vendredi 31 mars 2023

1943 en Haute-Marne : avril


Des membres de l'équipage du 425 Squadron morts à Mussey. (Collection club Mémoires 52).


7 avril. Décès à l'hôpital de Georges Oriot, de Lanty-sur-Aube, qui avait été interné à Hinzert.

8 avril. Prosper Grandmontagne, de Doulaincourt, travailleur en Allemagne, est tué dans un bombardement à Essen.

9 avril. Roger Adam est arrêté par la feldgendarmerie en gare de Joinville. 

13 avril. A cette date, 137 juifs sont encore domiciliés en Haute-Marne.

14 avril. Les Allemands arrêtent Paul Aubert à Maranville. 

Nuit du 14 au 15 avril 1943. Chute d'un Wellington du 425 Squadron (Royal Canadian Air Force) à Mussey-sur-Marne. Les six membres de l'équipage sont tués. 

15 avril. Arrêté en mars 1943, le résistant Henri Hutinet, de Bannes, est libéré. 

16 avril. Déportation à Mauthausen de Jules Giudice (Annéville-la-Prairie, mort en déportation), Pierre Auer (Colmier-le-Bas), Roger Gérard (Poissons, mort en déportation), Marcel Briot (Rachecourt-sur-Marne, mort en déportation), Georges Noël (Roches-sur-Marne), René Aubertin, Lucien Georges (décédé en déportation) et James Paillot, tous trois de Sommevoire, Léon Kremer (décédé en déportation) et Marcel Raspado, de Thonnance-lès-Joinville, Pierre Mouillet (Vecqueville, mort en déportation), Marcin Przezkziek (Villiers-en-Lieu, mort en déportation), Alfred Grosse (Chaumont), Georges Tisserand (Saint-Dizier, mort en déportation), Emile Thirion (Bourbonne-les-Bains), François Kuntz (Joinville), ainsi que trois travailleurs en Allemagne qui avaient été arrêtés en gare de Joinville : Souche, Laveau et Aymard.

- André Germain ("Robert"), de Besançon, est nommé responsable du FN en Haute-Marne.

20 avril. Déportation à Mauthausen d'Arthur Favret (Gilley) et Adam Iwanski (Hortes), porté disparu.

21 avril. Raymond Verjux, de Hûmes, est arrêté à Perpignan en voulant passer en Espagne.

24 avril. Déportation de Germain Beaumet, de Chamouilley, à Natzweiler. 

28 avril. Déportation à Sachsenhausen de Marius Bocquenet, de Wassy (décédé dans les camps), de Camille Hilsenkopf, de Saint-Dizier, de Robert Lenfant, de Saint-Dizier, et d'Henri Tetot, de Saint-Dizier, et à Ravensbrück de Germaine Frilley (Frettes, morte en déportation). 

29 avril. Arrivée à Natzweiler d'Henri Henriot, de Maizières-sur-Amance, décédé en déportation.

mardi 7 mars 2023

1943 en Haute-Marne (mars)


Des réfractaires du Nord à Ecôt-la-Combe. (Collection Daniel Delavaquerie).

1er mars. Arrestation d'Emile Leveau, de Langres (mort en déportation), et de Claire Couche née Grandjean, à Dijon (elle est originaire de Nogent).

3 mars. Evasion par l'Espagne de Georges Caublot, de Laferté-sur-Amance (futur parachutiste SAS).

4 mars. Arrestation dans la Nièvre de Roger Gérard, de Poissons, et à Brethenay de Roger Gillet (morts en déportation).

5 mars. Arrestation en Meurthe-et-Moselle d'Arthur Favret, de Gilley (mort en déportation) ; arrestation d'Adam Iwanski, de Hortes (disparu en déportation).

6 mars. Libération de Roger Kittler, de Torcenay.

10 mars. Arrestation de Maurice Henry et Paul Baillache, à Villiers-le-Sec, de Germain Beaumet, à Chamouilley (il sera déporté).

- Arrivée de réfractaires du Nord-Pas-de-Calais à Andelot. Ils travailleront dans le chantier forestier d'Ecôt-la-Combe.

11 mars. Chute d'un bombardier Halifax à Sommevoire (sept rescapés).

12 mars. Déportation d'Alphonse Cacheur, de Wassy, arrêté en Allemagne. Condamnation d'Armand Voirin, de Sarcey, surveillant à Clairvaux (il sera déporté).

15 mars. Arrestation dans la région de Langres (Bannes, Champigny-lès-Langres, Jorquenay) d'Albert Voirin, Henri Hutinet, Paul Vaillon, Gaston Party, Désiré Richard, Raymond Cherrey, Antoine Banak, René Maire. Ils seront libérés.

. Transport de réfractaires de Chaumont au maquis de Lamarche qui vient de se créer.

19 mars. Arrestation de Marcel et Georgette Varnier, de Saint-Dizier, qui seront déportés (elle ne reviendra pas).

20 mars. Arrestation d'Auguste et Germaine Rossignot, de Saint-Dizier, qui seront déportés.

22 mars. Arrestation au Boulou de René Floquet, de Bourbonne-les-Bains, qui tentait de passer en Espagne (mort en déportation) ; arrestation de Louis et Clotilde Bourniquez à Pressigny (elle sera déportée, lui servira au maquis Henry) ; arrestation de Camille Hilsenkopf, de Saint-Dizier (déporté).

23 mars. Déportation de Pauline Lévy, de Bourbonne-les-Bains (assassinée à Auschwitz), 

25 mars. Déportation de Julien Simon, de Montigny-le-Roi (mort à Auschwitz).

27 mars. Mort par accident de l'adjudant FAFL Serge Guernon (246 Squadron), de Chaumont.

Mars 1943 est également le mois :

- de l'arrestation de Georges Bertrand, de Chaumont (déporté).

- de l'affiliation de Pierre Clavel (Langres) au BOA.

- du contact entre Gabriel Piot (Pouilly) et Marcel Arburger (Lamarche) qui lui demande d'organiser le secteur 426 du mouvement Ceux de la Résistance/Lorraine.

  

lundi 13 février 2023

1943 en Haute-Marne (février)


Ida Rizaucourt, arrêtée le 24 février 1943 par la police française.

Parution du dernier numéro de la publication clandestine La Feuille libre, écrite et diffusée par le journaliste chaumontais Fernand Wiszner ; deuxième voyage à Londres du Chaumontais Christian Pineau, fondateur du mouvement Libé-Nord.

1er février. Rassemblement devant la mairie d'une trentaine de Chaumontaises réclamant un supplément de nourriture pour leurs enfants ; arrestation dans le Cher du FTP bragard André Beau.

5 février. Arrestation en gare de Culmont-Chalindrey du FTP alsacien Joseph Siegler, ancien camarade de combat de Pierre Georges (capitaine Henry) dans le Doubs.

6 février. Arrestation par la feldgendarmerie de Jacques Talbot, employé à la Feldpost de Chaumont.

Nuit du 8 au 9 février. Arrestation à Sommevoire des ouvriers René Aubertin et Lucien Georges.

11 février. Arrestation pour refus de travail d'Albert Deruffe, employé au camp de Robinson à Saint-Dizier.

12 février. Arrestation à Fayl-Billot de Roger Kittler, militant communiste de Torcenay, impliqué dans l'affaire Joseph Siegler.

13 février. Arrestation à Sommevoire de James Paillot ; déportation à Auschwitz de Nicole Haguenauer, de Chaumont.

14 février. Arrestation en gare de Joinville de trois ouvriers échappés d'Allemagne, Jean Souche, Edouard Laveau et Paul Aymard.

16 février. Loi instituant le Service du travail obligatoire ; sabotage d'un câble électrique reliant Saint-Dizier au terrain de Robinson.

17 février. Arrestation pour marché noir de Nicolas Schlesinger, de Saint-Dizier.

20 février. Evasion de onze travailleurs juifs du chantier de Champaubert. Quatre seront repris dont deux à Giffaumont et déportés.

22 février. Arrestation de Marcel et Emile Briot, de Rachecourt-sur-Blaise, pour "propagande anti-allemande et distribution de tracts" ; arrestation de Georges Tisserand, chauffeur à l'usine à gaz de Saint-Dizier, pour "détention d'arme".

23 février. Publication au Journal officiel de l'arrêté entérinant le transfert de la sous-préfecture de l'arrondisement Nord de Wassy à Saint-Dizier ; arrestation de Marcel Varnier, employé à la Ville de Saint-Dizier.

24 février. Arrestation par la police française d'Ida Rizaucourt, accusée d'être à l'origine de la manifestation des "mères de famille" à Chaumont le 1er février.

25 février. Déportation à Hinzert d'Abel et Georges Antoine, arrêtés le 17 décembre 1942 sur le territoire de Montribourg, de Georges Oriot, de Laferté-sur-Aube, et René Brouillard, de Louze ; arrestation de cinq ouvriers de Bussy : Albert Bernardin, Léon Kremer, François Kuntz, Pierre Mouillet et Marcel Raspado, pour refus de travail en Allemagne ; arrestation de Marcin Przezdziek, de Villiers-en-Lieu, de Charles Benay, de Saint-Dizier (pour écoute de la radio anglaise et vols).

26 février. Arrestation de Marcel Desnouveaux, de Lachapelle-en-Blaisy, comme prisonnier évadé ; arrestation de Georges Noël, de Roches-sur-Marne, pour détention d'arme. 

 

mardi 7 février 2023

André Germain (1908-1977), dit Robert, dit Laroche, le cheminot devenu lieutenant-colonel


 André Germain (1908-1977). Source : GR 16 P 252 672, SHD.


Le travail resté inédit de Jean-Marie Chirol sur le maquis Mauguet et le Front national en Haute-Marne (archives du club Mémoires 52) a permis de mettre en lumière l'activité de deux responsables successifs du mouvement dans le département, Jules Didier ("Mercier") et Lucien Pinet ("Lejeune"). L'historien écrivait que Didier avait pris la suite d'un cheminot de Besançon nommé Robert ou Lionel, muté ensuite en Meurthe-et-Moselle. Grâce aux recherches entreprises pour notre dictionnaire historique et biographique "La Haute-Marne et les Haut-Marnais durant la Seconde Guerre mondiale", nous savons désormais qui était Robert, dont le rôle a été bien  plus important que ce qui avait été rapporté jusqu'à présent. Son dossier de résistant conservé à Vincennes permet de préciser davantage ce que fut son parcours.

André Germain est né le 24 mars 1908 à Vierzon (Cher). Il est le fils de Louis Germain et de Berthe Bouton. Il se marie en 1928 avec Andréa Bessermoulin à Vierzon, où naît la même année un fils unique, Jack. André Germain effectue son service militaire au 5e bataillon des ouvriers de l'artillerie puis intègre les chemins de fer en 1930. Délégué du personnel SNCF pour la Région Sud-Est (1934), il travaille au dépôt des machines à Besançon, où il est domicilié au 107, rue de Belfort. 

Affecté spécial en 39-40, André Germain vient en aide dès l'été 1940 à des prisonniers de guerre évadés pour leur faire passer soit la frontière franco-suisse, soit la Ligne de démarcation à Auxonne (Côte-d'Or). Membre du FN sous le nom de Maurice, destitué de son mandat syndical pour "hostilité au gouvernement", il entre en contact en 1942 avec Georges Bourdy (Philippe), responsable régional (départemental) FTP dans le Doubs. C'est ce dernier qui le désigne chef de secteur FTP de Besançon.

Femme et enfant arrêtés

Selon ses déclarations, André Germain participe, directement ou indirectement, à plusieurs opérations réalisées par la Compagnie Valmy commandée par le capitaine Henry (Pierre Georges) :

- le déraillement d'un train à Frasnois sur la ligne Besançon-Lyon,

- "l'attaque" d'un train à Deluz (22 septembre 1942),

- une embuscade à Mamirolles contre la voiture d'un général allemand du camp du Valdahon (7 octobre 1942).

Bourdy ayant été nommé interrégional, Germain passe sous les ordres du capitaine Paul Paqueriaud (Paul) en février 1943 puis, le 16 avril 1943, "dénoncé par l'agent de liaison régional arrêté et qui parla sous la torture", il échappe à l'arrestation à son domicile et passe dans la clandestinité. En revanche, son épouse et son fils Jack, 14 ans, ont été interpellés et détenus pendant trois semaines à la prison de la Butte.

Robert

Ayant renoué le contact avec Georges Bourdy (FTP) et Marcel Mugnier (interrégional FN) chez M. Carmille, il est affecté à la Haute-Marne comme "commandant régional FTP". Toutefois, la plupart des témoignages de résistants haut-marnais le qualifient de responsable régional du FN, sous le nom de Robert.

Dans ce département, où il loge tantôt chez M. Chausel à Moëslains, tantôt chez Maurice Méthé à Chaumont, André Germain peut notamment compter sur le libraire Jean Le Magny, de Chaumont, et sur l'ingénieur Adrien Giudicelli, de Langres. Dès le mois de mai 1943, il recrute le jeune Chaumontais Gaston Huet pour assurer la réception et la distribution de tracts récupérés dans le Doubs. A Saint-Dizier, le cheminot Ferdinand Cazy assure la mission de "boîte aux lettres".

Sous l'impulsion de Robert, des réfractaires au STO sont cachés dans les secteurs de Châteauvillain (avec l'aide de l'ingénieur Philippe Hantzberg, mort en déportation), d'Auberive (avec Giudicelli), dans le bois de Chantraines (avec M. Busier, de Bologne). Le résistant est également à l'origine de la création de groupes FN à Sarrey (Henri Voirpy), Neuilly-l'Evêque (Jean Martin), Montigny-le-Roi (André Roy), Joinville (Philippe Lamoureux et Emile Marangé)... Ce sont ces groupes qui réalisent les premiers sabotages de voies ferrées en Haute-Marne, début septembre 1943.

Lionel

Après l'arrestation à Chaumont de Gaston Huet, suivie de celles d'adhérents FN à Saint-Dizier et dans le Doubs (4-11 septembre 1943), André Germain, recherché par la police française, est contraint de quitter la Haute-Marne. Il est remplacé à compter du 15 septembre 1943 par Jules Didier. Lui-même rejoint la Meurthe-et-Moselle. Selon ses états de services, il a été chargé par le commandant Camille (Pierre Georges), commissaire militaire interrégional, de la "réorganisation des FTPF de la Meurthe-et-Moselle dont la direction régionale a été détruite à la suite d'arrestations". Au-revoir Robert, bonjour Lionel, qui était en réalité "RR" (responsable régional FN, voire recruteur régional) de la Région 2 (Meurthe-et-Moselle)

Revendiquant la création d'un maquis de "Russes évadés" à Baroncourt (le fameux détachement Stalingrad), ainsi que sa participation à la formation du Comité départemental de libération au titre des FTP [plutôt au titre du FN], le commandant Germain indique ensuite n'avoir échappé "que d'extrême justesse à l'arrestation" après le démantèlement du comité régional FTP et du groupe Gambetta (février - mars 1944).

Chef de corps à 36 ans

Il rejoint alors l'interrégion 9 des FTP (Loire-Inférieure, Maine-et-Loire, Deux-Sèvres, Vendée, Vienne, Haute-Vienne) comme commissaire aux effectifs interrégional "début avril 1944". Sous le nom de Laroche, il opère plus particulièrement en Vendée. Le 15 octobre 1944, ce deuxième classe de l'armée française est nommé lieutenant-colonel FFI et prend le commandement du 93e régiment d'infanterie. A la tête de ce régiment composé de FFI de Vendée et ayant notamment donné naissance au 91e RI, le lieutenant-colonel Laroche combat dans la Poche de La Rochelle jusqu'à la capitulation de l'Allemagne nazie.

Deuxième carrière dans l'armée

La paix revenue, André Germain fait le choix de rester dans l'armée. Nommé capitaine d'active en juin 1945, il sert à deux reprises en Indochine (1951-1953 et 1954-1955), où son fils Jack a perdu la vie. Puis il prend part aux opérations en Algérie. Il termine sa carrière comme chef d'escadron du train.

Etabli à Montbéliard (Doubs) comme agent d'assurance, il était médaillé de la Résistance (1946), officier de la Légion d'honneur (1965). Il avait été cité à l'ordre de l'armée en avril 1945. André Germain est décédé à Montbéliard le 8 novembre 1977, à l'âge de 69 ans. 

Sources : "états de services du capitaine Germain dans la Résistance et aux FFI" (1951), GR 16 P 252 672, Service historique de la Défense ; dossier de membre de la Légion d'honneur d'André Germain, base Léonore ; La Haute-Marne et les Haut-Marnais durant la Seconde Guerre mondiale, club Mémoires 52, 2022 ; MAGRINELLI, Jean-Claude, Militants ouvriers de Meurthe-et-Moselle sous l'Occupation, Kairos, 2020 ; FONTAINE, Lionel, Les volontaires de l'an 1944, tome 2, 2022.

mardi 24 janvier 2023

La compagnie Heidet, maquis Duguesclin


Des volontaires du maquis Duguesclin, après la libération de Chaumont. 
(Collection club Mémoires 52).


Parmi les unités FFI de la Haute-Marne, le maquis Duguesclin se distinguait, nous l'avons déjà écrit, par le nombre d'officiers et de sous-officiers de carrière qui l'encadraient. La 1ère compagnie en était un exemple éloquent. 

Cette unité était commandée par le lieutenant Pierre Heidet, 38 ans, de Neuilly-sur-Suize. Sa 1ère section était placée sous les ordres d'un Bragard de naissance, le sous-lieutenant Henri Bigorgne, qui s'est marié à Chaumont. Il avait pour adjoint un Vendéen, l'adjudant Constant Brochard. Né à Saint-Vincent-sur-Graon en 1902, Brochard, sous-officier de carrière, s'était installé en Haute-Marne comme brigadier des Eaux et forêts, d'abord à Ormancey, puis à Cour-l'Evêque. Membre du FN dès 1941, cet habitant de Coupray avait entrepris de diriger des requis du STO vers des chantiers forestiers pour en faire ultérieurement des maquisards. 

L'adjudant-chef Jules Meyer, Franc-Comtois de 45 ans, retraité depuis le 1er septembre 1940, employé à l'intendance militaire de Chaumont depuis le 25 février 1941, commandait la 2e section, avec pour adjoint l'adjudant-chef François Frey, 47 ans, qui lui était Vosgien. Retraité le 1er septembre 1941, Frey était, depuis février 1941, contremaître dans des exploitations forestières d'Arc-en-Barrois, travaillant notamment pour le comte de Paris. 

La 3e section avait pour chef l'adjudant-chef René Karr, né à Joinville en 1905, prisonnier de guerre rapatrié fin 1942 et dès lors employé par le Centre de libération des prisonniers de guerre de Chaumont. Le sergent-chef Roger Petitot, de Leffonds, était un de ses chefs de groupe.

Figuraient également, parmi les sous-officiers de la compagnie Heidet, des artilleurs, comme l'adjudant Jean Prodhon, natif de Beauchemin, maréchal des logis en 1939, ou l'adjudant Robert Frey (homonyme du contremaître arcquois), ainsi qu'un militaire du train, l'adjudant-chef Lucien Fréquelin, d'Arc-en-Barrois, qui s'était battu en Syrie contre les Anglais en 1941...

Maquis de Côte-d'Or

François Frey et Constant Brochard commandaient deux groupes qui ont formé, fin août 1944, le noyau du maquis Duguesclin, placé sous les ordres du capitaine René Schreiber. Tous deux étaient initialement en contact avec les responsables du maquis Blonde, de Gurgy-la-Ville (Côte-d'Or). Frey dira pour sa part avoir reçu l'ordre du lieutenant Perrin (Blonde) de "mettre sur pied un groupe mobile dans la forêt d'Arc-en-Barrois".  Son camarade Brochard précisera ensuite : "Le capitaine Schreiber et le lieutenant Parcollet viennent prendre contact avec nous à Montrot et il est décidé que les officiers chaumontais feraient l'encadrement de nos groupes avec constitution d'un maquis haut-marnais dans la forêt d'Arc (maison forestière de Champlain), après autorisation du général (sic) commandant les FFI de Côte-d'Or (...) Du 25 au 27 (août 1944), tout était rassemblé au maquis, savoir le groupe Frey, 35 hommes environ, et les 50 hommes que j'amenais de Coupray, Cour-l'Evêque, Créancey et Latrecey avec le patriote Tissut et le père Maingon [Léon-Henry Maingon, 66 ans, de Latrecey] que nous cachions depuis quelque temps dans le maquis du fait qu'il était traqué par les Allemands. J'emmenais aussi au maquis un blessé que nous cachions à Coupray et dont la tête avait été mise à prix par les Allemands (Huleux Henri, du Nord)..." 

Ayant changé de camp "en raison du manque d'eau à Champlain" (le noyau du maquis gagna alors la forêt au sud-ouest d'Arc-en-Barrois et de Giey-sur-Aujon), la compagnie Heidet fit ensuite son entrée dans Arc que venaient d'évacuer les Allemands le 31 août 1944. Elle alla immédiatement garder les issues du bourg pour dresser des embuscades. Le groupe Petitot prit ainsi position sur la route de Langres, avec l'adjudant-chef Karr et l'adjudant Brochard. Le 3 ou le 4 septembre 1944, il fut attaqué par des Allemands alors qu'il occupait une maisonnette près de la forêt. "Sous la violence du choc, écrit le sergent-chef Petitot, le groupe, en essayant de se dégager, se trouva dispersé et l'adjudant Brochard nous regroupa à (la ferme de) Sautreuil. Au cours de cette action, il fut blessé à une jambe. Après avoir reçu des premiers soins, il fut transporté à Arc par le fermier Bégin après la fin de l'action."

Pendant qu'une partie de la 1ère compagnie, avec Bigorgne et Karr, restait dans la région d'Arc pour assurer la sécurité du camp, le reste de l'unité et du maquis faisait mouvement à partir du 2 septembre 1944 en direction de Chaumont, ville dans laquelle les FFI du capitaine Schreiber devaient entrer le 13 septembre. 

Après la libération de la Haute-Marne, Brochard, devenu adjudant de compagnie, retrouvait son poste aux Eaux et forêts, François Frey, promu sous-lieutenant FFI, rejoignait le service du matériel à Chaumont, Henri Bigorgne, nommé lieutenant, et Jules Meyer, passé aspirant, s'engageaient dans le 1er bataillon du 21e régiment d'infanterie coloniale...

Sources : Combattants volontaires de la Résistance, 1548 W 1, 1548 W 2, 1548 W 4, ADHM ; journal des marches et des opérations du maquis Duguesclin, archives club Mémoires 52. 

lundi 9 janvier 2023

1943 en Haute-Marne (janvier)


Raoul Gauthier (1911-1944)


 4 janvier : arrestation, par la feldgendarmerie, de l'agriculteur Louis Brulin, à Annonville. L'occupant voulait réquisitionner la ferme de La Vallée au titre de l'Ostland. Louis Brulin, dont le fils avait été arrêté à deux reprises en mars et avril 1942, sera emprisonné à Chaumont, à Clairvaux, puis interné à Compiègne. Mais il ne sera pas déporté. 

. les Chaumontais François Andriot et Charles Husson, qui ont quitté Chaumont un mois plus tôt pour rejoindre la France libre, sont internés dans le camp de Miranda (Espagne). 

7 janvier : arrestation, à Epernay (Marne), du résistant Pierre Johnson. Il était depuis décembre 1941 le chef du secteur 231 du SR Kléber et, avec la complicité du docteur Pierre Vesselle, il avait accompli l'exploit, au printemps 1942, de dérober à Saint-Dizier le Livre des suspects. Johnson, qui agissait sous la couverture d'un agent immobilier installé à Chaumont, sera déporté le 27 avril 1944.

8 janvier : déportation vers une prison allemande de deux habitants de Rachecourt-sur-Marne, Maurice Burgnies, 23 ans, et Lucien Lefranc, 26 ans. Tous deux avaient été arrêtés le 28 novembre 1942 à Strasbourg parce qu'ils refusaient de travailler en Allemagne. Ils seront déportés à Dachau. 

9 janvier : arrestation du Bragard Roger Roussia. Sa particularité : il travaillait tout à la fois pour la Sipo-SD et pour la Résistance. Il sera notamment déporté à Dora. 

12  janvier : arrestation à Bourbonne d'Emile Thirion et Joseph Cauler. Cafetier dans la cité thermale, Thirion sera déporté le 16 avril 1943 à Mauthausen. 

13 janvier : décès à la centrale de Fontevraud (Maine-et-Loire) du militant communiste Louis Ravier, né à Arnoncourt,

. Arrestation à Annéville-la-Prairie de Jules Giudice, travailleur en Allemagne. Déporté le 16 avril 1943 à Mauthausen, décédé le 12 janvier 1944 à Gusen. 

15 janvier : contact entre les résistants Henri Hutinet, de Bannes, et Roger Dimey, de Chaumont, par l'intermédiaire du libraire Jean Le Magny. 

16 janvier : arrestation, à Chaumont, du commissaire de police Armand Charrié et, à Dampierre, du garde forestier Roger Perrin. Ils travaillaient tous deux pour Pierre Johnson (SR Kléber) arrêté neuf jours plus tôt. Emprisonné après avoir été longuement interrogé par la Sipo-SD, Charrié sera libéré en février 1944 et reprendra son poste à la libération. Déporté le 22 janvier 1944 à Buchenwald, Perrin est décédé à Hartheim en décembre 1944.

19 janvier : arrestation de Julien Simon, électricien à Saint-Dizier, car il ne portait pas l'étoile jaune. Il sera assassiné au camp de Sobibor. 

21 janvier : départ en déportation de Germain Royer (Laferté-sur-Aube), décédé à Brieg-sur-Oder le 19 décembre 1944.

22 janvier : départ en déportation de Raoul Gauthier (Daillancourt), exécuté à Breslau le 14 septembre 1944. "Bien chers tous. Je suis dans un train qui part très certainement pour l'Allemagne... Le moral est très bon comme il a toujours été", écrit-il à sa famille. 

. Arrestation de Gabriel Lallement (Courcelles-sur-Blaise), prisonnier évadé. Il sera reconduit en Allemagne.

. Signature par Pierre Laval du décret actant le transfert de la sous-préfecture de l'arrondissement Nord de Wassy à Saint-Dizier. 

24 janvier : départs en déportation de Pierre Benoist (Wassy, mort à Sachsenhausen le 23 janvier 1945), Alphonse Corroy (Liffol-le-Petit), Roger Fourrier (Doulaincourt, décédé en juin 1944), Roger Guyot (Joinville), Adolphe Kahn (Saint-Dizier, disparu en déportation), Henri Maupin (Nogent, mort le 29 juin 1943 à Oranienburg), Roger Murer (Brousseval), Louis Richard (Wassy), Pierre Robert (Bologne), Georges Savary (Saint-Dizier), Louis Schehr (Rimaucourt), Charles Triffaut (Curel).

25 janvier : le pilote FAFL Robert Gouby, de Bourbonne-les-Bains, est fait membre de la Légion d'honneur. 

27 janvier : arrestation de Marius Bocquenet, gardien-chef de la prison de Wassy. Ce gendarme retraité était accusé d'écouter la radio anglaise. Déporté le 28 avril 1943 à Sachsenhausen, ce natif de Vesaignes-sur-Marne est décédé le 15 juin 1943 dans ce camp. 

. Déportation de Joseph Lapoire (Thonnance-lès-Joinville) à Sachsenhausen. 

29 janvier : la préfecture informe par télégramme le gouvernement français du nombre d'étrangers domiciliés en Haute-Marne. Ils sont 5 759, dont 1 811 Italiens, 1 306 Polonais, 773 Suisses, mais également 24 Américains, quatorze Britanniques, deux Syriens, un Palestinien, un Argentin... et un Guatémaltèque. 

- René Jeanson (Saint-Dizier) arrive au camp de Natzweiler. 

mardi 13 décembre 2022

Les derniers jours du "colonel Fabien" dans le Nord-Est, décembre 1943


 

Un portrait de Pierre Georges (1919-1944), dans un avis de recherche lancé par les Renseignements généraux après son évasion du fort de Romainville en juin 1943 et conservé par les Archives départementales de la Haute-Marne.


Le 22 février 1944, en intervenant au 33, boulevard Lobau à Nancy, la 15e brigade régionale de police de sûreté abattait Pierre Buffard ("Gérard"), commissaire militaire de la région 2 (Meurthe-et-Moselle), interpellait Charles Guillaume ("Renaud"), commissaire aux effectifs régional, et son épouse Simone Baron ("Claudine"), tous trois transfuges des FTP de la Haute-Saône, et mettait la main sur une importante documentation.

Il s'agit des archives de l'interrégion n°21 des FTPF, provenant essentiellement de la Haute-Saône (région 7), de la Haute-Marne (région 4) et de la Meurthe-et-Moselle (région 2). Ordres, communiqués, rapports d'activité, organisation des compagnies, etc. : cette masse documentaire saisie par les policiers nancéiens est d'une grande utilité pour les historiens puisque, conservée par les Archives départementales de Meurthe-et-Moselle, elle permet de mieux connaître le rôle joué, dans l'action armée dans le Nord-Est de la France, par le commissaire militaire interrégional (CMIR), Pierre Georges, plus connu sous le nom de colonel Fabien, à cette époque appelé commandant Albert, ou Camille, voire Patrie.

Au moment de l'intervention de la 15e brigade régionale, Pierre Georges avait quitté le Nord-Est depuis de nombreuses semaines. Il était parti courant décembre 1943. Grâce à différentes pièces d'archives conservées à Dijon et à Nancy, grâce à de rares témoignages écrits (en premier lieu ceux de son compagnon d'arme et biographe Pierre Durand), il est possible de suivre à la trace, autant que faire se peut, le valeureux résistant FTP durant ses dernières semaines de présence dans les sept départements de Franche-Comté, de Lorraine et de Champagne dont il avait la responsabilité.

Fin novembre, début décembre 1943, Pierre Georges est ainsi présent à une réunion qui se tenait au café La Lie des Moines à Froideconche (Haute-Saône). Pas moins de 18 résistants étaient présents à ce rendez-vous qui aurait dû, initialement, ne concerner que les principaux responsables des FTP de Haute-Saône et des agents de liaison. Cette affluence imprévue, dangereuse pour leur sécurité, devait stupéfier le commandant Albert, qui a appris en outre, ce soir-là, que le chef de la Compagnie Valmy, le lieutenant Georges Pouto ("Georges"), était un repris de justice. Celui qui avait fait cette confidence à Albert, Raymond Guyot, devait d'ailleurs être assassiné dans la nuit par le même Pouto, et son corps retrouvé le 5 décembre 1943 à Froideconche. A la même période (le 2 décembre 1943, selon l'intéressé), Pierre Georges affecte le commissaire technique régional de la région 7, Richard (ex-Gaby, ex-Gustave), Gabriel Szymkowiak, à la Haute-Marne, où il exercera finalement la fonction de commissaire militaire régional.

Le 4 décembre 1943, le CMIR passe par Nancy, ville qu'il connaît bien pour avoir été hébergé chez Camille Camus (au 15, rue Thierry-Alix) et chez Mme François (au 6, rue de Rigny). Là, alors qu'il voyage en train avec une agent de liaison, Albert est rejoint par un garde du corps qui a été armé par les soins de Pierre Buffard : André Camus ("Mario"), frère de Camille Camus. Tous trois prennent la direction de Château-Thierry, puis de Pantin. Manifestement, Pierre Georges avait un rendez-vous important à Paris. Le 11 décembre 1943, selon le récit de Jean Girardot, le maire de Magny-Vernois cité par Pierre Durand, le chef FTPF est de retour en Haute-Saône puisqu'il rend visite à ce père de famille qui héberge sa fille Monique et lui annonce qu'il quitte la région. Vers le 12 décembre, André Camus croise encore, à Chaumont, Albert et l'agent de liaison Mariette (Suzanne Paganelli).

Pierre Georges était-il alors sur le départ ? Rien n'est sûr. Commerçant à Lure (Haute-Saône), Martial Vidal affirme que "le jour-même où [Georges Pouto] fit semblant (sic) de se faire arrêter, le colonel Fabien, que j'avais vu, m'avait dit [que Pouto] devait être abattu, ce jour-là, par de vrais résistants, à la suite d'un conseil qui avait été prévu à Magny-Vernois"

C'est en effet le 17 décembre 1943 que le lieutenant Georges, devenu commissaire militaire régional des FTP de la Haute-Saône à la place du capitaine Jean (Albert Poirier), a été arrêté par des feldgendarmes à Magny-Vernois, alors qu'il se rendait à une réunion du comité militaire régional. Après sa capture, réalisée en même temps que celle de Sarrazin dit Serge ou L'Arabe, Pouto devait se mettre très rapidement au service de la police allemande et provoquer les arrestations de nombreux membres de sa Compagnie Valmy. 

Le commandant Albert était-il encore dans la région à ce moment critique ? La seule certitude, c'est qu'il a passé la nuit de Noël 1943 chez un frère à Rochefort-sur-Mer, sur la côte Atlantique. Il ne devait revenir en Haute-Saône qu'un an plus tard, à la tête de la 1ère Brigade de Paris, constituée de FTP parisiens et meusiens principalement. Le 27 décembre 1944, celui qui était devenu le colonel Fabien périssait à Habsheim, à l'âge de 25 ans, dans l'explosion d'une mine.

Sources principales : dossier d'enquête sur le démantèlement du groupe Gambetta de Nancy, en février 1944, 2101 W 15, AD 54 ; dossier d'enquête sur la trahison de Georges Pouto, 29 U 66/2, AD 21 ; DURAND, Pierre, Qui a tué Fabien ?, Temps actuels, 1985.