charles Lindecker, né à Chaumont, polytechnicien, commande la section d’aérostiers du corps expéditionnaire en Chine. « Seul au monde », il voit du ciel la mythique cité de Pékin.
1908 : l’industriel sarthois Léon Bollée, petit-fils d’un fondeur de cloches haut-marnais (né à Breuvannes-en-Bassigny), convainc Wilbur Wright de venir faire ses essais au Mans. Le pilote américain l’emmènera comme passager en janvier 1909.
1909 : Henry de Graffigny publie son « Tour de France en aéroplane » ; dans son édition de mars 1909, la revue L’Aéronaute annonce un grand concours aéronautique à Monaco. Le nom du lieutenant Bourgeat (sic), pilote de monoplan Antoinette, apparaît parmi les aviateurs engagés (dont Léon Delagrange, Louis Bréguet…). Il s’agit, sans nul doute, de Médéric Burgeat, né à Chevillon en 1864, officier de cuirassiers.
Mai 1909 : L’Aéronaute annonce que le capitaine Burgeat et Latham, sur Antoinette, effectuent des « petits vols » au camp de Châlons. La revue anglaise Flight signalera que Latham emmènera le Haut-Marnais à 700 m d’altitude, que le 5 juin, Burgeat aurait volé durant une heure cinq minutes sur « Antoinette » à Mourmelon (le lieutenant Chary est un autre pilote sur ce type d’avion).
5 avril 1910 : le capitaine Burgeat obtient le brevet n°44 de l’Aéro-club de France, sur monoplan Antoinette. Son « Antoinette VI » aura réalisé 25 vols entre avril 1909 et juillet 1909.
9 août 1910 : le pilote allemand Otto Lindpaintner, qui pilote un Sommer, se pose à Vallerest, dans le cadre du Circuit de l’Est. C’est le premier avion approché par les Haut-Marnais. Deux jours plus tard, le lieutenant Féquant atterrit à Saint-Dizier.
3 février 1911 : Louis Lenfant, né à Saint-Dizier en 1876, décroche le brevet de l’Aéro-club de France n°386 sur Hanriot.
6 avril 1911 : Louis Lenfant, toujours sur Hanriot, enlève quatre passagers et 332 kg de charge utile depuis le terrain de Reims.
7 avril 1911 : Kimmerling s’envole de Breuvannes sur un monoplan Sommer et vole jusqu’à Mâcon, couvrant ainsi 240 km.
14 avril 1911 : le lieutenant du génie Henri-Charles Remy, né à Saint-Germain-en-Laye en 1881, titulaire du brevet de pilote n°143 (et du brevet de pilote militaire n°15 du 8 juillet 1911), pose son biplan Farman 11 au-dessus de Buxereuilles, près du bois Beauregard (il devait rallier Mourmelon à Besançon). C’est le premier avion vu par les Chaumontais. Il redécolle le lendemain (capitaine, il meurt en novembre 1914 à la suite de la chute de son avion à Issy-les-Moulineaux). L'événement a été rapporté par le journaliste Robert Collin.
22 août 1911 : Alfred Liger, né à Paris en 1885, obtient le brevet n°573. Il résidera à Langres dans les années 20.
7 septembre 1911 : le capitaine de Goys de Mézerac, volant avec son monoplan Blériot de Troyes pour Vesoul, atterrit à Langres, à l’est de la route de Dijon.
8 septembre 1911 : l’officier René Marlin, né à Chaumont en 1887, obtient le brevet n°625 sur monoplan Blériot. Capitaine, chef de l’escadrille MF 7, il mourra dans la chute de son avion dans la Meuse en 1915.
18 janvier 1912 : Paul Lenfant, né à Saint-Dizier en 1886, obtient le brevet de pilote n°731. Il sera sergent pilote de Caudron durant la guerre. Mort dans les Pyrénées-orientales en 1963.
7 avril 1912 : le pilote Emile Védrines se pose à Saint-Dizier.
24 août 1913 : inauguration de la station d’atterrissage de Saint-Dizier, en présence notamment du commandant Lindecker, commandant en second le 2e groupe aéronautique à Reims, et du pilote péruvien Jean Bielovucic (brevet n°87). Une carte postale éditée à cette occasion précise que Bielovucic « fit au collège (de Saint-Dizier) une partie de ses études ». Une relation détaillée et richement illustrée de cette journée est à lire dans la brochure « Si Robinson m’était conté… Les débuts de l’aviation à Saint-Dizier, 1910-1914 », numéro spécial du magazine Echos 113 paru en 1992, écrit par Jean-Marie Chirol, membre du Comité historique Saint-Dizier aviation et président du club Mémoires 52.
Le même jour, inauguration de la station de Langres.
Octobre 1913 : inauguration de la station d’atterrissage de Chaumont (site de La Vendue), en présence du commandant Lindecker.
4 octobre 1913 : le caporal Jean-Pierre Laverlochère, sur monoplan Deperdussin, trouve la mort dans la chute de son avion sur le territoire de Perthes. Il avait quitté Reims pour Langres. C’est un des premiers soldats à mourir pour la cause de l’aviation militaire.
20 octobre 1913 : gênés par le brouillard, le lieutenant Garnier et le sapeur Genrot, volant de Buc à Epinal, se tuent à Prez-sous-Lafauche.
7 novembre 1913 : l’adjudant Gaston Guidon, né à Osne-le-Val en 1883, obtient le brevet n°1 497. Il mourra dans la chute de son avion en 1916.
19 décembre 1913 : Adrien Fétu, né à Eurville, obtient le brevet n°1 562. Pilote en Orient durant la Der des der, il trouvera la mort en 1922 dans le Puy-de-Dôme dans la chute d’un planeur. Le même jour, André Simon, de Châteauvillain, décroche le brevet n°1 536 (comme Fétu et Thomassin, il appartiendra à l'escadrille N 26 et mourra en service commandé en 1916).
6 février 1914 : le lieutenant Robert Massenet Royer de Marancour, né à Chaumont en 1880, obtient le brevet n°1 585. Ce futur général sera l’un des as de l’aviation française avec huit victoires homologuées durant le premier conflit mondial.