vendredi 28 décembre 2012

1818 : la mission secrète d'un Chaumontais en Argentine

Nous avons déjà évoqué, sur le blog « La Haute-Marne sous l'Aigle », la carrière du colonel de chasseurs à cheval Lemoyne. Carrière qui s'est essentiellement déroulée sous la Révolution et l'Empire, au crépuscule duquel, si l'on en croit le mémorialiste d'Espinchal, Hilaire Lemoyne (1771-1852) a été victime d'une grave maladie. Voici, pour ce qui est de la suite de son existence après la chute de Napoléon, ce que dit la notice consacrée à ce Chaumontais dans les « Fastes de la Légion d'honneur » : « Maintenu en activité sous la première Restauration, et nommé chevalier de Saint-Louis, le 1er novembre 1814, il servit peu dans les Cent-Jours et obtint le commandement de la 2e légion de gendarmerie royale à Versailles. Parti en congé pour affaire d'intérêt au mois de décembre 1816, et considéré comme démissionnaire de droit (n'étant pas rentré à son poste à l'exporation de son congé), il fut remplacé en 1817. De retour en France au mois de février 1821, il obtint le 23 mai suivant son rétablissement sur les contrôles de l'armée, avec jouissance d'un traitement de réforme, et admis à la retraite le 1er octobre 1822, il devint maire de Gland (Aisne) », commune où il décède en 1852. La mention « De retour en France... » interpelle. Dans quel pays Hilaire Lemoyne, chevalier d'Empire, s'est-il donc rendu ? La réponse est surprenante : en Argentine ! Ainsi que l'évoqueront des historiens français et argentins, le colonel Lemoyne s'est d'abord retrouvé, pour affaires personnelles, en Grande-Bretagne. Là, il s'est vu confier une « mission » par le marquis d'Osmond, ambassadeur du roi Louis XVIII auprès du Royaume-Uni. Celle de se rendre à Buenos-Aires et d'y rencontrer Juan Martin de Puyrredon, le « directeur suprême » des Provinces unies du Rio de la Plata – c'est-à-dire, pour résumer, le chef de l'exécutif pour l'Argentine, l'Uruguay et une partie de la Bolivie ! Ce que Lemoyne, débarqué à Buenos-Aires le 2 septembre 1818, devait proposer secrètement, au nom du gouvernement français, à cet ancien officier, d'ailleurs fils d'un commerçant français, c'est de favoriser, sur ces anciennes possessions espagnoles (l'Argentine est indépendante depuis 1816), la création d'un royaume dont la couronne reviendrait à un Orléans. Les historiens argentins y ont vu également la volonté des Bourbons de prendre pied dans une Amérique du Sud sous l'influence d'officiers bonapartistes, soucieux de faire du continent une base de départ pour délivrer Napoléon de l'île de Sainte-Hélène... Deux projets qui, l'un comme l'autre, ne verront jamais le jour. Coïncidence ? Bien plus tard, un des enfants du colonel, le chevalier Armand-Auguste-Hilaire Le Moyne (1800-1891), chargé d'affaires à Bogota (Colombie), puis consul général et chargé d'affaires à Lima (Pérou), puis agent et consul général de France en Egypte, sera ministre plénipotentiaire auprès de la Confédération argentine... à Buenos Aires, de 1852 à 1856.

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