lundi 28 septembre 2026

Pierre Grille et Antoine Bar, deux Bourguignons du groupe La Marseillaise (Doubs, juillet-septembre 1942)

Pierre Grille (1911-1943). Source : AD 21, 1072 W 3-288. (Photo L. Fontaine).


Dans le rapport qu'il a rédigé à la suite de l'audition, à la prison de Fresnes le 5 janvier 1943, du capitaine Henri (Pierre Georges), l'inspecteur Romain Risch, de la 11e brigade régionale de police judiciaire, a apporté cette précision : "A l'exception de Camille et d'Antoine, la véritable identité des membres de son groupe est actuellement connu[e] par nous".

Ce groupe, c'est le groupe mobile La Marseillaise*, démantelé le 25 octobre 1942 par la gendarmerie française près de Clerval (Doubs). Ce jour-là, il ne comptait que cinq éléments présents dans un bois de sapins : le capitaine Henri, le lieutenant Raymond (Edouard Griesbaum), Ferdinand Kachler (Charles), Alexej Dmitrenko (Léon) et Georges Ruel (Marius). Selon Pierre Georges, devenu le colonel Fabien, tous ont été blessés. Si lui-même a pu prendre la fuite, avant d'être arrêté à Paris le 30 novembre 1942, Edouard Griesbaum a succombé à ses blessures à L'Hôpital-Saint-Lieffroy, et les trois autres FTP ont été capturés. Un seul survivra à la déportation : Ruel**. Mais avant ce brusque coup d'arrêt, Pierre Georges a eu sous ses ordres d'autres francs-tireurs depuis son arrivée en Franche-Comté en avril 1942. Et parmi eux, Camille et Antoine évoqués par l'inspecteur Risch. Qui étaient ces deux hommes ? 

Envoyés par "Lucien"

Ni Jean-Guy Modin ni Pierre Durand, biographes du colonel Fabien, ne sont parvenus à identifier Antoine. Aucun de ces auteurs n'a évoqué Camille dans ses écrits. Les précisions sur ces deux FTP, c'est Pierre Georges lui-même, interrogé à deux reprises par les policiers français (et avec grande violence à Paris le 30 novembre 1942), qui les a apportées. C'est surtout son audition par l'inspecteur Risch, policier dijonnais qui enquêtait dans le Doubs***, qui permet d'en savoir davantage sur les deux hommes. Que dit le futur colonel Fabien ? 

Qu'Antoine - c'est ainsi qu'il le désigne - "doit être originaire de la région de Mâcon, d'une ville située entre Mâcon et Lyon. [...] Il avait environ 35 ans. [...] Je me souviens tout à coup du nom de la ville mentionnée plus haut, c'est Villefranche-sur-Saône." Le capitaine Henri déclare l'avoir rencontré après son arrivée le 25 juillet 1942 dans un moulin inhabité de Calmoutier (Haute-Saône). "S'étant fait également passer pour un ouvrier ayant refusé d'aller travailler en Allemagne, il [Antoine] avait aidé les propriétaires d'une ferme située à proximité dans les travaux de fenaison. [...] Ce camarade [...] m'a dit qu'il était envoyé par Lucien [Jean Berthier, interrégional FTP]". Quant à Camille, également recruté - "dans la première semaine de septembre [1942]" - par l'intermédiaire de Lucien, c'est un homme âgé d' "au moins 45 ans [...] qui devait être paysan".

Ils ont "déserté"

Quelles sont, selon l'intéressé, les activités des deux nouveaux compagnons de Henri, qui en juillet 1942 semble s'être retrouvé seul pour agir ? Fin juillet-début août 1942, Antoine accompagne Pierre Georges à Belfort pour rencontrer Lucien (Berthier), qui leur ordonne d'exécuter, à Essert (Territoire de Belfort), le dirigeant communiste André Heussler, condamné à mort par le Parti. Cette exécution survient le 12 août 1942, et elle aurait été réalisée - selon Pierre Georges qui nie toute implication personnelle - par Griesbaum (Raymond), Antoine ainsi qu'un inconnu. Puis ce même Antoine participe au sabotage de l'écluse de Goulle (nuit du 21 au 22 août 1942), au cambriolage de la mairie d'Héricourt (le 20 août 1942 selon Jean-Guy Modin), au sabotage de la centrale électrique de la Loue (12 septembre 1942), enfin à l'embuscade contre un train de permissionnaires allemands à Deluz (22 septembre 1942). Lors de cette dernière opération, Pierre Georges affirme qu'Antoine, qui a tiré au mousqueton, "s'était posté à un point que je ne lui avais pas indiqué", "en dépit des ordres reçus". 

De son côté, Camille participe également aux actions contre la centrale électrique et contre le train. Puis, entre le 22 et le 25 septembre 1942, alors que le groupe est réfugié à la ferme Chanteraine à Calmoutier, "Camille et Antoine ont déserté le groupe en emportant des objets appartenant à la collectivité. Je ne les ai plus revus depuis cette date." Ainsi donc, Pierre Georges, qui prend soin lors de ses interrogatoires de protéger autant que faire se peut les hommes qu'il a eu sous ses ordres, révèle à l'inspecteur Risch qu'Antoine lui a désobéi et qu'avec Camille, tous deux ont déserté en emmenant avec eux des "objets appartenant à la collectivité".  

Des hypothèses...

C'est en travaillant sur une évocation des séjours du colonel Fabien dans l'Est que nous avons pu enfin identifier Antoine et Camille. Pour le second, une hypothèse est apparue à la lecture de l'ouvrage de Robert Chantin, Parcours singuliers de communistes résistants de Saône-et-Loire (L'Harmattan, 2007). L'historien a consacré un chapitre à Antoine Bar, un lieutenant FTP de Saône-et-Loire. S'il ne fait pas explicitement référence au groupe commandé par Pierre Georges, l'auteur précise qu'Antoine Bar, surnommé "Le Barbu", a opéré "jusqu'à la fin de 1943" en Haute-Saône et dans le Doubs, participant au "sabotage de la centrale électrique de Moûtiers". De toute évidence, il s'agit de la centrale de la Loue. Par ailleurs, Antoine Bar, qui a fui la Saône-et-Loire le 4 juillet 1942, correspond au signalement donné par le capitaine Henri à propos du dénommé Camille. Ce dernier serait âgé d'environ 45 ans, alors que Bar en avait 43. C'est en arrivant à la conviction que le mineur bourguignon ne pouvait être que Camille que nous avons ensuite formulé l'hypothèse qu'Antoine correspond à Pierre Grille. 

Robert Chantin consacre également un chapitre à ce FTP. Dans cet ouvrage datant de 2007, il n'évoque à aucun moment sa présence dans le Doubs****, mais les informations que l'historien apporte coïncident avec les précisions données par Pierre Georges : Antoine serait originaire de la Saône-et-Loire ou du Rhône, or Grille est né près de Chalon-sur-Saône ; il serait âgé de 35 ans environ, et Grille avait 33 ans en 1942. 

... puis une certitude

La consultation, aux Archives départementales de la Côte-d'Or, à Dijon, d'un rapport d'enquête autour de la mort par arme à feu de Pierre Grille, le 7 mars 1943, achève d'ôter tout doute. Les enquêteurs ont retrouvé, dans les papiers du FTP, une fausse carte d'identité, délivrée le 3 février 1942 par la mairie de Clerval, au nom d'Edouard Bellot, domicilié dans cette commune du Doubs. Par ailleurs, ils ont découvert des bulletins de bagages SNCF pour des déplacements entre Clerval et Besançon (19 septembre 1942) et entre Deluz et Clerval (21 septembre 1942), ainsi qu'un billet pour deux voyageurs à la même date et pour le même trajet. Or - et le résistant Pierre Villeminot l'a reconnu, après son arrestation - Antoine a accompagné Pierre Georges à Clerval pour aller chercher un fusil mitrailleur auprès de Villeminot en vue de l'embuscade de Deluz... qui a eu lieu le 22 septembre 1942. Preuve est faite que Grille se trouvait bien dans cette région au moment des opérations du groupe La Marseillaise.

Surnommé Toreip 

Intéressons-nous plus particulièrement à Pierre Grille, dont le deuxième prénom est... Antoine. Il est né le 14 juin 1911 à Châtenoy-le-Royal (Saône-et-Loire). Cultivateur puis mécanicien, il se marie en 1934 à Saint-Marcel. Domicilié au 10, rue de l'Industrie à Chalon-sur-Saône, il est soupçonné par la police d'avoir lancé une grenade contre une infirmerie allemande à Chalon (22 février 1942). Puis il fait partie, sous le pseudonyme de Toreip (Pierrot à l'envers), du groupe commandé par Elsof Leroy. Tous deux sont soupçonnés d'avoir abattu un "traître à la cause communiste" de Saint-Vallier (23 mai 1942). Puis ils exécutent dans la même commune une femme qui survit aux tirs (12 juin 1942). Durant la deuxième quinzaine de juin, le groupe de trois - complété par Yvon Weber - est traqué par les policiers ainsi que par des militants du Parti populaire français (selon Leroy). Il essaie encore d'exécuter "une traître" (29 juin 1942) mais le lendemain, ce sont les gendarmes et les policiers qui cernent le trio à Bourgneuf-Val-d'Or. Elsof Leroy est mortellement atteint, Yvon Weber blessé et capturé (il mourra en déportation), Pierre Grille prend la fuite. 

On sait désormais que par l'intermédiaire de Jean Berthier (arrêté le 28 octobre 1942 à Dijon, mort en déportation), il a rejoint le Doubs*****. Puis il revient en Saône-et-Loire. Un témoin affirme l'avoir vu en novembre 1942 dans un café à Saint-Germain-du-Plain. Robert Chantin, dans son ouvrage, écrit que Pierre Grille se cache "fin 1942" dans une ferme de Saint-Ythaire d'où il partait en mission. Il s'y trouvait encore la veille de sa mort. Le 7 mars 1943, Marius Burdin, des Granges-Forestiers (Chalon), s'accuse de la mort par arme à feu de Pierre Grille chez lui. Burdin aurait eu peur pour sa vie et aurait tiré sur Grille avec le pistolet de ce dernier posé sur la table. Une version qui a laissé sceptiques les policiers, qui ont découvert le corps dans la chambre. Ils suspectaient alors l'intervention d'un tiers. Si, comme l'affirme Robert Chantin, Grille a été exécuté sur ordre du PCF qui lui aurait reproché sa témérité ou son indépendance, il n'est pas à exclure que les accusations portées par Pierre Georges - désobéissance, désertion, vol... - ont pu jouer dans la décision de l'éliminer. Mais rien ne permet de l'affirmer.


Sources principales : AD 21, 1072 W 1-151, 1072 W 1-158 et 1082 W 3-288 (dossiers consacrés à Pierre Grille et Elsof Leroy) ; 1072 W 2-209 et 29 U 62 (dossiers consacrés à Pierre Georges).

Bibliographie : CHANTIN Robert, Parcours singuliers de communistes résistants de Saône-et-Loire, L’Harmattan, 2007 ; DURAND Pierre, Qui a tué Fabien ?, Messidor/Temps actuels, 1985 ; FONTAINE Lionel, Fabien dans l'Est, Liralest, 2024 ; FONTAINE Lionel, Les clandestins du Dijonnais, Liralest, 2025 ; MODIN Jean-Guy, Capitaine Henri - Fabien en Franche-Comté, Mémoires d'espoir, 1956.


* C'est ainsi que Pierre Georges appelait ce groupe. La plupart des sources écrites consultées font état de la compagnie Valmy, dont "La Marseillaise" constituait un élément.

** Georges Ruel précise à la Libération avoir rejoint le groupe "courant octobre 1942". Il n'en était donc pas membre dès l'été comme l'écrit Jean-Guy Modin.

*** Après son évasion du fort de Romainville, Pierre Georges rend compte à sa hiérarchie, le 1er juin 1943, qu'"un inspecteur [a consenti] à [lui] donner connaissance des déclarations et dénonciations qu'avaient faites les FTP arrêtés [...]. Cela [lui] permit de faire concorder [ses] déclarations ultérieures." Risch, passé commissaire, a été abattu par les Allemands à Dijon le 29 août 1944.

**** A la différence de Jean-Yves Boursier (Chroniques du maquis, L'Harmattan, 2000), qui signale un passage de Grille et de Bar dans le Doubs, sans plus de précision sur leur groupe d'affectation.

***** Un troisième Bourguignon appartenait à ce groupe : André Robert, originaire de Digoin, mort en déportation.

mercredi 23 septembre 2026

De nouveaux témoignages sur l'évasion de 45 déportés dans la Marne

Portrait de Michel Lebelle paru dans Oise Hebdo en 1999 et communiqué
à Jean-Marie Chirol par l'intéressé.


    Après la parution en 1996 de son ouvrage "Sur les chemins de l'enfer", fruit de multiples rencontres et entretiens avec des évadés du transport du 4 juin 1944 entre Compiègne-Royallieu et Neuengamme, Jean-Marie Chirol avait pu établir le contact, en 1999, avec un interné qui lui était alors inconnu : Michel Lebelle. Puis, à la suite de la publication, en 2010, sur ce blog, d'un article sur cet extraordinaire exploit (45 évadés, dont 36 identifiés), nous avons pu obtenir le récit d'un autre évadé qui n'avait été que partiellement identifié par le fondateur du club Mémoires 52 : Emmanuel Lalanne. Enfin, en 2023, c'est le témoignage méconnu d'Adolphe Dhuy (1894-1965) qui nous a été communiqué (par son petit-fils). Nous en publions ici de larges extraits, suivis de passages de récits parmi d'autres communiqués à Jean-Marie Chirol. Il s'agit des témoignages les moins connus, d'autres ayant été publiés par M. Chirol* mais également par Christian Bernadac dans son ouvrage "L'Espérance des rebelles" (2001).


De nouveaux témoignages 

Adolphe Dhuy, 50 ans, capitaine de réserve, domicilié à La Madeleine (Nord), membre du réseau Jade-Fitzroy, arrêté le 18 février 1944 (récit rédigé le 9 avril 1948 et communiqué en juin 2023 par Philippe Dhuy, son petit-fils) : "Enfin, le train s'ébranle de nouveau. Il reprend de la vitesse. Les volontaires pour le saut sur la voie sont alertés. Ils s'habillent. Martin s'est attaqué aux fils de fer cadenassant la perte, ils sont coupés à une vitesse remarquable. L'abbé Le Meur ouvre la porte et, suivant l'ordre indiqué, les hommes sautent. [...] Dhuy saute et se retrouve instantanément dans le fossé. Laisser passer le convoi, ne bouger que lorsque la lanterne rouge s'est éloignée, ramasser ses affaires, en faire un paquet, le tout n'a pris que peu de temps. Puis il remonte le long de la voie en sens inverse de la marche du train à la rencontre de ses camarades. [...]." Mais Adolphe Dhuy ne rencontre personne. Il se dirige d'abord vers une maison éclusière entre Togny-aux-Boeufs et Mairy-sur-Marne et, quoique souffrant (il est blessé à la jambe et à deux côtes), il prend la direction de Saint-Memmie où il retrouve Mme Gandon qu'il connaissait pour avoir cantonné dans la commune en 1940. Il se rend ensuite dans la famille d'un agent d'assurances de Châlons arrêté et déporté, M. Manteau, puis à la gare SNCF de la ville. "Dans son wagon, grande effervescence. Contrairement à la coutume, les Allemands ont vérifié les papiers de tous les voyageurs entre Bar-le-Duc et Châlons. Dhuy se rend compte que c'est à  cause de l'évasion qui a, en effet, été découverte à Bar. [...] Mais le voyage se terminera bien et le voici en gare de l'Est." Adolphe Dhuy est décédé à Lille en 1895. Son portrait est visible sur Geneanet.

Michel Lebelle, 20 ans, né à Billancourt (Seine), arrêté le 19 mars 1944 par les Allemands à Thourotte (Oise) où il est domicilié. M. Lebelle a adressé le 14 septembre 1999 à Jean-Marie Chirol un article de presse d'Oise Hebdo daté du 21 juillet 1999 et dans lequel il dit notamment : "J'étais le 34e et lorsque j'ai sauté, le train devait bien aller à 75 km/h." Après son évasion, Michel Lebelle retrouve un évadé qui a sauté avant lui, et tous deux sont accueillis chez un garde-barrière. Un collègue de ce dernier les conduit jusqu'à la gare de Vitry-le-François d'où ils prennent le train pour Châlons. Là, Michel Lebelle se rend chez un nommé Jean Lefèvre qu'il connaissait. Il y reste une huitaine de jours avant de retrouver l'Oise, puis la Somme. Michel Lebelle est décédé en 2009.

Des récits parmi d'autres

Raymond Krugell, 38 ans, de Strasbourg, lieutenant de réserve, résistant : "Le 5 juin 1944 la porte de mon wagon fut fracturée dans la nuit et les occupants les plus courageux sautèrent du train qui marchait environ à 70 km à l'heure. A mon tour je me suis laissé glisser du train à 4 h 15 du matin, aux environs de Vitry-le-François. J'ai retrouvé deux de mes camarades évadés comme moi : Maurice Cousteau et Marcel Pelletier, ce dernier grièvement blessé à la tête à la suite de sa chute du train. En zigzaguant dans la nature, nos sommes arrivés à Couvrot, à quelque 6 km de Vitry-le-François (Marne) où nous avons été camouflés par les époux Vivier, épiciers. Ceux-ci ont immédiatement prévenu M. et Mme Marcel Reiss qui avaient la direction de l'Ecole communale de Couvrot. En plus, M. Reiss était secrétaire de mairie du village. [...] Pelletier fut évacué sur l'hôpital de Chaumont où il avait des complicités, grâce à M. et Mme Reiss... Pendant trois semaines, Maurice Cousteau et moi avons été ravitaillés chez les époux Vivier par M. et Mme Reiss." Ces derniers procurent aux deux évadés des pièces d'identité, puis, le 25 juin1944, Krugell et Cousteau partent se cacher à Troisfontaines-l'Abbaye (Marne). Raymond Krugell est décédé en 1974. Repris, Maurice Cousteau est mort à Neuengamme. 

Louis Argence, 31 ans, sous-lieutenant d'active, résistant à Toulouse (témoignage adressé le 2 mars 1992) : "J'étais le responsable des quatre candidats à sauter, c'est-à-dire, à part moi, le lieutenant Jocteur-Montrozier et deux jeunes gens dont j'avais fait la connaissance dans la chambrée à Royallieu [Jacques Lartigue et Fernand Bellenger] [...] J'ai ressenti sur le ballast une douleur sourde, une impression très pénible du train qui roulait avec le bruit caractéristique des roues sur les joints de rails du dernier wagon qui s'en allait, puis le néant... puis le réveil assis sur le ballast, le soleil déjà un peu haut dans le ciel et à côté de mes deux compagnons." Tous montent dans un train (sans doute à Vitry-le-François) jusqu'à Châlons puis, après quelques soins dans une pharmacie, Louis Argence rejoint Versailles. "Arrivé gare de l'Est j'ai téléphoné à une amie de ma femme [...], Mme Cusin [...]. Tous les deux m'ont hébergé plusieurs jours." Puis il retrouve le Sud-Ouest et le Corps franc Pommiès. Père de la ministre Catherine Trautmann, Louis Argence est décédé en 1993, un an après avoir répondu aux questions de Jean-Marie Chirol.

Raymond Boccon-Gibod, 32 ans, capitaine d'artillerie, résistant en Savoie : "... J'ai dû sauter dans le 20e rang environ, c'était vers Vitry-le-François. L'arrivée sur le ballast s'est opérée comme prévu et j'ai pu descendre dans un petit bois tout proche. La pureté de l'air et la qualité du silence qui a suivi lorsque la lanterne rouge du train s'est éloignée avait quelque chose d'irréel. [...] M'écartant de la voie ferrée, je suis arrivé sur une grande route peu avant le panneau Vitry-le-François. Il n'était pas question d'avoir l'air d'hésiter et je suis passé devant la sentinelle comme un journalier se rendant à son travail. Suivant les conseils de l'abbé Lemeur, je me dirige alors vers l'église au centre de la place et y retrouve un autre évadé... Jocteur Monrozier..." Devant une baraque, une femme de ménage invite les deux hommes à entrer, leur donne à manger et leur permet de se reposer. "Quelque temps après nous voyons arriver une assistante sociale qui nous prévient que nous allons être pris en charge par quelqu'un appartenant à une filière de récupération de parachutistes." Un patriote, M. Perrin, les ramène à son domicile, ils se rasent, sont photographiés, munis de faux papiers, et le 6 juin 1944, vers 6 h, les deux évadés se rendent à la gare. Nous "prenons le premier train pour Paris avant que l'alerte générale soit donnée dans la région".

Armand Laborde, 22 ans, résistant à Paris (témoignage rédigé à la troisième personne du singulier, communiqué le 10 décembre 1987) : "Laborde enroule son imperméable autour de sa tête, et enfile ses mains dans ses chaussettes. [...] [Il] se trouve à une vingtaine de kilomètres de Châlons-sur-Marne, à un lieu-dit Méry 2. [...] Il s'est gravement blessé au cours de la chute : il a le bras gauche déboîté ! D'autres évadés se portent à son secours ; parmi eux, Hervé Cosmao. [...] Ces deux camarades joignent leurs efforts pour traîner le blessé jusqu'au passage à niveau de Méry 2. Le garde-barrière prévient un médecin qui ne pourra arriver que dans la soirée. [...] Le lendemain 7 [sic] juin, Laborde rejoint Châlons-sur-Marne par l'intermédiaire d'une camionnette. [...] [Il] prend un billet de chemin de fer, direction de Paris. Il grimpe dans un wagon, de voyageurs, cette fois, et qui retrouve-t-il dans un compartiment en passant dans le couloir ? L'abbé Le Meur !"

Georges Larribe, 23 ans, de Saint-Céré (Lot) (témoignage du 26 juin 1987) : "Le 5 juin entre 3 h 30 et 4 h du matin, j'ai quitté le wagon le 13e, puis avec mon camarade Denègre Pierre qui n'avait que 18 ans (et qui a sauté le 12e), nous avons rejoint un garde barrière qui nous a indiqué la direction à prendre. Un de nos camarades, blessé en sautant du wagon (je crois : clavicule cassée) [Armand Laborde], était couché chez eux. Grâce à des amis de ce garde-barrière, nous avons pu faire un peu de toilette et rejoindre Paris".

Pierre Ciocca (Devrière), 29 ans, de Reims, membre du réseau Jade-Fitzroy et du FN : "Ce n'est seulement que vers 4 h du matin, le lendemain, que nous réussîmes grâce à l'aide d'un mécanicien habile qui était avec nous à ouvrir les portières. Nous sautâmes l'un après l'autre du train qui roulait à ce moment à une grande vitesse, les sentinelles des vigies heureusement sommeillaient et ne s'aperçurent de rien, pour ma part je fus pas mitraillé. Avec un camarade d'évasion : Cosmao [...], nous relevions un autre camarade qui en tombant s'était fracturé l'épaule [Georges Larribe] et le transportions chez un garde-barrière proche où nous apprîmes que nous étions à [Mairy]-sur-Marne. Après avoir fait soigner le camarade blessé par un docteur appelé par le garde, nous le laissions caché dans une hutte située dans un bois appartenant au garde-barrière. Cosmao et moi gagnâmes à pied Châlons-sur-Marne, de là une camionnette complaisante nous ramena à Reims..."

Pierre Fournié, 22 ans, arrêté à Saint-Céré (témoignage daté du 23 janvier 1989) : "Sensiblement après la gare de Châlons-sur-Marne, après une nuit très claire de juin (lune), la porte du train a pu être ouverte ; je pense que M. Martin a été le premier à sauter, suivi par l'abbé Le Meur et peu à peu par d'autres. Je pense être passé entre le 10e et le 15e, avant Vitry-le-François vers lequel je me suis dirigé. Dès que le jour s'est levé, sans doute en compagnie d'un autre évadé dont je ne garde pas le souvenir, nous avons été vus par deux gendarmes à bicyclettes et nous nous sommes séparés pur garder nos chances. [...] J'ai été contacté par deux jeunes, un homme et une femme, et caché, durant la journée dans un petit bois, ensuite caché deux ou trois jours dans une ferme de Vitry-le-Brûlé. Pendant ce temps, de faux papiers m'ont été établis, ils m'ont permis de reprendre le train à Vitry-le-François [...]. Je pensais passer la ligne de démarcation à Chalon-sur-Saône et me suis retrouvé à Vierzon, de là à Brive et ai continué à pied jusqu'à Saint-Céré."

René Négol, 18 ans, de Narbonne (témoignage daté du 24 septembre 1990) : "Après une fervente prière prononcée par un abbé et quelques explications dans l'art de sauter en marche formulées par un cheminot détenu, j'ai sauté de nuit dans l'inconnu, me retrouvant allongé sur le ballast, blessé légèrement à la main droite [...]. Le train passé, nous sommes retrouvés à quatre (Gardeux Guy, Burtin Fernand, un autre détenu et moi-même) au bord de la voie entre Vitry-le-François et Châlons-sur-Marne. Nous nous sommes dirigés à pied vers Vandelanville (Meurthe-et-Moselle) où habitait Gardeux Guy en utilisant une filière qui nous avait été donnée par le prêtre de la première église rencontrée."

La contribution de Jean-Luc Cartron

Dans son ouvrage "Aussi hautes soient les montagnes" (2019), l'historien Jean-Luc Cartron a révélé les parcours de deux évadés dont Jean-Marie Chirol avait eu connaissance de l'existence sans pouvoir les confirmer : Jacques Lartigue et Fernand Bellenger. Tous deux avaient été pris le 21 avril 1944 avec Raymond Krugell en voulant passer en Espagne. Jacques Lartigue est né à Montauban en 1924, Fernand Bellenger en 1913 à Paris. Après leur évasion, tous deux ont pu rejoindre Paris. Lartigue a quitté la capitale le 10 juin 1944 et rejoint le Corps franc Pommiès dans le Gers. Bellenger est resté à Paris. Il fait partie des résistants exécutés le 16 août 1944 dans le bois de Boulogne. Ainsi donc, au moins cinq des 45 évadés sont morts avant la fin de la guerre, soit en déportation (Mangès, Cousteau), soit victimes d'exécutions (Bellenger, Gardeux, Lafforgue).  

* Jean-Marie Chirol a notamment recueilli les témoignages de : Louis Argence, Jean-Baptiste Biaggi, Raymond Boccon-Gibod, Pierre Ciocca (Devrière), Pierre Denègre, Pierre Fournié, Louis Jocteur-Monrozier, Raymond Krugell, Armand Laborde, Georges Larribe, Georges Le Meur, Mme Pierre Mangès, Marcel Marchal, Jean Martin, Roger Morange, René Négol, Mme Yves Noël, Marcel Peltier, Mme François Thoraval.

vendredi 18 septembre 2026

Georges Tardy de Montravel (1923-1944), séminariste, officier FTP, exécuté à Anglus

 



Dans le numéro 26 de "Dossier 52" (août-septembre 2001), Jean-Marie Chirol, président du club Mémoires 52, évoquait la figure de Georges Tardy de Montravel, maquisard icaunais mort pour la France le 29 août 1944 à Anglus. Vingt-cinq ans plus tard, nous apportons des précisions sur les circonstances du décès de ce lieutenant FTP.

Mardi 29 août 1944, vers 17 h 30, Louis Drouot, cultivateur à Anglus, premier village de Haute-Marne après Soulaines-Dhuys (Aube) en direction de Montier-en-Der, aperçoit un convoi automobile allemand sur la route 384. "Ce convoi s'étant arrêté alors que les véhicules étaient déjà engagés dans le bois, explique-t-il le 27 septembre 1944 aux gendarmes de Montier-en-Der, j'ai entendu presque aussitôt une rafale de quatre à cinq coups de feu, puis quelques rafales moins importantes. Après quelques instants d'arrêt, le convoi a repris sa marche. Je ne suis pas allé voir ce qui s'était passé, mais j'ai supposé que les Allemands rencontraient des membres de la Résistance."

Ce n'est que le lendemain soir, vers 20 h, que le maire de la commune, Julien Lavocat, est informé par Marcel Maroilley "que le cadavre d'un soldat était dans le fossé en bordure Est de la route nationale 394 à 500 m au nord du village". L'élu, qui pense initialement qu'il s'agit d'un militaire allemand, se rend sur les lieux avec Georges Alma, Amédée Pinta et Léon Moniot. "A mon arrivée, témoigne Julien Lavocat, j'ai constaté qu'il s'agissait d'un lieutenant des FFI, le corps était couché [sur] le ventre [dans] le fossé et portait de nombreuses blessures à la poitrine produites par des balles." "Il m'a semblé qu'il portait des traces de talons de souliers derrière le cou", ajoute Marcel Maroilley. Le maire, Julien Lavocat, note que l'inconnu était vêtu d'un "uniforme en drap kaki", d'un bonnet de police "en gabardine kaki avec des galons jaunes de lieutenant". L'homme portait des chaussettes marquées des initiales "R.M. 39". La découverte d'une ceinture portant l'inscription "Scouts de France - Etre prêts", d'un chapelet, de médaillons à caractère religieux laissent supposer qu'il s'agit d'un officier très pieux, voire d'un homme d'Eglise. Il est inhumé le 1er septembre 1944 dans le cimetière du village fraîchement libéré, après des obsèques célébrées dans l'église de la paroisse.

L'identification

Au cours de l'enquête menée par les gendarmes de Montier-en-Der pour identifier le cadavre, un contremaître de scierie à Anglus, Maurice Comte, est interrogé le 9 décembre 1944. L'homme avait pris l'initiative d'écrire à une amie parisienne, Jeanne Ancelet, "en lui demandant de faire radiodiffuser cette découverte". Bibliothécaire à la Sorbonne, Philippe Tardy de Montravel qui recherchait ce qu'était devenu son fils Georges, porté disparu fin août 1944 à Tonnerre (Yonne), adresse alors à Maurice Comte une photographie de son enfant, qui est immédiatement reconnu comme étant le lieutenant enterré à Anglus. Par ailleurs, l'inscription RM (ou RN) 39 figurant sur les chaussettes de l'inconnu "répond exactement aux initiales du nom d'un des frères du disparu et son numéro d'interne dans un établissement d'éducation". Philippe Tardy de Montravel, domicilié au 1, rue Vidal-de-la-Blache à Paris, arrive alors le 10 décembre 1944 à Anglus pour procéder à l'identification du corps. "A la suite d'un avis aux familles [...] paru sur les journaux locaux de l'Yonne et les renseignements donnés par Mme Claudia Bertin, demeurant à Soulaines (Aube) et qui mentionnait les détails vestimentaires portés par le lieutenant assassiné à Anglus, j'étais déjà persuadé qu'il s'agissait de mon fils Georges", indique le bibliothécaire aux gendarmes dervois.

Le lieutenant "Georges"

Georges Tardy de Montravel est né le 18 janvier 1923 au château de Vers, commune de Pont-du-Gard (Gard). Il est le fils du comte Philippe Tardy de Montravel et de Gabrielle de Saint-Pardet. Elève au grand séminaire de Sens, il rejoint un maquis du département de l'Yonne, d'abord comme infirmier, puis comme lieutenant. Il est officier dans la 2e compagnie Rouget-de-Lisle des FTP.

Le 24 août 1944, le lieutenant "Georges" prend part à la libération de Saint-Florentin, à la tête de quatre sections de la compagnie, puis, deux jours plus tard, il se rend à Tonnerre, occupée par les FTP. Quand des éléments de la 15. Panzer-Grenadier-Division, reprenant le contrôle de la ville, apprennent que des prisonniers allemands ont été exécutés, ils allument des incendies dans la cité, prennent la direction de l'Aube en laissant derrière eux neuf victimes, tant résistants que civils, et en emmenant le lieutenant Tardy de Montravel. "Le lieutenant Georges, parti de Saint-Florentin à moto lorsque le bruit de ma mort est parvenu dans cette ville, est tombé aux mains de l'ennemi aux abords de Tonnerre et a disparu", rend compte le lieutenant Jean Magendie (Méléki), dont la compagnie déplore aussi trois tués et trois blessés.

Le lieutenant Tardy de Montravel a-t-il été abattu en Haute-Marne au cours d'une tentative d'évasion ? Les Allemands l'ont-ils exécuté froidement au cours de leur repli pour se "débarrasser" d'un témoin de leurs atrocités ? L'enquête n'a pas permis de répondre à cette question. 

Sources : AD 51, 163 W 3156, archives du Service régional de recherche sur les crimes de guerre (dossier Anglus) - SHD, GR 19 P 89/7, archives de la 2e compagnie Rouget-de-Lisle - Dossier 52, club Mémoires 52, 2001.

mardi 1 septembre 2026

Le maquis de Cirey-sur-Blaise, juillet - septembre 1944

Le lieu-dit Quatre chemins, entre Cirey-sur-Blaise et Charmes-la-Grande,
théâtre d'une embuscade du maquis. (Photo L. Fontaine).


L'histoire du "maquis de Cirey-sur-Blaise" n'avait jamais été évoquée jusqu'à la parution en 2007 de l'ouvrage Résistance, répression, libération en Haute-Marne (éditions Dominique-Guéniot, p. 157). Elle a pu être racontée grâce au dossier de Combattant volontaire de la Résistance (CVR) de son chef, l'adjudant Benjamin Chrétien. Le témoignage du sous-officier complète le rapport de l'officier américain auprès de qui il servait, le lieutenant Bob.

L'adjudant Benjamin Chrétien est né le 23 mars 1901 à Harréville-les-Chanteurs. Sous-officier au 8e régiment d'artillerie divisionnaire, il est fait prisonnier le 8 juin 1940 près de Rouen. Il est rapatrié en France le 11 octobre 1941 à la suite de blessures reçues en captivité. Marié, père de famille, il travaille jusqu’au 30 septembre 1942, à Harréville-les-Chanteurs, puis jusqu’au 18 juillet 1944 à Liffol-le-Grand (Vosges) à la maison Thermat, une fabrique de meubles. 

Benjamin Chrétien raconte, en 1951 : « A cette date [18 juillet 1944], dès l’appel du général de Gaulle, j’ai quitté immédiatement mon emploi et ma famille. [...] Le 20 juillet 1944 je me rends à Voillecomte où je me mets en relation avec Raoul, garde forestier puis Gérardin du FN qui m‘envoie à Cirey-sur-Blaise prendre le commandement du maquis en formation. Peu de temps après, Gérardin est arrêté et déporté à la suite d’un sabotage [il s'agit donc de Gaston Girardin, effectivement domicilié à Voillecomte, arrêté le 6 août 1944, mort à Neuengamme, plutôt que Gabriel Gérardin, membre du FN, domicilié à Sauvage-Magny]. Je contacte ensuite le lieutenant américain Bob [Robert Cormier] bien connu dans la région de Montier-en-Der. Celui-ci me fournit l’armement et les explosifs. Je prends part à plusieurs parachutages dans la région de Robert-Magny. Je fais exécuter des sabotages dans le secteur qui m’est désigné." Dans un autre document, Chrétien précise que ce maquis de 30 hommes est installé dans les bois de Cirey sur Blaise et appartenant au maire, le comte de Fénelon de Salignac, du 20 juillet 1944 au 30 août 1944.

L'embuscade des Quatre chemins

Le 25 août [26 août 1944] vers 8 h 30 du matin, après avoir barré la route de Cirey-sur-Blaise à Charmes-la-Grande, nous sommes surpris par deux voitures allemandes venant de Leschères et se dirigeant vers Doulevant au lieu-dit les Quatre chemins. Plusieurs Allemands sont tués [plutôt un tué et un blessé] et pour éviter des pertes je fais décrocher et me replie à la faveur de la forêt." L'adjudant Chrétien n'apporte pas plus de précisions sur cette action, mais elle a eu pour conséquence l'arrestation de trois élus de la région.
"Le 31 août au soir, une voiture FFI montée par trois hommes est attaquée par quinze Allemands près de Bouzancourt et l’agent de liaison du lieutenant Pierre est tué [adjudant René Formentin]* ; avec un groupe de treize hommes, je contre-attaque les Allemands qui prirent la fuite en laissant une bicyclette et des munitions entre nos mains."

Dans son rapport d'activité, Benjamin Chrétien ne mentionne pas une opération particulière du maquis : l'exécution, le 6 août 1944, d'une habitante (suisse) du hameau de Blinfey. Cette affaire a été évoquée par la station de radio France Culture. 

"Le 1er septembre je pars pour Montier-en-Der toujours avec le lieutenant Bob et le commandant Percheron. Volontaire pour toutes les missions, je prends part ensuite à la bataille de Chaumont." Chrétien a été placé à la tête de la 3e section de la Compagnie du Der. Son maquis a vraisemblablement donné naissance au 5e groupe de cette section, groupe composé du sergent Charles Ernoult, de Lucien Lugnier, Luc Diehl, Robert Gillet, Henri Steinwick, Marcel Sommer, Maurice Lefevre, Marcel Humblot, Georges Salord, André Diot, et de quatre FFI - sans doute étrangers - portant les prénoms de Nicolas (deux), Serge et André. Pour sa part, le 6e groupe (sergent Emile Remy) de la section Chrétien correspond au groupe Remy, de la Marne. 

"Le 19 septembre, poursuit l'adjudant Chrétien, le lieutenant Bob part pour exécuter les parachutages en Allemagne, je dois libérer mes 30 hommes et je viens me mettre le 20 septembre 1944 à la disposition du capitaine Boin [Raymond Boin, du secteur de Bourmont] jusqu’au 1er octobre 1944. J’ai effectué diverses patrouilles pour capturer des parachutistes allemands…"

Mis à la retraite comme adjudant, Benjamin Chrétien est rappelé comme réserviste le 7 mars 1945 à la 20e compagnie du COI (centre d'organisation d'infanterie) 106 à Chaumont, et promu adjudant-chef le 16 mai 1945. En 1951, il exerce la profession de machiniste sur bois. 

* Dans une autre version de son témoignage, le chef du maquis précise que le chauffeur de la camionnette qu’ils utilisaient a été blessé. 

Source principale : Archives départementales de la Haute-Marne, série 1623 W, dossiers de CVR.