Pages d'histoire de l'est de la France en général et de la Haute-Marne en particulier (ex-blog du club Mémoires 52).
lundi 22 mai 2023
La Compagnie du Val (2) : un dépôt d'armes en forêt
jeudi 11 mai 2023
1943 en Haute-Marne (mai)
1er mai. Un ouvrier, Pierre Salzard, d'Harméville, est tué dans l'explosion d'un obus de 1940 lors d'un chantier à Soulaincout.
. Des prisonniers de guerre indochinois sont détachés dans un chantier en forêt du Der. Ils sont logés à Louvemont.
3 mai. Le Chaumontais Christian Pineau, fondateur du mouvement Libé-Nord, est arrêté à Lyon et emprisonné au fort de Montluc.
. Arrestation de Marcel Monjardet à Chalvraines (il sera incarcéré à Clairvaux).
7 mai. Arrestation à Joinville de Georges Curtinot.
8 mai. Départ d'un convoi de déportation de Compiègne à Sachsenhausen : Emile Leveau (Langres, décédé dans les camps), Charles Benay (Saint-Dizier), Roger Adam (Joinville, décédé), Paul Collin (Marbéville, disparu), Georges Collard (Sainte-Livière), Marcel Varnier (Saint-Dizier) en font partie.
. Arrestation de Fernand Thomas (Langres) à Montigny-le-Roi, de l'officier FTP Henri Hutinet (Bussières-lès-Belmont) dans la Loire.
. Evasion des frères Abel et Georges Antoine (Blécourt et Blessonville) de la prison d'Hinzert.
12 mai. Arrestation de Roger Clément à Echenay.
13 mai. Décès à Manheim de Fernand Chevalme (Saint-Dizier), arrêté en juillet 1941.
14 mai. Arrestation à Chaumont du résistant Albert Gaudry.
17 mai. Déportation vers une prison d'Allemagne de Pierre Hutinet (Rachecourt-sur-Marne) et Alexis Boulommier (Langres).
19 mai. Arrestation d'Albert Reczko à Chaumont.
20 mai. Arrestation de Gustave Breidenstein (Saint-Dizier) pour détention d'arme, de Jean Nowack (Perrusse). Décès de Louis Chauvot (Dommarien) à Buchenwald.
23 mai. Décès de Louis-Emile Thouvenin (Bettaincourt-sur-Rognon) à Wittlich.
24 mai. Le Chaumontais François Andriot est libéré du camp de Miranda (Espagne).
26 mai. Arrestation à Chaumont de Raymond Chalavon (d'Unieux dans la Loire), d'Henri Laborde et Henri Noël. Un pistolet automatique est découvert au domicile de Laborde. Le couple Eugène et Lina Cousin qui hébergeait Chalavon et Noêl seront également interpellés dans le cadre de cette affaire conduite par la Sipo-SD.
. Arrestation du douanier Paul Goguey à Auberive.
27 mai. Une délégation de Wassy se rend à Vichy pour contester auprès du maréchal Pétain le transfert "provisoire" de la sous-préfecture à Saint-Dizier.
28 mai. Maurice Stivalet et Auguste Marlin sont arrêtés à Langres, accusés d'avoir troublé une réunion de la LVF. Arrestation d'Hubert Thomas (Saucourt-sur-Rognon) en Allemagne.
30 mai. Une réunion du Parti populaire français (PPF) se tient à Chaumont.
Courant mai. Arrestation de Bernard Malarme (Wassy). Création d'un chantier forestier à Auberive. Contacts entre les résistants Gabriel Piot (CDLR) et Emile Darbot, Simone Dauvé et Pierre Clavel (BOA), Jean Le Magny, Gaston Huet et André Germain (RN). Réunion de plusieurs patriotes de Chaumont au domicile d'Albert de Saint-Thibault, directeur de l'hôpital. Homologation du terrain Gluck à Pouilly-en-Bassigny. Déportation de René Floquet (Bourbonne-les-Bains).
lundi 24 avril 2023
La Compagnie du Val (1) : un maquis Libé-Nord
Le capitaine Victor Thérin au milieu des saboteurs de la section Lelong.
(Collection Mme Lassalle/club Mémoires 52).
"N'ayant été armée que pratiquement la veille de la libération, la principale opération de cette unité, en dehors de quelques sabotages, souvent d'ailleurs très efficaces, a été la prise de Saint-Dizier." C'est ainsi que le journal de marche du lieutenant-colonel Emmanuel de Grouchy, chef départemental des Forces françaises de l'intérieur (FFI) de la Haute-Marne, introduit le relevé d'opérations du Bataillon FFI de Saint-Dizier, dont la 1ère compagnie correspondait à la Compagnie du Val, appelée également maquis du Val. Plusieurs documents, pour la plupart inédits, vont nous aider à en savoir plus sur cette unité composée de volontaires de la région bragarde et rattachée au mouvement Libé-Nord.
Sous les ordres d'un officier d'active
Bragard d'adoption, Victor Thérin est Breton d'origine. Né le 9 mai 1917 à Yffiniac (Côtes-du-Nord), il se définit lui-même comme "un officier d'active sortant de Saint-Cyr en 1939 et qui s'était fait mettre en congé de l'armée après l'armistice de 1940 pour ne pas servir Vichy et s'était retiré provisoirement chez ses beaux-parents à Saint-Dizier pour y travailler avec son beau-père dans une entreprise de grains". Admis à l'école spéciale militaire en 1937, ce militaire était en effet l'époux d'Andrée Fenault, et tous deux seront, après-guerre, gérants des Etablissements Fenault & Thérin.
Son entrée dans la Résistance active, le lieutenant Thérin la raconte ainsi : "Le capitaine Thérin a été contacté fin mai 1944 par M. [Marc] Mourey, instituteur, lequel était délégué de la résistance pour la zone Nord Haute-Marne. M. Mourey avait demandé à M. Thérin de bien vouloir former une compagnie de résistance à Saint-Dizier [...] M. Mourey, pour preuve du bien-fondé de sa demande et de son appartenance à la Résistance, a indiqué à M. Thérin qu'il entendrait un message spécial, radio de Londres, le soir-même. Ce qui fut fait. M. Thérin s'occupa donc immédiatement d'organiser sur le plan militaire une compagnie de quatre sections de 30 hommes et un groupe de commandement."
Né à Saint-Barthélémy (Haute-Saône) le 18 juillet 1911, domicilié à Saint-Dizier où il est instituteur (il résidait rue Anatole-France, en 1936), Marc Mourey, alias "commandant François Jardin", était membre actif de Libé-Nord, créé à l'échelle nationale par un Haut-Marnais (le Chaumontais Christian Pineau), représenté en Champagne par un autre Chaumontais de naissance (Gabriel Thierry) et, en Haute-Marne, par le cheminot bragard Raoul Laurent. C'est donc à ce mouvement que la compagnie sera rattachée.
"Deuxième quinzaine de juillet, cette compagnie était complètement formée", précise Victor Thérin, qui résidait avenue de la République, près de la Kreiskommanantur. C'est en réalité sur "le papier" que cette unité existe à cette époque. Désigné pour commander la 2e section, le lieutenant Paul Lelong, né à Montreuil-sur-Blaise (Haute-Marne) en 1898, indique ainsi, pour ce qui concerne ses hommes : "Formés dans la clandestinité, les éléments du premier groupe furent contactés en mai 1944 par le chef de section. La section fut définitivement formée le 1er août 1944. Ordre fut donné par le commandant de compagnie de tenir les trois groupes en alerte. Au début du mois d'août 1944, le chef du groupe n°2 fut chargé de déminer les fourneaux de mines installés par les Allemands au pont des Eturbées, à Saint-Dizier. Il s'acquitte avec succès de cette mission, avec quelques hommes de son groupe, sous les ordres du directeur d'une usine de Saint-Dizier."
(A suivre)
vendredi 31 mars 2023
1943 en Haute-Marne : avril
Des membres de l'équipage du 425 Squadron morts à Mussey. (Collection club Mémoires 52).
7 avril. Décès à l'hôpital de Georges Oriot, de Lanty-sur-Aube, qui avait été interné à Hinzert.
8 avril. Prosper Grandmontagne, de Doulaincourt, travailleur en Allemagne, est tué dans un bombardement à Essen.
9 avril. Roger Adam est arrêté par la feldgendarmerie en gare de Joinville.
13 avril. A cette date, 137 juifs sont encore domiciliés en Haute-Marne.
14 avril. Les Allemands arrêtent Paul Aubert à Maranville.
Nuit du 14 au 15 avril 1943. Chute d'un Wellington du 425 Squadron (Royal Canadian Air Force) à Mussey-sur-Marne. Les six membres de l'équipage sont tués.
15 avril. Arrêté en mars 1943, le résistant Henri Hutinet, de Bannes, est libéré.
16 avril. Déportation à Mauthausen de Jules Giudice (Annéville-la-Prairie, mort en déportation), Pierre Auer (Colmier-le-Bas), Roger Gérard (Poissons, mort en déportation), Marcel Briot (Rachecourt-sur-Marne, mort en déportation), Georges Noël (Roches-sur-Marne), René Aubertin, Lucien Georges (décédé en déportation) et James Paillot, tous trois de Sommevoire, Léon Kremer (décédé en déportation) et Marcel Raspado, de Thonnance-lès-Joinville, Pierre Mouillet (Vecqueville, mort en déportation), Marcin Przezkziek (Villiers-en-Lieu, mort en déportation), Alfred Grosse (Chaumont), Georges Tisserand (Saint-Dizier, mort en déportation), Emile Thirion (Bourbonne-les-Bains), François Kuntz (Joinville), ainsi que trois travailleurs en Allemagne qui avaient été arrêtés en gare de Joinville : Souche, Laveau et Aymard.
- André Germain ("Robert"), de Besançon, est nommé responsable du FN en Haute-Marne.
20 avril. Déportation à Mauthausen d'Arthur Favret (Gilley) et Adam Iwanski (Hortes), porté disparu.
21 avril. Raymond Verjux, de Hûmes, est arrêté à Perpignan en voulant passer en Espagne.
24 avril. Déportation de Germain Beaumet, de Chamouilley, à Natzweiler.
28 avril. Déportation à Sachsenhausen de Marius Bocquenet, de Wassy (décédé dans les camps), de Camille Hilsenkopf, de Saint-Dizier, de Robert Lenfant, de Saint-Dizier, et d'Henri Tetot, de Saint-Dizier, et à Ravensbrück de Germaine Frilley (Frettes, morte en déportation).
29 avril. Arrivée à Natzweiler d'Henri Henriot, de Maizières-sur-Amance, décédé en déportation.
mardi 7 mars 2023
1943 en Haute-Marne (mars)
Des réfractaires du Nord à Ecôt-la-Combe. (Collection Daniel Delavaquerie).
1er mars. Arrestation d'Emile Leveau, de Langres (mort en déportation), et de Claire Couche née Grandjean, à Dijon (elle est originaire de Nogent).
3 mars. Evasion par l'Espagne de Georges Caublot, de Laferté-sur-Amance (futur parachutiste SAS).
4 mars. Arrestation dans la Nièvre de Roger Gérard, de Poissons, et à Brethenay de Roger Gillet (morts en déportation).
5 mars. Arrestation en Meurthe-et-Moselle d'Arthur Favret, de Gilley (mort en déportation) ; arrestation d'Adam Iwanski, de Hortes (disparu en déportation).
6 mars. Libération de Roger Kittler, de Torcenay.
10 mars. Arrestation de Maurice Henry et Paul Baillache, à Villiers-le-Sec, de Germain Beaumet, à Chamouilley (il sera déporté).
- Arrivée de réfractaires du Nord-Pas-de-Calais à Andelot. Ils travailleront dans le chantier forestier d'Ecôt-la-Combe.
11 mars. Chute d'un bombardier Halifax à Sommevoire (sept rescapés).
12 mars. Déportation d'Alphonse Cacheur, de Wassy, arrêté en Allemagne. Condamnation d'Armand Voirin, de Sarcey, surveillant à Clairvaux (il sera déporté).
15 mars. Arrestation dans la région de Langres (Bannes, Champigny-lès-Langres, Jorquenay) d'Albert Voirin, Henri Hutinet, Paul Vaillon, Gaston Party, Désiré Richard, Raymond Cherrey, Antoine Banak, René Maire. Ils seront libérés.
. Transport de réfractaires de Chaumont au maquis de Lamarche qui vient de se créer.
19 mars. Arrestation de Marcel et Georgette Varnier, de Saint-Dizier, qui seront déportés (elle ne reviendra pas).
20 mars. Arrestation d'Auguste et Germaine Rossignot, de Saint-Dizier, qui seront déportés.
22 mars. Arrestation au Boulou de René Floquet, de Bourbonne-les-Bains, qui tentait de passer en Espagne (mort en déportation) ; arrestation de Louis et Clotilde Bourniquez à Pressigny (elle sera déportée, lui servira au maquis Henry) ; arrestation de Camille Hilsenkopf, de Saint-Dizier (déporté).
23 mars. Déportation de Pauline Lévy, de Bourbonne-les-Bains (assassinée à Auschwitz),
25 mars. Déportation de Julien Simon, de Montigny-le-Roi (mort à Auschwitz).
27 mars. Mort par accident de l'adjudant FAFL Serge Guernon (246 Squadron), de Chaumont.
Mars 1943 est également le mois :
- de l'arrestation de Georges Bertrand, de Chaumont (déporté).
- de l'affiliation de Pierre Clavel (Langres) au BOA.
- du contact entre Gabriel Piot (Pouilly) et Marcel Arburger (Lamarche) qui lui demande d'organiser le secteur 426 du mouvement Ceux de la Résistance/Lorraine.
lundi 13 février 2023
1943 en Haute-Marne (février)
Ida Rizaucourt, arrêtée le 24 février 1943 par la police française.
Parution du dernier numéro de la publication clandestine La Feuille libre, écrite et diffusée par le journaliste chaumontais Fernand Wiszner ; deuxième voyage à Londres du Chaumontais Christian Pineau, fondateur du mouvement Libé-Nord.
1er février. Rassemblement devant la mairie d'une trentaine de Chaumontaises réclamant un supplément de nourriture pour leurs enfants ; arrestation dans le Cher du FTP bragard André Beau.
5 février. Arrestation en gare de Culmont-Chalindrey du FTP alsacien Joseph Siegler, ancien camarade de combat de Pierre Georges (capitaine Henry) dans le Doubs.
6 février. Arrestation par la feldgendarmerie de Jacques Talbot, employé à la Feldpost de Chaumont.
Nuit du 8 au 9 février. Arrestation à Sommevoire des ouvriers René Aubertin et Lucien Georges.
11 février. Arrestation pour refus de travail d'Albert Deruffe, employé au camp de Robinson à Saint-Dizier.
12 février. Arrestation à Fayl-Billot de Roger Kittler, militant communiste de Torcenay, impliqué dans l'affaire Joseph Siegler.
13 février. Arrestation à Sommevoire de James Paillot ; déportation à Auschwitz de Nicole Haguenauer, de Chaumont.
14 février. Arrestation en gare de Joinville de trois ouvriers échappés d'Allemagne, Jean Souche, Edouard Laveau et Paul Aymard.
16 février. Loi instituant le Service du travail obligatoire ; sabotage d'un câble électrique reliant Saint-Dizier au terrain de Robinson.
17 février. Arrestation pour marché noir de Nicolas Schlesinger, de Saint-Dizier.
20 février. Evasion de onze travailleurs juifs du chantier de Champaubert. Quatre seront repris dont deux à Giffaumont et déportés.
22 février. Arrestation de Marcel et Emile Briot, de Rachecourt-sur-Blaise, pour "propagande anti-allemande et distribution de tracts" ; arrestation de Georges Tisserand, chauffeur à l'usine à gaz de Saint-Dizier, pour "détention d'arme".
23 février. Publication au Journal officiel de l'arrêté entérinant le transfert de la sous-préfecture de l'arrondisement Nord de Wassy à Saint-Dizier ; arrestation de Marcel Varnier, employé à la Ville de Saint-Dizier.
24 février. Arrestation par la police française d'Ida Rizaucourt, accusée d'être à l'origine de la manifestation des "mères de famille" à Chaumont le 1er février.
25 février. Déportation à Hinzert d'Abel et Georges Antoine, arrêtés le 17 décembre 1942 sur le territoire de Montribourg, de Georges Oriot, de Laferté-sur-Aube, et René Brouillard, de Louze ; arrestation de cinq ouvriers de Bussy : Albert Bernardin, Léon Kremer, François Kuntz, Pierre Mouillet et Marcel Raspado, pour refus de travail en Allemagne ; arrestation de Marcin Przezdziek, de Villiers-en-Lieu, de Charles Benay, de Saint-Dizier (pour écoute de la radio anglaise et vols).
26 février. Arrestation de Marcel Desnouveaux, de Lachapelle-en-Blaisy, comme prisonnier évadé ; arrestation de Georges Noël, de Roches-sur-Marne, pour détention d'arme.
mardi 7 février 2023
André Germain (1908-1977), dit Robert, dit Laroche, le cheminot devenu lieutenant-colonel
Le travail resté inédit de Jean-Marie Chirol sur le maquis Mauguet et le Front national en Haute-Marne (archives du club Mémoires 52) a permis de mettre en lumière l'activité de deux responsables successifs du mouvement dans le département, Jules Didier ("Mercier") et Lucien Pinet ("Lejeune"). L'historien écrivait que Didier avait pris la suite d'un cheminot de Besançon nommé Robert ou Lionel, muté ensuite en Meurthe-et-Moselle. Grâce aux recherches entreprises pour notre dictionnaire historique et biographique "La Haute-Marne et les Haut-Marnais durant la Seconde Guerre mondiale", nous savons désormais qui était Robert, dont le rôle a été bien plus important que ce qui avait été rapporté jusqu'à présent. Son dossier de résistant conservé à Vincennes permet de préciser davantage ce que fut son parcours.
André Germain est né le 24 mars 1908 à Vierzon (Cher). Il est le fils de Louis Germain et de Berthe Bouton. Il se marie en 1928 avec Andréa Bessermoulin à Vierzon, où naît la même année un fils unique, Jack. André Germain effectue son service militaire au 5e bataillon des ouvriers de l'artillerie puis intègre les chemins de fer en 1930. Délégué du personnel SNCF pour la Région Sud-Est (1934), il travaille au dépôt des machines à Besançon, où il est domicilié au 107, rue de Belfort.
Affecté spécial en 39-40, André Germain vient en aide dès l'été 1940 à des prisonniers de guerre évadés pour leur faire passer soit la frontière franco-suisse, soit la Ligne de démarcation à Auxonne (Côte-d'Or). Membre du FN sous le nom de Maurice, destitué de son mandat syndical pour "hostilité au gouvernement", il entre en contact en 1942 avec Georges Bourdy (Philippe), responsable régional (départemental) FTP dans le Doubs. C'est ce dernier qui le désigne chef de secteur FTP de Besançon.
Femme et enfant arrêtés
Selon ses déclarations, André Germain participe, directement ou indirectement, à plusieurs opérations réalisées par la Compagnie Valmy commandée par le capitaine Henry (Pierre Georges) :
- le déraillement d'un train à Frasnois sur la ligne Besançon-Lyon,
- "l'attaque" d'un train à Deluz (22 septembre 1942),
- une embuscade à Mamirolles contre la voiture d'un général allemand du camp du Valdahon (7 octobre 1942).
Bourdy ayant été nommé interrégional, Germain passe sous les ordres du capitaine Paul Paqueriaud (Paul) en février 1943 puis, le 16 avril 1943, "dénoncé par l'agent de liaison régional arrêté et qui parla sous la torture", il échappe à l'arrestation à son domicile et passe dans la clandestinité. En revanche, son épouse et son fils Jack, 14 ans, ont été interpellés et détenus pendant trois semaines à la prison de la Butte.
Robert
Ayant renoué le contact avec Georges Bourdy (FTP) et Marcel Mugnier (interrégional FN) chez M. Carmille, il est affecté à la Haute-Marne comme "commandant régional FTP". Toutefois, la plupart des témoignages de résistants haut-marnais le qualifient de responsable régional du FN, sous le nom de Robert.
Dans ce département, où il loge tantôt chez M. Chausel à Moëslains, tantôt chez Maurice Méthé à Chaumont, André Germain peut notamment compter sur le libraire Jean Le Magny, de Chaumont, et sur l'ingénieur Adrien Giudicelli, de Langres. Dès le mois de mai 1943, il recrute le jeune Chaumontais Gaston Huet pour assurer la réception et la distribution de tracts récupérés dans le Doubs. A Saint-Dizier, le cheminot Ferdinand Cazy assure la mission de "boîte aux lettres".
Sous l'impulsion de Robert, des réfractaires au STO sont cachés dans les secteurs de Châteauvillain (avec l'aide de l'ingénieur Philippe Hantzberg, mort en déportation), d'Auberive (avec Giudicelli), dans le bois de Chantraines (avec M. Busier, de Bologne). Le résistant est également à l'origine de la création de groupes FN à Sarrey (Henri Voirpy), Neuilly-l'Evêque (Jean Martin), Montigny-le-Roi (André Roy), Joinville (Philippe Lamoureux et Emile Marangé)... Ce sont ces groupes qui réalisent les premiers sabotages de voies ferrées en Haute-Marne, début septembre 1943.
Lionel
Après l'arrestation à Chaumont de Gaston Huet, suivie de celles d'adhérents FN à Saint-Dizier et dans le Doubs (4-11 septembre 1943), André Germain, recherché par la police française, est contraint de quitter la Haute-Marne. Il est remplacé à compter du 15 septembre 1943 par Jules Didier. Lui-même rejoint la Meurthe-et-Moselle. Selon ses états de services, il a été chargé par le commandant Camille (Pierre Georges), commissaire militaire interrégional, de la "réorganisation des FTPF de la Meurthe-et-Moselle dont la direction régionale a été détruite à la suite d'arrestations". Au-revoir Robert, bonjour Lionel, qui était en réalité "RR" (responsable régional FN, voire recruteur régional) de la Région 2 (Meurthe-et-Moselle).
Revendiquant la création d'un maquis de "Russes évadés" à Baroncourt (le fameux détachement Stalingrad), ainsi que sa participation à la formation du Comité départemental de libération au titre des FTP [plutôt au titre du FN], le commandant Germain indique ensuite n'avoir échappé "que d'extrême justesse à l'arrestation" après le démantèlement du comité régional FTP et du groupe Gambetta (février - mars 1944).
Chef de corps à 36 ans
Il rejoint alors l'interrégion 9 des FTP (Loire-Inférieure, Maine-et-Loire, Deux-Sèvres, Vendée, Vienne, Haute-Vienne) comme commissaire aux effectifs interrégional "début avril 1944". Sous le nom de Laroche, il opère plus particulièrement en Vendée. Le 15 octobre 1944, ce deuxième classe de l'armée française est nommé lieutenant-colonel FFI et prend le commandement du 93e régiment d'infanterie. A la tête de ce régiment composé de FFI de Vendée et ayant notamment donné naissance au 91e RI, le lieutenant-colonel Laroche combat dans la Poche de La Rochelle jusqu'à la capitulation de l'Allemagne nazie.
Deuxième carrière dans l'armée
La paix revenue, André Germain fait le choix de rester dans l'armée. Nommé capitaine d'active en juin 1945, il sert à deux reprises en Indochine (1951-1953 et 1954-1955), où son fils Jack a perdu la vie. Puis il prend part aux opérations en Algérie. Il termine sa carrière comme chef d'escadron du train.
Etabli à Montbéliard (Doubs) comme agent d'assurance, il était médaillé de la Résistance (1946), officier de la Légion d'honneur (1965). Il avait été cité à l'ordre de l'armée en avril 1945. André Germain est décédé à Montbéliard le 8 novembre 1977, à l'âge de 69 ans.
Sources : "états de services du capitaine Germain dans la Résistance et aux FFI" (1951), GR 16 P 252 672, Service historique de la Défense ; dossier de membre de la Légion d'honneur d'André Germain, base Léonore ; La Haute-Marne et les Haut-Marnais durant la Seconde Guerre mondiale, club Mémoires 52, 2022 ; MAGRINELLI, Jean-Claude, Militants ouvriers de Meurthe-et-Moselle sous l'Occupation, Kairos, 2020 ; FONTAINE, Lionel, Les volontaires de l'an 1944, tome 2, 2022.






