vendredi 31 mars 2017

François Lemut, un chevalier du ciel

Un duel aérien entre un appareil français et un avion allemand (illustration du Miroir). On les surnommait les «chevaliers du ciel». Sur tous les théâtres d'opérations de la Première Guerre mondiale, les pilotes de chasse n'ont cessé de s'affronter dans des tournois aériens, des duels qui s'achevaient bien souvent par la mort de l'un, parfois des deux combattants. C'est ainsi que le 18 février 1917, François Lemut, fils du châtelain de Bienville, et Bodo Freiherr von Lyncker, l'enfant d'un général issu de la noblesse prussienne, ont été réunis à jamais dans la mort, quelque part dans ce territoire serbe devenu aujourd'hui macédonien. Le maréchal des logis Albert-François (dit François) Lemut était né à Lyon (Rhône) le 7 août 1892. Il était le fils d'un Bragard (qui sera maire de Bienville), le futur lieutenant-colonel Jules Lemut (1858-1925). Originaires de Metz (Moselle), les Lemut se sont installés après la guerre de 1870 à Saint-Dizier. Fils de Firmin, ingénieur de métier, futur maître forges haut-marnais, Jules a ainsi adopté la nationalité française dans la cité bragarde en 1872. Il a quitté Saint-Dizier, où il a été élève au collège, pour intégrer l'école spéciale militaire de Saint-Cyr en 1879 (promotion Zoulous). Au cours de sa carrière, cet officier de cavalerie sera en garnison à Epernay (Marne), et c'est sans doute la raison pour laquelle son fils François, fruit de l'union de Jules avec Marguerite Barrier, a été élève au collège Saint-Joseph de Reims de 1905 à 1908. Membre de la classe 1912, recrutement de Saint-Omer (Pas-de-Calais), François Lemut était étudiant lorsqu'il a été mobilisé en 1914. Servant au 5e régiment d'artillerie de campagne, maréchal des logis, le petit-fils du maire de Bienville est blessé le 9 avril 1916 à Verdun en dirigeant sa pièce. Ce qui lui vaut une première citation. Puis il décide de rejoindre l'aviation. Il obtient, le 20 novembre 1916, le brevet 4 891 de l'Aéro-club de France, sur un appareil Blériot, et s'en va rejoindre l'escadrille 385 (3e groupe d'aviation), affectée sur le front d'Orient. Lisons ce qu'écrit à son sujet Le Gaulois dans son édition du 24 mars 1917 : «Ayant, huit jours après son arrivée en Grèce, à escorter un aéroplane de réglage, il se porta, seul, à l'attaque de trois avions allemands, en mit deux en fuite, revint sur le troisième qu'il abattit ; malheureusement, ce dernier le heurta dans sa chute, relatent les rapports faits sur le combat, et tous deux s'écrasèrent dans les lignes ennemies». C'est au-dessus de Guevgueli qu'il périt. Son adversaire malheureux : le lieutenant Bodo von Lyncker, 23 ans, fils de général, formé au métier de pilote de chasse aux côtés de l'illustre Manfred von Richtoffen (le Baron rouge). La mort du maréchal des logis Lemut, qui pilotait un appareil Nieuport, fut apprise par son père alors qu'il était domicilié à Tours. Crédité d'une victoire posthume sur un Fokker – celui de von Lyncker -, François Lemut était titulaire de la croix de guerre avec une palme et une étoile. Son nom sera donné à l'un des ravins affluents du Vardar, près de Guevgueli, et son décès sera transcrit le 28 mars 1918 à Tours. Son ultime citation – à l'ordre de l'armée - dira qu'il fut un pilote de «très grande bravoure». Il repose dans le cimetière de Bienville. Petit-fils d'un colonel du génie, son père Jules, mort à Paris en 1925, domicilié à Bienville (où il repose également), était officier de la Légion d'honneur. Il a commandé le 6e régiment de cuirassiers jusqu'à sa retraite le 25 juillet 1916, avant d'être «renvoyé» à Tours. Son frère, Robert, sera également officier supérieur, père de François, FFI de la Haute-Marne devenu sergent du 21e RIC puis officier de cavalerie tombé en Indochine. Sa sœur Geneviève sera l'épouse du capitaine d'infanterie Thiérion de Monclin, tué dans la Somme en 1914. Son grand-père Firmin est décédé en 1918.

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