dimanche 4 novembre 2018

Un "jeune civil" bragard de 16 ans disparu en Champagne



(La fiche "mort pour la France" d'Adrien Thierry. Site : Mémoire des hommes).

Au moment de la mobilisation générale, le 1er août 1914, il fallait avoir 18 ans révolus pour pouvoir s'engager dans les armées, avec le consentement du père, de la mère ou du tuteur. Mais, comme l'a écrit le ministre de la Guerre de l'époque, Messimy, «dans les circonstances présentes, il importe d'utiliser toutes les ressources de la nation et en particulier d'accueillir les offres des jeunes gens en état de porter les armes qui désirent se mettre au service du pays». Ce qui a été rapidement autorisé, dès le 6 août 1914, par un décret signé du Président Poincaré, pour les hommes de 17 ans révolus.
Concernant le Bragard Adrien Thierry, à notre connaissance le plus jeune Haut-Marnais mort aux armées durant le conflit, le cas est différent : âgé de 16 ans au moment de la déclaration de guerre, il sera considéré, par les autorités militaires, comme un «jeune civil qui a suivi le 9e régiment d'infanterie». D'ailleurs, son nom ne figurera pas dans la liste des morts publiée par l'historique du régiment...

Adrien-François Thierry est né à Paris, rue Chaligny (12e arrondissement) le 14 juillet 1898. Il est le fils de François-Charles Thierry, mouleur âgé de 27 ans, et de Louise-Emilie Hélin, blanchisseuse née dans la capitale en 1872, qui résident rue de Charenton. La famille s'installe à Saint-Dizier avant la guerre, après 1906 puisqu'elle ne figure pas dans le recensement réalisé cette année-là. Le déménagement est sans doute motivé par des raisons professionnelles, puisque le père exerce la profession de mouleur dans la cité bragarde. Les Thierry habiteront au 9, rue du Canal, où Louise Hélin décède prématurément, le 2 octobre 1912.
Orphelin de mère, Adrien se retrouve donc, en 1914, à suivre le 9e RI d'Agen (Lot-et-Garonne). L'unité venait de se battre en Belgique, dans les Ardennes, dans la Marne, lorsqu'elle est engagée le 26 septembre 1914 à Hurlus. Puis le 9e RI prend part, le 20 décembre, à l'offensive française en Champagne, enlevant ce jour-là la position des Tranchées Brunes à Tahure. Repoussant les contre-attaques, le régiment fait un nouveau bond en avant le 30 décembre 1914. Son chef de corps, le lieutenant-colonel Dizot, est blessé et évacué. C'est ce jour-là que le jeune Thierry est porté disparu, à Perthes-lès-Hurlus. La partie du journal de marche et d'opérations du 9e RI pour la période située entre septembre 1914 et février 1915 est manquante. Nous n'en saurons donc pas plus sur les circonstances du combat, autres que celles résumées par l'historique du régiment.
Adrien Thierry sera reconnu mort pour la France à la date du 30 décembre 1914, jugement transcrit par la mairie de Saint-Dizier. Son nom est inscrit sur le monument aux morts de la cité.

Parmi les Haut-Marnais engagés avant l'âge de 18 ans et morts pour la France, citons également :
. le caporal Marcel Chamourin, né à Saint-Dizier le 25 janvier 1900. Il s'engage pour la durée de la guerre en mairie de Bar-le-Duc, le 9 mars 1917, à 17 ans et 2 mois, au titre du 109e RI de Chaumont. Passé au 155e RI, caporal le 27 avril 1918, Chamourin est porté disparu le 2 août 1918 sur la Vesles, dans la région de Maast-et-Violaine (Aisne), à 18 ans et demi. Son décès sera établi par un jugement du tribunal civil de Wassy, le 26 mai 1921.
. le soldat Paul Thiebaut, né à Chaumont (à l'école départementale d'accouchement) le 9 juin 1897, fils d'Eugénie Thiebaut, qualifiée de mendiante. Résidant dans l'Aube, soldat au 37e RI de Nancy, il meurt le 16 novembre 1914 lors des combats de Bixschoote (Belgique), à 17 ans et 5 mois.
. le sapeur Raoul Amiot, né le 15 mars 1897 à Vaux-sur-Blaise (fils d'Ernest, manouvrier, et d'Emma-Anna Pierrot), sert au 6e régiment du génie lorsqu'il décède le 3 février 1915 à Arras (Pas-de-Calais), des suites de blessures de guerre, à l'âge de 17 ans et 11 mois. Il dépendait du recrutement de Paris.
. le soldat Pierre Prieur est sans doute le plus jeune engagé volontaire haut-marnais mort au combat. Né le 26 juillet 1897 à Lignol (Aube), Pierre-André Prieur est le fils de Joseph-François Prieur, originaire de Bailly-aux-Forges, et d'Anne-Zélie Prieur. La famille est domiciliée à Froncles, quartier de la Forge, en 1906. Alors qu'il aurait dû être incorporé le 1er septembre 1917, Pierre Prieur, du recrutement de Neufchâteau, s'engage en mairie de Langres le 22 août 1914, au titre du 65e RI, à 17 ans et 1 mois. Arrivé au corps le 25 août, il est porté disparu à Fricourt (Somme), un mois plus tard, le 29 septembre 1914. Cela faisait deux jours que son régiment s'était installé dans le secteur de Bécourt, où le 3e bataillon a dû abandonner le 28 septembre le village de Contalmaison (Somme) «après un combat opiniâtre» (JMO du 65e RI). Pierre Prieur sera déclaré mort pour la France par un jugement transcrit en mairie de Froncles. Sa citation accompagnant la Croix de guerre avec étoile de bronze, publiée par le Journal officiel en 1922, dira sobrement : «Brave soldat. Tombé glorieusement pour la France, le 29 septembre 1914, à Fricourt, en accomplissant son devoir».

Sources principales : Mémoire des hommes ; état civil de Saint-Dizier et de Chaumont ; recrutement militaire (Archives départementales des Vosges) ; Journal officiel de la République française ; «Historique du 9e régiment d'infanterie» ; Mémorial Genweb.

1 commentaire:

  1. La mémoire des hommes est essentielle à la survie de l'humanité. Merci pour ces articles qui sont toujours d'une grande qualité.

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