mardi 9 novembre 2010

11 Novembre : le "Cahier noir" qu'il convient de lire



« En 1991, un cultivateur de Voisines, Maurice Lambert, pour la première fois de sa vie laborieuse, se voit contraint de cesser ses activités habituelles : une opération et la convalescence qui suit lui interdisent de prendre le chemin de la grange, de l’écurie ou des champs. C’est un homme qui ignore le désoeuvrement, alors il s’occupe et range ses papiers, les siens et ceux qui lui viennent de ses ancêtres. Il trouve dans une armoire, un petit cahier à couverture noire. Il l’ouvre : les pages ont un peu jauni et l’écriture penchée, bien formée, régulière, pâlit à certains endroits. C’est un cahier de 44 pages. Un cahier d’écolier. Mais d’écolier allemand : en première page, le Kaiser est représenté et cette gravure a été barrée de deux coups de crayon, bien nets, tracés avec détermination, comme pour indiquer que les pages qui suivent n’ont pas à être placées sous cette effigie. Et puis, il y a quelques mots allemands : Kaiser - Tagebuch… »

Ainsi André Grossetête, inspecteur d’académie honoraire, écrivain et historien haut-marnais, présente-t-il, en guise d’introduction, « Le Cahier noir », journal de guerre et de captivité d’un Poilu, René Lambert, le père de Maurice. Document d’autant plus remarquable que, comme l’écrit André Grossetête, « les paysans de l’Est de la France, ceux du «Pain au lièvre », sont des hommes directs mais discrets. Ils ne se racontent pas, se confient peu, des hommes solitaires dans leur écurie ou derrière leur charrue. Ils n’ont pas l’habitude de se dévoiler. » D’autant plus intéressant qu’il a été écrit « pendant l’épreuve… Très rares sont les récits d’hommes humbles, de poilus pour reprendre le nom qui leur fut attribué, qui présentent cette continuité. Il a cette qualité supplémentaire d’être rédigé, parfois au jour le jour, de nous faire connaître l’évolution des sentiments d’un combattant, les conditions de vie, les relations d’amitié, les obsessions de ces hommes dont beaucoup, c’est le cas de René Lambert, sont revenus profondément marqués par l’épreuve, au point que tout le reste de leur vie en fut modifié… »
« Le Cahier noir », c’est donc le récit d’un homme de la terre originaire de Voisines (1888-1960), René Lambert, soldat au 21e régiment d’infanterie à Langres, fait prisonnier en 1916 lors de la terrible bataille de Verdun. Récit recueilli, retranscrit et commenté par André Grossetête, membre actif du club Mémoires 52, amoureux de sa terre haut-marnaise et des hommes et des femmes qui la peuplent et qui l’ont peuplée.

L’ouvrage est notamment disponible auprès de l’auteur, 7, boulevard Barotte à Chaumont (ou rue du Four, à Voisines).

samedi 9 octobre 2010

Hommage aux Grognards de Haute-Saône et de Haute-Marne à Frettes




Frettes carrefour de la mémoire
des Haut-Saônois et Haut-Marnais tombés à Eylau


Jeudi 11 novembre 2010, le village de Frettes (Haute-Saône), entre Champlitte et Fayl-Billot, accueillera une manifestation du souvenir extra-départementale. Il s’agira en effet de rendre hommage aux soldats de la Grande Armée originaires de la Haute-Saône et de la Haute-Marne tombés le 8 février 1807, et particulièrement à deux enfants de Frettes, François Balazet et Nicolas Prudent.
Pourquoi cette cérémonie ? Les recherches d’un couple d’historiens, Danielle et Bernard Quintin, auteurs d’un dictionnaire biographique des soldats français tombés lors d’une des plus sanglantes batailles du Premier Empire, ont permis de révéler que les deux départements ayant payé le plus lourd tribut à cette victoire sont la Haute-Saône et la Haute-Marne. Les natifs du premier appartenaient majoritairement au 24e régiment d’infanterie de ligne, les seconds presque exclusivement au 14e de ligne, régiment décimé à Eylau.
Commune haut-marnaise de 1790 à 1974, le village de Frettes est aujourd’hui associé à la Ville de Champlitte. Son choix s’imposait donc pour accueillir cette manifestation, dont l’initiative revient à la délégation franc-comtoise du Souvenir napoléonien et au club Mémoires 52, avec la participation active de la Ville de Champlitte et du village associé de Frettes, et le soutien de la Société d’archéologie, des arts et des sciences de la Haute-Saône.
La manifestation commencera à 14 h 15, aux abords de l’église de Frettes, par une présentation effectuée par les Grognards lingons, groupe de reconstitution historique du 14e de ligne. Elle se poursuivra à 15 h par l’inauguration, sur le monument aux morts, d’une plaque rendant hommage aux soldats Balazet et Prudent et à leurs camarades de Haute-Saône et de Haute-Marne tombés à Eylau. Puis, à 15 h 45, d’éminents spécialistes du Premier Empire donneront des conférences axées autour du thème de la Campagne de Pologne de 1807 et du 14e de ligne.
Il s’agit de Thierry Choffat, maître de conférences à l’Université de Nancy, président des Vosges napoléoniennes, d’Alain Pigeard, docteur en histoire et docteur en droit, vice-président national du Souvenir napoléonien, et de Bernard Quintin, membre du conseil d’administration de l’Institut Napoléon.
Cette journée, qui sera également marquée, dans la matinée, par un hommage au chirurgien Fourot, qui repose dans le cimetière de Champlitte, n’a d’autre prétention que le souvenir des quelque 230 soldats haut-saônois et haut-marnais tombés lors du gigantesque affrontement entre les troupes de l’empereur des Français Napoléon Ier et celles du tsar de Russie Alexandre Ier.

jeudi 16 septembre 2010

Un général nordiste d'origine haut-marnaise



Le général Richard Franchot. Son père est né à Chamouilley. (Photo issue du site allemand Big.country consacré aux généraux américains).

Il n’est pas rare, en se penchant sur des pages d’histoire de l’humanité, de croiser la trace d’un Haut-Marnais là où on ne l’attendrait pas forcément. Les exemples ne manquent pas.
C’est le fils du conseiller général langrois Du Breuil de Saint-Germain qui se bat aux côtés des Boers en Afrique du sud…
C’est le père Bouillevaux, de Montier-en-Der, qui, premier occidental, visite le temple d’Angkhor…
C’est un officier chaumontais, le capitaine Lindecker, qui le premier voit Pékin du ciel…
Ce sont encore des militaires qui se battent aux quatre coins de la planète, au Mexique, à Madagascar, au Soudan, etc.

Récemment, nous avons retrouvé la trace d’un enfant de Serqueux ayant combattu comme sergent dans les rangs de l’armée nordiste, durant la Guerre de sécession ! Une page d’histoire, parmi d’autres, qui vous sera révélée ultérieurement grâce à un travail de recherches mené actuellement avec une connaissance des lecteurs de ce blog, Didier Desnouveaux…

En attendant, nous vous livrons ici l’histoire d’un fils de Haut-Marnais devenu, lui, général de brigade dans l’armée nordiste ! Son nom évoquera bien des souvenirs aux familiers des environs de Saint-Dizier : il s’appelle Franchot, patronyme associé aux étangs situés près d’Ancerville.

A l’origine, il y a Charles Franchot, propriétaire sous l’Ancien Régime des forges de Chamouilley. Epoux notamment de Marie-Gabriel Richard, il a eu une descendance fort importante : 21 enfants, au total, dont beaucoup mourront en bas âge. Parmi ses fils : Stanislas-Paschal Franchot, né à Chamouilley le 30 mars 1774. Son parrain est « maistre » Pierre-Charles Guillaume, greffier dans l’administration des Eaux et forêts, et sa marraine Jeanne Franchot. C’est ce Stanislas-Paschal qui nous intéressera.

Signalons d’abord que ce Charles Franchot a un frère établi maître de forges à Haironville (Meuse), Jean-Baptiste. Ce dernier est notamment père de deux personnalités meusiennes :
. Charles-Antoine, né à Haironville le 22 janvier 1769, d’ailleurs filleul de Charles. Lieutenant au 3e bataillon de la Meuse (novembre 1791), il sera promu chef de bataillon dans la 43e demi-brigade de ligne en l’an XII, puis passera dans les grenadiers de la Garde en 1807, avant d’être admis à la retraite en novembre 1809. Le colonel Franchot reprendra du service le 25 décembre 1813 comme gouverneur de place. Retiré semble-t-il à Ancerville, il mourra en 1839 à Mézières, dans les Ardennes.
. Charles-François, né à Ancerville en 1778, sera membre du conseil d’arrondissement de Bar-le-Duc en 1809 et décédera à l’âge de 68 ans. Son fils Aimé sera maire d’Ancerville.
Autre parenté intéressante : Charles Franchot est l’aïeul maternel du futur académicien Charles Etienne, fameux homme de lettres né à Chamouilley en 1777.

Revenons à Charles, le maître des forges de Chamouilley. Veuf, ayant fait faillite, il part, au début de la Révolution, aux Etats-Unis, avec ses enfants survivants ! A priori, il est accompagné d’Augustin, né à Chamouilley le 13 juillet 1759, de Louis, né le 23 juin 1763, de Paschal, l’avant-dernier... Il s’installe dans le comté d’Otsego, Etat de New-York, au lieu-dit Louisville, aujourd’hui ville de Morris. Le premier magasin de Louisville appartient d’ailleurs aux Franchot, puis la première usine. Si Charles retournera en France (nous ignorons la suite de sa vie), son fils Stanislas-Paschal restera à Morris (Augustin, avant 1793, et Louis y sont morts entretemps).

Marié à Catherine Hansen, mort en 1855, Stanislas-Paschal est le père de Richard Franchot, né le 2 juin 1816 à Morris. Lui qui a fait des études de génie civil sera élu républicain au Congrès (1861) et obtiendra, à l’été 1862, l’autorisation de recruter et commander, comme colonel, le 121st New-York volunteers, formé dans les comtés d’Otsego et d’Herkimer. Il sera très peu de temps à sa tête et laissera le commandement au colonel Upon. Ce qui n’empêchera pas Franchot, qui selon un de ses officiers n’a pris part à aucune bataille, d’être promu général de brigade de volontaires nordistes le 13 mars 1865, à 49 ans ! Associé ensuite avec le Central pacific railroad, il meurt dix ans plus tard.

A noter que, parmi les descendants de la famille Franchot, figure un célèbre acteur – certes aujourd’hui oublié – américain, Franchot Tone, époux de Joan Crawford, et dont le nom a été donné à une étoile du fameux Hollywood boulevard.

vendredi 3 septembre 2010

Le récit d'un évadé du train de Neuengamme récemment identifié



La fausse carte d'identité d'Emmanuel Lalanne (document communiqué par la famille Sierra, que nous remercions bien sincèrement).


Notre article sur l’évasion de 45 déportés (pour Neuengamme) dans la Marne, entre Châlons-en-Champagne et Vitry-le-François, dans la nuit du 4 au 5 juin 1944, a suscité l’intérêt de Philippe et Régis Sierra. Et pour cause : leur grand-père a fait partie de ce groupe. Mieux : celui-ci a consigné par écrit un récit de cette évasion, paru en 1999 dans la gazette du Groupe cyclotouriste agenais. Ce témoignage, mis en forme par Philippe Sierra, s’ajoute aujourd’hui à ceux qu’avait pu recueillir Jean-Marie Chirol, avant la parution de son ouvrage en 1996. Le fondateur du club Mémoires 52 savait uniquement, à cette date, qu’un des évadés, le lieutenant Jocteur-Monrozier, avait sauté en compagnie de deux Agenais, Lalanne et Galand, et qu’il ignorait leur destin (lui-même étant allé rencontrer un prêtre de Vitry-le-François). Voici celui d’un d’entre eux…

Emmanuel Lalanne (1910-1992) a été arrêté le 30 janvier 1944, à l’occasion des obsèques d’un résistant du Lot-et-Garonne, Gérard Duverger, alias « Chevalier ». Emprisonné à la prison d’Agen où il a été torturé, transféré à la prison Saint-Michel à Toulouse, il a été ensuite dirigé sur Compiègne-Royallieu, anti-chambre de la Déportation.

Voilà ce qu’Emmanuel Lalanne rapporte des circonstances de son évasion : « Un officier allemand nous avertit que si nous tentons une évasion, nous serons repris et fusillés. Or, la veille, nous savions qu’il y aurait une tentative d’évasion, comme en avait décidé un prêtre de la région parisienne (mais une quarantaine de prisonniers le savaient seulement) (Note : l’abbé Le Meur). Au cours de la nuit, nous essayons donc de scier le plancher du wagon (pour y faire un trou pour pouvoir s’échapper). Mais nous devons vite nous arrêter, une poutre de fer apparaît qui ruine nos espérances. Alors nous nous attaquons au verrou de la porte (…). Le verrou cède. L’évasion peut commencer. Le train étant toujours en marche, nous devons sauter chacun notre tour. Nous avions convenu de nous retrouver par équipe de trois, le premier ayant sauté (s’il n’était pas blessé) devait avancer pour rejoindre le deuxième qu resterait sur place, le troisième revenant en arrière (rejoindre le deuxième). Pour ma part, il est convenu que je saute en second, cependant je saute à la place du premier car celui-ci prend peur et n’ose pas. Le train va vite, le jour commence à se lever, nous sommes les 5 juin. Pour sauter on doit s’allonger (sur le dos) sur la marche (le marche-pid), les pieds en avant et se laisser tomber en position horizontale afin d’amortir la chute. Cependant le temps presse et je me lance debout. Je roule sur quelques mètres au sol, sans trop me blesser. Je n’ai que quelques égratignures au visage et au genou gauche. J’attends que le dernier wagon du train me dépasse pour me relever afin de rejoindre celui qui a sauté après moi. Mais soudain, j’aperçois la silhouette d’une personne avec un fusil à la main, ce qui m’oblige à me cacher un instant dans un fossé, puis à abandonner la ligne de chemin de fer pour un talus bordé d’une petite route. Le jour levé, je vois un peu plus loin un panneau, m’indiquant la proximité de Vitry-le-François. Puis j’aperçois trois silhouettes en direction du village. Aussi, je me cache en contrebas de la route afin de les voir arriver ; soudain je reconnais l’une d’elles. C’est Galant, un évadé comme moi. »
Cet évadé semble correspondre à Georges Galan, recensé – sans plus de précision - par le Livre-mémorial de la Déportation, et au sujet duquel Jean-Marie Chirol ne possédait pas de renseignements.

« J’attends qu’ils m’aient légèrement dépassé, puis siffle pour les interpeller, poursuit Emmanuel Lalanne. Ils sont à Vitry afin d’y trouver assistance auprès du curé ou de l’instituteur (avec précaution). L’un d’eux va rester avec moi pour attendre du secours, les deux autres allant à la première messe et s’adressant au curé (Note : parmi eux, Jocteur-Monrozier, qui ne se souvient pas avoir été accompagné). Celui-ci leur indique une adresse où trouver de l’aide et en effet, ils se retrouvent abrités chez une dame. Deux ou trois heures après, deux cyclistes viennent nous trouver, nous apportant un petit-déjeuner. »
Selon M. Lalanne, c’est dans une ferme de Vitry-en-Perthois qu’il trouve d’abord asile, puis, après dénonciation, à Moncez-L’Abbaye (canton de Thiéblemont-Farémont), enfin à Donnement, dans l’Aube toute proche, où il reste jusqu’à la Libération. Parmi les patriotes qui lui ont porté secours, Emmanuel Lalanne se souvient des noms de M. Boyer et de Mme Doré. Aucun d’eux n’apparaît dans les travaux de Jean-Marie Chirol.

C’est ensuite à vélo qu’Emmanuel Lalanne regagne le Sud de la France, début septembre 1944.

Sources : témoignage de M. Lalanne recueilli et mis en forme par Philippe Sierra, aimablement communiqué (avec des documents) par Régis Sierra, de Poitiers ; « Sur les chemins de l’enfer », Jean-Marie Chirol, 1996 ; Livre-mémorial de la Déportation.

dimanche 29 août 2010

De nouveaux aviateurs de la Der des der



Pierre Burello. Photo parue en Une de L'Avion en 1936. Parmi les 18 portraits de pilotes présentés : Mermoz et deux Haut-Marnais, Burello et Massotte.


De nouveaux pilotes de la Der des der originaires de la Haute-Marne ont été identifiés. Voici le fruit de nos dernières recherches.

La Haute-Marne a donné naissance – c’est une particularité à souligner - à plusieurs pionniers de l’aviation civile des années 30. Parmi eux, les pilotes Georges Libert (1909-2002), d’Andelot, figure du réseau postal aérien puis, après guerre, pilote de Boeing 707 (président national des Vieilles tiges, il était membre d’honneur du club Mémoires 52) ; Louis Massotte (1906-1937), de Torcenay, fameux pilote d’essai mort dans la chute de son appareil ; le mécanicien René Mesmin (1897-1931), de Villiers-aux-Bois, coéquipier de Marcel Doret et Le Brix, mort accidentellement avec ce dernier en Russie … et Pierre Burello.
Comme son nom l’indique, Pierre-Marius Burello est le fils d’un charretier italien, Louis Burello, et de Marie-Eugénie Rampant, domiciliés au Val-Raton, écart de Chaumont. Il naît le 1er juillet 1894.
Mécanicien automobile, le jeune homme s’engage à 20 ans, le 14 août 1914. Il fait partie du régiment cantonné dans sa ville natale, le 109e RI, avec lequel il se distingue (il est blessé au moulin de Laffaux). Caporal le 12 mars 1916, il obtient, par sa persévérance, d’intégrer l’aviation. Elève pilote le 1er juillet 1917, il est breveté le 4 septembre, et affecté le 16 novembre à la fameuse escadrille Spad 23.
Selon Henry Beaubois, qui lui a consacré un article fort élogieux dans la revue L’Avion (en 1935), le Chaumontais, bientôt sergent, remporte trois victoires aériennes : sur deux avions et un ballon. Le 3 juin 1918, volant avec le pilote Pinsard entre Verdun et Heudicourt, il vole au secours du lieutenant Simoni qui est aux prises avec six Fokker. Son Spad touché, Burello est contrait d’atterrir derrière les lignes ennemies. Accueilli par son vainqueur (selon Henry Beaubois, il s’agit d’un capitaine remportant là sa 18e victoire), fait prisonnier, le sous-officier ne se résout pas à cet état. Transféré à Darmstadt après une première tentative d’évasion, il parvient enfin à fausser compagnie à ses geôliers en octobre 1918, réussissant avec trois camarades de captivité à prendre le train pour la Suisse.
Après la guerre, au cours de laquelle deux de ses frères sont décédés (Albert, né en 1891, brigadier au 11e chasseurs, en 1915, et Maurice, né en 1896, soldat au 152e RI, en 1916), Pierre Burello œuvre comme instructeur en Finlande (c’est sans doute là qu’il rencontre Ruth Hakansson, qu’il épouse à Chaumont en 1921), rentre en France en 1922, et intègre la compagnie Air France.
Il en devient une des figures : « L’œil vif et un brin gavroche sous d’épais sourcils noirs, une voix douce, un air affable, une volonté de feu », ainsi Henry Beaubois décrit-il Burello dans son portrait de « millionnaires », à savoir les pilotes ayant parcouru plus d’un million de kilomètres. En l’occurrence, au moment de la rédaction de cet article (en 1935) : 1 311 000 km, soit plus de 32 fois le tour de la Terre, plus de 8 700 heures de vol.
Titulaire de la rosette de la Légion d’honneur, de la médaille militaire, de la Croix de guerre avec cinq citations, il meurt accidentellement le 9 février 1938 aux commandes de l’hydravion « La Ville-de-Bône » au départ de Marignane. Pierre Burello avait 44 ans. Une avenue perpétue sa mémoire à Chaumont.

Son compatriote Maurice Aubry, né à Romilly-sur-Seine (Aube) en 1892, est domicilié avec sa famille à Chaumont lorsqu’il rejoint en 1913, comme mécanicien, le 2e groupe d’aviation. Breveté pilote le 9 janvier 1916, il rejoint l’escadrille VB 109. Sergent le 21 novembre 1916, adjudant le 5 avril 1918, ce pilote de Voisin est affecté à la Réserve générale de l’aviation le 7 novembre 1918.

Charles-Robert Choppin naît le 18 avril 1895 à Sommevoire. Appelé en décembre 1914, cet employé communal, fils d’un Wasseyen, sert d’abord dans les chasseurs à pied avant de rejoindre l’aviation le 15 juillet 1917 comme élève pilote. Breveté le 19 novembre, caporal en décembre, il sert au Crotoy puis est affecté dans un groupe de bombardement de nuit le 29 avril 1918.

Enfant d’Humbécourt (où il voit le jour le 25 juin 1890), le sous-lieutenant d’artillerie Jules Chapron, qui a fait l’objet d’une citation à l’ordre de la brigade en septembre 1915, rejoint l’arme de l’aviation comme observateur le 5 mars 1917. Moins d’un mois plus tard, il est affecté au service aéronautique de la 4e armée. Lieutenant en 1918, il est fait chevalier de la Légion d'honneur en 1920. Chevalier de la Légion d'honneur, il réside à Berck-sur-Mer (Pas-de-Calais) lorsqu'il meurt en 1932, à 42 ans.

Aucun Georges Devaux ne fait l’objet d’une fiche dans la rubrique « personnel aéronautique » du site Mémoire des hommes. Et pourtant, Georges-Emile Devaux, né à Saint-Dizier le 3 août 1893, est qualifié de sergent au 1er groupe d’aviation lorsqu’il meurt le 28 août 1918 dans un hôpital de Pau, à la suite d’une chute d’avion accidentelle en service (son nom figure sur le monument aux morts de la cité bragarde). Comme Devaux, plusieurs militaires de l'école d'aviation de Pau ont trouvé la mort accidentellement fin août 1918 sur le site de Pont-Long....

Par ailleurs, un sergent bragard, André-Maurice Chaudel, né le 16 juin 1897, meurt accidentellement en service commandé, le 12 avril 1918, sur le champ d’aviation de Bellièvre, dans l’Ain. Dans la chute d'un avion ? Seule information : il appartenait au 156e RI.

Grand-oncle de Luc Chatel, actuel ministre de l’Education nationale, Jean Chatel est né en 1880 à Cousances-aux-Forges (Meuse). Son père Auguste, polytechnicien, lieutenant de vaisseau, gendre d’un maître de forges de Cousances, sera maire de Laneuville-à-Bayard. Jean Chatel est d’ailleurs issu du recrutement de Chaumont lorsqu’il intègre Saint-Cyr. Lieutenant au 13e chasseurs à cheval, il se distingue dès le 9 août 1914, faisant preuve – dixit sa citation – « d’un grand courage ». Capitaine le 22 février 1915, passé dans l’aviation comme observateur, le 7 juin 1915, il devient élève pilote le 9 janvier 1917. Chatel sert brièvement dans l’escadrille BR 227 (19 juillet 1918) avant d’être affecté, le 1er août, au commandement de l’escadrille 104, au sein de laquelle sert un certain lieutenant Didier Daurat, futur héros de l’aéropostale. L’officier haut-marnais succède à la fonction de capitaine-commandant au capitaine Maurice Aron, tué en combat aérien le 18 juillet 1918.

Le frère de Jean, Paul Chatel, naît en 1891 à Laneuville-à-Bayard. Issu de l’école centrale, engagé en 1912 dans l’artillerie, il est promu lieutenant le 4 août 1916 et rejoint l’aviation comme observateur le 13 septembre 1916. Il est affecté à la 2e armée le 12 octobre de la même année.

En service depuis 1912, Raymond Jobard, né en 1891 à Langres, sert d’abord au 26e dragons puis, dans l’aviation, comme pilote de Caudron. Nous avons été mis sur la « piste » de cet aviateur par l’ouvrage d’Hubert Déchanet consacré à l’aéronautique dans la région de Langres (paru aux éditions Dominique Guéniot).

Né à Bussières-lès-Belmont en 1882, Edme-André Lavocat est militaire depuis 1903. Maréchal des logis d’artillerie en 1906, il devient élève pilote le 15 septembre 1916. Breveté le 21 janvier 1917 sur avion Maurice-Farman, il quitte l’école d’aviation de Châteauroux pour rejoindre le 5e régiment d’artillerie.

(A suivre)

vendredi 27 août 2010

La courte vie d'Adrien Fétu, un pionnier de l'aviation





Adrien Fétu devant un Albatros abattu début 1916, à Salonique (photo aimablement communiquée par M. David Méchin).

Adrien-Constant Fétu est un Haut-Marnais de naissance. Il voit le jour le 10 septembre 1894 à Eurville (canton de Chevillon), fils de Louis-René-Emmanuel, 26 ans, qui exerce la profession de maréchal dans le village, et de Céline-Marie-Antoinette Noël.

Passionné d’aviation, Adrien Fétu n’a que 19 ans lorsqu’il obtient le brevet de pilote n°1 562 de l’Aéro-club de France, le 19 décembre 1913, le même jour qu’André Simon, de Châteauvillain.

Il est domicilié en région parisienne (son père réside à Us, en Seine-et-Oise) lorsqu’il est mobilisé le 2 septembre 1914 au 2e groupe d’aviation. Pilote militaire le 2 mars 1915, Fétu rejoint l’escadrille MS 49 le 6 mai 1915 (après avoir servi à Bron, à Saint-Cyr, à Avord, à la Réserve générale de l’aviation). Cette escadrille, au sein de laquelle sert un fameux pilote, l’adjudant Pégoud, opère dans les Vosges. Plus précisément, Fétu appartient à un détachement établi à Corcieux en mai. Rapidement, le pilote, qui est caporal, se met en valeur. Le 1er juin 1915, il est cité à l’ordre du service aéronautique de la 7e armée pour avoir, en compagnie du sous-lieutenant observateur Paul de Mintéguiaga, forcé un appareil ennemi à atterrir, bien que le moteur de son avion ait été traversé par une balle.

Promu sergent le 15 juillet 1915, Fétu quitte la MS 49 le 27 septembre 1915 pour servir en Serbie.
Affecté à l’escadrille N 91 S (N comme Nieuport), il a encore l’occasion de se distinguer en abattant un Albatros C le 17 février 1916, à Salonique, victoire qui a été homologuée (information communiquée par M. David Méchin, auteur de plusieurs articles sur les escadrilles en Orient dans la revue "Fana de l'aviation" actuellement en kiosque).

Promu adjudant le 2 mars 1916 (il n’a pas 22 ans ; mais selon son dossier de la Légion d’honneur, il occupait ce grade au titre de l’armée serbe depuis le 21 septembre 1915), Fétu rejoint en France l’escadrille N 26, à laquelle ont appartenu ou appartiennent plusieurs pilotes haut-marnais (André Simon, Robert Thomassin) ainsi que le fameux Roland Garros. Le 7 juin 1917, il est aux commandes du Spad VII 1613 lorsqu’il patrouille dans la région Le Réservoir-Laon. Le journal de l’escadrille note : « Surpris et attaqué un monoplace allemand vers 11 h 25 au-dessus de Laon qui est descendu à la verticale ». Le 21 août, avec le sergent Dedieu, il attaque à 9 h 30 « un biplace portant des cocardes tricolores (anglaises) sur Ypres. Des balles lumineuses rentrent dans son fuselage. Il pique très fort ». Enfin, le 9 septembre 1917, il attaque trois appareils. A noter que selon les recherches d’Albin Denis, aucune des trois victoires du Haut-Marnais (celles du 7 juin, du 21 août, et celle du 21 avril 1917, vers Loivre-Courcy) n’a été homologuée.
C’est le 19 janvier 1918 que le sous-officier quitte la N 26, nous ignorons pour quelle affectation.

Fétu achève ce conflit avec la médaille militaire (18 février 1916), la Croix de guerre (trois citations) et la Military cross. Son dossier de Légion d’honneur le qualifie ainsi : « Pilote très ardent et très brave. Par l’audace et l’habileté de sa manœuvre, a permis à un officier mitrailleur d’abattre un avion ».Démobilisé en septembre 1919, Adrien Fétu exerce la profession de garagiste à Versailles, mais la passion de l’aéronautique ne le lâche pas. C’est ainsi qu’il est considéré comme l’un des pionniers du vol à voile à France. Et c’est dans un planeur (un Bellanger-Dehaut) qu’il fait une chute mortelle, lors du premier congrès expérimental de vol sans moteur au pic de Combegrasse, dans le Puy-de-Dôme (le jour de son premier vol, le 18 août 1922). Il décède le lendemain, à l’âge de 28 ans.
Fait chevalier de la légion d’honneur en 1923, Adrien Fétu donnera son nom à un prix. Une stèle perpétue, depuis 1942, la mémoire de la première victime du vol à voile en France sur la commune d’Aydat.

Sources : état civil de la commune d’Eurville (Archives départementales de la Haute-Marne) ; dossier de la Légion d’honneur (base Léonore) ; fiche de renseignement, journaux de marche des escadrilles 49 et 26 (ministère de la Défense) ; site d’Albin Denis sur l’aviation militaire française ; document et informations communiquées par David Méchin.

jeudi 26 août 2010

"L'album de la Libération" toujours disponible




Alors que les Haut-Marnais se souviennent actuellement des événements heureux et malheureux qui ont marqué la libération du département, il y a 66 ans, rappelons que le club Mémoires 52 a fait paraître, en 2004, un ouvrage richement illustré intitulé "1944 en Haute-Marne : l'album de la Libération".

Cette brochure de 70 pages, contenant 260 reproductions de clichés, pour la plupart inédits, est toujours disponible (au prix de 10 euros, au lieu de 15 euros, frais de port non compris). Pour en obtenir un exemplaire, écrire au club Mémoires 52 au 1 bis, rue Dutailly, 52000 Chaumont, ou l'adresse Internet associée à ce blog (rubrique "contact").