samedi 14 août 2010

L'aéronautique et la Haute-Marne : essai chronologique




Grâce à la présence sur son sol de la base aérienne 113 « Saint-Exupéry », héritière de la station d’atterrissage inaugurée il y a 97 ans à Saint-Dizier, et qui accueille aujourd’hui le Rafale, fleuron de l’armée de l’air française, la Haute-Marne figure en bonne place dans l’histoire de l’aviation. Cent ans après le premier atterrissage d’un aéroplane dans le département (le 9 août 1910, à Vallerest, près de Wassy), il nous a paru intéressant de dresser un essai chronologique (jusqu’à la mobilisation de 1914) des liens existant entre l’aéronautique et la Haute-Marne.

1784 : Mme Caroillon rapporte que quatre lancements de ballon ont lieu cette année-là à Langres. Lire à ce sujet l’étude que le chanoine L. Marcel leur a consacrés dans le bulletin de la Société historique et archéologique de Langres (Shal), en 1919.

1836 : l’abbé Jean-Martin Demongeot (1793-1852), né à Heuilley-Cotton, mort à Louze, alors curé d’Orges, dépose un brevet d’invention « pour des moyens propres à diriger des aérostats dans toutes les directions ».1851-1852 : des envols de ballon ont lieu à Langres.
1868 : Camille Flammarion, de Montigny-le-Roi, entreprend plusieurs ascensions en ballon.
1870 : un ballon venu de Paris assiégé, le « Colonel-Charras », monté par Ferdinand Gilles, se pose à Montigny-le-Roi (29 octobre).
1882 : Raoul Marquis, alias Henry de Graffigny, né à Graffigny-Chemin (1863-1934), effectue des vols en ballon dans la région de Nogent. Il en tirera des « Récits d’un aéronaute ». Lire avec profit la biographie que Didier Desnouveaux lui a consacrée sur son blog « Biographies et généalogies haut-marnaises ».
1884 : vol, en région parisienne, du dirigeable « La France », imaginé par l’officier Charles Renard. Le père de ce colonel né à Damblain, aux confins des Vosges et de la Haute-Marne, a été juge de paix à Clefmont, selon la Shal.

1900 : le capitaine du génie Charles Lindecker, né à Chaumont, polytechnicien, commande la section d’aérostiers du corps expéditionnaire en Chine. « Seul au monde », il voit du ciel la mythique cité de Pékin.
1908 : l’industriel sarthois Léon Bollée, petit-fils d’un fondeur de cloches haut-marnais (né à Breuvannes-en-Bassigny), convainc Wilbur Wright de venir faire ses essais au Mans. Le pilote américain l’emmènera comme passager en janvier 1909.

1909 : Henry de Graffigny publie son « Tour de France en aéroplane » ; dans son édition de mars 1909, la revue L’Aéronaute annonce un grand concours aéronautique à Monaco. Le nom du lieutenant Bourgeat (sic), pilote de monoplan Antoinette, apparaît parmi les aviateurs engagés (dont Léon Delagrange, Louis Bréguet…). Il s’agit, sans nul doute, de Médéric Burgeat, né à Chevillon en 1864, officier de cuirassiers.
Mai 1909 : L’Aéronaute annonce que le capitaine Burgeat et Latham, sur Antoinette, effectuent des « petits vols » au camp de Châlons. La revue anglaise Flight signalera que Latham emmènera le Haut-Marnais à 700 m d’altitude, que le 5 juin, Burgeat aurait volé durant une heure cinq minutes sur « Antoinette » à Mourmelon (le lieutenant Chary est un autre pilote sur ce type d’avion).
5 avril 1910 : le capitaine Burgeat obtient le brevet n°44 de l’Aéro-club de France, sur monoplan Antoinette. Son « Antoinette VI » aura réalisé 25 vols entre avril 1909 et juillet 1909.

9 août 1910 : le pilote allemand Otto Lindpaintner, qui pilote un Sommer, se pose à Vallerest, dans le cadre du Circuit de l’Est. C’est le premier avion approché par les Haut-Marnais. Deux jours plus tard, le lieutenant Féquant atterrit à Saint-Dizier.

3 février 1911 : Louis Lenfant, né à Saint-Dizier en 1876, décroche le brevet de l’Aéro-club de France n°386 sur Hanriot.
6 avril 1911 : Louis Lenfant, toujours sur Hanriot, enlève trois passagers et 332 kg de charge utile.
7 avril 1911 : Kimmerling s’envole de Breuvannes sur un monoplan Sommer et vole jusqu’à Mâcon, couvrant ainsi 240 km.
14 avril 1911 : le lieutenant du génie Henri-Charles Remy, né à Saint-Germain-en-Laye en 1881, titulaire du brevet de pilote n°143 (et du brevet de pilote militaire n°15 du 8 juillet 1911), pose son biplan Farman 11 au-dessus de Buxereuilles, près du bois Beauregard (il devait rallier Mourmelon à Besançon). C’est le premier avion vu par les Chaumontais. Il redécolle le lendemain (capitaine, il meurt en novembre 1914 à la suite de la chute de son avion à Issy-les-Moulineaux). L'évènement a été rapporté par le journaliste Robert Collin.
22 août 1911 : Alfred Liger, né à Paris en 1885, obtient le brevet n°573. Il résidera à Langres dans les années 20.
7 septembre 1911 : le capitaine de Goys de Mézerac, volant avec son monoplan Blériot de Troyes pour Vesoul, atterrit à Langres, à l’est de la route de Dijon.
8 septembre 1911 : l’officier René Marlin, né à Chaumont en 1887, obtient le brevet n°625 sur monoplan Blériot. Capitaine, chef de l’escadrille MF 7, il mourra dans la chute de son avion dans la Meuse en 1915.

18 janvier 1912 : Paul Lenfant, né à Saint-Dizier en 1886, obtient le brevet de pilote n°731. Il sera sergent pilote de Caudron durant la guerre. Mort dans les Pyrénées-orientales en 1863.
7 avril 1912 : le pilote Emile Védrines se pose à Saint-Dizier.

24 août 1913 : inauguration de la station d’atterrissage de Saint-Dizier, en présence notamment du commandant Lindecker, commandant en second le 2e groupe aéronautique à Reims, et du pilote péruvien Jean Bielovucic (brevet n°87). Une carte postale éditée à cette occasion précise que Bielovucic « fit au collège (de Saint-Dizier) une partie de ses études ». Une relation détaillée et richement illustrée de cette journée est à lire dans la brochure « Si Robinson m’était conté… Les débuts de l’aviation à Saint-Dizier, 1910-1914 », numéro spécial du magazine Echos 113 paru en 1992, écrit par Jean-Marie Chirol, membre du Comité historique Saint-Dizier aviation et président du club Mémoires 52.
Le même jour, inauguration de la station de Langres.
Octobre 1913 : inauguration de la station d’atterrissage de Chaumont (site de La Vendue), en présence du commandant Lindecker.
4 octobre 1913 : le caporal Jean-Pierre Laverlochère, sur monoplan Deperdussin, trouve la mort dans la chute de son avion sur le territoire de Perthes. Il avait quitté Reims pour Langres. C’est un des premiers soldats à mourir pour la cause de l’aviation militaire.
20 octobre 1913 : gênés par le brouillard, le lieutenant Garnier et le sapeur Genrot, volant de Buc à Epinal, se tuent à Prez-sous-Lafauche.
7 novembre 1913 : l’adjudant Gaston Guidon, né à Osne-le-Val en 1883, obtient le brevet n°1 497. Il mourra dans la chute de son avion en 1916.
19 décembre 1913 : Adrien Fétu, né à Eurville, obtient le brevet n°1 562. Pilote en Orient durant la Der des der, il trouvera la mort en 1922 dans le Puy-de-Dôme dans la chute d’un planeur. Le même jour, André Simon, de Châteauvillain, décroche le brevet n°1 536 (comme Fétu et Thomassin, il appartiendra à l'escadrille N 26 et mourra en service commandé en 1916).

6 février 1914 : le lieutenant Robert Massenet Royer de Marancour, né à Chaumont en 1880, obtient le brevet n°1 585. Ce futur général sera l’un des as de l’aviation française avec huit victoires homologuées durant le premier conflit mondial.

3 commentaires:

  1. Excellent article que celui là sur l'aéronautique et la Haute-Marne. On pourrait y ajouter le personnage suivant dont la famille possédait une maison de maître dans le canton d'Andelot à laquelle les descendants actuels sont toujours très attachés:

    Gustave-Louis-Marie de Ponton, Vicomte d’Amécourt, (Paris 16 août 1825-1888) marié le 03 mai 1853 à Paris avec Anne-Marie du Mont (ou Dumont)de Signéville.
    Numismate et archéologue, c'est le créateur de la Société de Numismatique Française, mais surtout le vulgarisateur sinon l'inventeur de l’hélicoptère (1861) puisque le premier appareil de ce type paraît être celui que Launoy et Bienvenu présenté à l’Académie en 1784 mais qui n'intéressa personne. Ponton d'Amécourt démontra la possibilité du vol artificiel par la construction des hélicoptères, nom qu’il donna à un appareil en acier mu par un mouvement d’horlogerie et se soutenant dans l’espace sans le secours d’un gaz plus léger que l’air. Ses appareils qui furent très en vogue à l’époque montaient à 2 et 3 mètres de haut. Jules Verne évoquera ses travaux par l'intermédiaire de son héros Robur le Conquérant : « Je ferai mieux que Ponton d’Amécourt », mais surtout il reprend dans ses démonstrations, toute la théorie de Gustave Ponton d'Amécourt exposée dans La Conquête de l’air par l’hélice. Un timbre lui a d'ailleurs été consacré.
    Le couple aura deux enfants:
    Marie-Victoire-Amélie (1854- 1869 )
    Henry (1859-1915) capitaine d’infanterie engagé volontaire en 1914, il fut tué en 1915 à la bataille de la Marne. Il avait épousé Marie du Hamel de Breuil.

    Pour plus d'informations sur ce personnage, on peut consulter la page web suivante:
    http://www.famille-damecourt.com/contenu/famille/Gustave-Ponton-d-Amecourt.html

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  3. Exact, Didier. J'ai effectivement croisé le nom de cette personne dans plusieurs histoires de l'aéronautique. Mais j'ignorai son lien avec la Haute-Marne. Merci de la précision.

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